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Euthanasie : ce qu'en dit l'Eglise

Chrétienté Info, 23/02/2009

- Euthanasie :

« Ceux dont la vie est diminuée ou affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

Quels que soient les motifs et les moyens, l'euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l'intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L'erreur de jugement dans laquelle on peut tomber de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure ».

« Catéchisme de l'Eglise catholique », n°2276 et 2277

« L'euthanasie est un acte homicide, que personne finalement ne peut légitimer Par « euthanasie », on entend l'action ou l'omission qui, par sa nature ou dans ses intentions, procure la mort dans le but d'éliminer toute douleur. L'euthanasie se situe donc au niveau des intentions et des méthodes employées.

La pitié, suscitée par la douleur et par la souffrance des malades en phase terminale, des enfants anormaux, des malades mentaux, des vieillards, des personnes atteintes de maux incurables, n'autorise aucune euthanasie directe, active ou passive. Ici, il ne s'agit pas d'aide apportée au malade, mais de meurtre délibéré d'un homme.

Le personnel médical et paramédical – fidèle à son devoir d' »être toujours au service de la vie et de l'assister jusqu'à la fin », ne peut se prêter à aucune pratique d'euthanasie, même pas sur la requête de l'intéressé, et encore moins de ses proches. En effet, aucun droit n'est accordé, à personne, quant à l'euthanasie, parce que aucun droit n'est donné qui permette de disposer arbitrairement de sa propre vie. Aucun professionnel de la santé ne peut donc se faire le tuteur exécutif d'un droit inexistant.

Tout autre le cas, déjà mentionné, du droit de mourir en toute dignité humaine et chrétienne. C'est un droit réel et légitime, que le professionnel de la santé est appelé à sauvegarder, en soignant le mourant et en acceptant la fin naturelle de la vie. Il existe une différence radicale entre « donner la mort » et « accepter la mort » ; le premier est un acte qui supprime la vie, le second est son acceptation jusqu'à la mort ».

« Charte des personnels de la santé », n° 147 et 148.

- Acharnement thérapeutique :

« Il faut distinguer de l'euthanasie la décision de renoncer à ce qu'on appelle l' »acharnement thérapeutique », c'est-à-dire à certaines interventions médicales qui ne conviennent plus à la situation réelle du malade, parce qu'elles sont désormais disproportionnées par rapport aux résultats que l'on pourrait espérer ou encore parce qu'elles sont trop lourdes pour lui et pour sa famille. Dans ces situations, lorsque la mort s'annonce imminente et inévitable, on peut en conscience « renoncer à des traitements qui ne procureraient qu'un sursis précaire et pénible de la vie, sans interrompre pourtant les soins dus au malade en pareil cas ».

« Evangelium vitae », 25 mars 1995, n° 65.

- Soins palliatifs :

« Dans la médecine moderne, ce qu'on appelle « soins palliatifs » prend une particulière importance ; ces soins sont destinés à rendre la souffrance plus supportable dans la phase finale de la maladie et à rendre possible en même temps pour le patient un accompagnement humain approprié. Dans ce cadre, se situe, entre autres, le problème de la licéité du recours aux divers types d'analgésiques et de sédatifs pour soulager la douleur du malade, lorsque leur usage comporte le risque d'abréger sa vie. De fait, si l'on peut juger digne d'éloge la personne qui accepte volontairement de souffrir en renonçant à des interventions anti-douleur pour garder toute sa lucidité et, si elle est croyante, pour participer de manière consciente à la Passion du Seigneur, un tel comportement « héroïque » ne peut être considéré comme un devoir pour tous. Pie XII avait déjà déclaré qu'il est licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d'amoindrir la conscience et d'abréger la vie, « s'il n'existe pas d'autres moyens, et si, dans les circonstances données, cela n'empêche pas l'accomplissement d'autres devoirs religieux et moraux ». Dans ce cas, en effet, la mort n'est pas voulue ou recherchée, bien que pour des motifs raisonnables on en coure le risque : on veut simplement atténuer la douleur de manière efficace en recourant aux analgésiques dont la médecine permet de disposer ».

« Evangelium vitae », 25 mars 1995, n°65.

« On doit procurer au malade en phase terminale les traitements médicaux susceptibles d'alléger le côté pénible de la mort. C'est dans cette perspective que rentrent les soins palliatifs ou symptomatiques.

Les premiers soins consistent en une « présence affectueuse » auprès du mourant. C'est une présence spécifiquement médico-sanitaire, laquelle, sans lui faire illusion, lui donne conscience d'être en vie, d'être une personne parmi les autres, bénéficiaire, comme tout être dans le besoin, et en demande d'attention et de prévenance. Cette présence attentive et prévenante, inspire confiance et espérance chez le malade et le réconcilie avec la mort. C'est un apport unique que les infirmières et les médecins, par leur comportement humain et chrétien, avant même leur compétence doivent et sont en mesure d'accorder au mourant, afin qu'au refus succède l'acceptation, et que l'espérance prévale sur l'angoisse »

« Charte des personnels de la santé », n° 117.

- Légalisation et objection de conscience :

« Les lois qui autorisent et favorisent l'avortement et l'euthanasie s'opposent, non seulement au bien de l'individu, mais au bien commun et, par conséquent, elles sont entièrement dépourvues d'une authentique validité juridique. En effet, la méconnaissance du droit à la vie, précisément parce qu'elle conduit à supprimer la personne que la société a pour raison d'être de servir, est ce qui s'oppose le plus directement et de manière irréparable à la possibilité de réaliser le bien commun. Il s'ensuit que, lorsqu'une loi légitime l'avortement ou l'euthanasie, du fait même, elle cesse d'être une vraie loi civile, qui oblige moralement.

L'avortement et l'euthanasie sont donc des crimes qu'aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience ».

« Evangelium vitae », 25 mars 1995, n° 72 et 73.

 

 

Cardinal Philippe BARBARIN :"On ne peut pas encourager ceux qui ont envie de mourir"

(AFP / 15 août 2008) PARIS

Le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, a estimé vendredi, à propos de Rémy Salvat, un jeune homme lourdement handicapé qui s'est suicidé dimanche, qu'on ne pouvait "pas encourager ceux qui ont envie de mourir".

"Tout le monde comprend" ce geste, a dit Mgr Barbarin, interrogé sur France Inter sur le cas de ce jeune homme. "Mais nous, bien sûr, dans la société, on ne peut pas encourager ceux qui ont envie de mourir", a-t-il ajouté.

"Que deviendrait la société si, tout en les comprenant, tout en priant pour eux, tout en essayant de partager leurs souffrances, on encourageait ceux qui ont envie de mourir ?", a demandé le primat des Gaules. "Ce serait un vrai désastre", a-t-il poursuivi, en ajoutant que "au contraire, on doit toujours lutter pour la vie".

Mgr Barbarin a par ailleurs estimé que "ce qu'il y a de beau dans la position du président de la République" - autant dans celle de Jacques Chirac vis-à-vis de Vincent Humbert, un jeune tétraplégique aidé par sa mère et un médecin à mourir en 2003, que dans celle de Nicolas Sarkozy par rapport à Rémy Salvat, a-t-il souligné - c'est "qu'ils ont dit +un président de la République ne peut pas faire ça, ne peut pas dire à quelqu'un : je t'autorise à mourir+".

"Un président de la République, c'est un président de la République. Ce n'est pas Dieu le Père", a ajouté l'archevêque de Lyon.

 

 

Pie XII Problèmes religieux et moraux de la réanimation

(troisième et dernière partie)

Nous passons maintenant à la solution des questions particulières

La respiration artificielle est licite, mais non obligatoire

1. L'anesthésiologue a-t-il le droit, ou même est-il obligé dans tous les cas d'inconscience profonde,même dans ceux qui sont complètement désespérés au jugement d'un médecin compétent, d'utiliser les appareils modernes de respiration artificielle, même contre la volonté de la famille?

Dans les cas ordinaires, on concédera que l'anesthésiologue a le droit d'agir ainsi, mais il n'en a pas l'obligation, à moins que ce soit l'unique moyen de satisfaire à un autre devoir moral certain.

Les droits et les devoirs du médecin sont corrélatifs à ceux du patient.

Le médecin, en effet, n'a pas à l'égard du patient de droit séparé
ou indépendant; en général, il ne peut agir que si le patient l'y autorise explicitement ou implicitement (directement ou indirectement).

La technique de réanimation dont il s'agit ici ne contient en soi rien d'immoral; aussi le patient - s'il était capable de décision personnelle - pourrait-il l'utiliser licitement et, par conséquent, en donner l'autorisation au médecin.

Par ailleurs, comme ces formes de traitement dépassent les moyens ordinaires auxquels on est obligé de recourir, on ne peut soutenir qu'il soit obligatoire de les employer et, par conséquent, d'y autoriser le médecin.

Les droits et les devoirs de la famille, en général, dépendent de la volonté présumée du patient inconscient, s'il est majeur et sui juris.

Quant au devoir propre et indépendant de la famille, il n'oblige habituellement qu'à l'emploi des moyens ordinaires. Par conséquent, s'il apparaît que la tentative de réanimation constitue en réalité pour la famille une telle charge qu'on ne puisse pas en conscience la lui imposer, elle peut licitement insister pour que le médecin interrompe ses tentatives, et le médecin peut licitement lui obtempérer.

Il n'y a en ce cas aucune disposition directe de la vie du patient, ni euthanasie, ce qui ne serait jamais licite; même quand elle entraîne la cessation de la circulation sanguine, l'interruption des tentatives de réanimation n'est jamais qu'indirectement cause de la cessation de la vie, et il faut appliquer dans ce cas le principe du double effet et celui du voluntarium in causa.

La question de l'Extrême-Onction

2. Ainsi avons-Nous déjà répondu pour l'essentiel à la deuxième question :

« Le médecin peut-il enlever l'appareil respiratoire avant que ne se produise l'arrêt définitif de la circulation ?

- Le peut-il du moins lorsque le patient a déjà reçu l'Extrême-Onction? -

Celle-ci est-elle valide, quand on l'administre au moment où la circulation s'arrête ou même après? »

Il faut répondre affirmativement à la première partie de cette question, comme Nous l'avons déjà expliqué.

Si l'on n'a pas encore administré l'Extrême-Onction, que l'on tâche de prolonger encore la respiration jusqu'à ce que ce soit fait.

Quant à savoir si l'Extrême-Onction est valide au moment de l'arrêt définitif de la circulation, ou même après celui-ci, il est impossible de répondre par « oui » ou par « non ». Si cet arrêt définitif signifiait, de l'avis des médecins, la séparation certaine de l'âme et du corps, même si certains organes particuliers continuaient à fonctionner, l'Extrême-Onction serait certainement invalide, car celui qui la reçoit ne serait certainement plus un homme. Or, c'est là une condition indispensable à la réception des sacrements.
Si par contre, les médecins estiment que la séparation du corps et de l'âme est douteuse et que ce doute est insoluble, la validité de l'Extrême-Onction est douteuse elle aussi.

Mais appliquant ses règles habituelles: «Les sacrements sont pour les hommes » et « en cas d'extrême nécessité, on tente les mesures extrêmes »,
l'Église permet d'administrer le sacrement, sous condition toutefois, par respect pour le signe sacramentel.

Quand la mort se produit-elle?

3. « Quand la circulation sanguine et la vie d'un patient profondément inconscient à cause d'une paralysie centrale ne sont maintenues que par la respiration artificielle, sans qu'aucune amélioration se manifeste après
quelques jours, à quel moment l'Église catholique considère-t-elle ce patient comme " mort " ou doit-on, selon les lois naturelles, le déclarer " mort (question de facto et de jure) ? »

(La mort. est-elle déjà intervenue après le traumatisme crânien grave qui a provoqué l'inconscience profonde et la paralysie respiratoire centrale, dont les conséquences immédiatement mortelles ont pu toutefois être retardées par le moyen de la respiration artificielle ? ou se produit-elle, selon l'opinion actuelle des médecins, seulement lors de l'arrêt définitif de la circulation, en dépit de la respiration artificielle prolongée ?)

En ce qui concerne la constatation du fait dans les cas particuliers, la réponse ne peut se déduire d'aucun principe religieux et moral et, sous cet aspect, n'appartient pas à la compétence de l'Église. En attendant, elle
restera donc ouverte.

Mais des considérations d'ordre général permettent de croire que la vie humaine continue aussi longtemps que ses fonctions vitales - à la différence de la simple vie des organes - se manifestent spontanément ou même à l'aide de procédés artificiels. Un bon nombre de ces cas font l'objet d'un doute insoluble et doivent être traités d'après les présomptions de droit et de fait, dont Nous avons parlé.

Puissent ces explications vous guider et vous éclairer, lorsque vous tenterez de résoudre les questions délicates qui se posent dans la pratique de votre profession.

En gage des faveurs divines que Nous appelons sur vous mêmes et sur tous ceux qui vous sont chers, Nous vous accordons de tout coeur Notre Bénédiction apostolique.

Source : Documentation Catholique 1957, n°1267

 

 

Le cardinal Eijk a le courage de parler clairement contre l'euthanasie

La clinique de fin de vie créée en 2012 aux Pays-Bas pour répondre aux demandes d'euthanasie qui ne sont pas honorées par les médecins traitants, soit que ceux-ci fassent partie des 15 % d'objecteurs de conscience, soit qu'ils estiment qu'une demande donnée ne répond pas aux critères de l'euthanasie légale, connaît un franc succès avec le doublement des « escadrons de la mort » en un an, et une cinquantaine d'euthanasies effectivement à son actif.

Le cardinal Willem Eijk, archevêque d'Utrecht, médecin de formation et spécialiste de la bioéthique, a réagi à cette information sur une radio catholique néerlandaise en se demandant d'emblée si la demande publique est bien ce qui est explique le succès de la clinique de fin de vie. En notant que c'est bien souvent l'offre qui crée la demande.

Il a souligné par rapport à ces médecins qui sont prêts à pratiquer des euthanasies alors que le médecin traitant du demandeur ne le veut pas, que « la question est de savoir comment ces médecins considèrent les critères existants, qui exigent une souffrance sans perspective d'amélioration et aussi insupportable. »

De fait la KNMG, l'association professionnelle des médecins, a publié des directives en 2011 annonçant que ces critères étaient appliqués de manière trop restrictive. Loin de s'en tenir aux critères dans le cadre d'une maladie physique ou psychique déterminée, souligne le cardinal Eijk :

« La KNMG est d'avis au contraire qu'il faut tenir compte d'un ensemble complexe de facteurs et d'affections liés à la vieillesse. (...) On constate une tendance ces dernières années à vouloir étendre le champ de la souffrance sans perspective et insupportable, une tendance que l'on constatait dès le début des discussions dans les années 1980. Au départ il était question d'agir pour mettre un terme à la vie à la demande personnelle du patient et dans une phase de maladie vraiment terminale – quelques semaines tout au plus avant la fin de vie attendue – et c'est après que de tout autres indications se sont ajoutées, visant les affections psychiatriques par exemple. Aujourd'hui on voit qu'on n'exige même plus d'un diagnostic médicalement répertorié.

Les critères s'étendent de plus en plus, comme il est naturel lorsque vous avez entrouvert la porte : elle va d'elle-même s'ouvrir de plus en plus. Si vous portez atteinte au principe fondamental selon lequel les hommes ne disposent pas du droit sur la vie et la mort, si dans certains cas, des "exceptions", vous permettez d'y déroger, en affirmant que dans certains cas il n'y a plus de perspectives ou que la souffrance est insupportable, alors si le cas est tout petit peu moins sans perspectives ou juste un peu moins insupportable, pourquoi ne pourrait-on pas accepter l'euthanasie ou l'aide à mourir dans ces cas ? »

Ce danger était annoncé au début des années 1980 et c'est la tendance qui s'installe aujourd'hui, affirme le cardinal, qui explique :

« Lorsqu'on lâche le principe fondamental selon lequel nous, en tant qu'êtres humains, n'avons pas le droit de disposer de la vie et de la mort qui revient à Dieu seul, on atterrit sur une pente glissante, qui est aussi une échelle variable – car où fixer la limite ? C'est une limite qui ne cesse d'être repoussée.

Au fil des ans, on a pu constater que pour diverses raisons la capacité des gens à souffrir a diminué. Se dessine l'idée selon laquelle une vie marquée par la souffrance serait totalement dénuée de sens. Du point de vue chrétien nous voyons cela autrement, et nous croyons que l'on peut trouver la force, même dans une vie marquée par la souffrance, d'unifier tout cela dans la prière, et de manière sacramentelle, avec le Christ souffrant.

Quoi qu'il en soit cela reste un critère subjectif qui est évalué de manières très diverses, mais de ce fait même la frontière au-delà de laquelle ma souffrance va paraître insupportable va descendre de plus en plus.

Il est également bien connu que la frontière de la douleur est très subjective et sujette à l'influence psychologique. Nous savons que les personnes accueillies en centres palliatifs qui utilisent des médicaments lourds pour faire disparaître ou atténuer leur douleur ont besoin de beaucoup moins de ces médicaments s'ils sont dans un environnement aimant où ils sont entourés de soins et d'attention. »

Le cardinal se demande : peut-on raisonnablement utiliser un critère subjectif pour justifier une décision d'euthanasie qui est à ce point sans retour ?

Interrogé sur l'attitude que doit adopter l'Eglise alors que la clinique de fin de vie a déjà mis sur les routes néerlandaises trente équipes qui tournent pour pratiquer l'euthanasie, Mgr Eijck répond :

« Tout d'abord, l'Eglise doit s'accrocher à ce que l'Eglise a toujours enseigné. Ce qu'elle voit comme l'ordre imprimé par Dieu dans la Création. (...) L'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, l'homme n'est jamais un moyen en vue d'une fin, et cela ne vaut pas seulement pour sa dimension spirituelle mais aussi pour son corps. La vie du corps est toujours une fin en soi et jamais un moyen pour réaliser quelque chose. C'est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons sacrifier la vie humaine, pas même pour mettre fin à la souffrance.

Naturellement il nous revient dès lors, même si nous ne pouvons totalement faire disparaître la douleur et la souffrance des gens, de la ramener à des proportions supportables. Je pense qu'aux Pays-Bas nous devons travailler avec le plus grand sérieux pour offrir des soins adéquats pour les malades, les personnes âgées, isolées aussi, et là où c'est nécessaire, assurer une bonne offre de soins palliatifs. »

Interrogé enfin sur le vieillissement de la population grâce aux maladies maîtrisées, le prélat pointe l'isolement, et spécialement le vieillissement des personnes âgées comme un des plus grands problèmes dans les sociétés occidentales, un défi auquel il nous faut répondre par la présence effective auprès de notre prochain, sans s'en remettre à des solutions collectives ou étatiques.

Source : http://leblogdejeannesmits.blogspot.fr/

 

 

Pie XII Problèmes religieux et moraux de la réanimation

(deuxième partie)

 

Principes de solution

Nous répondrons bien volontiers à ces trois questions; mais, avant de les examiner, Nous voudrions exposer les principes qui permettront de formuler la réponse.

La raison naturelle et la morale chrétienne disent que l'homme (et quiconque est chargé de prendre soin de son semblable) a le droit et le devoir, en cas de maladie grave, de prendre les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé.

Ce devoir, qu'il a envers lui-même, envers Dieu, envers la communauté humaine, et le plus souvent envers certaines personnes déterminées, découle de la charité bien ordonnée, de la soumission au Créateur, de la justice sociale et même de la justice stricte, ainsi que de la piété envers sa famille.

Mais il n'oblige habituellement qu'à l'emploi des moyens ordinaires (suivant les circonstances de personnes, de lieux, d'époques, de culture), c'est-à-dire des moyens qui n'imposent aucune charge extraordinaire pour soi-même ou pour un autre. Une obligation plus sévère serait trop lourde pour la plupart des hommes et rendrait trop difficile l'acquisition de biens supérieurs plus importants.

La vie, la santé, toute l'activité temporelle, sont en effet subordonnées à des fins spirituelles. Par ailleurs, il n'est pas interdit de faire plus
que le strict nécessaire pour conserver la vie et la santé, à condition de ne pas manquer à des devoirs plus graves.

Quant au fait d'administrer les sacrements à un homme plongé dans l'inconscience, la réponse découle de la doctrine et de la pratique de l'Église, qui, pour sa part, suit comme règle d'action la volonté du Seigneur.

Les sacrements sont destinés, en vertu de l'institution divine, aux hommes de ce monde, pendant la durée de leur vie terrestre et, à l'exception du Baptême lui-même, présupposent le Baptême chez celui qui les reçoit.

Celui qui n'est pas un homme, qui ne l'est pas encore, ou ne l'est plus, ne peut recevoir les sacrements. Par ailleurs, si quelqu'un manifeste son refus, on ne peut les lui administrer contre son gré. Dieu ne force personne à
accepter la grâce sacramentelle.

Quand on ignore si quelqu'un remplit les conditions requises pour recevoir
validement le sacrement, il faut tâcher de résoudre le doute. En cas d'échec, on conférera le sacrement sous condition au moins tacite (avec la clause Si capax es, qui est la plus large). Les sacrements sont institués par le Christ pour les hommes, afin de sauver leur âme; aussi, en cas d'extrême nécessité, l'Église tente les solutions extrêmes pour communiquer à un homme la grâce et les secours sacramentels.

La question du fait de la mort et celle de la constatation, soit du fait lui-même (de facto), soit de son authenticité juridique (de jure), ont par leurs conséquences, même sur le terrain de la morale et de la religion, une portée
encore plus large.

Ce que nous venons de dire sur les présupposés essentiels de la réception valide d'un sacrement l'a montré; mais l'importance de la chose s'étend aussi aux effets en matière d'héritage, aux affaires de mariage et aux procès matrimoniaux, aux questions de bénéfices (vacance d'un bénéfice) et à beaucoup d'autres questions de la vie privée et sociale.

Il appartient au médecin, et particulièrement à l'anesthésiologue, de donner une définition claire et précise de la « mort » et du « moment de la mort » d'un patient qui décède d'un état d'inconscience. Pour cela, on peut
reprendre le concept usuel de séparation complète et définitive de l'âme et du corps; mais, en pratique, on tiendra compte de l'imprécision des termes de « corps » et de « séparation ».

On peut négliger la possibilité qu'un homme soit enterré vivant, puisque l'enlèvement de l'appareil respiratoire doit après quelques minutes provoquer l'arrêt de la circulation et donc la mort.

En cas de doute insoluble, on peut aussi recourir aux présomptions de droit et de fait. En général, on s'arrêtera à celle de la permanence de la vie, parce qu'il s'agit d'un droit fondamental reçu du Créateur et dont il faut prouver avec certitude qu'il est perdu.

Source : Documentation Catholique 1957, n° 1267, col. 1607


 

Pie XII Problèmes religieux et moraux de la réanimation 

(première partie)

(discours du 24 novembre 1957)


Le Dr Bruno Haid, chef de la section d'anesthésie à la clinique chirurgicale universitaire d'Innsbruck, Nous a soumis trois questions de morale médicale au sujet de ce qu'on appelle « la réanimation ». Il Nous est agréable, Messieurs, de répondre à ce désir, qui manifeste la haute conscience que vous avez de vos devoirs professionnels et la volonté de résoudre les problèmes délicats qui se posent à vous à la lumière des principes de l'Évangile.
D'après l'exposé du Dr Haid, l'anesthésiologie moderne s'occupe non seulement des problèmes d'analgésie et d'anesthésie proprement dite, mais aussi de la « réanimation ».

On désigne ainsi en médecine, et particulièrement en anesthésiologie, la technique susceptible de remédier à certains incidents menaçant gravement la vie humaine, en particulier les asphyxies qui, auparavant, lorsqu'on ne disposait pas de l'équipement anesthésiologique moderne, conduisaient en quelques minutes à l'arrêt du coeur et à la mort.

La tâche de l'anesthésiologue s'étend ainsi aux difficultés respiratoires aiguës, provoquées par la strangulation ou conditionnées par des blessures thoracopulmonaires ouvertes; il intervient pour empêcher l'asphyxie due à
l'obstruction interne des voies respiratoires par le contenu stomacal ou par noyade; pour remédier à la paralysie respiratoire totale ou partielle en cas de tétanos grave, de paralysie infantile, d'empoisonnement par le gaz, les hypnotiques ou l'ivresse, ou même en cas de paralysie respiratoire centrale provoquée par des traumatismes crâniens graves.

Problèmes que pose, en certains cas, l'intervention médicale

Lorsqu'on pratique la réanimation et le traitement de ces blessés du crâne, et parfois des opérés au cerveau, ou de ceux qui ont subi des traumatismes cervicaux par anoxie et restent plongés dans une profonde inconscience, surgissent des questions qui intéressent la morale médicale et mettent en jeu les principes de la philosophie de la nature plus encore que celles de l'analgésie.

Ainsi, il arrive que l'anesthésiologue puisse, comme dans les accidents et maladies indiqués plus haut, et dont le traitement offre des chances suffisantes de succès, améliorer l'état général de patients souffrant de lésion grave du cerveau et dont le cas, dès le début, apparaissait désespéré : il rétablit la respiration, soit par intervention manuelle, soit à l'aide d'appareils
spéciaux, libère les voies respiratoires et pourvoit à l'alimentation artificielle du patient.

Grâce à cette thérapeutique, en particulier par l'administration d'oxygène au moyen de la respiration artificielle, la circulation défaillante reprend et l'aspect du patient s'améliore souvent très vite, au point que l'anesthésiologue lui-même, ou tout autre médecin qui, se fiant à son expérience, aurait abandonné la partie, continue à caresser un léger espoir de voir se rétablir la respiration spontanée.

La famille considère d'habitude cette amélioration comme un résultat étonnant dont elle sait gré au médecin.

Si la lésion du cerveau est tellement grave qu'il est très probable, et même pratiquement certain, que le patient ne survivra pas, l'anesthésiologue en vient à se poser la question angoissante de la valeur et du sens des
manoeuvres de réanimation.

Pour gagner du temps et prendre avec plus de sûreté les décisions ultérieures, il appliquera immédiatement la respiration artificielle avec intubation et nettoyage des voies respiratoires.

Mais il peut alors se trouver dans une situation délicate, si la famille considère ces efforts comme inconvenants et vient à s'y opposer. La plupart du temps, cela se produit non au début des tentatives de réanimation, mais lorsque l'état du patient, après une légère amélioration, ne progresse plus et quand il est clair que seule la respiration artificielle automatique le maintient en vie.

On se demande alors si l'on doit, ou si l'on peut, poursuivre la tentative de réanimation, bien que l'âme ait peut-être déjà quitté le corps.

La solution de ce problème, déjà difficile en soi, le devient encore plus, lorsque la famille - catholique elle même peut-être - contraint le médecin traitant, et particulièrement l'anesthésiologue, à enlever l'appareil de
respiration artificielle, afin de permettre au patient, déjà virtuellement mort, de s'en aller en paix.

De là, découle une question fondamentale au point de vue religieux et pour la philosophie de la nature : selon la foi chrétienne, quand la mort est-elle survenue chez les patients pour lesquels on a utilisé les procédés modernes
de réanimation?

L'Extrême-Onction est-elle valide, du moins aussi longtemps que l'on peut constater une action cardiaque, même si les fonctions vitales proprement dites ont disparu déjà, et si la vie ne dépend plus que du fonctionnement d'un appareil respiratoire?

Les problèmes qui se posent dans la pratique moderne de la réanimation peuvent donc se formuler en trois questions :

- d'abord, a-t-on le droit, ou même l'obligation, d'utiliser les appareils modernes de respiration artificielle dans tous les cas, même dans ceux qui, au jugement du médecin, sont considérés comme complètement désespérés?

- En second lieu, a-t-on le droit ou l'obligation d'enlever l'appareil respiratoire,
quand, après plusieurs jours, l'état d'inconscience profonde ne s'améliore pas, tandis que, si on l'enlève, la circulation s'arrêtera en quelques minutes? Que faut-il faire, dans ce cas, si la famille du patient, qui a reçu les derniers sacrements, pousse le médecin à enlever l'appareil ? L'Extrême-Onction est-elle encore valide à ce moment?

- Troisièmement, un patient plongé dans l'inconscience par paralysie centrale, mais dont la vie - c'est à-dire la circulation sanguine - se maintient grâce à la respiration artificielle et chez lequel aucune amélioration n'intervient après plusieurs jours, doit-il être considéré comme mort de facto, ou même de jure?

Ne faut-il pas attendre, pour le considérer comme mort, que la circulation sanguine s'arrête en dépit de la respiration artificielle ?

(à suivre)

Source : Documentation Catholique 1957, n° 1267, col. 1607

 

 

 

« Vous êtes les sentinelles de l'invisible ».

"De cette grotte de Lourdes, je vous lance un appel spécial à vous, les femmes. En apparaissant dans la grotte, Marie a confié son message à une fille, comme pour souligner la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation : être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu'avec les yeux du cœur. A vous, les femmes, il revient d'être sentinelles de l'Invisible ! A vous tous, frères et sœurs, je lance un appel pressant pour que vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour que la vie, toute vie, soit respectée depuis la conception jusqu'à son terme naturel. La vie est un don sacré, dont nul ne peut se faire le maître."

Bx Jean Paul II à Lourdes

 

 

Fin de vie :

la loi Leonetti et le Cardinal Barbarin

Invité du Talk Orange-Le Figaro, le cardinal Barbarin s'est exprimé sur la fin de vie.

"En France, on a cette maladie de vouloir tout régler jusqu'au moindre détail avec des lois. Et tant qu'on n'est pas content, on attaque au Conseil d'Etat, à la Cour de cassation.

Comparé avec la législation anglaise, ça n'a rien à voir. C'est un peu excessif", juge le Primat des Gaules(...)

De toute façon, jamais une loi ne peut répondre à toutes les situations humaines. Une loi, c'est un cadre, la vie c'est la vie."

Mais le cardinal craint-il de voir évoluer ce cadre vers la légalisation de l'euthanasie en France ? Pas réellement.

"Si je lis le programme de François Hollande, il a été extrêmement "soft" pour cette perspective"(...).  "Ce qui est embêtant, c'est que la loi est aussi faite pour satisfaire à des demandes d'électeurs. Et donc on se fait bien voir si on a fait une loi. Ça peut toucher tous les partis et c'est assez dangereux aussi."

Et si l'hypothèse de la légalisation de l'euthanasie prenait corps, l'archevêque de Lyon affirme qu'il serait là pour s'y opposer : "Pas seulement moi. On est quand même une majorité des gens au service de la vie, jusqu'à son terme.

C'est vrai que les soins palliatifs, c'est une merveille, ça se développe en France. Pas assez dit-on , peut-être...

Mais soigner et guérir ce n'est pas la même chose.

Guérir, on ne le peut pas forcément, soigner on le doit toujours !"

Source :  d'après Lyon Capitale Steven Belfils 

 

 

CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

RÉPONSES AUX QUESTIONS
DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DES ÉTATS-UNIS
CONCERNANT L'ALIMENTATION
ET L'HYDRATATION ARTIFICIELLES

Première question : L'administration de nourriture et d'eau (par des voies naturelles ou artificielles) au patient en "état végétatif", à moins que ces aliments ne puissent pas être assimilés par le corps du patient ou qu'ils ne puissent pas lui être administrés sans causer une privation grave sur le plan physique, est-elle moralement obligatoire?

Réponse : Oui. L'administration de nourriture et d'eau, même par des voies artificielles, est en règle générale un moyen ordinaire et proportionné de maintien de la vie. Elle est donc obligatoire dans la mesure et jusqu'au moment où elle montre qu'elle atteint sa finalité propre, qui consiste à hydrater et à nourrir le patient. On évite de la sorte les souffrances et la mort dues à l'inanition et à la déshydratation.

Seconde question : Peut-on interrompre la nourriture et l'hydratation fournies par voies artificielles à un patient en "état végétatif permanent", lorsque des médecins compétents jugent avec la certitude morale que le patient ne reprendra jamais conscience?

Réponse : Non. Un patient en "état végétatif permanent" est une personne, avec sa dignité humaine fondamentale, à laquelle on doit donc procurer les soins ordinaires et proportionnés, qui comprennent, en règle générale, l'administration d'eau et de nourriture, même par voies artificielles.

 

Le Souverain Pontife Benoît XVI, au cours de l'Audience accordée au Cardinal Préfet soussigné, a approuvé les présentes Réponses, décidées par la Session ordinaire de la Congrégation, et en a ordonné la publication.

Rome, le 1er août 2007, au Siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

William Cardinal LEVADA
Préfet

Angelo AMATO, S.D.B.
Archevêque tit. de Sila
Secrétaire

Source : Vatican

 

 

Qu'est-ce qui fonde la dignité de l'homme dans sa valeur existentielle ?

 

Quelle position adopter envers elle ?

Doit-on la respecter ? n'en point tenir compte ? la mépriser ?

Quiconque dans l'exercice de sa profession entre en contact avec la personnalité d'autrui en viendra nécessairement à adopter l'une de ces trois attitudes.
Or l'ordre moral exige qu'on ait envers autrui de l'estime, de la considération, du respect.

La personne humaine est en effet la plus noble de toutes les créatures visibles; faite à l'«image et à la ressemblance du
Créateur», elle va vers lui pour le connaître et l'aimer.

En outre, par la Rédemption, elle est insérée dans le Christ comme membre de son Corps mystique.

Tous ces titres fondent la dignité de l'homme, quels que soient son âge et sa condition, sa profession ou sa culture.

Même s'il est tellement malade dans son psychisme, qu'il paraisse asservi à l'instinct ou même tombé en dessous de la vie animale, il reste cependant une personne créée par Dieu et destinée à entrer un jour en sa possession immédiate, infiniment supérieur par conséquent à l'animal le plus proche de l'homme.

Source :  Pape PieXII DISCOURS AU PREMIER CONGRÈS INTERNATIONAL DE
NEUROPSYCHOPHARMACOLOGIE, 9 septembre 1958

 

 


Accepter la mort, maintenir les soins auprès du malade

par le Cardinal Jean-Pierre Ricard

20/09/2004

Au début de l'été, une Mission d'information de l'Assemblée nationale a déposé un rapport intitulé « Respecter la vie, accepter la mort » et une proposition de loi relative aux droits des malades et à la fin de vie.

Toute forme de dépénalisation de l'euthanasie en a été résolument écartée.

La proposition de loi cherche à garantir le droit pour tout malade de refuser les traitements médicaux ou même les soins qui lui sont proposés, si telle est bien sa volonté. Il est de plus précisé qu'en cas d'incapacité du malade à exprimer sa volonté, le médecin peut légitimement décider, après les consultations requises, d'arrêter les traitements médicaux devenus inappropriés.

Sur des sujets aussi délicats, chacun des termes employés devra évidemment faire l'objet d'un examen attentif, de manière à éviter toute ambiguïté. Mais l'Eglise catholique ne peut que dire son accord avec les objectifs majeurs de la proposition de loi en sa forme actuelle.

En effet, "le médecin n'a pas à l'égard du patient de droit séparé ou indépendant ; en général, il ne peut agir que si le patient l'y autorise explicitement ou implicitement (directement ou indirectement)". "Le malade doit être mis dans la condition de pouvoir choisir personnellement et de ne pas devoir subir les décisions et les choix des autres".

En outre, "il est certain que l'obligation morale de se soigner et de se faire soigner existe, mais cette obligation doit être confrontée aux situations concrètes ; c'est-à-dire qu'il faut déterminer si les moyens thérapeutiques dont on dispose sont objectivement en proportion avec les perspectives d'amélioration.

Le renoncement à des moyens extraordinaires ou disproportionnés n'est pas équivalent au suicide ou à l'euthanasie ; il traduit plutôt l'acceptation de la condition humaine devant la mort".

Une telle décision ne dispense évidemment pas du devoir non seulement d'éviter toute action qui précipiterait délibérément la mort, mais aussi de continuer à prendre soin de la personne malade.

Se pose donc la question délicate des soins à maintenir auprès de tout malade, sauf raison dûment justifiée. Cela concerne tout spécialement l'alimentation, par des voies naturelles ou artificielles.

Il serait, certes, inhumain de chercher à prolonger des agonies.

Lorsque la mort est inéluctable à brève échéance, une totale priorité pourra être donnée à la lutte contre la souffrance et à l'accompagnement du malade.

Mais, dans les autres situations, l'arrêt de traitement est compatible avec une vie plus ou moins longue, à condition que soient donnés les soins nécessaires. Il peut arriver qu'un malade refuse alors toute intervention sur son corps, à l'exception des "soins de confort". Les soignants ne pourront que s'incliner, après avoir épuisé les ressources du dialogue.

Dans les autres cas, il conviendra de maintenir les soins courants, et notamment de chercher la manière la plus adéquate d'alimenter le malade, ou, au moins, de lui apporter des éléments nutritifs.

Agir autrement témoignerait d'un désintérêt à l'égard du malade ou même d'un véritable abandon.

Source : Conférence des Evêques de France

 

 

 

 

Le 2 mai 2013 un message du Conseil Pontifical pour le dialogue inter-religieux, présidé par le Cardinal Tauran, a été adressé aux bouddhistes à l'occasion de la fête de Vesakh :

"Chrétiens et bouddhistes : aimer, défendre et promouvoir la vie humaine

Chers amis bouddhistes,

1. Au nom du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, je voudrais vous présenter à tous mes salutations cordiales et mes bons vœux, tandis que vous célébrez la fête de Vesakh qui nous offre, à nous chrétiens, une occasion de renouveler notre dialogue amical et notre étroite collaboration avec les différentes traditions que vous représentez.

2. Le Pape François, dès le début de son ministère, a réaffirmé la nécessité du dialogue amical entre les fidèles des différentes religions. Il remarquait que « l'Église est consciente de la responsabilité que nous avons tous à l'égard de notre monde, de la création tout entière, que nous devons aimer et protéger. Nous pouvons faire beaucoup pour venir en aide aux pauvres, aux nécessiteux et à ceux qui souffrent, et pour favoriser la justice, promouvoir la réconciliation et construire la paix » (Audience aux représentants des Églises et des communautés ecclésiales, et des différentes religions, 20 mars 2013). Le message pour la journée mondiale de la paix 2013, intitulé « Heureux les artisans de paix », remarque que « le chemin pour atteindre le Bien Commun et la paix est avant tout celui du respect de la vie humaine dans tous ses aspects, à commencer par sa conception, en passant par son développement et en allant jusqu'à sa fin naturelle. Les véritables artisans de paix sont donc ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine dans toutes ses dimensions, personnelle, communautaire et transcendante. La vie dans sa plénitude est l'apogée de la paix. Celui qui aime la paix ne peut tolérer des attaques et des crimes contre la paix » (Message pour la Journée mondiale de la Paix en 2013, n.4).

3. Je voudrais dire que l'Église catholique montre un respect sincère pour votre noble tradition religieuse. Nous remarquons bien souvent une consonance avec les valeurs exprimées aussi dans vos livres religieux : respect pour la vie, contemplation, silence, simplicité (cf. Verbum Domini, n° 119). Notre dialogue fraternel spécifique a besoin de manifester que nous, bouddhistes et chrétiens, avons en commun, spécialement le fait que nous partageons un profond respect pour la vie.

4. Chers amis bouddhistes, votre premier précepte vous apprend à vous abstenir de détruire la vie de tout être sensible, et par conséquent il interdit le meurtre de soi-même et des autres. La pierre d'angle de votre éthique réside dans une réelle affection pour tous les êtres. Nous, chrétiens, nous croyons que le cœur de l'enseignement moral de Jésus est double : amour de Dieu et amour du prochain. Jésus dit : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour ». Et encore : « Voici mon commandement : aimez- vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Catéchisme de l'Église catholique, n. 1823). Le cinquième commandement chrétien, « Tu ne tueras pas » s'harmonise très bien avec votre premier précepte. Nostra Ætate enseigne que « l'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions » (NA 2). Je pense, par conséquent, que ce qui est urgent pour les Bouddhistes aussi bien que pour les chrétiens, sur le fondement de du patrimoine spécifique de nos traditions religieuses, est de créer un climat de paix pour aimer, défendre et promouvoir la vie humaine.

5. Comme nous le savons tous, en dépit de ces nobles enseignements sur la sainteté de la vie humaine, le mal sous différentes formes contribue à la déshumanisation de la personne en affaiblissant le sens de l'humanité chez les individus et dans les communautés. Cette situation tragique nous invite, bouddhistes et chrétiens, à unir nos mains pour démasquer les menaces contre la vie humaine et à réveiller la conscience morale de nos fidèles respectifs pour provoquer une renaissance spirituelle et morale des individus et des sociétés afin d'être de véritables artisans de paix qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine dans toutes ses dimensions.

6. Chers amis bouddhistes, continuons à collaborer dans un esprit de compassion et de fraternité renouvelées, pour soulager les souffrances de la famille humaine en favorisant le caractère sacré de la vie humaine. C'est dans cet esprit que je vous souhaite encore une fois une fête de Vesakh remplie de paix et de joie."

Jean-Louis Cardinal Tauran
Président

Père Miguel Ángel Ayuso Guixot, MCCJ
Secrétaire

Source : Vatican

 

 

Le droit à une assistance de base

par Mgr Virginio Bressanelli

Alors qu'il se dit et s'écrit beaucoup de choses, et qu'on débat beaucoup autour du cas de Marcelo Diez, et vu que beaucoup, soutenant des positions diverses, ont même invoqué la doctrine de l'Eglise, il est de mon devoir de communiquer à la communauté chrétienne et aux habitants de Neuquén ce qui relève de ma charge pastorale et ce que je sais de cette affaire.

Alors qu'il se trouve dans un état d'inconscience persistante, Marcelo jouit d'une santé physique stable. Il n'est branché à rien. Il n'est pas en phase terminale. Il ne subit aucune thérapie, ce qui veut dire qu'il ne fait pas l'objet d'un acharnement thérapeutique qui prolonge artificiellement sa vie. Il ne manifeste pas non plus ressentir une quelconque douleur physique, psychologique ou spirituelle.

Il présente des réactions minimales. On ne sait pas s'il entend ou quel peut être son degré de conscience par rapport à lui-même ou à la réalité qui l'entoure. Il se trouve, plutôt, dans une situation de profond handicap. Tout cela nous place devant le mystère de la vie d'un frère, et de cette vie, il n'y a pas de tierce personne qui puisse en être le maître ou l'administrateur.

Marcelo reçoit seulement l'alimentation et l'hydratation entérales, et le confort de base qui lui assure, dans son cadre, la qualité de vie digne que mérite tout être humain (hygiène, affection, assistance spirituelle). Il ne vit pas prostré dans son lit : chaque jour il est levé, on le met dans un fauteuil roulant, on le fait participer aux espaces de communauté, on lui parle, on lui passe de la musique. Ses réactions se lisent sur son visage, qui s'illumine lorsqu'il écoute de la musique, ou qui montre de la contrariété lorsque quelque chose le gêne.

On ne lui fait subir aucun soin disproportionné ou extraordinaire, mais seulement les soins de base que l'on assure à toute personne souffrant d'une incapacité qui l'empêche de satisfaire lui-même à ses besoins.

Du point de vue humain c'est une vie que nous devons respecter, protéger et soutenir jusqu'à ce que son état s'améliore, comme l'espéraient ses parents, ou jusqu'à ce que son cours prenne fin naturellement.

Lui ôter les soins qui lui sont aujourd'hui donnés le condamnerait à une mort atroce. Il s'agirait d'une euthanasie par omission et un délit d'abandon.

Nous ne pouvons nier qu'il s'agit d'une situation délicate et complexe.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer la souffrance des personnes qui l'aiment et qui espèrent que son état évolue positivement.Nous nous sentons solidaires d'eux. Nous nous trouvons cependant devant un défi : celui d'accepter courageusement nos limites, et de nous engager toujours en faveur d'une vie dont nous ne sommes ni les maîtres ni les administrateurs absolus. C'est une de ces nombreuses vies qui appellent le dévouement généreux de personnes qui s'occupent d'elles et ont besoin d'une société qui les respecte.

En tant qu'hommes et femmes qui aimons la vie et qui croyons en un Dieu de la vie, nous devons reconnaître qu'il s'agit d'un mystère qui nous dépasse. Il y a des situations que nous ne pouvons pas maîtriser, et auxquelles nous ne pouvons pas apporter de solutions ou d'améliorations significatives.

Dans ces situations il nous reste quelque chose qui valorise et qui rend digne chacun : redoubler notre capacité d'amour, renoncer humblement à notre désir de toute-puissance et offrir au frère qui en a besoin tout ce qu'il nous est possible de lui donner, faisant confiance à Dieu le Père qui dans sa Providence, même dans ces cas, est en train de réaliser un dessein d'amour pour le bien de beaucoup.

Neuquén, 15 août 2012

Virginio D. Bressanelli scj
Père évêque de Neuquén

 

 

par Mgr Louis-Marie Billé, Président de la Conférence des Evêques de France, 10/11/1998 (extrait)

(...) Peut-être ne sommes-nous pas si loin du thème des Droits de l''Homme, avec la décision de l'ONU de faire de l''année 1999 l''année internationales des personnes âgées, dont le thème sera : « Vers une société pour tous les âges ? » Nous ne pouvons que souhaiter que le voeu de l'ONU soit entendu. Le champ est immense, dans lequel on rencontre les nouveaux retraités encore pleins de vigueur, les grands parents qui s'occupent si volontiers de leurs petits enfants et les personnes âgées dépendantes, dont le nombre s'accroît et dont la présence suscite chez les plus jeunes, parfois beaucoup d'amour, mais parfois aussi beaucoup de crainte ou de rejet.

Je ne veux évidemment pas ramener la perspective de l'ONU à ce qui nous est, à nous évêques le plus proche : la présence, dans nos diocèses, de prêtres âgés. Mais il n'était pas possible que je n'y fasse pas allusion. Beaucoup travaillent encore à un âge, qui certes les qualifie pour être les anciens de la communauté, mais qui pourraient aussi les inviter au repos. Je n'oublie pas non plus ceux d''entre eux qui ont cesser le ministère actif et qui portent dans la prière le ministère de leurs frères. Qu''ils sachent tous que même si notre suroccupation ne nous permet pas de leur accorder le temps auquel ils auraient peut-être droit, nous savons le prix de leur présence à nos côtés, de leur expérience et de leur vie donnée. Ils demeurent auprès de nous, quel que soit leur âge, les collaborateurs qu''au jour de leur ordination, ils sont pour toujours devenus. (...)

Source : Conférence des Evêques de France

 

 

Pie XII

Problèmes religieux et moraux de l'analgésie

(discours du 24 février 1957)
extrait

Et chez les malades inopérables ou inguérissables

Faudrait-il y renoncer, si l'action même du narcotique abrégeait la durée de la vie? D'abord, toute forme d'euthanasie directe, c'est-à-dire l'administration de narcotique afin de provoquer ou de hâter la mort, est illicite, parce qu'on prétend alors disposer directement de la vie. C'est un des principes fondamentaux de la morale naturelle et chrétienne que l'homme n'est pas maître et possesseur, mais seulement usufruitier de son corps et de son existence. On prétend à un droit de disposition directe, toutes les fois que l'on veut l'abrègement de la vie comme fin ou comme moyen. Dans l'hypothèse
que vous envisagez, il s'agit uniquement d'éviter au patient des douleurs insupportables, par exemple, en cas de cancers inopérables ou de maladies inguérissables.

Si entre la narcose et l'abrègement de la vie n'existe aucun lien causal direct posé par la volonté des intéressés ou par la nature des choses (ce qui serait le cas si la suppression de la douleur ne pouvait être obtenue que par l'abrègement de la vie), et si, au contraire, l'administration de narcotiques
entraîne par elle-même deux effets distincts, d'une part le soulagement des douleurs, et d'autre part l'abrègement de la vie, elle est licite; encore faut-il voir s'il y a entre ces deux effets une proportion raisonnable, et si les avantages de l'un compensent les inconvénients de l'autre. Il importe aussi d'abord de se demander si l'état actuel de la science ne permet pas d'obtenir le même résultat en employant d'autres moyens, puis de ne pas dépasser, dans l'utilisation du narcotique, les limites de ce qui est pratiquement nécessaire.

Source : frblin.perso.neuf.fr

 

 

Mourir dans la dignité

Lettre pastorale des évêques suisses
sur l'euthanasie et l'accompagnement des mourants

4 juin 2002
(extrait)

IV. La mort assistée : les limites

1. Précisions de vocabulaire

Depuis des années l'euthanasie fait l'objet d'un large débat public. Des définitions et un vocabulaire officiel se sont imposés. Nous les résumons ici brièvement.

Par euthanasie on entend le fait de mettre fin à une vie ou de faire mourir une personne qui souffre gravement ou qui est mourante, à sa demande ou pour son bien.

L'euthanasie peut comprendre différentes interventions actives ou (et) omissions. La question de savoir si la personne qui intervient est un médecin et si le patient se trouve à l'article de la mort ou non reste ouverte. Le code pénal distingue l'euthanasie de l'homicide, de l'assassinat et du suicide.

Dans le cadre de cette définition générale, le débat politique et juridique actuel retient quatre manières de pratiquer l'euthanasie, dont il faudra tenir compte au moment d'émettre un jugement éthique.

1.1 Par euthanasie passive on entend le fait de renoncer à des mesures destinées à maintenir en vie un patient. En général il s'agit de la décision médicale de renoncer à un traitement ou de l'interrompre.

1.2 L'euthanasie active indirecte consiste à administrer des substances destinées à combattre la douleur, dont les effets secondaires sont susceptibles de réduire la durée de vie du patient.

1.3 L'euthanasie active directe vise à provoquer consciemment la mort d'un patient dans le but d'abréger ses souffrances.

1.4 En parlant d'euthanasie il faut aussi mentionner l'assistance au suicide qui consiste à aider une personne qui souhaite se suicider à passer à l'acte, soit en lui prescrivant ou en lui procurant un produit létal, soit en lui indiquant comment s'en servir. Lorsqu'il s'agit de personnes en phase terminale ou de malades qui souffrent beaucoup, l'aide au suicide se distingue à peine de l'euthanasie active directe.

Du point de vue éthique et juridique, il est important de vérifier si l'aide dont il est question a été proposée avec ou sans le consentement du patient. Lorsque la mort survient à la demande ou avec le consentement de l'intéressé, on parle d'euthanasie volontaire. Par contre, on parle d'euthanasie non volontaire lorsqu'on ne tient pas compte de la volonté du patient, comme dans le cas de personnes inconscientes ou incapables de discernement. Si on agit contre la volonté de l'intéressé il s'agit d'euthanasie involontaire.

2. L'euthanasie passive : l'omission d'un traitement ou son interruption

2.1 Par principe, on doit toujours protéger et conserver la vie humaine comme un don pré-cieux de Dieu. Certes, la médecine dispose actuellement de tels moyens pour maintenir en vie, que la mort naturelle est mise « hors combat ». Pourtant, lorsque le processus qui conduit au décès est amorcé de façon irréversible, il n'existe aucune obligation d'épuiser tous les recours possibles de la médecine, et le médecin n'est pas tenu de céder aux exigences d'un mourant qui réclamerait un maximum de soins intensifs jusqu'à son dernier souffle. Seuls les soins de base et les mesures analgésiques doivent être toujours garanties.

Dans une réflexion éthique sur le refus ou l'interruption de traitements, le Pape Pie XII avait déjà distingué entre moyens ordinaires et moyens extraordinaires de conserver la vie.7 Aujourd'hui, on parle plus volontiers de moyens proportionnés ou disproportionnés.8 Si les premiers doivent toujours être mis en œuvre, il est licite, le cas échéant, de renoncer aux seconds.

Dans le même sens, le Catéchisme de l'Église catholique enseigne : « La cessation de procédures médicales onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus peut être légitime. C'est le refus de "l'acharnement thérapeutique". On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l'empêcher. Les décisions doivent être prises par le patient s'il en a la compétence et la capacité, ou sinon par les ayant droit légaux, en respectant toujours la volonté raisonnable et les intérêts légitimes du patient » (n. 2278).

2.2 Un large champ reste ouvert aux décisions concrètes, et nombreuses sont les personnes qui, tôt ou tard, s'y trouvent confrontées en qualité de médecins, de proches ou pour elles-mêmes. Les réflexions suivantes voudraient les aider à prendre une décision.

Le premier critère est la volonté raisonnable du patient telle qu'elle se manifeste dans une situation donnée ou s'est exprimée dans une déclaration antérieure. On parle de volonté « raisonnable » lorsque la décision est personnelle et libre, sans contrainte de la part des proches ou du personnel soignant, qu'elle n'est pas prise dans un moment de désespoir et que, dans la mesure du possible, elle tient compte des trois dimensions de la mort. Dès lors, on comprend que la décision d'une personne religieuse risque bien d'être différente de celle d'une personne qui ne croit pas en un au-delà. Ce critère rend bien compte de la capacité d'une personne malade et âgée à se déterminer par elle-même.

Lorsqu'une telle liberté d'esprit n'est plus possible, dans les cas de démence sénile par exemple, de coma ou de certaines maladies graves, il revient aux proches, avec l'aide des médecins, d'évaluer la situation. Il faudra alors tenir compte du pronostic médical, du poids que le malade aura à supporter, de ses dispositions face à la mort, des conséquences sociales que pourrait entraîner la poursuite ou l'interruption du traitement. Ici aussi le rappel des trois dimensions de la mort peut aider à y voir un peu plus clair.

D'une part, l'intérêt du patient et le respect de la mort exigent que l'on évite tout acharnement thérapeutique.

Lorsque aucune amélioration n'est prévisible, il ne convient pas de retarder sans fin le décès par des moyens artificiels. Il est alors indispensable que ceux qui prennent la décision et qui interviennent dans sa mise en œuvre aient une intention droite et recherchent la meilleure qualité de vie possible pour la personne qui meurt. Le médecin ne doit pas chercher son intérêt personnel, ni provoquer directement la mort. On gardera présente à l'esprit la règle éthique qui dit qu'une bonne intention ne rend pas bonne une mauvaise action et qu'une mauvaise intention rend mauvaise une bonne action.

D'autre part, lorsque la survie d'un mourant dépend uniquement de l'assistance d'appareils, la frontière entre l'euthanasie passive et l'homicide devient très ténue. Dans ce cas, on tiendra compte de la dimension sociale de la mort par égard aux proches et/ou aux autres malades. Il est particulièrement important de vérifier avec soin l'intention de ceux qui décident d'interrompre les traitements. Des considérations financières ne devraient surtout pas jouer un rôle déterminant.

2.3 Lorsque le recours aux traitements devient impossible ou qu'on y renonce pour de bonnes raisons, il faut alors se tourner vers les soins palliatifs9 dont il sera question dans le prochain chapitre.

3. L'euthanasie active indirecte : traitement des symptômes et de la douleur au risque d'abréger la vie

Le Pape Pie XII a enseigné que le devoir d'un médecin est toujours de soulager les souffrances d'un mourant, au risque même d'abréger sa vie. La ligne de conduite est tracée par un principe éthique fondamental : sauvegarder la dignité de la personne qui meurt. C'est le cas lorsqu'un médecin, sans chercher à donner la mort, s'efforce d'apaiser les souffrances d'un mourant par des soins palliatifs dont les effets prévisibles entraîneront le décès.

A ce propos le Catéchisme de l'Église catholique enseigne : « L'usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d'abréger ses jours, peut être morale-ment conforme à la dignité humaine si la mort n'est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable » (n. 2279).

En Suisse, malheureusement, la médecine palliative est encore trop souvent ignorée et inspire crainte et résistances. Elle manifeste pourtant clairement que, face à la mort, le respect de la dignité humaine ne consiste pas à prolonger simplement la vie d'une personne par des soins excessifs, ni à lui faire supporter des souffrances inutiles, mais qu'il est possible de recourir à des thérapies qui abrègent la vie, sans prétendre, pour autant, provoquer la mort du patient.

4. L'euthanasie active directe : l'homicide sur demande

En plein accord avec l'Académie Suisse des Sciences médicales10, nous considérons les deux formes d'euthanasie mentionnées comme licites ou même nécessaires. Par contre, l'euthanasie directe, celle qui cherche à provoquer la mort, n'est jamais permise.

Contrairement aux deux premières, loin d'apporter une aide au mourant, elle précipite sa mort, l'empêchant de mourir de mort naturelle. Elle transgresse ainsi l'interdit de ne pas tuer et lèse la dignité du mourant.

4.1 Du point de vue de l'éthique chrétienne nous rejetons sans réserve l'euthanasie active directe, même si le patient la réclame et qu'elle est pratiquée au nom de la compassion.

Éthiquement parlant, l'euthanasie active directe est inacceptable parce que contraire au commandement qui interdit de tuer l'innocent et au devoir de protéger toute vie humaine ; elle transgresse une des lois fondamentales de la communauté humaine. L'homicide volontaire est incompatible avec la profession médicale, comme le proclame déjà le serment d'Hippocrate : il contredit le devoir fondamental du médecin de « ne pas nuire ». Le rôle du médecin est de guérir et de soulager dans la mesure du possible et, le cas échéant, d'accompagner et de consoler, mais jamais de tuer. Même les cas particuliers, où l'homicide sur demande de la victime se justifierait au nom de la compassion, n'autorisent pas la transgression du précepte qui interdit de tuer. La confiance du patient dans le médecin se fonde précisément sur cette interdiction de tuer et le médecin lui-même se trouve soulagé, lorsqu'il peut dire à un patient qu'il ne peut pas pratiquer l'euthanasie.

Du point de vue chrétien, toute intervention destinée à provoquer directement et activement la mort d'une personne est une initiative humaine qui ruine la confiance envers Dieu et la solidarité avec le Christ dans la mort. La mort est ainsi dépouillée de son caractère chrétien.

Le Catéchisme de l'Église catholique dit à ce sujet : « Quels qu'en soient les motifs et les moyens, l'euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable. Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l'intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un homicide gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L'erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure » (n. 2277).

4.2 Cette «erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi » est double. C'est, d'une part, la conviction que le médecin ou que le personnel soignant peut ou doit accueillir la demande explicite d'un patient qui réclame la mort. D'autre part, la personne qui souhaite abréger la souffrance et la déchéance du patient – peut-être parce qu'elle-même ne se sent pas capable de supporter de telles souffrances ou de les porter en solidarité avec celui qui souffre – a une fausse conception de la compassion. Dans un cas comme dans l'autre, on se rappellera qu'une bonne intention (subjective) ne justifie jamais une action objectivement mauvaise.

Souvent prise sous la pression de la douleur, du sentiment que la vie n'a plus de sens et est devenue inutile, de la peur d'être une charge pour les proches, la demande du malade qui réclame la mort procède rarement d'une décision libre. La recherche scientifique et l'observation clinique démontrent que ces demandes disparaissent dans la mesure où les douleurs diminuent, ou lorsque les patients ont la possibilité d'exprimer leur angoisse et d'être consultés sur les traitements à suivre. C'est précisément ce que font les soins palliatifs. Lorsqu'ils sont appropriés et complétés par un bon accompagnement, la demande explicite de la mort peut disparaître, même si le patient désire encore « mourir bientôt ». La compassion envers les personnes qui souffrent ne doit jamais envisager la mort, mais plutôt les soins palliatifs, qui exigent d'ailleurs un investissement bien plus conséquent.

4.3 Outre les raisons intrinsèques évoquées, d'autres raisons extrinsèques militent contre l'euthanasie active et directe (l'homicide sur demande). Parce qu'il est difficile de contrôler les relations entre le médecin (ou un ami, des parents) et un mourant, on ne saurait exclure les abus.

Il est à craindre que le cercle des victimes ne s'élargisse de façon indue. Entre la mort administrée sur demande et celle infligée, contre leur volonté, à des personnes atteintes de maladies psychiques incurables ou à des nouveau-nés gravement handicapés (euthanasie active involontaire), il n'y a qu'un pas. Les expériences faites aux Pays Bas depuis bientôt dix ans montrent que ces craintes sont fondées. Chez nous, en Suisse, les cas d'euthanasie de Lucerne sont encore dans toutes les mémoires.

Les conséquences sociales de la libéralisation de l'homicide sur demande suscitent bien des réserves. La justification de cette pratique risque à la longue de ruiner la confiance des patients envers les médecins et le personnel soignant. Du moment que la vie d'une personne atteinte d'une maladie incurable ou qui se trouve à l'article de la mort n'a plus beaucoup de prix, sa mort n'est plus prise au sérieux ; elle n'est qu'un épisode banal. Dès lors, la voie est ouverte pour une conception de l'homme où seules comptent les valeurs d'utilité, d'efficacité ou de jouissance, au détriment de la dépendance, de la solidarité, de la vulnérabilité et du caractère limité de tout être humain.

4.4 Sur la base de ces considérations, en tant qu'évêques nous ne pouvons pas accepter la légalisation de l'homicide sur demande au plan du droit pénal, même pas sous la forme d'une exemption de peine pour celui ou celle qui pratique l'euthanasie active directe « lorsque le patient demande de manière sérieuse et instante que la mort lui soit donnée (...) pour mettre fin à des souffrances insupportables et irrémédiables ». 11

5. L'aide au suicide

En Suisse, l'aide au suicide est, actuellement, la forme la plus controversée de ce qu'il est convenu d'appeler l'euthanasie. Une législation pénale obsolète considère (art. 115 du Code pénal) que l'assistance au suicide ne peut être poursuivie du moment qu'elle « ne se fonde pas sur des motivations égoïstes » et ouvre ainsi la porte pour décriminaliser l'homicide sur demande.

5.1 Une première différence entre l'aide au suicide pratiquée par les « associations pour le droit de mourir dans la dignité » (ADMD), et l'homicide sur demande tient surtout aux moyens mis en œuvre. La personne qui souhaite mourir exécute elle-même le geste final et décisif en absorbant un produit létal ou en ouvrant le robinet d'une perfusion. Mais tout a été préparé et organisé par une tierce personne. Il est difficile de ne pas voir dans cette différence autre chose qu'un subterfuge casuistique.

Une autre différence a plus de poids. Alors que l'homicide sur demande peut être considéré comme l'ultime solution face à des souffrances intolérables, le suicide assisté est envisagé bien avant la fin du processus qui conduit à la mort, comme alternative à un traitement, dans le cas d'une maladie grave (cancer) ou socialement pénible (sida), dans la perspective d'une longue souffrance ou d'une déchéance croissante.

5.2 Ici encore, outre les raisons intrinsèques évoquées à propos de l'homicide sur demande et du suicide (cf. plus haut IV.4.1 et II.4.3), il faut mentionner de graves raisons extrinsèques. Il faut surtout tenir compte des conséquences sociales et éthiques d'une pratique généralisée du suicide. La publication d'un mode d'emploi pour une mort volontaire peut entraîner un phénomène de contagion. Favoriser la pratique du suicide conduit à banaliser la mort, à cautionner une idéologie de l'homme tout-puissant et autonome (cf. plus haut III.1) et à démobiliser ceux et celles qui se trouvent en butte à de graves difficultés en leur proposant de quitter la vie.

Des personnes lourdement handicapées pourraient se voir contraintes de se demander s'il ne vaudrait pas mieux pour elles d'accepter d'être tuées, plutôt que de recourir à d'importants moyens pour rendre quelque peu supportable ce qui leur reste de vie.

L'expérience des Pays Bas montre aussi que la pratique de l'aide médicale au suicide est problématique. Un cinquième des patients environ ne meurent pas et doivent être achevés avec une injection mortelle pour éviter des suites fâcheuses et dramatiques.

Une dernière grosse difficulté pour décriminaliser l'aide au suicide est la nécessité de produire le témoignage d'un tiers qui puisse assurer que la personne qui a demandé la mort s'est exprimée en parfaite connaissance de cause et en pleine possession de ses moyens. Ce témoignage, exigé en premier lieu du personnel soignant ou des proches, peut conduire à de sérieux conflits de conscience.

5.3 A cause de sa similitude avec l'homicide sur demande, nous refusons catégoriquement l'aide au suicide. Dans ses directives médico-éthiques, l'Académie Suisse des Sciences médicales elle-même exclut des prestations médicales l'aide au suicide.

A ce propos, le droit pénal suisse présente une lacune regrettable, qu'il conviendrait de combler sans retard.

Rien n'est dit de l'aide au suicide pour des personnes souffrant de maladies psychiques, ni de la propagande en faveur de l'aide au suicide. Deux omissions qui, à nos yeux, sont inacceptables du point de vue social. Nous maintenons qu'il est urgent de prendre des dispositions légales et que l'article 115 du Code pénal suisse doit être modifié et précisé en conséquence.12

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7 Pie XII, Trois questions religieuses et morales concernant l'analgésie, Allocution à la Société italienne d'analgésie, 24 février 1957 ; Questions juridiques et morales sur la réanimation, Allocution à un groupe de médecins, 24 novembre 1957.

8 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration sur l'euthanasie, 5 mai 1980, IV.

9 Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 2279.

10 Académie Suisse des Sciences Médicales, Directives médico-éthiques sur l'accompagnement médical des patients en fin de vie ou souffrant de troubles cérébraux extrêmes (24.2.1995), 1.2 et 1.3.

11 Proposition de la majorité du Groupe de travail fédéral Assistance au décès dans son Rapport au Département de Justice et Police, mars 1999, pp. 34-37.

12 En date du 11 décembre 2001 le Conseil national a rejeté l'Initiative parlementaire Vallender Dorle 2001. Peu de temps après, le Conseil national a transféré au Conseil Fédéral une motion du conseiller national Dr Guido Zäch, qui, se référant à « Exit », demandait une réglementation juridique de la pratique de l'euthanasie.

Source : Conférence des Évêques suisses

 

 

L'euthanasie

2276 Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

2277 Quels qu'en soient les motifs et les moyens, l'euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l'intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L'erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure.

2278 La cessation de procédures médicales onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus peut être légitime. C'est le refus de " l'acharnement thérapeutique ". On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l'empêcher. Les décisions doivent être prises par le patient s'il en a la compétence et la capacité, ou sinon par les ayant droit légaux, en respectant toujours la volonté raisonnable et les intérêts légitimes du patient.

2279 Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent être légitimement interrompus. L'usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d'abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n'est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.

Source : Vatican

 

 

Extraits des interventions du Cardinal VINGT-TROIS, Archevêque de Paris et Président de la Conférence des Évêques de France

"Quand nous rejetons l'idée que quelqu'un soit habilité légalement à disposer de la vie de son semblable, quels que soit son âge et son état de santé, nous ne défendons pas une position particulière. Nous rappelons simplement que la vie en société suppose que l'interdit du meurtre soit un des fondements de la confiance mutuelle."
Homélie lors de l'Assemblée plénière des Évêques de France, Lourdes, 4/11/2012

"Toute personne, quel que soit son âge, son état de fatigue, son handicap ou sa maladie, n'en garde pas moins sa dignité. Pour cette raison, « l'euthanasie est une fausse solution au drame de la souffrance, une solution indigne de l'homme » (Benoît XVI), car elle vise, sous prétexte de compassion, à abandonner les personnes au moment où elles ont le plus besoin d'aide et d'accompagnement. L'arrivée de générations importantes dans le grand âge doit inviter la société à une plus grande solidarité. Le développement des soins palliatifs, fruit d'un progrès éthique et scientifique, doit être poursuivi pour que tous ceux qui en ont besoin puissent en bénéficier."
"Quelle société voulons-nous ?", livre paru en janvier 2012

Radio Notre Dame : Autre sujet, Mgr Vingt-Trois, deux études, parues ces derniers jours à propos de la fin de vie, ont eu des conclusions différentes, voire contradictoires. Dans La Croix de mardi, il était souligné que les soins palliatifs ne suffisaient pas toujours à faire disparaître les demandes d'euthanasie et dans le Figaro, le même jour, était souligné une large opposition des personnes âgées à l'euthanasie. Que révèlent selon vous ces différences d'interprétation ?

Cardinal Vingt-Trois : Elles révèlent surtout qu'on n'a pas interrogé les mêmes personnes ! Il est certain que si l'on interroge des gens pour qui l'hypothèse de fin de vie est quelque chose de très lointain, ils auront une vision tout à fait théorique et facilement catégorique sur la question : « Moi, jamais, toujours... » Mais quand on interroge des gens qui ont plus de 75 ans, comme c'est le cas de l'une des études, ceux-ci sont effectivement entrés dans la phase de leur vie qui s'approche de la fin, et leur opinion sur la manière de finir leurs jours n'est pas exactement la même que quand ils avaient 40 ans. La différence est donc très compréhensible. Mais ce qui est significatif, précisément, c'est que les gens qui sont le plus concernés, si je puis dire, c'est-à-dire ceux qui sont au-delà de 75 ans, éventuellement déjà dans une situation de maladie grave ou de soins palliatifs, ne demandent pas du tout à pouvoir être euthanasiés ! Ce n'est pas du tout leur désir le plus cher !

RND : C'est la question de la confiance dans le corps médical qui est soulevée ?

CVT : Bien sûr, et l'intérêt d'une étude comme celle-là est qu'elle montre précisément - justement entreprise par une équipe médicale pour essayer de mieux comprendre la situation des personnes en fin de vie et leurs motivations - que la lecture de la fin de vie, quand on y est réellement, est sensiblement différente de ce qu'elle est quand on discourt sur les estrades.

RND : Une des études souligne quand même que lorsque les soins palliatifs sont mis en place, il reste quelques demandes d'euthanasie. Comment répondre à la souffrance dans ces cas-là, lorsque les soins palliatifs ne suffisent pas.

CVT : En étant réellement présent. C'est à dire qu'une demande d'euthanasie en général est une expression d'une angoisse et d'un « mal à vivre », et surtout d'une perte du sens de la vie. Ce qui ressort de ces études, c'est que ce dont les gens ont besoin, c'est que leur vie ait un sens. Or, la vie ne peut pas avoir de sens si on est seul et si personne ne s'occupe de vous. C'est donc l'accompagnement qui est décisif, pas seulement l'accompagnement thérapeutique, même s'il est fait de façon très évoluée et très humaine, mais aussi l'accompagnement familial, amical... ; une présence et une relation à travers laquelle la personne qui est malade perçoit qu'elle apporte quelque chose.
Interview à Radio Notre Dame, 17/10/2011

Radio Notre Dame : Une proposition de loi sur l'euthanasie doit être présentée jeudi prochain à l'Assemblée Nationale. On voit au fil des sondages que les personnes interrogées sont de plus en plus nombreuses à être favorables à une légalisation ou une dépénalisation de l'euthanasie, y compris chez les catholiques pratiquants. Que vous inspire ce projet de loi ?

Cardinal Vingt-Trois : J'ai surtout l'impression d'une répétition perpétuelle. Chaque fois que ce thème est abordé, on fait comme s'il n'y avait rien eu. Or la loi Leonetti a été votée en 2005 et un rapport remis l'an passé. Nous ne sommes pas sur un terrain où il n'y a rien. Au contraire, beaucoup de dispositions ont été prises. Je ne dis pas qu'elles sont toutes appliquées, mais ce n'est pas parce que l'on tuera les gens que les dispositions seront mieux appliquées. La question est de savoir si on considère qu'une société a la responsabilité d'accompagner ses membres dans toutes les vicissitudes de leur vie et y compris dans leur fin de vie, ou bien si elle doit organiser la manière de se débarrasser de ceux qui sont devenus encombrants. Périodiquement, nous verrons des groupes proposer un projet de loi sur l'euthanasie puisque leur objectif, c'est d'obtenir une loi sur l'euthanasie envers et contre tout.

RND : Il y a souvent une peur de l'acharnement thérapeutique chez ceux qui demandent une dépénalisation de l'euthanasie. Où se situe la limite entre le respect de la vie et l'acharnement thérapeutique ?

CVT : C'est très clairement défini depuis longtemps ! On appelle acharnement thérapeutique le fait de prodiguer des soins qui n'ont pas pour objectif d'obtenir la guérison mais qui ont pour objectif de faire quelque chose même si cela ne sert rien. Or les soins palliatifs ne sont pas de l'acharnement thérapeutique puisqu'ils mettent en œuvre une procédure d'accompagnement qui soulage la douleur et qui permet au malade de garder le plus longtemps possible sa conscience et sa capacité de relations. On le sait, cela a été dit, expliqué, redit, réexpliqué.

Mais la vraie question n'est pas celle-là, elle est bien de savoir si oui ou non, nous pouvons prendre le pouvoir sur la vie de notre prochain.
Interview à Radio Notre-Dame, 14/11/2009

"Une récente campagne a été orchestrée, une nouvelle fois, à partir du drame personnel d'une personne gravement malade pour faire passer dans l'opinion le sentiment qu'il y aurait urgence à délivrer légalement un permis de disposer de sa vie. En réalité, il s'agirait d'un nouveau permis de disposer de la vie de son prochain, disons-le simplement : d'un permis de tuer. Alors que nous ignorions tout de la situation médicale réelle de la personne, des traitements possibles, des traitements proposés, acceptés ou refusés, on a voulu capter l'émotion légitime pour la substituer à la réflexion ; on a fait monter les enchères émotionnelles ; on a instrumentalisé une situation douloureuse pour la cause. On parle beaucoup de dignité ! Nous n'avons certainement pas la même conception ni la même pratique de ce mot.

Sournoisement, le travail admirable des équipes de soins palliatifs a été discrédité et dévalué aux yeux de l'opinion. Honteusement, des milliers de personnes gravement atteintes ou dans le dernier âge de leur vie ont été soupçonnées de ne pas avoir le courage de la « dignité ». Frauduleusement, la requête de reporter la décision de sa mort sur la société a été présentée comme un progrès humain. La loi, votée il y a deux ans et pas encore vraiment appliquée, a été occultée. La passion pour la mort a remplacé la compassion pour la vie.

Plusieurs d'entre nous se sont exprimés justement et sobrement sans faire le jeu médiatique de cette vente aux enchères de la dignité. Aujourd'hui, nous voulons dire ensemble notre conviction que la société n'a pas vocation à organiser la mort, la mort de personne : ni celle de l'enfant à naître, ni celle du grand malade en phase terminale, ni celle des vieillards en fin de vie. Si elle le faisait, elle saperait les fondements mêmes de son existence. Elle deviendrait un lieu du doute : veut-on encore de moi ?

Comme évêques mais tout simplement comme êtres humains, nous voulons rappeler que la dignité humaine n'est pas de chercher dans la mort la solution aux situations graves et angoissantes auxquelles tous les hommes sont confrontés un jour ou l'autre. Nous voulons dire encore une fois notre estime et notre admiration pour les hommes et les femmes qui assument leur vie avec courage et discrétion, pour les médecins qui cherchent sans cesse à soulager la souffrance, pour les équipes soignantes qui respectent, elles, la dignité de leurs malades, pour les familles qui accompagnent courageusement leurs membres éprouvés. Surtout, nous voulons exprimer notre résolution d'agir conformément à ces convictions en soutenant tous ceux qui se mettent vraiment au service de la vie. Nous le faisons particulièrement en n'abandonnant pas les malades graves à leur détresse et à leur souffrance. Nous voulons encourager le travail des aumôneries d'hôpitaux et de maisons de retraite. Nous voulons appeler les fidèles laïcs ou consacrés à se proposer pour des services de visite et d'accompagnement auprès des personnes malades ou des personnes âgées, en particulier celles qui sont en grande souffrance physique ou psychologique.

La dignité humaine est vraiment à promouvoir, mais cette promotion ne peut pas passer par le déni de la valeur de chaque existence humaine quels que soient ses handicaps ! Une société pour la vie est une société qui aide ses membres à vivre jusqu'au bout leur vie, qui ne les fait pas douter de la valeur de leur présence ici-bas."
Discours d'ouverture de l'Assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France, Loures, 01/04/2008

Le Parisien : Euthanasie (...), est-ce logique que l'Église refuse ?

Cardinal Vingt-Trois : L'euthanasie, c'est donner légalement le droit à quelqu'un de tuer l'autre. Mais nous ne disposons pas de notre vie. Quant à la souffrance, c'est une question d'accompagnement. S'il y a une telle campagne d'opinion en faveur de l'euthanasie, c'est aussi parce qu'on ne sait que faire avec les gens en fin de vie. Moi, je dis qu'il faut aider nos aînés jusqu'au bout.

Tout à l'heure, j'irai voir ma mère, qui a 96 ans et ne peut plus marcher. Elle trouve le temps long mais on ne dispose pas de sa vie et, moi, j'ai à l'accompagner jusqu'à la fin. Cela fait partie de la grandeur de l'homme.
Rencontre avec les lecteurs du Parisien, 23/12/2007

Source : Radio Notre-Dame

 

 

Cardinal Marc OUELLET, à la Fédération Canadienne des Sociétés de Médecins Catholiques (FCSMC), le 02/05/2010, "Etre et devenir personne" (extraits)

Je salue comme un grand signe d'espérance l'engagement renouvelé des médecins catholiques pour une culture de la vie qui soit davantage respectueuse de la dignité de la personne humaine. (...)

Engagés par le Serment d'Hippocrate et guidés par une vision anthropologique chrétienne, vous êtes confrontés à des courants sociaux qui défient ouvertement votre conscience morale et votre service professionnel.

Cette confrontation devient maintenant plus dramatique à cause de la pression accrue venant de mesures législatives (ex.: lois ou projets de lois sur l'avortement et l'euthanasie) qui touchent le traitement de la vie humaine à son début et à sa fin.(...)
Le débat (...) sur la décriminalisation de l'euthanasie a fait émerger le concept de la dignité de la personne d'un point de vue nouveau. .

Les tenants de la libéralisation de l'euthanasie interprètent ce concept d'un point de vue subjectif alléguant qu'à un certain degré de souffrance, d'impuissance ou de dégradation de l'organisme humain, la vie n'est plus « digne » d'être vécue. En conséquence, on devrait autoriser la personne qui voudrait en finir plus rapidement à procéder avec l'appui de ses proches et un support médical adéquat.

Une telle conception de la dignité, liée à l'état de santé plus ou moins délabré d'une personne, est réductrice et dangereuse. Car elle prend pour mesure et fondement une perception subjective passagère qui ne tient pas compte des valeurs sociales communes, de la loi profonde du respect de la vie inscrite dans la conscience humaine et de l'horizon global de l'existence humaine promise à un destin transcendant.

Tout leur raisonnement est articulé autour du moment insupportable qu'il faut éviter parce qu'il serait indigne de souffrir inutilement, de se voir réduit à l'impuissance, d'être soumis à la dépendance totale d'autrui et à l'humiliation de perdre le contrôle de soi-même à l'approche de la mort. À cette idéologie qui dévalorise la dignité de la personne humaine, il faut opposer une vision anthropologique globale conforme à la raison éclairée par la foi, selon la tradition judéo-chrétienne qui est la nôtre en Occident.(...)

Là où la conscience morale n'est pas faussée par la pression ambiante, par des présupposés matérialistes ou des intérêts égoïstes, la personne humaine expérimente sa vie comme un don qui lui vient du Créateur. Elle se sait spontanément redevable envers lui de sa vie et appelée à lui rendre compte de sa conduite et de l'usage de ses talents.

Parmi les valeurs confiées à la responsabilité de la personne humaine, le respect de la vie à toutes les phases de son développement apparaît comme le principe et le fondement de l'ordre moral de la société. La valeur intrinsèque de la personne humaine, fondée sur sa qualité d'être supérieure à toute la nature matérielle, constitue la base de toutes les autres valeurs. Car la personne humaine est dotée d'une âme spirituelle et immortelle qui est promise à une vie de communion définitive avec Dieu par-delà la mort.(...)

Agir autrement sans égard pour l'ordre établi par Dieu introduit un désordre aux conséquences graves et imprévisibles, comme il appert déjà de la décriminalisation de l'avortement et de l'euthanasie dans certains pays occidentaux. La rupture de l'ordre social fondé sur la reconnaissance du droit souverain de Dieu sur la vie entraîne l'affaiblissement du sens moral, la dégradation des rapports humains, la montée de la violence et la « culture de mort » dont on ne mesure plus les conséquences à venir. . Cette norme éthique fondamentale est confirmée par l'explicitation du dessein de Dieu dans le Christ, qui fournit des raisons additionnelles pour respecter la vie et la dignité de toute personne humaine.

Si chaque individu peut décider du terme de sa propre vie ou de l'existence d'une autre personne humaine malade ou en gestation dans le sein maternel, il n'y a plus aucune limite à la volonté de puissance et aux choix arbitraires. Par conséquent, notre société facilite la prolifération des situations d'injustice où le droit du plus fort l'emporte sur le droit du plus faible. Et ce sont les pauvres et les êtres les plus fragiles qui sont sacrifiés, quelle que soit par ailleurs la rhétorique de lutte à la pauvreté qui canalise les restes de conscience éthique vers des objectifs politiquement corrects.

De fait, nous constatons le déclin de notre civilisation dont les valeurs fondamentales de liberté, d'égalité et de fraternité ont perdu leur fondement universellement reconnu. Parallèlement à l'inflation des droits de l'homme, nous constatons un recul de l'humanité, dans la mesure où la domination de la force brutale, même admise par des majorités, conduit à la suppression d'êtres humains, quelle que soit la justification qu'on en donne par ailleurs à l'aide des lois et du pouvoir médiatique.

Là où la personne humaine n'est plus respectée dans sa dignité ontologique, c'est-à-dire dans son être même indépendamment de sa race, de sa couleur, de son statut social, de son état de santé, de son sexe, de sa dimension microscopique de zygote, la porte est ouverte à tous les abus, à toutes les manipulations. Le rempart de la vie civilisée est abattu et la démocratie elle-même est menacée.

Si on ne respecte pas la personne humaine tout simplement parce qu'elle est une personne humaine ou un être humain, on supprime le fondement des normes qui régissent la vie en société, c'est-à-dire le fondement du droit. On fait place à un autre fondement, consensuel, aléatoire, éphémère, évolutif et mouvant.

Une personne humaine a droit à la vie parce qu'elle est une personne humaine et non parce qu'elle est attendue, désirée, qu'elle ne dérange pas, qu'elle ne menace pas, parce qu'elle ne coûte pas cher, etc. Il n'y a pas de raison qui déboute la raison fondatrice, la valeur première, le pilier qui soutient tout l'édifice.(...)

Dans une société où on abhorre la discrimination sous toutes ses formes, on instaure la discrimination à l'égard des êtres les plus faibles, le plus incapables de se défendre.(...)

Non seulement cet être humain est incapable de se défendre, mais on prive ceux et celles qui voudraient le défendre des moyens légaux pour le faire. En d'autres termes, on érige l'iniquité en système et on façonne l'opinion publique à grand renfort de pression médiatique avec la valeur suprême de l'affirmation de soi et de la liberté de choix, sans égard pour la dignité de la personne humaine.(...)

La philosophie contemporaine a beaucoup développé la dimension interpersonnelle de l'être humain, soulignant l'importance des rapports familiaux, la signification symbolique du corps, le caractère structurant du langage, la dynamique de l'éducation fondée sur le dialogue, la participation et le témoignage.(...)

Mais (...) c'est la qualité de l'amour qui détermine l'épanouissement de la personne, tant dans ses relations humaines ici-bas que dans le prolongement de sa vie dans l'éternité. Le sens plénier de la vie humaine qui fonde l'éthique ne peut être que la ressemblance trinitaire qui polarise toutes les énergies de la personne humaine vers l'Amour qui contient le bonheur éternel.

Toutes ces considérations nous aident à comprendre l'exigence du respect de la vie à toutes les phases de son développement, de la conception à la sépulture. Elles justifient par conséquent qu'en fin de vie, on pratique des soins palliatifs de qualité au lieu d'éliminer les patients qui souffrent, car ils peuvent continuer à grandir jusque dans l'extrême faiblesse.(..)

(...)quand on voit évoluer l'Occident vers une « culture de mort » de plus en plus envahissante, on ne peut s'empêcher de tirer la sonnette d'alarme. Avortements massifs, suicides décuplés, euthanasie en progression géométrique, foyers détruits, couples éphémères, conjoints non-mariés, enfants non désirés ou instrumentalisés, techniques raffinées d'eugénisme et de régulation des naissances, manipulations génétiques, etc., etc. Tous ces faits mettent en évidence le désarroi d'une humanité déboussolée et aspirée par le néant.
On constate tristement l'absence d'une norme éthique claire, universellement admise et respectée, qui garantirait l'ordre social et donc un vivre ensemble dans l'égalité des droits et la liberté pour tous.

Cette norme éthique existe et ne peut être que le respect inconditionnel de la personne humaine en raison de sa dignité native, de son alliance personnelle inviolable avec Dieu et de sa contribution unique et irremplaçable au bien commun de l'humanité. Reconnaître cette norme et son fondement devient la tâche la plus urgente et la responsabilité la plus grave en particulier dans le domaine médical et dans la gestion de la santé publique.

C'est pourquoi il ne suffit plus de nos jours que les médecins assurent un service professionnel de qualité, appuyés sur les ressources scientifiques de leur formation médicale. Il leur faut une formation éthique supérieure et un engagement social déterminé pour assurer le respect de la personne humaine à tous les niveaux et à tous les stades de son développement. Ce double engagement répond aux conditions actuelles d'exercice de la profession médicale qui a besoin d'être protégée et même restaurée.

Cet engagement au respect inconditionnel de la personne humaine vaut autant pour le foetus que pour le mourant, de même que pour le malade réduit à un état végétatif. Ce respect concerne évidemment le médecin et sa conscience, et tous les responsables de la santé, qui ont besoin de s'appuyer dans leur travail sur des balises claires, des valeurs sûres, sans être placés sous la pression d'intérêts autres que le soin consciencieux de la personne malade.(...)

Je félicite tous ceux et celles qui osent se lever pour dire une parole constructive, une parole libératrice, une parole qui unit les défenseurs de la personne humaine dans une lutte pacifique et courageuse pour son bonheur véritable. N'oublions jamais que ce bonheur engage, par delà l'horizon terrestre, la vie éternelle.

Source : Eglise catholique de Québec

 

 

Propos recueillis par Jean-Marie Guénois pour le Figaro, publié le 31/10/2008

«Derrière ce qu'on appelle des «cas limites», il y a en fait notre difficulté à bien accompagner celui qui va mourir», souligne l'Archevêque de Lyon.

L'archevêque de Lyon réagit à la décision de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) d'organiser sa journée nationale d'action le 2 novembre, Fête des morts pour l'Église catholique.

LE FIGARO. - Percevez-vous l'initiative de l'ADMD comme une provocation ?
Philippe BARBARIN. - Profiter de cette date pour promouvoir l'euthanasie sera ressenti comme une violence. Ce jour-là, les Français aiment aller en famille dans les cimetières. Beaucoup prennent un temps de recueillement et de prière devant la tombe de ceux qui leur restent chers. Ils partagent les souvenirs qui habitent leur mémoire, une parole marquante, un grand moment... Respectons cette atmosphère de silence, et n'allons pas faire du 2 novembre une nouvelle «journée nationale» à thème et encore moins un moment de combat, à forte connotation idéologique. Les dernières paroles, les derniers moments de nos proches sont des souvenirs inoubliables. Ce serait complètement déplacé et même blessant de venir nous expliquer qu'il aurait mieux valu éviter ces heures si marquantes, en abrégeant leurs vies. L'effort qui est fait partout pour diminuer la douleur des malades - j'en ai bénéficié moi-même lors de récents séjours à l'hôpital - et apaiser les souffrances mérite notre gratitude et nos encouragements. C'est une attention admirable portée à chaque personne, jusqu'au terme de sa route.

Un problème de «dignité» se pose parfois...
À mon avis, l'ADMD joue sur ce mot. Ma conviction est que la dignité de la vie humaine transcende toutes les circonstances et les conditions de notre existence ; il est heureux que le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme l'affirme clairement. Plus loin, ce texte dit aussi qu'il faut se battre pour que chacun puisse vivre dans des conditions dignes.Il est clair que la mort n'est pas une condition de la vie, mais sa fin ! Tout le monde admire Mère Teresa, qui a recueilli et pris soin de personnes abandonnées dans les rues, pour leur permettre de «mourir dans la dignité». Cette expression devient un piège ou une tromperie si elle entend déterminer quelles sont les conditions d'une vie digne et obtenir, par la loi, le droit de donner la mort à ceux dont on juge qu'ils sont sortis de ce cadre.

Le constat est sévère...
Mais nous avons appris, après sa mort, que Mme Sébire n'aurait jamais été dans cet état si elle avait accepté les soins qu'on lui proposait, et que son avocat, par ailleurs, a quitté l'ADMD, refusant qu'on y milite pour la promotion du suicide assisté. Comment peut-on se battre, d'un côté, pour respecter la dignité imprescriptible de la vie humaine et, de l'autre, estimer qu'on peut donner la mort à quelqu'un quand on juge que les circonstances de sa vie sont trop douloureuses ?

La loi Léonetti apporte-t-elle une solution acceptable ?
Cette loi est une réponse au problème, tel qu'il se pose aujourd'hui. Elle ne résout pas tout, et ne légifère pas sur tous les détails. Elle laisse place à la responsabilité du médecin et des proches du malade, mais ne donne aucun droit à faire mourir autrui. Je souhaite qu'elle continue d'être appliquée dans le sens du respect des malades et de leur vie. Qu'on n'oublie pas que médecins et personnels soignants ont pour mission de servir la vie. Ils tiennent au serment d'Hippocrate, qui est d'une grande clarté en ce domaine ! D'autre part, cette loi, votée à l'unanimité au Parlement, ouvre une «voie française», si je puis dire. Elle peut servir d'exemple pour d'autres nations. L'Espagne,a ainsi décidé de revoir tout son processus législatif en ce domaine, à cause de notre loi.

Une évolution juridique vers l'euthanasie vous paraît-elle inéluctable ?
Je dois confesser que c'est ce que je pensais en 2004, quand venait d'être votée la loi sur la bioéthique. Mais il y a des jours où l'on est heureux de s'être trompé ! En effet, pour la fin de vie, le Parlement a emprunté un autre chemin que celui que l'on pouvait craindre, et il n'a pas ouvert cette porte.

Restent les cas limites?
Je vais vous raconter une histoire, une des plus émouvantes que j'aie vécues. J'étais en visite pastorale dans une paroisse et le curé avait organisé une assemblée générale, le dimanche après-midi. Il y avait environ 400 personnes et, tout d'un coup, un médecin s'est levé. Il nous a raconté comment il avait «aidé à mourir» la femme d'un confrère de ses amis, atteinte à 42 ans d'un cancer en phase terminale. «Est-ce que vous me comprenez ?» a-t-il hurlé dans un cri de douleur. J'ai demandé aux chrétiens s'il leur arrivait de prier pour les médecins. Puis, nous avons gardé cinq minutes de silence. Évidemment, je le comprenais, et il le savait bien. Derrière sa question, le problème était plutôt de savoir si, oui ou non, je l'approuvais. Mais dans ce cri de détresse, il me semble qu'en fait, c'est lui qui ne s'approuvait pas. Bien sûr, je n'allais pas le condamner, mais il est clair aussi que je ne pouvais pas approuver son geste. L'euthanasie n'a rien d'une mort douce. Derrière ce qu'on appelle des «cas limites», il y a en fait notre difficulté à bien accompagner celui qui va mourir. C'est cela que nous devons assumer avec courage, par amour de celui qui s'en va.

La loi peut-elle tout encadrer ?
Faut-il légiférer sur tout, et dans les détails ? Et comment se fait-il que ce qu'on appelle «dépénalisation» se transforme vite en un droit pour tous, comme c'est le cas pour la loi sur l'avortement ? J'espère qu'un pays sera capable de proposer une loi qui condamnerait un acte parce qu'il est grave, sans ajouter à sa violence celle d'une trop lourde sanction contre son auteur.

 

 

Réflexions du Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon et Primat des Gaules, en 2011

La loi sur la fin de vie ne reconnait aucun droit à donner la mort et propose de bons repères insistant sur les soins palliatifs et le refus des traitements disproportionnés. Pourtant, la commission sociale du Sénat vient de donner le feu vert à la discussion ouvrant la voie à l'euthanasie en cas de « souffrance physique ou psychique ne pouvant être apaisée ou jugée insupportable ». Invoquant des cas extrêmes, des parlementaires omettent de mettre en valeur le beau travail accompli dans les unités de soins palliatifs. On essaie d'introduire une idée uniformisée de mort douce, alors que l'euthanasie est loin d'être douce, pour les soignants comme pour le malade et sa famille. Je salue cette « exception française », par laquelle nos législateurs ont manifesté la permanente vocation de la douce France à prendre en charge les plus fragiles, jusqu'au terme de leur vie terrestre.

La légalisation de l'euthanasie briserait la confiance entre soignants et soignés. Mme Schnapper écrivait que « la société moderne repose sur la confiance objective entre les individus grâce aux relations politiques et économiques, le droit, l'argent, les institutions. Mais les relations directes entre les personnes ne sauraient être oubliées, qui demeurent au cœur de la vie humaine. » La médecine est un lieu où il serait terrible d'attenter à l'amitié entre les hommes, celle où le faible se dit : « Celui-ci veut mon bien, même en me défendant contre ma crainte d'affronter la situation présente ». Si l'euthanasie est légalisée, le patient aura peur même des interventions thérapeutiques légitimes.

La légalisation de l'euthanasie pousse à l'exclusion des personnes les plus vulnérables. Si un homme est seul, sans personne qui le protège, si le recours à la mort légale lui est offert, le voici en danger, à la merci des fluctuations de sa sensibilité. La demande de mourir est souvent un appel au secours : « Tout le monde me laisse tomber. Est-ce que j'ai encore du prix aux yeux de quelqu'un ? » La dignité d'un homme, c'est son droit à être aimé, toujours.

La légalisation de l'euthanasie est contradictoire avec le développement des soins palliatifs, qui permettent de répondre à la plupart des douleurs des grands malades. Pourquoi 80%, paraît-il, du budget des soins palliatifs ne leur est pas encore alloué ? Est-il vrai que le fait de renoncer aux opérations chirurgicales réalisées in extremis sans espoir de guérison, dégagerait une part de cet argent ? J'ai encore à l'esprit la fin de Jean-Paul II : en février 2005, on l'opère d'une trachéotomie pour qu'il puisse continuer de respirer. Mais quand, fin mars, on envisage une gastrectomie, il refuse. On continue de le nourrir et de l'hydrater, mais il n'est pas question de tenter une nouvelle opération, aussi douloureuse qu'inutile. Et le 2 avril au soir, il s'en va. « Avec la mort, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ».

M. Badinter notait qu'un droit à la mort assistée revient à aider ceux qui prendraient la décision de se suicider. « J'aurais la crainte, disait-il, d'une forme d'incitation, je n'ose pas dire de provocation au suicide. L'être humain est fragile. L'angoisse de mort est présente. Chez certains, face à une épreuve, il y a une tentation de mort inhérente à la condition humaine ». Avec lui, je veux dire que la mort est une peine toujours injustifiable, pour un coupable, à plus forte raison pour un innocent.

Y voir la « dernière liberté » constitue un piège. Comme si cet acte était pleinement libre, alors que plus de la moitié des rescapés du suicide ne récidivent pas. Comme si le suicide ne touchait que celui qui y recourt. Sa violence traverse le corps social et sa mémoire reste vive dans le cœur des proches. Dans sa réclusion, Etty Hillesum recopie ces lignes de W. Rathenau à une femme tentée par le suicide : « J'ai moi-même envisagé cette éventualité, que je dois aujourd'hui rejeter. Je considère qu'une telle fin est une injustice, une offense à l'esprit. C'est un manque de confiance vis-à-vis du bien éternel, une infidélité à l'égard de notre devoir le plus intime : celui d'obéir à une loi universelle. Celui qui se tue est un meurtrier, non seulement de lui-même, mais aussi d'autrui. Une telle mort, j'en suis profondément convaincu, n'est pas une libération, comme peut l'être une mort naturelle et innocente. Toute violence commise en ce monde prolifère, comme chacun de nos actes. Nous sommes ici pour porter une partie de la souffrance du monde, en lui offrant notre cœur, non pour l'aggraver par un acte de violence. »

On objectera que la proposition de loi ne vise que des cas où la mort naturelle surviendrait en toute hypothèse, et dans de brefs délais. Si c'est le cas, tendons la main, comme les soignants des services de soins palliatifs qui font honneur à la médecine. En vérité dans les pays où elle est établie, l'euthanasie (qu'on voudrait permettre même aux mineurs) touche aussi des gens qui ne sont pas en situation de mort imminente, notamment des personnes dépressives.

L'Eglise catholique se voit souvent reprocher un prétendu dolorisme. Tels discours, telles attitudes peuvent accréditer ce soupçon. Il ne pèse pas bien lourd face au cortège des saints qui ont voulu correspondre aux attitudes du Christ envers les malades, à la parabole du Bon Samaritain, à Matthieu 25 : « J'étais malade et vous m'avez visité », à la figure de Mère Térésa penchée sur ceux qui mouraient sur les trottoirs de Calcutta. Certains, comme Vincent de Paul, ont donné forme institutionnelle à la charité du Christ. Il est vrai aussi, et fondateur pour la réflexion, que l'Eglise ne cesse de contempler son Seigneur mourant en croix. Cela empêche un cœur vraiment chrétien de se détourner de celui qui meurt, au contraire de notre société, où l'on voit les enfants absents des funérailles de leurs grands-parents... Jésus meurt seul, et pourtant à ses pieds Marie, le disciple bien aimé, Madeleine sont restés, dont la présence éclaire le débat qui nous occupe. Des amis lui sont restés fidèles jusqu'au bout.

« Le véritable amour chasse la crainte », dit la Bible. Bien des malades et des familles ont fait cette expérience : une maladie douloureuse a été traversée. L'amour, jour après jour, a permis de dépasser la peur. Comme homme ayant vécu la maladie, comme croyant, attentif à l'interdit fondateur de toute société : « Tu ne tueras pas », je veux dire aux sénateurs : Ne doutez pas de l'amour !

Source : Le Figaro, mardi 25 janvier 2011

 

 

Poursuivant le dialogue entre juifs et catholiques entamé depuis la déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II, la Commission pour les Relations avec les Autres Religions du Consistoire de Paris (CRAR) et le Service des Relations avec le Judaïsme du Diocèse de Paris (SRJ) ont constitué un groupe de réflexion sur les questions touchant à la fin de la vie humaine. Ce groupe s'est attaché à faire une lecture commune de la loi du 22 avril 2005, dite « Loi Leonetti », relative aux droits des malades et à la fin de vie.

Ayant recueilli le résultat de ce travail, nous estimons utile d'apporter la contribution de ce groupe à la réflexion sur ce sujet qui touche une question essentielle : le respect de la vie humaine et l'attention que les bien-portants doivent aux mourants ou à ceux qui sont gravement malades.

1. Juifs et catholiques, nous reconnaissons le droit et le devoir de toute personne de prendre un soin raisonnable de sa santé et de sa vie, et le devoir corrélatif de la famille et des soignants de prodiguer à un malade les soins nécessaires, dans la mesure de leurs moyens ou des ressources mises à leur disposition par la société. Le développement incessant des sciences médicales et des moyens utilisés pour le diagnostic et le traitement des maladies rend cependant nécessaire de nos jours de s'interroger sur le devoir d'y recourir, sur les circonstances qui légitiment l'abstention de certains de ces moyens, et, d'une manière générale, sur les soins dus aux malades parvenus au terme de leur vie.

2. Le commandement biblique : « Tu ne tueras pas » exige de la famille et des soignants de ne pas chercher à hâter la mort du malade, et des malades de ne pas attenter à leurs jours, ni de demander l'aide d'autrui dans cet objectif. En nous appuyant sur ce commandement nous exprimons une opposition très ferme à toute forme d'assistance au suicide et à tout acte d'euthanasie, celle-ci étant comprise comme tout comportement, action ou omission, dont l'objectif est de donner la mort à une personne pour mettre ainsi fin à ses souffrances.

3. Pour nous, la sollicitude due à nos frères et soeurs gravement malades ou même agonisants, « en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable » selon les termes de la loi, exige de s'employer à porter remède à leurs souffrances. Tel est l'objectif majeur des soins palliatifs tels qu'ils sont officiellement définis. Nous ne pouvons donc que nous réjouir de ce que la loi invite à les développer dans tous les hôpitaux et les établissements médico-sociaux.

4. L'article 2 de la loi du 22 avril 2005 prévoit explicitement que le médecin applique « un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger la vie » lorsque c'est le seul moyen de « soulager la souffrance d'une personne en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable ». Nous jugeons que le recours à un tel traitement est légitime à certaines conditions : qu'il y ait des raisons graves d'agir ainsi, des souffrances intenses qui ne peuvent être soulagées autrement, et que l'éventuel effet secondaire d'abrègement de la vie ne soit en aucune façon recherché. L'objectif poursuivi en administrant ce traitement est alors uniquement de soulager de fortes souffrances, non pas d'accélérer la mort. Des « recommandations de bonne pratique médicale » destinées à vérifier que les conditions précédentes sont remplies ont déjà été formulées par des institutions compétentes. Il importe que ces recommandations soient régulièrement mises à jour, ratifiées par la Haute Autorité de Santé et observées dans la pratique.

5. Sans rien renier de nos convictions religieuses et du respect dû à toute vie humaine, il nous paraît juste, après les démarches requises, de ne pas entreprendre des traitements médicaux qui ne pourraient améliorer l'état de santé du malade, ou n'obtiendraient un maintien de la vie qu'au prix de contraintes ou de souffrances disproportionnées, ou dans une situation extrême. En ce sens, nous approuvons le principe général formulé par la loi : les actes médicaux « ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable ».

6. Le fait de ne pas entreprendre (ou de ne pas maintenir), pour un malade déterminé, tel ou tel traitement médical, ne dispense pas du devoir de continuer à prendre soin de lui. Juifs et catholiques, nous jugeons qu'il est de la plus haute importance de chercher le moyen et la manière les plus adéquats d'alimenter le malade, en privilégiant dans toute la mesure du possible la voie naturelle, et en ne recourant à des voies artificielles qu'en cas de nécessité.

7. Il apparaît clairement, dans nos traditions respectives, que l'apport d'eau et de nutriments destinés à entretenir la vie répond à un besoin élémentaire du malade. L'alimentation et l'hydratation par la voie naturelle doivent donc toujours être maintenues aussi longtemps que possible.

En cas de véritable impossibilité, ou de risques de « fausse route » mettant en danger la vie du malade, il convient de recourir à une voie artificielle. Seules des raisons graves dûment reconnues (non assimilation des nutriments par l'organisme, souffrance disproportionnée entraînée par l'apport de ceux-ci, mise en danger de la vie du malade du fait de risques d'infections ou de régurgitation) peuvent conduire dans certains cas à limiter voire suspendre l'apport de nutriments. Une telle limitation ou abstention ne doit jamais devenir un moyen d'abréger la vie.

Juifs et catholiques, nous jugeons donc que, en ce qui concerne l'apport de nutriments, la loi du 22 avril présente une réelle ambiguïté. Il n'y est pas précisé que pour les malades chroniques hors d'état d'exprimer leur volonté l'alimentation et l'hydratation par voie naturelle ou artificielle doivent être maintenues, même lorsque la décision a été prise de limiter les traitements médicaux proprement dits. Il convient que les instances compétentes favorisent et garantissent cette interprétation de la loi.

C'est à son attitude à l'égard des plus faibles, parmi lesquelles les personnes en fin de vie ont une place toute particulière, qu'une société manifeste son degré d'humanité. La véritable compassion ne peut se traduire par le fait de provoquer délibérément la mort d'autrui. Notre société, si sensible à la souffrance des personnes en fin de vie, se doit d'apporter à tous ceux qui en ont besoin les moyens d'accompagnement et de soins palliatifs qui respectent la vie humaine. Ce respect constitue l'un des fondements de toute civilisation qui se veut humaine.

Paris, le 26 mars 2007

Mgr André VINGT-TROIS                    David MESSAS
Archevêque de Paris                        Grand Rabbin de Paris

 

Source : Diocèse de Paris          Consistoire de Paris

 

 

CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

DÉCLARATION "IURA ET BONA" SUR L'EUTHANASIE
ET SUR L'OBSERVATION D'UN USAGE THÉRAPEUTIQUE
DROIT ET PROPORTIONNÉ DES MÉDICAMENTS ANALGÉSIQUES (*)

Introduction

LES DROITS ET LES VALEURS attachés à la personne humaine tiennent une place importante dans la problématique contemporaine. A ce propos, le deuxième Concile du Vatican a réaffirmé l'éminente dignité de la personne humaine et tout spécialement son droit à la vie. Aussi a-t-il dénoncé les crimes contre la vie « comme toute espèce d'homicide, le génocide, l'avortement, l'euthanasie et aussi le suicide délibéré » (Const. past. Gaudium et spes, n. 27.).

Récemment, la S. Congrégation pour la Doctrine de la foi a rappelé la doctrine catholique au sujet de l'avortement provoqué (1). Elle veut maintenant présenter l'enseignement de l'Eglise sur le problème de l'euthanasie.

En effet, si en ce domaine les principes affirmés par les derniers Pontifes (2) sont toujours valables, les progrès de la médecine ont fait apparaître en ces dernières années d'autres aspects du problème de l'euthanasie, qui appellent au plan éthique de nouvelles précisions.

Dans notre société, où les valeurs fondamentales de la vie humaine sont mises en cause, une mutation de civilisation influe sur la façon de considérer la souffrance et la mort ; la médecine a accru son pouvoir de guérir et de prolonger la vie dans des conditions qui entraînent parfois des problèmes moraux. Aussi les hommes qui vivent dans un tel climat s'interrogent-ils avec angoisse sur le sens de la vieillesse extrême et de la mort. Ils en viennent à se demander s'ils n'auraient pas le droit de se procurer, à eux ou à leurs semblables, une mort « douce » qui abrégerait leurs souffrances ou qui serait, à leurs yeux, plus conforme à la dignité humaine.

Plusieurs Conférences épiscopales ont posé à ce sujet des questions à la S. Congrégation pour la Doctrine de la foi. Après avoir consulté des experts sur les différents aspects de l'euthanasie, la S. Congrégation entend répondre aux évêques pour les aider à orienter les fidèles et leur offrir, à propos de ce grave problème, des éléments de réflexion qu'ils puissent présenter aux autorités civiles responsables.

Les arguments proposés dans ce document concernent tout d'abord ceux qui mettent leur foi et leur espérance dans le Christ qui, par sa vie, sa mort et sa résurrection, a donné un sens nouveau à l'existence de chacun des siens, et spécialement à leur mort, selon la parole de saint Paul : « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. » (Rm 14, 8 ; cf. Ph 1, 20.)

Quant aux adeptes d'autres religions, beaucoup admettront avec nous que la croyance – s'ils la partagent – en un Dieu Créateur, Providence et Maître de la vie, donne une valeur éminente à toute personne humaine et doit en garantir le respect.

Nous espérons aussi que la présente Déclaration rencontrera l'assentiment de tant d'hommes de bonne volonté qui, au-delà des différences philosophiques ou idéologiques, ont une vive conscience des droits de la personne humaine. Ces droits ont été d'ailleurs souvent proclamés au cours des dernières années dans des déclarations internationales (3); et puisqu'il s'agit ici des droits fondamentaux de toute personne humaine, on ne saurait recourir à des arguments tirés du pluralisme politique ou de la liberté religieuse pour en refuser la valeur universelle.

I. – Valeur de la vie humaine

La vie humaine est le fondement de tous les biens, la source et la condition nécessaire de toute activité humaine et de toute communion sociale. Si la plupart des hommes estiment que la vie a un caractère sacré et que chacun peut en disposer à son gré, les croyants y voient plus encore un don de l'amour de Dieu, qu'ils ont la responsabilité de conserver et de faire fructifier. De cette dernière considération découlent les conséquences suivantes :

1. Nul ne saurait porter atteinte à la vie d'un homme innocent sans s'opposer à l'amour de Dieu pour lui, sans violer un droit fondamental inamissible et inaliénable, donc sans commettre un crime d'une extrême gravité (4).

2. Tout homme a le devoir de conduire sa vie selon le dessein du Créateur. Elle lui est confiée comme un bien qu'il doit mettre en valeur ici-bas, mais qui ne trouve son épanouissement que dans la vie éternelle.

3. Le suicide est donc aussi inacceptable que l'homicide, car il constitue de la part de l'homme un refus de la souveraineté de Dieu et de son dessein d'amour ; souvent aussi le suicide est refus d'amour envers soi-même, négation de l'aspiration naturelle vers la vie, abdication devant les obligations de justice et de charité à l'égard des proches, de diverses communautés et du corps social tout entier – bien que parfois, on le sait, interviennent des conditions psychologiques qui peuvent atténuer ou même supprimer la responsabilité.

Il faut distinguer avec soin du suicide le sacrifice par lequel, en vue d'une grande cause – comme l'honneur de Dieu, le salut des âmes ou le service de ses frères – quelqu'un donne ou expose sa propre vie (cf. Jn 15, 14).

II. – L'euthanasie

Pour traiter avec précision du problème de l'euthanasie, il convient d'abord de préciser le vocabulaire employé. Au sens étymologique, le mot euthanasie signifie, dans l'Antiquité, une mort douce sans cruelles souffrances. On ne songe plus guère aujourd'hui au sens premier de ce mot, mais plutôt à une intervention de la médecine qui atténue les douleurs de la maladie et de l'agonie, parfois même au risque de supprimer prématurément la vie. Enfin le terme d'euthanasie est utilisé en un sens plus particulier. Il désigne alors le fait de « donner la mort par pitié », pour supprimer radicalement des souffrances extrêmes ou éviter aux enfants anormaux, aux incurables, aux malades mentaux la prolongation, pendant des années peut-être, d'une vie pénible qui pourrait en outre imposer des charges trop lourdes aux familles ou à la société.

Il est donc nécessaire de dire clairement en quel sens est employé ce terme dans le présent document.

Par euthanasie, nous entendons une action ou une omission qui, de soi ou dans l'intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. L'euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés.

Or, il faut le dire une nouvelle fois avec fermeté, rien ni personne ne peut autoriser que l'on donne la mort à un être humain innocent, fœtus ou embryon, enfant ou adulte, vieillard, malade incurable ou agonisant. Personne ne peut demander ce geste homicide pour soi ou pour un autre confié à sa responsabilité, ni même y consentir, explicitement ou non. Aucune autorité ne peut légitimement l'imposer, ni même l'autoriser. Il y a là violation d'une loi divine, offense à la dignité de la personne humaine, crime contre la vie, attentat contre l'humanité.

Il peut arriver que des douleurs prolongées et intolérables, des raisons d'ordre affectif ou divers autres arguments conduisent quelqu'un à estimer qu'il peut légitimement demander la mort ou la donner à autrui. Si, en de tels cas, la responsabilité personnelle peut être diminuée ou même supprimée, l'erreur de jugement de la conscience – fût-elle de bonne foi – ne modifie pas la nature du geste meurtrier, qui demeure en soi inacceptable. Les supplications de très grands malades demandant parfois la mort ne doivent pas être comprises comme l'expression d'une vraie volonté d'euthanasie ; elles sont en effet presque toujours des demandes angoissées d'aide et d'affection. Au-delà de l'aide médicale, ce dont a besoin le malade, c'est de l'amour, de la chaleur humaine et surnaturelle que peuvent et doivent lui apporter tous ses proches, parents et enfants, médecins et infirmières.

III. – Le chrétien devant la souffrance et l'usage des médicaments analgésiques

La mort ne se produit pas toujours dans des conditions dramatiques, au terme d'insupportables souffrances. Il ne faut pas penser uniquement aux cas extrêmes. Des témoignages nombreux et concordants donnent à penser que la nature même facilite au moment de la mort des détachements qui seraient terriblement douloureux à un homme en pleine santé. Ainsi une maladie prolongée, une vieillesse avancée, une situation de solitude et d'abandon peuvent instaurer des conditions psychologiques qui facilitent l'acceptation de la mort.

Il n'en reste pas moins que la mort, souvent précédée ou accompagnée de souffrances atroces et d'une longueur épuisante, demeure naturellement angoissante pour le cœur de l'homme.

La douleur physique est assurément un élément inévitable de la condition humaine ; au plan biologique, elle constitue un avertissement dont l'utilité n'est pas contestable ; mais, ressentie dans le psychisme humain, elle devient souvent disproportionnée à son utilité biologique et peut prendre une dimension telle qu'on souhaite l'éliminer à tout prix.

Selon la doctrine chrétienne, la douleur – surtout celle des derniers moment de la vie – a une place particulière dans le plan salvifique de Dieu ; elle est effet participation à la Passion du Christ et union au sacrifice rédempteur qu'il a offert dans l'obéissance au Père. Aussi ne faut-il pas s'étonner que certains fidèles désirent modérer l'usage des analgésiques, de façon à assumer au moins une partie de leurs souffrances et à s'unir ainsi dans une conscience pleinement éveillée à celles de Jésus sur la croix (cf. Mt 27, 34). Toutefois, il ne serait pas conforme à la prudence de vouloir faire d'une attitude héroïque une règle générale. Pour beaucoup de malades, la prudence humaine et chrétienne conseillera souvent l'emploi de moyens médicaux aptes à atténuer ou supprimer la souffrance, même si les effets secondaires en sont la torpeur ou une moindre lucidité. Quant à ceux qui ne sont pas en état de s'exprimer, on pourra raisonnablement présumer qu'ils désirent recevoir ces calmants et les leur administrer selon les conseils du médecin.

Mais l'utilisation intensive des analgésiques ne va pas sans soulever des difficultés, puisque le phénomène de l'accoutumance oblige généralement à en augmenter les doses pour en maintenir l'efficacité. Il convient de rappeler ici une déclaration de Pie XII qui conserve toute sa valeur ; à des médecins qui lui posaient la question suivante : « La suppression de la douleur et de la conscience par le moyen des narcotiques [...] est-elle permise par la religion et la morale au médecin et au patient (même à l'approche de la mort et si l'on prévoit que l'emploi des narcotiques abrégera la vie) ? », le Pape répondit : « S'il n'existe pas d'autres moyens et si, dans les circonstances données, cela n'empêche pas l'accomplissement d'autres devoirs religieux et moraux : oui (5) ». Dans ce cas en effet, il est clair que la mort n'est en aucune façon voulue ou recherchée, même si le risque en est raisonnablement couru ; on a simplement l'intention de calmer efficacement la douleur en employant dans ce but les analgésiques dont la science médicale dispose.

Les analgésiques qui entraînent l'inconscience méritent toutefois une attention particulière. Il importe en effet non seulement de pouvoir satisfaire à ses devoirs moraux et à ses obligations familiales, mais surtout de se préparer en pleine connaissance à la rencontre du Christ. Aussi Pie XII rappelle-t-il « qu'il ne faut pas sans raison grave priver le mourant de la conscience de soi (6) ».

IV. - L'usage proportionné des moyens thérapeutiques

Il est aujourd'hui très important de protéger au moment de la mort la dignité de la personne humaine et la conception chrétienne de la vie contre une technicité qui risque de devenir abusive. Aussi certains en sont-ils venus à parler d'un « droit à la mort », expression qui ne désigne pas le droit de se donner ou de se faire donner la mort comme on le veut, mais le droit de mourir dans la dignité humaine et chrétienne, en toute sérénité. De ce point de vue, l'usage des moyens thérapeutiques peut parfois poser des problèmes.

En de nombreux cas, la complexité des situations peut être telle qu'elle engendre des hésitations sur la manière d'appliquer les principes de l'éthique. Les décisions appartiendront en dernier lieu à la conscience du malade ou des personnes qualifiées pour parler en son nom, ainsi qu'à celle des médecins, à la lumière des obligations morales et des différents aspects du cas.

Chacun a le devoir de se soigner ou de se faire soigner. Ceux qui ont la charge de soigner les malades doivent le faire consciencieusement et administrer les remèdes qui paraissent nécessaires ou utiles.

Faut-il cependant en toutes circonstances recourir à tous les moyens possibles ? Naguère, les moralistes répondaient qu'on n'est jamais obligé d'employer les moyens « extraordinaires ». Cette réponse, toujours valable en principe, est peut-être moins éclairante aujourd'hui, en raison de l'imprécision du terme et de l'évolution rapide de la thérapeutique. Aussi certains préfèrent-ils parler de moyens proportionnés et disproportionnés. De toute manière, on appréciera les moyens en mettant en rapport le genre de thérapeutique à utiliser, son degré de complexité ou de risque, son coût, les possibilités de son emploi, avec le résultat qu'on peut en attendre, compte tenu de l'état du malade et de ses ressources physiques et morales.

Pour faciliter l'application de ces principes généraux, on peut apporter les précisions suivantes :

- S'il n'y a pas d'autres remèdes suffisants, il est permis de recourir, avec l'accord du malade, aux moyens que procure la technique médicale la plus avancée, même s'ils en sont encore au stade expérimental et ne vont pas sans quelque risque. Le malade, en les acceptant, pourra même faire preuve de générosité au service de l'humanité.

- Il est aussi permis d'interrompre l'application de ces moyens lorsque les résultats en sont décevants. Mais pour une telle décision, on tiendra compte du désir raisonnable du malade et de sa famille, ainsi que de l'avis des médecins particulièrement compétents ; ceux-ci pourraient estimer notamment que l'investissement en instruments et en personnel est disproportionné aux résultats prévisibles, et que les techniques mises en œuvre imposent au patient des contraintes ou des souffrances hors de proportion avec les bénéfices qu'il peut en recevoir.

- Il est toujours permis de se contenter des moyens normaux que la médecine peut offrir. On ne peut donc imposer à personne l'obligation de recourir à une technique déjà en usage, mais encore risquée ou très onéreuse. Son refus n'équivaut pas à un suicide ; il y a là plutôt acceptation de la condition humaine, souci d'épargner la mise en œuvre d'un dispositif médical disproportionné aux résultats que l'on peut attendre, enfin volonté de ne pas imposer des charges trop lourdes à la famille ou à la collectivité.

- Dans l'imminence d'une mort inévitable malgré les moyens employés, il est permis en conscience de prendre la décision de renoncer à des traitements qui ne procureraient qu'un sursis précaire et pénible, sans interrompre pourtant les soins normaux dus au malade en pareil cas. Le médecin ne pourrait alors se reprocher la non-assistance à personne en danger.

Conclusion

Les normes contenues dans la présente Déclaration sont inspirées d'un profond désir de servir l'homme selon le dessein du Créateur. Si la vie est un don de Dieu, la mort est inéluctable ; il faut donc, sans en prévenir l'heure, savoir l'accepter en toute responsabilité et dignité. Il est vrai qu'elle marque la fin de notre existence terrestre, mais en même temps elle fait éclore une vie immortelle. Aussi tous les hommes doivent-ils se préparer à cet événement à la lumière des valeurs humaines et les chrétiens plus encore à la lumière de la foi.

Quant à ceux qui travaillent dans les professions de la santé, ils ne négligeront rien pour mettre au service des malades et des mourants toute leur compétence ; mais ils se souviendront aussi de leur apporter le réconfort plus nécessaire encore d'une immense tendresse et d'une ardente charité. Un tel service de l'homme est aussi un service du Seigneur qui a dit : « Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 40.)

Au cours de l'audience accordée au Préfet soussigné de la Congrégation, Sa Sainteté Jean-Paul II a approuvé cette Déclaration adoptée en réunion ordinaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi et en a ordonné la publication.

A Rome, au siège de la Congrégation, le 5 mai 1980.

Franjo card. ŠEPER,
Préfet

† Jérôme HAMER, O.P., Arch. tit. di Lorium
Secrétaire.

NOTES

(*)CONGREGATIO PRO DOCTRINA FIDEI, Declaratio de Euthanasia deque analgesicorum remediorum usu therapeutico recte ac proportionate servando, 5 maii 1980 : AAS 72 (1980) 542-552 ; texte français de la polyglotte vaticane publié dans DC 77 (1980), 697-700. Dans les notes ci-dessous, les références à la DC sont de la rédaction de ce périodique.

–––––––––––––––––––

(1) Declaratio de abortu procurato, 18 nov. 1974 (AAS 66 [1974], p. 730-747 et DC 1974, n° 1666, p. 1068-1073.)

(2) PIE XII, Discours aux congressistes de l'Union internationale des ligues féminines catholiques, 11 sept. 1947 (AAS 39 [1947], p. 483 et DC 1947, n° 1003, col. 1455-1462) ; Allocution à l'Union catholique italienne des sages-femmes, 29 oct. 1951 (AAS 43 [1951], p. 835-854 et DC 1951, n° 1109, col. 1473-1494) ; Discours aux m.s de l'Office international de documentation de médecine militaire, 19 oct. 1953 (AAS 45 [1953], p. 744-754 et DC 1953. n° 1160, col. 1409-1418); Discours aux participants du IXe Congrès de la Société italienne d'anesthésiologie, 24 fév. 1957 (AAS 49 [1957], p. 146 et DC 1957, n° 1247, col. 325-340). cf. aussi Allocution sur la « réanimation », 24 nov. 1957 (AAS 49 [1957], p. 1027-1033 et DC 1957, n° 1267, col. 1605-1610). PAUL VI, Discours aux m.s du Comité spécial des Nations Unies pour la question de l'apartheid, 22 mai 1974 (AAS 66 [1974], p. 346 et DC 1914, n° 1657, p. 605-606.) JEAN-PAUL II, Allocution aux évêques des USA, 5 oct. 1979 (AAS 71 [1979], p. 1225 et DC 1979, n° 1773. p. 925-930.)

(3) On songera tout spécialement à la recommandation 779 (1976) relative aux droits des malades et des mourants, de l'Assemblée parlementaire de l'Europe en sa XXVIIe session ordinaire. Cf. SIPECA, n. 1, mars 1977, p. 14-15.

(4) Nous laissons entièrement de côté les problèmes de la peine de mort et de la guerre, qui font intervenir des considérations spécifiques étrangères au présent sujet.

(5) PIE XII, Discours du 24 fév. 1957 (AAS 49 [1957], p. 147 et DC 1957, n° 1247, col. 325-340.)

(6) PIE XII, ibid, p. 145. Cf. Allocution du 9 sept. 1958 (AAS 50 [1958], p. 694 et DC 1958, n° 1287. col. 1227-1236.)

Source : Vatican

 

 

Considérations éthiques sur l'euthanasie

Académie Pontificale pour la Vie

1. A partir des années soixante-dix, et débutant dans les pays du monde les plus développés, une campagne insistante a commencé à se diffuser en faveur de l'euthanasie comprise comme un acte ou une omission qui, de par sa nature et dans ses intentions, provoque l'interruption de la vie du grand malade, ou celle du nouveau-né mal formé. La raison habituellement invoquée est de vouloir ainsi épargner au patient même des souffrances considérées comme inutiles.

C'est ainsi que se sont développées au niveau international des campagnes et des stratégies soutenues par des associations pro-euthanasie, ces campagnes présentaient des manifestes publics signés par des intellectuels et des hommes de science, des publications favorables à de telles propositions - certaines accompagnant même des instructions destinées à enseigner aux malades et aux bien-portants les différentes méthodes pour mettre fin à la vie lorsque celle-ci était considérée comme insupportable -, des enquêtes recueillant les opinions de médecins ou de personnes bien connues du public et favorables à l'euthanasie et, enfin, des propositions de loi soumises aux Parlements, sans parler des tentatives afin de pousser les tribunaux à des sentences susceptibles d'établir de fait une pratique de l'euthanasie ou, du moins, l'impossibilité juridique d'infliger une peine dans une telle situation.

2. Le cas récent des Pays-Bas, où depuis quelques années déjà existait une sorte de réglementation selon laquelle le médecin pratiquant l'euthanasie à un patient qui lui en faisait la demande n'était pas poursuivi par la justice, établit une véritable légalisation de l'euthanasie sur demande, même si celle-ci est limitée aux cas de maladies graves et irréversibles, accompagnées par la souffrance, et à condition qu'une telle situation soit soumise à un contrôle médical extrêmement rigoureux.

Le fondement de la justification que l'on veut invoquer et faire valoir devant l'opinion publique repose principalement sur deux idées essentielles:

a) le principe de l'autonomie du sujet qui aurait le droit de disposer de sa vie d'une manière absolue;

b) la conviction plus ou moins explicite du caractère insupportable et inutile de la douleur qui peut parfois accompagner la mort.

3. L'Eglise a suivi avec appréhen-sion le développement de cette pensée. Elle y a reconnu l'une des manifestations de l'affaiblissement spirituel et moral quant à la dignité de la personne mourante et une voie "utilitariste" de désengagement face aux véritables besoins des patients.

Tout au long de sa réflexion, elle est restée constamment en contact avec le personnel et les spécialistes de la médecine, en s'efforçant de rester fidèle aux principes et aux valeurs de l'humanité, valeurs partagées par la plupart des hommes, et ce à la lumière de la raison éclairée par la foi, et en publiant des documents qui ont été reçus favorablement par les spécialistes et une grande partie de l'opinion publique. Nous rappellerons ici la Déclaration sur l'euthanasie (1980) publiée il y a 20 ans par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi; le document du Conseil pontifical "Cor Unum": Quelques questions d'éthique relatives aux grands malades et aux mourants (1981); l'Encyclique Evangelium vitae (1995) de Jean-Paul II (en particulier n. 64 et 67 et la Charte des personnels de la santé, rédigée par le Conseil pontifical pour la Pastorale de la Santé (1995).

Ces documents du Magistère ne se sont pas limités à définir l'euthanasie comme moralement inacceptable, "en tant que meurtre délibéré (...) d'une personne humaine" innocente (cf. EV, 65). La pensée de l'Encyclique est précisée au n. 57, permettant d'interpréter correctement le passage du n. 65 (cité ci-dessus), ou comme action "honteuse" (cf. Concile Vatican II, GS 27); mais il a également été offert un itinéraire d'assistance au malade gravement atteint et au mourant, itinéraire qui, sous le profil de l'éthique médicale ou bien spirituel et pastoral, s'inspire de la dignité de la personne, du respect de la vie et des valeurs de la fraternité et de la solidarité, en demandant aux individus et aux institutions de répondre par des témoignages concrets aux défis actuels d'une culture de mort de plus en plus répandue.

Tout récemment, après un travail préparatoire qui a duré plusieurs mois, l'Académie pontificale pour la Vie a consacré l'une de ses Assemblées générales à ce même thème, en en publiant ensuite les Actes dans le volume intitulé "La dignité du mourant" (2000).

4. Il est utile de rappeler ici, en renvoyant également aux documents cités, que la douleur des patients, douleur dont il est question et par laquelle on veut en quelque sorte justifier et rendre quasiment nécessaires l'euthanasie et le suicide assisté, est, aujourd'hui plus que jamais, une douleur pouvant être soignée grâce aux moyens adéquats de l'analgésie et des soins palliatifs proportionnés à la douleur elle-même; celle-ci, si elle est accompagnée d'une assistance humaine et spirituelle appropriée, peut être adoucie et soulagée dans un climat de soutien affectif et psychologique.

D'éventuelles demandes de mourir émanant de personnes souffrant profondément (comme le démontrent les enquêtes menées parmi les patients ainsi que les témoignages de personnel de santé connaissant bien la situation des mourants) traduisent presque toujours une demande indirecte du patient pour recevoir davantage d'attention et d'intérêt de la part des personnes qui l'entourent, en plus des soins appropriés: deux éléments qui font parfois défaut dans les hôpitaux d'aujourd'hui. La con-sidération déjà proposée dans la Charte des personnels de la santé n'en est que plus vraie: "Le malade qui se sent entouré d'une présence affectueuse, humaine et chrétienne, ne tombe pas dans la dépression et dans l'angoisse comme celui qui, au contraire, se sentant abandonné à son destin de souffrance et de mort, demande à en finir avec la vie. C'est pourquoi l'euthanasie est une défaite pour qui la théorise, la décide et la pratique" (n. 149).

A ce sujet, on en vient à se demander si, par hasard, ne se cache pas au contraire, sous la justification du caractère intolérable de la douleur pour le patient, l'incapacité des personnes en "bonne santé" à accompagner le mourant dans son travail difficile de souffrance, de donner un sens à la douleur humaine - qui ne peut toutefois jamais être totalement éliminée de la vie humaine terrestre - et une sorte de refus de l'idée même de la souffrance, qui est toujours plus répandu dans notre société de bien-être et d'hédonisme.

On ne peut pas non plus exclure que, derrière certaines campagnes "pro-euthanasie", se cachent des questions de dépenses publiques, considérées comme impossibles à soutenir et inutiles lorsque certaines maladies se prolongent.

5. C'est en déclarant que la douleur peut être soignée (au sens médical) et en proposant, comme engagement de solidarité, d'assister le malade souffrant, que l'on peut affirmer le véritable humanisme: la douleur humaine a besoin d'amour et de partage solidaire, et non de la violence hâtive de la mort anticipée.

D'autre part, ce qu'on appelle principe d'autonomie par lequel on veut parfois exacerber le concept de liberté individuelle, en le poussant au-delà de ses limites rationnelles, ne peut certainement pas justifier la suppression de sa propre vie ou de celle d'autrui: en effet, l'autonomie personnelle présuppose le fait d'être vivant, et implique la responsabilité de l'individu, qui est libre de faire le bien selon la vérité; il réussira à s'affirmer, sans contradiction, seulement en reconnaissant (et ce, également dans une perspective purement rationnelle) qu'il a reçu sa vie en don et qu'il ne peut donc pas en être le "maître absolu"; en définitive, supprimer la vie, c'est détruire les racines mêmes de la liberté et de l'autonomie de la personne.

Et lorsque la société réussit à rendre légitime la suppression de l'individu - quel que soit le stade de la vie où il se trouve, ou quel que soit le degré de dégradation de sa santé -, elle renie sa finalité et le fondement même de son existence, ouvrant la voie à des iniquités toujours plus graves.

Enfin, la légitimation de l'euthanasie induit une complicité perverse du médecin qui, de par son identité professionnelle et en vertu des exigences déontologiques incontournables auxquelles elle est liée, est toujours appelé à soutenir la vie et à soigner la douleur, et jamais, au grand jamais, à donner la mort, même sur l'insistance attentionnée de qui que ce soit (cf. Serment d'Hippocrate); cette conviction éthique et déontologique a traversé les siècles sans que sa substance se trouve altérée, ainsi que le confirme, par exemple, la Déclaration de l'Association médicale mondiale sur l'Euthanasie (XXXIX Assemblée, Madrid 1987): "L'euthanasie, c'est-à-dire l'acte consistant à mettre fin, de façon délibérée, à la vie d'un patient, que ce soit à la demande du patient lui-même ou bien à la demande de sa famille, est un acte immoral. Ce qui n'empêche pas le docteur de respecter le désir d'un patient de permettre que le processus naturel de la mort suive son cours dans la phase finale de la maladie".

La condamnation de l'euthanasie, exprimée dans l'Encyclique Evangelium vitae, parce qu'il s'agit d'une "grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine" (n. 65), renferme le poids de la raison éthique universelle (qui est fondée sur la loi naturelle) et l'instance élémentaire de la foi en Dieu, Créateur et gardien de chaque personne humaine.

6. La ligne de conduite à adopter à l'égard du grand malade et du mourant devra donc s'inspirer du respect de la vie et de la dignité de la personne; elle devra avoir pour objectif de rendre disponibles les thérapies adaptées, sans toutefois s'abandonner à certaines formes d'"acharnement thérapeutique"; elle devra s'informer de la volonté du patient à l'égard des thérapies extraordinaires ou à risque - auxquelles, sur le plan moral, il n'est pas obligatoire d'accéder -; elle devra toujours assurer les soins ordinaires (y compris l'alimentation et l'hydratation, même artificielles) et s'attacher à fournir les soins palliatifs, en particulier le traitement adéquat contre la douleur, en favorisant toujours le dialogue avec le patient et son information.

A l'approche d'une mort désormais inévitable et imminente, "il est licite, en toute conscience, de décider de renoncer à des traitements qui ne feraient que prolonger la vie, de façon précaire et pénible" (cf. Déclaration sur l'euthanasie, IV partie), car il existe une grande différence éthique entre "donner la mort" et "permettre la mort": la première attitude refuse et nie la vie; la seconde en accepte la réalisation naturelle.

7. Les formes d'assistance à domicile - de plus en plus développées aujourd'hui, en particulier pour les patients souffrant d'un cancer -, le soutien psychologique et spirituel de la famille du malade, celui du personnel spécialisé et des volontaires peuvent et doivent transmettre la conviction que chaque moment de la vie et chaque souffrance peuvent être habités par l'amour et sont précieux aux yeux des hommes comme pour Dieu. L'atmosphète de solidarité fraternelle dissipe et vient à bout de l'atmosphère de solitude, ainsi que de la tentation du désespoir.

L'assistance religieuse en particulier - qui est un droit et une aide précieuse pour chaque patient, et pas seulement dans la phase finale de la vie - transfigure, lorsqu'elle est accueillie, la douleur elle-même en un acte d'amour rédempteur et la mort en une ouverture vers la vie en Dieu.
Les brèves considérations qui ont été offertes ici se situent dans le cadre de l'enseignement permanent de l'Eglise qui, en s'efforçant d'être fidèle au mandat qui est le sien, d'"actualiser" dans l'histoire le regard d'amour de Dieu pour l'homme, surtout lorsque celui-ci est faible et souffrant, continue d'annoncer avec force l'Evangile de la vie, persuadée - comme elle l'est - que cet Evangile peut résonner et être accueilli dans le coeur de chaque personne de bonne volonté; en effet, ne sommes-nous pas tous invités à faire partie du "peuple de la vie et pour la vie"! (cf. Evangelium vitae, n. 101).

Cité du Vatican, 9 décembre 2000.

Juan de Díos VIAL CORREA
Président

S.Exc. Mgr Elio SGRECCIA
Vice-Président Evêque titulaire de Zama minore

Source : Vatican - Académie Pontificale pour la Vie

 

 

Mourir dans la dignité c'est jouir d'une pleine considération et inspirer le
respect

La « fin de vie » est une question angulaire de la vie sociale. Son traitement doit être à la mesure de l'enjeu supérieur qu'elle constitue pour l'avenir de l'humanité. La réponse qui lui est apportée concerne la société tout entière et ses fondations premières ; elle doit être digne de la personne et digne de l'humanité universelle dont celle-ci participe.

Les débats récents et plusieurs annonces publiques montrent l'urgente nécessité d'une parole de sagesse, audible, sur la fin de la vie humaine. De nombreuses idées réductrices, maints travestissements des faits circulent fréquemment dans certains médias, suggérant que la manière la plus efficace de lutter contre la souffrance serait de causer délibérément la mort. Il convient d'abord de relever la méprise dont est aujourd'hui l'objet l'expression « Mourir dans la dignité ». Non, mourir dans la dignité, ce n'est pas être supprimé par une piqûre létale mais c'est, que l'on soit ou non en état d'exprimer sa volonté, jouir d'une pleine considération, retenir l'attention, inspirer le respect, voir maintenue la relation avec ses proches, en recevoir l'affection, bénéficier d'amour et de soins jusque dans les ultimes moments ; c'est être le sujet, à domicile comme en institution, d'un accompagnement adapté aux situations d'angoisse et de souffrance intolérables.

Malheureusement, ainsi que plusieurs enquêtes récentes l'ont montré, la fin de vie est encore, dans notre pays, trop souvent maltraitée. La mise en place des soins palliatifs et l'exercice d'accompagnement exigent des efforts constants. Ils ont un coût élevé pour la société et demandent davantage de présence de la part des proches. Pourtant, celui qui accompagne dans ses dernières semaines une personne proche, parente ou amie, éprouve 'expérimentalement' l'imprescriptible dignité de chaque être humain. Celle-ci transcende l'état de santé du moment et la beauté du corps, la dépendance et l'absence d'espoir de guérison. Plus encore, en vertu de soins palliatifs appropriés, les derniers jours atteignent une valeur inestimable de communion humaine. Ainsi, dans la plupart des cas observés, les demandes d'euthanasie résultent de la méconnaissance par le patient en fin de vie ou par ses proches des possibilités de soulagement par les soins palliatifs, ou encore des insuffisances dans la prise en charge par l'institution médicale et par la famille. Il est remarquable que le nombre des demandes d'euthanasie diminue de facto aussitôt que les mesures d'accompagnement appropriées sont mises en oeuvre.

Prenant le parti d'une approche globale de la personne et suivant l'intention de soulager les douleurs physiques autant que la souffrance psychologique, la loi dite « Léonetti », trop peu connue et appliquée, demande que soit favorisé l'accès aux soins palliatifs, tout en récusant l'acharnement thérapeutique. Jusqu'à une époque récente, le droit répugnait à régir trop étroitement ces questions, comme d'ailleurs celle de la définition de la mort, fondant la qualification juridique sur la seule appréciation médicale. Si cette retenue n'est désormais plus justifiable, il convient néanmoins de rappeler fermement que le droit n'a pas, par nature, la réponse à toutes les questions que pose la « fin de vie » et que le législateur est souvent confronté à de grandes difficultés pour traduire en termes juridiques les enjeux anthropologiques ici impliqués. D'autant que la question ne se pose pas exactement dans les mêmes termes selon que le patient se trouve ou non dans un état conscient.

Face à un patient conscient, la question juridique peut paraître réglée par le principe de l'autonomie de la volonté : il suffirait seulement de concilier le droit des patients avec les obligations des médecins. Le droit est habitué à opérer des conciliations entre des principes en apparence opposés (par exemple liberté du travail et droit de grève). Mais il les résout en général par un recours au juge. Ici, par prudence, la loi Léonetti a voulu ajouter aux obligations des médecins celle de respecter l'avis d'un malade exactement informé. Nous ne pensons pas qu'il faille remettre en question un équilibre si délicat.

Concernant le patient inconscient, le droit ne peut que reconnaître la faiblesse des instruments juridiques habituels. Il est difficile de poser ici un principe absolu de respect des « dernières volontés » dès lors que ceux qui les expriment pourraient ne pas être informés sur les données exactes de la situation subie ; c'est pourquoi la loi Léonetti exige que les « directives anticipées » du patient datent de moins de trois ans. Il est également difficile de recourir à la notion de représentation (la charge pesant sur le représentant est alors quasi surhumaine) ; aussi la loi Léonetti donne-t-elle à la « personne de confiance » un rôle purement consultatif. Peut-on alors faire peser la charge de décision uniquement sur les médecins? On pourrait sans doute arguer que les protections posées à l'égard de cette prise de décision (collégialité et transparence) sont insuffisantes et imparfaites. Mais quels autres mécanismes le droit pourrait-il inventer?

Nous considérons ainsi fermement que l'autorisation par la loi civile de la pratique de l'euthanasie lèverait un interdit social et moral fondamental, pilier de toute société avancée : « Tu ne tueras pas », et pourrait engendrer de nombreuses dérives. Dans les pays qui ont fait le choix de la légalisation, on observe déjà de nombreux abus sur la liberté des personnes. En vérité, la légalisation de l'euthanasie constitue un moyen au rabais et trompeur de faire face aux difficultés ; si elle était adoptée dans notre pays, elle ne ferait que retarder la mise en place de mesures permettant d'améliorer de manière durable la fin de vie de nos concitoyens ; elle entraînerait, ici comme ailleurs, une moindre responsabilité des proches.

Notre société ne peut continuer à définir ses lignes d'action à partir d'une philosophie généralisée de la « maîtrise ». Elle ne saurait se mentir à elle-même face à la complexité irréductible de l'homme, de la vie et du monde. Elle ne saurait, sans dommage, partager l'illusion selon laquelle l'être humain peut vivre sans souffrir, et maîtriser son ultime destinée : mourir quand on veut, comme on veut. Prenant acte des effets catastrophiques qu'une telle philosophie a déjà entraînés sur les plans anthropologique et écologique, une saine réflexion doit plutôt traduire au plan juridique une position de prudence, refondatrice du rapport au monde. C'est donc pour des motifs puisés dans la raison et la sagesse que la société doit préserver, à même sa législation, le sens transcendant de la vie. C'est en effet devant un choix de civilisation que nous sommes placés.

Face à ces enjeux de la plus haute gravité, les intellectuels chrétiens veulent faire entendre des paroles de responsabilité, de courage et d'espérance. L'Académie catholique de France estime de son devoir d'encourager une réflexion ouverte, éclairée et audible sur le sens de la « fin de vie » ; elle souhaite, à l'écart des vaines rhétoriques et des instrumentalisations spectaculaires, voir ses considérations prises en compte et son argumentaire largement assumé.

Paris, le 19 juin 2012

Source : Académie catholique de France

 

 

Un compromis impossible

Communiqué de presse

Le Comité consultatif national d'éthique vient de publier un rapport intitulé « Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie ». Je souscris à de nombreux éléments de ce texte, en particulier à tout ce qui touche le respect de l'homme proche de sa mort. Je me réjouis de l'accord désormais obtenu dans notre pays, et rappelé par le Comité, au sujet de l'accompagnement des malades en fin de vie, des soins palliatifs, comme de la réprobation de ce qui est couramment appelé « acharnement thérapeutique ». Comme le Comité, on ne peut qu'être d'accord avec tout ce qui permet à chaque personne de « se réapproprier sa mort », avec tout ce qui va dans le sens du « respect des patients, jusqu'à leurs ultimes instants », dans le sens du service véritable que les personnels soignants ont à rendre.

A propos de l'euthanasie, le Comité commence par énoncer deux positions répandues en France : le respect jusqu'au bout de toute vie humaine, le droit à l'euthanasie sur demande personnelle. Constatant leur opposition irréductible et un décalage important entre le droit et certaines pratiques, il propose ce qui lui apparaît comme une voie de conciliation : ne pas dépénaliser, mais inscrire dans la loi, au nom de la « solidarité humaine et de la compassion », une « exception d'euthanasie », pour des cas supposés rares et exceptionnels. Comment ne pas voir que le compromis proposé, contrairement à ce qui est affirmé, modifierait profondément nos règles juridiques et représenterait une véritable acceptation sociale de l'euthanasie ?

Le Comité reconnaît que dans toute société « la valeur de l'interdit du meurtre demeure fondatrice ». Telle est aussi la ferme conviction de l'Église catholique, maintes fois réaffirmée : «Tu ne tueras pas » est un commandement de Dieu. C'est aussi le fondement de toute vie sociale respectueuse d'autrui, spécialement des plus faibles et de ceux qui en viennent à douter de la valeur de leur propre vie, surtout s'ils estiment représenter une charge pour leur entourage. Il est de la plus haute importance de ne pas affaiblir la force d'un tel repère. Le droit d'une société ne peut, sans se ruiner lui-même, faire place à toute forme d'arrangement. Une exception juridiquement reconnue conduirait rapidement à l'oubli progressif d'un principe jugé cependant fondateur.

Les évêques de France savent qu'il existe pour les malades en fin de vie des situations très éprouvantes. Ces situations appellent à la solidarité humaine et à la compassion. Encore faut-il s'entendre sur les termes. La véritable compassion ne craint pas la souffrance née de la proximité avec l'épreuve d'autrui, elle s'efforce d'atténuer cette épreuve en s'ingéniant à trouver des moyens appropriés, elle reconnaît jusqu'au bout la grandeur et la dignité de toute personne.

C'est cette reconnaissance, et non pas la mise à mort délibérée d'une personne, fût-ce sur sa propre demande, qui permet d'inscrire la mort – pour reprendre des expressions du texte du Comité – « au sein de la vie elle-même et de ne pas exclure d'un monde humanisé les derniers instants d'une existence ».

+ Louis-Marie BILLÉ
Archevêque de Lyon
Président de la Conférence des évêques de France

Paris, le 4 mars 2000

Déclaration qui, en 2013, est plus actuelle que jamais !

 

 

 

 

 

"Une loi qui justifierait l'euthanasie accréditerait l'idée que certaines vies ne méritent pas d'être vécues.
Or, notre civilisation reconnaît « la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine » ; c'est la première ligne de la Déclaration des droits de l'homme.

L'essentiel, c'est de manifester proximité, fidélité et tendresse à ceux qui passent la mort. La fête du 15 août, c'est justement une grande source d'espérance en ce domaine : Dieu associe la Vierge Marie à la victoire de Jésus ressuscité sur la mort. L'Assomption nous parle de ceux qui sont morts et que nous continuons d'aimer ; elle parle aussi de notre avenir, celui que nous évoquons en disant dans le Credo : « J'attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir. » Dans le « Je vous salue, Marie », nous demandons à la Mère de Dieu d'être avec nous, « maintenant et à l'heure de notre mort ».

Et je dis à tous : « Souvenez-vous de ce que nous sommes : des serviteurs de la vie, de l'homme tout entier, son corps, son âme, son esprit... »

Cardinal Philippe BARBARIN, Archevêque de Lyon, Primat des Gaules

Source Le Figaro 14 août 2012

 

 

 

 

Vème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE de l'ACADÉMIE PONTIFICALE POUR LA VIE (extraits des conclusions)

24-27 février 1999

LA DIGNITÉ DU MOURANT

1. Nous voulons avant tout réaffirmer que la vie humaine est sacrée et inviolable, à chacune de ses étapes et en toute situation. Un être humain ne peut jamais perdre sa dignité, quelle que soit la condition physique, psychologique ou interpersonnelle dans laquelle il se trouve. C'est pourquoi chaque personne mourante mérite et exige le respect inconditionnel dû à chaque personne humaine.

2. «Jamais comme à l'approche de la mort et dans la mort elle-même, la vie doit être célébrée et exaltée. Celle-ci doit être pleinement respectée, protégée et assistée, même chez ceux qui en vivent la conclusion naturelle» (Jean-Paul II, 25 août 1990). Lorsque le médecin est conscient qu'il n'est plus possible d'empêcher la mort du patient, et que le seul résultat d'un traitement thérapeutique intensif serait d'apporter une souffrance supplémentaire, il doit reconnaître les limites de la science médicale et de son intervention personnelle, et accepter le caractère inévitable et inéluctable de la mort. (...)

L'engagement du médecin et des autres agents de la santé doit cependant se poursuivre, dans l'application attentive et efficace de ce que l'on appelle les «thérapies proportionnées et les soins palliatifs».

3. Le contrôle de la douleur, ainsi que l'accompagnement humain, psychologique et spirituel des patients sont donc des devoirs qui reviennent au médecin et au personnel de la santé et sont aussi nobles et essentiels que les interventions thérapeutiques.
(...)
La pratique séculaire du Serment d'Hippocrate peut encore servir comme inspiration et direction dans la vie personnelle et dans l'exercice de leur noble profession.

4. Que la personne mourante ne soit jamais privée de la présence réconfortante de sa famille et de tous ceux qui l'assistent avec amour, de leur assistance humaine précieuse et diversifiée, indépendamment du fait qu'il puisse comprendre leur participation solidaire et leur soulagement fraternel à sa douleur.

5. (...) Il est nécessaire, dans ce contexte, de promouvoir et d'encourager une véritable culture de la vie, qui assume également la réalité de la fin et de la limite naturelle de la vie terrestre. Ce n'est qu'ainsi qu'il sera possible d'empêcher que la mort ne soit réduite à un événement purement clinique, ou qu'elle ne soit privée de sa dimension personnelle et sociale.

6. Nous refusons avec force et conviction absolue toute forme d'euthanasie, entendue comme le recours à des actions ou à des omissions à travers lesquelles l'intention est de procurer la mort d'une personne, afin de lui éviter la souffrance et la douleur.

Dans le même temps, nous voulons exprimer notre proximité humaine et chrétienne à tous les malades et en particulier à tous ceux qui voient s'approcher la fin de leur existence terrestre et qui se préparent à la rencontre avec Dieu, notre Béatitude.

Pour nos frères, nous demandons que soit évité l'«abandon thérapeutique», qui consiste dans la négation des traitements et des soins qui soulagent les souffrances. Il faut, en outre, éviter que de tels traitements et de tels soins fassent défaut en raison de considérations d'ordre économique.

Dans l'affectation des ressources financières, les thérapies et les soins dus aux malades graves et aux personnes mourantes doivent trouver une considération attentive et solidaire.

7. Nous invitons les législateurs et les responsables des gouvernements et des institutions internationales à exclure la légalisation ou la dépénalisation de la pratique de l'euthanasie ou de l'assistance au suicide. L'acceptation légale du meurtre volontaire de la part d'un autre membre de la société bouleverserait dans ses racines l'un des principes fondamentaux de la coexistence civile.

8. En outre, il est facile de prévoir qu'une telle approbation légale conduirait à la perte de la confiance nécessaire dans les médecins de la part des patients, et ouvrirait la voie à toutes sortes d'abus et d'injustices, en particulier au détriment des plus faibles.
(...)

Source : Site du Vatican - Académie Pontificale pour la Vie

 

 

Extrait de la lettre encyclique de Jean-Paul II sur la Vie : "Evangelium Vitae" publiée en 1995.

65. Pour porter un jugement moral correct sur l’euthanasie, il faut avant tout la définir clairement. Par euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une omission qui, de soi et dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. « L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés ».

Il faut distinguer de l’euthanasie la décision de renoncer à ce qu’on appelle l’«  acharnement thérapeutique », c’est-à-dire à certaines interventions médicales qui ne conviennent plus à la situation réelle du malade, parce qu’elles sont désormais disproportionnées par rapport aux résultats que l’on pourrait espérer ou encore parce qu’elles sont trop lourdes pour lui et pour sa famille.
Dans ces situations, lorsque la mort s’annonce imminente et inévitable, on peut en conscience « renoncer à des traitements qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible de la vie, sans interrompre pourtant les soins normaux dus au malade en pareil cas ».
Il est certain que l’obligation morale de se soigner et de se faire soigner existe, mais cette obligation doit être confrontée aux situations concrètes ; c’est-à-dire qu’il faut déterminer si les moyens thérapeutiques dont on dispose sont objectivement en proportion avec les perspectives d’amélioration. Le renoncement à des moyens extraordinaires ou disproportionnés n’est pas équivalent au suicide ou à l’euthanasie ; il traduit plutôt l’acceptation de la condition humaine devant la mort.

Dans la médecine moderne, ce qu’on appelle les « soins palliatifs » prend une particulière importance ; ces soins sont destinés à rendre la souffrance plus supportable dans la phase finale de la maladie et à rendre possible en même temps pour le patient un accompagnement humain approprié. Dans ce cadre se situe, entre autres, le problème de la licéité du recours aux divers types d’analgésiques et de sédatifs pour soulager la douleur du malade, lorsque leur usage comporte le risque d’abréger sa vie.

De fait, si l’on peut juger digne d’éloge la personne qui accepte volontairement de souffrir en renonçant à des interventions anti-douleur pour garder toute sa lucidité et, si elle est croyante, pour participer de manière consciente à la Passion du Seigneur, un tel comportement « héroïque » ne peut être considéré comme un devoir pour tous. Pie XII avait déjà déclaré qu’il est licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d’amoindrir la conscience et d’abréger la vie, « s’il n’existe pas d’autres moyens, et si, dans les circonstances données, cela n’empêche pas l’accomplissement d’autres devoirs religieux et moraux ».

Dans ce cas, en effet, la mort n’est pas voulue ou recherchée, bien que pour des motifs raisonnables on en courre le risque : on veut simplement atténuer la douleur de manière efficace en recourant aux analgésiques dont la médecine permet de disposer.

Toutefois, « il ne faut pas, sans raisons graves, priver le mourant de la conscience de soi » : à l’approche de la mort, les hommes doivent être en mesure de pouvoir satisfaire à leurs obligations morales et familiales, et ils doivent surtout pouvoir se préparer en pleine conscience à leur rencontre définitive avec Dieu.

Ces distinctions étant faites, en conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs et en communion avec les Evêques de l’Eglise catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel.

Une telle pratique comporte, suivant les circonstances, la malice propre au suicide ou à l’homicide.


Source :
Vatican

 

 

Ce qui était vrai en 2011 devient-il faux en 2013 ?

Tous les combien veulent-ils changer une loi votée ?

Jusqu'à ce que mort s'ensuive ?

Ci-dessous extraits de

Tuer en douceur ou la barbarie silencieuse,

une nouvelle tentative pour légaliser l'euthanasie

par Mgr Ginoux

 (21 janvier 2011)

 

La commission des Affaires sociales du Sénat a adopté un projet de loi visant à légaliser l'euthanasie. Ce projet va être présenté aux sénateurs et discuté ce mardi 25 janvier 2011.

Il relance à nouveau le droit de demander la mort et de la donner, alors que la loi Léonetti de 2005 avait refusé cette possibilité. Mais... l'ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) et son très influent président revenaient sur cette loi parce qu'ils en étaient insatisfaits. C'est ainsi qu'ils ont pu faire avancer un nouveau projet voté ce 18 janvier par la commission des Affaires sociales du Sénat.

Que dit ce projet ?

L'article premier le résume : « Toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable, peut demander à bénéficier d'une assistance médicalisée permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur » ».

Il s'agit bien de procurer la mort volontairement, de tuer une personne.

Bien entendu, dans la suite, les mots employés et les considérations avancées se veulent très « soft », laissant entendre qu'il s'agit de rechercher le bien des personnes malades et de leur éviter une fin tragique, prétendue indigne. On affirme ne prendre en compte que des situations extrêmes et le faire dans la compassion. L'appréciation des situations demeurera toujours subjective, surtout quand le texte parle de souffrances « psychiques ». Par ailleurs le discours est séduisant puisque la loi permettrait ainsi de « devenir maître de son parcours de fin de vie » !...

Depuis bientôt trente ans (à l'époque avec le sénateur Caillavet, de Lot-et-Garonne, né en 1914, et aujourd'hui militant à l'association « Ultime Liberté » ), de manière récurrente, ce courant de pensée veut imposer à la société française une loi autorisant l'euthanasie.
Pendant sept ans j'ai eu la charge des aumôneries d'hôpitaux et de la pastorale de la santé dans mon diocèse d'origine. Le nombre de personnes en fin de vie avec des pathologies lourdes (sida, cancer, etc.) que j'ai approchées - chrétiennes ou non - est important. …

Chaque fois que l'équipe des soins palliatifs pouvait intervenir, la personne retrouvait la paix. Malheureusement les efforts réalisés pour les soins palliatifs sont encore insuffisants. La demande de mort est un appel, l'expression d'une détresse, le besoin d'être accompagné. Si les soins palliatifs et l'entourage prennent en charge assez tôt cet accompagnement, la fin de la vie n'est plus une tragédie, même si mourir est toujours un passage angoissant.
Au-delà de cette expérience personnelle rapidement évoquée, il y a les principes même du vivre ensemble que le droit de tuer remet de fait en question.

La médecine

La médecine est faite pour soigner. Comment lui demander de poser un acte de mort ? Quelle confiance pourrait avoir le patient devant la blouse blanche qui entre dans sa chambre ? Quelle perspective que de faire disparaître le malade qui est trop gênant ? Comment des « soignants » peuvent-ils devenir des « tueurs » (même en douceur !). Les tenants de l'euthanasie répondront que si le geste est légal les soignants n'auront pas d'états d'âme ou de scrupules de conscience. Une connaissance élémentaire de l'être humain nous apprend le contraire : un acte de mort reste toujours un poids pour celui qui le commet.

 La souffrance

Comment apprécier le caractère « insupportable » d'un mal, sachant que la douleur physique doit être soulagée et peut l'être si le suivi palliatif est rigoureux. Comment juger des opinions très contradictoires de la personne malade et de son entourage ? Quelles pressions imaginer sur celle-ci ? Les psychologues, les études sur les réactions des malades en phase terminale montrent des variations très grandes, depuis le déni de la maladie jusqu'aux pensées suicidaires.

Il n'est pas possible de tenir pour certaine une demande de mort.

Ces dernières années l'un ou l'autre cas de situations extrêmes (affaires Humbert, Sébire ) exploitées médiatiquement où il y avait une demande publique d'aide à mourir ont montré, une fois l'émotion passée, l'ambiguïté de ces cas. Ils sont d'ailleurs très rares et aussitôt survalorisés parce que les militants de l'euthanasie en ont besoin pour justifier leur revendication.

Le principe d'humanité

Reprenant ce titre à un écrivain connu (Jean-Claude Guillebaud) je remarque que je n'ai pas besoin d'invoquer la foi chrétienne pour affirmer que donner la mort volontairement est contraire au principe d'humanité, au pacte social qui permet le vivre-ensemble...

Lorsque la loi permet de tuer, elle donne à des êtres humains pouvoir absolu sur d'autres...

La mort programmée d'une personne, que cette équipe va désigner comme « indigne » de vivre en raison de son état d'anéantissement physique ou psychique,... est un crime.

Au nom de l'humanité, au nom du respect de toute vie humaine jusqu'à sa fin naturelle, au nom de la solidarité avec les plus faibles, nous devons proclamer la « dignité » intangible de chaque être humain. L'oublier c'est entrer dans la barbarie.

Source : CEF

 

L’euthanasie d’un adolescent de 17 ans largement condamnée

par Horizons et débats, 03/10/2016, extraits

L’euthanasie active sur un jeune de dix-sept ans en Belgique suscite protestation et consternation. La Belgique est le seul pays au monde où une loi a aboli la limite d’âge pour l’euthanasie et cela malgré la résistance acharnée des églises et des associations de patients belges.

Eglise catholique : sérieuse brèche dans les normes éthiques

... L’évêque de Sankt Pölten Klaus Küng prend position de la même façon: «L’amour et la charité ne se montrent jamais dans l’euthanasie d’une autre personne mais dans les relations, les attentions et les soins.» Il cite le cardinal Franz König disant que les hommes «devraient mourir la main dans la main d’un autre et non pas par la main d’un autre». L’évêque Küng constate que l’état d’une société s’illustre dans le contact qu’elle a avec ses membres les plus faibles. «Chaque homme est unique», la vie est un cadeau qui exige une société positive, «dans laquelle la dignité de chacun a sa place et où personne ne doit avoir peur qu’un jour, on ne veuille plus de lui».

Mgr Küng exige que toute pression individuelle ou sociétale – par la législation ou par l’influence de tiers – sur des êtres humains en souffrance soit exclue.

Source : Horizons et débats