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Le Professeur Ezekiel Emanuel dénonce les mensonges sur l'euthanasie

 

La médiatisation excessive de l'euthanasie camoufle les véritables enjeux de la fin de vie

par IEB, 18/05/2017

Dans un article paru le 25 avril 2017 dans le Medical Journal of Australia, le bioéthicien américain Ezekiel Emanuel exhorte à se concentrer sur l’amélioration de la prise en charge de la douleur des patients plutôt que de voiler la réalité de la fin de vie avec des idées erronées sur l’euthanasie et le suicide assisté.

Selon lui, l’euthanasie et le suicide assisté sont des pratiques marginales. L’euthanasie ne résout pas le problème auquel une majorité des patients en fin de vie sont confrontés : obtenir un soulagement optimal de la douleur tout en restant chez soi - plutôt qu’à l’hôpital. La légalisation de l’euthanasie serait donc une « distraction médiatique » détournant l’attention des véritables enjeux : améliorer les soins des patients en fin de vie.

Le bioéthicien poursuit en affirmant que la douleur est loin d’être la principale raison pour laquelle les patients demandent l’euthanasie ou le suicide assisté. En Oregon, Etat américain qui pratique le suicide assisté depuis 17 ans, les principales motivations exprimées sont la dépression, le désespoir, la fatigue de la vie, la perte d’autonomie et le sentiment de perte de dignité. Toutes ces souffrances sont existentielles. On en arriverait donc, souligne le nord-américain, à une acceptation sociale du suicide par l’intervention du corps médical, bien loin de toute logique palliative. L’idée commune selon laquelle la majorité des personnes qui demandent à être euthanasiées ou assistées dans leur suicide sont des patients perclus de douleur que la morphine ne peut soulager serait donc fausse.

Le Professeur Ezekiel Emanuel dénonce aussi le fait que l’euthanasie soit présentée comme une solution rapide, indolore et exempte de toutes complications.

C’est pourquoi, il en appelle à détourner les projecteurs de l’euthanasie et du suicide assisté pour mettre la lumière sur l’amélioration des soins portés aux personnes en fin de vie, qui ont réellement besoin d’une gestion optimale de la douleur.

Source : ieb-eib.org     Medical Journal of Australia

 

Pays-Bas : la Fédération des médecins contre l'extension de la loi sur l'euthanasie

La fédération néerlandaise des médecins s'oppose à l'extension de l’aide au suicide

par Gènéthique, 31/03/2017

La Fédération néerlandaise des médecins, représentant 59 000 praticiens et étudiants, a jugé « non souhaitable » le futur projet de loi visant à autoriser l’aide au suicide pour les personnes âgées « qui ont le sentiment d’avoir ‘accompli’ leur vie, même si elles ne sont pas malades ».

Elle considère que ce projet de loi pourrait mener à la « stigmatisation de la vieillesse », mais aussi à « des sentiments d’insécurité auprès des personnes âgées ».

Les médecins néerlandais estiment qu’il faut trouver des solutions pour répondre au sentiment d’inutilité ressenti chez les personnes âgées.

Selon la Société royale néerlandaise pour la promotion de la médecine (KNMG), cette proposition radicale n’est pas souhaitable « pour des raisons pratiques et de principe ».

Afin de former une nouvelle coalition gouvernementale et de peser dans l’élaboration d’un accord de gouvernement sur cette thématique, la KNMG a fait part de ses préoccupations aux quatre partis politiques.

Sources : Sciences et avenir (30/03/2017), genethique.org

Aide médicale à mourir : les médecins n'en peuvent plus

 

Aide médicale à mourir en Ontario : des médecins se retirent

par Gènéthique, 28/02/2017

En Ontario, l’ « aide médicale à mourir » est pratiquée légalement depuis huit mois, mais suscite le malaise chez les médecins. Vingt-quatre d’entre eux ont demandé leur retrait permanent de la liste des professionnels qui la mettent en œuvre[1]. « Une trentaine d’autres ont placé leurs noms en indisponibilité », exprimant le besoin d’une « période de réflexion ».Un nombre suffisamment important pour être remarqué par l’Association Médicale Canadienne. Ces médecins auraient « aidé des patients à mettre fin » à leur vie, et en ont éprouvé « un stress émotionnel » ou la « crainte d’être poursuivis ». Ils « ont trouvé l’expérience trop difficile pour accorder cette assistance à nouveau », « l’acte est trop pénible ».

[1] 137 médecins étaient inscrits sur cette liste le 17 février 2017.

Sources : genethique.org, Le Journal de Montréal (27/02/2017); The National Post, Sharon Kirkey (27/02/2017)

 

Dr Seamus O'Mahony : La mort n'est pas médicale

« La mort n’est pas un problème médical à résoudre »

par Gènéthique, 24/05/2016

« Nous, médecins, ne pouvons prescrire une ‘bonne mort’ » titre une publication de Seamus O'Mahony, médecin consultant à l'hôpital universitaire de Cork en Irlande.

Ecœuré par la publication, chaque mois, d’un nouveau rapport « bien intentionné sur les morts et les soins de fin de vie » et marqué par la « laïcité et l’individualisme », il prend la parole et dresse un constat alarmant. Il dénonce le nombre croissant d’organismes gouvernementaux qui se disputent la « propriété de la mort » et qui ont éludé le vrai débat : le suicide assisté et les directives anticipées sont à la fois le symptôme d'un malaise plus profond (l'obsession de l'autonomie personnelle et de contrôle) et une distraction, car les « vrais problèmes sont ailleurs ». Aucun règlement ou rapport ne régénérera la compassion, qui fait aujourd’hui cruellement défaut dans la prise en charge des patients.

La mort est désormais médicalisée : en Grande Bretagne ou en Irlande, la moitié des personnes meurent à l’hôpital. La société a remis la responsabilité des soins de fin de vie et repoussé les « aspects insurmontables » de la fin de vie sur les hôpitaux, qui ne peuvent répondre aux besoins des mourants. En outre, certains patients et leurs familles ont des attentes irréalistes envers la médecine, et leur frustration peut les inciter à prendre des mesures juridiques. La « judiciarisation » de la mort est alors aussi préoccupante que sa « médicalisation ». Les médecins et les infirmières sont devenus les boucs émissaires de notre mauvaise compréhension de la façon dont nous mourrons.

Il y a une « perception », écrit ce médecin, et même « un consensus » établissant que la mort est un problème que la médecine devrait en résoudre, qu'une «bonne mort» est quelque chose que les médecins devraient être en mesure de prescrire, comme on pourrait prescrire une cure d'antibiotiques. Mais « nos besoins sont spirituels, et non médicaux». Nous serions « plus heureux si nous arrêtions de penser nos corps comme des machines, et si nous abandonnions nos fantasmes de contrôle et d’immortalité ».


Source :  genethique.org, The Guardian, Seamus O'Mahony (22/05/2016)  

Résultat d'étude : Vie prolongée et améliorée à domicile

FIN de VIE: A domicile, la vie est prolongée – Cancer

par santéblog, 01/04/2016

Cette large étude menée au Japon confirme, ici chez des patients atteints de cancer en phase terminale, que la fin de vie à domicile permet de vivre plus longtemps qu’à l’hôpital.

Ces données, présentée dans Cancer, la revue de l’American Cancer Society, suggèrent à nouveau que les médecins et en particulier les oncologues ne devraient pas hésiter à opter, lorsque cela est possible, pour des soins palliatifs à domicile et ne pas craindre qu’à domicile, les bons soins médicaux ne soient pas apportés.  

La plupart des patients déclarent préférer être soignés à la maison même à l’approche de la fin de vie, cependant la question de la qualité des soins est toujours restée un frein. Le Dr Jun Hamano, de l’Université de Tsukuba (Japon), et ses collègues ont suivi 2.069 patients, dont 1.582 recevant des soins palliatifs en milieu hospitalier et 487 à domicile. Leur analyse constate que:

– la survie des patients soignés à la maison est significativement plus longue que celle des patients suivis à l’hôpital, même après ajustement pour les caractéristiques démographiques et cliniques des patients, ainsi que pour les autres facteurs de confusion.

"Le patient atteint de cancer et sa famille ont fréquemment tendance à craindre que la qualité des soins médicaux dispensés à la maison sera moindre et que cela affectera la durée de survie, cependant ces résultats confirment le contraire et suggèrent, a minima, que le patient et sa famille devraient avoir le choix. Les patients, les familles et les cliniciens doivent être rassurés et devraient même privilégier la fin de vie à domicile" , concluent les auteurs.

Source: Cancer March 28, 2016. DOI: 10.1002/cncr.29844 A multicenter cohort study on the survival time of cancer patients dying at home or in hospital: Does place matter (In Press) via Eurekalert AAAS 28-Mar-2016 Choosing to die at home does not hasten death for patients with terminal cancer

Source : blog.santelog.com

FIN de VIE: A domicile, la vie est prolongée – Cancer

Publié le 01/04/2016
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Cette large étude menée au Japon confirme, ici chez des patients atteints de cancer en phase terminale, que la fin de vie à domicile permet de vivre plus longtemps qu’à l’hôpital.

Ces données, présentée dans Cancer, la revue de l’American Cancer Society, suggèrent à nouveau que les médecins et en particulier les oncologues ne devraient pas hésiter à opter, lorsque cela est possible, pour des soins palliatifs à domicile et ne pas craindre qu’à domicile, les bons soins médicaux ne soient pas apportés.

La plupart des patients déclarent préférer être soignés à la maison même à l’approche de la fin de vie, cependant la question de la qualité des soins est toujours restée un frein. Le Dr Jun Hamano, de l’Université de Tsukuba (Japon), et ses collègues ont suivi 2.069 patients, dont 1.582 recevant des soins palliatifs en milieu hospitalier et 487 à domicile. Leur analyse constate que:

– la survie des patients soignés à la maison est significativement plus longue que celle des patients suivis à l’hôpital, même après ajustement pour les caractéristiques démographiques et cliniques des patients, ainsi que pour les autres facteurs de confusion.

 » Le patient atteint de cancer et sa famille ont fréquemment tendance à craindre que la qualité des soins médicaux dispensés à la maison sera moindre et que cela affectera la durée de survie, cependant ces résultats confirment le contraire et suggèrent, a minima, que le patient et sa famille devraient avoir le choix. Les patients, les familles et les cliniciens doivent être rassurés et devraient même privilégier la fin de vie à domicile « , concluent les auteurs.

Source: Cancer March 28, 2016. DOI: 10.1002/cncr.29844 A multicenter cohort study on the survival time of cancer patients dying at home or in hospital: Does place matter (In Press) via Eurekalert AAAS 28-Mar-2016 Choosing to die at home does not hasten death for patients with terminal cancer

Lire aussi: FIN DE VIE

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Dr Hubert Tesson : compassion ou abus de pouvoir ?

 

Euthanasie : acte de compassion ou toute-puissance ?

par Hubert Tesson, médecin, 06/10/2011

LE PLUS. L'euthanasie fait régulièrement débat, et la mise en examen d'un médecin de Bayonne a récemment soulevé des controverses au sein même de la profession. C'est l'occasion pour Hubert Tesson, médecin, de s'interroger sur la fragile frontière entre la compassion et la prise de pouvoir sur le patient.

Un médecin de l’hôpital de Bayonne est soupçonné d’avoir donné la mort, à plusieurs reprises, à des personnes âgées en fin de vie. Une nouvelle occasion s’offre à nous, médecins, de questionner notre relation à la souffrance et à la vulnérabilité.

Ce questionnement me renvoie personnellement à une étude qui m’a frappé, publiée en février 2011 par le BMJ (british Medical Journal). Cette étude a été réalisée auprès de 65 patients atteints de Locked-in syndrome (syndrome d’enfermement) et concernait leur auto-évaluation de bien être.

Pour rappel, le locked-in syndrome décrit une situation dans laquelle une personne est pleinement consciente, mais est incapable de se déplacer ou de communiquer, sauf par le biais de mouvements oculaires ou de clignements d’œil. Le syndrome est causé par une lésion du tronc cérébral, et les personnes touchées peuvent survivre pendant des décennies.

Dans cette étude du BMJ, les trois quarts des patients enfermés par ce "locked-in syndrome" déclarent qu'ils sont heureux et un certain nombre de facteurs signalés par ceux qui déclarent être malheureux pourraient être bien améliorés.

Les commentateurs incitaient à la prudence dans l'interprétation de ces résultats, mais soulignaient la divergence avec les études qui avaient été réalisées jusque là par hétéro-évaluation (à partir de la perception des soignants et non celles des personnes touchées par ce handicap majeur). Les résultats de ces hétéro évaluations faites par les soignants étaient beaucoup plus catastrophiques que ceux de cette étude basée sur l'auto évaluation.

Mon propos n'est pas de nier la souffrance liée à des situations comme le locked-in syndrome ou l’agonie. Mais je voudrais relever que ces situations « extrêmes » nous ramènent aux exigences qui fondent ce que l’on peut nommer la relation de proximité à autrui. La proximité est une relation paradoxale où le lien est d’autant plus intense qu’il se fonde sur le maintien de la séparation entre l’autre et moi (différent en cela de la relation fusionnelle). Cette expérience de l'altérité, nous la vivons tout particulièrement lorsque nous acceptons ne pas pas tout connaître de lui (je ne connais pas sa souffrance dans cette situation qui, à priori, m’apparaîtrait comme insupportable).

A contrario, cette expérience de l'altérité ne peut s’éprouver pas dans l'exercice du pouvoir sur autrui (notamment, dans le cas présent, par l’usage de produits létaux administrés pour accélérer la fin de sa vie). Pour un médecin, la relation de proximité relève d’une difficile exigence envers autrui et envers lui-même… Oui, difficile exigence, car la rencontre entre le médecin et le malade est parfois (toujours?) rencontre entre deux vulnérabilités. La vulnérabilité du malade est dévoilée, évidente. Celle du médecin, même si elle est bien réelle, est au contraire cachée, recouverte par son savoir et son pouvoir (indispensables à l'exercice de sa profession).

L’exigence du questionnement éthique médical s’inscrit dans la prise de conscience de cette réalité. Cette exigence ouvre sur une visée éthique qui passera, entre autres, par le travail en équipe.

Source : nouvelobs.com

Euthanasie ou suicide ?

Theo Boer, spécialiste d’éthique médicale aux Pays-Bas, plaide pour davantage de suicides et moins d’euthanasies

par Jeanne Smits, 03/03/2016

En tant qu’ancien membre de la commission régionale de contrôle de l’euthanasie aux Pays-Bas, Theo Boer a assisté aux premières loges à la réalité de la mise à mort de ceux qui souffrent. Le spécialiste d’éthique médicale a d’ailleurs quitté ce poste en raison de ses interrogations croissantes à propos d’une pratique de plus en plus banalisée. Aujourd’hui, il estime que le recours à l’euthanasie devrait céder la place au suicide assisté : avec davantage de gestes mortels assumés par les patients eux-mêmes, il y aurait moins de pression sur les médecins, estime-t-il.

A l’heure actuelle, aux Pays-Bas, aussi bien le suicide assisté que l’euthanasie sont autorisés par la loi sous réserve du respect de conditions posées par la loi ; mais c’est l’euthanasie – l’administration d’une injection létale par le médecin – qui est de très loin la plus fréquente parmi les personnes qui demandent (ou ont demandé) à mourir : pas moins de 96 %.

Le suicide assisté, où le patient ingère lui-même un « médicament », ou plutôt un poison mortel, devrait remplacer une bonne part de ces euthanasies, hormis les cas où le candidat serait incapable de boire lui-même la potion.

Le premier avantage de ce basculement vers davantage de suicides assistés et moins d’euthanasies serait, selon Theo Boer, de permettre une meilleure certitude quant à la volonté réelle du patient : du moins est-on sûr que le patient qui avale lui-même la boisson mortelle désire vraiment arrêter de vivre. En outre, on éviterait ainsi nombre de gestes qui ne seraient pas « nécessaires » : le patient qui procède ainsi serait plus conscient de la portée de son acte.

Mais on devine que l’autre avantage mis en avant par Theo Boer est à son sens le plus important. Il assure que de nombreux médecins préfèrent la procédure du suicide assisté. Des médecins s’en sont ouverts auprès de lui : « Le fait que le patient fait la chose lui-même me soulage car dans ce cas de figure ce n’est pas moi qui tue quelqu’un », disent-ils selon Boer. Et ce même si le médecin est censé rester avec le patient « jusqu’à la fin » ; même si la boisson létale met plusieurs heures à agir.

Boire une potion létale en présence du médecin est considéré légalement comme un « suicide assisté » ; mais en cas de problème ou de contestation, le régime légal est plus léger. La peine encourue est trois fois moins lourde que pour une euthanasie. En prenant les choses entre leurs propres mains, les malades contribuent ainsi à ne pas faire porter le poids de leur décision au médecin – et ils le font davantage encore lorsqu’ils choisissent ce que Boer appelle la « voie autonome ». Le patient organise dans ce cas son propre décès, soit en cessant délibérément de boire et de manger en vue de mourir, soit en thésaurisant des médicaments pour obtenir une dose létale.

Theo Boer faisait ces remarques mercredi soir devant la « ChristenUnie », une organisation protestante.

Il s’est ému à cette occasion de l’augmentation régulière du nombre d’euthanasiés (quelque 15 % d’année en année) et de l’élargissement continuel des justifications de l’euthanasie. Aujourd’hui on fait campagne aux Pays-Bas pour le droit à l’euthanasie pour ceux qui estiment leur vie « accomplie ». La chose est inquiétante, estime Boer.

« Parlons-en : il faut réfléchir au fait de savoir s’il ne faut pas savoir accepter la vieillesse, avec se vulnérabilité », affirme aujourd’hui Theo Boer.

Mais il est déjà bien tard.

Source : leblogdejeannesmits.blogspot.fr

Pays-Bas : La Commission condamne le projet d'extension de l'euthanasie

Pays-Bas : Un rapport s'oppose à l’euthanasie des personnes « fatiguées de vivre »

par Gènéthique, 11/02/2016

Alors que le débat aux Pays-Bas porte sur la question de l’extension de l’euthanasie aux personnes « fatiguées de vivre », un rapport défavorable vient d’être remis au gouvernement.

Pour rendre son rapport, la Commission mise en place en juillet 2014, s’est penchée sur les résumés de soixante-six cas psychiatriques de suicide assisté qui ont eu lieu entre 2011 et 2014. Les experts ont alerté le gouvernement sur l’aspect délicat de cette question, ainsi que sur les dérives possibles.

Pour le Dr Paul Applebaum, de l’Institut de psychiatrie de New York et du Département de psychiatrie de l’université de Columbia, les résultats étudiés « soulèvent de graves préoccupations » : « par exemple, plus de la moitié des patients souffraient de troubles de la personnalité, ce qui interroge sur lastabilité du souhait exprimé de mourir’ ».

Le Dr Aaron Kheriaty, psychiatre et directeur du Programme d’éthique médicale à l’Université de Californie, affirme que « cela est très inquiétant » : les critères subjectifs qui sont employés pour déterminer si une personne qui juge « sa vie terminée » peut demander l’euthanasie, expliquent le large éventail d’âges et de diagnostiques psychiatriques  des cas effectifs. Il ajoute que certains cas sont même potentiellement traitables, et que, selon lui, élargir les possibilités d’euthanasie pour les patients psychiatriques mène au risque « d’abandonner les patients quand il peut y avoir de l’espoir ».

Dans son rapport, la commission estime plus raisonnable de proposer des solutions pour éviter que des personnes ne jugent « leur vie terminée » quand elle ne l’est objectivement pas.

Sources: genethique.org,  Reuters (10/02/2016)

Dr Dopchie : médecin frère de son frère

 

Pourquoi je ne pratique pas l’euthanasie

par le Docteur Catherine Dopchie, oncologue,

Opinions Médecin catholique pratiquante, je souhaite rester proche de celui qui souffre, habitée d’espérance malgré ce que cela coûte et malgré la tentation de l’euthanasie, de cette maîtrise à tout prix. Une opinion de Catherine Dopchie, oncologue et responsable d'une unité hospitalière de soins intensifs. 

Celui qui souffre et n’en peut plus malgré l’expertise de nos interventions et la qualité sincère de notre accompagnement m’interpelle très profondément. La souffrance psycho-spirituelle du "non-sens", désormais à l’origine de la plupart des demandes d’euthanasie, ne s’adresse pas à l’art médical au sens strict. Pourtant ce cri m’atteint, la compassion douloureuse me saisit souvent. L’impuissance me convoque à demeurer, à chercher à m’améliorer, mais ne me contraint pas à trouver une réponse dans la maîtrise à tout prix. Rester proche, habitée d’espérance malgré ce que cela coûte et malgré la tentation de l’euthanasie, voilà ma position.

Invitation au lâcher prise

La souffrance et la mort gardent leur part de mystère et m’invitent au lâcher prise pour laisser place à plus grand que moi. C’est un choix que je pose dans la confiance, comme Jacob dont la hanche douloureuse lui rappelle de s’appuyer sur Dieu. Etre à l’écoute, entendre avec le cœur, partager les émotions, ne veut pas dire avoir réponse à tout. Ne pas avoir de réponse ne veut pas dire que l’on n’écoute pas la supplique. La fraternité permet parfois au souffrant de voir éclore en lui une lumière nouvelle, car dans ces détresses, la solution naît de l’intérieur, elle ne s’impose pas de l’extérieur. Caroline Valentiny, sortie d’une pathologie psychiatrique grave, en témoigne : "L’expérience de quelque chose au-delà de moi qui m’a réveillée à la vie." La paix de la "bonne mort" judéo-chrétienne est fruit d’une unité intérieure, d’une harmonie entre le cœur profond et le plan de Dieu, même si la mort est violente comme celle du Crucifié. Elle ne peut devenir un cliché vidé de sens, mort "douce" provoquée de celui qui souffre. Les réalités vécues nous apprennent la solidarité avec le plus fragile, et nous recréent, plus aiguisés pour l’Amour. Si avec patience, malgré les combats, nous ne laissons plus la force de vie qui nous anime nous faire cadeau de ces "miracles" qui forgent notre espérance, nous deviendrons de plus en plus désorientés face à la souffrance, notre seuil de tolérance sera de plus en plus bas.

L’homicide par compassion.

Le "tu ne tueras point" concerne aussi l’homicide par compassion. La compassion, par définition, me fait souffrir. Tuer mon frère en ce nom revient à le considérer comme mon ennemi, celui qui me dérange par la souffrance qu’il fait naître en moi, par communion à la confrontation aux limites. L’euthanasie n’est pas qu’un "geste lourd qui provoque la mort du corps" (Corinne Van Oost), mais un geste qui tue une personne qui souffre. Dans ce monde moderne qui idolâtre autonomie et bien-être, je refuse d’être réduite à un instrument au service d’une volonté désincarnée. L’Homme est plus grand qu’une machine. Si une seule fois je transgressais cet interdit fondamental, je tenterais ensuite d’en réduire la violence, je répéterais l’acte pour me convaincre qu’il est bon, je chercherais à le ritualiser pour l’humaniser. Cela tuerait néanmoins à petit feu la soignante et l’être humain que je suis. Faire ce double choix de mort ne me paraît pas juste. Je préfère rester déstabilisée, bousculée par mon frère qui souffre et me pousse à devenir meilleure. Croire en sa capacité à être, quelles que soient les circonstances.

La dépénalisation de l’euthanasie fait croire à un droit à mourir de la main du médecin quand la vie semble trop pénible telle qu’elle est. Cette fausse croyance introduit rapport de forces et méfiance au cœur de l’alliance thérapeutique. Mon seul et grand devoir est de toujours optimiser mon implication professionnelle et humaine, dans le respect de l’autre. Je n’échoue que si je ne réponds pas à cette exigence, quel que soit le succès de mes efforts.

Et que dire de la sédation ?

La sédation peut être considérée dans des circonstances exceptionnelles de souffrances intolérables, inapaisables, réfractaires. Ce n’est pas une réponse adéquate à la souffrance psycho-spirituelle, même si elle interfère avec le vécu d’autres symptômes, car son caractère inapaisable reste incertain. Induire le sommeil prive plus ou moins complètement la personne de relation, partie importante de son être-au-monde. La profondeur de l’endormissement est donc ajustée au soulagement du symptôme réfractaire que l’on combat ainsi. Si la sédation intervient en urgence pendant une hémorragie massive ou un étouffement aigu, elle est alors temporaire et non polémique. Si elle est prolongée jusqu’au décès, soulageant par exemple une confusion agitée par angoisse de mort ou une détresse respiratoire majeure permanente, elle ne peut s’indiquer qu’en situation préterminale, où la non mise en route d’une hydratation artificielle ne précipite pas significativement le décès d’un patient qui déjà ne boit quasi plus.

Où est l’hypocrisie dans la pratique d’une telle sédation ? L’intention et les actes sont clairs pour l’intelligence éveillée. Le traitement aux doses titrées vise à soulager un symptôme réfractaire sans abréger la vie. Que le mourir soit encadré de traitements n’empêche pas de faire la distinction entre mort naturelle et mort provoquée. Laisser le corps aller jusqu’au bout de ses forces respecte la personne car elle est aussi son corps. Ame, esprit et corps ne font qu’un.

La sédation doit être bien préparée, car cette pratique est difficile pour les soignants et pour les proches. Prolongée, son vécu se rapproche de celui de l’agonie.

Eviter l’agonie ?

Le sens à donner à l’agonie reste un mystère, temps précieux pour les proches ou temps d’épreuve.

Autant que possible, patient et entourage sont prévenus du projet de sédation, l’adieu rendu possible. L’équipe soignante se tient prête à intensifier sa disponibilité.

Les pressions pour accélérer cette période peuvent être fortes. Céder à cette tentation de hâter la mort est une euthanasie déguisée et illégale, hypocrisie qui n’a rien à voir avec la sédation.

De plus en plus, les médecins qui refusent de pratiquer l’euthanasie sont perçus comme des "sans-cœur". Etant au chevet du patient sans provoquer sa mort, nous ne le contraignons pas à vivre. Il vit, simplement, et nous appelle à être, humblement, à ses côtés : médecin frère de son frère, avec compétences et limites.

(1) Oncologue, formée à Lille aux soins palliatifs (SP), pionnière de leur développement en Hainaut occidental, responsable d’une unité hospitalière de 6 lits SP, je continue à adhérer à la philosophie de Cicely Saunders refusant l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie.

Source : lalibre.be


La Loi de la dignité instrumentalisée

 

La loi ne dira pas tout

par le Dr Bertrand Galichon, 10/2015

La loi ne peut dire que ce qui lui semble légal et illégal. Cette semaine deux événements nous ont montré les limites de la loi: d'une part le vote en deuxième lecture de la loi Claeyes-Léonetti à l'Assemblée Nationale et d'autre part les conclusions données par le Tribunal Administratif de Chalon sur Marne à propos de la procédure engagée par le neveu de Vincent Lambert. 
Les premiers commentaires de la presse après ce vote à mains levées mettent en avant toute l'insatisfaction des pro et anti euthanasie. Et il ne pouvait pas en être autrement. Le texte des députés nous laisse dans un entre deux avec la création de situations de sédation profonde humainement intenables. Des euthanasies qui refusent de dire leur nom. Des équipes de soins palliatifs qui vont se vivre comme des exécuteurs....Des familles qui ne sauront plus où elles sont, quel rôle leur demande t-on de jouer ou de ne pas jouer. Nous voilà devant une proposition de texte qui se veut tactiquement comme une transition vers l'avenir radieux de la fin de vie sous contrôle...Ce texte ne dit rien de notre humanité. Notre dignité est instrumentalisée au profit d'une éthique de l'autonomie. Nous avons abandonné la loi Léonetti car nous n'avons pas pris les moyens d'accompagner la vie jusqu'à son accomplissement. Nous en sommes là par démission. Avons-nous considéré avec Tanguy Chatel tous ces "vivants jusqu'à la mort"? 
Il nous faut lire les considérants de l'arrêt rendu par le Tribunal Administratif de Chalon sur Marne. Les décisions prises en conscience par un premier médecin ne s'imposent pas de façon automatique aux suivants. Le tribunal nous donne par là la preuve que toute décision médicale est le fruit d'une rencontre  faite d'humanité avec ses faiblesses et sa profondeur.
Pour faire sens, nous devons dépasser le légal non pour trouver le bien et éviter le mal mais dire ce qui fait notre "bien commun". Notre responsabilité de chrétiens est d'interroger notre monde à ce niveau. Par quoi notre fraternité tant évoquée est-elle fondée? En quoi la vie des malades qui nous sont confiée reste en cohérence avec cette source? Regardons-nous nos malades sous cet éclairage? Et nous ne devons pas avoir peur d'affirmer que le spirituel et la philosophie viennent révéler notre démocratie à elle-même. La justice seule à cet égard ne nous dit rien.
Dr Bertrand Galichon, Octobre 2015
Source : ccmf.fr

 

Euthanasie : Le soignant en otage

Euthanasie : pourquoi exiger d'un soignant un tel acte de mort est une forme de "prise d'otage" fondée sur un présupposé discutable

Face à la fin de vie d’un proche, nous sommes souvent démunis et déstabilisés. Au choc émotionnel s’ajoutent des questions angoissantes. Faut-il continuer les traitements au risque d’une obstination déraisonnable ? Convient-il de privilégier la qualité de vie à la quantité de survie ? Extrait de "Face à la fin de vie d'un proche", de Bernard-Marie Dupont, François Bourin éditeur (2/2).

Bernard-Marie Dupont est médecin spécialiste et docteur en droit. Il est vice-président national de l’Association d’entraide aux malades traumatisés crâniens et autres cérébrolésés, et aux Familles (AEMTC). Il enseigne également la philosophie à l’Université de Paris Sud XI (Orsay).
par Bernard-Marie Dupont,

 

... Le soignant, à qui l’on demande d’être le bras armé de l’acte d’euthanasie, n’est-il que cela ? Ne peut-il être que cela, un simple instrument ? C’est la question de la liberté individuelle et de la conscience, tant personnelle que professionnelle, du soignant.

Comment être absolument certain de l’objectivité de la demande du patient ? Cette question terriblement angoissante est au coeur de toute relation thérapeutique. Si l’individu montre, visuellement, des éléments de la pathologie dont il souffre (et la médecine contemporaine est ce spectacle télévisuel que nous connaissons), tout n’est pas nécessairement visible. Si Michel Foucault, dans Naissance de la clinique, a bien établi le lien automatique qui s’instaure trop rapidement entre le voir et le savoir, peut-on pour autant affirmer qu’il est possible de dissocier les éléments objectifs d’une demande (de soin, de mort) de ses déterminants subjectifs qui la contaminent ?

Si nous employons à dessein ce mot de contamination, c’est pour rappeler que celle-ci se propage et se transmet bien souvent sans bruit, et qu’elle passe alors inaperçue. Nous sommes en effet plongés, que nous le voulions ou non, dans les différents bains de couleur de la vie, ou, pour reprendre l’expression de Paul Ricoeur, nous prenons toujours un train en marche, qui nous a précédés et qui nous survivra. Et puisque nous sommes plongés dans un bain de couleur, notre décision est donc toujours teintée, marquée par la couleur du moment, qu’elle soit culturelle, sociale, historique ou géographique. Le soignant, même s’il le veut, aura donc bien du mal à n’être que le bras armé de la demande de mort formulée par un patient.

Il faut se faire à cette idée : nous n’aurons jamais la certitude d’atteindre l’objectivité de la connaissance ou la certitude de savoir si la décision du patient, ou celle du médecin, est réellement prise sous l’influence de la raison, du bon sens, et si elle procède d’une démarche authentiquement libre de toute influence.

« L’acte d’un tiers », qui qualifie l’euthanasie, pose la question de la réelle intention de celui ou de celle qui en fait la demande : la volonté du patient était-elle réellement d’en finir avec la vie ?

Il est demandé à un tiers de pratiquer un acte sans retour, une décision sans procédure d’appel possible et qui ferme la porte du temps. Or, les soignants savent bien que la décision, le projet thérapeutique, s’élaborent dans la durée, avec des contradictions, des renoncements, des refus, des acquiescements plus ou moins explicites, plus ou moins implicites. C’est que la médecine fait la part belle au non-dit : il s’agit bien plus de deviner, de discerner, que de voir.

Comment, dans ces conditions, être certain que la question posée par le malade est la bonne ? Désire-t-il réellement mourir ? Ou éviter un état, une situation qu’il juge intolérable ? Veut-il échapper de manière radicale aux douleurs ? Ne plus être une gêne pour la société ou ses proches ? Ou bien la mort est-elle réellement envisagée pour ce qu’elle est, ce point final ? L’abandon, la solitude, la douleur physique, la détresse psychologique, l’uniformité artificielle des plateaux techniques hospitaliers, l’impossible retour chez soi, sont autant de raisons qui peuvent induire ou encourager la demande de mort, autant de bonnes et de mauvaises raisons.

Enfin, cet « acte commis par un tiers », pose la question du bras armé qu’est le soignant. Ne pas être en mesure de se donner soi-même la mort est une chose ; demander à quelqu’un de pratiquer un acte d’euthanasie en est une autre. Est-il possible en effet de ne considérer le soignant que comme un simple instrument de la volonté du patient ? Passer du gouvernement de soi au gouvernement de soi par un autre, c’est faire peu de cas de l’identité et de la liberté de ce soignant à qui la demande d’euthanasie est adressée. Exiger du soignant un tel acte de mort, c’est une forme de ‘prise d’otage’, fondée sur un présupposé discutable : puisque l’autre est un soignant, c’est à ce titre que, de fait, et idéalement pour certains, en droit, il devrait se soumettre à la demande du malade et la mettre en oeuvre. Comment le médecin pourra-t-il vivre des exigences contraires à la déontologie et à la définition même de l’acte de soin ?

L’euthanasie est définie comme l’acte d’un tiers, « qui met délibérément fin à la vie d’une personne ». C’est le deuxième point de la définition de l’euthanasie donnée par le CCNE.

Ce deuxième élément de la définition ajoute au premier l’idée que le geste d’euthanasie est bien réalisé, non par accident ou comme un effet secondaire d’un traitement, mais avec la volonté manifeste d’abréger la vie du patient. L’euthanasie est donc un geste direct de mort, un acte dont la seule finalité est la mort. Cette précision a une grande importance, car l’évolution récente des traitements dans la prise en charge de la douleur et de la souffrance des patients, en dépit de la connaissance des effets secondaires de certains protocoles thérapeutiques, peut aboutir au décès du patient, mais cela reste exceptionnel, et surtout non intentionnel. Il ne s’agit pas pour autant d’un acte d’euthanasie, mais de ce que les anglophones nomment le principe du double effet : l’intention première du soignant est de combattre la douleur, ce qui passe par l’administration d’un médicament à des doses élevées, qui peuvent, éventuellement, être à l’origine du décès du patient. Mais rien n’est jamais certain en médecine, personne ne peut dire si l’excès de ce médicament va réellement abréger la vie du patient.

La différence entre le geste d’euthanasie et le principe du double effet qui peut conduire à la mort, réside dans l’intention première qui oriente le choix du praticien.

Enfin, le dernier moment de la définition de l’euthanasie précise que l’acte doit être commis pour « mettre un terme à une situation jugée insupportable », et ce n’est pas la moindre des difficultés que cette appréciation. Qu’est-ce, en effet, qu’une situation insupportable, et pour qui ? S’agit-il du constat de l’échec d’une thérapeutique médicale ? S’agit-il de l’aveu d’une impossible ou improbable guérison ? Est-ce un problème de nature ou de degré, de seuil ? Est-ce un moment dans la vie du malade, à partir duquel un niveau serait atteint, par le haut ou par le bas ? Et qui va décider de ce qui est devenu insupportable ? Le malade ? Le soignant ? Les deux ?

S’il convient, par exemple, d’établir un seuil au-delà duquel la douleur d’un patient serait devenue à ce point insupportable qu’elle autoriserait l’euthanasie, alors il faut admettre que les seuils sont très relatifs, culturels, influencés, voire différents d’un jour à l’autre pour un même malade. Le jugement appelle la mouvance, l’estimation, le pour et le contre, c’est-à-dire l’incertain, qui est le quotidien de toute relation thérapeutique. Or, l’euthanasie, elle, est un acte définitif, un aller simple. Dans ces conditions, si elle était appliquée chaque fois qu’une situation devait être considérée comme insupportable, la relation soigné-soignant se résumerait alors au jeu de la roulette russe, et rien ne limiterait plus les possibles abus.

Extrait de "Face à la fin de vie d'un proche", de Bernard-Marie Dupont, François Bourin éditeur, 2015.

Source : atlantico.fr

Dr Xavier Ducrocq : Le patient en état pauci-relationnel

 

Etats pauci-relationnels : Fin de vie ou grand handicap ?

par Dr Xavier Ducrocq , 14/10/2015

Les imprécisions de la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie concernant les questions d’hydratation et d’alimentation ont été à l’origine de situations tragiques. Dans l’actualité, la controverse autour de Vincent Lambert a suscité l’emballement alors que son état clinique relève davantage du grand handicap que de la fin de vie. Pour essayer de comprendre, le Professeur Ducrocq, neurologue, revient sur les caractéristiques de ce qu’on appelle l’« état pauci-relationnel ».

Gènéthique : Quand peut-on dire qu’une personne est dans un « état pauci-relationnel » ?

Pr Xavier Ducrocq : L’état pauci-relationnel (EPR) s’installe toujours après une période de coma, il en est un mode de sortie. Le coma a pu être provoqué par un traumatisme crânien grave, un AVC, ou une anoxie cérébrale (par arrêt cardiaque ou noyade, par exemple). Quand elle sort du coma, la personne en EPR va ouvrir spontanément les yeux. Elle va respirer librement et alternera des périodes de veille et de sommeil. Si elle ne parle pas, elle peut parfois émettre des sons. Ses membres sont paralysés (double hémiplégie), mais elle peut faire quelques mouvements, même s’il est difficile de savoir s’ils sont volontaires ou réflexes. Elle peut tourner la tête et les yeux. A des degrés divers, elle présente parfois des troubles de l’audition ou de la vision. Elle semble ne pas réagir à son environnement et aucun code de communication fiable n’a pu être établi. Pourtant en étant attentif, par moment, la personne tourne la tête, les yeux, elle agite un bras, une jambe, sa respiration s’accélère, son regard devient plus expressif… Ces attitudes se remarquent particulièrement, sans être systématiques, en présence d’un proche, d’une musique aimée, ou en cas d’un inconfort qu’il faudra identifier. Si on a alors la conviction que la personne réagit à son environnement, il est impossible d’en donner exactement la raison : que perçoit-elle ? Que ressent-elle ? Que veut-elle dire ? L’incertitude est permanente et difficile à gérer, frustrante. Inquiétante parfois.

G : On parle aussi d’état végétatif chronique (EVC), de quoi s’agit-il ?

XD : Dans l’EVC, plus justement appelé « état d’éveil sans réponse », les réactions ne sont que végétatives, elles ne sont pas volontaires : accélération du cœur, de la respiration, de la coloration du visage, transpiration. Elles ne sont jamais « conscientes ».

Mais une même personne peut, selon les moments, paraitre plus « sans réponse » que pauci-relationnelle. Il y a d’importantes fluctuations. Si bien qu’il est légitime de ne pas les différencier. Les meilleurs experts affirment que le risque d’erreur quand on qualifie une personne d’EVC est de 40% : c’est-à-dire que 4 fois sur 10 on considérera « végétative » une personne qui est « pauci-relationnelle ».

Qu’il s’agisse d’EVC ou d’EPR, il n’y a pas, actuellement, d’espoir raisonnable d’amélioration.  On ne connait que quelques cas, exceptionnels, de récupération tardive d’une communication. Ces personnes sorties du coma, ont un niveau de conscience incertain et fluctuant, elles sont porteuses d’un handicap moteur et cognitif sévère, chronique, mais elles ne sont pas en fin de vie. Elles vivent sans pouvoir  communiquer, ce qui ne veut pas dire qu’une relation est impossible.

G : Est-ce qu’elles ont conscience de ce qui les entoure ?

XD : Oui, si bien qu’on parle aussi d’« états de conscience minimale ». Depuis quelques années, des études faites par des chercheurs au moyen de l’IRM fonctionnelle, tendent à prouver l’existence, chez des patients en EPR ou en EVC, d’un certain degré de conscience. Si ces résultats corroborent ce que ressentent les proches – soignants, famille – de ces personnes, ils ne permettent pas d’établir un code de communication. Dans tous les cas, la prudence s’impose : l’absence de preuve de conscience ne signifie pas l’absence de conscience. Comment connaître exactement le niveau de perception d’elle-même et de son environnement d’une personne EPR ? Du niveau d’intégration des informations sensorielles qu’elle capte et de sa capacité à élaborer une réponse… qui supposerait de pouvoir recourir à un code de communication. Il est difficile d’interpréter l’existence ou non d’une conscience. En effet, déjà chez une personne normale, une émotion, même forte, peut ne se traduire que par des signes végétatifs : il y a comme une dissociation entre le ‘vécu mental’ et son expression physique.

G : Qu’en est-il de la nutrition ?

XD : La plupart des personnes en EPR sont nourries artificiellement par une gastrostomie (sonde entre l’abdomen et l’estomac) pour pallier une paralysie de la déglutition qui peut se prolonger. Toutefois,  près d’un tiers de ces patients peut être nourris par la bouche, au moins partiellement.

G : Est-ce qu’il s’agit de maintenir artificiellement en vie la personne ?

XD : Non. S’il est commode d’utiliser des poches alimentaires de fabrication industrielle, les sondes de gastrostomie permettent de passer des aliments habituels, pourvu que leur texture soit adaptée. La gastrostomie n’est pas un obstacle à la mobilité de la personne : pas de tuyau extérieur, juste une sorte de bouton-pression au niveau du ventre. Habillé, rien ne se voit. De nombreux patients, par exemple en cas de cancer de la gorge, sont ainsi nourris par gastrostomie, justement pour pouvoir mener une vie autonome.

G : Mais vivre dans cet état, est-ce une vie ?

XD : Oui ! Les personnes en EPR vivent ! Et la loi française les protège d’autant plus qu’elles sont en situation d’extrême vulnérabilité. Elle demande de leur proposer un projet de vie, un projet de soins. Qu’elles soient à domicile ou dans des unités spécialisées, elles doivent bénéficier de soins de kinésithérapie, d’orthophonie, des stimulations sensorielles, des massages. Elles doivent aussi être habillées, mises au fauteuil, sorties en promenade ou aller à l’occasion dans leur famille… Ce qui suppose un investissement considérable pour les proches et les soignants, mais n’est-ce pas l’honneur et le devoir d’une société que d’y veiller ?

Source : genethique.org

 

Investir pour tuer ou pour soigner ?

Que dit le Docteur Saba ?

 

«Les listes d'attente sont longues... Des personnes en douleur constante ne vont-elles pas, par lassitude, demander l'euthanasie?

Dans un contexte de manque de soins, est-il raisonnable de permettre l'euthanasie » ?...

Les soins aux patients doivent être améliorés avant de permettre l'aide médicale à mourir.
«Je demande de la physiothérapie pour améliorer mes douleurs. Mais on me la refuse. On a besoin d'aide pour vivre, pas pour mourir».

Le Dr Saba (Canada) mentionne plusieurs pays, comme la France et l'Écosse, qui refusent l'euthanasie et le suicide assisté.

« Seulement 1% de la population mondiale vit dans des pays où c'est permis.

Pourquoi préfère-t-on investir dans l'euthanasie [plutôt] que dans les soins ?

Je vais continuer de me battre contre ça, dit-il.

Car tant que les soins ne seront pas mieux offerts, il y a des risques que l'euthanasie soit choisie pour les mauvaises raisons.»

source : lapresse.ca

"Soigner n'est pas tuer, tuer n'est pas soigner."

 

Moi, médecin, ce que je pense de l'euthanasie...

par Léo C. Jadot, Médecin Psychiatre, 23/10/2015

Par quel que bout que l'on prenne le problème, l'euthanasie est et reste un homicide volontaire avec préméditation, commis sur une personne en situation de faiblesse.

Ce n'est jamais le rôle d'un médecin de donner la mort, même (et surtout) s'il en a évidemment la capacité technique. Tuer n'est pas bien compliqué et n'importe quel citoyen un peu entraîné le ferait très bien. Soigner n'est pas tuer, tuer n'est pas soigner.

Dans ma longue carrière j'ai accompagné un certain nombre de dépressifs dont certains voulaient se suicider. Deux ont effectivement réussi à mettre fin à leurs jours. Je l'ai vécu comme un échec, comme une insuffisance de ma part. Tous les autres ont pu retrouver une confiance suffisante en eux-même et dans la vie pour reconstruire leur vie autrement. Il m'apparaît comme une trahison que d'encourager et plus encore d'aider quelqu'un à se suicider. (Suicide assisté)

Au-delà des choix éthiques et philosophiques de chaque médecin, se pose effectivement la question de la collaboration, volontaire ou obligatoire, à une mise à mort.

Si l'on refuse de considérer le désir de mort comme autre chose qu'une pathologie mentale grave, n'est-ce pas enfermer un patient dans sa désespérance que de lui laisser croire que ce serait la solution?

Et référer un dépressif à un « confrère » dont on sait pertinemment bien qu'il passera à l'acte mortel, n'est-ce pas encore être complice du meurtre, envoyer quelqu'un délibérément dans un mortel traquenard ?

La seule solution honnête et déontologiquement correcte n'est-elle pas de dire : « je ne le ferai pas, je ne puis vous empêcher de le faire, mais vous feriez la plus grosse bêtise de votre vie. Je puis adoucir vos souffrances et vous soutenir dans ces moments difficiles que vous vivez » ?

Et si un tribunal s'égare à ordonner des choses criminelles quand bien même conformes à un quelconque texte de loi, la seule attitude possible moralement n'est-elle pas de refuser encore l'injonction insensée ?

Et de même, une institution n'a-t-elle pas aussi parfois un devoir de désobéissance ?

Source : euthanasiestop.be

 

Fermer la "route de la mort" par déshydratation

 

La route de la mort : priver les personnes d’hydratation, d’alimentation et de soins

par Jean-Pierre Dickès, 16/08/2015

Au Royaume Uni, il est désormais absolument interdit de priver les personnes en fin de vie d’hydratation, d’alimentation et de soins ; ceci dans le cadre d’une décision du Service national de santé (NHS). Bref tout ce qui est envisagé en France pour faire mourir Vincent Lambert. Les autorités sanitaires demandent que les proches soient encouragés à hydrater les mourants et les vieillards quand c’est possible et demande au personnel de santé d’anticiper les difficultés quotidiennes, tels les problèmes de déglutition. Un guide a été mis au point pour le personnel hospitalier afin de détecter les signes indiquant qu’une personne est proche de la mort ; mais aussi ceux qui indiquent une amélioration ou une détérioration de leur état. En pratique ce sont les soins palliatifs concernant 350.000 personnes en Grande-Bretagne.  

Chez les Anglais, le fait de laisser se déshydrater et priver de nourriture les personnes en fin de vie se nomme depuis longtemps la « route de la mort » dont étaient chaque année les victimes 92.000 vieillards et moribonds. L’Institut national pour l’excellence de la santé et des soins est furieux de voir qu’un tel processus ait pu se pérenniser depuis des années. « Il est choquant que de telles précisions s’imposent ! ».

Cette pratique controversée a été développée depuis les années 1990 au Royal Liverpool University Hospital et à l’hospice Marie Curie de cette ville. Elle est donc considérée comme un protocole d’euthanasie. Elle avait été progressivement été éliminée, mais persistait dans quelques centres hospitaliers notamment pour les cancéreux. En désuétude depuis un an, elle est définitivement abolie.

Or c’est tout bonnement un tel protocole de mort qui est prévu par les deux lois successives dites Léonetti. Ainsi la France ouvre la « route de la mort » alors que les Britanniques viennent de la refermer. Les Anglo-saxons nous donnent ainsi une magnifique leçon d’humanité.

Jean-Pierre Dickès

Source : medias-presse.info

Médecins, réveillez-vous !

 

Médecine : La Grande Illusion

par Jean-Pierre Dickès, 07/05/2015

L’Institut CSA a fait un sondage auprès de 1000 Français. Il leur a été demandé quelle était pour eux la profession idéale. L’orientation vers la médecine arrive en tête pour 13% des Français parmi les 17 choix proposés ; puis suit celle de vétérinaire à 10 %. Être policier n’intéressera que 1% des sondés. Apparemment les femmes (15 %) sont plus intéressées que les hommes (11 %). En 2013, 58 % des nouveaux inscrits au tableau de l’Ordre des Médecins étaient des femmes. Les temps ont bien changé : mon grand-père maternel, le Dr Mahieu, maire de Wimereux, était intervenu auprès de la faculté de médecine de La Catho de Lille car il était refusé à sa fille (ma mère) le droit de passer le concours de l’internat car elle était une femme. Quand elle fût diplômée, le plus prestigieux des chirurgiens du Nord de la France disait : « Les femmes-médecins sont des dangers publics ».

Cependant l’exercice de la profession, même si il est assez bien payé, est extrêmement dur. Très peu de femmes deviennent généralistes. Elles s’orientent souvent vers des spécialités calmes comme la phlébologie, la dermatologie ou la médecine du travail. Ceci pour une raison très simple : elles tiennent à s’occuper de leurs enfants quand elles en ont ; ce qui est un réel problème quand on est anesthésiste, chirurgien ou médecin généraliste.

Une autre étude diligentée par l’Union Française pour une médecine libre établit qu’un médecin sur deux est en situation d’épuisement (burn out). Le taux de suicides parmi mes confrères est de 2,37 fois plus élevé que dans le reste de la population.

La loi de santé Juppé de 1996 a restreint drastiquement à 4000 étudiants le nombre de reçus au concours d’entrée. La pénurie dix ans plus tard a commencé à apparaître. Nous ne nous en sommes jamais remis. En effet, les jeunes médecins sont de plus en plus conscients et sensibilisés aux difficultés de leur mission. La profession est de moins en moins respectée, les agressions se multiplient, le travail est de plus en plus prenant, la responsabilité a augmentée et se traduit par des plaintes en justice ; laquelle devenue idéologique donne le souvent tort au plaignant supposé moins riche ; enfin la technicité est en train de remplacer par des machines la démarche psychologique du rapport humain entre le médecin et son patient. Chaque spécialité a désormais son appareil informatisé qui remplace le tête-à-tête avec le patient. Allez faire une radio ! vous ne verrez probablement pas le bout du nez du radiologue. De même depuis dix ans les électrocardiogrammes numériques proposent des diagnostics et des traitements. Basée sur les algorithmes l’appareil est devenu plus fiable que le praticien lui-même.

Il n’est bien sûr plus question dans ce contexte de parler de « vocation médicale » comparée à celle du prêtre.

Mais les jeunes médecins ayant terminé leurs études avec de telles perspectives que se passe-t-il ensuite ? La grande illusion se transforme en grande désillusion. Entre 2004 et 2011, près de 20.000 diplômes de médecine générale ont été attribués. Or seulement 5.000 jeunes médecins se sont installés. Il en aurait fallu quatre fois plus. Qu’ont fait les autres ? Ils se sont orientés vers le salariat ou des spécialités tranquilles. Le plus étonnant est que l’on a perdu la trace de plus de 6000 d’entre eux.

Ne nous faisons pas l’illusion. La désertification médicale de certaines régions va s’accroître. La médecine de proximité disparaîtra. Le nombre de généralistes continuera à chuter. Même en faisant venir des praticiens de Roumanie ou du Bénin.

Dr Jean-Pierre Dickès

Source : medias-presse.info

 

Dr Xavier Mirabel : La sédation, mort perdue

 

Une fin de vie digne et apaisée doit-elle passer par une sédation profonde et continue ?


par le Dr Xavier Mirabel et Claire Pellissier,
25/04/2015 (extraits)

...
En France, on meurt encore mal nous dit-on. D’inacceptables inégalités d’accès aux soins palliatifs perdurent. La formation des soignants reste insuffisante. La recherche clinique est peu financée et l’effort financier pour développer les soins palliatifs est indigent (en particulier depuis 2012, malgré les promesses). Face à ce bilan, le texte qui arrive en débat au Sénat propose une alternative aux soins palliatifs.
 
La sédation est pratiquée. Prescrite dans le respect des bonnes pratiques médicales formalisées par la Société française d’accompagnement de soins palliatifs (SFAP), elle ne pose pas de problème, ne fait pas débat. Les indications médicales de la sédation sont reconnues et acceptées, pour des souffrances physiques ne pouvant être totalement soulagées, ou en réponse à des angoisses décrites comme "insupportables " en fin de vie. Décision grave, qui n’intervient aujourd’hui qu’en dernier recours, lorsque l’ensemble de l’"arsenal"  des traitements anti-douleur s’est révélé insuffisamment efficace et lorsqu’un travail d’accompagnement psychologique a été proposé.

Le médecin mis en demeure de réaliser une sédation pas nécessairement indiquée

Le « droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès », c’est donc autre chose. Il s’agit d’aller au-delà (sinon, pas la peine de légiférer). Mais où ? Vers une sédation demandée par une personne malade ou par un proche, par une "personne de confiance". Une sédation que le médecin jugerait médicalement illégitime (sinon, pas besoin de rendre ce droit opposable au médecin) et que le médecin serait pourtant mis en demeure de réaliser.
 
Là où la sédation apparaissait comme la dernière option possible, elle se verrait banalisée, justifiée par le refus d’une « prolongation inutile » ou du « maintien artificiel » de la vie, notions sujettes à de périlleuses interprétations. Là où elle était le fruit du discernement collégial et d’un protocole médical strict, elle pourrait être administrée à la demande de tout patient désireux de ne pas prolonger une vie considérée comme "inutile".
 
Lorsque la mort est inéluctable à terme relativement bref et que l’alimentation ou l’hydratation ne peuvent participer au confort, au bien-être, mais au contraire sont sources de pénibilité voire d’effets indésirables, nul ne revendique qu’ils soient poursuivis. Comme pour la sédation, l’arrêt d’alimentation ou d’hydratation en toute fin de vie ne posent pas question. Mais ce n’est pas non plus cela qui nous est proposé dans le texte en cours de débat parlementaire.
 
Car la sédation terminale assortie d’un arrêt d’alimentation et d’hydratation, est une pratique qui conduit inéluctablement et rapidement à la mort. Un "arrêt de mort" si cette mort n’était pas imminente ni même prochaine.

Bien mourir, cela signifierait-il mourir endormi ? Sédaté ? Est-ce nécessairement cela une mort digne ?

Le risque de réponses expéditives

Les soignants connaissent la complexité, en fin de vie, des phases de grande angoisse, des moments de tristesse, mais aussi ces instants précieux d’épanouissement personnel et de maturation, de transmission et d’échanges familiaux. Présenter la sédation comme un droit, c’est risquer des réponses expéditives aux demandes impulsives de "dormir", liées à des souffrances aigües, physiques ou psychiques.
 
Soulager, écouter en profondeur, accompagner, tout cela demande du temps et une réelle volonté de prise en charge globale. Cette nouvelle « sédation profonde et continue jusqu’au décès » propose en réalité une alternative plus simple, moins coûteuse, une forme de démission collective. Un « droit à une rupture de la vie relationnelle » qui provoquera la mort à très court terme. Une euthanasie qui ne dit pas son nom. 

Privés de leur mort 

Loin de proposer des mesures ambitieuses en matière palliative, la nouvelle loi ouvre la porte à un drame humain, celui de voir des patients mourir seuls, abandonnés dans un sommeil artificiel, privés de leur vie, privés de leur mort. 
 
On nous dit que cette loi va rassurer nos concitoyens. Les députés à l’origine de cette loi affirment qu’elle n’autorise pas l’euthanasie ni le suicide assisté. Au pied de la lettre, c’est vrai. En pratique, il en serait tout autrement.
 
C’est ce qui a conduit des soignants à demander fermement aux sénateurs de clarifier la loi en lançant un appel : http://www.convergence-soins.com/. Ils invitent explicitement tous les soignants à demander une clause de conscience si le texte était voté en l’état. 

* Oncologue, chef adjoint d’un département du Centre régional de lutte contre le cancer de Lille, ancien président de l’association Alliance VITA.
**psychologue en soins palliatifs, porte-parole du mouvement Soulager mais pas tuer.

Source : jim.fr

 

De la prévention à l'assassinat

 

MORTELLE IRRESPONSABILITÉ (FIN DE VIE EN FRANCE)

par le Dr. Bertrand Galichon, 04/2015

Je voudrai rapprocher deux événements qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre mais qui se sont produits au même moment ou plus précisément dans le même mouvement. Il s’agit de la troisième révision de la loi Léonetti en moins de dix ans et de la énième remise en cause de la loi Veil. Il est tout d’abord significatif et important de noter que ces deux lois intéressent : l’une à notre naissance, notre arrivée dans la communauté humaine et  l’autre à notre « départ », deux frontières dont nous voudrions avoir toute la maîtrise et réduire ainsi leur insupportable part de mystère.

Le même constat.

A coups de boutoir et de glissements imperceptibles, ces deux lois sont vidées de leurs sens premiers : la réponse à ces drames que la vie sait bien nous servir. Ainsi, nous voyons bien que la loi Léonetti, votée en 2005, avait pour objet de prévenir les risques d’acharnements thérapeutiques avec pour corollaire le développement des soins palliatifs. Elle devient aujourd’hui la loi Claeyes- Léonetti avec pour objet la gestion de la fin de vie avec l’introduction de la sédation profonde continue jusqu’au décès. Même si en première lecture, nous pourrions avoir le sentiment que les choses n’ont pas fondamentalement bougé, nous voyons bien tout de même que le terrain glisse. La loi Veil, en son temps (novembre 1974), voulait faire de l’avortement une réponse très encadrée, exceptionnelle à des situations humaines dramatiques avec une éducation sexuelle en amont, plus proactive de la population jeune en particulier dans une dynamique de médecine préventive. Aujourd’hui, notre société va en faire un moyen contraceptif en supprimant le délai de réflexion d’une semaine.

La même incurie.

Pourquoi dans les deux cas en sommes nous arrivés à ces choix réducteurs pour des réponses simplificatrices même simplistes ? Force est de constater que la loi Veil n’a pas réduit le nombre d’avortements en France. Nous sommes toujours à plus de 200.000 par an. L’éducation sexuelle n’a pas rempli sa mission malgré des dispositions législatives, réglementaires, financières favorables. De la même manière, en dix ans cette loi Léonetti a fait l’objet de trois révisions. Pour une raison simple, la fin de vie n’a pas été anticipée, accompagnée. La prise en charge des derniers temps d’une vie aléatoire et inégale. Les soins palliatifs ne font toujours l’objet que de deux heures de cours en onze ans d’études. Les réseaux de soins palliatifs qui permettraient à beaucoup plus d’entre nous de terminer leurs jours à domicile, se voient leurs financements rognés de façon drastique et arbitraire. Pour ces deux lois la même incurie, la même facilité à se limiter  pour répondre au prétexte sans vouloir rechercher les causes premières, plus profondes. Dans les deux cas, nous n’avons pas voulu nous attacher aux pré-requis de ces deux lois à savoir une éducation, une responsabilisation des consciences. Faute d’avoir répondu à ces enjeux,  tous ces drames banalisés ne viendront plus nous importuner ! A toute chose malheur est bon ! Oui mais les souffrances générées seront d’autant plus grandes car réduites au silence.

Pourquoi une telle démission ?

Vaste question, les termes de la réponse peuvent être retrouvés dans toutes les composantes de la vie de nos sociétés modernes, communicantes et civilisées.

J’ouvre une piste inspirée par François Cheng dans son livre « Entretiens » aux pages 68 et 69. Il nous rappelle à juste propos que nous sommes constitués de trois éléments qui rentrent en intime dialogue : notre corps qui « fait », notre esprit qui raisonne et notre âme qui résonne, rentre en résonnance. Cette âme aussi qui ne vit, ne trouve sens que dans un mouvement d’altérité, de médiation avec autrui.

La volonté de protocolisation, scientifiquement justifiée et juridiquement opposable, de nos pratiques accompagne comme un catalyseur ce triste mouvement qui ne tiendra plus compte du caractère unique de nos biographies respectives, nous isolant dans nos individualités. Sans cette altérité vivifiante, nos âmes vont se dessécher sur pieds.

Dans une prochaine chronique, l’examen des propositions faites dans la loi de santé de Madame Tourraine nous permettra d’avancer quelques pistes de réflexions supplémentaires.

Dr. Bertrand Galichon

Président du CCMF

Source : fiamc.org

 

Loi Claeys-Leonetti, porte ouverte à tous les abus

 

Etat des lieux de la loi « fin de vie » après le vote par l’assemblée

par le Dr A. J.,  25/03/2015

La loi sur la fin de vie vient d’être votée à l’Assemblée ce 17 mars 2015, avec une écrasante majorité. Malgré plus de mille propositions d’amendements, le texte a peu évolué au cours des débats.

Vous trouverez le texte intégral de la loi ICI.

Beaucoup nie que cette loi autorise le suicide assisté et l’euthanasie, pourtant Me Touraine parle « d’avancée significative », de « marche pied pour l’euthanasie »…

Notre ministre de la santé l’a décrite d’une façon qui ne peut manquer d’attiser notre volonté d’approfondir l’analyse : « c’est un renversement de la décision médicale ».

Et nous pouvons lire sur le site de l’ADMD ce 17 mars : « L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité donne rendez-vous aux Français en juin, devant le Sénat, pour dire « NON À UNE MORT DE FAIM ET DE SOIF » ».

Alors quelles nouveautés apporte cette loi ? N’est-elle qu’un « prolongement de la loi Leonetti » de 2005 ?

Considérée comme un juste équilibre par la majorité des députés, elle autorise la « sédation profonde et continue » dans certaines conditions que nous développerons plus bas.

Si le patient se trouve dans l’une des conditions citées par la loi, il peut demander cette « sédation profonde et continue » et le médecin a l’OBLIGATION d’y accéder.

En cas d’inconscience du malade, les directives anticipées s’imposent au médecin, sauf si une « décision collégiale » les juge manifestement inappropriées.

Malgré son apparence anodine ce texte ne résiste pas à un examen attentif.

Nous attirons l’attention sur plusieurs points qui constituent, sous l’apparence d’un présent, un véritable cheval de Troie.

-La distinction entre soins et traitements est renforcée par l’ajout (Art1) du mot « traitement » à plusieurs articles du code de santé publique qui évoquaient uniquement les « soins ». Cette distinction est apparue après la rédaction de la loi Leonetti. Elle a peu d’intérêt si ce n’est d’omettre l’hydratation et la nutrition artificielle pour « en finir », sous couvert de la loi,  sans jugement de proportionnalité, sur l’argument de l’inefficacité de l’hydratation à guérir la maladie incurable.

-L’alimentation et l’hydratation « deviennent » des traitements (Art2)

-Ils peuvent être arrêtés en cas de maladie grave et incurable :

-sur demande,

-sur directives anticipées  en cas d’inconscience,

-arbitrairement en l’absence de conscience et de directives anticipées. Ce sont tous les patients de réanimation, en EPR ou EVC qui sont concernés par cette mesure, les candidats au suicide…sur l’argument que le maintien en vie est artificiel et que la suspension des traitements engage le pronostic à court terme (Art3)

-TOUT traitement doit être supprimé en cas de sédation profonde

-L’argument de la SOUFFRANCE est le critère principal pour juger de l’opportunité d’une sédation profonde et continue. L’ambiguïté du terme, sa subjectivité, permet  tous les abus.

-La suppression du deuxième alinéa et suivants de l’article L110-5, ôte de la loi la notion d’accélération de la  mort comme  « effet indésirable ». La règle du double effet disparait. Implicitement l’effet létal peut être désirable.

-L’introduction d’un « droit à » une fin « digne » et apaisée. Ce nouveau droit constitue donc une obligation pour le médecin. Même s’il juge que son patient est « digne » et apaisé il devra exécuter une sédation profonde et continue. La subjectivité du terme permet, une nouvelle fois, de graves abus

-La création d’un « droit à » la formation aux soins palliatifs pour les étudiants et professionnels  de santé, c’est-à-dire sur demande. Ce deuxième alinéa du premier article a été arraché aux rapporteurs, mais ce qu’attendaient les députés était bien plus qu’un « droit », c’était une obligation de formation.

-Toute mesure artificielle de maintien en vie  peut être arrêtée, si le patient y consent, s’il est atteint d’une affection grave et incurable. Par exemple, un diabétique, nonobstant son excellent pronostic avec traitement, pourrait obtenir une sédation le jour où il arrête son insuline, et ceci au motif que cet arrêt engagerait le pronostic vital à court terme et que ce produit est un moyen artificiel de maintien en vie.

-L’obligation pour le médecin d’associer à la sédation une analgésie, obligation non pondérée par les circonstances. En bref, sa conduite lui est dictée par la loi, non plus par une sage prudence qui  permettrait de conformer ses thérapeutiques à la situation du patient. L’usage conjoint de sédatifs et d’analgésiques est connue pour réduire la marge thérapeutique, accentuer les effets indésirables.

-L’obligation pour le médecin, en cas d’instauration de sédation, d’arrêter l’hydratation artificielle, indépendamment  des circonstances, de son caractère efficace, non toxique, en somme proportionné. En sachant que la déshydratation participera à un surdosage du produit sédatif et analgésique, concourant à la létalité.

-L’obligation, en cas de sédation, d’arrêter tous les autres traitements.

-La sédation, analgésie… peut être mise en place par « un membre de l’équipe médicale », à la demande du patient. Le terme s’entendant en un sens restrictif ou large, il n’est pas exclu qu’un infirmier puisse procéder seul, le médecin étant seulement consulté!

-Cette sédation peut avoir lieu à domicile autant qu’en EHPAD. Cependant :

-le niveau de formation du personnel médical et paramédical,

-le niveau du développement des soins palliatifs et

-l’absence d’infirmier la nuit dans ces lieux,

ne permettent pas d’envisager cette possibilité. Sauf si l’on veut exposer volontairement le patient à des pannes de matériel, des risques de surdosages…

-En cas d’inconscience du patient, le médecin se réfère aux directives anticipées qui deviennent contraignantes, sauf en cas d’urgence vitale et le temps d’une évaluation complète de la situation (Art8).

-Seule, une « DÉCISION COLLEGIALE » (non plus médicale, sur l’appui d’un conseil collégial), doit juger du caractère visiblement INAPROPRIÉ des directives (Art8). C’est une grave modification de la loi, entrainant une dissolution de la RESPONSABILITÉ. En effet, le médecin en charge du malade, prenait jusqu’à maintenant des décisions graves en s’appuyant sur une analyse exhaustive de la situation qui permettait de préciser l’état du patient, d’objectiver le regard et ainsi de proposer une option « sur-mesure ». Il ne s’agissait pas d’un processus démocratique de vote, mais vraiment d’un conseil collégial, en vue d’une meilleure décision du médecin. Le terme « décision collégiale » induit que le la décision est collective. Qui portera la responsabilité et les conséquences du vote ?

-Enfin, en imposant une SEDATION PROFONDE ET CONTINUE, comme unique solution à un quelconque inconfort ou souffrance, sans exiger l’emploi préalable de TOUT l’arsenal thérapeutique, sans exiger la qualité de cet usage, on oblige le médecin à l’emploi de solutions manifestement disproportionnées.

Il n’est pas prévu de CLAUSE DE CONSCIENCE, ni pour les médecins, ni pour les infirmiers, encore moins pour les pharmaciens.

Il s’agit donc bien d’un renversement de la décision médicale.

Lors des débats, un élément important est ressorti à plusieurs reprises : les patients sans capacité relationnelle ne sont pas « tout à fait vivant », l’hydratation et l’alimentation relèvent dans ce cas de l’acharnement thérapeutique… Nous vous laissons deviner quelle « avancée » est promise. Et puis demain ce seront les hémiplégiques, après demain les aphasiques, puis ceux qui présentent le gène BRCA1…

A. J.

Source : objectiondelaconscience.org

 

Il n’est pas dans la mission des soignants de « provoquer délibérément la mort »

 

FIN DE VIE : Appel des soignants pour une clause de conscience

par Convergence Soignants-Soignés, 19/03/2015

Chers confrères,

La proposition de loi « Fin de vie » doit être amendée pour empêcher toute forme d’euthanasie.

En tant que professionnels de santé, nous exprimons nos plus vives inquiétudes sur les dangers contenus dans la proposition de loi Claeys-Leonetti votée par l’Assemblée nationale en première lecture le 17 mars 2015.

La sédation en phase terminale visant à mettre fin à des douleurs réfractaires constitue un acte médical exceptionnel, mais légitime. Cependant, le « droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès », dans certaines des conditions prévues par ce texte, rend possible une euthanasie qui ne veut pas dire son nom, en liant obligatoirement sédation avec décès, alors que la sédation a pour but de soulager et d’apaiser dans un moment difficile. Par nature, elle est réversible, même si elle est susceptible d’accélérer le décès du patient selon le principe du double effet. Pratiquée à la suite de directives anticipées devenues contraignantes, elle deviendrait dans certains cas une réponse obligée à des demandes de suicide assisté.

Nous déclarons solennellement qu’il n’est pas dans la mission des professionnels de santé de « provoquer délibérément la mort » (cf. article 38 du Code de déontologie médicale).

L’interdit de tuer doit rester le fondement de la relation entre soignants et soignés, à la base du contrat de confiance qui nous lie aux personnes malades ou en fin de vie, en particulier les plus vulnérables d’entre elles.

Nous demandons en conséquence :
– Que le Sénat améliore le contenu de cette loi, pour lever ses ambiguïtés et réaffirmer le principe d’interdiction de donner intentionnellement la mort ;
– Qu’à défaut, une clause de conscience explicite pour l’ensemble des professionnels de santé soit votée.

Merci pour votre soutien.

Professeur Olivier Jonquet,
Médecin réanimateur, professeur à la faculté de médecine de Montpellier, et porte-parole de l’association Convergence soignants-soignés.

Docteur François Bertin-Hugault,
Médecin des hôpitaux en service de neuro-cardio-gériatrie, et porte-parole de l’association Convergence soignants-soignés.

Source : convergence-soins.com

 

Les ambiguïtés et les dangers de la proposition de loi Claeys-Leonetti

 

Note Argumentaire

(extrait)

Sur la Proposition de loi (N° 2512) créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie
(Séance publique du 10 mars 2015)

Suite aux conclusions du rapport qu’ils ont remis au Chef de l’Etat le 12 décembre dernier, Jean Leonetti, député UMP, et Alain Claeys, député PS, ont déposé une proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, qui sera examinée en séance publique à l’Assemblée nationale le 10 mars prochain.

Le mouvement Soulager mais pas tuer, qui rassemble des citoyens professionnels et usagers de la santé opposés à toute forme d’euthanasie ou de suicide assisté, tient à souligner les ambiguïtés et les dangers de ce texte, et à faire des propositions pour l’améliorer.Cette proposition de loi est dangereuse, elle contient des zones floues sur plusieurs points essentiels.

1. La sédation profonde et continue jusqu’au décès

a) L’article 3 introduit une grande ambiguïté dans l’utilisation de la sédation. Le but classique de la sédation, telle que préconisée par les recommandations de bonnes pratiques, est jusqu’à aujourd’hui la diminution la perception de la douleur, souvent lors de détresse terminale, lorsque tout autre recours a montré ses limites. Le risque d’abréger la vie est accepté, mais non recherché.
Ces sédations plus légères et réversibles permettent de maintenir une relation (même intermittente) avec le patient, relation qui est aussi thérapeutique, relation qui est précieuse pour les proches et la famille du patient. Elles peuvent être efficaces et suffire au but recherché : soulager. Leur nécessité est soumise à des réévaluations régulières et elles peuvent ainsi être levées ou prolongées.
L’introduction d’une sédation dite « profonde et continue jusqu’au décès » donne un caractère irréversible à la sédation. La mise en place systématique d’une telle sédation enlève des possibilités thérapeutiques pour le patient qui se trouve perdant. En effet, ce traitement ne permet plus l’intervention de professionnels dont l’écoute et l’action fait pleinement parti de la prise en charge palliative (psychologues, kinésithérapeutes, hypnose, etc). Modifier ainsi la loi aboutit à nier l’importance de la parole et de la relation pour le soulagement des patients.

b) La proposition de loi ajoute un élément qui rend plus confus le but poursuivi par la sédation. En effet, les objectifs de cette nouvelle forme de sédation sont « d’éviter toute souffrance » et « de ne pas prolonger inutilement sa vie ». « Eviter toute souffrance », c’est effectivement le but des soins palliatifs, objectif de la sédation utilisée jusqu’à aujourd’hui lors de détresses terminales. Mais « ne pas prolonger inutilement la vie » induit l’idée que l’utilité d’une vie
intervient dans la décision médicale : cette expression rend confuse l’intentionnalité de la sédation, engendrant clairement un risque euthanasique.

c) De plus, l’obligation d’engager la sédation quand le patient demande l’arrêt d’un traitement qui le maintient en vie (prévu dans le cas n°2) ouvre clairement la porte à des dérives. Compte tenu du flou de l’expression « maintien artificiel de la vie », des patients qui ne sont pas en fin de vie pourront provoquer leur mort dans un délai rapide, ce qui introduit une forme de suicide assisté dans notre législation.

Nous demandons :
* d’affirmer la priorité donnée à la notion de sédation réversible, si aucun autre traitement médicamenteux ou non médicamenteux ne s’est avéré efficace.
* d’écrire clairement dans la loi que la sédation est un traitement exceptionnel, qui doit avoir pour but de soulager mais pas de tuer, afin qu’elle ne constitue pas une forme d’euthanasie déguisée.
* d’ouvrir un droit à une objection de conscience pour le personnel médical, face à une demande de sédation qu’il considérerait comme une demande indirecte d’euthanasie ou de suicide assisté. Cela afin de permettre au médecin de soigner sans se trouver dans l’obligation de donner la mort.

2. L’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation

Bien qu’en phase terminale cet arrêt soit parfois nécessaire et souhaitable afin de ne pas effectuer de gestes d’obstination déraisonnable irrespectueux, il est injuste de définir l’alimentation et l’hydratation artificielles exclusivement comme des traitements. Elles sont aussi des soins dus aux personnes qui ne sont pas en toute fin de vie, mais qui peuvent être atteints par une affection grave et incurable. Comme l’a déclaré le CCNE, repris par le Conseil d’Etat dans son arrêt du 24 juin 2014 : « Le seul fait de devoir irréversiblement, et sans espoir d’amélioration, dépendre d’une assistance nutritionnelle pour vivre, ne caractérise pas à soi seul – soulignons, à soi seul – un maintien artificiel de la vie et une obstination déraisonnable ».
Préconiser l’arrêt systématique des traitements en fin de vie n’est en outre pas légitime. Certains traitements, si leur usage n’est pas délétère à l’état du patient, s’ils ne sont pas démesurés, peuvent s’avérer utiles. Leur arrêt peut être sous-tendu par une intentionnalité d’abréger la vie.

Nous demandons :
* de clarifier le but de certains arrêts d’alimentation et d’hydratation, en refusant qu’ils puissent avoir comme objectif de provoquer la mort au prétexte qu’ils constitueraient un maintien artificiel de la vie.
* d’écrire que l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation ne doit être préconisé que si leur apport se trouve délétère pour le patient, mal supporté. En outre, l’arrêt de l’un ne doit pas systématiquement engendrer l’arrêt de l’autre (une hydratation peut être bien supportée, même si l’alimentation ne l’est plus).
* de distinguer dans la loi les cas où le patient est en fin de vie et les cas où il n’est pas en fin de vie.

3. Les directives anticipées

L’article 8 les rend applicables non plus trois ans comme auparavant, mais à vie. Il est bien évidemment essentiel de développer la prise en compte de la demande du patient. Mais une validité permanente entraîne le risque de voir appliquées des directives n’ayant plus aucun lien avec les situations vécues par les patients ; elle nie l’évolution psychique des personnes, la capacité de résilience dont témoignent les soignants et les familles des personnes en fin de vie. Pour l’éviter, il faudrait que chacun pense à réactualiser ses directives.
De plus, les directives contraignantes transforment le médecin en simple prestataire de service, alors qu’elles pourraient contenir des demandes illégitimes ou illégales.

Nous demandons :
* de préciser dans la loi que ces directives ne peuvent pas contenir des dispositions contraires au Code de déontologie médicale.

Source : Soulager mais pas tuer

 

Prof Gilles Freyer : L’anesthésie des consciences

 

Euthanasie, la «bonne mort» qui anesthésie les consciences

par Gilles FREYER, Professeur de cancérologie au CHU de Lyon, 17/02/2013 (extraits)

...Mourir dans la dignité. Comment réfléchir au-delà de cet encombrant poncif ? La dignité serait donc, de façon inacceptable et surtout irrémédiable, altérée par la souffrance physique et psychique, la dégradation du corps, la perte de l’autonomie. Pourtant, chaque jour, le dévouement des équipes formées aux soins palliatifs, l’héroïsme et la solidarité des proches font reculer la souffrance. Dans la mort même, avec ou sans espoir d’éternité, tous retrouvent avec les mourants la dignité de leur condition commune. Il n’est pas sûr que, par l’euthanasie, l’effacement brutal de la mort, devenue obscène pour nos contemporains, préserve cette sérénité si chèrement conquise sur l’injustice. Qui enfin osera parler de la dignité des soignants «convoqués» par la loi, souvent en marge d’une société hédoniste qui les voudrait instruments de son très matérialiste désir d’immortalité ? ... Il faut vingt ans pour former un bon spécialiste de soins palliatifs. Il ne faut que cinq minutes à n’importe qui pour pratiquer une euthanasie. ...

La loi stipulera qu’un praticien pourra refuser de pratiquer une euthanasie ; un autre alors le fera à sa place. Qu’adviendra-t-il donc si tout un service s’y refuse ? Créera-t-on un nouveau corps de soignants spécialistes en euthanasie ? Le propos n’est pas excessif : la création d’unités mobiles, y compris à domicile, a été sérieusement imaginée aux Pays-Bas par l’association Right to Die - Netherlands et des voix commencent à s’élever pour promouvoir l’euthanasie chez des personnes âgées, même éventuellement indemnes de maladies ou tout simplement atteintes d’une démence de type Alzheimer. Après l’eugénisme de triste mémoire, voici l’eubiotie, la vie qui vaut le coup d’être vécue, la vie digne. Mais selon quels critères ?

Une loi n’est pas faite pour traiter des cas particuliers ou exceptionnels. Elle n’a de sens que si son existence procure, au total, davantage de bienfaits que son absence. Consécration de la technoscience médicale au service du libre choix du patient pour les uns, elle devient une dangereuse généralisation de cas extrêmes pour les autres. Les dégâts collatéraux potentiels de ce «progressisme» social sont nombreux : dérive par incompétence du soignant - je ne sais pas soulager la souffrance, donc j’y mets fin -, dérive par conviction personnelle et prosélytisme, en face de malades vulnérables que l’on peut facilement convaincre ; dérive socio-économique, car un mourant qui s’éteint doucement coûte cher et épuise les soignants, accusés de gaspiller les ressources. Bien sûr, la loi garantira la collégialité des décisions et la multiplicité des précautions. Mais aucune collégialité, aucune expertise, aucune procédure administrative, aussi sophistiquée soit-elle, ne préviendra la dérive globale, imperceptible et progressive, d’un système aussi abusivement consensuel. Sans retour en arrière possible pour les victimes de gestes inconsidérés, car la bonne mort (eu-thanasie) sous perfusion anesthésiera aussi les consciences. C’est ainsi qu’une régression sera vécue comme un progrès.

Faut-il, à un prix sociologique et humain aussi élevé, vouloir à tout prix qu’une loi s’insinue à ce point dans les méandres du particulier, de l’intime ? Le choix du personnage des Invasions barbares, le beau plaidoyer de Denys Arcand, n’est-il pas finalement de mourir sans les médecins, mais avec les siens ? L’unanimité du moment porte en elle-même son incongruité démocratique. En vingt ans de pratique cancérologique, je n’ai jamais reçu une seule demande d’euthanasie ferme, réitérée, irrévocable. Mais j’ai passé beaucoup de temps au chevet des mourants, ce qui n’a rien rapporté à mon hôpital, soumis à la «tarification à l’activité». Demain, quelle que soit la loi, nul ne périra simultanément de ma main et par ma volonté. Ne laissons pas l’ignorance faussement civilisatrice gagner le cœur des hommes.

Gilles FREYER Professeur de cancérologie au CHU de Lyon
 

Source : liberation.fr

 

 

Dr Galichon : Se devoir à l’autre

 

RESPONSABILITÉ LIBÉRATRICE OU LIBERTÉ IRRESPONSABLE

par le Docteur Bertrand Galichon, 28/01/2015

Voilà la tension dans laquelle se situe notre société française aujourd’hui. Laissons de coté la liberté d’avoir ou de faire, il ne s’agit que de mirages, réduits à une simple liberté de choix dans un contexte prédéfini. Je choisis là où on me dit de choisir. Notre seule source fondamentale, spirituelle est notre liberté d’être. Cette liberté ontologique fonde notre humanité, notre dignité. Relisons la Genèse !

Liberté

La liberté de faire sans la liberté d’être est une illusion, une perte d’humanité surtout dans une société libérale qui n’entend que notre utilité consommatrice. « Etre libre » ne se limite pas à un choix mais se dit dans une résolution inaliénable, vitale et responsable. Et comme il ne peut y avoir de responsabilité sans liberté, il ne peut y avoir de liberté sans responsabilité. Je ne pense pas comme certains auteurs qu’il faille en faire des synonymes. Nous devons au contraire rester dans cette tension qui dit tout notre humanité. Où plaçons-nous le curseur pour faire en sorte que notre liberté commence avec celle de l’autre. « Je me dois à toi », Levinas avait fondamentalement raison. Nous aurions tendance à l’enterrer une deuxième fois !

Responsabilité

Les événements terroristes de ce mois de janvier et la troisième révision de la loi Léonetti nous invitent à reconsidérer notre responsabilité, notre liberté et par là même notre dignité. Est-ce que je me dois à l’exclus ? Est-ce que je me dois au plus faible en fin de vie ? La signification essentielle de nos vies est dans la réponse que nous apportons à ces interrogations avec un grand risque de déni d’humanité.

La question est donc aujourd’hui : sommes-nous capables d’une raison honnête en mesure de répondre à la charge émotionnelle manifestée par la France à telle ou telle occasion? Avec ces attentats, notre indifférence ontologique que nous voulons masquer sous couvert d’égalité libérale ou libertaire nous pète aujourd’hui à la gueule. Et nous sommes loin d’une réponse ajustée. Retournez la dernière « une » de Charlie Hebdo et vous verrez que « c’est pas gagné »… De la même manière ne voulant pas voir en face l’humanité de la fin de la vie, allons-nous la nier par l’euthanasie ou de façon plus soft, plus silencieuse par la sédation continue terminale ? Ne vous inquiétez pas nous allons doucement glisser de la sédation en phase terminale à la sédation terminale. Vous n’allez rien sentir !

Laïcité

La laïcité n’est pas là pour nier, pour étouffer la dimension spirituelle de l’Homme dans une sphère privée réduite au silence. Elle doit s’engager pour que cette spiritualité puisse se dire en toute liberté et responsabilité. Ma liberté est d’être moi-même pour l’autre. Que puis-je apporter à l’autre si je suis cet autre ? Que puis-je lui apporter si je me fonds avec lui dans une émotion « correctement sociétale et cathodique». Ainsi, je ne suis pas Charlie mais avec. Et ce d’autant plus que j’ai pu accueillir aux urgences des blessés de cet attentat et toucher du doigt qu’entre eux et nous soignants un indicible nous séparait. Ils arrivaient d’un ailleurs qui fait que je ne pouvais qu’être respectueusement avec. Je soutiens d’autant plus Charlie Hebdo que je ne suis pas Charlie. Je considère qu’entre humour et satire il y a une intention séparant ces deux mots comme un curseur. Nous ne pouvons pas même dans un souci d’égalité libertaire gommer cette différence. Les dessins de Charlie Hebdo sont-ils la pointe de l’expression d’une  laïcité libérée?

Il ne faut pas que nous fassions de la laïcité une valeur d’égalité mais au contraire et avant tout une valeur de liberté. Nous avons trop tendance à vouloir être égalitaires et ne voir qu’une seule tête bien normée. L’équité n’est pas le fort de cette laïcité à la française ajustée au plus petit dénominateur commun ! Faisons donc de l’écologie en préservant notre humaine diversité ! Cultivons plus encore la subtile intelligence qui doit faire dialoguer liberté, égalité et fraternité !

Spiritualité

La spiritualité est le cœur vivant de tout homme, la source de cette intelligence nécessaire. Ce souffle vital en est la marque exclusive. Elle exprime toute notre dignité. Il est soulageant, émondant d’en rire. Mais, il est méchant d’en faire la satire. Faisons attention, nous ne pouvons plus nous payer le luxe de glisser d’un mot sur l’autre et de masquer ainsi nos intentions premières. Préservons cet essentiel qui fait sens.

Dr. Bertrand Galichon, Président du CCMF

Source : fiamc.org

 

Claire Pellissier : la richesse des derniers instants d’une vie

 

Euthanasie: témoignage d'une psychologue sur la fin de vie

par Claire Pellissier, 21/01/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE - La fin de vie est aussi une période de développement personnel accéléré et de renforcement des liens constate la psychologue Claire Pellissier. Elle alerte donc sur le risque d'escamotage de cette partie de l'existence.


Claire Pellissier  est psychologue clinicienne, présidente de l'Association pour la Protection des Soins Palliatifs contre l'Euthanasie et porte-parole du collectif «Soulager mais pas tuer ».


Le mercredi 21 janvier, nos députés se réunissent dans le cadre d'un débat déterminant pour l'avenir de la loi sur la «fin de vin». Seront discutées les récentes propositions du rapport Claeys-Leonetti, remis en décembre 2014 au Président de la République. La question d'une généralisation de l'usage de la sédation sera abordée. Il est probable que le sujet d'une légalisation claire de l'euthanasie et/ou du suicide assisté soit également discuté.

Mon activité de psychologue en soins palliatifs me confère une mission d'écoute et d'accompagnement des patients et de leurs familles. Dans ce cadre j'ai découvert, avec une certaine surprise, que la période de fin de vie, qu'elle soit longue ou courte, n'est jamais uniforme. Elle est un chemin, un processus que l'on ne peut prévoir. Je me souviens de l'entrée d'une femme en unité de soins palliatifs. Son fils, attentif à la situation de sa mère, disait aux soignants: «je vous préviens, elle ne va pas supporter la perte d'autonomie, la perte de la marche, la douleur, elle a toujours eu peur d'avoir mal.» Il demandait une sédation rapide, insistant pour que «les choses ne durent pas». Sa maladie évoluant, cette femme a effectivement souffert, en rencontrant les premières pertes décrites par son fils. Mais peu à peu, grâce notamment au travail d'écoute et d'accompagnement renforcé de l'équipe soignante, cette personne s'est révélée, elle a pu exprimer ses fortes angoisses liées à la dépendance physique, leur donner du sens, s'en trouvant ainsi apaisée, réconfortée. Sa personnalité s'est épanouie en peu de temps, soignants et proches en ont été les témoins. «Je ne l'ai jamais vu aussi vivante» nous disait son fils, quelques jours avant sa mort.

Cet exemple est représentatif d'une réalité trop souvent passée sous silence. Oui, la fin de vie est une période difficile, souvent traumatisante pour le malade, ses proches et pour les soignants. Mon expérience de psychologue me montre que les derniers instants sont aussi une «belle période», un temps de développement personnel accéléré, intense, permettant souvent une maturation personnelle et un renforcement des liens familiaux. Encore faut-il qu'un accompagnement bienveillant et professionnel soit proposé, ce qui milite en faveur d'un développement massif des soins palliatifs dans notre pays. Encore faut-il qu'on laisse le temps au temps, qu'on laisse aux personnes une chance de vraiment vivre jusqu'au bout.

Beaucoup de soignants, dont je fais partie, s'inquiètent en entendant que le rapport Claeys-Leonetti souhaite faire de la sédation une pratique de routine, administrable au patient, à sa propre demande. On passerait ainsi d'une solution de dernier recours, administrée après décision collégiale, comme le prévoient les textes actuels, à une pratique comme une autre, soit disant destinée à soulager des angoisses, inévitables en fin de vie. Proposer à une personne vulnérable, vivant ce temps d'épreuve, un sommeil rapide revient à lui indiquer une «ornière» dans laquelle elle risque fort de s'engouffrer, acceptant un soulagement immédiat. Il s'agit d'une «paresse professionnelle», comme l'exprimait un médecin en soins palliatifs, voire d'une attitude d'abandon médical et humain. Plus grave, il me semble en temps que psychologue que «faire taire» des gens fragiles en généralisant la sédation, nous fait courir le risque de les priver de la chance de vivre jusqu'au bout, d'escamoter cette période si précieuse dans la vie de l'Homme.

Concernant la question de la légalisation, sous une forme ou sous une autre, de l'euthanasie et du «suicide assisté», je partage l'avis de la majorité de mes collègues soignants qui chaque jour prennent soin des patients concernés par ces propositions. Comme eux, j'ai constaté au cours de mes années de pratique que l'immense majorité des patients ayant initialement demandé «à ce que cela ne dure pas trop longtemps», voire ayant demandé à mourir, revenait sur leur décision lorsqu'ils bénéficiaient d'un accompagnement bienveillant et de qualité.

Au lieu de banaliser la sédation, au lieu de tomber dans le piège de la légalisation de l'euthanasie et du «suicide assisté», développons de façon volontariste les soins palliatifs et la formation aux traitements contre la douleur. Qu'aucun de nos concitoyens ne meurt abandonné, dans l'angoisse. Que chacun puisse bénéficier d'un accompagnement attentif. C'est ainsi que notre République montrera qu'elle honore vraiment le troisième mot de sa devise, que la fraternité est toujours bien vivante dans notre pays.

Source : lefigaro.fr

 

Dr Jean Fontant : Refuser l'euthanasie par sédation profonde

 

Refuser le raccourci mensonger d’une euthanasie par sédation profonde

par Jean Fontant, Interne, président de l’association Soigner dans la dignité, 09/12/2014

Nous sommes plus de 500 étudiants en médecine de toute la France, regroupés au sein de l’association Soigner dans la dignité pour encourager la réflexion et la formation sur la fin de vie.

Nous voulons lutter contre les peurs entourant la fin de vie, la défiance entretenue par certains contre le corps médical, et contre un préjugé destructeur : non, on ne meurt pas en France dans d’atroces souffrances, les solutions existent mais manquent de moyens et de visibilité.

Les lois sur la fin de vie ne sont pas assez connues et appliquées. Ce constat unanime motive certains pour demander un nouveau texte. Nous refusons cette démarche. Le cadre actuel de 2005, reconnu et estimé à l’étranger, ouvre une troisième voie raisonnable entre acharnement thérapeutique et euthanasie. La priorité est de faire connaitre cette loi, et non d’en écrire une nouvelle.

Alors que le rapport que vont rendre prochainement Jean Leonetti et Alain Claeys à l’Assemblée Nationale devrait proposer des changements importants dans ce domaine, il nous semble important de revenir sur le cas de la sédation en phase terminale d’une maladie.

Ce procédé consiste à faire baisser la vigilance du malade de manière réversible dans les  situations extrêmes de souffrances liées à une angoisse forte, de détresse respiratoire ou de très rares douleurs réfractaires au traitement antalgique. Ce protocole n’intervient qu’en dernier recours, il concerne une très faible proportion des personnes accompagnées en soins palliatifs. En effet, les médicaments utilisés sont néfastes pour l’organisme, et peuvent abréger la vie du patient par ailleurs.

La loi encadre l’utilisation de tels produits. S’applique alors le principe du double effet : un tel acte médical n’est possible que si l’intention et la volonté du médecin sont d’apaiser les souffrances de la personne, et non d’abréger sa vie. Le critère d’intentionnalité introduit ici ne se réduit pas à un concept moral, au contraire. L’intention qui préside à la mise en place d’un traitement régi par le double effet est visible dans les doses mises en place. Les médecins recherchent en effet la plus faible dose efficace, pour minimiser les effets secondaires du produit.

Nous sommes alertés par certains propos tenus actuellement à propos de la sédation. On nous parle notamment d’un « droit à la sédation profonde et terminale », évacuant le principe du double effet. On autoriserait alors très clairement le médecin à donner la mort à son patient, en conscience. Il pourrait ainsi utiliser un sédatif à forte dose, sans que la loi ne prenne en compte son intention. Nous refusons le raccourci mensonger et malheureux d’une euthanasie par sédation profonde, hypocritement déguisée sous ce nom de sédation terminale. Cette mesure n’est pas un ajustement. Elle franchit une limite dangereuse : nous entrons dans la  logique euthanasique.

Nous payons aujourd’hui le lourd tribu du manque critique de praticiens formés et disposant des moyens nécessaires à accompagner le mourant dans le respect de sa dignité d’homme. Nous, soignants de la France de demain, voulons être une force de proposition au service d’une médecine à visage humain. Nous constatons l’urgence d’informer nos concitoyens sur la loi. Nous désirons être formés à l’accompagnement et refusons  toute mesure qui donne au médecin le pouvoir de mettre fin à la vie de son patient. Notre vocation de médecins reçue d’Hippocrate est de « guérir parfois, soulager souvent, réconforter toujours ». Nous sommes au service de nos patients, nous ne voulons pas d’une médecine qui distille la vie ou la mort à volonté.

Source : Soigner dans la dignité

 

Dr Bertrand Galichon : Dignité essentielle

 

DIGNITÉ: L´ESSENTIEL TRONQUÉ

par Bertrand Galichon, 09/12/2014

Pourquoi vous resservir la question de la dignité au risque de vous en lasser ?

Première raison : l’actualité nationale.

Le rapport de la « Commission Léonetti – Claeys » qui va proposer de nouvelles réflexions pour orienter la troisième révision de la loi d’avril 2005. Inévitablement la dignité va se trouver au centre des débats, tiraillée dans un sens ou dans un autre ou un troisième.

Deuxième raison : l’actualité associative.

Le hasard fait bien les choses à quelques jours de la publication de ce rapport, en plusieurs endroits  des hommes et des femmes, chrétiens pour la plupart, se sont interrogés sur notre fin de vie. Le groupe « Questions de médecine » aux Bernardins a consacré sa troisième soirée du trimestre au « mourant parfait », après avoir envisagé le bébé parfait et le malade parfait. La dignité était au centre des réflexions. Jacques Ricot, par son regard philosophique, a permis de définir les contours de notre débat en décrivant ceux de la dignité. Ce week-end, l’association « Confrontations », a consacré deux journées sur les relations humaines en fin de vie. Là aussi nous avons tourné autour de cet essentiel tronqué.

Pourquoi tronqué ? Car il reste un « OND », un objet non défini. J’emploie aussi ce mot tronqué pour vous renvoyer au très bon livre écrit par Louis Puybasset et Marine Lamoureux « Ethique, le débat tronqué ».

« Tronqué » car l’objet du débat est insaisissable. Ainsi ce haut dignitaire reçoit des mains de la société les marques de sa dignité car il a su se montrer digne de la mission confiée. Mais s’il devait un jour en devenir indigne, je l’affirme avec dignité et assurance : il n’en perdra pas pour autant sa dignité. Ainsi, l’indigne dignitaire garde sa dignité.

Vous avez parfaitement reconnu les différents déplacements infligés au mot dignité sans pouvoir pour autant le définir. Voici cette pointe insaisissable qui donne toute sa gravité à notre humanité et nous  sommes  incapables de la définir, chacun voyant midi à sa porte. Dans une soif d’instrumentalisation, nous la réduisons à des concepts opérationnels obligatoirement simplistes. Ainsi, notre dignité s’en trouve amputée, vidée de son sens. Elle ne peut plus dire sa complexité, ni son mystère si essentiel pour notre liberté.

Jean-Guilhem Xerri, dans son dernier livre « A quoi sert un chrétien » (Editions du Cerf) nous dit à juste titre que l’homme moderne est confronté à une « crise d’intériorité » (p. 234). Mais j’irai plus loin, il traverse une « crise de dignité ». L’homme moderne est convaincu que sa dignité fonde son humanité, et inversement. Il ne peut plus ou ne veut plus en nommer la source… Le voilà tournant en rond sur lui-même. Aussi l’homme moderne se trompe de combat en voulant reconnaître sa dignité dans plus de performances brillantes au risque d’éliminer le plus faible. Il se doit au contraire d’approcher sa dignité en explorant plus avant son humanité. Mais cela suffit-il, comme nous le rappelle Rémi Brague?

Troisième raison : l’actualité liturgique.

À défaut de pouvoir préciser notre dignité, cherchons en la source qui la rend inaltérable, inconditionnelle. Quel est le pourquoi de cette dignité ontologique ? Clin d’œil du Ciel, ce débat sur la dignité s’invite en plein temps de l’Avent. Cette fête de Noël nous dit certes l’Emmanuel. Mais aussi, elle nous invite à méditer le mystère de l’Incarnation. Dieu se fait homme, pas par coquetterie ou soif d’aventures, mais pour nous dire que l’homme porte en lui une part de divin. Le Christ, chemin de vie, est pour nous humains chemin de divinité. Notre unité est le fruit de notre humanité et de notre divinité. Notre dignité ontologique est justifiée par cette unité unique, irremplaçable. Notre divinité justifie notre dignité. Notre humanité n’en est que l’expression tronquée, inachevée. Médecins chrétiens (du CCMF ou non !), nous devons rester vigilants et toujours considérer que le souffle spirituel est essentiel à la vie.

Louis Puybasset et Marine Lamoureux, Ethique le débat tronqué, Calmann Levy,Paris 2012.

Jean-Guilhem Xerri, A quoi sert un chrétien, les Editions du Cerf, Paris 2014.

Source : fiamc.org

 

Le médecin : "Soigner toujours, guérir souvent, tuer jamais"

 

La vie et non la mort: pourquoi l'euthanasie et le suicide assisté doivent être interdits



par Coalition des médecins pour la justice sociale, 21/11/2014

Le 6 novembre 2014, un souper avec conférence éducative intitulée "La vie est belle" a été parrainé par la Coalition des médecins pour la justice sociale. Plusieurs orateurs de renommée internationale ont décrit les dangers et les abus de l'euthanasie pour les personnes parvenue en  fin de vie.

Dr Balfour Mount, fondateur des soins palliatifs en Amérique du Nord, et un chirurgien oncologue McGill a survécu à deux cancers potentiellement mortels (testiculaire et de l'oesophage) avec un pronostic du plus récent de moins de 5%. Il a contesté la terminologie ambiguë utilisée par les promoteurs de l'euthanasie qui empruntent le terme «aide médicale à mourir» comme une «distorsion lâche de la langue sans jamais mentionner l'euthanasie. L'objectif des soins palliatifs est la vie et non la mort, comme dans le cas de l'euthanasie et du suicide assisté.»

Dre Margaret Somerville qui est professeure et directrice fondatrice du Centre de médecine, d'éthique et de droit à l'Université McGill, a décrit l'euthanasie comme la violation d'une tradition de 2500 ans par lequel les médecins ne tuent pas leurs patients et un "changement radical dans les valeurs fondamentales de la société .» Elle a souligné que : «  l'euthanasie n'est pas un traitement médical. »  Selon le Dr Somerville, «les deux institutions qui portent la valeur du respect de la vie sont le droit et la médecine. La loi dit que vous ne devez pas tuer. La médecine dit nous nous soignons toujours, nous guérissons souvent, mais nous ne tuons jamais ».

Danielle Robert a décrit comment la paralysie de son père (un pilote) causé par un accident d'hélicoptère, l'a motivée à devenir une musicothérapeute. " Nous n'avons pas demandé quand la vie serait belle à nouveau, mais nous avons dit comment pouvons-nous rendre la vie belle maintenant, "

Dre Sylvia Baribeau, un médecin de famille a décrit la guérison des relations rompues qui seraient court-circuitées par l'euthanasie.

Dr Ron Olivenstein, directeur médical de l'Institut thoracique de Montréal affirmait que ceux avec des troubles neurodégénératifs cherchaient rarement cette option si ils sont bien soignés.

Le psychologue clinicien Pierre Faubert a décrit l'importance de vivre jusqu'à la fin avec l'amour et que le véritable amour ne terminait pas une vie.

Nathalie Massé  qui prenait soin de sa mère décédée en Janvier 2014 d'un cancer terminal, a décrit comment cette expérience les a rapprochées avec un amour intense.

Le 5 juin 2014, le Québec a adopté la loi sur «l'aide médicale à mourir»". La partie de la loi sur l'euthanasie ressemble à la loi belge. Au départ l'euthanasie (qui est l'injection d'une substance létale pour mettre fin prématurément à la vie d'une personne) devait être pratiquée sur les adultes avec une maladie en phase terminale. Présentement, elle a été étendue aux personnes dépressives et fatiguées de la vie. Depuis le 13 février 2014, la Belgique a autorisé l'euthanasie chez les enfants. De la même façon, en septembre 2013, au Québec la Commission des droits de la personne et de la jeunesse a recommandé d'étendre l'euthanasie pour certains enfants. À ce moment précis, il faut rappeler que l'euthanasie (1) n'est pas un traitement médical, (2) ne fait pas partie des soins palliatifs, (3) est contraire au code de l'éthique du Québec, (4)  est contraire aux normes et conventions internationales de santé, y compris pour l'Association médicale mondiale, (5) est dangereuse comme forme de pratique médicale à cause des erreurs de diagnostic jusqu'à 20% et des erreurs de pronostic jusqu'à 50% et (6) ne peut pas suivre de balises sécuritaires. Par exemple en Belgique, 32% des personnes euthanasiées subissent cette procédure sans le consentement  du patient ou de sa famille. Pour ces raisons, les soins palliatifs doivent être adoptés pour les soins en fin de vie. L'euthanasie et le suicide assisté doivent être interdits.

Pour plus d'informations:

Organisation:
Coalition des médecins pour la justice sociale
Adresse:
1212, rue Panet
Montréal, Québec
Canada, H2L 2Y7
coalitionmd.org

Source : guidesanteenligne.com

 

Dr Bernard-Marie Dupont : Je suis opposé à l’euthanasie pour des raisons médicales

 

Interview Doubs : «Je suis opposé à l’euthanasie pour des raisons médicales, philosophiques et juridiques»

par José GONZALVEZ, 24/10/2014
Montbéliard. Eminent spécialiste de la question de la fin de vie, le Dr Bernard-Marie Dupont était invité par le comité d’éthique de la maison Blanche, à Beaucourt, à donner une conférence devant les personnels soignants de l’Aire urbaine.

L’Est Républicain : Un sondage BVA nous apprend que neuf Français sur dix se disent favorables à l’euthanasie. Qu’en pensez-vous ?

Dr Bernard-Marie Dupont : D’abord, je me méfie des sondages. Ainsi, un autre sondage réalisé la semaine dernière par trois organes de presse sur les progrès de la médecine a produit des résultats qui laissent perplexes. Un sondé sur deux dit en substance que les progrès de la médecine doivent servir à lutter contre la mort ! Donc, d’un côté, les gens sont favorables à l’euthanasie et, de l’autre, ils disent qu’il faut lutter contre la mort. Vous voyez que cette question de fin de vie est quelque chose d’extrêmement confus, le vocabulaire employé est lui-même complexe, puisqu’on parle tantôt d’euthanasie, tantôt d’arrêt des soins, de sédation, de soins palliatifs et j’en passe. Pour revenir aux sondages, tout dépend de la manière dont la question est posée.

Vous êtes vous-même catégoriquement opposé à la légalisation de l’euthanasie. Pourquoi ?

Je suis opposé à l’euthanasie pour des raisons médicales, philosophiques et juridiques. Pas du tout pour des motifs religieux et encore moins idéologiques. Je n’ai rien à voir avec ceux qui manifestent contre l’avortement par exemple. En réalité, l’euthanasie est une question extrêmement complexe et terrible.

L’affaire Vincent Lambert, d’un côté, et le procès du Dr Nicolas Bonnemaison, de l’autre, donnent une image brouillée de la problématique de la fin de vie en France. Où en sommes-nous clairement aujourd’hui ?

Justement, ce n’est pas clair du tout ! C’est le gros brouillard au contraire. Mais je dirais qu’il s’agit de deux affaires différentes. Le Dr Bonnemaison a agi sans en parler ni aux patients, ni au personnel de son service, ni aux familles. Il a mis fin à la vie de sept patients sans avoir recueilli leur consentement. D’un point de vue juridique, c’est un crime et je comprends l’avocat général qui fait appel du verdict d’acquittement, car il ne peut pas faire autrement.

L’affaire Lambert est extrêmement complexe médicalement. S’ajoutent des problèmes familiaux terribles. Mais cela dit, si Vincent Lambert est en vie, c’est le résultat des progrès de la médecine. La question ne se serait pas posée il y a cinquante ans. Il n’y aurait pas eu d’affaire Lambert. C’est important de considérer le fait qu’on va avoir de plus en plus de gens dans cette situation. La question posée est donc celle de la notion de progrès de la médecine et celle aussi de l’attitude de la société face à ces gens-là. Est-elle en état de les accepter, ces gens qui sont jeunes, en bonne santé, mais qui coûtent cher ? Ça va faire exploser les références ! Mais une chose est sûre : ce n’est là que le résultat des progrès de la médecine !

Et vous êtes convaincu que la société n’est pas prête à les accepter ?

Je pense qu’on a fait le choix, pour des raisons économiques, d’éliminer ceux qui coûtent plus cher qu’ils ne rapportent. On a inventé le 4e âge, c’est quelque chose d’effarant, de jamais vu. Aujourd’hui, l’espérance de vie est de 86 ans pour une femme. Une femme sur deux qui naît aujourd’hui a toutes les chances de devenir centenaire ! Mais forcément, on va découvrir des pathologies liées au grand âge et créant de la dépendance. Or personne ne maîtrise le financement de tout ça. Ce qui fait que les enfants auront la responsabilité de deux générations : leurs parents et leurs grands-parents. On a calculé le coût pour la société de chaque année de vie gagnée : il est de 211.000 €. Qui va payer ? Donc, pour des raisons évidentes d’économie de santé, on pratiquerait massivement si l’euthanasie était légalisée ! On voit bien l’exemple de la Belgique : la loi autorise l’euthanasie et elle était censée tout verrouiller. Or, au vu des questionnements qui agitent la société belge, on est en droit de s’interroger si l’euthanasie ne va pas être le moyen de vider les prisons de tous les délinquants sexuels ?

La loi Leonetti est-elle suffisante ? Peut-elle et doit-elle évoluer ? Si oui, dans quel sens à votre avis ?

J’ai dit, et cela en présence de Jean Leonetti, que cette loi était mal écrite. Si j’étais député, je demanderais son abrogation, car on peut en faire deux lectures contradictoires. Cette loi est confuse, écrite dans la précipitation, surtout destinée à protéger le corps médical. Personnellement, je ne vois que cette évolution-là : l’abrogation.

A partir de quel stade peut-on parler d’acharnement thérapeutique ?

J’ai lu récemment que 100 % des Français sont contre l’acharnement thérapeutique. Mais, qu’est-ce que l’acharnement thérapeutique ? Une forme de prise en charge qui irait au-delà de l’intérêt du patient ? Mais qu’est-ce que l’intérêt du patient ? Dans le cas de Vincent Lambert, par exemple, c’est quoi l’acharnement thérapeutique ? C’est une question difficile.

Quel est le plus important pour la médecine : le maintien en vie ou le bien-être du patient ?

Pour moi, c’est d’abord la vérité du patient qui est la plus intéressante. Son avis évolue d’un jour sur l’autre, mais il doit être la vérité première, l’Alpha et l’Omega. Il a besoin d’être éclairé. Alors bien évidemment, le bien-être du patient prime. Il faut toutefois accepter l’idée qu’en médecine, on a créé des monstres, qui posent des questions sans réponses.

Propos recueillis par José GONZALVEZ

Source estrepublicain.fr

 

Que se cache-t-il sous les lois ?

 

Loi et vie privée : un mariage récent

par Bernard Pradines, médecin gérontologue formateur, 22/12/2013

La caractéristique commune de nombreuses lois nouvelles est de se préoccuper de notre vie privée : IVG, contraception, violences familiales faites aux vieux, aux femmes et aux enfants, mariage pour tous, euthanasie, suicide assisté, relations sexuelles tarifées, etc.

Il s'agit d'un phénomène relativement nouveau qui tend à régir notre vie quotidienne. Il convient donc d'essayer de comprendre si, sous des aspects de protection et de respect de la volonté des personnes, ne se cachent pas des motivations moins honorables telles que des soucis d'économie envers les plus vulnérables d'entre nous.

C'est donc à une mise en garde qu'il me semble urgent de procéder dans le domaine de l'euthanasie et du suicide assisté, tant l'humeur actuelle me semble dangereuse. Pour résumer : "si vous vous sentez inutile, coûteux, à charge, de trop, vous pourrez vous effacer vous-même. On vous y aidera si nécessaire."

Discours terrible quand on a entendu plus de mille personnes venues finir leur vie en soins de longue durée. Discours appuyé par exemple par des films qui oublient la dimension de l'accompagnement au profit d'un individu condamné à gérer sa mort.

A mon sens, certains cas exceptionnels, très délicats, ne justifient pas une modification de la loi qui sera toujours incapable de régler ces situations. Par contre, nous savons à quel point une autorisation peut être perçue comme une approbation voire un encouragement.

Source : free.geriatrics.overblog.com

 

Theo Boer, Pays-Bas : Après 12 ans d'expérience...

 

“Avec le recul”, l’universitaire néerlandais Theo Boer revient sur son soutien à l’euthanasie légale

Pr Theo Boer, traduction de Jeanne Smits, 17/07/2014


En 2001, les Pays-Bas sont devenus le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie, en même temps

que le suicide assisté. Plusieurs garde-fous ont été mis en place afin de définir qui pourrait en bénéficier, les médecins respectant ces garde-fous ne feraient pas l’objet de poursuites. Parce que chaque cas est unique, cinq commissions régionales de contrôle ont été mis en place afin d’évaluer chaque cas et pour déterminer s’il s’était déroulé dans le respect de la loi. Pendant les cinq ans qui ont suivi la promulgation de la loi, ces morts provoquées par les médecins sont restées à un niveau stable – leur nombre a même chuté certaines années. En 2007 j’écrivais qu’il n’y a « pas nécessairement une pente glissante en matière d’euthanasie. Une bonne loi d’euthanasie, combinée avec la procédure de contrôle de l’euthanasie, fournit la garantie d’un nombre stable et relativement peu important d’euthanasies. » La plupart de mes collègues arrivèrent à la même conclusion.

Mais nous avions tort, terriblement tort même. Avec le recul, la stabilisation des nombres n’a constitué qu’une pause temporaire. Au début de 2008, le nombre de ces morts affiche une croissance de 15 % par an, année après année. Le rapport annuel des commissions pour 2012 répertorie 4.188 cas cette année-là (à comparer avec les 1.882 cas en 2002). La tendance s’est maintenue en 2013 et j’estime que la barre des 6.000 sera franchie cette année ou l’année prochaine. L’euthanasie est en voie de devenir une manière de mourir « par défaut » pour les malades du cancer.

Outre cette escalade, d’autres évolutions ont eu lieu. Sous le nom « clinique de fin de vie », l’association néerlandaise pour le droit de mourir (NVVE) a fondé un réseau de médecins euthanasieurs itinérants. Alors que la loi présuppose (mais n’exige pas) une relation durable entre médecin et patient, où la mort peut constituer la fin d’une période de soins et d’interaction, les médecins de la clinique de fin de vie n’ont que deux options : administrer des drogues létales ou renvoyer le patient. En moyenne, ces médecins voient le patient trois fois avant de leur administrer les drogues qui vont mettre fin à leur vie. La clinique de fin de vie s’est occupée de centaines de cas. La NVVE ne fait pas montre de vouloir se satisfaire de cette situation. Elle ne connaîtra pas le repos avant qu’une pilule létale soit rendue accessible à toute personne de plus de 70 ans qui souhaite mourir. Certaines pentes sont réellement glissantes.

D’autres évolutions concernent un glissement dans le type de patient qui reçoit ce type de traitement. Alors qu’aux premières années après 2002 on ne trouve guère de personnes ayant des affections psychiatriques ou souffrant de démence dans les rapports, leur nombre est aujourd’hui en très forte augmentation. On a répertorié des cas où une grande partie de la souffrance de ceux qui ont été euthanasiés ou qui ont reçu une assistance au suicide résidait dans le fait d’être vieux, seuls ou venant de perdre un proche. Certains de ces patients auraient pu vivre pendant des décennies.

Alors que la loi voit l’euthanasie ou le suicide assisté comme l’exception, l’opinion publique en vient – autre glissement – à les considérer comme des droits, avec un devoir correspondant obligeant le médecin à agir. Une loi en cours d’adoption oblige les médecins qui refusent d’administrer l’euthanasie à renvoyer leurs patients vers un collègue « volontaire ». La pression exercée sur les médecins pour qu’ils se conforment à la volonté des patients (ou dans certains cas à celle de leur famille) peut être intense. La pression exercée par les proches parents, conjointe au souci du patient quant au bien-être de ceux qu’il aime, joue dans certains cas un rôle important dans la demande d’euthanasie. Les commissions de contrôle elles-mêmes, malgré leur travail important et consciencieux, n’ont pas pu mettre une halte à ces évolutions.

J’étais autrefois favorable à la législation. Mais aujourd’hui, avec douze ans d’expérience, mon point de vue est autre. A tout le moins, qu’on attende une analyse honnête et intellectuellement satisfaisante des raisons qui ont provoque l’augmentation explosive des statistiques. Est-ce parce que la loi devrait avoir de meilleurs garde-fous ? Ou est-ce parce que la simple existence d’une telle loi est une invitation à considérer le suicide assisté et l’euthanasie comme une normalité plutôt qu’une solution de dernier recours ? Avant que ces questions aient reçu une réponse, n’y allez pas. Une fois le génie sorti de sa bouteille, il y a peu de chance qu’il y retourne jamais.

Theo Boer est professeur d’éthique à l’Université théologique protestante de Groningue. Il a fait partie pendant neuf ans d’une commission régionale de contrôle. Au nom du gouvernement néerlandais, cinq commissions de ce type déterminent si une euthanasie a été réalisée conformément à la loi. Les opinions qu’il exprime ici sont les siennes en tant qu’éthicien professionnel, et non pas celle d’une quelconque institution.

Lien vers l’article original sur le blog d’Alex Schadenberg : ici. 

Source : leblogdejeannesmits.blogspot.fr

 

Prof Steven Laureys : Une fois sur trois, un patient considéré comme « végétatif » est, en réalité, conscient

 

Sonder la conscience après un coma

par Steven Laureys, neurologue, 01/01/2007

À la suite d'une grave lésion cérébrale, l'un récupère la parole après dix-neuf ans d'interruption, l'autre semble inconsciente et pourtant ne l'est pas totalement ! Révélés en 2006, ces deux cas exceptionnels ont pu être évalués grâce à l'imagerie médicale.

EN DEUX MOTS Après un coma, certains patients retrouvent toutes leurs facultés mentales en quelques jours, d'autres sont en état de mort cérébrale si bien qu'on n'essaie plus de maintenir artificiellement leur respiration. Entre ces deux extrêmes, toute la difficulté consiste à déterminer le niveau de conscience du patient et à estimer ses chances de récupération. Deux études en neuro-imagerie publiées en 2006 viennent bouleverser les convictions. L'idée que l'on puisse développer des marqueurs de conscience pour améliorer le diagnostic fait son chemin.

Une jeune Anglaise, a priori privée de toute perception consciente, s'imagine jouer au tennis, un Américain de 39 ans recouvre l'usage de la parole après dix-neuf ans de prostration. En 2006, à quelques mois d'intervalle, ces deux cas ont défrayé la chronique. À juste titre : ils conduisent à revoir certains dogmes sur le niveau de conscience conservé par les patients atteints d'une lésion cérébrale après un accident traumatique.

Lorsqu'un patient sort d'un coma, deux questions cruciales se posent : est-il encore conscient ? Peut-il récupérer, rapidement, dans quelques mois, ou... jamais ? Aujourd'hui, force est de reconnaître que le diagnostic et le pronostic d'évolution restent très difficiles à établir. Dans le meilleur des cas, le patient se rétablit sans séquelles après quelques jours. Mais il peut aussi tomber dans un état dit végétatif. Les yeux ouverts, le sujet semble totalement privé de conscience : il ne réagit pas à son environnement. Seuls des mouvements désordonnés ou réflexes l'agitent de temps en temps. Si l'état végétatif dure moins d'un mois, il se termine souvent par une guérison. Mais certains patients survivent dans cette condition tragique pendant de longues années, sans jamais récupérer le moindre signe de conscience. Parfois, ils évoluent vers un état légèrement meilleur, dit de conscience minimale. Ils réagissent alors de temps en temps à leur environnement avec un sourire, des pleurs, une poursuite visuelle, mais ils demeurent incapables de communiquer au-delà de ces quelques signes.

À lui seul, l'état végétatif pose des problèmes importants. D'abord, il est difficile à diagnostiquer : une fois sur trois le patient considéré comme « végétatif » est, en réalité, conscient. Ensuite, les médecins doivent attendre avant de pouvoir dire avec une certitude statistique qu'il n'y a plus aucun espoir de récupération. Si les causes du coma sont anoxiques - c'est-à-dire que le cerveau a cessé brusquement d'être irrigué, par exemple après une crise cardiaque - les espoirs sont très limités, six mois au maximum. Si les causes sont traumatiques, provoquées par un choc à la tête, la limite est d'un an. Au-delà, le traitement peut être arrêté. Enfin, il n'y a pas de thérapie pour les patients.

Contrairement aux patients dans le coma, ceux qui sont en état végétatif peuvent respirer sans aide de respirateur artificiel. Ils n'ont besoin que de nutrition et d'hydratation artificielles pour survivre. Mais comment les ramener à la conscience ? Nul ne le sait, et l'on tâtonne avec des thérapies sensorielles, des massages, etc.

Risque d'acharnement

Le risque est celui de l'acharnement thérapeutique. Le cas très médiatisé de Terry Schiavo, Américaine restée en état végétatif pendant quinze ans après une anoxie cérébrale, illustre comment la prise en charge et la fin de vie de ces patients peuvent être difficiles. Les parents de Terry voulaient qu'on la maintienne en vie. Son mari n'était pas d'accord, arguant qu'elle-même ne l'aurait pas souhaité. La justice s'en est mêlée. C'est devenu une affaire d'État qui a fini devant la Cour suprême... Jusqu'à ce que Terry succombe après qu'on eut débranché et rebranché quatre fois sa sonde gastrique.

Les problèmes sont globalement les mêmes pour l'état de conscience minimale. Mais on manque encore de recul et de données car il n'a été réellement défini qu'en 2002, après de longs débats. En particulier, on n'a pas pu déterminer une durée limite au-delà de laquelle il n'y aurait plus d'espoir.

Pour les deux états, il est donc crucial d'affiner le diagnostic et de trouver des marqueurs de pronostic. Les cas exceptionnels révélés en 2006 soulignent l'aide particulière que peut apporter la neuro-imagerie en la matière. Depuis une dizaine d'années, notre équipe à Liège et celle dirigée à Cambridge par le neuropsychologue Adrian Owen utilisent la tomographie à émission de positons TEP, et plus récemment la résonance magnétique nucléaire fonctionnelle IRMf pour étudier de manière objective le fonctionnement cérébral des patients en état végétatif. Jusqu'à présent, nous avons utilisé des stimulations considérées comme passives car elles génèrent une activité « automatique » du cerveau.

Au début nous avons utilisé de simples sons, puis nous avons enrichi le protocole. Ainsi, nous avons démontré que certains patients en état végétatif présentent une activité électrique du cerveau différente lorsqu'ils entendent leur propre prénom, par rapport à d'autres prénoms. Autrement dit, le cerveau d'un patient en état végétatif peut parfois faire la différence entre son propre prénom et un autre prénom, même si le patient n'est pas conscient. Cette activation est considérée comme automatique, réflexe. Car elle s'observe aussi chez des sujets en bonne santé lorsqu'on prononce leur prénom pendant qu'ils dorment, ou même durant une anesthésie générale, donc sans qu'ils soient conscients.

Si on voulait différencier chez nos patients une activité neuronale automatique d'une activité consciente, il nous fallait donc mettre au point une stimulation active. Nous avons eu l'idée de demander au sujet d'imaginer qu'il réalise mentalement des tâches à différents moments de l'examen en IRM. Mélanie Boly, de l'université de Liège, a recherché des tâches activant chez chacun de nous de manière significative des aires spécifiques du cerveau, par exemple imaginer voir le visage de Marilyn Monroe ou chanter une chanson dans sa tête. Nous avons finalement retenu deux tâches correspondant à des actions motrices parce qu'elles activent des aires vraiment spécifiques : imaginer jouer au tennis, ce qui active les aires motrices supplémentaires, et imaginer se promener dans sa maison, ce qui active le cortex prémoteur, parahippocampique et pariétal.

Suivi du regard

Aucun des soixante patients en état végétatif que nous avons étudiés n'a montré d'activité cérébrale compatible avec une perception consciente jusqu'à ce que nous examinions une jeune Anglaise de 23 ans. Victime en juillet 2005 d'un grave accident de voiture, elle est restée dans le coma plusieurs jours avant d'évoluer vers un état végétatif. La jeune femme était capable d'une fixation visuelle de 3 secondes, une capacité qui est rarement observée en état végétatif. Mais elle ne répondait jamais aux ordres simples et ne présentait aucun autre signe comportemental de conscience. Le diagnostic d'état végétatif fut donc posé sans hésitation par une équipe pluridisciplinaire.

En janvier 2006, elle est étudiée par IRMf avec notre nouveau protocole. Quelques jours plus tard, à notre très grande surprise, les résultats des analyses statistiques des données indiquent une activité normale quand on lui demande de s'imaginer jouer au tennis ou se promener dans sa maison. Ses réponses neurales sont semblables à celles observées chez des témoins en bonne santé. Notre patiente en état végétatif a donc compris la consigne et l'a même exécutée mentalement de manière répétée !

Quelques mois plus tard, elle fixe et suit clairement son visage dans un miroir : elle est passée à un « état de conscience minimale », avec des moments de conscience mais sans possibilité de communiquer ses pensées et ses sentiments.

Certes, nous ignorons ce que cette jeune Anglaise a ressenti lors des tests, et on ne peut généraliser son cas à l'ensemble des patients en état végétatif, dont beaucoup sont certainement plus atteints qu'elle. Mais cette étude remet en question la définition d'un état végétatif totalement privé de conscience, établie en 1972 par le neurochirurgien britannique Bryan Jennett et le neurologue américain Fred Plum. Ce travail plaide donc pour que, dans la phase aiguë de l'état végétatif, on puisse mener des examens complémentaires en IRMf afin d'affiner le diagnostic.

En 2006, une autre publication exceptionnelle a également surpris l'ensemble de la communauté médicale et scientifique. Elle relate le cas d'un Américain âgé de 39 ans en 2003, Terry Wallis. Comme la jeune Anglaise, il a été victime d'un accident de voiture. Mais l'événement s'est produit il y a bien plus longtemps, le 13 juillet 1984 dans l'Arkansas.

Terry a alors 20 ans. Après une dizaine de jours dans le coma, il tombe dans un état végétatif. Quelques mois plus tard, il manifeste quelques signes de conscience et évolue vers ce qu'on connaît maintenant comme l'état de conscience minimale.

Les médecins donnent peu d'espoir à Terry. Ses parents s'accrochent. Ils le prennent chez eux à chaque fête. Il leur sourit lors de ces occasions, mais on ne sait jamais ce qu'il pense, voire s'il pense quelque chose. Or en 2003, après dix-neuf ans de silence, il émet soudain un mot « Mom » maman, puis « Pam » le nom de son infirmière de longue date, puis « Pepsi ». Ensuite, tout va très vite. Terry recommence à parler, réussit à communiquer ce qu'il ressent. Pour lui, Reagan est toujours président. L'équipe du neurologue Nicholas Schiff décide de l'examiner. À New York, les chercheurs vont essayer de comprendre ce qui s'est passé dans le cerveau de Terry qui puisse expliquer cette étonnante récupération tardive.Ils effectuent plusieurs examens à un mois d'intervalle avec l'IRM de tenseur de diffusion qui permet de voir les connexions entre les aires cérébrales. En comparant avec des examens réalisés chez des volontaires sains et un autre patient en état de conscience minimale depuis six ans, ils découvrent avec stupeur que de nouvelles connexions sont apparues dans la matière blanche des régions postérieures médianes du cerveau de Terry, le précuneus et le cortex cingulaire postérieur. Les axones ont repoussé dix-neuf ans après l'accident : un vieux dogme est brisé ! Jusqu'à présent, on pensait la plasticité neuronale réservée à la phase « aiguë », en sortie du coma.

Or, la région du précuneus et du cortex cingulaire postérieur a déjà été identifiée comme critique pour la conscience humaine. Tout d'abord, son activité baisse pendant le sommeil ou sous anesthésie. Et, en 1999, des études en TEP ont montré que c'était l'aire la plus atteinte dans l'état végétatif. Enfin, les rares patients qui récupèrent leur conscience recouvrent une activité métabolique proche de la normale dans cette région. En état végétatif, on suppose qu'elle est déconnectée des autres aires corticales et du thalamus. Le fait que chez Terry Wallis la création de nouvelles connexions coïncide avec un retour de la conscience semble confirmer cette hypothèse.

Les deux cas exceptionnels de 2006 ne doivent pas susciter un espoir exagéré. Ils encouragent cependant à multiplier les moyens de suivre ces patients avec l'imagerie pour tenter de détecter au plus tôt l'état de leur conscience. Et éventuellement à développer de nouveaux traitements. Ainsi, une interface cerveau-machine, véritable traducteur de pensées, pourrait être proposée à des patients comme la jeune Anglaise. Un jour prochain, qui sait, peut-être pourra-t-elle apprendre à piloter un ordinateur ?

Par Steven Laureys

Source : larecherche.fr

 

Prof Marie-Frédérique Bacqué : Une mort hâtée pour une vie sans sens

 

Pourquoi il faut réapprendre à parler de la mort à nos enfants

Par Marie-Frédérique Bacqué, professeur de psychopathologie à l’université de Strasbourg, présidente de la Société de thanatologie, Le Monde, 04/04/2011, extraits

Avec les récents à-coups provoqués par la tentative de passage au Sénat de la proposition de loi sur une "assistance médicalisée permettant une mort rapide et sans souffrance", l’urgence d’un débat autour de la mort s’est à nouveau fait sentir. L’impression d’une opposition nette entre partisans des soins palliatifs adoucissant la fin de la vie jusqu’à la mort et ceux de la mort choisie demandant une euthanasie avec une assistance médicalisée ne doit pas faire écran devant le véritable débat. Il s’agit bien du débat sur la mort. ...

Or, notre époque postmoderne voit chaque société humaine, qui avait confié aux religieux la tâche de construire les représentations d’un au-delà, les vider petit à petit de leur sens. La mort est dorénavant sans âme. Elle n’est plus qu’un grand vide. Au mieux une absence, au pire, une injection létale. ...

L’espoir porté par la plupart des croyances est dorénavant construit autour de la médecine. Or, la mort ne peut être déplacée dans le champ médical. Elle devrait revenir dans le champ social et spirituel. L’idée que la mort soit contrôlable ou maîtrisable par chaque individu est une demande récurrente qui ne se heurte plus qu’à la barrière de la loi.

Or, avant d’entamer un débat sur la légitimité d’anticiper la mort de celui qui le demande, nous pourrions nous questionner sur notre peur de la mort, crispée sur l’idée de perdre du temps, de ne pas contrôler notre vie et d’être actifs toujours et en tout lieu. Le monde va de plus en plus vite, et l’euthanasie n’est qu’une fuite en avant devant la mort. L’euthanasie fait taire les souffrances, toutes les souffrances. Car après qu’elle aura été proposée aux personnes présentant des souffrances physiques insurmontables, comment jugera-t-on les souffrances morales ? Et les souffrances sociales ? L’euthanasie ne sera-t-elle pas la voie sûre pour y échapper ?

L’euthanasie est l’illustration typique de la mort rationnelle. Une mort choisie, rapide, propre, sans dieu et sans souffrance. Le manque de spiritualité autour de la mort est aujourd’hui pathétique.

Le pragmatisme ambiant, pour ne pas dire le matérialisme, conduit à négliger les moments de spiritualité, ce qui rend nos vies bien pâles. Or, la spiritualité immanente à l’art sous toutes ses formes, résulte du fait que toutes les créations humaines luttent contre la disparition de l’individu, l’art étant pérenne, au contraire de la vie organique, fragile et vouée à la destruction.

Il est frappant, en lisant les blogs de personnes malades, de constater que la "découverte" de leur mortalité les conduit à accomplir un voyage initiatique du côté de leur condition évidente de finitude. Ainsi, des patients atteints de cancer, mais aussi de maladie de Parkinson ou de sclérose en plaques, font un chemin rapide vers une nouvelle façon d’envisager leur existence. Renonçant parfois à reprendre des habitudes de consommation, des amitiés hypocrites ou un travail peu épanouissant. La maladie grave joue un rôle de révélateur. Elle permet de chercher de nouvelles façons de vivre, tout en acceptant la mortalité physique. La maladie est une expérience nouvelle, comme pouvait l’être jadis l’épreuve de la guerre ou de l’exil.

Le débat sur la mort qui prend corps sur Internet ou dans les "romans de la maladie" publiés comme autant de témoignages des limites de la vie humaine est un exemple de quête de spiritualité moderne et laïque. Ce qui surprend est que la démarche réflexive ne prenne corps qu’à l’occasion d’une maladie, d’un deuil ou d’un traumatisme. Mais pour une personne qui aura eu le temps de se préparer à l’ineffable, combien seront convaincues que, face à la mort qui approche, le travail psychique nécessaire à une telle élaboration est bien trop lourd ?

Une mort judiciarisée tend à remplacer le questionnement existentiel de la finitude. La mort inacceptable devient alors une formalité juridique : j’ai déposé un testament de vie, c’est mon droit. Outre que l’euthanasie implique un soignant ou un médecin, pour lequel la contradiction avec le serment d’Hippocrate est évidente, il faut observer que la mise en oeuvre d’une mort médicalisée transgresse également les valeurs du pacte de soin établi implicitement entre soignants et soignés : celui qui mettra tout en oeuvre pour aider son patient du côté de la vie va basculer et accélérer sa mort. Cette question de valeurs n’est pas artificielle, mais elle perturbe les médecins français qui n’ont pas été formés juridiquement, éthiquement ni moralement pour rester, au fond, décideurs et surtout acteurs d’un tel choix.

La question de l’euthanasie est donc à la fois culturelle, historique et politique. Elle est sociale également. Regardons nos voisins, en Allemagne par exemple, où la question de l’euthanasie éveille les mauvais souvenirs du nazisme. On trouve plus de structures pour accueillir les handicapés de toutes sortes, qu’ils soient enfants ou adultes. Aux Pays-Bas, où la loi autorise, dans des conditions très particulières l’euthanasie de certains patients, cette décision conduit les familles et les soignants à s’entretenir longuement avec le patient souffrant et à préparer sa fin dans de multiples échanges. Il semble même paradoxal que de tels efforts soient faits lorsque la mort doit être donnée par un soignant, alors que toute mort naturelle mériterait une telle réflexion sur la mort.

Mais parler de la mort ne peut pas se réduire à l’affronter avec les mots en phase terminale. La mort peut être parlée dès le plus jeune âge. Ainsi, en classe maternelle, les enfants peuvent élever de petits animaux et échanger avec leur famille, leurs enseignants et leurs amis au sujet du cycle de vie de ces compagnons. Les enfants peuvent aussi visiter un cimetière, réfléchir en groupe aux âges de la vie, commenter des contes de fées.

Une meilleure compréhension du monde en résultera. Dès cet âge en effet, leurs parents, qui souvent poussent des cris d’orfraie lorsqu’on leur fait de telles propositions, n’hésitent pourtant pas à abandonner leur progéniture devant les informations télévisées, pourvoyeuses de nombreux documents filmés mettant en scène la mort d’un individu. La mort ne fait plus partie de notre monde domestique, elle a été mise à distance par l’augmentation de la durée de vie, par la médicalisation de la plupart des fins de vie, qui ont lieu à l’hôpital et dans les autres structures sanitaires, enfin, elle a été rejetée de la sphère familiale et sociale, du fait de l’éloignement et de l’éclatement des filiations.

Les dialogues autour de la fin de vie sont parfois riches d’authenticité et de réflexions philosophiques, mais, de plus en plus, ils échappent à la mise en sens du mourant et de son groupe. "Je vais mourir, j’aimerais te parler…" est souvent coupé par "Mais qu’est-ce que tu racontes !" Installer un échange en fin de vie est possible si certaines questions peuvent être posées en amont d’une situation terminale pas toujours sereine. Quelles sont mes peurs, que vais-je perdre ? Qu’ai-je accompli et qu’est-ce qui m’a procuré les plus grandes joies. Mes peines, ce qui me reste à faire. Ce que j’aimerais transmettre, ce que j’espère pour mes proches, mes contemporains…

S’il peut sembler bien artificiel de proposer les jalons d’un entretien avec un proche qui va mourir, soulignons que les plus élémentaires de ces questions sont souvent tuées dans l’oeuf par le refus des proches, des soignants, d’aborder la fin de la vie.

L’absence de sens de sa vie pour celui qui va mourir est justement l’une des raisons de hâter la mort. On voit bien l’intérêt de réintroduire la mort "domestique" dans le discours public, celle de la majorité de notre population qui s’éteint, vieillissante, dans son lit. C’est ainsi que la fuite en avant vers l’euthanasie sera déjouée, et que le temps et l’échange reprendront leurs vertus, au moment le plus important de notre existence et de celle de nos proches.

Marie-Frédérique Bacqué

Source : thierryhirschy.wordpress.com

 

Dr Yaccarini : Stop à la pression sociale sur les plus vulnérables

 

Pourquoi je ne pratiquerai pas l’euthanasie

par le Docteur Olivier Yaccarini - Québec, 05/11/2013

Je suis médecin d’urgence depuis 14 ans. Comme beaucoup de gens, j’ai suivi le débat sur l’euthanasie. Je crois que le projet a été mal expliqué et mal compris. Je crois aussi que, s’il en avait été autrement, la majorité des gens serait aujourd’hui en désaccord avec ce projet.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur le sujet. Je me contenterai ici d’apporter une réponse toute personnelle à certaines de ces affirmations en m’appuyant sur mon expérience de médecin d’urgence qui côtoie quotidiennement des gens aux prises avec de grandes souffrances, et en espérant au passage clarifier certaines choses au sujet de l’euthanasie. 

Tout d’abord, j’ai entendu et lu que s’opposer au libre choix d’un patient qui désirerait devancer et choisir le moment de sa mort était une forme de paternalisme, parce que c’était vouloir choisir à la place du patient ce qui est le mieux pour lui. Or, je crois être bien placé pour savoir qu’en matière de soins de fin de vie, c’est presque toujours le médecin qui amorce les discussions et qui propose les solutions. Et que c’est presque toujours l’opinion du médecin, lorsqu’il en exprime une, qui influe le plus sur le choix du patient.

Il ne faut pas croire que les choses sont différentes quand le sujet de la discussion est l’euthanasie, car ce choix est souvent d’abord proposé par le personnel traitant. Et ce geste représente à mon avis un raccourci qui, à la longue, prendra de plus en plus de place dans la pratique médicale, toujours confrontée au manque de temps et de ressources financières et humaines.

Des médecins hollandais avouent eux-mêmes que l’euthanasie est souvent pratiquée pour des raisons avant tout financières.

Le nombre d’euthanasies pratiquées augmente rapidement dans tous les pays où elle est légale, et les balises sont toujours, par effet de glissement, transgressées progressivement, peu importe leur nombre et leur clarté dans la loi. Les exemples sont nombreux. De plus, le sens commun nous dit que là où on pratique l’euthanasie, l’intérêt à développer les soins palliatifs diminue. Malheureusement, cette intuition est confirmée par ce qui se passe ailleurs, notamment en Belgique.

On invoque aussi la compassion envers les patients pour accepter de pratiquer l’euthanasie. Et si on abordait la question sous un autre angle, celui de la très grande majorité des patients atteints de maladies terminales ou dégénératives ? Ceux qui n’ont jamais, du moins jusqu’à présent, considéré l’option de l’euthanasie ? Cela permettrait peut-être de comprendre quel genre de pression on leur fait subir quand l’euthanasie fait partie intégrante des choix thérapeutiques.

Comme urgentologue, je suis témoin quotidiennement du fait que les grands malades craignent très souvent d’être un poids pour leur entourage, pour le personnel soignant, et pour la société en général. Je suis convaincu que ce phénomène très fort et omniprésent en mènera plusieurs à choisir l’euthanasie, non pas parce qu’ils auraient voulu spontanément y avoir recours, mais parce qu’ils sentent que c’est le seul choix « responsable ». N’est-ce pas triste d’en arriver là ? Je me sens mal à l’aise à l’idée que ce soit cela, être progressiste et agir par compassion.

La loi sur l’euthanasie, en voulant accéder à la demande d’une infime minorité de patients, menace à mon avis un bien plus grand nombre de malades, qui voudraient finir leur vie autrement qu’en y ayant recours. Ceux-ci se voient placés devant le dilemme suivant : continuer à consommer des ressources de temps, de personnel, d’argent, continuer à représenter un « poids » pour leur entourage, ou recourir à l’euthanasie.

Je suis intimement convaincu que le choix, dans ces circonstances, ne relève plus du simple libre arbitre de chacun, car il est influencé par une pression sociale qui, si elle est subtile, n’en est pas moins extrêmement puissante, surtout dans une situation de fin de vie où l’on se sent déjà très vulnérable.

C’est pour ces raisons que, si un jour l’on me demande d’euthanasier mon patient, je refuserai de le faire.

Source : ledevoir.com

 

Neuf arguments contre l'euthanasie

 

Non à l'euthanasie et au suicide assisté : Aucune condition particulière ne les justifie (2/2)

(1ère partie ici)

En terminant nous retenons 9 arguments pour lesquels l’euthanasie et le suicide assisté ne devraient jamais être dépénalisés au Canada

1. Les demandes d'euthanasie disparaissent lorsque la famille et le patient reçoivent le support ou les soins qui leurs sont dus. La pratique de la médecine nous enseigne que les patients qui expriment le désir de mourir le font le plus souvent parce qu’ils ont besoin de réconfort, qu’ils sont déprimés, ou que leur douleurs et leurs symptômes ne sont pas bien contrôlés. Pour la très grande majorité, les bons soins médicaux, le traitement de la dépression ou l’approche palliative sont les solutions à leur demande. Les patients qui demandent à mourir changent aussi souvent d’idée avec le temps. Souvent la demande origine non pas des malades, mais plutôt des familles qui sont épuisées, alors que le malade, lui, n’a pas demandé qu’on hâte sa mort : le plus souvent, lorsque la famille est mieux épaulée, la demande disparaît. Quand il y a de la souffrance, il vaut mieux chercher de trouver un sens à la vie qui reste, développer des stratégies pour faire face aux questionnements existentiels et travailler pour les soins optimaux, que de trouver un raccourci vers la mort.

2. Le médecin à tout à sa disposition pour soulager n'importe quelle souffrance physique. Faire mourir le patient n’est pas une solution humaine pour soulager les situations dramatiques de douleur ou de souffrance terminales : le médecin a toujours le devoir de faire mourir la douleur, et non pas de faire mourir le patient. La proposition d’euthanasie marque un refus de confiance à l’égard des progrès de la science médicale. Il n’y a pas de limites imposées au médecin lorsqu’il met en œuvre les moyens pour soulager la douleur. Ces moyens sont larges, accessibles, de plus en plus élaborés et progressent sans cesse. Dans les cas extrêmes, la sédation profonde qui fait dormir le malade peut même être une solution ultime pour le soustraire aux souffrances jusqu’à ce qu’il meure de causes naturelles. En présence d’états terminaux il n’y a pas d’obstacles à l’arrêt des traitements jugés futiles ou disproportionnés par le patient ou par le médecin. Il existe toujours des issues, même pour les cas plus complexes. Il n’y a pas de questions taboues sur la mort au sein de la profession médicale. Le questionnement sur l’acharnement thérapeutique et l’interruption des traitements futiles ou disproportionnés, les refus de traitement par les patients autonomes, sont au cœur de la clinique et sont abordés ouvertement et sereinement par les médecins en pratique et dans le cadre des programmes de formation. Les médecins connaissent bien la frontière qui existe entre le soulagement de la douleur et l’euthanasie.

3. Une modification de nos lois pour satisfaire à un petit nombre mettra en péril la vie d'un beaucoup plus grand nombre. Il y a néanmoins des personnes qui revendiquent sérieusement ou avec insistance l’euthanasie ou le suicide assisté. Elles sont très peu nombreuses. Les demandes sont généralement liées à la personnalité de l’individu et au besoin qu’il ressent de contrôler sa vie… et sa mort. La très grande majorité des personnes dans une situation similaire à la leur ne demandent pas qu’on intervienne pour abréger leurs jours. La liberté et l’autonomie de la personne s’arrêtent là où elles empiètent sur celles des autres membres de la société. Une modification de nos lois pour satisfaire la demande de ce petit nombre de personnes mettra en péril la vie d’un beaucoup plus grand nombre, qui n’étaient même pas initialement visées. L’expérience des quelques pays qui se sont aventurés dans la voie de l’euthanasie et du suicide assisté démontre que les pratiques deviennent vite ingérables malgré la mise en place de contrôles et de balises : les protocoles ne sont pas respectés, les consentements non obtenus, les pressions des familles se font fortes et difficiles à gérer. Des personnes qui ne le demandaient pas sont mises à mort.

4. La dépénalisation de l’euthanasie est une « pente » qui mène inévitablement vers un glissement plus large, difficile à contrôler. Les médecins dans les pays où l’euthanasie est légale en ont l’expérience. Dès qu’on accepte de faire mourir les patients dans un état terminal et qui le demandent, on devient confronté à la demande des malades avec des handicaps et des atteintes chroniques qui les minent, puis à celle des patients avec des atteintes psychologiques, puis à s’interroger sur le sort des nouveaux-nés fortement handicapés…qui ne demandent pas à mourir. Des personnes même jeunes et atteintes de maladies chroniques invoqueront les chartes pour qu’on ne discrimine pas envers elles dans leur demande de suicide assisté, et qu’on les aide donc à mettre fin à leurs jours. Accepter que donner la mort peut être une solution pour un problème ouvre la porte à donner la mort pour cent autres. L’euthanasie deviendra une « issue thérapeutique » vers laquelle des personnes se tourneront pour soulager leurs souffrances, alors qu’il y a beaucoup d’autres options.

5. La dépénalisation de l’euthanasie et du suicide assisté engendrerait des pressions indues sur les personnes avec des atteintes chroniques, des handicaps sévères, ou les personnes qui doivent recevoir beaucoup d’aide ou des traitements coûteux: ces personnes en viendraient à avoir le sentiment qu’elles sont un fardeau indu pour les proches ou la société, et qu’elles devraient considérer l’euthanasie ou le suicide assisté. L’euthanasie aura des retentissements défavorables sur les attitudes sociales envers les personnes gravement malades, avec des handicaps, ou d’un âge avancé.

6. Ni la maladie, ni la déchéance physique ou psychologique, ni la douleur, ni la souffrance, ni la perte d’autonomie ne diminuent la dignité fondamentale de la personne. La personne n’est pas indigne du fait qu’elle dépend des autres chroniquement ou lorsqu’elle se meurt. La solution pour assurer le « mourir dans la dignité » demeure avant tout dans l’approche palliative compétente, le respect, l’accompagnement et la tendresse envers ces personnes.

7. Pour donner une "droit à la mort" au patient on doit donner un "droit de tuer" au médecin. La dépénalisation de l’euthanasie et du suicide assisté repose entièrement sur une participation de la profession médicale ; ultimement c’est le médecin qui est appelé à porter un jugement sur l’utilité de préserver la vie ou d’y mettre fin : il se voit imposé un rôle d’arbitre. Il en résulte une perte de l’autonomie des patients, au profit d’un accroissement de pouvoir de la profession médicale sur les personnes. Pour donner un « droit à la mort » au patient on doit donner un « droit de tuer » au médecin. Il s’ensuit une érosion de la relation médecin-patient, le médecin n’étant plus seulement celui qui guérit, soulage ou réconforte, mais aussi celui qui donne la mort. La mise à mort devient alors une « option thérapeutique » de la profession médicale au même titre que les autres traitements médicaux ou chirurgicaux, ce qui érode le lien de confiance envers toute la profession médicale.

8. Le médecin qui participe au suicide encouragera par son geste le suicide au niveau de la société. Bien que le suicide soit parfois revendiqué comme une liberté, il demeure avant tout un drame personnel fondamentalement contraire à la nature humaine et un échec de la société. Le suicide n’est jamais sans retentissement sur les autres personnes et sur toute la société. La réponse médicale face aux tentatives de suicide a toujours été de venir en aide à la personne : elle doit le demeurer. Le médecin qui participe au suicide encouragera par son geste le suicide au niveau de la société.

9. L’interdit de l’euthanasie et du suicide assisté de la tradition hippocratique est plus que millénaire. Il a été une valeur forte de générations de médecins qui y ont adhéré. Il demeure empreint de sagesse et de compassion et mérite d’être défendu avec fermeté.

Source : cqv.qc.ca

 

"C'est la douleur qu'il faut tuer, pas le malade."

 

Non à l'euthanasie et au suicide assisté : Aucune condition particulière ne les justifie (1/2)

Ce qui suit s'agit d'une version abrégée d’un mémoire présenté au Collège des médecins du Québec le 30 août 2009 par Joseph Ayoub, m.d. André Bourque, m.d, Catherine Ferrier, m.d., François Lehmann m.d., et José Morais,m.d.. Le mémoire a aussi reçu l’appui d’un nombre significatif de médecins de la province de Québec.

Le débat sur la dépénalisation de l’euthanasie et du suicide assisté ne cesse de ressurgir au Canada et au Québec depuis les derniers vingt ans. Le mouvement en faveur de l’euthanasie motive son instauration sur la nécessité de respecter l’autonomie et la « dignité » de la personne. Nos tribunaux ont été interpellés sur quelques cas particuliers au cours des dernières années et la Cour Suprême du Canada a réaffirmé la valeur intrinsèque de la vie humaine et les limites imposées à l’autonomie de la personne qui souhaite mettre fin à ses jours. Le mouvement en faveur de l’euthanasie s’est donc retourné vers la seule issue légale possible: le parlement du Canada et l’amendement du droit criminel. Le Projet de loi C-384, présenté par Mme Francine Lalonde, députée du Bloc Québécois, en est la plus récente manifestation.

L’adoption du projet de loi C-384 rendrait légal l’euthanasie et le suicide assisté au Canada. Puisque nous allons tous un jour connaître la mort, la question soulevée est au cœur de ce que nous pouvons avoir comme conception de la personne. Elle interpelle toute la société. Les enquêtes d’opinion sur l’euthanasie sont difficiles à interpréter mais une constante demeure: celle du désir des personnes de se voir entourées et soutenues, et épargnées de la douleur et des souffrances terminales. Certes, lorsqu’on demande aux personnes si elles sont favorables à l’euthanasie dans le cas où une personne n’est pas soulagée de douleurs atroces, il est prévisible que la majorité des individus vont répondre que oui. Cela place les individus devant le choix entre l’euthanasie et une absence de soins appropriés pour le soulagement de la douleur, et donc de choisir l’euthanasie comme modalité de soulagement de la douleur. Pendant que le débat des dernières années sur l’euthanasie s’est poursuivi, des milliers de patients sont décédés de diverses maladies terminales sous les soins de personnels compétents, et avec l’entourage de la famille et de bénévoles. Nos hôpitaux et autres établissements de santé ont au cours des 30 dernières années développé des services de soins palliatifs tels qu’il n’y en avait jamais eu auparavant. Il reste encore beaucoup à faire, particulièrement pour la catégorie des patients atteints de maladies chroniques et qui n’ont que quelques mois ou quelques années de vie devant eux. Les questions éthiques entourant les soins proportionnés, l’acharnement thérapeutique, l’interruption de traitement et le soulagement de la douleur sont quotidiennement au cœur des discussions dans les milieux d’enseignement et de pratique de la médecine.

La très grande majorité des malades qui terminent leur vie dans un état de diminution physique et psychologique arrivent à la fin naturelle de leur vie dans un environnement de soutien et de palliation bien supérieurs à tout ce qu’on avait connu auparavant. Nous sommes encore loin des limites de ce que peuvent offrir les soins palliatifs. Les avancées pharmacologiques et les moyens thérapeutiques de la radio-oncologie et de la chirurgie oncologique permettent de soulager les malades de beaucoup de malaises pour lesquels on n’avait auparavant que peu de solutions. La maîtrise de la douleur est certes parfois incomplète dans les états terminaux et il arrive qu’on ne puisse l’obtenir sans des effets secondaires de sédation, que le malade ne souhaite pas. Il est considéré une bonne pratique médicale et même une obligation d’utiliser les opiacés et tout l’arsenal analgésique disponible dans l’intention d’apaiser le plus possible la douleur du malade, même si c’est au prix d’abréger ses jours par les effets secondaires de la médication (ce qui est très rarement le cas). Depuis les dernières années, des pratiques d’induction du sommeil sont venues compléter l’arsenal thérapeutique pour les plus rares cas de douleur très mal maîtrisée.

Pour reprendre les mots de l’éthicienne Margaret Somerville, c’est la douleur qu’il faut tuer, pas le malade. La pharmacologie et les autres modalités de la médecine et de la chirurgie feront encore des avancées dans le soulagement de la douleur, mais la souffrance existentielle du malade atteint d’une maladie terminale demeurera toujours un phénomène lié à notre humanité, à notre quête de sens pour nos tourments immédiats, à nos croyances sur l’au-delà: souffrance et humiliation de se voir diminué physiquement et mentalement, de se voir dépendant et de se considérer un poids pour les autres, humiliation de devoir se plier à recevoir de l’aide pour les besoins de l’hygiène, peine de devoir quitter ceux que l’on aime, peine d’être témoin des souffrances des proches. Plus que les douleurs « incoercibles », c’est cette souffrance qui peut amener le malade dont les jours sont comptés à sombrer dans le découragement ou la dépression et à demander que l’on abrège ses jours. La grande majorité de ces malades trouveront un réconfort dans leur souffrance par la sollicitude de l’entourage ou parfois par la médication antidépressive. La pratique démontre aussi que la demande à mourir est une sorte de cri du cœur qui est le plus souvent un appel à la sympathie et ne représente pas une demande concrète d’euthanasie.

Il demeure qu’il y aura toujours dans nos sociétés le problème des personnes atteintes de maladies terminales et dégénératives sévères, qui voient venir les complications de leur maladie, qui ne sont pas nécessairement déprimées, qui bénéficient de beaucoup de support et de soins mais qui voudraient mettre fin à leurs jours en un temps et un lieu, et qui ne sont pas capables de le faire seules. Ces personnes ne voient plus de sens à ce qui leur reste à vivre naturellement, et l’échéance naturelle avant leur mort est parfois longue. Les personnes qui demandent l’euthanasie dans ces circonstances ne sont pas nombreuses dans notre société et la majorité de ceux et celles qui ont une condition physique semblable à la leur ne souhaitent nullement mettre fin à leurs jours. Il ne sera jamais possible de discriminer en fonction de l’âge et de la sévérité de l’atteinte ou de l’espérance de vie dans ce groupe de personnes car ce qui est véritablement en jeu est le droit au suicide. Or notre société a choisi pour de très bonnes raisons, que la personne suicidaire et qui est capable de poser un geste de suicide, peut être retenue de passer à l’acte.

C’est le sort de ces personnes, que la souffrance mène à demander qu’on les aide à abréger leurs jours, qui motive le mouvement en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté. Nous ne devons pas nier que ces situations existent ni affirmer que ces personnes sont toutes déprimées ou inaptes à donner un consentement éclairé à leur demande. Ces personnes doivent être entendues et aidées le plus possible, mais leur demande demeure pour nous absolument irrecevable.

Il y a aussi un autre groupe de patients dont le sort nous interpelle: celui des malades en voie de mourir et dont l’agonie n’en finit plus. Les derniers mois et les dernières semaines de la vie sont pour certains malades un lent atterrissage où les organes fléchissent les uns après les autres, où la peau se détériore, où il vient un temps que l’esprit n’y est plus, et où les fonctions vitales ne tiennent qu’à un fil. Les soins sont toujours exigeants pour le personnel et les familles s’épuisent de veiller le malade, ne demandent qu’à voir arriver la fin et demandent parfois au médecin d’intervenir. La tentation en pareilles circonstances serait d’autoriser le médecin à mettre un terme à l’agonie. La frontière entre la palliation et l’euthanasie peut sembler ténue pour certains puisque la distinction entre l’une et l’autre sera dans l’intention du geste et non pas dans ce qu’il comporte. L’interdit total de l’euthanasie doit cependant demeurer même dans ces situations.

(2ème partie ici)

Source : cqv.qc.ca

 

Laurence Henry : De l'euthanasie des nourrissons

 

On ne peut imposer ça à personne. Handicap du nourrisson et euthanasie, Laurence Henry, Paris, Salvator

par Sébastien Klam

La naissance a toujours été, dans la majeure partie des situations, un temps précieux de bonheur et de joie à partager entre de nouveaux parents, parfois une fratrie, souvent une famille. Laurence Henry, infirmière anesthésiste et doctorante en philosophie, évoque quant à elle dans cet ouvrage ces autres situations aux limites de la vie. A partir de son expérience et de sa recherche, elle fait état de ces nouveau-nés qui, loin de voir leur avenir s’ouvrir devant eux comme un grand boulevard, consiste davantage en une impasse dont la mort apparaît comme l’ultime étape possible… et quelle mort !

Ces fins de vie mettent en scène des enfants souvent autonomes au niveau respiratoire mais atteints de lésions cérébrales risquant d’être plus ou moins invalidantes. Or, peut-on imposer à cet enfant, à ses parents, sa famille voire la société cette vie qui, pour beaucoup, n’en sera pas une ? Quand l’imprévisible d’une naissance fragile côtoie la nécessite d’une décision de vie ou de mort, il est fort probable que certaines de ces situations dramatiques aient tendance à s’achever par des euthanasies qui ne disent pas leur nom. C’est là que le bât blesse.

En présentant la situation médicale avant et après la loi Leonetti du 22 avril 2005, Laurence Henry évoque très justement le sens du traitement et du soin, tout en se demandant si l’arrêt ou la limitation de traitement concerne aussi l’alimentation et l’hydratation artificielle. L’ensemble de son argumentation tourne autour de ces notions, peut-être mal définies par la loi, mais qui demeurent tout de même essentielles dans une prise en charge digne de ces enfants que guette déjà la mort. Hostile à toute forme de légalisation de l’euthanasie, elle rappelle que « ces enfants nous poussent à aller plus loin que les simples apparences auxquelles nous nous arrêtons pour les ʺnormauxʺ et nous donnent le ʺmode d’emploiʺ de la rencontre avec l’être de chacun qu’il soit porteur de handicap ou non » (p. 212). Sans doute est-ce là un appel très fort adressé aux sciences soignantes de ne jamais désespérer de leur sens créatif, gage de responsabilité et d’engagement envers les plus fragiles d’entre nous !

Source : metz-catholique.fr

Laurence Henry : après l’objection, la réflexion

par Philippe Cappello, 14/07/2014

Infirmière anesthésiste à l’Hôpital St Joseph de Paris, elle ne tenait pas à participer aux Interruptions Médicales de Grossesse (IMG). Elle a fait jouer sa clause de conscience. Par ailleurs, elle a suivi des cours de bioéthique à l’Institut politique Léon Harmel (IPLH) et obtenu un master 1, renforçant ainsi sa réflexion sur l’exercice juste et éthique de son métier d’infirmière au service de la personne. Or la maternité Bon Secours a rejoint l’Hôpital Saint Joseph. C’est une maternité de niveau 2+ avec un service de soins intensifs néonataux et … l’on y pratique environ deux IMG (interruption médicale de grossesse) par mois.

Laurence a d’ores et déjà prévenu sa surveillante qu’elle exercerait sa clause de conscience pour ne pas participer aux IMG. Elle avait par le passé démissionné de son précédent emploi, une clinique qui pratiquait l’euthanasie. Pour le moment, et à sa connaissance, elle est la seule parmi le personnel hospitalier de Saint Joseph concerné à avoir exprimé sa réserve sur la pratique de l’IMG. Laurence ne fait pas mystère de sa foi mais ne s’autorise aucun prosélytisme, soucieuse de ne pas blesser les personnes de son entourage sur ces sujets sensibles que sont les sujets d’actualité en bioéthique (diagnostic préimplantatoire, bébé-médicament etc…). Cependant, ses collègues viennent régulièrement lui demander son avis sur ces mêmes sujets, attirés sans doute par le charisme discret et volontaire de cette grande jeune femme brune.

Source : catholique78.fr

Depuis cet événement, Laurence Henry s’est lancé dans la préparation d’un doctorat de philosophie pratique à Paris-Est Marne-la-Vallée. Elle a écrit son premier livre (On ne peut imposer ça à personne – Handicap du nourrisson et euthanasie, Salvator, 2013) dans lequel en s’appuyant sur les témoignages des familles et sur des enquêtes publiées dans des revues de médecine, elle met en lumière les pratiques de certains services s’occupant de prématurés et dénonce des cas d’euthanasie. Les questions posées par ce livre sont très importantes. Face à un nouveau-né atteint d’un grave handicap, à sa difficulté de vivre une existence normale, les soignants doivent-ils prolonger la vie à tout prix ? Peut-on imposer à cet enfant, à la famille qui l’accueille, un tel poids de souffrance ? Pour autant, la question est-elle toujours aussi simple ? Telle est l’interrogation tout à la fois médicale et éthique que pose ici Laurence Henry. Votée en 2005, la loi Leonetti autorise en effet les limitations et arrêts de traitements sur proposition médicale, à la demande du patient ou quand celui-ci est mineur à la demande de ses parents. Pour certains actes, il est difficile de déterminer s’ils sont des soins ou bien des traitements comme c’est le cas de l’alimentation qualifiée d’artificielle. Au moment où plusieurs affaires volontairement médiatisées aboutissent à une mise en question de la loi Leonetti, ce livre revient sur la qualification de l’alimentation administrée artificiellement et aux raisons qui peuvent en motiver l’arrêt dans le cas de la réanimation néonatale. Le handicap semble être la raison principale de ses choix. Mais que faut-il en penser vraiment ? N’est-ce pas céder là discrètement à la tentation de l’euthanasie ou de l’eugénisme ? Les implications de ces décisions pour notre société sont donc déterminantes pour le visage que nous voulons donner à notre civilisation et sur le rôle dévolu à la médecine.

Source : objectiondelaconscience.org

 

Les médecins canadiens majoritairement opposés à l'euthanasie

 

Canada : les médecins majoritairement opposés à l'euthanasie

par Alex Schadenberg, 30/07/2014, lifenews.com

L'Association médicale canadienne (AMC), porte-parole national des médecins au Canada vient de rendre publique les résultats d'un sondage réalisé en ligne sur l'euthanasie, le suicide assisté et les soins de fin de vie. Il en résulte que 71,5% sont d'accord avec la position de l'AMC, opposée à la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. 25,8% désapprouvent cette position, et 2,6% ne se prononcent pas. 

Les principales raisons avancées pour justifier leur opposition à toute légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté sont les suivantes: 

- "légaliser l'aide médicale à mourir affecterait profondément la confiance que les patients ont dans les médecins et compromettrait la relation médecin-patient".
- "le rôle des médecins est de guérir, pas de mettre fin à la vie".
- "la légalisation est une 'pente glissante' et conduirait à un élargissement des conditions et des populations de patients pour qui la mort médicalement assistée peut être appliquée, particulièrement concernant les populations les plus vulnérables"
- "la légalisation de l'aide médicale à mourir pourrait être utilisée afin de faire des économies au sein du système de santé".

Selon le rapport de l'AMC, si la société en arrivait un jour à une légalisation de l'euthanasie, les médecins devraient être exclus de toute procédure visant à réaliser un tel acte.

Source : genethique.org

 

Collectif de médecins de Loire-Atlantique : "Notre devoir est d'aider à vivre"

 

TEXTE COSIGNE EN LOIRE ATLANTIQUE PAR  69 MEDECINS DE LOIRE-ATLANTIQUE

12/03/2014

Médecins, soignant depuis parfois longtemps nos patients dans une relation de confiance réciproque, nous déplorons qu’une ixième tentative de légaliser l’euthanasie et l’aide au suicide soit à nouveau avancée malgré des avis répétés de différents comités (Commission Sicart, comité national
consultatif d’éthique, etc...). ...

Devant la constatation criante de l’isolement des malades âgés et en fin de vie, nous sommes choqués de constater que la voie envisagée soit de vouloir accélérer leur disparition.Or nous assistons à un appauvrissement, matériel et social, des personnes âgées, souvent de plus en plus seules, victimes de l’affaiblissement de la solidarité familiale. Elles désirent avant tout être reconnues comme des personnes à part entière et non comme des fardeaux inutiles et coûteux.

L’expérience malheureuse des pays ayant légalisé l’euthanasie, comme la Belgique, tend à montrer que la relation de confiance soignant-soigné est profondément modifiée. Nous, médecins de proximité, désirons garder toute la confiance des personnes qui nous confient leur vie et leur bien-être.

Pour nous, donner la mort est toujours un acte d’une grande violence.
Pour nous la fin de la vie est un moment important de la vie où la personne mérite des soins attentifs, couvrant les besoins tant physiques, avec en particulier le soulagement de la douleur, que les besoins psychologiques, affectifs et spirituels.

Pour nous, médecins, notre devoir n’est pas d’aider à mourir mais d’aider à vivre, jusqu’à la fin de la vie.
Le vrai progrès n’est pas l’euthanasie ou le suicide assisté mais un développement des soins palliatifs avec un effort vigoureux de formation de tous les soignants et intervenants auprès des personnes en fin de vie.

Source : Ouest France

 

Prof Louis Puybasset : L'euthanasie doit rester une transgression

 

L'euthanasie n'est pas la solution au mal-mourir

par

 

Aujourd'hui, on décède de plus en plus rarement sans qu'une intervention médicale n'interfère avec la mort dans les mois ou les jours qui la précèdent. Ce sont les conséquences d'une médecine qui est de plus en plus efficace à guérir ou à stabiliser les maladies. De fait, la mort et la médecine ont de plus en plus maille à partir et c'est un phénomène qui n'ira qu'en augmentant. Il n'est donc pas surprenant qu'on s'interroge aujourd'hui de nouveau à l'occasion de la campagne présidentielle sur la place de la médecine face à la mort et sur l'opportunité de légaliser l'euthanasie.

Pourtant, cette question a été largement débattue en commission parlementaire pendant des mois, en 2004 puis en 2008. La loi française a été adaptée par deux fois pour mieux accompagner la fin de vie. Un juste équilibre a été trouvé. La loi permet aujourd'hui de traiter toutes les douleurs, d'apaiser toutes les souffrances. Les médecins sont désormais tenus de renoncer à toutes formes de traitements devenus vains. Arrêter l'acharnement thérapeutique relève dorénavant du juste soin. Soyons clairs : la fin de vie n'est plus aujourd'hui en France un problème d'ordre législatif. C'est un problème culturel qui concerne aussi bien les soignants que les soignés.

Nommons les choses par leur nom. Se prononcer en faveur de l'euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l'injection létale de barbituriques et de curares. Il s'agit en pratique d'exiger du personnel soignant qu'il donne activement la mort, c'est-à-dire qu'il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance. Si les Français demandent légitimement et majoritairement à mourir dans la dignité, peut-on pour autant imaginer qu'ils adhèrent en masse à cette démarche ? Contrairement à l'idée largement répandue, l'euthanasie ne renforce pas le droit des malades mais augmente encore, paradoxalement, le pouvoir des médecins. C'est en réalité un geste d'une grande violence qui n'apaise pas la fin de vie des patients et de leurs proches mais qui, au contraire, multiplie les deuils pathologiques et génère une division des équipes soignantes. Ce que l'on présente comme une idée progressiste, qui pouvait encore faire illusion dans les années 1970, lorsque les moyens de lutte contre la douleur étaient limités et les médecins souvent enfermés dans la toute-puissance, est un concept devenu archaïque.

Quant à la Belgique et aux Pays-Bas souvent érigés en modèles sur le sujet,  il est faux de prétendre que leur système ne connait aucune dérive. La légalisation de l'euthanasie remet en cause dans ces pays les interdits, fondements de toute civilisation, qui s'effacent peu à peu au profit des habitudes prises. Ainsi la proportion des euthanasies non voulues y est-elle élevée. Les médecins hollandais avouent eux-mêmes que les traitements sont arrêtés parfois très rapidement dans leur pays pour des raisons purement économiques. Les euthanasies pratiquées sont d'ailleurs souvent suivies de prélèvements multi-organes en Belgique flamande. De plus, la tombée d'un tabou génère toujours une nouvelle revendication. L'ordre des médecins hollandais défend ainsi à présent l'euthanasie des patients âgés "souffrant de la vie" ou victimes de démences.

On le voit, l'euthanasie légalisée entraîne un changement complet de la culture du soin et du rôle social de la médecine. Voici ce qui arrive quand on a la naïveté d'autoriser par la loi un acte qui doit rester une transgression. D'ailleurs, depuis 2002, seul le Luxembourg a suivi la voie ouverte par la Hollande et la Belgique. L'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne et la Suède ont adopté des textes proches de la loi française de 2005. Le Conseil de l'Europe s'est prononcé le 25 janvier dernier contre l'euthanasie et a souhaité que l'on renforce le droit des malades par la promotion des "directives anticipées".

La question du mal-mourir demeure en France comme partout ailleurs une question politique. La régulation économique du soin, qui indexe la plus grande partie du financement des hôpitaux à leur activité, doit être revue. Comme le Royaume-Uni, nous devons favoriser la démarche palliative et donner à cette spécialité l'autorité et le crédit nécessaires pour lutter contre certains groupes de pression, notamment médicaux et pharmaceutiques, qui poussent à l'acharnement, leur fonds de commerce. Il faut aussi instaurer le "droit à voir sa souffrance soulager en fin de vie", comme l'a fait le gouvernement Zapattero dans son projet de loi de juin 2011.

Il est aujourd'hui inadmissible que les patients souffrent. La culture du soin doit connaître aujourd'hui une révolution comparable à celle qu'elle a connue lorsque la loi du 4 mars 2002 (relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé) a donné aux patients accès à leur dossier médical. Cette mesure, d'abord mal vécue par les médecins, a de fait apporté plus de transparence à la relation soignés-soignants. Notre société doit impérativement mieux anticiper la fin de vie, en favorisant la rédaction des "directives anticipées", rédigées par le patient lorsqu'il est en possession de ses moyens mentaux et applicables lorsqu'il n'est plus en mesure d'exprimer sa volonté. Ces directives doivent êtres enregistrées dans la carte vitale de chacun afin que nul soignant ne puisse les ignorer. Cela peut se faire par décret. Ce serait enfin une façon d'affronter le tabou de la mort, de prévenir les situations de conflits et de renforcer les droits des patients.

Source :  lemonde.fr

 

Témoignage d'une infirmière : Accompagner la vie jusqu'à son terme naturel

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie) (2ème partie) (3ème partie) (4ème partie) (5ème partie) (6ème partie) (7ème partie) (8ème partie) (9ème partie)

Conclusion : l’interprétation de la loi sans réelles limites se refuse à toute réflexion éthique

La médiatisation de ces « belles morts » semblent induire l’idée que l’euthanasie représente la mort la plus digne, la plus humaine. Elle devient un modèle du bien-mourir selon des critères de beauté et de dignité. En ce sens, il peut s’instaurer chez les malades, une culpabilité à continuer à vivre. L’acte d’euthanasie deviendrait un acte humain exemplaire. La dichotomie mentale qui en résulte entre « bonne » et « mauvaise » mort, dénature les liens de solidarité dans une communauté et rend la mort définitivement taboue.

D’autre part, l’interprétation de la « souffrance morale » est si large qu’il ne semble pas y avoir de limites légales à la pratique de l’euthanasie (baisse de l’autonomie due à la vieillesse, peur d’être seul, peur d’une souffrance future, lassitude de vivre, etc.).

Il en est de même pour le critère de « maladie incurable ». La loi autorise l’euthanasie pour des diagnostics de maladies dont le décès n’est pas prévu à brève échéance : Alzheimer, asthme, diabète, arthroses, arthrites, cécité, etc..

Enfin, la non-nécessité d’être en phase terminale d’une maladie, donne la possibilité d’anticiper une souffrance future, qui n’est donc pas une réalité, mais qui génère une peur toujours plus grande de la mort.

Ces complaisances de la loi ne dissimulent-elles pas une réalité d’abandon des plus fragiles ? Cet état des lieux n’est-il pas symptomatique d’une société en proie à la solitude, à la peur d’être mal accompagné, et à une carence de confiance envers les soignants ?

L’ouverture désormais de l’euthanasie aux mineurs n’est que la résultante d’une banalisation progressive de l’euthanasie dans les mentalités et révèle de plus en plus la fracture entre les militants et les médecins de terrain. Cent-soixante pédiatres ont adressé une lettre ouverte aux députés disant qu’il n’y avait ni urgence, ni utilité à l’extension aux mineurs. Les pédiatres argumentaient, exprimant leur avis en tant que spécialistes de terrain. Ils n’ont pourtant pas été intégrés au débat. Celui-ci a bien eu lieu, mais, semble-t-il, entre militants uniquement.

La question de l’accompagnement de la fin de vie apparaît dès lors, comme relevant d’un choix de société significatif des valeurs qu’elle porte : quelle place donnons-nous aux malades ? Quelle image avons-nous d’eux ? Qu’est-ce qu’accompagner humainement une personne ? Ces questions sont d’autant plus primordiales que les idées et les choix d’une famille sont influencés par l’image que l’équipe soignante leur renvoie du patient, d’eux-mêmes et de leur situation.

Il paraît aujourd’hui urgent pour les soignants, de se réapproprier une vision du bien-commun, ne serait-ce que pour assurer à la personne malade une sollicitude et une dignité jusqu’au terme de leur existence.

Source : plusdignelavie.com

 

Témoignage d'une infirmière : Pression de l'entourage

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie) (2ème partie) (3ème partie) (4ème partie) (5ème partie) (6ème partie) (7ème partie) (8ème partie)

2. Cas pratique à l’hôpital

Pour ma part, je peux  exposer le cas concret d’une des dernières euthanasies à laquelle j’ai assisté. Cette histoire fait apparaître à la fois :

- le manque de solidarité de toute une société ;

- la pression exercée sur les soignants ;

- des médecins devenus plus militants que thérapeute.

Il s’agit d’une dame d’une soixantaine d’année dont les facultés cognitives et la capacité à se mouvoir se sont dégradées à cause des effets de la chimiothérapie. Elle est par ailleurs en rémission de son cancer. Elle dit avoir fait une demande anticipée d’euthanasie et renouvelle sa demande au vu de la dégradation de son autonomie et de ses pertes de mémoires importantes.

Face à cette demande d’euthanasie, la difficulté pour les soignants était triple, du fait de :

1. Ses pertes cognitives. Un jour, elle me  demande : « mais dans le fond vous me l’avez faite cette euthanasie ou non ? », comme s’il s’agit d’un traitement quelconque. Elle ne semble pas vraiment se rappeler de quoi il s’agit. Mais pour les médecins, c’est une bonne chose, elle a enfin prononcé le mot « euthanasie » ! C’est la première fois depuis longtemps, qu’elle en parle spontanément. Pour relancer la demande, le défi est de lui faire dire « je veux une euthanasie » sans avoir l’air de lui proposer, car dans la loi, la demande doit être volontaire et réitérée.

2. De la nature floue de sa souffrance (pas de douleurs ou de symptômes réfractaires au traitement). Au niveau physique elle n’a aucune douleur et est en rémission de son cancer. Donc, pas de maladie incurable, pas de décès à brève échéance. La seule solution est de trouver à quel point sa souffrance morale était insupportable. Lorsque les soignants s’assoient à côté d’elle pour discuter, elle retrouve le sourire et réclame que l’on reste davantage auprès d’elle. Pendant des semaines elle ne demande plus l’euthanasie. Cependant, dès qu’elle se sent seule, elle en reparle de manière assez vague.

3. De son entourage à l’influence inquiétante. L’entourage, constitué d’amis et peu de famille en raison de conflits, parait totalement inadapté. Il harcèle sans cesse les soignants en réclamant l’euthanasie de la dame. Les soignants se sentent mal à l’aise car ils comprennent bien que sous la demande de la patiente il y a une autre réalité : celle du sentiment d’abandon à cause du manque de solidarité. Les accompagnants sont sans doute sincères, cherchant pour la malade son bien-être. Mais leur bienveillance est dénuée d’empathie, ce recul nécessaire à une vraie solidarité. La patiente leur demande tout le long de l’hospitalisation une brosse à dents. Au lieu de brosse à dent, ils lui apportent ce qu’ils croient être bons selon eux : du vin, des gâteaux, mais ne satisfont jamais la demande de la dame.

De plus, la majorité des soignants éprouvent de la frustration car de nombreux dispositifs auraient pu être mis en place pour améliorer son confort et son désir d’être davantage entourée. Au départ, elle a accepté des structures adaptées à ses besoins, puis, sous l’influence de son environnement, elle y renonce. Ses proches sont enfermés dans l’émotion de voir leur amie handicapée. Ils ne supportent pas la voir différente. Toute autre solution que l’euthanasie leur parait inimaginable. Sur le petit carnet où ils lui laissent des messages  lorsqu’elle dort, il est question d’euthanasie à chaque page. On peut y lire des mots tels que : « N’oublie pas ton euthanasie, c’est ton droit, il faut que tu demandes aux médecins sinon ils ne te la feront jamais… ». 

C’est dans ce contexte, que les médecins favorables à la pratique de cette euthanasie, ont dû trouvé des arguments. Afin de contourner chacune de ces difficultés, et répondre légalement à la demande d’euthanasie, des « solutions » ont été trouvées :

1. Pour l’impossibilité d’évaluer correctement sa demande d’euthanasie à cause des pertes cognitives, il a été décidé de favoriser les convictions et demandes antérieures aux pertes de mémoire, (appuyés par la lettre anticipée d’euthanasie), plutôt qu’un changement d’avis qui pourrait être dû à ses pertes de mémoire.

2. D’autre part il fallait déterminer la nature de la souffrance morale. La diminution de son autonomie étant irréversible, c’est celle-ci qui crée une souffrance morale insupportable.

3. Enfin, en ce qui concerne la défaillance de solidarité influençant ses choix, l’argument en faveur de l’euthanasie a été : son entourage fait partie de son bien-être, même si l’influence sur sa personnalité et sur ses décisions sont néfastes, ce n’est pas à nous d’en juger. De même, ce n’est pas aux soignants de pallier le manque de solidarité.

Suite...

Source : plusdignelavie.com

 

Témoignage d'une infirmière : Entourer les personnes âgées

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie) (2ème partie) (3ème partie) (4ème partie) (5ème partie) (6ème partie) (7ème partie)

 

Un modèle de « belle mort » : le couple

« Un couple âgé du Brabant flamand a demandé et obtenu une double euthanasie. C’est une première en Belgique. L’homme, âgé de 83 ans, souffrait d’un cancer en phase terminale. Son épouse, âgée de 78 ans, qui présentait des maladies liées à la vieillesse, incurables et douloureuses, n’imaginait pas la vie sans son mari. Le couple n’avait pas d’enfant et était relativement isolé. Ils sont morts à leur domicile mardi[11]. »

Le Dr Marc Englert (professeur honoraire ULB, rapporteur à la Commission euthanasie) avance les arguments du Dr Marc Cosyns (généraliste à Gand), en faveur de cette euthanasie :

Objectif : minimiser les risques de souffrance due à un suicide raté (l’euthanasie étant une mort douce…) : « Je considère très important que ces personnes aient montré qu’on peut mourir ainsi et qu’un survivant désespéré ne doit pas nécessairement se procurer une corde ou un revolver mais qu’une solution légale est possible lorsque, comme cette femme, on souffre de maux incurables qui peuvent être démontrés. »[12]

Répondre à la solitude des personnes âgées :  « On sait que le nombre de suicides de gens âgés de plus de 80 ans est particulièrement élevé. Il en est certainement parmi eux qui sont restés seuls et qui souhaitent mourir pour cette raison. Ce n’est pas incompréhensible. Il y a des gens qui ont vécu une union fusionnelle avec leur partenaire, comme l’a si bien exprimé Jacques Brel dans “La chanson des vieux amants”. […] Mais en même temps, nous devons faire savoir à ceux dont les souffrances ne peuvent vraiment pas être soulagées que l’euthanasie est possible … »[13]

Le militantisme du couple leur donne tous les droits : « Bien que le fait soit rare, il ne serait pas unique. Le Dr Cosyns déclare connaître cinq cas récents similaires, dont deux qu’il a pratiqués lui-même. Il considère néanmoins que l’histoire de ce couple est particulière parce que les patients ont fait savoir dans leur nécrologie qu’ils sont morts le même jour et qu’ils remerciaient le médecin qui les avait aidés. Il estime qu’ils ont brisé un tabou et déclare qu’il les admire pour l’avoir fait[14]. »

L’épouse donc, qui « n’imaginait pas la vie sans son mari »[15], a été euthanasiée au motif de maladies liées à la vieillesse comme l’arthrite rhumatoïde. Rappelons que selon la loi belge, il n’est pas nécessaire d’être en phase terminale pour obtenir le droit à l’euthanasie et que le motif de souffrance insupportable est suffisant. Est-ce que la dégradation de la qualité de vie et la baisse de l’autonomie dues à la vieillesse peuvent justifier la pratique de l’euthanasie ? Du fait du nombre d’affections incurables (diabète, arthrose, ostéoporose, surdité, Alzheimer, etc..), les restrictions de la loi sur l’euthanasie sont une fiction.

[11]D’après « La Libre » du 28.03.2011, Englert M., « Mourir ensemble par euthanasie : une première ? », in Bulletin de l’ADMD Belgique, n° 120, juin 2011, p.11.

[12]D’après « De Morgen » du 28.03.2011, Englert M., « Mourir ensemble par euthanasie : une première ? », in Bulletin de l’ADMD Belgique, n° 120, juin 2011, p.11.

[13]Ibid.

[14]Ibid.

[15]Ibid.

(9ème partie) (10ème partie)

Source : plusdignelavie.com

 

Témoignage d'une infirmière : Mort de désespoir

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie) (2ème partie) (3ème partie) (4ème partie) (5ème partie) (6ème partie)

 

La solitude

Les soignants commencent à être préoccupés par le nombre croissant d’euthanasies de personnes profondément seules. Il s’agit du cas médiatique de Nathan, la personne transsexuelle dont on pressent le désespoir de ne pas être entouré. Rejeté et maltraité par sa famille, sa mère aura ces mots avant de lire la lettre de Nathan écrite avant sa mort : « Sa mort ne me fait rien. Je ne ressens aucune douleur, aucun doute, aucun remords. »[9]

« Nathan est né Nancy dans une famille qui comptait trois garçons, et avait été rejeté par ses parents, qui souhaitaient un nouveau garçon, selon le quotidien, qui l’a interrogé la veille de sa mort. Rêvant depuis son adolescence de devenir un homme, il avait successivement, entre 2009 et juin 2012, subi un traitement et deux opérations : une cure d’hormones, une ablation des seins, et un changement de sexe. Des opérations dont il n’était pas satisfait : sa poitrine restait trop forte et le pénis qu’on lui avait placé était « raté ». « J’avais préparé des dragées pour fêter ma nouvelle naissance, mais la première fois que je me suis vu dans le miroir, j’ai eu une aversion pour mon nouveau corps, avait raconté Nathan. J’ai eu des moments heureux, mais au final la balance penchait du mauvais côté », avait-il résumé, estimant être « resté quarante-quatre ans de trop sur cette terre ». »[10]

La maladie mentale, une dépression, ont-elles été diagnostiqué ? A-t-il déjà été suivi par un psychiatre, un psychologue ? Officiellement, il ne s’agit pas de dépression, ce critère n’entrant pas dans le cadre de la loi. Pour accepter la demande d’euthanasie, il a donc été conclu que Nathan est dans une détresse morale insupportable à cause d’un corps qu’il n’a jamais accepté.

[9]Rebillat C., « Un transsexuel euthanasié après avoir changé de sexe », Paris Match, 02 octobre 2013.

[10]Le Monde.fr, « Après un changement de sexe raté, un Belge obtient le droit à l’euthanasie », Le Monde, 02 octobre 2013.

(8ème partie) (9ème partie) (10ème partie)

Source : plusdignelavie.com

 

Témoignage d'une infirmière : La valeur de la vie d'une personne âgée

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie) (2ème partie) (3ème partie) (4ème partie) (5ème partie)

 

La vieillesse comme souffrance

Christian de Duve, Prix Nobel de médecine en 1974, est décédé par euthanasie le 4 mai 2013 à l’âge de 95 ans. En lui rendant hommage la présidente de l’ADMD ne parvient pas à démontrer que le professeur entrait dans les critères de la loi : « Doit-on encore se justifier lorsque l’on choisit l’euthanasie ? »[6] Pour quelle raison choisir la mort à 95 ans, dans un état physique et mental encore bon ? Le professeur se rendait tous les jours à la piscine et participait régulièrement à des émissions de télévision. Le premier signe de faiblesse (une chute) lui a fait comprendre la vulnérabilité naturelle due à la vieillesse.

Peu importe que Christian de Duve ne souffrait d’aucune maladie incurable, la vieillesse peut être considérée comme une souffrance. Le Premier ministre Elio di Rupo a lui-même salué « l’engagement de citoyen dont a fait preuve Christian de Duve tout au long de son existence »[7]. Cet hommage rendu nous révèle une idée centrale : l’euthanasie est un « geste citoyen », un modèle de société. L’exemple de sagesse du Prix Nobel a eu les honneurs de la presse : tous ont applaudi sa lucidité et sa force. Une journaliste du quotidien Le Soir nous raconte sa dernière entrevue avec le vieil homme : « Je suis beaucoup plus proche de la mort que ça, je dois organiser ma disparition », m’a-t-il dit. Il avait eu un malaise et il est resté par terre, sans pouvoir se relever. Il a reconnu que ça a été le signal. C’est un homme extrêmement digne, heureux et satisfait de sa vie […] mais de fait, affaibli. »[8]

Son euthanasie apparaît comme un choix évident, même, un acte de générosité, d’avoir décidé de mourir avant de coûter à la société. La valeur de la vie dépendrait donc de sa capacité à produire de bon et d’utile dans une société (mobilité, vitalité, prouesse), jusque dans la maîtrise de sa mort. Peut-on demander l’euthanasie en prévision d’un état de déclin dû à l’âge ? Quelle image relayée à travers les médias cela donne-t-il  à la personne âgée ?

[6]Herremans J., « Christian de Duve, merci ! » in Bulletin de l’ADMD, n° 128, juin 2013, p.8.

[7]de Decker C., Colart L., « Décès de Christian de Duve : Une personnalité scientifique exceptionnelle», Le Soir, 6 mai 2013.

[8]Propos recueillis par Delvaux B., « Si on continue comme cela, ce sera l’apocalypse, la fin », Le Soir, 10 avril 2013.

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Source : plusdignelavie.com

 

Témoignage d'une infirmière : L'euthanasie par anticipation

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie) (2ème partie) (3ème partie) (4ème partie)

III. La souffrance morale : le nouvel éden de la « bonne mort »

À travers des exemples de mise en scène médiatique de morts jugées « exemplaires » ; puis à travers une euthanasie vécue récemment, je voudrai montrer comment l’euthanasie s’érige comme une idéologie. Onze ans après la dépénalisation de l’euthanasie, de plus en plus de demandes ont trait à la souffrance morale. Au niveau éthique, ces demandes posent de nombreuses questions, elles font souvent l’objet de discussions et de désaccords entre soignants, tant elles sont à la frontière du légal.

Les médias, eux, n’émettent aucune contradiction ou sollicitation à la prudence. Les euthanasies qu’ils exposent peuvent ainsi apparaître comme une étape logique d’extension naturelle de la loi. 

1. Cas médiatiques qui façonnent le dogme de la « bonne mort »

Anticipation d’une souffrance future

Il s’agit de personnes qui ne souffrent pas dans le présent mais qui anticipent de probables souffrances liées, par exemple, à la perte d’autonomie.

« Marc et Eddy Verbessem, des jumeaux monozygotes (vrais jumeaux) nés sourds. Tous deux cordonniers dans la région anversoise, les frères – inséparables –  ont toujours vécu sous le même toit. C’est l’annonce d’un diagnostic d’une maladie oculaire dégénérative, un glaucome avec perte progressive de la vision pouvant mener à la cécité, qui fut l’élément déclencheur de l’issue fatale, révélée ce week-end dans la presse néerlandophone. Car si pour ces deux hommes de 45 ans, nés avec ce handicap, le fait d’être privés de l’ouïe n’était pas un réel problème, l’idée de ne plus pouvoir se voir et de perdre toute autonomie leur est apparue littéralement insupportable. Une longue réflexion les a amenés à prendre peut-être la plus lourde des décisions : demander l’euthanasie. Voici un an, donc, que les deux frères ont entamé les démarches nécessaires. Le 14 décembre dernier, réunissant apparemment toutes les conditions légales requises, ils se sont rendus à l’UZ Brussel de Jette. »[3] 

Nous pressentons le danger éthique sous-entendu : peut-on euthanasier des personnes qui ne relèvent pas des critères de la loi, au nom d’une souffrance potentielle future ? Dans cette situation particulière, la demande d’euthanasie est justifiée en fonction de critères légaux et non éthiques. Une journaliste a demandé à Jacqueline Herremans, présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et membre de la Commission de Contrôle des euthanasies, si « La demande d’euthanasie répondait aux conditions légales »[4], soulevant-là qu’il s’agissait exclusivement d’une « souffrance psychique ». La présidente a répondu : « En effet, ils ne souffraient pas de réelles douleurs physiques. Cela dit, si l’on s’en réfère aux trois conditions essentielles de la loi, ils répondent aux critères. Cela faisait un an qu’ils étaient en demande. Pour ce type de cas, pour lequel le décès n’est pas prévisible à brève échéance, il faut à tout le moins deux médecins consultants, le second s’attachant plus particulièrement à la qualité de la demande. Il faut voir s’il s’agit bien d’une demande volontaire, réitérée et réfléchie et si l’on a aussi bien examiné toutes les pistes possibles avant d’en arriver à cette décision. La deuxième condition est la souffrance, qui peut être d’ordre physique ou psychique, ce qui était en l’occurrence le cas. La troisième condition est que la souffrance est causée par une affection grave et incurable, ce qui est le cas aussi. Actuellement du moins, même si à l’avenir, on peut espérer trouver des solutions. »[5]

Les conditions de la loi sont donc réunies. En revanche, remettre en question le regard de la société face à la détresse de ces malades, ou bien soulever le manque de créativité dans les relations humaines, ou enfin, envisager d’accompagner les jumeaux à s’adapter à leur handicap, de tout ceci il n’en est pas question.

[3]Dardenne L., La Libre.be, « Euthanasie: unis, à la vie. Et à la mort. », 14 janvier 2013.

[4]Ibid.

[5]Dardenne L., La Libre.be, « La demande d’euthanasie répondait aux conditions légales », 14.01.2013.

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Témoignage d'une infirmière : Des soignants contraints au silence

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

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II. Omerta et marginalisation des soignants

C’est à partir de ces situations vécues que je me suis rendue compte que les soignants étaient délibérément maintenus dans l’ignorance ou contraints au silence.

La méconnaissance de la loi sur l’euthanasie et la fin de vie

Dans un des services où j’ai travaillé, certains patients sont accueillis le matin dans une chambre et en sortent deux heures après en direction de la morgue, après l’euthanasie programmée par l’oncologue. Les infirmiers ne sont pas mis au courant. On peut aisément se figurer le choc émotionnel que ce manque délibéré d’information et de communication, peut provoquer. Même s’ils sont ébranlés, les soignants ne se révoltent pas car ils connaissent peu ou mal la loi. Aucune formation ne leur est proposée. 

La peur des représailles

Dans ce même service, la direction (médecins, directrice des soins, cadres de santé) place les soignants dans la peur des représailles. Beaucoup d’entre eux expriment régulièrement la peur de perdre leur emploi s’ils venaient à remettre en question le système. Cette peur est fondée : certains soignants désireux de quitter le service ont été menacés d’exclusion de l’ensemble du réseau dont la structure hospitalière fait partie, la direction pouvant exercer des pressions pour qu’ils ne retrouvent pas de travail.

La parole des infirmiers tue

Lors des réunions d’équipe pluridisciplinaire, créées à l’origine pour échanger nos points de vue sur la prise en charge des patients, la parole des infirmiers est complètement tue. Personne n’ose parler des euthanasies vécues difficilement ou des questionnements par rapport à certaines décisions médicales. Lorsqu’un infirmier remet en question une euthanasie, la conversation portant sur le fond et les faits est détournée. Les médecins et cadres de santé y répondent systématiquement par la même antienne : « l’acte était choisi, humain ». 

Aucune voie de recours

N’ayant pas été entendue par mes responsables directs, je me suis rendue auprès de la direction pour dénoncer ces actes illégaux. La directrice des soins ne m’a pas écoutée. Elle m’a enjoint de me taire. Aussi, les recours en justice paraissent impossibles, il faut pour cela des preuves, des témoignages de familles qui souhaitent s’engager et dénoncer, et le courage des soignants d’affronter tout un système de santé qui protège les médecins.

Depuis onze ans, la Commission de contrôle et d’évaluation des euthanasies n’a jamais, pas une seule fois, transmis de dossier à la justice[2], ni retenue de pratique inquiétante parmi les dossiers pour lesquels il a été demandé des précisions. Cela montrait-il que la loi n’est pas si restrictive et que les conditions réunies peuvent être facilement manipulées ?

S’ajoutent à ce contexte, des demandes de plus en plus importantes d’euthanasie pour cause d’une souffrance morale insupportable lorsque la personne est lasse de vivre dans son état de vie, même lorsqu’elle ne souffre pas de maladie incurable ou de souffrance physique.

[2]Rapport aux chambres législatives de la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, tous les deux ans depuis 2004.

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Témoignage d'une infirmière : Valeur de l'agonie


Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

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En Belgique, les mentalités ont changé

Après onze ans de pratique légale d’euthanasie en Belgique, les mentalités autour de l’image de la mort changent profondément. De plus en plus, contrairement à l’euthanasie, la sédation palliative en fin de vie est considérée comme une mort sans aucun sens, dénuée d’humanité et décourageante. Certains médecins la considèrent même comme hypocrite si on l’assimile à une mort naturelle : « Assimiler sédation et mort naturelle est en fait une construction qui permet d’évacuer un sentiment de culpabilité et de considérer l’acte comme moralement bon, supérieur aux autres interventions médicales possibles. »[1]

Il est certes difficile pour les proches d’accompagner une personne en fin de vie. Cependant, j’ai remarqué au fil de mes différentes expériences (en unité de soins palliatifs en France puis en oncologie et unité de soins de supports en Belgique), combien les idées et les choix d’une famille sont influencés par l’image que l’équipe soignante leur renvoie du patient, d’eux-mêmes et de leur situation. La difficulté pour une famille de vivre l’agonie de proche, est en grande partie liée à la perception que l’environnement (soignants, institution, société) a de l’agonie.

Lorsqu’une équipe soignante est au clair sur un projet commun d’accompagnement des personnes en vie, mais également sur sa représentation de la mort et sur l’intention qu’elle met derrière la sédation palliative (elle n’est pas « faire mourir la personne » mais « soulager les souffrances »), l’accompagnement de la famille est beaucoup plus serein. Au contraire, lorsqu’il existe la possibilité d’euthanasie, peut s’ancrer dans les esprits l’idée d’une mort plus « rapide, indolore, propre, nette ». Le temps de l’agonie ne possède alors plus de valeur, plus d’existence, c’est un morceau de vie qui est considérée comme superflu. Cette confusion tient au fait que la loi belge, contrairement à la loi Léonetti,  n’encadre pas la pratique de la sédation, ne la définit pas et ne l’intègre pas dans la pratique des soins.

[1] Lossignol D., Damas, F., « Sédations continue : considérations pratiques et éthiques »,  Rev. Med Brux.,  2013, p.27.

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Témoignage d'une infirmière : Exemples concrets

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

(1ère partie)

  • Monsieur R. n’a jamais demandé l’euthanasie : il a été libéré par « compassion »

C’est la parole d’un oncologue juste après l’euthanasie de Monsieur R. Quelques jours plus tôt, le médecin vient annoncer à l’épouse du malade que son mari est en phase terminale d’un cancer pulmonaire. Le médecin ajoute que le patient « souffrira énormément, bien qu’actuellement il ne présente aucun signe de douleur ni de tristesse ». L’épouse demande au spécialiste de ne dire mot à son mari « pour ne pas qu’il souffre davantage » et sollicite par la même occasion qu’on l’euthanasie pour lui épargner « l’horreur de la fin de vie ». Monsieur R. mourra par euthanasie sans jamais avoir eu connaissance de l’existence de sa maladie et sans avoir décidé ou même évoqué une seule fois le souhait d’avoir recours à l’euthanasie.

Suite à cette euthanasie, je demande des explications à mes supérieurs au cours de la réunion interdisciplinaire. En chœur, le psychologue, le chef d’unité, le chef infirmier et les oncologues, m’expliquent combien cette mort a été « douce, paisible et sans douleur », « une fin de vie digne » en somme. Sur un ton infantilisant, ils me rappellent qu’« en tant que soignant, il faut être compatissant », que « le pronostic vital  de Monsieur R. était compromis à brève échéance » et  qu’« il aurait certainement souffert de manière atroce ». L’aplomb du discours, la logique, en apparence, implacable du raisonnement, réduisent au silence les soignants.

  • Monsieur L. a « bénéficié » d’une euthanasie dans l’urgence, pour pallier des douleurs aiguës non suffisamment soulagées

Monsieur L. souffre d’un ostéosarcome du fémur droit. Hospitalisé, il a évoqué l’euthanasie au cas où son état se dégraderait. Un jour, alors qu’il est pris d’une crise de douleur foudroyante, sa femme, désespérée, appelle au secours le personnel médical : selon elle, il faut impérativement répondre à la demande d’euthanasie de son mari. Les infirmiers, paniqués, appellent d’urgence l’oncologue. Ils proposent d’augmenter les doses de morphine et de mettre en place un protocole de sédation provisoire, afin d’apaiser les symptômes et l’état de détresse. Mais l’oncologue refuse. Au milieu de l’angoisse et de l’agitation, le médecin ordonne aux soignants une préparation létale qu’il administre aussitôt à monsieur L. Un an après, l’épouse revenait dans le service et accusait les soignants d’avoir « assassiné son mari ».

L’oncologue est réticent à employer des traitements morphiniques. Aujourd’hui encore, malgré l’usage fréquent et bien maîtrisé de la morphine, certains médecins en ont encore peur. De nombreux patients subissant des souffrances terribles ne sont pas suffisamment soulagés. Dans ce contexte, nous pouvons aisément imaginer combien le désespoir peut être à l’origine d’une demande d’euthanasie. D’autre part, le contexte d’urgence dans lequel a été pratiqué cette euthanasie a conduit à une mort brutale, inhumaine et profondément choquante, aussi bien pour l’épouse que pour les soignants. Pourtant, rappelons-le, le patient entre dans les critères de la loi : demande réitérée/souffrance insupportable/maladie incurable, etc.

  • Madame G., « délivrée » d’une agonie trop longue

Une sédation palliative a été administrée  à Madame G. : elle est dans le coma depuis cinq jours. Sa famille, angoissée, guette le moindre signe de fin de vie. L’équipe soignante, continuellement sollicitée, est éprouvée par l’agitation incessante. C’est alors que le médecin, manifestement lassé par l’agonie, décide d’« abréger les jours » de Madame G., pour la « délivrer de la déchéance ». Personne ne dénonce ce geste, qui, dans l’imaginaire de la famille et des soignants, témoigne de l’altruisme et de l’humanité du médecin. Un geste pourtant brutal qui règle de manière radicale le « problème de l’agonie ».

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Source : plusdignelavie.com

 

Témoignage d'une infirmière : les consciences manipulées

 

Euthanasie : le « modèle » belge à la dérive

par Claire-Marie Le Huu-Etchecopar

Infirmière, Bruxelles

Comme nombre de professionnels de santé en Belgique, Claire-Marie Le Huu-Etchecopar dénonce, sur la base d’une observation de terrain, les dérives dans l’application de la loi relative à l’euthanasie du 28 mai 2002. Son témoignage est important, il contribue à la réflexion.

Naturellement, « Plus digne la vie » se fera un devoir de publier, comme il l’a fait par le passé, tout autre document présentant selon des points de vue différents les pratiques dans les pays qui ont dépénalisé l’euthanasie.

Lors de sa conférence de presse le 14 janvier 2014 François Hollande a énuméré les termes de la loi belge sur l’euthanasie sans jamais évoqué le mot. En Belgique, on se targue d’une loi sans dérives, contrôlée de manière absolue par une Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie. À ce jour, selon cette Commission, absolument toutes les euthanasies recensées ont été effectuées selon les conditions et la procédure prévues par la loi du 28 mai 2002.

Infirmière à Bruxelles, j’ai d’abord travaillé dans un service d’oncologie puis dans une unité de soins de support. De la sorte, j’ai rapidement été confrontée aux demandes et à la pratique d’euthanasies. Depuis six ans, j’ai observé combien cette loi ébranle considérablement les liens de solidarité que nous avons envers les malades. Plus que la mise en lumière de procédures bancales, nous assistons aujourd’hui à un changement radical des mentalités concernant la mort et l’accompagnement des mourants.

I. Euthanasies légales, éthiquement bancales

Depuis mon arrivée en Belgique en 2008, j’ai été le témoin direct de nombreuses euthanasies. Toutes ont été reconnues légales et inscrites de manière officielle dans les dossiers médicaux des patients. Dès ma prise de fonction et malgré des connaissances au départ limitées, j’ai détecté de graves défaillances d’ordre éthiques et déontologiques. À travers mon expérience personnelle dans des services de soins pratiquant l’euthanasie en Belgique, je souhaite montrer qu’il est possible, dans une chambre d’hôpital comme sur un plateau de télévision, de manipuler les opinions et les consciences, pour métamorphoser l’euthanasie en une idéologie du « mourir dignement ».

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Source : plusdignelavie.com

 

Dr Bertrand Galichon : A la source de notre dignité

 

Quelle est la source de notre dignité ?

par le Dr Bertrand Galichon, urgentiste, 25/04/2014

Pour pouvoir répondre à cette question posée en fin de notre dernière chronique, il nous faut partir du début, de l’incarné, de notre humanité: de quoi sont faites nos personnes respectives et uniques ? Il est intéressant de constater que les grandes traditions humaines ont de tous les temps considéré que nous étions faits de trois éléments différents : corps, esprit et âme. Cette trinité (certes avec un petit t !), prévient notre tentation de nous enfermer dans une confrontation binaire corps contre esprit, manuel contre intellectuel, comme un garde-fou  pour ne pas « perdre notre âme ». Comme si un essentiel, un liant, une cohérence était ailleurs, insaisissable. Pour ce qui est du corps et de l’esprit, tout le monde voit de quoi il s’agit et peut en donner une définition claire.

Quid de l’âme.

Mais pour ce qui de l’âme, il en va tout autrement. Voilà une notion non opérante en voie de passer par les oubliettes de nos sociétés dites libérales. Par exemple, est-ce que le mot âme a été évoqué dans les derniers débats éthiques ?

Amusez vous, comme je l’ai fait de demander autour de vous la définition de l’âme. Comme pour la dignité, chacun a sa petite idée ou bien souvent très floue. Les plus cultivés vous parleront de « l’anima », du principe de la vie, de la pensée sans aller plus loin (on reste dans l’intellectuel, le doctus cum libro), les autres vous diront « ah oui ?! ». Deux de mes enfants à qui je posai la question m’ont étonné. L’un m’a répondu : « ce que jamais je ne pourrai te prendre ». L’autre : « ce qui me différencie radicalement de toi ». Le premier renvoie à ce qui fait l’essentiel, la colonne vertébrale comme l’âme d’une corde ou d’un tronc. Le deuxième met en avant l’unique. Ainsi, les brancards brinquebalants évoqués dans notre chronique précédente, jouissent aussi de la même âme (blessée certes) que vous et moi et à ce seul titre donc de la même dignité. Bartolomeo de Las Cases ne nous contredira pas.

Réalité relationnelle.

A ce stade de notre réflexion, je ne peux pas m’empêcher de faire appel à François Cheng dans « Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie », chez Albin Michel, en page 71 : « en Occident comme dans bien d’autres cultures, une tradition presque immédiate a décelé en chaque être humain quelque chose que l’esprit seul ne recouvre pas, quelque chose d’intime, de secret, qui lui est propre ; qui comporte son étonnante capacité à ressentir, à s’émouvoir, mais également sa part inconsciente, jamais tout à fait élucidée ; qui, enfoui au plus profond de son être, indivisible, constitue la marque même de son unicité. » Ainsi pour poursuivre cette idée chère à François Cheng, l’âme vient habiter, donner vie à ce vide médian qui me sépare de l‘autre ou qui me lie à lui. L’altérité convoque notre dignité, la fait vivre ou la blesse. Ainsi, ma dignité n’est pas une entité rationnelle mais vérité relationnelle ouverte qui ne m’appartient pas exclusivement. Elle donne toute sa marque à notre altérité.

Ouverture spirituelle.

Notre ouverture au spirituel, forme accomplie d’altérité, mobilise en premier lieu notre âme, mais qu’en est-il en particulier de notre corps ? Doit-il être considéré que comme un objet biologique stricto sensu ? Non, je croie fondamentalement que notre personne entière, de par son unité, participe de notre dignité. Ainsi notre corps a une valeur spirituelle. Pourquoi, la semaine dernière à l’enterrement d’un de mes oncles, nous nous sommes signés à l’entrée de ses cendres dans l’église ? Pourquoi sommes-nous venus bénir son corps à la fin de la cérémonie? Il y va bien plus que du respect, qu’une marque d’affection ou qu’un signe d’adieu. Nous reconnaissons la valeur spirituelle de tout l’être disparu.

(...)

Source : fiamc.org