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Euthanasie, funérailles et derniers sacrements

par fsspx.news, 08/04/2017

L’extrême-onction et les funérailles religieuses sont incompatibles avec l’euthanasie. C’est en substance le sens des nouvelles directives de plusieurs évêques canadiens concernant l’accompagnement pastoral des personnes demandant le suicide assisté ou l’euthanasie. 

Les évêques canadiens des provinces de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest ont publié en français, le mois dernier, un texte qui avait été rendu public en anglais en septembre 2016. Ce document de trente-quatre pages se veut un « vade-mecum pour les prêtres et les paroisses ».

Les évêques évoquent la légalisation de l’aide médicale à mourir, votée par le Sénat canadien le 17 juin 2016. Elle est maintenant autorisée « sur le plan légal, mais cela ne change en rien la loi morale », écrivent-ils. « Ces pratiques sont de graves affronts à la dignité de la vie humaine ». Tant que le pénitent n’entend pas reconsidérer sa décision et choisit, en conscience, d’entreprendre ce chemin, le prêtre n’est donc pas admis à administrer les derniers sacrements. Concernant les funérailles, si l’Église les refusait, « elle ne le ferait pas pour punir cette personne, mais pour reconnaître sa décision qui est contraire à la foi chrétienne », expliquent les évêques.

(Source : Radio Vatican)

 

 

Lettre pastorale aux catholiques du Québec proposant un parcours de réflexion sur les soins de fin de vie à la lumière de la Parole de Dieu

par Assemblée des évêques catholiques du Québec, décembre 2015

« L'Assemblée des évêques catholiques du Québec est  intervenue  à maintes reprises, au cours du débat  entourant  le  projet  de  loi  52  sur  l'aide
médicale  à  mourir, pour redire  sa  conviction  profonde  —  qui  est  celle de l'Église  — que la vie humaine doit être protégée et respectée jusqu'à
sa fin  naturelle.  Comme  l'écrivait notre  regretté  président, Mgr Pierre-André  Fournier,  le  6  juin  dernier  au  lendemain  de  l'adoption  de  la
loi 52,  “l'euthanasie,  même  légalisée,  est  tout  à  fait  contraire  à  la  dignité de la vie et de la personne”. » — Extrait de la déclaration du 6 février 2015 1 de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec

Pour de nombreux catholiques de chez nous,  comme pour bien d'autres Québécois et  Québécoises de  toutes croyances et  convictions,  le  débat  des dernières années sur les soins à  donner  aux personnes qui  sont en phase  terminale  et  sur les conditions nécessaires pour  «  mourir  dans  la dignité »  a  été  l'occasion  d'une  profonde réflexion et d'un douloureux questionnement.

D'une part,  beaucoup partagent avec l'Église  la conviction que la  vie humaine doit  être  protégée  et  respectée  jusqu'à  sa  fin  naturelle  sans  intervention,  médicale  ou autre,  pour  provoquer directement  la  mort:  l'euthanasie,  même  sous  l'appellation d'« aide médicale à  mourir »,  ne doit pas être considérée comme une  option. Mais d'autre   part,   on   reste   toujours   bouleversé   par  les  souffrances  physiques  et
psychologiques  de  personnes  qui  vivent  une  longue  et  difficile  agonie  et  qui,  si elles n'ont pas accès à de véritables soins palliatifs,  demandent parfois qu'on mette fin à leur vie.

1. Témoigner de notre espérance

Ce  débat a fait  surgir des questions fondamentales qui sont  parmi les plus délicates et  les plus difficiles.
Qu'est-ce  que  la  compassion  ?  Qu'est-ce vraiment  que  la dignité  ?  Qu'est-ce,  en vérité,  que  vivre  et mourir  dans la  dignité  ? Comment apporter  soutien  et  réconfort  aux  grands  malades  incurables  le  plus  humainement
possible ? Comment  accompagner avec  empathie ceux et celles qui vont mourir ?
Comment se préparer soi-même aux dernières étapes de cette vie et à la mort ?

Sur  ces  enjeux,  bon  nombre  des  opinions,  des  idées  et  des  propositions  qui circulent maintenant  dans notre milieu ne font  référence  ni  à Dieu,  ni  à l'Évangile de  Jésus-Christ,  ni  à  la  foi  de  l'Église.  Pour  nous,  catholiques  du  Québec,  les
occasions d'affirmer notre  foi  et  de  promouvoir  nos  convictions  vont  donc  se multiplier dans une société  dont les valeurs dominantes sont parfois différentes de celles que nous chérissons.

Dans  ce  contexte,  les  paroles  de  l'apôtre  saint  Pierre,  dans  sa  première  lettre, paraissent d'une grande actualité:
« Soyez  prêts  à  tout  moment  à  présenter  une  défense  devant  quiconque vous  demande  de  rendre  raison  de  l'espérance  qui  est  en  vous;  mais faites-le avec douceur et respect 2. »

C'est  dans cette  perspective  que  les évêques du Québec  interviennent  de  nouveau aujourd'hui:  d'une  part,  pour  faire  le  point  après  l'adoption  de  la Loi  concernant les soins de fin de vie (la « loi  52 ») et,  d'autre part,  pour proposer un  parcours de réflexion sur ces soins à la lumière de la Parole de Dieu.

Certes,  il  se  trouve  bien  des  personnes,  même  parmi  les  catholiques,  qui  ont accueilli   favorablement   le   projet   de   loi   et   ont   applaudi   son   adoption   par l'Assemblée   nationale.  Puissions-nous  cheminer  ensemble   en   toute   sérénité, malgré les divergences d'opinion,  à l'écoute de la Parole de Dieu et de l'expression des convictions portées par l'Église universelle 3.

2. La nouvelle situation légale au Québec

Au terme d'un long processus de  consultation publique et après un débat  sous des gouvernements  successifs  formés  par  deux  partis  politiques  différents,  la Loi concernant les soins de fin de vie a été adoptée par l'Assemblée nationale le 5 juin 2014 4 par  un  vote  de  quatre-vingt-quatorze  voix  contre  vingt-deux.   C'était  une  très  nette  majorité,  mais  non  pas  le  consensus  annoncé  par  les  promoteurs  du projet de loi. De  fait,  le  conseil des ministres lui-même  était profondément  divisé sur la question puisque onze des vingt-sept ministres ont voté contre 5.

La  nouvelle  loi  englobe  sous  l'appellation de  «  soins de  fin de  vie  » à  la  fois les soins palliatifs et l'« aide médicale à mourir »
qu'elle définit de la façon suivante 6 :
- les soins palliatifs sont, selon les termes de cette loi, ...
« les soins  actifs  et  globaux  dispensés  par  une  équipe  interdisciplinaire aux  personnes atteintes d'une  maladie  avec  pronostic  réservé,
dans le but de soulager leurs souffrances, sans hâter ni  retarder la mort, de  les aider à  conserver la  meilleure  qualité  de  vie  possible  et  d'offrir à  ces personnes et à leurs proches le soutien nécessaire; »
 - et l'«aide médicale à mourir» consiste, toujours d'après cette loi, en ...
« un soin consistant en l'administration de  médicaments ou de substances par un  médecin à  une  personne en fin de  vie, à la demande  de  celle-ci,
dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès. »

La  différence  entre  les  deux  pratiques  saute  aux  yeux.  Les  soins  palliatifs  sont vraiment, comme leur nom l'indique,  des soins;  ils sont dispensés «dans le but de soulager  les  souffrances,  sans  hâter  ni  retarder  la  mort».  L'«aide  médicale  à mourir», c'est le contraire: elle consiste à renoncer aux soins palliatifs,  à cesser en fait tout soin au malade et à provoquer directement et délibérément sa mort.

Cette  «aide  médicale  à  mourir » que  le  médecin  pourra  pratiquer,  à  la  demande d'une  personne qui est en fin de  vie,  correspond de  fait à  la définition courante de l'euthanasie:
« Euthanasie: usage  de  procédés qui permettent d'anticiper ou  de  provoquer la mort, pour abréger l'agonie d'un malade incurable, ou lui épargner des souffrances extrêmes 7. »

En termes clairs,  donc : la Loi  concernant les soins de  fin de  vie permet  à  une personne  qui  est  en  phase  terminale de  demander et  d'obtenir  d'être  euthanasiée  par un médecin.

L'Assemblée  des  évêques  tient  à  redire  aujourd'hui  ce  qu'elle  a  affirmé  tout  au long des débats et consultations des dernières années:
ce que la nouvelle loi désigne  sous  le  nom  d'«  aide  médicale  à  mourir  »  est,  en  vérité,  l'euthanasie  sur demande.  Ce  n'est  pas  un  soin  et  ne  devrait  jamais être  associé,  de  quelque  façon que ce soit, aux véritables soins de fin de vie que sont les soins palliatifs.

3. L'intervention de la Cour suprême

La  loi  québécoise  sur  les soins de  fin de vie  précise  bien  que  l'« aide  médicale  à mourir » ne sera accessible qu'à des personnes qui sont déjà « en fin de vie ».

Mais la Cour suprême du Canada  n'a pas repris cette condition dans son jugement du 6 février 2015.

En  effet,  appelée  à  statuer sur  les articles du Code criminel  interdisant  l'euthanasie,  la  plus haute  cour  du  pays
  les a  invalidés « dans la mesure  où  ils prohibent l’aide d’un médecin pour mourir à une personne adulte capable qui  (1) consent clairement à mettre fin à sa vie; et qui (2) est  affectée  de  problèmes  de  santé  graves  et  irrémédiables  (y  compris une  affection,  une  maladie  ou  un  handicap)  lui  causant  des  souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition. 8 »

Il  faut bien  noter qu'il  n'est pas seulement  question ici  d'un mourant  ou  d'un  malade qui est en phase terminale,  mais de quelqu'un ayant des «
problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) ».

L'exemple  des dérives  observées en Belgique,  où  l'euthanasie  en fin  de  vie  a  été légalisée  il  y  a  une  douzaine  d'années,  vient  alors  à  l'esprit.  Le  témoignage  des évêques belges,  dans une déclaration publiée récemment dans les journaux de leur pays, laisse entrevoir à ce sujet des perspectives fort inquiétantes:
« Depuis  la  loi  de  2002  sur  l’euthanasie,  le  constat  s’impose:  la  dérive prédite  à  l’époque  est  devenue  réalité.  Les limites de  la  loi  sont  systématiquement  contournées,  voire  transgressées.  L’éventail  des  groupes de  patients  entrant  en  ligne  de  compte  pour  l’euthanasie  ne  cesse  de s’élargir. La souffrance existentielle, comme, par exemple, la fatigue de vivre, est ainsi placée sans hésitation dans le champ d’application de la loi  sur l’euthanasie par des personnes ayant  autorité dans la société  – sans indice de désordre psychologique ou  psychiatrique sous-jacent, ce
qui d’ailleurs n’est pas de la compétence de la médecine.

« Demande  est  aussi  faite  d’un  nouvel  élargissement  de  la  loi  afin  de pouvoir  procéder  à  l’euthanasie  de  personnes  démentes,  et  ce  à  un moment précédemment indiqué par elles, sur base  d’une déclaration de volonté anticipée 9. »

4. L'aide dont les mourants ont vraiment besoin

« Le jugement rendu aujourd'hui par la Cour suprême du Canada ... nous incite  à  redoubler d'efforts pour promouvoir les soins palliatifs et pour
insister pour qu'ils soient accessibles à tous, dans toutes nos régions. » Extrait de la déclaration du 6 février 2015 de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec

Aider les mourants, c'est d'abord en prendre soin.
C'est les accompagner,  les soulager,  les consoler,  les soutenir moralement et spirituellement,  en leur offrant tous les soins médicalement et humainement  possibles, y compris,  le temps venu,  les soins palliatifs,  qui  doivent absolument être  accessibles à tous.

C'est  aussi  savoir  renoncer  à  l'acharnement  thérapeutique,  c'est-à-dire  cesser  des traitements inutiles, disproportionnés,  périlleux ou trop pénibles qui sont une sorte de refus de la mort qui doit venir en son temps. Cet arrêt de traitement est une décision tout à fait légitime qu'il ne faut surtout pas confondre avec l'« aide médicale à mourir ». Cesser un traitement qui ne sert à rien ou « débrancher » quelqu'un qui
ne pourra jamais recouvrer la santé et qui est maintenu en vie artificiellement n'est pas de l'euthanasie; c'est  tout simplement  laisser mourir  quand  le  temps est venu.

Comme le dit le Catéchisme  de l'Église  catholique, « on ne veut  pas ainsi  donner la mort; on accepte de ne pas pouvoir l'empêcher 10. »

Aider les mourants, c'est également les aider à se préparer à la mort et  au passage dans la vie  éternelle,  en particulier par la  prière pour eux et, s'ils le souhaitent,  par les sacrements et la prière avec eux.

Aider les mourants,  c'est les aider à bien mourir, en prenant bien soin d'eux,  et non pas les faire mourir.

Il  s'agit,  pour  reprendre  les  mots  de  conclusion  du  mémoire  de  l'Assemblée  des évêques   catholiques   du   Québec   à   la   commission   spéciale   de   l'Assemblée nationale « sur la question de mourir dans la dignité » de rendre la fin de vie «  la  plus  humaine  et  la  plus  humanisante  possible,  tant  pour  les individus  que  pour  notre  société.  Nous  pensons que  ce  sera  le  cas  si cette  fin  survient  à  son  heure  :  pas  avant  par  euthanasie  ou  aide  au suicide, pas après à cause d’acharnement thérapeutique 11. »

5. La grâce des sacrements

« Ainsi,  comme  les  sacrements  du  Baptême,  de  la  Confirmation  et  de l’Eucharistie  constituent  une  unité  appelée ‟les sacrements de  l’initiation  chrétienne”,  on  peut  dire  que  la  Pénitence,  la  Sainte  Onction  et l’Eucharistie, en tant  que  viatique, constituent, quand la vie chrétienne touche  à  son  terme, ‟les  sacrements qui  préparent  à  la  Patrie”  ou  les sacrements qui achèvent la pérégrination. » — Catéchisme de l'Église catholique, no 1525.

Dans l'aide pastorale et  le  soutien spirituel qu'on peut  offrir à l'approche  de  la  fin de cette  vie,  une place toute  spéciale  revient  aux sacrements de la Pénitence et de la Réconciliation, de l'Onction des malades et de l'Eucharistie.

La  célébration de  l’Onction des malades,  en particulier,  est un signe  privilégié de la  tendresse  de  Dieu  et  de  sa  miséricorde.  Aux  personnes  qui  hésiteraient  à recevoir  ce  sacrement ou à  le demander pour un  proche  parce  qu'il était  autrefois associé  uniquement  à  la  mort imminente,  on  fera  découvrir  la  sollicitude  de l'Église  qui,  depuis  le  concile  Vatican  II  (1962-1965),  a  revalorisé  cette  onction comme source d'«
une  grâce de réconfort, de paix et de courage pour vaincre les difficultés propres à l'état  de  maladie  grave  ou  à  la  fragilité de  la  vieillesse 12 ».

C'est  pour  cette  raison  que  le  Concile  a  d'ailleurs  recommandé  de  délaisser l'ancien  nom  d'Extrême-onction,  lui  préférant  celui  d'Onction  des  malades 13. Ce sacrement peut de fait être reçu plusieurs fois et à tous les âges de la vie.

« Si  un  malade  qui  a  reçu l’Onction recouvre  la  santé, il peut,  en cas de nouvelle maladie grave, recevoir de nouveau ce  sacrement. Au cours de
la   même   maladie,   ce   sacrement   peut   être   réitéré   si   la   maladie s’aggrave.  (...)  Il  en  va  de  même  pour  les  personnes  âgées  dont  la fragilité s’accentue 14. »

« Il  arrive  même à des jeunes, et  cela  a du sens, de demander à  recevoir le  sacrement des malades, si, par exemple, ils sont sur le  point  de subir
une opération grave 15. »

Tous  ceux et  celles qui  accompagnent  et  soignent  des  personnes âgées ou  gravement  malades  peuvent  témoigner  des  difficultés  psychologiques  ainsi  que  des hauts et  des bas dont  ces malades font  l'expérience. On  le  sait,  « la  maladie  peut conduire  à l’angoisse,  au repliement  sur soi,  parfois  même  au  désespoir  et  à  la révolte contre Dieu 16. »

Mais  il  est  également  vrai  que  la  maladie  peut  aussi  « rendre  la  personne  plus mûre,  l’aider à  discerner dans sa  vie  ce  qui  n’est  pas essentiel  pour se  tourner vers  ce  qui  l’est.  Très souvent,  la  maladie  provoque  une  recherche  de  Dieu,  un retour à Lui 17.» Le sacrement  de l'Onction des malades pourra  sans aucun doute contribuer à un tel  retournement intérieur. Il a aussi  pour effet « le pardon des péchés si le malade n'a pas pu l'obtenir par le sacrement de la Pénitence 18.»

L'Onction des malades peut  être un secours très précieux et  une  étape décisive de la  vie  de  foi « lorsque  le  fidèle  commence  à  se  trouver  en  danger de  mort  pour cause  de  maladie  ou  de  vieillesse 19 ». La  grâce  reçue  par  ce  sacrement  « est  un don du Saint-Esprit  qui renouvelle la confiance  et la foi  en Dieu et  fortifie contre les tentations du malin, tentation de découragement et d’angoisse  de la mort 20. »

Elle pourra être déterminante pour donner la lucidité et le courage pour vivre cette étape ultime et cruciale de la vie et même pour refuser la possibilité de s'enlever la vie ou de demander de l'aide pour le faire. 

« Tout  chrétien  est  appelé à vivre  son existence  quotidienne en intime  union  avec Jésus-Christ.  C'est  encore  vrai  du  chrétien  malade 21.»  La  réception  du  sacrement  de  l'Eucharistie  étant  un  sommet  de  l'union avec  le  Christ,  elle  est  d'autant plus significative et importante  qu'approchent  la  fin de  cette vie et l'entrée dans la vie éternelle. C'est cette dernière communion qui est appelée le Viatique.

« Reçue à ce moment de  passage vers le Père, la Communion au Corps et au  Sang  du  Christ  a une  signification  et  une  importance  particulières.
Elle est semence de vie  éternelle et puissance  de  résurrection, selon les paroles du Seigneur :
‟Celui qui  mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour 22.” »

6. Liberté de conscience et témoignage de foi

« Notre  société  devra  maintenant  relever  le  grand  défi  du  respect  de  la liberté  de  conscience.  Au  personnel  médical  qui  sera  confronté  à  des demandes d'euthanasie, à tous ceux  et  celles qui ne peuvent pas accepter le suicide  comme réponse de la médecine à la souffrance, nous souhaitons force et courage  pour invoquer, le moment  venu, le  droit à l'objection de conscience. » — Extrait de la déclaration du 6 février 2015 de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec

Nous pensons d'une façon  toute particulière aux catholiques œuvrant  dans les milieux de soins de santé:  médecins omnipraticiens,  infirmières,  infirmiers et préposés  aux  malades,  oncologues  et  autres  médecins spécialistes,  mais  aussi  intervenants  en  soins  spirituels,  bénévoles  et  autres  membres  du  personnel  qui  seront confrontés  à  des  demandes  d'« aide  médicale  à  mourir  ».   Ils  auront  besoin  de l'encouragement, du soutien et de la prière de leurs frères et sœurs dans la foi pour être capables d'aller, s'il le faut, jusqu'à l'objection de conscience. 

Comme  l'a  rappelé  le  président  de  la  Conférence  des  évêques  catholiques  du Canada  dans  son  communiqué  du  6 février  2015,  il  faut  continuer  à  demander avec insistance aux autorités politiques ainsi qu'aux organisations professionnelles « de  mettre  en  place  des politiques et  des directives  qui  respectent  la liberté  de  conscience  de  tous  les  travailleurs  et  administrateurs  de  la santé  qui  ne  voudront  pas  et  qui  ne  pourront  pas  accepter  le  suicide comme une solution médicale à la souffrance et à la douleur 23. »

Portons dans notre prière  personnelle et  communautaire  les personnes plus fragiles  et  vulnérables,  affectées  d'une  façon  ou  d'une  autre  par  la  loi  permettant l'« aide  médicale  à  mourir »,  et en  premier  lieu les   grands malades,  les handicapés  et  les  vieillards  —  qui  pourront  en  être  troublés,  inquiétés,  voire  insécurisés — et  particulièrement  ceux  et  celles qui  seraient  tentés d'envisager  de  mettre fin à  leurs jours.

Il faut aussi se  préparer à accueillir et  à  aider tous ceux et celles qui  auront  été  impliquées dans la  mise  en œuvre  de  l'euthanasie  —  membres des familles et du personnel médical,  administrateurs et législateurs — et qui pourront par la suite avoir besoin d'accompagnement.

Enfin,  nous  prions  et  nous intercédons toujours,  dans  la  solidarité  de  la  communion  des  saints,  pour les personnes qui  s'enlèvent  la vie,  avec  ou sans aide  médicale, et nous les confions à l'amour et à la miséricorde du Seigneur.

« Vous êtes le  sel de la terre  » a  dit Jésus à  ses disciples dans son célèbre sermon sur la montagne. « Mais si le sel devient  fade, comment  lui rendre  de  la saveur ? (...) Vous êtes la lumière  du  monde. (...) Que  votre  lumière  brille devant  les hommes: alors, voyant  ce  que  vous faites de bien, ils rendront gloire  à  votre Père qui est aux cieux 24. »

Ces paroles sont plus que jamais d'actualité.

« J’aime  rappeler  ce  que  saint  François  d’Assise  disait  à  ses  frères: Prêchez  toujours  l’Évangile  et,  si  c’est   nécessaire,  aussi   par  les paroles”.   Les paroles viennent... mais d’abord le témoignage : que  les gens voient l’Évangile dans notre vie. » — Pape François 25

C'est  pour aider à devenir de  véritables témoins du  Christ  et  de  l'Évangile  —  des témoins dont  notre Québec aura sûrement  besoin quand  il  sera confronté à  la réalité de  la multiplication de l'euthanasie — que les évêques proposent aujourd'hui à ceux et  celles qui voudront  bien s'y engager un parcours de réflexion sur les soins de fin de vie à la lumière de la Parole de Dieu.

C'est une invitation à prendre du temps pour se laisser imprégner et travailler intérieurement par la Parole de Dieu et,  si on le désire,  pour en discuter avec d'autres, en famille, entre amis ou entre membres d'une communauté chrétienne.

Que  l'Esprit  Saint nous guide,  chacun,  chacune  et  tous ensemble,  dans la  découverte et l'approfondissement,  à l'écoute et à l'exemple de Jésus-Christ,  de l'authentique humanisme,  seule voie pour  vivre  et  mourir en toute dignité  dans l'amour et la miséricorde de Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint.

+ Paul Lortie

évêque de Mont-Laurier
et président de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec,

le 8 décembre 2015,
solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie et premier jour de l'année jubilaire de la miséricorde.

1 Cette déclaration, publiée à l'occasion  du jugement  de  la Cour  suprême du  Canada qui  a invalidé les  articles du  Code criminel interdisant le  suicide  assisté et  l'euthanasie,  était signée par  Mgr André  Rivest,  évêque de Chicoutimi,  vice-président   de  l'Assemblée,  à  la  suite  de  la  mort   subite  du  président,  Mgr Pierre-André Fournier,  survenue  le  10   janvier.    L'Assemblée  a  élu   un   nouveau  président   en  mars,  en   la  personne  de Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier.

2 Première lettre de saint Pierre, chapitre 3, versets 15 et 16.

3 Voir  surtout   la  section  intitulée  «  Le  drame  de  l'euthanasie  »  dans  la  lettre  encyclique Evangelium  Vitae (L'Évangile  de  la  vie)
 du  pape  Jean-Paul  II,  aux  paragraphes  64  à  67.  On  pourra  également  consulter  la synthèse  sur  l'euthanasie  et  le  suicide  dans  le
Catéchisme  de  l'Église  catholique,  aux nos  2276  à  2283,  et 2324-2325.

4 Un délai de 18 mois a été prévu avant son entrée en vigueur en décembre 2015.

5 Le  compte rendu détaillé du  vote,  incluant la liste de tous les  membres de l'Assemblée nationale qui ont voté pour ou  contre  le  projet  de  loi,  se  trouve  dans Le  Journal  des  débats,  en  date  du  5  juin  2014.  On  peut  le consulter  dans   la  section Travaux  parlementaires du   site  Web  de  l'Assemblée  nationale,   à  l'adresse www.assnat.qc.ca.

6 Les définitions sont données à l'article 3 de la Loi concernant les soins de fin de vie.  Soulignement ajouté.

7 Le Petit Robert de la langue française. Édition 2015, page 958.

8 Carter  c. Canada  (Procureur général) [2015] 1  R.C.S. page 334. Voir la  section «Jugements»  du site Web  de  la  Cour  suprême,  www.scc-csc.ca.  Cette  décision  prendra  effet  le  6  février  2016,  douze  mois  après  la publication du jugement.  

9 Extrait de la déclaration du 26 février 2015 des  évêques catholiques  de Belgique, intitulée  « La dignité de  la personne humaine, même démente », publiée dans les journaux le lundi 2 mars 2015. Source: www.cathobel.be/2015/03/02/la-dignite-de-la-personne-humaine-meme-demente/

10 Catéchisme de l'Église catholique, Édition définitive (1998),  no 2278. Les  paragraphes  nos 2276 à 2279  ainsi que le no 2324 portent sur l'euthanasie.

11 Mémoire  de  l'AECQ  présenté à la Commission sur  la  question de mourir dans la  dignité.  Déposé le  30  juin  2010. Présenté le 30 septembre 2010.

12 Catéchisme de l'Église catholique, no 1520.

13 Voir: Concile œcuménique Vatican II,  Constitution sur la Sainte Liturgie (4 décembre 1963), no73: « “L’extrême-onction”,  qu’on  peut  appeler  aussi et  mieux  l’onction  des   malades,  n’est  pas  seulement  le sacrement de ceux qui  se trouvent à la  dernière extrémité.  Aussi,  le temps opportun  pour le recevoir  est déjà certainement arrivé lorsque le fidèle commence à être en  danger  de mort  par  suite d’affaiblissement physique ou de vieillesse. »

14 Catéchisme de l'Église catholique, no 1515.

15 Youcat - Catéchisme de l'Église catholique pour les jeunes, no 243.

16 Catéchisme de l'Église catholique, no 1501.

17 Catéchisme de l'Église catholique, no 1501.

18 Catéchisme de l'Église catholique, no 1532.

19 Catéchisme  de l'Église  catholique, no  1528.  Les  paragraphes  nos 1499 à 1532  du Catéchisme  traitent du sacrement de l'Onction des malades.

20 Catéchisme de l'Église catholique, no 1520.

21 Extrait du paragraphe  no 6 des Notes doctrinales et  pastorales pour le rituel de l'Onction des  malades, dans: Sacrements  pour  les  malades  — Pastorale  et  Célébration, Paris,  Éditions  Chalet-Tardy,  1980  (©  A.E.L.F. 1977), page 13.

22 Catéchisme de l'Église catholique, no 1524. La citation biblique est  de l'Évangile selon saint Jean, chapitre 6, verset 54.

23 Communiqué du 6  février  2015  du président de  la Conférence des  évêques  catholiques  du Canada  (CECC), Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau (Québec) en réaction au jugement de la Cour suprême.

24 Évangile selon saint Matthieu, chapitre 5, versets 13 à 16.

25 Pape François, Discours aux catéchistes en pèlerinage à Rome, 27 septembre 2013. Source: www.vatican.va
Source : Assemblée des évêques catholiques du Québec

 

 

Après « l'affaire Alfie », une réflexion sur la fin de vie

par Entretien avec Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, propos recueillis par Odon de Cacqueray,

Mgr Ginoux a été en charge des Aumôneries d’Hôpitaux de son diocèse d’Avignon de 1994  à 2000, ce qui lui a permis de de voir comment se passe l'accompagnement des malades et des mourants, mais aussi de travailler avec les  soins palliatifs.  Déjà à cette époque surgissait la question de l’euthanasie. Selon lui, la situation qui n'était pas excellente s'est dégradée depuis. Il a accepté de revenir pour L'Homme Nouveau sur "l'affaire Alfie Evans".

Atteint d’une grave maladie neurovégétative, Alfie Evans, qui aurait eu deux ans ce mois-ci, a été l’objet d’un véritable combat entre ses tout jeunes parents et le corps médical de Liverpool (Angleterre). Malgré diverses interventions, dont celle du Pape et du gouvernement italien, le 28 avril peu après minuit, l’enfant reçoit quatre médicaments en intraveineuse. Alfie meurt quelques heures plus tard. Un drame qui soulève de nombreuses questions éthiques.

Dans un conflit entre les deux parties, le médecin et la famille, qui doit décider ?

Il y a plusieurs éléments à prendre en compte : l’état du patient, les probabilités de vie, la disproportion des soins donnés par rapport à la situation, etc. Les premiers responsables de la vie de l’enfant sont les parents, les équipes médicales doivent être au service de la vie. Il est donc nécessaire qu’un dialogue soit conduit entre les parents et l’équipe médicale. Pour le petit Alfie, ce dialogue a dû être rompu puisque c’est la justice qui a imposé sa décision. Or, l’enfant – hormis l’assistance respiratoire – n’était pas en état de « mort » puisqu’il a même respiré plusieurs heures sans aide. Le débrancher était un acte intentionnel de donner la mort, donc un acte euthanasique. Cet acte ne pouvait donc pas être approuvé par les parents et la justice humaine, en donnant raison à l’équipe médicale, a outrepassé sa mission. 

Le Pape a parlé pour Alfie Evans. L’Église a-t-elle une légitimité pour parler dans ces affaires complexes ? 

Le bienheureux Paul VI pouvait affirmer que l’Église était « experte en humanité ». L’Église n’oublie pas qu’elle est envoyée par le Christ pour annoncer la « Bonne Nouvelle » aux hommes de ce temps. Elle rappelle la valeur unique de toute créature humaine de sa conception à sa mort naturelle, elle plaide pour le respect de la vie des plus faibles, des plus démunis, des « sans-voix ». À travers son enseignement, à travers l’écoute et la pratique médicale (Académie pontificale des Sciences, Académie pontificale pour la Vie, hôpitaux, œuvres caritatives…), elle a sa place et son expérience dans le monde de la santé. Elle insiste sur le droit à la vie, le refus de la mort provoquée, le développement des soins palliatifs, l’accompagnement de celui qui meurt selon le principe même de la fraternité et de la solidarité. C’est la mise en pratique de l’Évangile du Bon Samaritain et de ce que Jésus demande explicitement : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). L’Église voit dans le malade le visage du Christ souffrant et lui porte secours. Elle reconnaît à chaque personne sa dignité intrinsèque et elle alerte sur l’eugénisme vers lequel nous glissons peu à peu.

Quel est le rôle de la loi et de la justice dans la décision médicale ?

Il est regrettable que la décision d’un juge entraîne la mort de quelqu’un. La confiance en la médecine en est ébranlée, le conflit autour d’une vie est sorti de la relation entre le soigné et le soignant. Si la justice est saisie par l’une ou l’autre des parties c’est en raison même d’un conflit. L’équipe médicale voulait arrêter l’aide respiratoire du petit Alfie Evans, les parents ne le voulaient pas. Il a donc fallu faire intervenir un jugement de justice. En France la loi insiste sur la nécessité du caractère collégial de la décision médicale. Il faut cependant reconnaître que nous irons de plus en plus vers de telles situations si l’euthanasie est légalisée.

Quelles sont les limites aux décisions médicales et au pouvoir médical ?

Cette question est capitale. Toutes les dérives sont possibles si notre société n’accepte pas de mettre l’homme au premier plan, mais pas l’homme comme un matériau à façonner, « l’homme augmenté », qui nous est promis aujourd’hui. La technique, les améliorations de la vie, l’intelligence artificielle, les progrès génétiques conduisent droit à « l’absolutisme technologique » (Benoît XVI, Caritas et Veritate). Les limites viendront d’une prise de conscience, d’une conversion vers un regard anthropologique nouveau, l’acceptation de l’homme comme créature à qui Dieu a donné la mission de construire une société fraternelle œuvrant pour le bien commun.

Source : hommenouveau.fr

 

 

Les 50 ans d’un document prophétique

par FIAMC, 07/2018


Ce 25 juillet l’Eglise célèbre le cinquantième anniversaire de la publication de l’encyclique Humanae Vitae, de Paul VI. Ce document devait donner une orientation aux fidèles de l’Eglise sur la question précise de la contraception hormonale, découverte une dizaine d’années auparavant.

Le moment de sa publication n’avait pas été des plus favorables : l’Eglise vivait les années mouvementées qui suivaient le concile, la société civile connaissait les troubles de mai 1968 et le monde vivait dans la peur de la surpopulation. Ces circonstances expliquent en partie la réception difficile de ce document. Mais l’accueil mitigé réservé à Humanae Vitae s’explique aussi — et sans doute surtout — par le fond de la thématique abordée, qui nous concerne tous : la dignité de la personne humaine, la grandeur de l’amour humain et de la vocation au mariage, la signification profonde de l’acte conjugal et de l’ouverture à la vie.

Avec le recul, Humanae Vitae a été qualifiée de « document prophétique ». L’encyclique a reçu ce titre en raison de son numéro 17, où Paul VI annonce tout ce que pourrait impliquer la mentalité contraceptive : l’augmentation de l’infidélité conjugale, le rabaissement généralisé de la moralité, la domination de l’homme sur la femme, les pressions des pays riches sur les pays pauvres en termes de natalité… Tout cela s’est vérifié.

Mais, Humanae Vitae est aussi prophétique d’un autre point de vue, plus fondamental : en affirmant le lien indissoluble entre les dimensions unitive et procréative de l’acte conjugal, elle a rappelé quelque chose de décisif pour notre temps, et pour toutes les époques : l’amour conjugal, qui est « l’archétype de l’amour » (Benoît XVI, Deus caritas est, n. 2), est don désintéressé de toute la personne, dans sa « totalité unifiée » (Jean-Paul II, Familiaris Consortio, n. 11). Cet amour de don total nous a été révélé dès le récit de la création dans la Genèse. Il a été manifesté en plénitude sur la Croix : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Il nous est donné chaque jour dans l’Eucharistie, où l’Eglise — en chacun de ses fidèles — devient « une seule chair » avec le Christ.

Dans un monde pressé par la course à la prestation, au rendement, où prédominent l’utilitarisme et l’intérêt personnel, on perçoit chaque jour davantage le besoin de redécouvrir le paradigme de la gratuité, du désintéressement, du don authentique de soi, sans restriction. Il nous faut redécouvrir le cœur de toute vocation humaine : « (…) l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même » (Concile Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes, n. 24).

Il y a une nature humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, et donc configurée par l’appel au don de soi. C’est cette nature qu’il nous faut respecter, comme l’a rappelé Benoît XVI : « L’importance de l’écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder avec force un point qui aujourd’hui comme hier est — me semble-t-il — largement négligé : il existe aussi une écologie de l’homme. L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il respecte la nature, l’écoute et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de soi. C’est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine » (Discours du Bundestag 22-9-11).

Le pape François a rappelé plus d’une fois son attachement à l’encyclique de Paul VI. Dans Amoris Laetitia, il nous invite à « redécouvrir le message de l’Encyclique Humanae Vitae » (nn. 82 et 222). Nous ne pouvons que nous joindre à ce souhait du Saint-Père et œuvrer pour qu’il se réalise.

Président Bernard Ars
Source : fiamc.org

 

 

Monseigneur Diarmuid Martin, Archeveque de Dublin, Irlande, lors du pélerinage diocésain à Knock

21/04/2018 (extrait)

... L'Église ne peut être une église de conformisme. L'Église est appelée à prêcher et à témoigner d'un message qui sera toujours contre-culture. Les croyants en Jésus-Christ ne devraient jamais se laisser glisser dans la conformité ou le compromis pour ce qui concerne les valeurs fondamentales.

À notre époque, l'Église et les croyants doivent être toujours pro-vie. La nouvelle famille de Jésus, l'Église, doit sans cesse être un phare de soutien pour la vie dans ses moments les plus vulnérables et un phare de soutien á chaque instant de vulnérabilité de toute femme ou homme au long de son chemin de vie.

L'Église doit être pro-vie quand il s'agit de l'enfant à naître et de ceux qui sont vulnérables à la fin de leur vie. En fait, l'Église doit être pro-vie à tant d'autres moments de la vie des personnes. Etre pro-vie signifie rappeler à chacun de nous la nécessité de réfléchir sur le sens profond de la vie et de rejeter les chemins de la superficialité qui mènent loin de l'accomplissement d'une vie.

L'Église est appelée à être pro-vie non seulement par des paroles, des déclarations et des manifestes, mais á être pro-vie en actes, en étant une Église qui reflète le soin affectueux qu'a Jésus spécialement envers ceux qui peinent á comprendre les défis de leur vie.

Être pro-vie n'est pas une position idéologique. C'est un chemin de conversion que nous sommes tous appelés à suivre. ...

Source : dublindiocese.ie
Traduction : site.christophore.com

 

L’Eglise doit être le « phare du combat pour la vie »

par fsspx.news, 27/04/2018
 

L’Eglise doit être le « phare du combat pour la vie ». C’est ce qu’a déclaré l’archevêque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, dans l’homélie prononcée à l’occasion du pèlerinage diocésain à Knock, insistant sur le fait que l’Eglise catholique ne saurait être « une Eglise du conformisme ».

L’archevêque de Dublin avait centré sa prédication sur le thème de la famille, « lieu où la foi est vécue et transmise de génération en génération ». A notre époque où les familles doivent faire face à de nombreux problèmes, le prélat a fait remarquer que la protection de la vie n’est pas facultative dans l’enseignement de l’Eglise, « qu’il s’agisse de défendre la vie de l’enfant à naître ou celle de la personne arrivée au terme de son existence ».

Mais qu’on ne se méprenne pas : « être pour la vie ne relève en rien de la posture idéologique », a pris soin de préciser le prélat qui voit là plutôt « un chemin de conversion », là où des institutions ecclésiastiques « ont failli par le passé à leur mission de protéger ceux qui leur étaient confiés », faisant allusion aux abus dénoncés ces dernières années.

« L’Eglise ne saurait être celle du conformisme » et son message se doit d’être « toujours à contre-courant » du monde, a encore affirmé le primat d'Irlande. Les familles chrétiennes et les disciples du Christ ne sauraient transiger ou se compromettre avec les valeurs du monde et de la culture ambiante, mais être d'abord fidèles à la loi du Christ et à ses valeurs fondamentales. Puissent ces fortes paroles être entendues de tous les pasteurs d’âmes parfois tentés de céder aux sirènes de la modernité !

 

Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité !

(...)
Selon le Code de déontologie médicale : « Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. » Selon Paul Ricœur reprenant la tradition hippocratique, la relation de soin est par nature un « pacte de confiance » qui unit soignés et soignants et qui interdit à ces derniers, au nom de cette dignité, de faire volontairement du mal à autrui et encore moins de le faire mourir. Tuer, même en prétendant invoquer la compassion, n’est en aucun cas un soin. Il est urgent de sauvegarder la vocation de la médecine.
(...)

5.  Les tenants de l’aide au suicide et de l’euthanasie invoquent « le choix souverain du malade, son désir de maîtriser son destin ». Ils prétendent que « l’exercice de ce droit n’enlève rien à personne. C’est le type même de la liberté personnelle qui ne déborde pas sur la liberté d’autrui ». Mais qu’est-ce qu’une liberté qui, au nom d’une illusoire autonomie souveraine, enfermerait la personne vulnérable dans la solitude de sa décision ? L’expérience atteste que la liberté est toujours une liberté en relation grâce à laquelle le dialogue se noue afin que le soignant soit bienfaisant. Nos choix personnels, qu’on le veuille ou non, ont une dimension collective. Les blessures du corps individuel sont des blessures du corps social. Si certains font le choix désespéré du suicide, la société a avant tout le devoir de prévenir ce geste traumatisant. Ce choix ne doit pas entrer dans la vie sociale par le biais d’une coopération légale au geste suicidaire.

6.   Réclamer sous quelque forme que ce soit une « aide médicale à mourir », c’est imaginer, comme c’est le cas dans des pays voisins, des institutions spécialisées dans la mort. Mais alors quelles institutions ? Et avec quel financement ? Ou bien, c’est conduire notre système de santé à imposer à nos soignants et à nos concitoyens une culpabilité angoissante, chacun pouvant être amené à s’interroger : « Ne devrais-je pas envisager un jour de mettre fin à ma vie ? » Cette question sera source d’inévitables tensions pour les patients, leurs proches et les soignants. Elle pèserait gravement sur la relation de soin.

Ne nous trompons donc pas d’urgence !

Face aux troubles et aux doutes de notre société, comme le recommande Jürgen Habermas, nous offrons le récit du « bon Samaritain » qui prend en charge « l’homme à demi-mort », le conduit dans une « auberge » hospitalière et exerce la solidarité face à la « dépense » qu’occasionnent ses « soins ». À la lumière de ce récit, nous appelons nos concitoyens et nos parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie toujours plus en France une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres. Cette fraternité inspira l’ambition de notre système solidaire de santé au sortir de la Seconde guerre mondiale. Que ferons-nous de cette ambition ? La fraternité relève d’une décision et d’une urgence politiques que nous appelons de nos vœux ».

Pour lire la déclaration dans son intégralité : site de la Conférence des Évêques de France

 

 

Assemblée plénière de printemps 2018 : discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier

Les Etats généraux de la bioéthique

Dans notre pays se déroulent durant cette année une grande réflexion sur le monde que nous voulons, sur la vie que nous souhaitons et cela en relation avec les progrès de la science et les possibilités qu’elle offre. Sans hésiter nous disons que nous voulons un monde fraternel, un monde d’espérance, un monde où personne n’est laissé seul, un monde où les solidarités font cesser les pensées de mort, de découragement, d’abandon.

Nous nous réjouissons des progrès scientifiques qui permettent à la médecine d’être toujours plus performante dans l’exercice du soin, dans le soulagement de la douleur, dans l’accompagnement des uns et des autres. C’est là sa grandeur. Elle est au service de la vie dans le respect des plus fragiles.

Dès sa conception, l’embryon mérite le respect dû à toute personne humaine. Il ne peut être considéré comme un matériau disponible pour des recherches ou des expériences qui ne respecteraient pas sa dignité profonde. A aucun moment de sa vie l’être humain ne peut être considéré indépendamment du caractère profond de sa dignité. Ne pas respecter cette dignité serait risquer d’aller vers une société où l’eugénisme deviendrait légitime, où la personne ayant le moindre handicap se sentirait de trop, où l’on déciderait pour elle qu’elle n’a pas sa place dans la société, où l’on ne saurait plus reconnaître ce que nous apportent ceux et celles qui sont fragiles, âgés, dépendants.

Seuls, nous ne sommes rien. Nous sommes des êtres humains confiés les uns aux autres du tout début jusqu’à la fin naturelle de notre existence terrestre. Quand cette solidarité ne se vit plus, ce sont des solutions de mort qui sont alors envisagées et même présentées comme des solutions de progrès et de liberté. Choisir ou donner la mort ne peut être que le signe du désespoir et d’une solitude profonde.

Nous invitons au courage de la tendresse et de la présence fraternelle qui permettent à celui qui en bénéficie de se reconnaitre aimé jusqu’au bout et digne d’affection. Nous entrons sereinement et avec toute la richesse de la tradition chrétienne dans ce temps de dialogue voulu par le gouvernement au moment où sont évaluées les questions liées aux lois de bioéthique et aux recherches touchant l’avenir de l’homme. Le plus grand service à rendre est de favoriser une réflexion permettant au plus grand nombre de dépasser des évidences trompeuses. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut percevoir les risques pour notre société de s’engager sur des chemins où les seuls désirs des uns et des autres feraient loi sans se soucier de ce que cela signifierait pour le plus grand nombre, pour les plus fragiles en particulier. On ne peut pas toucher à l’être humain, à sa conception, à sa filiation, à sa fin de vie sans se demander quel monde nous sommes en train de construire. Ce ne serait plus un monde humain et fraternel, mais un monde où le « chacun pour soi » se construirait sur le destin des autres. On ne peut accepter que tout progrès technique doive nécessairement déboucher sur une mise en œuvre concrète au risque de porter atteinte à la dignité incomparable de l’être humain et aux fondements même de la vie sociale.

Durant ces jours, nous prendrons le temps de partager sur la manière dont nous sommes engagés dans ces débats de société avec le désir de faire reconnaître avec d’autres les chemins porteurs de vie et d’espérance, les décisions qui rappellent qu’on ne peut avancer sur un chemin tant qu’on n’a pas pu vérifier tous les risques qu’il comporte pour l’avenir des générations futures. C’est ce qu’on pratique dans d’autres domaines et qu’on appelle : le principe de précaution.

(...)

 

Source : eglise.catholique.fr

 

 

 

 

Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a envoyé une lettre au président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Paglia, à l’occasion d’un congrès international intitulé « Soins palliatifs : partout et par tout le monde. Soins palliatifs dans toutes les régions. Soins palliatifs dans toutes les religions ou croyances ». Organisé par l’Académie pontificale pour la vie, il se tient à Rome les 28 février et 1er mars 2018.

 

Lettre du card. Pietro Parolin

Excellence,

Au nom du Saint-Père François et en mon nom personnel, je vous adresse mes salutations cordiales, ainsi qu’aux organisateurs et aux participants au congrès sur les soins palliatifs. Il s’agit de questions qui concernent les derniers moments de notre vie terrestre et qui mettent l’être humain face à une limite qui semble insurmontable pour la liberté, suscitant parfois rébellion et angoisse. C’est pourquoi, dans la société actuelle, on cherche de nombreuses manières à l’éviter et à le supprimer, négligeant d’écouter l’indication inspirée du psaume : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. » (89,12). Nous nous privons ainsi de la richesse qui, précisément se cache dans la finitude et d’une occasion de mûrir une manière de vivre plus sensée sur le plan personnel et social.

Les soins palliatifs, au contraire, ne cèdent pas à ce renoncement à la sagesse de la finitude et c’est là un autre motif de l’importance de ces thèmes. Ils indiquent en effet une redécouverte de la vocation plus profonde de la médecine, qui consiste avant tout à prendre soin : leur tâche est de toujours soigner, même s’il n’est pas toujours possible de guérir. Certes, l’entreprise médicale se base sur un engagement inlassable à acquérir de nouvelles connaissances et à combattre un nombre toujours plus grand de maladies. Mais les soins palliatifs attestent, à l’intérieur de la pratique clinique, de la conscience que la limite requiert non seulement d’être combattue et dépassée, mais aussi reconnue et acceptée. Et cela signifie de ne pas abandonner les personnes malades, mais au contraire d’être proche d’elles et de les accompagner dans la difficile épreuve qui se manifeste à la fin de la vie. Quand toutes les ressources du « faire » semblent épuisées, c’est précisément alors qu’émerge l’aspect le plus important dans les relations humaines, qui est celui de l’ « être » : être présent, être proche, être accueillant. Cela comporte aussi de partager l’impuissance de celui qui atteint le point extrême de sa vie. Alors la limite peut changer de signification : non plus le lieu de la séparation et de la solitude, mais une occasion de rencontre et de communion. La mort elle-même est introduite dans un horizon symbolique à l’intérieur duquel elle peut apparaît non pas tant comme le terme contre lequel la vie se brise et succombe, mais plutôt comme l’accomplissement d’une existence gratuitement reçue et amoureusement partagée.

La logique des soins rappelle en effet cette dimension de mutuelle dépendance d’amour qui émerge, certes, avec une particulière évidence dans les moments de maladie et de souffrance, surtout à la fin de la vie, mais qui en réalité traverse toutes les relations humaines et en constitue même la caractéristique la plus spécifique. « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13,8) : c’est ainsi que nous avertit et nous réconforte l’apôtre. Il semble alors raisonnable de jeter un pont entre ces soins que l’on a reçus depuis le début de la vie et qui ont permis à celle-ci de se déployer pleinement et les soins à offrir de manière responsable aux autres, au long des générations jusqu’à embrasser toute la famille humaine. C’est sur ce chemin que peut s’allumer l’étincelle qui relie l’expérience du partage plein d’amour de la vie humaine jusqu’à son mystérieux départ, avec l’annonce évangélique qui voit tout le monde comme des enfants du même Père et qui reconnaît en chacun son image inviolable. Ce lien précieux défend une dignité humaine et théologale qui ne cesse de vivre, pas même avec la perte de la santé, du rôle social et du contrôle sur son propre corps. C’est alors que les soins palliatifs montrent leur valeur, non seulement pour la pratique médicale – pour que, même lorsqu’ils agissent avec efficacité en réalisant des guérisons parfois spectaculaires, on n’oublie pas cette attitude de fond qui est à la racine de toute relation de soins – mais aussi plus généralement pour toute la coexistence humaine.

Votre programme de ces journées met bien en évidence la multiplicité des dimensions qui entrent en jeu dans la pratique des soins palliatifs. Une tâche qui mobilise de nombreuses compétences scientifiques et d’organisation, relationnelles et communicationnelles, incluant l’accompagnement spirituel et la prière. Outre les différentes figures professionnelles, il faut souligner l’importance de la famille pour ce parcours. Elle revêt un rôle unique comme lieu où la solidarité entre les générations se présente comme constitutive de la communication de la vie  et où l’aide réciproque s’expérimente aussi dans les moments de souffrance et de maladie. Et c’est précisément pour cela que, dans les phases finales de la vie, le réseau familial, pour fragile et désagrégé qu’il puisse apparaître dans le monde actuel, constitue cependant toujours un élément fondamental. Nous pouvons certainement apprendre beaucoup sur ce point des cultures où la cohésion familiale, même dans les moments de difficulté, est tenue en grande considération.

Un thème très actuel, pour les soins palliatifs, est celui de la thérapie de la douleur. Déjà le pape Pie XII avait clairement légitimé, la distinguant de l’euthanasie, l’administration d’analgésiques pour alléger des douleurs insupportables impossibles à traiter autrement, même si, dans la phase de mort imminente, ils devaient être la cause d’un raccourcissement de la vie (cf. Acta Apostolicae Sedis XLIX [1957],129-147). Aujourd’hui, après de nombreuses années de recherche, le raccourcissement de la vie n’est plus un effet collatéral fréquent mais la même interrogation est soulevée avec de nouveaux produits pharmaceutiques qui agissent sur l’état de conscience et rendent possible différentes formes de sédation. Le critère éthique ne change pas, mais l’emploi de ces procédures requiert toujours un discernement attentif et beaucoup de prudence. Elles sont en effet très exigeantes pour les malades comme pour les proches et pour les soignants : avec la sédation, surtout quand elle est prolongée et profonde, cette dimension relationnelle et communicative, que nous avons vu être cruciale dans l’accompagnement des soins palliatifs, est annulée. ...

La complexité et l’aspect délicat des thèmes présents dans les soins palliatifs demandent de continuer la réflexion et d’en diffuser la pratique pour en faciliter l’accès : un devoir où les croyants peuvent trouver des compagnons de route dans de nombreuses personnes de bonne volonté. Et il est significatif que, dans cette perspective, soient présents à votre rencontre des représentants de différentes religions et de différentes cultures, dans un effort d’approfondissement et dans un engagement partagé. Dans la formation des professionnels de la santé aussi, de ceux qui ont des responsabilités publiques et dans toute la société, il est important que ces efforts soient fournis ensemble.

Tout en recommandant de prier pour son ministère, le Saint-Père vous envoie de tout cœur, Excellence, ainsi qu’à tous les participants au congrès, la bénédiction apostolique. J’y unis mes vœux personnels et je vous adresse mes sentiments les plus sincères.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

 Source : zenit.org, extraits

 

 

Académie pour la vie : pourquoi le chrétien défend la dignité de quiconque

Conférence de Mgr Vincenzo Paglia à Oxford

, 13/02/2018

« Le chrétien ne respecte pas l’autre et lui-même en fonction des biens ou de la santé, de ce qu’il peut apporter à lui-même ou à la société, mais parce qu’il est fils dans le Fils, premier-né d’entre les morts, image du Dieu invisible. »

C’est ce qu’a déclaré Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, à la conférence sur le thème « Dignité humaine et bioéthique » donnée lundi 12 février 2018 à Oxford, au Royaume-Uni, indique un communiqué de l’Académie. Mgr Paglia a été invité par l’Institut Las Casas, le Centre Anscombe Bioethics et l’Université Sainte-Marie de Twickenham.

« La dignité filiale est le fondement de l’égalité de tous les humains, qui conduit à refuser toute discrimination, a affirmé le président. » ...

Selon Mgr Paglia : « la dignité est ontologiquement constitutive de l’être humain ».

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

Source : zenit.org

 

 


« Aujourd’hui, le tabou n’est plus le sexe, mais Dieu »

 

Entré au séminaire à 39 ans, Michel Aupetit succède à André Vingt-Trois comme archevêque de Paris

Écolier, il détestait passer au tableau et préférait de loin faire rire ses camarades. Nommé archevêque de Paris par le pape François le 7 décembre 2017 et installé dans cette fonction le 6 janvier, Mgr Michel Aupetit est de ce fait devenu le point de mire de nombreux catholiques. Si en théorie l’évêque de Paris est un évêque parmi les autres, il occupe en pratique une place éminente dans l’Eglise catholique. À 66 ans, lui qui « n’aime pas trop être exposé » sera désormais l’une des voix les plus écoutées de cette institution. Cet ancien médecin, entré au séminaire à 39 ans et devenu évêque de Nanterre en 2014, succède à Mgr André Vingt-Trois.

Vous avez exercé pendant onze ans comme médecin généraliste avant d’entrer au séminaire. En quoi cette vie de laïc influence-t-elle votre approche de prêtre ?

Laïc, j’étais ce que l’on appelle dans l’Eglise un « consommateur ». Je rentrais chez moi à 22 heures le soir et j’étais donc assez peu investi dans la vie de l’Eglise. C’est mon péché ! Quant au reste, la médecine m’a appris à aimer les gens indépendamment de ce qu’ils sont. Quand vous êtes médecin, vous soignez des gentils et des pas gentils. Cela vous ouvre à tous, et l’Eglise est ouverte à tous. On ne demande pas leurs papiers ou leur certificat de baptême aux personnes qui entrent. L’hiver, les SDF viennent se réchauffer, on les laisse tranquilles. D’autres viennent simplement pour avoir un temps de repos et de silence. Il n’y a pas beaucoup de lieux comme ça où on peut se poser, gratuitement, paisiblement. Et la médecine m’avait déjà appris ça : accueillir de manière inconditionnelle les personnes qui frappent à votre porte.

Vous avez grandi dans une famille où la pratique religieuse n’était pas la règle. Cela vous donne-t-il une vision particulière de la transmission religieuse ?

C’est assez étonnant, car cela ne m’a jamais vraiment troublé. Ma maman était une femme de foi, elle allait à la messe assez souvent, pas forcément avec moi. Mais je sais qu’elle avait profondément la foi et je voyais l’influence que ça pouvait avoir dans sa vie. Alors que, du côté « mâle », on était plutôt incroyant. Mes amis non plus ne pratiquaient pas. Donc j’ai longtemps vécu ma foi de manière isolée. La transmission, je pense qu’elle s’est faite par la prière. Car dans la prière, on apprend à parler à Dieu. On entretient une relation. Alors que dans une relation de catéchisme, on apprend à parler « de » Dieu, c’est intellectuel. La seule chose que ma mère m’a apprise, c’est le Notre Père et le Je vous salue Marie. A partir de ces deux prières, j’ai appris à parler à Dieu. Mais en secret : personne n’en savait rien.

Quand j’ai quitté mon cabinet de médecin, j’ai dit pourquoi à mes patients. Plusieurs m’ont alors confié qu’ils priaient matin et soir depuis trente ans sans même que leur femme le sache ! Je me suis rendu compte que beaucoup de gens ont une vie spirituelle, mais ne le montrent pas.

L’accueil des migrants est un sujet qui mobilise ou qui trouble les croyants. Que leur dites-vous à ce sujet ?

C’est un sujet difficile. A Nanterre, j’ai relayé dès le lendemain l’appel du pape François [afin que les paroisses accueillent des réfugiés, en 2015]. J’ai été étonné des réponses positives immédiates. Des gens ont mis à disposition un appartement, d’autres ont accueilli quelqu’un dans leur pavillon, des écoles catholiques ont ouvert leur porte avec la cantine gratuite, des professeurs de français se sont mis à disposition. Ces gens étaient en danger de mort.

Il y a peut-être une différence dans l’accueil de gens qui sont dans une situation de détresse absolue, pour qui on ouvre toutes les portes, et ceux qui viennent pour des raisons économiques. Là, ça passe en effet moins bien chez les fidèles. Notre réflexion se base sur deux principes. Le premier, évangélique, c’est l’accueil inconditionnel des personnes. Le second, c’est le principe du bien commun : comment faire pour que chacun puisse trouver sa place, mais en pensant à tous les autres ?

Une partie des catholiques craignent la venue de migrants en trop grand nombre. Les évêques doivent-ils parler plus clairement ?

Il y a une crainte de l’insécurité culturelle. Lorsque j’étais médecin à Colombes, au départ, dans les cités, les gens vivaient très bien ensemble. On ne regardait pas qui était musulman ou chrétien. On se rendait des services entre personnes. Aujourd’hui, c’est ghettoïsé. Les mairies tentent de favoriser la mixité sociale, mais on est quand même très engagé vers le communautarisme.

Un imam m’a dit : « On n’a plus de contrôle sur nos jeunes, ce n’est plus nous qui les formons à la religion. Ils vont se former ailleurs. » Ailleurs, c’est sur Internet. Il y a là une vraie question. Nous avons des religieux et des religieuses dans les cités. Peu nombreux, mais reconnus comme tels. Ils essaient de faire du lien entre les personnes. Mais c’est vrai qu’il y a des zones de non-droit absolu, avec des choses terribles, où la police ne peut pas intervenir.

Les catholiques sont-ils désormais une minorité religieuse en France ?

Beaucoup de gens se disent catholiques même s’ils ne fréquentent pas l’Eglise. Qu’est-ce qu’un catholique ? Quelqu’un qui pratique ? Ou qui se reconnaît dans cette religion, car il est né dans cette culture, qu’il fait siennes les valeurs évangéliques, alors que son rapport à Dieu ou à l’Eglise est plus que ténu ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Moi, je n’en sais rien, je laisse cela à Dieu. Si on ne compte que ceux qui pratiquent, les catholiques sont incontestablement une minorité. Beaucoup sont investis sur des questions de solidarité, pas forcément avec l’étiquette « catholique », mais ils le sont quand même au nom de leur foi.

Comment s’adresser à ces « catholiques culturels » ?

S’ils se disent catholiques, c’est qu’il y a quelque chose, et il faut respecter ce quelque chose. Il ne faut pas éteindre la mèche qui brûle encore un peu. Parfois, à la fin de la messe, des gens venaient me voir pour me demander une bénédiction car l’un de leurs proches était malade ou leur conjoint les avait quittés… Pour répondre à cette souffrance, j’ai organisé à la cathédrale de Nanterre une grande prière de guérison et de délivrance. C’était plein ! Il y avait tous les milieux sociaux. Sommes-nous à l’écoute des attentes des gens, de leurs souffrances ? Plutôt que de leur proposer un produit fini, il faut être à l’écoute de leur soif, qui est aussi spirituelle.

La « guerre des laïcités » traduit-elle selon vous un rejet du religieux en général ou une méfiance envers l’islam ?

Mes deux grands-pères étaient anticléricaux jusqu’au bout des ongles, je connais donc un peu le système. Deux formes de laïcité sont aujourd’hui défendues. Celle de Jean-Louis Bianco [président de l’Observatoire de la laïcité] et d’Emmanuel Macron, qui doit permettre à chacun de pratiquer sa religion. L’autre, c’est celle d’une religion assignée à la sphère privée, qui ne doit apparaître nulle part.

La société française est divisée. La question de l’islam fait peur, à cause des attentats et de certains discours qui affirment que la France va devenir une terre d’islam – on retrouve la question de l’insécurité culturelle. Mais nous avons vécu dans le passé d’autres insécurités culturelles ! Sainte Geneviève, patronne de Paris, vivait à l’époque d’Attila et de Childéric, roi des Francs. Les Germains et les Francs qui arrivaient n’étaient pas du tout dans la culture gallo-romaine ni dans la culture chrétienne. C’était une transition colossale. L’Eglise, alors, a privilégié la culture évangélique, quitte à sacrifier la culture romaine. Cette période, bien pire que la nôtre, a aussi fait ce que nous sommes.

Le gouvernement veut étoffer l’enseignement du fait religieux à l’école. Quel rôle pouvez-vous avoir ?

Il est dans le rôle de l’Etat de contrôler ce que nous pouvons faire, et notamment s’il fait appel à des religieux. Il y a le fait religieux sous l’angle historique. C’est souvent par là que l’on passe. Mais je pense qu’il faudrait aller plus loin, jusqu’à l’espace théologique. Dans le RER, des musulmans m’interrogent en tant que prêtre. A la fin, ils me disent : « Merci d’avoir parlé de Dieu. » Les musulmans qui mettent leurs enfants dans une école catholique le font parce que, là, on peut « parler de Dieu ».

Il faut aller plus loin que le fait historique. Qu’est-ce que la transcendance ? Pourquoi l’homme prie ? Ne peut-on pas parler de Dieu ? C’est le tabou, Dieu, aujourd’hui ! Ce n’est plus le sexe, c’est Dieu. On n’a pas le droit de parler de Dieu, sinon on gêne. • Cécile Chambraud

« Ce qui se joue, c’est la question d’une société humaine »

Comment l’Eglise catholique abordera-t-elle les Etats généraux de la bioéthique, qui s’ouvrent le 18 janvier ?

Notre contribution doit toucher les intelligences et les cœurs. Ce qui se joue, c’est la question d’une société humaine. Le progrès technique, c’est très bien, mais c’est l’éthique qui nous dit ce qui est juste dans l’utilisation de ce progrès technique. Les questions les plus importantes porteront sur l’intelligence artificielle et la robotisation. Qu’est-ce qui distingue une intelligence artificielle d’une intelligence humaine ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes humains ? C’est là-dessus que doit porter la réflexion. Ce qui distingue l’humain, c’est la capacité à intégrer la fragilité. C’est que nous sommes solidaires des plus faibles. Le code d’Hammourabi, la première loi écrite que nous connaissions [datant du XVIIIe siècle av. J.C], l’a été « pour que le fort n’opprime pas le faible ». Cela veut dire : sortir de la loi de la jungle, tout simplement. C’est là où s’introduit l’humanité.

Un sondage publié par « La Croix » le 3 janvier montre l’acceptation croissante de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA) ou encore du suicide assisté, y compris par les catholiques. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ce n’est pas parce qu’une majorité pense quelque chose que cette chose est juste. « Tu ne suivras pas une majorité qui veut le mal », est-il écrit dans le livre de l’Exode. Ce sondage est un constat, il n’est pas rassurant. Le pape parle d’une civilisation du déchet. C’est vrai. On peut même parler de la société des encombrants ! Ceux qui nous encombrent, on les jette. Des amis belges m’ont dit que leurs parents avaient intégré le fait que, s’ils n’allaient pas bien, ils devaient disparaître. Ils trouvent normal qu’on les euthanasie. C’est quand même effrayant ! On élimine les personnes handicapées avant qu’elles naissent. Qu’est-ce que cela veut dire ? J’ai soigné des personnes handicapées pendant onze ans. Elles m’ont bien plus appris que tous mes autres patients. Qu’au-delà des apparences, il y a une humanité formidable. Avec eux, on ne peut ni tricher ni porter un masque. La mentalité change, effectivement, mais il y a un véritable enjeu. Il faut se poser, avoir une réflexion de fond sur tous ces sujets. • propos recueillis par Cé. C.

Source : paris.catholique.fr

 

 

Regard de Mgr Aupetit sur le cas de M. Vincent Lambert

Réflexion de Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, médecin et membre du Conseil Famille et Société, sur la décision du Conseil d’Etat d’arrêter le traitement de Vincent Lambert. Décision suspendue par la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH).

M. Vincent Lambert est un homme de 38 ans victime d’un traumatisme crânien à la suite d’un accident. Son état correspond à ce que les médecins appellent l’état pauci-relationnel qu’on appelle aussi état de conscience minimale qui est à distinguer d’un état végétatif permanent. M. Lambert n’est pas en fin de vie. Il s’agit seulement de savoir si on arrête sa vie en supprimant l’alimentation et l’hydratation. La première question qui se pose est de savoir si le fait de nourrir et de faire boire constitue un traitement ou un soin.

Certains affirment que, s’il s’agit d’un traitement, l’alimentation et l’hydratation peuvent être considérées comme un acharnement thérapeutique si elles sont maintenues. En revanche, s’il s’agit d’un soin, le fait de lui donner à boire et à manger n’entre pas dans le cadre une obstination déraisonnable mais d’une attention à autrui qui est le propre de l’humanité.
Certes, M. Lambert ne peut pas boire et manger tout seul étant donné son état de conscience voilà pourquoi le médecin qui le suit avait décidé d’arrêter.

La deuxième question est de savoir si ce que l’on fait en donnant à manger et à boire est vraiment au bénéfice de la personne soignée. Par exemple, il arrive que certains patients puissent faire une fausse route à la suite d’une alimentation invasive. Dans ce cas, cette alimentation lui est plus nuisible qu’utile. Tant que la personne n’est pas en fin de vie et que son alimentation et son hydratation lui sont plus bénéfiques que nuisibles, le fait de l’arrêter devient alors un acte grave puisqu’il entrainera inéluctablement et délibérément sa mort.
Il est impossible actuellement de dire ce qu’un patient peut vivre encore de relations interpersonnelles dans un état de conscience minimale. Celles qui se tissent encore révèlent la profondeur de notre humanité qui est à l’origine de sa dignité.
L’Académie Nationale de Médecine a rappelé que le droit des patients d’avoir accès à l’alimentation ne peut être conditionné par leurs capacités relationnelles. Cette position rejoint celle de l’Église qui persiste à défendre la dignité immuable de l’homme. Cette dignité ne vient pas d’un droit octroyé par un tiers : la société, les médecins ou les juges.

Enfin, il faut savoir que le cas de M. Vincent Lambert est un cas particulier à partir duquel il est difficile de légiférer. Il y a plus de 1500 personnes qui sont dans le même état. Ce que l’on va décider pour lui va-t-il impacter sur les autres patients ? On a voulu donner aux juges la décision finale. Or, s’il appartient aux juges de dire le droit, ils n’ont pas autorité pour définir le bien ou le mal.
L’Église, protectrice de la vie et de la dignité, estime qu’« un patient en « état végétatif permanent » est une personne, avec sa dignité humaine fondamentale, à laquelle on doit donc procurer les soins ordinaires et proportionnés, qui comprennent, en règle générale, l’administration d’eau et de nourriture, même par voies artificielles ».

Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre

Source : eglise.catholique.fr

 

 

Communiqué de Mgr Aupetit à propos de l’affaire Vincent Lambert

Nanterre, le 11 juin 2015

L’affaire Vincent Lambert illustre l’immense difficulté de notre époque à définir la dignité humaine. Le cas douloureux de cet homme divise sa famille, les médecins et les juges requis pour statuer sur ce qu’il convient de faire.
Je rappelle les faits : en 2008, Vincent Lambert est victime d’un accident de la route. En 2013, un protocole de fin de vie par arrêt de l’alimentation est engagé en accord avec son épouse. Les parents informés saisissent les juges pour s’opposer à cette forme d’euthanasie. Après 31 jours l’arrêt de l’alimentation, la justice demande qu’elle soit rétablie. Il y aura une suite d’avis contraires jusqu’à celui du Conseil d’état, en juin 2014, qui juge légale la décision d’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation considérées comme un traitement. La Cour Européenne des Droits de l’Homme vient de statuer en donnant raison au Conseil d’état français.

Cela pose plusieurs questions :
Ce jugement aura-t-il une conséquence pour les très nombreux patients qui sont dans un état comparable et pour lequel la famille demande la poursuite des soins ? Au minimum on peut craindre une forme d’exemplarité qui peut s’imposer moralement aux équipes soignantes.

L’autre question concerne la qualification comme soin ou comme traitement de l’alimentation et de l’hydratation artificielles. S’il s’agit d’un traitement, on peut parler d’acharnement thérapeutique. S’il s’agit de soins, ils sont dus à tout être humain.
Il existe plusieurs formes d’alimentation artificielle dont les implications sont différentes. L’alimentation dite parentérale, c’est-à-dire par voie veineuse, qui est très contraignante et l’alimentation entérale qui utilisent les voies digestives. C’est cette dernière qui est utilisée pour nourrir Vincent Lambert.

L’ultime difficulté est de savoir maintenant qui va exécuter la sentence ? En effet, le médecin qui était à l’origine de la démarche d’arrêt de vie n’est plus dans le service où est hospitalisé Vincent Lambert. En outre, il semble que ce dernier puisse être transféré dans une unité de vie spécialisée où il serait attendu depuis deux ans. C’est dire que l’affaire n’est pas terminée.

Ce cas médical nous oblige à réfléchir sur la dignité de chaque vie humaine. La valeur d’une vie tient-elle à son utilité ou à son humanité ? Les juges de la Cour Européenne des Droits de l’Homme se sont déchirés sur la différence entre une personne humaine et une vie biologique.
Nous chrétiens, nous savons que Dieu lui-même confère à tous une dignité insurpassable : celle de devenir ses enfants.

+ Michel Aupetit, Évêque de Nanterre

Source : eglise.catholique.fr

 

 

"L'euthanasie crée des pathologies sociales toxiques", selon le cardinal Müller

par Agence I.Media, 17/05/2017

Le Saint-Siège en bref : La légalisation de l’euthanasie est “tragique”, “toxique” et “mortelle” pour les plus faibles, affirme le cardinal Müller

Cardinal Müller sur l’euthanasie : La décision du Canada de légaliser l’euthanasie est “tragique” et “n’est pas seulement mauvaise en soit, mais crée aussi des pathologies sociales toxiques et mortelles qui affligent les plus faibles de la société”, a déclaré le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi, le 15 mai 2017, rapporte le site canadien The Catholic register le 16 mai. Le haut prélat s’exprimait à Toronto (Canada) devant des bioéthiciens, théologiens, docteurs et infirmières. Il a appelé à inciter les citoyens à s’engager pour l’abrogation la loi. En juin 2016, le parlement canadien avait adopté une loi légalisant “l'aide médicale à mourir” pour les personnes de plus de 18 ans, atteintes d'une maladie en phase terminale et dont la mort est “raisonnablement prévisible”.

Source : imedia-info.org

 

 

Le Cardinal Sgreccia dénonce les motifs de l’euthanasie

par Cardinal Elio Sgreccia, 03/05/2017 (extrait)

Le Cardinal Sgreccia est préfet émérite de l'Académie pontificale pour la vie. Dans un interview donné au quotidien italien La Repubblica le 3 mai 2017, il revient sur la question de l'euthanasie et du suicide assisté suite à la mort de DJ Fabo.

"Il faut aussi comprendre les motifs qui se trouvent derrière la pratique de l'euthanasie ou qui peuvent favoriser le suicide assisté.

Il y a aussi la question qu'étant donné le vieillissement croissant de notre société, il peut y avoir le souhait d'économiser en ne dépensant pas l'argent nécessaire aux soins. Tout cela n'est néanmoins pas admissible.

Si tout est gouverné par le fait de vouloir économiser de l'argent, alors nous ne sommes rien de plus que de la marchandise jetable."

Source : repubblica.it    (traduction : site.christophore.com)

 

 

ONU: le « respect de la vie » doit « guider » les politiques, par Mgr Bernardito Auza

Intervention à la 50e session de la Commission sur la population et le développement


« Le respect de la vie, du moment de la conception à la mort naturelle » doit « guider » les politiques, a réaffirmé Mgr Bernardito Auza.

L’observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies est intervenu à la Cinquantième session de la Commission sur la population et le développement sur le thème « Modification des structures de l’âge de la population et développement durable », le 5 avril 2017, à New York.

Le respect de la vie doit « guider les politiques mises en place par les gouvernements pour s’assurer qu’ils bénéficient de ‘dividendes démographiques’ », a dit Mgr Auza. Il a appelé à investir « non seulement dans l’éducation et les soins de santé, mais aussi dans un logement et un assainissement adéquats et dans l’accès à l’eau potable ». « Ces investissements répondent mieux aux causes profondes des conflits, de la pénurie de ressources et de la sur-urbanisation », a-t-il souligné.

« Ce droit à la vie, a poursuivi le nonce,  doit aussi nous amener à garder les personnes âgées, les personnes handicapées et les plus vulnérables à l’avant-garde de nos politiques de développement. » Il a affirmé qu’ils devraient « être habilités par la société à intégrer et participer pleinement à tous les aspects de la vie » et que « leur valeur inhérente ne doit pas être réduite à la question de savoir ce qu’ils peuvent produire ou à leur capacité physique ».

Voici notre traduction complète de l’intervention de Mgr Bernardito Auza.

Intervention de Mgr Bernardito Auza : 

Madame la Présidente,

Comme l’a souligné le récent rapport du Secrétaire général intitulé Modification des structures de l’âge de la population et développement durable (E / CN.9 / 2017/2), le monde continue de connaître des changements importants dans la répartition de la population selon l’âge et passe de populations plus jeunes en croissance, associées à des taux élevés de fécondité et de faible mortalité, à des populations ayant une nombre proportionnellement plus important de personnes âgées, liées à des niveaux de fécondité et de longévité beaucoup plus faibles, avec des conséquences marquées au niveau de la consommation et du rythme de la croissance économique. Bien que ces changements démographiques présentent un nouvel ensemble de défis et d’opportunités, le développement durable, l’élimination de la pauvreté et la défense de la dignité de la personne humaine doivent rester essentiels à notre réponse collective.

Pendant des décennies, le discours sur une bombe démographique imminente a conduit certains gouvernements à adopter des politiques qui encouragent les mesures de contrôle de la population, certaines draconiennes, comme la réponse la plus simple à la peur de la pénurie de ressources et du sous-développement. Tout en notant la complexité des problèmes en jeu, ma délégation souhaite souligner la nécessité de prendre en compte les différentes situations régionales et même spécifiques aux pays. Par exemple, les populations de certains pays continueront d’augmenter à court terme; d’autres se stabilisent autour d’une croissance nulle; et d’autres encore ont commencé à expérimenter un déclin démographique en spirale, avec les défis qui se posent de fournir des protections et des soins sociaux adéquats pour les personnes âgées, ainsi qu’un emploi significatif pour les jeunes face à une croissance économique stagnante due au vieillissement et au déclin de la population.

Madame la Présidente,

Bien qu’il soit vrai qu’une répartition inégale de la population et des ressources crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut aussi reconnaître que la croissance démographique est totalement compatible avec la prospérité partagée. Les ressources sont suffisantes, mais elles sont souvent utilisées de manière inefficace et mal distribuées. Le monde développé, avec un niveau élevé de consommation et un faible niveau de pauvreté, est souvent responsable des déséquilibres commerciaux, de la répartition inéquitable des ressources et de la dégradation de l’environnement.

La corruption, les conflits prolongés et d’autres catastrophes causées par l’homme, en particulier dans le monde en développement, font beaucoup plus pour perpétuer l’injustice et enraciner la pauvreté qu’une population saine et en pleine croissance. En ce qui concerne ces causes profondes, qui influent sur le problème du développement durable, les meilleures réponses sont la solidarité, la paix et la sécurité. Cela présuppose, cependant, un changement considérable dans les politiques tant des pays développés que des pays en développement, en particulier en termes d’investissement dans le temps, les ressources et les politiques.

Madame la Présidente,

La transition démographique s’est produite dans le monde développé avant qu’il n’ait accès aux méthodes modernes de contraception. Elle s’est réalisée avec des progrès économiques et technologiques, ainsi que des investissements dans l’éducation, l’infrastructure et les institutions. Il est bien connu que la croissance économique correspond à des taux de fécondité plus faibles et que, lorsqu’elle est accompagnée d’investissements dans l’éducation et la santé, elle augmente la productivité et le bien-être des sociétés. Alors que la parentalité responsable et le comportement sexuel sont toujours des impératifs moraux, la réglementation coercitive de la fécondité, surtout sous le couvert de l’autonomisation et des droits, porte atteinte à la liberté et à la responsabilité individuelle. Le respect de la vie, du moment de la conception à la mort naturelle, même face au grand défi de la naissance, doit toujours informer les politiques, surtout en ce qui concerne l’aide internationale, qui devrait être mise à disposition selon les priorités réelles de la nation d’accueil, et non par une volonté imposée du donateur.

Ce respect pour la vie doit également guider les politiques mises en place par les gouvernements pour s’assurer qu’ils bénéficient de « dividendes démographiques ». L’investissement est le mieux placé non seulement dans l’éducation et les soins de santé, mais aussi dans un logement et un assainissement adéquats et dans l’accès à l’eau potable, en particulier dans les pays en développement. Ces investissements répondent mieux aux causes profondes des conflits, de la pénurie de ressources et de la sur-urbanisation. Ce sont les investissements qui rendront nos jeunes autonomes.

Ce droit à la vie doit aussi nous amener à garder les personnes âgées, les personnes handicapées et les plus vulnérables à l’avant-garde de nos politiques de développement. Non seulement ils doivent être habilités par la société à intégrer et participer pleinement à tous les aspects de la vie, mais leur valeur inhérente ne doit pas être réduite à la question de savoir ce qu’ils peuvent produire ou à leur capacité physique. Ne laisser personne en arrière signifie également reconnaître que la valeur de chaque personne est supérieure à sa contribution économique et que nos charges sont censées être partagées. Nous devons partir d’une approche du développement plus durable et axée sur l’homme, enracinée dans la solidarité et la responsabilité authentique pour les besoins de tous, en particulier des plus vulnérables.

Merci, Madame la Présidente.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

Source : zenit.org

 

 

MESSAGE DE SA SAINTETÉ
JEAN-PAUL II
POUR LE CARÊME 2005

Très chers Frères et Sœurs !

1. Chaque année, le Carême se propose à nous comme un temps propice à l'intensification de la prière et de la pénitence, en ouvrant notre cœur pour accueillir docilement la volonté divine. Le Carême nous indique un itinéraire spirituel qui nous prépare à revivre le grand mystère de la mort et de la résurrection du Christ, à travers surtout une écoute plus assidue de la Parole de Dieu et la pratique plus généreuse de la mortification, grâce à laquelle il nous est possible d'aider davantage notre prochain dans le besoin.

Je désire, cette année, proposer à votre attention, chers Frères et Sœurs, un thème plus que jamais actuel, et qui se trouve bien illustré par les versets suivants du Deutéronome : "Car là est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre " (30,20). Ce sont les mots que Moïse adresse au peuple pour l'inviter à nouer l'alliance avec Yahvé dans le pays de Moab, "pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t'attachant a lui" (30,19-20). La fidélité à cette alliance divine est pour Israël la garantie de l’avenir "sur la terre que Yahvé a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner" (30,20). Dans la vision de la Bible, atteindre l'âge mûr est un signe de la bénédiction aimante du Très-Haut. La longévité apparaît ainsi comme un don divin particulier.

Je voudrais vous inviter à réfléchir sur ce thème pendant le Carême, pour approfondir la conscience du rôle que les personnes âgées sont appelées à jouer dans la société et dans l'Eglise, et pour disposer ainsi votre âme à cet accueil aimant qu'elles doivent recevoir. Dans la société moderne, grâce aussi à la contribution des sciences et de la médecine, on constate un prolongement de la vie humaine et, par conséquent, une augmentation du nombre des personnes âgées. Cela demande une attention plus spécifique au monde  dit du "troisième âge", afin d'aider ses membres à vivre pleinement leurs potentialités, en les mettant au service de la communauté tout entière. Les fidèles doivent avoir à cœur de soigner les personnes âgées, surtout lorsqu'elles connaissent des moments difficiles, spécialement dans les Communautés ecclésiales des sociétés occidentales, où le problème existe de façon particulière.

2. La vie de l'homme est un don précieux, qu'il faut aimer et défendre dans chacune de ses étapes. Le commandement "Tu ne tueras pas" demande qu'elle soit respectée et promue, toujours, depuis son début jusqu'à son crépuscule naturel. C'est un commandement qui vaut aussi en présence de la maladie, et lorsque l'affaiblissement de ses forces réduit l'être humain à ne plus être autonome. Si le vieillissement et ses limites inévitables sont accueillis en toute sérénité, à la lumière de la foi, ils peuvent devenir de précieuses occasions pour mieux comprendre le mystère de la Croix qui donne pleinement son sens à l'existence humaine.

La personne âgée a besoin d'être comprise et aidée dans cette perspective. Je veux dire ici combien j'apprécie tous ceux qui font leur possible pour satisfaire ces exigences et j'exhorte aussi toutes les personnes de bonne volonté à vouloir profiter du Carême pour apporter leur contribution personnelle. Cela permettra à bien des personnes âgées de ne pas se sentir un poids pour la communauté et, parfois même, pour leurs familles, dans une situation de solitude qui les expose à la tentation de se refermer sur soi et de se décourager.

Il faut s'engager à faire grandir dans l'opinion publique la conscience que les personnes âgées constituent, dans tous les cas, une ressource qui doit être mise en valeur. Aussi, faut-il renforcer les soutiens économiques et les initiatives législatives qui leur permettent de ne pas être exclues de la vie sociale. Pour dire la vérité, au cours des dernières décennies, la société est devenue plus attentive à leurs exigences, et la médecine a développé des soins palliatifs qui, dans une approche intégrale du malade, se révèlent particulièrement bénéfiques pour les malades hospitalisés à long terme.

3. Disposant de plus de temps à ce stade de leur existence, les personnes âgées ont l'occasion d'affronter des questions de fond qui avaient été sans doute négligées auparavant, en raison d'intérêts pressants ou reconnus comme prioritaires. La conscience de se rapprocher du but final pousse les personnes âgées à se concentrer sur ce qui est essentiel, en reconnaissant l'importance de tout ce qui n'est pas détruit par l'usure des ans.

C'est justement à cause de la condition qui est la leur que les personnes âgées peuvent jouer un rôle dans la société. S'il est vrai que chacun et chacune vit de l'héritage de ceux qui l'ont précédé, et que son avenir dépend de façon déterminante de la manière dont lui ont été transmises les valeurs de la culture de son peuple d'appartenance, la sagesse et l'expérience des personnes âgées peuvent illuminer son avancée sur la route du progrès qui mène à une forme de civilisation toujours plus complète.

Combien il est important de redécouvrir cet enrichissement mutuel des différentes générations ! Avec son invitation ferme à la conversion et à la solidarité, le Carême nous conduit cette année à nous concentrer sur ces thèmes importants qui concernent tous les hommes. Qu'arriverait-il si le Peuple de Dieu acceptait une certaine mentalité courante qui considère ces frères et ces sœurs âgés comme quasiment inutiles, lorsqu'ils se retrouvent avec des capacités réduites par les inconvénients de l'âge ou de la maladie ? Et au contraire, combien la communauté serait différente, à commencer par la famille, si elle s'efforçait de rester toujours ouverte et accueillante à leur égard !

4. Très chers Frères et Sœurs : pendant ce Carême, et en nous aidant de la Parole de Dieu, réfléchissons sur l’importance pour chaque communauté d’accompagner les personnes vieillissantes, avec amour et compréhension. Il faut, en outre, nous habituer à concevoir le mystère de la mort avec confiance, pour que la rencontre définitive avec Dieu se réalise dans un climat de paix intérieure, avec la conscience que nous sommes accueillis par Celui "qui nous a tissé au sein de notre mère" (cf. Ps 139,13b) et qui a voulu que nous soyons "à son image comme sa ressemblance" (cf. Gn 1,26).

Que Marie, notre guide tout au long de cet itinéraire quadragésimal, conduise tous les croyants, et spécialement les plus âgés, à une connaissance toujours plus profonde du Christ mort et ressuscité, raison ultime de notre existence. Qu'elle intercède pour chacun de nous, elle, la Servante fidèle de son divin Fils, avec sainte Anne et saint Joachim, "maintenant et à l'heure de notre mort".

A tous, je donne ma Bénédiction apostolique !

Du Vatican, le 8 septembre 2004

JEAN-PAUL II

 

Source : vatican.va

Déclaration du Président de la Conférence des Evêques Catholique du Canada

sur l'adoption récente du projet de loi C-14

qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté

par Monseigneur Douglas Crosby OMI, 27/06/2016

L'adoption récente du projet de loi C-14, qui légalise l'euthanasie et le suicide assisté dans notre pays, est une décision historique déplorable qui atteste l'échec de notre gouvernement et, en effet, de notre société d'assurer une protection humaine authentique pour les personnes souffrantes et vulnérables parmi nous.

Nous vivons dans un pays où la grande majorité des mourants n'ont pas accès à des soins palliatifs ou des soins à domicile de qualité, où le taux de suicide dans plusieurs communautés autochtones atteint des niveaux alarmants, et où on suggère que la vie de personnes chroniquement malades, vulnérables ou handicapées ne mérite pas d'être vécue. Il est paradoxal et très malheureux que la loi de notre société consacre désormais l'homicide comme une manière acceptable de mettre fin à la souffrance. On ne peut qu'être stupéfait et profondément troublé de constater que notre pays est de moins en moins capable de reconnaître le caractère sacré de la vie humaine.

Nulle institution, nul individu, nulle idéologie, nulle législation n'ont le droit de menacer ou de miner le caractère sacré de la dignité de chaque personne et du don de la vie elle-même. Nous sommes appelés, en tant que société formée d'individus capables de compassion, à respecter et à protéger la vie humaine de la conception à la mort naturelle en honorant une vision de la personne humaine qui embrasse aussi bien son existence terrestre actuelle que la vie outre-tombe. Les catholiques, comme toutes les personnes de bonne volonté, ont le devoir moral et social de protéger les personnes vulnérables, de consoler celles qui souffrent et d'accompagner celles qui sont à l'article de la mort. Les évêques du Canada prient et espèrent qu'avec tous nos sœurs et frères catholiques et nos concitoyennes et concitoyens canadiens, chacune et chacun de nous et l'ensemble de notre société puissent vivre une profonde conversion du cœur et en viennent à reconnaître l'image de Dieu imprimée profondément en chaque vie humaine, quel que soit l'état de la personne, son niveau de confort, son degré de productivité ou sa contribution à la société.

La mise à mort intentionnelle d'une vie humaine – qu'il s'agisse d'une personne âgée, d'un enfant, d'un adulte vulnérable, d'un embryon ou d'une personne mourante – est un acte grave et moralement injustifiable. Notre société doit rejeter tout ce qui porte atteinte à la vie elle-même : le meurtre, le génocide, le suicide, l'avortement, l'euthanasie et l'aide médicale à mourir. La suppression délibérée de la vie humaine par une intervention directe n'a rien d'un geste humanitaire. Il faut plutôt chercher à réduire au minimum la douleur et la souffrance des personnes mourantes et de celles qui sont tentées de s'enlever la vie, et non à supprimer leur existence. Efforçons-nous d'aider les personnes malades et handicapées à trouver un sens à leur vie, même et surtout dans leur souffrance. Consolons ceux et celles qui vivent une maladie terminale ou une condition chronique par notre présence authentique, un amour humain et l'aide médicale. Comme société et en tant qu'individus, choisissons de cheminer avec eux dans leur souffrance et ne contribuons pas à mettre fin au don de la vie.

Faire de l'aide médicale au suicide un « droit » n'est ni un vrai soin ni un gage d'humanité. C'est fondamentalement une forme faussée de pitié, une déformation de la bonté envers nos frères et sœurs. La nouvelle loi laisse entendre qu'un être humain, une personne, cesse d'être une personne et perd sa dignité simplement en raison de la perte ou de la diminution de certaines capacités physiques et mentales. C'est faux. La vérité, c'est que notre propre humanité se détériore quand nous omettons de prendre soin des faibles et des mourants, et quand nous évitons délibérément de voir en eux, avec leurs maladies et leurs limites, des personnes dignes de vivre. La vraie compassion humaine consiste à partager la douleur de l'autre, à l'accompagner dans son cheminement – et non à s'en débarrasser. Le suicide assisté est une insulte à ce qu'il y a de plus noble et de plus précieux dans l'existence humaine, et constitue une injustice grave et une violation de la dignité de chaque personne humaine dont la tendance naturelle et intrinsèque est de préserver la vie. Il faut entourer nos personnes malades, mourantes, vulnérables et handicapées, d'amour et d'attention, de sollicitude et d'une compassion vraiment porteuse de vie. C'est pourquoi les soins palliatifs restent incontestablement le seul choix moral, efficace et indispensable, la seule option de vraie compassion, maintenant que notre pays s'est engagé sur ce chemin périlleux.

Saint Joseph, patron du Canada et patron de la bonne mort, priez pour nous.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Le 27 juin 2016

Source : cccb.ca

Création d'un nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie

par Radio Vatican, le 04/06/2016

(RV) Le projet était régulièrement abordé ou revenait fréquemment à chaque réunion du C9, le conseil des cardinaux chargés d’aider le Pape à réformer la Curie romaine : la création d’un grand dicastère réunissant les laïcs, la famille et la vie. Ce samedi 4 juin 2016, le Pape François a, sur proposition du conseil des cardinaux, approuvé ad experimentum, les statuts qui donneront naissance le 1er septembre prochain à ce nouveau dicastère. Il réunira les actuels conseils pontificaux pour les laïcs et pour la famille qui cesseront de fait, d’exister, les articles 131-134 et 139-141 de la constitution Pastor Bonus étant abrogés. L’Académie pour la Vie, elle, ne sera pas abrogée, mais reliée au nouveau dicastère.

Ce nouveau dicastère aura à sa tête un préfet et un secrétaire, qui pourrait être un laïc, assistés de trois sous-secrétaires, tous laïcs, et en charge des sections dédiées aux laïcs, à la famille et à la santé. Le texte officiel précise bien que ses membres pourront être issus du clergé, mais qu'il y aura aussi des fidèles laïcs, hommes et femmes, célibataires ou mariés, engagés dans divers champs d’activité et venant des quatre coins du monde, afin de respecter le caractère universel de l’Église.

Son rôle sera de promouvoir et d’organiser des conférences internationales et autres initiatives concernant l’apostolat des laïcs, l’institution du mariage et la réalité de la famille et de la vie dans le milieu ecclésial et dans la société.

Ce dicastère encouragera la promotion des vocations et de la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde, ainsi que la conscience de la coresponsabilité pour la vie et la mission de l’Église. Il devra ainsi promouvoir la participation des laïcs au catéchisme, à la vie liturgique et sacramentelle, à l’action missionnaire, aux œuvres de miséricorde, de charité et de promotion humaine et sociale. La présence active et responsable dans les organes consultatif de l’Église doit également être soutenue.

Concernant la famille, le nouveau dicastère protègera la dignité et le bien de la famille basés sur le sacrement du mariage. Il offrira des lignes directrices sur la préparation au mariage, sur les programmes pastoraux qui soutiennent la famille dans la formation des jeunes à la vie de la foi et à la vie ecclésiale et civile, en prêtant une attention toute particulière aux pauvres et aux laissés pour compte.

Le décret précise que ce dicastère aura un lien direct avec l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, «pour promouvoir une direction commune dans les études sur le mariage, la famille et la vie».

Il soutiendra et coordonnera des «initiatives en faveur de la procréation responsable» et sur «la protection de la vie humaine de sa conception jusqu’à sa fin naturelle», et «encouragera les organisations et associations qui aident la femme et la famille à accueillir et à prendre soin du don de la vie, spécialement dans les cas de grossesse difficile, et à prévenir le recours à l’avortement», tout en soutenant des initiatives vouées à aider les femmes qui auraient avorté.

Enfin il est précisé que ce dicastère développera une formation «sur la base de la doctrine morale catholique et du Magistère de l’Église» sur les questions de bioéthique et de droit à la vie, notamment concernant les idéologies qui se développent concernant la vie humaine et le genre.

(CV-XS)

Source : news.va

AIDE A MOURIR: PAS DE DATE BUTOIR POUR LA DIGNITÉ

LETTRE OUVERTE DU CARDINAL LACROIX

« Aide à mourir » : pas de date butoir pour la dignité

Le 6 juin prochain, la décision de la Cour suprême du Canada concernant l’« aide médicale à mourir » prendra effet avec ou sans loi fédérale pour l’encadrer.

L’adoption de la loi C-14 ou l’entrée en vigueur de la décision Carter, donnera certainement lieu à des recours judiciaires afin d’élargir la portée de l’euthanasie au Québec, accessible chez nous depuis déjà 5 mois. Des pressions viendront également pour recourir au suicide assisté, tel que défini par C-14 : « de prescrire ou de fournir une substance à une personne, à la demande de celle-ci, afin qu’elle se l’administre et cause ainsi sa mort. »

Je désire m’adresser aujourd’hui particulièrement aux personnes affectées « de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap)1 » causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables.

La vie que vous avez reçue, le souffle qui vous habite, la personnalité qui vous caractérise sont empreints de beauté, de noblesse et de grandeur. L’amour reçu, l’amour donné sont toujours présents et font de vous, comme de chacun de nous, des êtres revêtus d’une grande dignité en toutes circonstances. Ce que vous avez été, ce que vous êtes maintenant requièrent, entre autres, le respect, l’accompagnement et des soins appropriés pour vous aider à grandir jusqu’à la fin.

Afin de respecter la primauté de la vie, l’Église catholique s’oppose fermement à l’euthanasie et au suicide assisté. Elle déplore que tous les scénarios envisagés par le gouvernement fédéral permettent éventuellement à un nombre croissant de personnes de demander à mettre fin à leurs jours.

Je le répète souvent, la position de l’Église n’est pas de valoriser la souffrance. Oui, la foi peut lui donner un sens, mais les chrétiens et chrétiennes, tout comme Jésus, souhaitent l’éviter lorsque cela est possible : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Luc 22, 42). J’ai la ferme conviction que Dieu nous aime d’un amour éternel, tels que nous sommes ici et maintenant, et ce, jusqu’à notre mort où il nous accueillera les bras grands ouverts. Il suffit d’écouter sur notre webtélé diocésaine ECDQ.tv la récente conférence de notre archevêque émérite Mgr Maurice Couture pour s’en convaincre.

D’ici le 6 juin prochain, je nous lance collectivement un grand défi. Vous connaissez sûrement une personne qui pourrait se reconnaître dans les critères québécois et (bientôt) canadiens d’accessibilité à l’aide médicale à mourir. Écoutez et accueillez jusqu’au bout l’expression de sa souffrance, de sa peur. Dites-lui qu’elle a du prix à vos yeux, qu’elle pourra toujours compter sur votre présence. Rappelez-lui votre amour inconditionnel.

Les demandes d’aide à mourir s’effacent habituellement lorsque les personnes souffrantes sont bien accompagnées. Ce sont les médecins et le personnel soignant en soins palliatifs qui me l’ont partagé à maintes reprises. Je les remercie de poursuivre leur rôle dans le nouveau contexte législatif au Québec. Leurs efforts pour soulager la souffrance physique et morale portent de réels fruits et les investissements en soins palliatifs doivent se poursuivre. Pour celles et ceux d’entre eux (toujours une majorité) qui s’opposent à l’euthanasie, leur objection de conscience doit être protégée. Si un médecin ne souhaite pas référer un patient vers sa mort médicalement provoquée, son choix doit être respecté sans remise en question.

Merci également à tous les proches aidants. Les débats actuels risquent de faire oublier leur dévouement, leur courage, leur force, mais surtout leur sens de l’autre et du respect de la vie. Ces personnes ont énormément besoin d’être reconnues et soutenues.

Mon accompagnement de personnes en fin de vie me confirme qu’il est périlleux d’accorder la permission de provoquer la mort d’une autre personne, même avec son consentement. Non seulement une loi dicte, mais elle éduque et elle imprime la revendication du droit et la suggestion du devoir. Avec le temps, les moeurs sont affectées et la rareté du geste cède le pas à l’habitude. C’est, à mon humble avis, un bien triste « progrès ». Nous avons la responsabilité, la mission d’accompagner avec douceur et tendresse la vie de nos proches qui souffrent, et ce, sans recours à une loi qui incite à la mort. Dans ce contexte, nous sommes invités à prévenir ce mode suicidaire en choisissant de reconnaître la dignité de la vie.

Cardinal Gérald C. Lacroix
Archevêque de Québec
30 mai 2016

1 Description correspondant à la décision de la Cour suprême canadienne qui amendera le 6 juin notre code criminel pour offrir « une aide médicale à mourir ».

Source : fiamc.org

 

Canada: «Ma famille: une école de miséricorde»

, 11/04/2016, extraits

... Le président de la CECC et évêque de Hamilton, Mgr Douglas Crosby, a publié une Lettre aux familles catholiques canadiennes à l’occasion de la Semaine de la vie et de la famille.

Il note que c’est « un moment tout spécial de réflexion et de prière, le temps de se rappeler que la famille et la vie sont elles-mêmes deux cadeaux inestimables de Dieu ».

« En cette Année du Jubilé de la Miséricorde, il est particulièrement approprié de se pencher sur le rôle irremplaçable de la famille en tant que première école de la miséricorde de Dieu », souligne-t-il.

Mgr Douglas Crosby parle d’« innombrables » défis auxquels sont confrontées les familles d’aujourd’hui. « Nous n’avons qu’à penser au débat sur l’euthanasie et le suicide assisté qui secoue notre pays, précise-t-il. Le fait que tant de personnes s’appuient sur la possibilité d’avoir accès au suicide assisté pour vivre une bonne mort illustre bien que notre société vit un immense désenchantement face à l’amour et à la miséricorde. Les personnes qui se sentent aimées choisissent rarement la mort. Le monde a besoin de compassion ! »

« Le Christ est la plénitude de la miséricorde, rappelle Mgr Crosby. Jésus est le chemin. Son enseignement, sa vie, sa mort et sa Résurrection l’illustrent bien. Chacun de nous est appelé à imiter la justice du Seigneur qui donne la vie et le don qu’il fait de lui-même par amour compatissant. Nous sommes invités à le faire au quotidien : à la maison, à l’école, au travail. » ...

Source : zenit.org

 

Parole d’évêque – Mgr D’Ornellas « la Fin de Vie, un Enjeu de Fraternité »

par Monseigneur d'Ornellas, 13/04/2016

Retour sur ce samedi 9 avril, à Chabeuil à la Maison Nazareth, où les Services Diocésains de Pastorale de la Santé, des diocèses de Viviers et Valence, proposait une journée d’étude.

Extraits de l’interventions de Mgr d’Ornellas

Nous naissons accompagné et nous partons accompagné à cause de notre fragilité humaine.
Nécessité d’intégrer et d’apprivoiser la notion de Soins Palliatifs. Ils sont un élément essentiel des soins de santé.
Le Palliatif commence bien avant le curatif, il est le premier soin à donner.
Dans la loi, une nouveauté, les bénévoles ont toute leur place s la démarche des Soins Palliatifs.
Accompagner l’angoisse ce n’est pas la supprimer.
Nécessiter d’intégrer les personnes en fin de vie dans notre Vivre Ensemble.
Aimer le malade sans se laisser submerger par ses souffrances.

« La Fin de Vie, un Enjeu de Fraternité »

« Où va cette personne que j’ai la mission d’accompagner ? » La réponse nous pouvons la trouver dans l’Evangile. Cette personne va vers des séparations. C’est bien le lieu de l’angoisse. Séparer : acte souverain de Dieu Créateur. C’est un acte fondamental. Si Dieu sépare c’est pour consacre. La mort c’est Dieu qui consacre une vie. L’amour est présent dans tout parcours de vie humaine. C’est le moment de dire merci pour cette vie. L’accompagnement permet à la personne de comprendre que sa vie est aimable. Vient le moment où je peux remettre ma vie en disant merci
« En tes mains je remets mon Esprit » nous dit le psalmiste (31,5) ou Luc 23, 46 « … Jésus s’écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. « 
On peut dire que la mort est une action de grâce dans l’amour.

Difficulté de la technique. La technique n’est pas faite pour être vulnérable, alors que l’humain est vulnérable. La technique a tendance à tout englober , elle devient tentation car nous sommes vulnérables. Je ne possède pas ma vie… ;je la reçois. Pourquoi je suis vulnérable, ? pourquoi j’ai peur, quand je touche la vulnérabilité de l’autre, parce que je suis moi-même vulnérable. Il faut que j’assume ma peur, cette vulnérabilité
La technique devient un outil quand la technique est considérée comme étant vulnérable. A ce moment là « la mort est une victoire du soin »

L’autonomie d’une personne . Cette autonomie fait partie de la dignité de l’être humain. cette autonomie existe chez tout être. C’est un bien précieux. C’est la richesse d’un être en relation. J’existe dans la relation. Je suis posé dans une relation. L’autonomie est toujours relationnelle.
Quelle autonomie pour une personne qui vit des vulnérabilités ? C’est s’abandonner à une relation.

En conclusion, Mgr d’Ornellas nous renvoi au n°74 de l’Encyclique de Benoît XVI Caritas In Veritate

Source : riposte-catholique.fr

 

Message important de l’Archevêque sur l’euthanasie et le suicide assisté ; neuvaine demandée

Neuvaine à Saint-Joseph (demandée par l’archevêque; à réciter du 10 au 18 mars)
O glorieux saint Joseph, vous dont la puissance sait rendre possibles les choses impossibles, venez à notre aide dans l’embarras et la détresse où nous nous trouvons; prenez sous votre protection les affaires importantes et difficiles que nous vous recommandons afin qu’elles aient une heureuse issue.
(Exprimez votre demande à saint Joseph)
O notre bien-aimé Père, toute notre confiance est en vous; qu’il ne soit pas dit que nous vous ayons invoqué en vain; et, puisque vous pouvez tout auprès de Jésus et de Marie, montrez que votre bonté égale votre pouvoir. Amen.

St Joseph, priez pour nous !

Message important de l’archevêque d’Ottawa:

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Le 6 février 2015, la Cour suprême du Canada a redéfini l’éthique médicale en suspendant l’interdiction du Code criminel du Canada pour le suicide assisté. Cette décision provoque de l’inquiétude parce que les autorités pourraient interpréter le langage subjectif de la décision de la Cour et autoriser l’euthanasie, avec peu ou pas de contraintes. Le résultat ? La société abandonnerait les personnes à leur stade le plus vulnérable, plutôt que de leur fournir des soins médicaux pour alléger leurs souffrances et leurs besoins. C’est précisément la façon dont la Commission parlementaire, qui a récemment publié ses recommandations le 25 février, a vu la décision de la Cour suprême.

Non seulement dans une perspective catholique mais dans n’importe quel point de vue rationnel, l’acte intentionnel et délibéré, de se tuer soi-même ou de tuer un autre être humain est clairement immoral. Comment une société juste peut-elle approuvée que l’État puisse permettre à nos médecins d’enlever la vie ? Lorsque toute vie est vulnérable et peut être prise à volonté, la dignité de la vie a sérieusement dégradée. Le respect de toute vie humaine dans notre société est fortement compromis.

Les défenseurs de l’euthanasie et du suicide assisté soulèvent souvent la question de la gestion de la douleur grave ou chronique. Ils proposent de mettre fin à la vie du patient comme le meilleur « traitement médical ». Beaucoup de gens en effet, ont peur de la douleur physique, mais l’Église enseigne que les patients en phase terminale de la maladie peuvent recevoir du soulagement pour la douleur si nécessaire, même si, indirectement, cela pourrait raccourcir leur vie. Le principe en cause ici est simple et clair : le but du médicament vise à soulager la douleur du patient, et non pas à accélérer sa mort.

Le «Catéchisme de l’Église Catholique » nous enseigne explicitement, “que quel qu’en soit les motifs ou les moyens, l’euthanasie direct qui consiste à mettre fin à la vie des personnes handicapées, malades ou mourante est moralement inacceptable”(n ° 2277). Le droit à la vie n’est pas une question pour les chrétiens seulement. C’est un droit humain pour tous. De coopérer formellement dans le meurtre de personnes handicapées, fragiles, malades, ou souffrante, même si motivé par une compassion déplacée, exige que l’on ait fait le jugement préalable que cette vie n’a pas de valeur et qu’elle n’est pas digne d’être vécue. Mais toute vie humaine a une valeur. La loi devrait protéger toute vie. Personne ne perd le droit à la vie en raison de maladie ou d’invalidité.

L’Église catholique ne préconise pas de prolonger la vie à tout prix. Plutôt, l’Église est guidée par le principe de la qualité de vie qui tient compte de la personne tout entière et non pas simplement de garder le corps en vie par n’importe quel moyen. En tant que chrétiens catholiques rationnels, avant d’accepter un traitement pour prolonger la vie ou non, nous nous posons cette question: Y a-t-il un espoir raisonnable de soulagement sans douleur excessive ou autre problème grave?

En tant que votre évêque et votre frère en Jésus-Christ, je vous exhorte à jeûner et à prier pour que nos parlementaires tiennent compte de nos préoccupations. S’il vous plaît prenez part à une neuvaine à Saint Joseph, entre le 10 et le 18 mars. Prions pour que nos législateurs aux niveaux nationaux et provinciaux, protègent la vie, particulièrement celle des personnes les plus vulnérables et qu’ils respectent le droit des professionnels de la santé de refuser de prendre part au suicide assisté.

Que pouvez-vous faire d’autre? Présentez ces préoccupations à votre député et aux membres du Parlement Provincial. Vous pouvez aussi commencer un groupe ou vous joindre à un groupe pro-vie dans votre paroisse pour prendre en charge la résistance à la culture de mort et nourrir la culture de la vie au Canada. Parler à vos amis et collègues de travail de la menace grave à la dignité humaine et à la vie que l’euthanasie et le suicide assisté représentent pour nos voisins les plus vulnérables. Expliquez à vos enfants, à vos petits-enfants, à vos amis et vos associés de l’importance de respecter la vie humaine de sa conception dans l’utérus jusqu’à sa mort naturelle.

Je vous encourage à être un agent de la miséricorde dans cette année jubilaire de la miséricorde – “nourrir les affamés, donner à boire à l’assoiffé, vêtir les nus, accueillir l’étranger, réconforter les malades, visiter les prisonniers et enterrer les morts. » Les catholiques, comme tous les autres citoyens, ont le droit et le devoir de participer à la vie politique de notre démocratie. Nous devons agir pour faire respecter la dignité de toute vie humaine.

Prenez courage. N’ayons pas peur de se mettre debout pour la valeur et la dignité de la vie. Les Chrétiens catholiques ont un rôle particulier à jouer pour s’opposer à cette culture de la mort. J’invite tous les catholiques à être de fervents défenseurs et promoteurs de l’Évangile de la vie. Faites entendre votre voix.

L’archevêque d’Ottawa
✠Terrence Prendergast, s.j.

Source : stclement-ottawa.org

 

 

Pas d’onction des malades en cas de suicide assisté, prévient un évêque canadien

par La Croix, avec presse canadienne, 29/02/2016

Alors que la Conférence épiscopale canadienne a vivement dénoncé un nouveau rapport recommandant la légalisation du suicide assisté dans le pays, l’archevêque d’Ottawa, Mgr Terrence Prendergast, a souligné que ceux qui demandaient à mourir ainsi n’étaient pas en mesure de recevoir les derniers sacrements.

« Demander à être tué est gravement désordonné et constitue un rejet de l’espoir que le rite (de l’onction des malades, NDLR) demande et essaie d’apporter », a assuré l’archevêque d’Ottawa, Mgr Terrence Prendergast, dans une interview à l’agence Canadian Catholic News reprise par la presse spécialisée le 27 février.

Une personne cherchant à se tuer elle-même « ne se trouve pas dans la disposition appropriée » pour recevoir ce sacrement, a confirmé Mgr Prendergast. « Demander à un prêtre d’être présent à quelque chose qui est en contradiction directe avec les valeurs catholiques n’est pas juste pour le pasteur ».

Mgr Prendergast a ainsi rappelé qu’on ne peut « être pardonné en avance pour quelque chose que l’on va faire, comme demander le suicide assisté, alors que le suicide est un péché grave ».

Cette prise de position a été mise en avant alors qu’une commission gouvernementale canadienne a remis, deux jours plus tôt, un rapport final sur le sujet contenant plusieurs recommandations en faveur du suicide assisté et de l’euthanasie.

Vives oppositions de l’épiscopat au suicide assisté

Ce document a suscité de vives réactions de la part de l’épiscopat canadien, qui lutte depuis plusieurs mois contre cette évolution législative.

Des leaders religieux de toutes confessions se sont unis à la lutte menée par les évêques contre la légalisation de ces pratiques.

Les députés canadiens préparent actuellement un nouveau texte de loi qui pourrait devenir l’un des plus libéraux au monde en la matière. S’il est voté, il concernerait aussi les établissements catholiques.

Début février 2015, la Cour suprême du Canada avait déjà invalidé l’article du Code criminel qui interdit à un médecin d’aider quelqu’un à s’enlever la vie dans des circonstances bien précises. La décision définitive du parlement quant à l’extension du droit au suicide assisté et à l’euthanasie devrait être prise en juin.

M. M. avec presse canadienne

Source : la-croix.com

 

 

Déclaration pastorale pour les catholiques du Canada sur le rapport « L’aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient »

par Mgr Douglas Crosby OMI, 26/02/2016

Chers frères et sœurs,

Le 25 février dernier, le Comité mixte spécial du gouvernement du Canada sur « l'aide médicale à mourir » a publié son rapport intitulé L'aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient. Le rapport recommande notamment :

- Que le suicide assisté soit accessible aux personnes atteintes d'une maladie psychiatrique (Recommandation 3)
- Que les souffrances psychologiques soient au nombre des critères ouvrant droit au suicide assisté (Recommandation 4)
- Que d'ici environ trois ans le suicide assisté soit accessible aux adolescents et peut-être également aux enfants qui pourraient être considérés comme des « personnes mineures matures »
(Recommandation 6)
- Que tous les professionnels de la santé soient tenus à tout le moins d'« aiguiller correctement » les patients qui demandent le suicide assisté (Recommandation 10)
- Que tous les établissements de santé subventionnés par l'État au Canada offrent le suicide assisté (Recommandation 11)

Par ailleurs, le rapport n'indique pas comment les soins palliatifs et les soins à domicile peuvent offrir de véritables options aux personnes qui sont tentées par le suicide, et il ne demande pas de plan national pour prévenir les suicides. Au Canada, le taux de suicide est sept fois plus élevé chez les jeunes des Premières Nations que chez les jeunes non-Autochtones, alors que le taux de suicide chez les jeunes Inuit est parmi le plus élevé au monde, à 11 fois la moyenne nationale canadienne.

L'enseignement de l'Église catholique et la position des évêques catholiques du Canada sont clairs. Le suicide n'est pas un soin de santé. Tuer les personnes souffrant de maladies physiques ou mentales, qu'elles soient jeunes ou âgées, est contraire à la sollicitude et à l'amour pour nos frères et sœurs. La dignité de la personne humaine et l'épanouissement de la communauté humaine exigent : 1) la protection et le respect de chaque vie humaine de la conception à la mort naturelle; et 2) la liberté de conscience et de religion pour chaque personne et pour chaque établissement. Le bien-être social, la sécurité personnelle et le bien commun – accompagnés de la foi religieuse – signifient protéger la vie de ceux et celles qui souffrent et non de la menacer.

Les recommandations qui précèdent et l'idée maîtresse du rapport ne sont absolument pas « centrées sur le patient »; elles ne soutiennent et n'aident en aucun point les mourants et les personnes vulnérables. Pour rependre les mots du pape François, les recommandations du rapport suivent l'approche d'une société du « jetable ». Elles ne révèlent pas le visage de la miséricorde de Dieu.

Avec mes frères évêques, catholiques et orthodoxes, et avec les dirigeants des communautés religieuses protestantes évangéliques, juives et musulmanes, et plusieurs autres croyants et non-croyants, je vous exhorte de faire savoir à vos représentants élus pourquoi l'euthanasie, le suicide assisté et les recommandations susmentionnées sont complètement inacceptables.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Le 26 février 2016

Source :cccb.ca

 

 

L'épiscopat canadien mobilisé contre l'euthanasie

par Radio Vatican, 23/02/2016

(RV) Entretien - Il y a quelques années encore, l’ensemble du parlement canadien était contre l’idée d’envisager une loi sur l’euthanasie . Mais depuis le 6 février 2015, la Cour suprême du Canada l’a rendu possible.

Les juges suprêmes ont déclaré inconstitutionnelle la loi interdisant la possibilité de recourir au suicide assisté dans le pays, et ont donné un an aux forces politiques pour établir une nouvelle loi. Cette décision avait reçu un appui massif des élites politiques et médiatiques.

Mais les évêques catholiques invitent leurs fidèles à s’interroger sur ce moment décisif et crucial pour le pays, et à préférer les soins palliatifs à l’euthanasie.

Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil, au Québec, nous parle de la mobilisation de l’épiscopat canadien sur cette question délicate. Il répond à Caroline Chabir.

 A écouter ici

 

Source : radiocaticana.va

 

 

Evêques du Canada

Message pour le Carême 2016 - « Je mets devant toi la vie ou la mort »

Mercredi, 10 Février 2016
 

Frères et sœurs dans le Christ,

Les textes de la liturgie des premiers jours du Carême nous invitent à envisager quelques questions fondamentales au moment d'entreprendre la traversée de cette saison bénie. Que signifie se repentir et croire à la Bonne Nouvelle? Que devrait changer la foi à notre vie et à notre mort? Comment convertir les cœurs et les vies? La lecture de l'Ancien Testament pour le jeudi qui suit le mercredi des Cendres prend un relief particulier cette année pour nous, comme peuple de Dieu et comme pays : Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort... Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance... (Deutéronome 30,19)

Il y a un an, par son jugement dans la cause Carter v. Canada, la Cour suprême du Canada a invité la population de notre pays à choisir la mort. Tout adulte atteint de maladie ou d'infirmité pourra opter pour l'aide médicale au suicide. Déjà, plusieurs voix plaident pour que cette mesure s'applique aussi aux personnes mineures. Bien qu'épouvantable, ce n'est pas étonnant. Les enfants, comme les adultes frappés d'incapacité sont euthanasiés dans les quelques autres pays où l'aide au suicide et l'euthanasie sont aujourd'hui légalisées.

Le rite ecclésial des funérailles nous rappelle que chaque vie et chaque mort ont un impact important sur la vie des autres. Comme le dit saint Paul, aucun d'entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même (Romains 14,7). Il s'ensuit, pour nous chrétiennes et chrétiens, que c'est notre mission et notre gloire que de défendre et de protéger la vie, de la conception à la mort naturelle, comme un don sacré de Dieu, Source de toute vie.

Cette année, le jeudi qui suit le mercredi des Cendres est aussi la Journée mondiale du malade. Dans son message à cette occasion, le pape François nous rappelle que, lorsque nous souffrons, que nous éprouvons de la douleur et que nous nous sentons vulnérables, la foi en Dieu est, d'une part, mise à l'épreuve et, d'autre part, révèle en même temps toute sa puissance positive. Non parce que la foi fait disparaître la maladie, la douleur ou les problèmes qui en dérivent, mais parce qu'elle offre une clé avec laquelle nous pouvons découvrir le sens le plus profond de ce que nous sommes en train de vivre; une clé qui nous aide à voir que la maladie peut être la voie pour arriver à une proximité plus étroite avec Jésus, qui chemine à nos côtés, chargé de la croix. Et cette clé c'est sa Mère, Marie, experte de cette voie, qui nous la remet.

En ce temps du Carême, avec mes frères évêques, j'invite notre communauté croyante et chacun de ses membres à s'interroger sérieusement sur ce moment décisif et crucial pour notre pays. Allons-nous préférer les soins palliatifs et les soins à domicile, ou l'aide au suicide et l'euthanasie? Le choix est simple. Est-ce que nous collaborons, en tant que communautés aimantes, à nous soutenir et à nous encourager les uns les autres à vivre nos vies pleinement et sur les traces du Christ jusqu'à que Dieu nous appelle à recevoir notre récompense céleste? Ou est-ce que nous abandonnons les personnes vulnérables, âgées, handicapées, mourantes et déprimées, en les laissant trébucher dans la solitude et le désespoir jusqu'à la tragédie d'une mort par suicide? Est-ce que nous défendons les professionnels de la santé et les institutions pour qu'ils ne soient pas forcés à devenir des collaborateurs, obligés à excuser ou à administrer la mort par suicide? Ou est-ce que nous choisissons d'offrir un système de bien-être social et de soins de santé qui protège la dignité de la vie humaine et l'inviolabilité de la conscience?

En vous exhortant à demeurer en pleine communion avec le Saint-Père et avec vos évêques sur cette question fondamentale, je vous invite :

- À prier l'Esprit Saint d'éclairer et de persuader les cœurs et les consciences de nos députés fédéraux, provinciaux et territoriaux, de nos élus municipaux et des personnes engagées dans le milieu de la santé afin que la vie de toutes les personnes vulnérables soit protégée de la conception à la mort naturelle;
- À vous informer davantage sur l'impact moral et social néfaste que l'euthanasie et l'aide au suicide ne manqueront pas d'avoir sur la société et sur des vies individuelles;
- À faire part à vos représentants politiques de vos inquiétudes et de vos convictions touchant la nécessité des soins palliatifs et des soins à domicile, le besoin de stratégies locales et nationales de prévention du suicide, et le mal que constituent l'euthanasie et l'aide au suicide;
- À partager avec votre famille, vos amis, votre collectivité et vos collègues de travail les ressources préparées dans le cadre de la Campagne nationale en faveur des soins palliatifs et des soins à domicile : contre l'euthanasie et l'aide au suicide, Un amour qui donne vie (http://www.lifegivinglove.com/);
- À signer la Déclaration œcuménique et interreligieuse sur l'euthanasie et l'aide au suicide qui a reçu l'appui de chefs religieux catholiques, orthodoxes, protestants évangéliques, juifs et musulmans, et de plus de 13 000 autres Canadiennes et Canadiens :
(http://www.euthanasiadeclaration.ca/fr-declaration/).

Vivre en plénitude, c'est choisir de se montrer miséricordieux et attentif aux besoins des autres; de prier et de prendre soin des malades, des personnes qui souffrent et des mourants; et d'accompagner et de réconforter chacun de nos frères et chacune de nos sœurs jusqu'à ce que la mort nous sépare. En choisissant d'être les témoins et les collaborateurs de la miséricorde salutaire de Dieu, nous choisissons – comme nous l'a rappelé le pape François au début de ce Jubilé extraordinaire de la Miséricordede nous laisser régénérer, pour vaincre l'indifférence qui empêche la solidarité, et sortir de la fausse neutralité qui empêche le partage. La grâce du Christ, qui porte l'attente du salut à son accomplissement, nous pousse à devenir ses coopérateurs dans la construction d'un monde plus juste et fraternel, où chaque personne et chaque créature puisse vivre en paix, dans l'harmonie de la création originaire de Dieu. (Homélie pour la Solennité de la Très Sainte Mère de Dieu et la 49e Journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2016)

Frères et sœurs, comme Adam et Ève à l'aube des temps, nous avons le choix de manger du fruit de l'arbre de vie ou de celui de la connaissance du bien et du mal, qui nous conduira certainement à la mort. Tout comme Moïse a placé les Hébreux sur le point d'entrer dans la Terre promise devant le choix crucial de décider de vivre en enfants du Dieu vivant, Celui qui est le seul Seigneur, nous aussi, sur le seuil d'un tel changement social, nous sommes appelés à opter pour la vie, la vérité, le bien et la vraie miséricorde. À nous de choisir.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Le 8 février 2016

Source : cccb.ca

 

POSITION DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE

ET MÉMOIRE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DU CANADA

SUR « LE FAIT D’AIDER QUELQU’UN À SE DONNER LA MORT »

Mémoire présenté par le Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada au

Comité externe sur les options de réponse législative à Carter c. Canada

par Mgr Douglas Crosby, 19/10/2005, extraits

À titre d’évêques catholiques, notre discours s’inspire de la raison, du dialogue éthique, de nos convictions religieuses et du profond respect que nous avons pour la dignité de la personne humaine. Notre position s’appuie sur les milliers d’années de réflexion de l’humanité et sur les gestes que nous posons en tant que chrétiens à la suite de Jésus, qui a montré ce que c’est qu’aimer, servir et accompagner les autres. Sa réponse à la souffrance de l’autre a été de souffrir avec lui, et non de le tuer. Lui-même a accueilli la souffrance comme un chemin de don, de générosité, de miséricorde. Point n’est besoin d’être croyant pour reconnaître dans sa vie et ses gestes un exemple insigne d’humanité. Les valeurs de Jésus de Nazareth fondent notre position sur la question du suicide assisté. Le Canada n’a pas à craindre de faire siennes ces valeurs profondément humaines et vivifiantes. En effet, des valeurs semblables sont le fait non seulement d’autres chrétiens, mais aussi d’autres grandes religions et de bon nombre d’hommes et de femmes de bonne volonté sans affiliation religieuse. ...

À notre Assemblée plénière annuelle, en tant qu’évêques catholiques de notre pays, nous avons exprimé notre indignation devant la décision de la Cour suprême du Canada de créer un nouveau « droit constitutionnel » au Canada, le prétendu « droit » au suicide. Encore une fois, nous avons fait savoir notre consternation, notre profonde déception et notre complet désaccord avec la décision de la Cour. Le jugement légaliserait un geste jugé immoral depuis des temps immémoriaux : celui d’éliminer une vie innocente. Devant la terrible souffrance que peut engendrer la maladie ou la dépression, la réaction vraiment humaine devrait être de soigner, pas de tuer. ...

Les évêques catholiques du Canada rendent grâce pour les milliers d’hommes et de femmes de partout au pays qui viennent en aide aux autres par leur sollicitude et leur prière, dans les soins de santé, l’éducation et d’autres formes de service et de solidarité avec les pauvres et les marginalisés. Touchés par leur générosité exemplaire et par la façon dont ils protègent et promeuvent la dignité humaine dans de nombreux secteurs de notre société, nous tenons à confirmer la longue tradition des soins fournis aux personnes malades et vulnérables dans notre pays.

La réponse à l’angoisse et à la peur qu’éprouvent les gens au terme de leur vie, c’est de les accompagner, de leur offrir des soins palliatifs, et non de causer leur mort intentionnellement. Les besoins en soins palliatifs devraient préoccuper au plus haut point notre pays et ses institutions. C’est là-dessus que nos élus et le Comité externe devraient faire porter leur énergie et leurs efforts. Voilà pourquoi nous plaidons pour que des soins de longue durée, des soins à domicile et des soins palliatifs de grande qualité deviennent accessibles à tous les Canadiens et toutes les Canadiennes. ...

En tant qu’évêques du Canada, unis aux autres membres du clergé, aux membres de la vie consacrée et à nos fidèles catholiques, nous sommes convaincus que notre pays se doit de défendre et protéger la liberté de conscience des hommes et des femmes qui fournissent des soins. Il est inacceptable d’exiger d’un médecin qu’il tue un patient. C’est faire affront à la conscience et à la vocation des travailleurs de la santé que de leur demander de collaborer à la mise à mort intentionnelle d’un patient, ne serait-ce qu’en le dirigeant vers un collègue. Le respect qui est dû à nos médecins à cet égard doit s’étendre à toute personne engagée dans les soins de santé ou qui travaille dans les établissements de santé de notre société ainsi qu’à chacun de ces établissements. ...

Texte intégral :   small pdf Mémoire des Evêques du Canada

Source : cccb.ca

L'épiscopat canadien rappelle son opposition à l'euthanasie

par Radio Vatican, 02/02/2016

(RV) La Conférence épiscopale canadienne a demandé à être écoutée par le Comité spécial sur le suicide médicalement assisté institué par le gouvernement en vue de la prochaine échéance d’un an, établie par la Cour suprême du Canada pour modifier la norme actuelle en vigueur. Le 6 février 2015, les juges suprêmes ont en effet déclaré inconstitutionnelle la loi qui interdit la possibilité de recourir au suicide assisté dans le pays, et ont donné un an aux forces politiques pour établir une nouvelle loi. Une loi sur le sujet a été votée dans la province du Québec en 2014.

Dans une lettre envoyée aux ministres de la Justice et de la Santé, le président de la conférence épiscopale canadienne, Mgr Douglas Crosby soutient l’intervention de l’exécutif pour obtenir le renvoi de l’entrée en vigueur de la procédure au Québec, prévue le 10 décembre dernier, et la requête de prolonger la période concédée par le Cour suprême pour permettre un temps de réflexion majeur sur une thème si délicat. Dans le même temps, l’évêque d’Hamilton rappelle les raisons morales de l’opposition de l’Église au suicide et à l’euthanasie, partagée par la majorité des Canadiens, comme en témoigne, entre autre, l’ample adhésion à la campagne en défense de la sacralité et de la dignité de la vie humaine lancée ces derniers jours par la conférence épiscopale, en lien avec l’Alliance évangélique.

Selon Mgr Crosby, l’expérience des pays qui ont légalisé l’euthanasie et l’aide au suicide assisté démontre que toute législation qui tente d’encadrer les pratiques d’euthanasie pour certains cas ne peut que susciter un affaiblissement de la confiance dans la médecine : «Les conséquences de la législation, affirme-t-il, sont facilement prévisibles : des tentatives d’appliquer l’euthanasie et le suicide assisté à de nouvelles situations médicales, un sentiment croissant d’angoisse pour les personnes handicapées, les personnes âgées, les malades chroniques, les personnes dépressives, les mourants, soumis à des menaces supplémentaires pour leur vie et leur sérénité, l’érosion de la confiance réciproque entre le médecin et le patient, plus de stress pour les acteurs sanitaires, un risque accru de pressions sur les personnes vulnérables et leurs familles pour les inciter à ne pas devenir "un fardeau".»

De fait, les conséquences néfastes du suicide dans la société canadienne, poursuit Mgr Crosby, dont déjà visibles : il suffit de penser que le suicide est la deuxième cause de décès pour les jeunes entre 10 et 24 ans, et que le taux de suicide parmi les populations autochtones est cinq fois supérieur à celui des non autochtones. D’où la critique adressée à la Cour suprême, pour avoir transgressé dans sa décision «le devoir moral de la société de protéger ses membres, surtout les plus faibles et vulnérables», et avoir encouragé les gouvernements, les autorités sanitaires et les familles à ne pas investir dans les soins palliatifs, centrés sur les personnes.

Sur ce front, le Canada est gravement déficitaire : il manque une formation adéquate du personnel médical, il manque des investissements et des recherches pour le soin de la douleur. Mgr Crosby renouvelle donc son appel à une réflexion sereine et approfondie sur ce thème qui concerne toute la société canadienne, y compris l’Église, pour promouvoir les soins palliatifs, qui sont la vraie solution du problème : «prendre soin des mourants, en effet, ce n’est pas les aider à perdre la vie.»

Texte intégral de la lettre de Mgr Crosby :

«Mesdames les Ministres,

Je veux d’abord remercier le Gouvernement du Canada d’avoir tenté de retarder l’entrée en vigueur de la loi québécoise sur l’aide médicale au suicide et d’avoir demandé à la Cour suprême du Canada de prolonger la période pendant laquelle notre pays pourra réfléchir au jugement qu’elle a rendu en février dernier dans la cause Carter c. Canada. Deuxièmement, je demande respectueusement que la Conférence des évêques catholiques du Canada soit du nombre des groupes et associations qui seront invités à comparaître devant le Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir.

Notre Conférence est l’assemblée nationale des évêques catholiques romains et catholiques orientaux. Principaux pasteurs de l’Église au Canada, nous parlons en son nom et sommes les dirigeants et les enseignants spirituels de plus de treize millions de catholiques canadiens. D’ailleurs, une grande partie de la population canadienne partage nos préoccupations, de même que les principes, les valeurs et la position officielle de l’Église catholique sur l’aide au suicide et l’euthanasie. Il en est nettement évident par la récente Déclaration sur l’aide au suicide et l’euthanasie, que notre Conférence a préparée en collaboration avec l’Alliance évangélique du Canada, et qui a reçu l’appui de représentants juifs et musulmans, ainsi que des dirigeants des Églises orthodoxes et de membres des principales confessions chrétiennes protestantes. À ce jour, près de 6000 Canadiennes et Canadiens ont signé la Déclaration.

Notre Église enseigne clairement, comme elle l’a fait constamment et catégoriquement pendant des siècles, que la vie est un don sacré qui doit être défendu et protégé. Notre pays, pour sa part, a réalisé des progrès considérables depuis quelques décennies en instituant un "filet de sécurité" qui aide à préserver la vie humaine des assauts de la pauvreté, en ayant la sagesse de renoncer à la peine capitale et en soumettant à la critique tous les appels à la guerre. Ces efforts, que nous applaudissons, reconnaissent l’importance primordiale de respecter et de préserver la  vie et la dignité inviolable de la personne, de sa conception à sa mort naturelle. Ils reconnaissent toutefois aussi les conséquences néfastes et l’impact négatif qu’ils pourraient avoir sur la société et les esprits et les coeurs des générations à venir s’ils ne sont pas soutenus et constants pour protéger la dignité humaine. Il est regrettable de voir que le Canada est devenu plutôt indifférent au mépris et à la dévaluation de la vie qu’entraînent des gestes comme l’avortement, et qu’il est maintenant sur le point de permettre que le suicide soit considéré comme une procédure médicale.

L’expérience des quelques pays qui ont légalisé l’euthanasie et l’aide au suicide montre que toute législation qui tente de limiter ces pratiques à quelques cas précis se voit facilement  contestée et rapidement affaiblie. Les conséquences de l’aide au suicide sur les individus, les familles et l’ensemble de la société sont faciles à prévoir : nouvelles tentatives pour appliquer l’euthanasie et l’aide au suicide à d’autres situations médicales; sentiment croissant d’angoisse chez les personnes handicapées, les vieillards, les malades chroniques, les victimes de dépression et les mourants, sous le coup d’une menace supplémentaire à leur vie et à leur sérénité; érosion de la confiance des patients en leur médecin; hausse de l’anxiété et du stress chez les fournisseurs de soins de santé; risque accru de pressions exercées sur les personnes vulnérables par les familles ou la société afin de les inciter à ne pas devenir "un fardeau". En mettant l’accent de manière aussi étroite sur la liberté et les préférences d’une petite minorité de personnes, la Cour suprême a oblitéré le devoir moral qu’a notre société de protéger la vie de ses membres, surtout celle des plus faibles et des plus vulnérables.

De fait, nombre de Canadiennes et de Canadiens subissent déjà les retombées néfastes du suicide dans leur vie personnelle et communautaire : les sentiments de culpabilité, de colère et de futilité que le suicide engendre peuvent sinistrement et tragiquement inciter d’autres personnes à s’enlever la vie. Comme le souligne "Avec dignité et compassion. Soins destinés aux Canadiens vulnérables", un rapport publié en 2011 par le Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les autres services d’accompagnement, le suicide au Canada «est particulièrement plus élevé chez les jeunes, notamment les jeunes Autochtones et Inuits, chez les hommes d’âge moyen et chez les aînés. Le suicide est la deuxième grande cause de décès chez les jeunes âgés de 10 à 24 ans. Le taux de suicide des jeunes Autochtones est cinq à sept fois supérieur au taux des jeunes non Autochtones. Le Québec et les territoires ont les taux de suicide les plus élevés au Canada.»

Suite au dépôt de ce rapport en 2011, le Parlement a adopté, presque à l’unanimité en mai 2014, un appel en faveur d’une stratégie pancanadienne sur les soins palliatifs et les soins en fin de vie. Selon ceux et celles qui ont appuyé la proposition, «la route de l’aide au suicide et de l’euthanasie qu’ont empruntée d’autres pays est dangereuse et erronée». Avec le jugement de la Cour suprême, la fausse économie de l’aide médicale au suicide ne manquera pas d’inciter les gouvernements, les établissements de santé et les familles à ne pas investir davantage dans les soins palliatifs.

L’aide médicale au suicide et l’euthanasie sont déjà idéalisées par les médias, et plusieurs Canadiennes et Canadiens ou leurs institutions y voient maintenant un "droit". Dans son jugement de l’an dernier, la Cour suprême n’a pas tenu compte de ses propres décisions antérieures contre l’euthanasie et le suicide assisté, et son arrêt ne se fondait ni sur les traditions juridiques du monde occidental ni sur des principes éthiques solidement éprouvés. Pendant plus de deux mille ans, l’éthique médicale s’est inspirée des principes du serment d’Hippocrate : ne causer ni préjudice ni injustice, n’administrer aucun médicament mortel à qui en ferait la demande ou ne jamais donner de conseil en ce sens, et ne pas provoquer d’avortement. L’arrêt de la Cour est arbitraire tant sur le fond que par les limites et le délai qu’il a tenté d’imposer. Les citoyennes et les citoyens peuvent actuellement faire appel à une cour provinciale ou territoriale pour qu’elle autorise l’aide médicale au suicide, même si les associations médicales et les associations de santé ne disposent pas encore de lignes directrices à ce sujet. Il est difficile d’imaginer que le jugement de la Cour suprême ne servira pas, plus tôt que tard, à justifier soit d’autres formes d’aide au suicide ou de l’euthanasie en général. L’Association médicale du Canada estime que les deux tiers des médecins au pays ne souhaitent pas être impliqués dans de tels suicides, et la grande majorité des centres de soins palliatifs au Québec ont fait savoir qu’ils ne fourniront pas d’aide médicale au suicide.

L’Église catholique et les évêques catholiques du Canada éprouvent une grande compassion pour les malades, les personnes qui souffrent et les mourants. Les premiers établissements de santé au Canada ont été fondés par des communautés religieuses catholiques. Nombre de laïcs catholiques se dévouent aujourd’hui à fournir des services de santé, et notre Église exhorte tous ses membres à faire preuve de miséricorde et à se montrer attentifs aux besoins des autres, à prier et à prendre soin des malades, des personnes qui souffrent et des mourants, en les accompagnant et en leur offrant réconfort et soutien. L’aide au suicide et l’euthanasie ne sont pas la solution à la souffrance et à la douleur des personnes, comme l’a relevé le Comité parlementaire dans "Avec dignité et compassion".

La philosophie des soins palliatifs est axée sur la personne, orientée vers la famille et ancrée dans la collectivité. Au lieu de concentrer les soins sur la maladie ou l’affection, on les centre sur la personne. Les soins palliatifs reconnaissent que les dimensions psychosociales et spirituelles ont un profond impact sur la santé et le bien-être, et qu’une variété de problèmes précis peuvent se manifester à différentes étapes de la vie d’un mourant ou d’un malade chronique.

Les seuls soins [axés sur les patients] offerts avec constance et efficacité d’un bout à l’autre du pays sont les soins palliatifs. Cela est d’autant plus remarquable que l’infrastructure des soins palliatifs s’est en grande partie développée en marge du système de santé, avec peu ou pas d’appui financier et souvent grâce aux efforts de la population.

Collaborer avec les divers collèges et autres ordres professionnels pour répondre aux besoins légitimes des Canadiens; ils ont recommandé que les médecins, le personnel infirmier et d’autres professionnels de la santé reçoivent une formation plus poussée concernant les soins palliatifs/fin de vie et le contrôle de la douleur. Les écoles de médecine, de soins infirmiers, de soins pharmaceutiques et d’autres professions connexes doivent accroître considérablement le nombre d’heures de formation en soins palliatifs et en gestion de la douleur et des symptômes.

Le traitement de la douleur est gravement déficient au Canada. La douleur aiguë est souvent mal gérée en dépit des connaissances et de la technologie existantes. Il est essentiel de traiter adéquatement la douleur aiguë pour amoindrir la souffrance et pour réduire les risques que la douleur ne devienne chronique.

Les professionnels de la santé ne reçoivent pas une formation adéquate en matière de traitement de la douleur. Les écoles prévoient peu d’heures de cours théoriques sur la gestion de la douleur. Ironiquement, les vétérinaires reçoivent cinq fois plus de formation sur le traitement de la douleur que les médecins qui traitent des humains.

Prendre soin des mourants ne signifie pas les tuer ou les aider à s’enlever la vie. Pour toutes les raisons susmentionnées, dans la lettre que j’ai adressée au Très honorable Justin Trudeau en novembre dernier, j’ai indiqué que les évêques du Canada auraient préféré voir le Gouvernement invoquer la disposition de dérogation afin de reporter toute application de l’aide médicale au suicide d’au moins cinq années, ce qui aurait permis de réfléchir calmement, de reconsidérer la question de manière raisonnable, de procéder à des consultations approfondies et d’apporter une clarté indispensable aux définitions utilisées (nombre de Canadiennes et Canadiens n’ont pas encore compris que "l’aide à mourir" n’est qu’un euphémisme pour masquer l’aide médicale au suicide et l’euthanasie).

Au moment où le Gouvernement du Canada amorce une démarche de réflexion sur l’application de l’arrêt Carter c. Canada, notre Conférence épiscopale poursuit ses consultations et le dialogue avec d’autres groupes religieux au pays, et demande respectueusement au Gouvernement du Canada :

1) de donner la priorité aux soins palliatifs en appliquant Avec dignité et compassion, le rapport publié en 2011 par le Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les autres services d’accompagnement, afin que les Canadiennes et les Canadiens aient vraiment le choix en matière de soins en fin de vie, et qu’ils comprennent bien que l’aide au suicide, de par sa nature, n’est pas un soin palliatif;

2) de financer la poursuite des recherches et la formation en matière de contrôle de la douleur;

3) de mettre en oeuvre le Plan national pour la prévention du suicide, tel que proposé au Parlement en 2011;

4) de veiller à prévenir une approche disparate de l’interprétation de la loi par chaque province et territoire, ou par les médecins et les patients;

5) de garantir à chaque fournisseur de soins de santé et à chaque établissement de santé le droit de n’être ni contraint de fournir, de faciliter ou d’encourager l’aide au suicide, ni forcé de diriger des patients vers des médecins ou des établissements qui fournissent l’aide au suicide ou l’euthanasie.

Pour éclairer davantage la position de notre Conférence et de l’Église catholique concernant l’euthanasie et l’aide médicale au suicide, je joins une copie du texte du mémoire que nous avons présenté au Comité externe sur les options de réponse législative à Carter c. Canada (cliquer sur ce lien).

En terminant, je tiens à vous assurer, Mesdames les Ministres, que les prières des évêques catholiques du Canada vous accompagnent dans votre réflexion sur cette question de vie ou de mort.

Mgr Douglas Crosby, OMI

Évêque de Hamilton et Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada»

Source : radiovaticana.va     cccb.ca

 

Proposition de loi Claeys Leonetti: Mgr Rey s’inquiète d’une euthanasie déguisée

par Mgr Dominique Rey, Evêque du diocèse de Fréjus-Toulon, 26/01/2016

Qu’est-ce que la proposition de loi Claeys-Leonetti ? Qu’en pense l’Eglise ?

Ce texte vise à modifier la législation française sur la fin de vie. La conférence des évêques de France a exprimé ses réserves par la voix d’un groupe de travail. Deux éléments principaux sont problématiques : la question de l’hydratation et de la nutrition, la sédation profonde et continue jusqu’à la mort.

Quels sont exactement les enjeux qui touchent la nutrition et l’hydratation ?

La nutrition et l’hydratation sont des besoins vitaux. La proposition de loi les considère comme des traitements, et non comme des soins. Aux derniers instants de la vie, la poursuite de la nutrition cause parfois de grandes souffrances et peut être interrompue dans une démarche de soins palliatifs. En revanche, refuser d’hydrater un minimum une personne revient à hâter sa mort.

Pourquoi la sédation profonde et continue pose-t-elle problème ?

La proposition de loi prévoit que les patients en fin de vie puissent être endormis jusqu’à leur mort. Une sédation profonde est parfois nécessaire selon les médecins, mais elle doit être réversible. La sédation profonde et continue jusqu’à la mort est une forme d’euthanasie lente et déguisée.

Que faire lorsqu’on ne peut pas lutter contre la douleur d’un patient en fin de vie ?

Même si tout doit être fait pour la diminuer, la souffrance suscite l’angoisse. Elle nous semble absurde. Il faut en retrouver le sens. Elle est un chemin de conversion. Elle touche le cœur de Jésus. Elle participe à sa douleur sur la Croix. Notre rôle est d’accompagner les patients et leurs familles par notre compassion, notre prière et notre foi. C’est l’attitude de Marie, silencieuse au pied de la Croix. Le sacrement des malades, reçu en pleine conscience, aide à préparer sa mort.

Pourquoi l’Eglise s’oppose-t-elle à l’euthanasie volontaire et au suicide assisté ?

Le discours ambiant est passé du slogan « mon corps m’appartient » à « ma mort m’appartient ». Sans préjuger de la sincérité de ceux qui y ont recours, l’euthanasie directe est une offense à la vie, une faute morale. Le suicide assisté est contraire au juste amour de soi. Attenter à la vie d’un être détruit les fondements du vivre-ensemble, c’est-à-dire l’acceptation de l’autre. En termes religieux, c’est un péché grave.

Qu’est-ce que les chrétiens proposent pour répondre à tous ces défis ?

La force du lobby pro-euthanasie est gonflée par la faiblesse des soins palliatifs. En 1999, une loi a consacré le droit d’avoir accès aux soins palliatifs. Un grand effort doit encore être fait pour obtenir leur développement sur tout le territoire, dans les hôpitaux, les EHPAD et à domicile. Nous devons retrouver le sens de la dignité humaine. Rien ne peut justifier qu’on remette en cause la sacralité de la vie.

Source : osp.frejustoulon.fr

 

 

par

Mgr Jozef De Kesel s’est confié au quotidien Het Belang van Limburg  le week-end. Au cours de l’entretien, l’archevêque de Malines-Bruxelles a notamment déclaré que les hôpitaux catholiques avaient le droit de refuser de pratiquer l’avortement ou l’euthanasie, propos qui n’ont pas manqué de faire réagir. ...

« Je peux comprendre que quelqu’un qui a un mode de vie laïque n’éprouve pas de problème à ce sujet », explique Mgr De Kesel dans les pages du journal limbourgeois. « Mais du point de vue de ma foi ce n’est pas évident. Je pense que j’ai le droit de dire cela, et davantage encore: je trouve qu’au niveau institutionnel nous avons aussi le droit de décider que nous n’allons pas pratiquer l’euthanasie et l’avortement. Je pense notamment aux hôpitaux catholiques. » ...

Pour « clore » un débat qu’il estime non fondé, nos confrères de Kerknet ont réaffirmé lundi que les hôpitaux catholiques ne sont pas tenus d’assurer l’euthanasie. Il en veut pour preuve le rapport parlementaire concernant le projet de loi relatif à l’euthanasie. A la page 178 de celui-ci, est déclaré que « les établissements de soins auront, après l’entrée en vigueur de la loi en projet, la possibilité de refuser de collaborer à la pratique de l’euthanasie et que dès lors, les établissements pourront également choisir de ne pas pratiquer l’euthanasie pour des raisons de principe ».

De son côté, le père Tommy Scholtès s.j., attaché de presse de la conférence épiscopale, rappelle que même si les institutions catholiques ne permettent pas l’euthanasie en leurs murs, elles respectent pleinement la loi. Pour Kerknet, « la loi ne crée par un droit fondamental à l’euthanasie. Elle se limite à la dépénaliser, et à permettre aux médecins de l’effectuer dans des conditions légales ».

(Avec Belga)

Source : cathobel.be

 

 

Mgr Philippe Barbarin: «Les politiques n'ont pas à changer la nature humaine»

itw par Jean-Marie Guénois, 24/12/2015, extrait


Pensez-vous que les politiques ont suffisamment tiré les leçons des élections régionales et de la nette montée du Front national?

Ce sont les prochaines élections qui le diront ! Il y a quelques mois, le maire de Lyon avait invité le gouvernement à faire plus de social, et un peu moins de sociétal. Il me semble que pour ce qui concerne l'avenir, il y a par exemple des attentes bien plus fortes en matière de soins palliatifs qu'en matière d'euthanasie. À ma connaissance, les responsables politiques n'ont pas pour mission de changer la société, ni la civilisation, et encore moins la nature humaine. La responsabilité qui leur est confiée, c'est de donner à la société les meilleures conditions d'une vie commune: l'emploi, la santé, la sécurité, l'éducation, les transports… de sorte que chacun ait la liberté et les moyens de réaliser librement sa vie et les projets qui lui tiennent à cœur.

Source : lefigaro.fr

 

Déclaration commune sur l’euthanasie et le suicide assisté publiée par la Conférence des évêques catholiques du Canada et l’Alliance évangélique du Canada

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) et l'Alliance évangélique du Canada (AÉC) ont publié cette déclaration commune sur l'euthanasie et le suicide assisté. Celle-ci a été appuyée par plus de 30 dénominations chrétiennes, de même que par plus de 20 dirigeants juifs et musulmans à travers le Canada. 28/10/2015

Le suicide assisté et l’euthanasie soulèvent de profondes questions sociales, morales, légales, théologiques et philosophiques. Ce sont des enjeux qui touchent le cœur même de notre conception de ce que nous sommes, du sens de la vie et du devoir de sollicitude que nous avons les uns envers les autres. Le récent jugement de la Cour suprême du Canada a ramené la question au premier plan du débat public et nous oblige toutes et tous, comme citoyennes et citoyens, à réfléchir à la réponse que nous donnons, personnellement et comme société, à ceux et celles qui ont besoin de notre compassion et de notre sollicitude.

Nous soussignés, chacun et chacune sur la base des traditions et des enseignements que nous tenons pour sacrés, affirmons le caractère sacré de toute vie humaine et la dignité égale et inviolable de tous les êtres humains. Des sociétés et des cultures du monde entier partagent cette conviction depuis toujours. La dignité humaine n’est pas uniquement une croyance religieuse, bien qu’elle possède pour nous un profond sens religieux. De plus, nous soutenons que le respect de la vie humaine est le fondement et la raison de notre compassion, de notre responsabilité et de notre engagement à prendre soin de tous les êtres humains, nos frères et sœurs qui souffrent

Le caractère sacré de la vie humaine est un principe fondamental de la société canadienne. Ce principe a une double portée, personnelle et communautaire. Il sous-tend la reconnaissance de l’égale dignité de chaque individu, quelles que soient ses capacités ou ses limites, et il façonne et oriente notre vie ensemble, notamment nos systèmes de droit, de santé et d’aide sociale. Il inspire la promotion collective de la vie et la protection des personnes vulnérables.

Alors que la société canadienne continue d’affirmer l’importance de la dignité humaine, on observe une tendance inquiétante à définir celle-ci de manière subjective et émotionnelle. Pour nous, la dignité humaine désigne avant tout la valeur de la vie de la personne devant son Créateur et au sein d’un réseau de relations familiales et sociétales. Nous sommes convaincus que les seules façons d’aider les gens à vivre et à mourir dans la dignité consistent : à veiller à ce qu’ils soient entourés d’amour et de sollicitude; à leur fournir des soins holistiques qui incluent aussi bien le contrôle de la douleur qu’un soutien psychologique, spirituel et affectif; et à améliorer et à augmenter les ressources consacrées aux soins palliatifs et aux soins à domicile.

En nous appuyant sur nos traditions et nos croyances respectives, nous insistons pour dire que toute action visant à mettre fin à une vie humaine est contraire à la morale et à l’éthique. Ensemble, nous sommes déterminés à travailler à alléger la souffrance humaine sous toutes ses formes, mais jamais en éliminant intentionnellement ceux et celles qui souffrent.

Il faut distinguer l’euthanasie et le suicide assisté du refus ou du retrait de traitements disproportionnés. Dans ce dernier cas, l’intention n’est pas de causer la mort, mais de la laisser survenir naturellement. Nous comprenons que, dans certaines circonstances, il est moralement et légalement acceptable de refuser ou d’arrêter un traitement. Le refus d’un traitement médical, notamment de soins extraordinaires, est bien différent de l’euthanasie ou du suicide assisté. L’euthanasie consiste à tuer délibérément une personne, avec ou sans son consentement, dans le but affiché de mettre un terme à ses souffrances. On parle de suicide assisté quand une personne en aide, en conseille ou en encourage une autre à se suicider. Il y a une différence fondamentale entre tuer une personne et la laisser mourir de mort naturelle.

L’euthanasie et le suicide assisté traitent la vie de personnes défavorisées, malades, handicapées ou mourantes comme si elle valait moins que celle des autres. Un tel message contredit le respect dû à l’égale dignité de nos sœurs et frères vulnérables.

Les systèmes de soins de santé doivent continuer de promouvoir une éthique de défense de la vie. Les professionnels de la médecine sont formés pour aider les malades à se rétablir et à rehausser leur qualité de vie. Ils ne sont pas formés pour administrer la mort et ce n’est pas ce qu’on attend d’eux. Tout changement à cet égard brouillerait radicalement les rapports entre médecins et patients. De même, tous les membres de la société sont appelés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger la vie ou la sécurité de leurs voisins. Les efforts soutenus visant à rendre facilement disponibles et à améliorer les soins palliatifs et les soins à domicile illustrent bien ce souci et cette sollicitude, si essentiels à notre société.

Santé Canada définit les soins palliatifs comme « une approche pour soigner les personnes atteintes d’une maladie qui met leur vie en danger, peu importe leur âge. Ces soins visent à assurer le confort et la dignité des personnes au seuil de la mort, tout en maximisant la qualité de vie des patients, de leur famille et de leurs proches. Les soins palliatifs correspondent aux divers aspects des soins prodigués en fin de vie : la gestion du soulagement de la douleur et des autres symptômes; l’apport d’un soutien social, psychologique, culturel, émotif, spirituel et pratique; la prestation d’une aide aux personnes soignantes; l’offre d’un soutien en période de deuil. » Le suicide assisté et l’euthanasie sont contraires aux principes et à la pratique des soins palliatifs.

À la lumière du récent jugement de la Cour suprême du Canada, nous exhortons les législateurs et les législatrices fédéraux, provinciaux et territoriaux à adopter et à défendre des lois qui rehaussent la solidarité humaine en promouvant le droit à la vie et la sécurité de toutes les personnes ; à rendre accessibles dans tout le pays des soins à domicile et des soins palliatifs de qualité ; à mettre en œuvre des règlements et des politiques qui assurent le respect de la liberté de conscience de tous les travailleurs et les administrateurs de la santé qui ne voudront ni ne pourront voir dans le suicide assisté ou dans l’euthanasie une solution médicale à la douleur et à la souffrance.

La force morale de l’humanité repose sur la solidarité, la communion et la communication – en particulier avec ceux et celles qui souffrent. C’est l’attention personnelle et les soins palliatifs, et non le suicide assisté et l’euthanasie, qui respectent le mieux la valeur de la personne humaine. C’est quand nous sommes disposés à prendre soin les uns des autres dans les circonstances les plus difficiles et même au prix de lourds inconvénients que la dignité humaine et la bonté fondamentale de la société trouvent leur plus belle expression et leur meilleure protection.

 Source : cccb.ca

La fin de vie : un défi éthique collectif

Déclaration du groupe de travail sur la « Fin de vie »

 La proposition de loi concernant la fin de vie arrive en deuxième lecture au Sénat. Elle a suscité de notre part deux prises de parole détaillées auxquelles nous renvoyons : la déclaration « Ne prenons pas le problème à l’envers ! » (20 janvier 2015) ; le livre « Fin de vie, un enjeu de fraternité », Salvator, mars 2015.

 Durant le processus législatif, deux situations distinctes, relatives à la vulnérabilité extrême, ont marqué l’opinion : les conflits sur la volonté et sur le bien de M. Vincent Lambert ; les pratiques controversées du Dr Nicolas Bonnemaison sur des patients en agonie. Leur retentissement judiciaire et médiatique a troublé bon nombre de nos concitoyens. Ces « affaires » montrent une fois de plus que notre société doit encore apprendre comment vivre avec les personnes d’extrême fragilité, en particulier nos anciens en fin de vie. De quelle manière mieux prendre soin d’eux ? Il nous faut inventer un vivre ensemble qui les intègre pleinement, de façon respectueuse et attentionnée, car aucune vie humaine n’est et ne peut être déclarée « inutile ». Voilà notre défi collectif !

 Le processus législatif étant sur le point d’aboutir, nous attirons à nouveau l’attention sur cinq points :

 1 – Tous les rapports sur la fin de vie alertent sur la déficience française dans l’accès aux soins palliatifs. Le droit d’en bénéficier par tous ceux qui en ont besoin est établi par la loi de 1999. Tel est le premier droit à rendre effectif. Il exige un effort sérieux et déterminé pour que ces soins se développent sur tout le territoire français, à l’hôpital, en EPHAD ou à domicile. Ce développement passe nécessairement par un accroissement de la formation. Nous nous réjouissons de l’annonce d’un nouveau plan triennal pour développer ces soins. Il n’est que stricte justice. Ce plan suffira-t-il ? Il devra être financé, évalué, poursuivi et sans doute amplifié au-delà de ces trois années.

2 – Il est juste et bon de rendre hommage aux soignants et à leur expertise autorisée concernant la médecine palliative. Les recommandations de bonne pratique élaborées par les instances compétentes tracent de mieux en mieux le chemin sûr et responsable d’une médecine palliative qui sait prendre soin de chaque personne en fin de vie en respectant ses souhaits, en bannissant l’obstination déraisonnable, en apaisant les souffrances, en permettant à l’équipe soignante d’être là au temps de l’agonie, en accompagnant les familles et en les associant aux décisions de soin.

3 – La nutrition et l’hydratation, même quand elles sont administrées de façon artificielle, demeurent des besoins de base nécessaires à la vie. En France, elles sont de plus en plus considérées comme des « traitements », alors que dans d’autres pays elles restent des « soins ». Elles ne peuvent être arrêtées que si elles provoquent en elles-mêmes une altération de la santé ou si le patient, à cause d’elles, manifeste une souffrance qu’on ne sait pas apaiser. L’arrêt de la nutrition et/ou de l’hydratation artificielles nécessite un discernement séparé car elles ne répondent pas aux mêmes besoins en fin de vie.

4 – La sédation profonde et continue jusqu’au décès est déjà prescrite et administrée au cas par cas. C’est toujours en dernier recours après avoir constaté que la souffrance est réfractaire à tout autre traitement, selon une délibération collégiale qui permet au médecin d’en prendre la responsabilité. Ces cas sont plutôt rares. Il appartient au jugement médical de vérifier que les conditions requises sont réunies pour que ce traitement de dernier recours soit prescrit.

En respectant le droit du patient à vouloir « dormir », les professionnels de santé, dûment formés, savent répondre à cette volonté par une sédation adaptée prescrite au moment adéquat, laquelle peut être réversible sans que ce patient souffre. Nous joignons notre voix à ceux qui insistent sur la nécessité de la formation de tous les soignants à cette utilisation de la sédation dans le respect des recommandations de bonne pratique. Il serait regrettable qu’une loi vienne simplement pallier un manque de formation des équipes médicales

5 – La loi d’avril 2005, dite loi « Leonetti », fait clairement droit à une dimension inhérente à la réflexion humaine sur l’action : « le double effet ». Mis au jour depuis des siècles, ce principe clarifie la responsabilité et permet une juste prise de décision médicale. La volonté d’apaiser la souffrance par un traitement approprié peut avoir pour effet non voulu la survenue plus rapide de la mort. En effet, le traitement qui soulage la souffrance peut affaiblir les résistances de l’organisme face à la maladie. Le patient ainsi soulagé meurt alors de « mort naturelle », expression qui signifie « la mort non provoquée directement par la volonté humaine ».

L’intention droite du médecin, partagée par l’équipe soignante, qui cherche à prendre soin du patient jusqu’au bout est l’honneur de la profession médicale. Cette intention est au cœur du serment d’Hippocrate. Elle demeure le roc de la confiance mutuelle entre soignants et soignés. Elle a permis les progrès considérables de la médecine palliative. Certes, il y aura toujours des situations qui demeureront difficiles à accompagner et à vivre. Celles-ci nous questionnent et nous bouleversent. Face aux hésitations de notre société devant ces situations et devant la mort, nous avons tous à soutenir cette recherche de la meilleure qualité de soin et d’accompagnement jusqu’en toute fin de vie.

Dans son texte Laudato Si’, le pape François invite à orienter les prouesses techniques par une éthique, une culture et une spiritualité qui permettent de « retrouver la profondeur de la vie » ainsi que « les valeurs et les grandes finalités ». Il est en effet gravement incohérent de vouloir des techniques qui protègent notre planète tout en bravant l’éthique du respect envers les plus pauvres et les plus faibles qui y habitent. Le progrès éthique et spirituel est global ; il demande l’effort conjugué et courageux de tous. Prendre soin de notre maison commune exige une écologie intégrale qui prenne soin de nos concitoyens les plus fragiles, en particulier quand ils s’approchent de leur mort. Dieu nous a confié le soin car il nous sait capables de responsabilité et de fraternité. Voilà la direction du progrès adéquat aux hommes et à leur bonheur de vivre ensemble ! Alors, nous développerons un soin digne de nos frères et sœurs vulnérables en fin de vie. Partageant toujours notre vie, ils nous appellent à un surcroît d’humanité, c’est-à-dire de cœur et de raison.

Le mercredi 28 octobre 2015

Mgr Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes et responsable du Groupe de travail sur la fin de vie.

Mgr Michel Aupetit
Évêque de Nanterre

Dr Marie-Sylvie Richard, xavière
Chef de service à la Maison Médicale Jeanne Garnier (Paris)

Dr Claire Fourcade
Médecin coordinateur, pôle de soins palliatifs de la polyclinique Le Languedoc (Narbonne)

Dr Alexis Burnod
Institut Curie, Service soins palliatifs

P. Bruno Saintôt, jésuite
Directeur du département éthique biomédicale du Centre Sèvres (Paris)

P. Brice de Malherbe
Codirecteur du département d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins (Paris)


Source : eglise.catholique.fr

Cardinal Nichols : "Le droit d’une personne à mourir donne à une autre le devoir de tuer"

L'archevêque de Westminster, en pèlerinage à Lourdes, a exhorté dans son homélie à ne pas succomber au "grand mensonge" du suicide assisté.

par Mathilde Rambaud, 31/07/2015

"Nous apprenons que nous devons nous entendre ; nous apprenons que nous devenons plus forts quand nous marchons ensemble ; nous apprenons que nous avons besoin de temps au calme pour nous-même ; nous apprenons à regarder autour de nous ceux qui sont dans le besoin ; nous apprenons que nous gagnons plus en donnant qu'en prenant", a rappelé dans son homélie le cardinal Vincent Nichols, archevêque catholique de Westminster, aux pèlerins britanniques réunis à Lourdes dimanche dernier à l'occasion du Day of Life ("Journée de la vie").

"Chérissons la vie et embrassons la mort"

Le thème de ce pèlerinage était : "Chéris la vie, accepte la mort", et le prélat n'a pas manqué d'y faire référence à de nombreuses reprises et avec des paroles fortes : "Chérissez la vie en effet. Et, je dirais, embrassez la mort quand elle se présente, a-t-il ajouté. La vie que nous avons en ce monde est bonne, très bonne, mais elle passera. Et alors nous entrerons dans une vie qui n’aura pas de fin, en passant par la porte de la mort". Et, reprenant les paroles du pape François qui avait adressé un message aux participant, il a dénoncé le "grand mensonge" qui consiste à "convaincre les gens que vivre avec une maladie grave n’est plus vivre". "Nous comprenons clairement les raisons qui nous poussent à nous opposer à ceux qui souhaitent introduire des lois en faveur du suicide assisté, donnant le droit aux gens de mourir quand ils le veulent. Le droit d’une personne à mourir donne à une autre le devoir de tuer, a-t-il souligné. Nous ne pouvons l'accepter."

Être prêt quand viendra l'heure de rejoindre le Père

"Nous chérissons la vie jusqu’à sa fin, tout comme nous embrassons la mort. Au cours de ce pèlerinage, nous faisons l’expérience de la vie. Nous apprenons à chérir de plus en plus cette vie, combien elle est précieuse. Nous apprenons à nous réjouir de la vie du Ciel et à embrasser ce moment où Dieu nous rappellera à Lui", a-t-il conclu, invitant à prier "pour que nous chérissions toujours la vie et la défendions de son commencement jusqu’à sa fin naturelle, et pour que soyons prêts quand notre moment viendra de rejoindre le Père".

Source : aleteia.org 

 

 

Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent.

A l’avant-veille de la décision du Dr Simon qui pourrait annoncer « l’arrêt des traitements », voici la déclaration des évêques de Rhône-Alpes au sujet de Vincent Lambert, dont les parents vivent dans la Drôme.

Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert.

Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. En lui donnant la nourriture et l’hydratation nécessaires, ceux qui prennent soin de lui respectent simplement le cours de cette vie dont le mystère nous échappe et dont le terme n’appartient à personne.

Les débats auxquels nous assistons prouvent que notre société hésite sur des principes majeurs, comme « Tu ne tueras pas » ou « Nul ne peut décider de mettre fin à la vie d’autrui ». Ils étaient considérés jusqu’à présent comme des valeurs fondamentales, comme le socle de notre vivre ensemble [1]. Et si l’on venait à y renoncer, on voit mal comment le corps médical pourrait continuer à prononcer le serment d’Hippocrate [2].

C’est le renoncement à ces principes qui fait peser sur la famille un poids insupportable. Nous voudrions exprimer à tous ses membres notre compassion, en respectant leur souffrance.

A l’issue des travaux menés sur la situation de Vincent Lambert par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, les cinq membres qui se sont opposés de toute leur force à la décision votée par les sept autres ont crié leur révolte. Ils ont déclaré que la Cour ne méritait plus de porter le titre de « conscience de l’Europe » qu’elle s’était donné en 2010 [3].

En union avec beaucoup d’autres, croyants ou non, nous lançons un appel aux autorités politiques, juridiques et médicales. Que ceux qui ont à en juger sachent que derrière la personne de Vincent Lambert, c’est le symbole de la vie la plus fragile qui est en jeu pour l’avenir de notre société.

Si sa mort doit survenir, nous prierons pour que tous puissent accueillir cet événement dans l’espérance. Mais aujourd’hui, notre frère Vincent n’est pas en fin de vie, et plusieurs établissements spécialisés se sont déclarés prêts à le recevoir. Qu’est-ce qui l’empêche ?

Mgr Philippe Ballot, archevêque de Chambéry, Maurienne et Tarentaise
Mgr Jean-Louis Balsa, évêque nommé de Viviers
Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon
Mgr Yves Boivineau, évêque d’Annecy
Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne
Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne
Mgr Patrick Le Gal, évêque auxiliaire de Lyon
Mgr Pierre-Yves Michel, évêque de Valence
Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars

21/07/2015

[1] C’est le titre et le sens de l’appel interreligieux signé pendant le débat parlementaire sur la fin de vie http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/03/09/nous-hauts-dignitaires-religieux-demandons-a-ce-que-soit-preserve-l-interdit-de-tuer_4589691_3232.html
[2] Serment d’Hippocrate. Article R 4127-38 du code de la santé publique
[3] http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra/pages/search.aspx?i=001-155264

 

 


Plaidoyers pour la vie

Laval, le 15 juillet 2015

     Depuis que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a validé l'arrêt des soins de Vincent LAMBERT, ce patient accueilli à l'Hôpital Sébastopol de Reims dans un état de polyhandicap profond, de nombreuses personnalités ont souhaité faire connaître leurs réactions et leurs interrogations, parmi lesquels un certain nombre d'évêques de France.

     Tout récemment encore, la CEDH ayant rejeté la demande de révision de cet arrêt réclamée par les parents, une convocation leur a été adressée pour le 15 juillet par le CHU de Reims pour tenir un conseil de famille « en vue d'une décision d'arrêt des traitements ». Même si rien n'indique qu'une décision définitive sera prise à cette date, nous voudrions ici redire un certain nombre de convictions que tous peuvent partager :
          - Chaque personne possède une égale dignité, quels que soient sa condition ou son état de santé. Cette reconnaissance est le fondement de notre lien social.
          - L'alimentation et l'hydratation répondent aux besoins fondamentaux communs à tous les hommes, malades ou bien portants, et ne peuvent par conséquent être considérés comme de simples traitements.
          - L'attention à celui qui est en situation de faiblesse est le principe de toute attitude éthique.

     Dans le cas présent, les chrétiens ne peuvent rester silencieux, tout en appelant au plus grand respect des personnes :
          - Au respect de Vincent Lambert, qui ne doit pas devenir l'otage d'une cause ou d'une idéologie ;
          - Au respect des proches de Vincent LAMBERT, notamment son épouse et ses parents, qui cherchent de bonne foi à faire ce qu'ils jugent être le meilleur pour leur époux et fils ;
          - Au respect du corps médical, dont le dévouement mérite notre confiance.

     Sur la base de cette attitude, nous voulons rappeler que
          - L'interdit de tuer délibérément l'innocent, même par omission, est la marque de notre humanité. La loi elle-même se doit d'être au service de la vie.
          - La vie humaine reste un don de Dieu, au service duquel se trouvent les médecins. La toute-puissance que nous donne la technologie doit reconnaître cette limite.
          - Comme le Christ, l'Eglise n'est pas là pour condamner des personnes mais pour annoncer la miséricorde de Dieu. Seul Dieu juge les personnes, et seul il donne la vie et la reprend.

     Si la sentence portée à l'encontre de Vincent LAMBERT était mise à exécution, nous ne pourrions pas ne pas nous interroger avec inquiétude sur le sort que pourraient subir les très nombreux patients qui se trouvent dans des situations comparables à la sienne. La vie est un bien éminemment précieux et l'attitude que la société adopte à son égard nous concerne tous. Ensemble, soyons d'inlassables plaidoyers en faveur de la vie !

Mgr Thierry SCHERRER
et les membres de la Commission de Bioéthique du diocèse de Laval

Source : Diocèse de Laval 

 

 

Message de l’OCVF (Organisme Catholique pour la Vie et la Famille) à l’occasion de la

SEMAINE NATIONALE POUR LA VIE ET LA FAMILLE

11-17 mai 2015

Chaque année, l’Église au Canada encourage les baptisés à prier et à réfléchir de façon spéciale à l’occasion de la Semaine nationale pour la vie et la famille. Dans la foulée du récent jugement de la Cour Suprême relativement au suicide assisté, il est bon de s’interroger sur l’importance pour la famille d’accompagner avec amour ses proches ou toute autre personne souffrante parvenue à la fin de sa vie.

L’expérience prouve que ce n’est pas tant la souffrance que la solitude que craignent par-dessus tout les personnes qui voient venir leur dernière heure. Rien ne peut mieux soulager cette souffrance que la présence aimante des membres de la famille.

Aujourd’hui, pour bien des gens, la vie n’a de valeur qu’en fonction de son utilité. Une telle perspective mène facilement à l’abandon des plus vulnérables. On oublie souvent la dignité intrinsèque de la vie humaine – dignité que rien, pas même la maladie, ne peut diminuer. Cette vérité doit être vécue et transmise de génération en génération, et d’abord par notre façon de nous aimer les uns les autres.

En tant que disciples du Seigneur Jésus, nous sommes appelés à imiter son amour par le don de nous-mêmes. Dieu veut que la famille soit le lieu privilégié où nous faisons l’expérience de cet amour inconditionnel – surtout par l’intermédiaire de l’amour désintéressé d’un père et d’une mère. Nous devenons ces personnes aimantes que Dieu nous appelle à être en restant unis au Christ par la prière et les sacrements; c’est là que sa miséricorde nous guérit de nos faiblesses.

Comme l’a si bien dit le Pape François, lors de sa visite aux Philippines en janvier dernier : « En famille, nous apprenons comment aimer, comment pardonner, comment être généreux et ouverts, et non pas fermés ni égoïstes. Nous apprenons à aller au-delà de nos besoins, à rencontrer les autres et à partager nos vies avec eux. Voilà pourquoi il est si important de prier en tant que famille, si important! Voilà pourquoi les familles sont si importantes dans le plan de Dieu pour l’Église ! »

Profitons de cette Semaine nationale pour la vie et la famille pour réfléchir au rôle impressionnant qui a été confié à la famille. Demandons-nous comment nous pouvons mieux refléter l’amour inconditionnel de Dieu dans le contexte de notre vie quotidienne en famille et de nos relations avec d’autres familles. Rappelons-nous ces mots immortels de Saint Jean-Paul II: «  Comme va la famille, ainsi va la nation, et ainsi va le monde où nous vivons.»

Source : colf.ca

 

 

Evêques catholiques de Belgique: "La dignité de la personne humaine même démente"

par les Evêques catholiques de Belgique, 02/03/2015

Ce lundi, dans les colonnes du "Standaard" et dans celles de "La Libre Belgique", l’Eglise de Belgique lance une mise en garde contre l’extension de l’euthanasie aux personnes démentes. Une opinion des évêques catholiques de Belgique. 

Le vieillissement croissant de la population constitue un défi majeur pour notre société. Il va de pair avec une augmentation des cas de démence. La société investit, de longue date et largement, en faveur des personnes âgées, voire très âgées, des personnes souffrant d’un handicap mental profond ou gravement perturbées, des patients comateux et des malades en phase terminale. Nous voudrions avant tout exprimer notre reconnaissance vis-à-vis de tous ceux et celles qui sont engagés dans l’accompagnement de ces personnes fragiles. Ce n’est pas économiquement rentable, mais nous estimons - toutes obédiences confondues - qu’il doit en être ainsi. Cette conviction répond à un choix purement éthique. Mais nous craignons que ce choix soit mis à rude épreuve en raison du "climat d’euthanasie" dans lequel nous baignons depuis 2002 et face au risque d’appliquer légalement l’euthanasie aux personnes démentes. Parce que les personnes concernées sont justement celles qui peuvent le moins faire entendre leur voix, nous jugeons, en tant qu’évêques, que c’est un impérieux devoir pour nous de faire entendre la nôtre en leur faveur.

En tout premier lieu, un être humain, même atteint de démence, demeure une personne à part entière jusqu’à sa mort naturelle. La dignité humaine ne peut dépendre de ce qu’on possède ou non certaines capacités. Elle est liée de manière inaliénable au simple fait d’appartenir à l’espèce humaine. Toute personne, même en état de démence, mérite donc le respect et doit recevoir en conséquence les soins appropriés.

L’autonomie est très importante dans notre société. Mais nous nous demandons si certaines manières de la mettre en œuvre ne sont pas marquées par un individualisme excessif. "Moi, et moi seul, décide de ce que je fais de ma vie et les autres n’ont pas à s’en mêler" semble être devenu le slogan du jour. Cela va si loin qu’un acte devrait être considéré comme bon du seul fait qu’il est le fruit d’un choix autonome.

Une telle conception de l’autonomie en vient à considérer chacun comme un îlot sans lien avec autrui. Mais les individus ne sont pas des îles. Chaque être humain vit dans un environnement social, culturel, historique et relationnel.

C’est pourquoi une autonomie en "relation" ou en "communion" rend beaucoup mieux compte de notre vraie identité et du fonctionnement effectif de notre liberté. De la naissance à la mort, nous dépendons les uns des autres. La tradition chrétienne exprime cela en considérant les êtres humains comme des frères et sœurs, reliés au même Père. Mais il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour comprendre combien nous avons besoin les uns des autres. En plus du critère de l’autonomie, la notion de qualité de vie joue également un rôle important dans pas mal de décisions. Le problème de ce second critère est la difficulté d’en donner une définition objective, si bien que les éléments subjectifs risquent toujours d’être prépondérants. En ce qui concerne les personnes démentes, le risque est grand que des tiers projettent sur le patient leurs préoccupations et angoisses personnelles. La confrontation avec une personne démente doit d’abord susciter, auprès de tous, la responsabilité éthique d’en prendre soin. L’appel lancé par le prochain qui a besoin de soins renforce le fait que nous sommes ses frères et sœurs en humanité. Je suis le gardien de mon frère, que je le veuille ou non.

Même s’il nous est possible d’étouffer cet appel de notre conscience, cela n’enlève rien à notre obligation morale de prendre soin de notre prochain.

Depuis la loi de 2002 sur l’euthanasie, le constat s’impose : la dérive prédite à l’époque est devenue réalité. Les limites de la loi sont systématiquement contournées, voire transgressées. L’éventail des groupes de patients entrant en ligne de compte pour l’euthanasie ne cesse de s’élargir. La souffrance existentielle, comme, par exemple, la fatigue de vivre, est ainsi placée sans hésitation dans le champ d’application de la loi sur l’euthanasie par des personnes ayant autorité dans la société - sans indice de désordre psychologique ou psychiatrique sous-jacent -, ce qui d’ailleurs n’est pas de la compétence de la médecine.

Demande est aussi faite d’un nouvel élargissement de la loi afin de pouvoir procéder à l’euthanasie de personnes démentes, et ce à un moment précédemment indiqué par elles, sur base d’une déclaration de volonté anticipée. On en viendrait ainsi, par exemple, à une déclaration anticipée stipulant que l’euthanasie est demandée dès lors qu’on ne reconnaîtrait plus les membres de sa propre famille. Alors qu’auparavant on argumentait à partir du critère de "souffrance intolérable", on va maintenant un cran plus loin. Lorsqu’on perd sa capacité cognitive, on perdrait aussi son identité individuelle. Selon cette logique, on devrait, dès ce moment, pouvoir mettre un terme à la vie de cette personne.

Nous nous opposons résolument à cette tendance. Une perte d’autonomie n’est pas pour nous synonyme de perte de dignité.

Pareil raisonnement - nous y insistons - nous engage de manière encore plus périlleuse sur la pente entamée. Le danger n’est pas illusoire que l’on veuille réserver le concept de personne humaine - et les droits qui y sont afférents - à ceux qui sont capables de reconnaître pour et par eux-mêmes la valeur de leur propre vie. Ceux qui ne le peuvent pas, ou ne le peuvent plus, risquent d’être éliminés ou de se voir privés des soins nécessaires.

Notre société doit continuer à prendre en charge ses membres les plus vulnérables en se mobilisant pour la détection et le diagnostic précis de la démence, en assurant un soutien aux soignants bénévoles, des ressources suffisantes pour les soins palliatifs aux malades lors des stades ultimes de la démence et des moyens adéquats pour les maisons de repos et de soins.

Malgré les économies à réaliser en divers domaines, la société se doit de continuer à offrir, en fin de vie, des soins de haute qualité.

Le niveau moral d’une société se mesure au traitement qu’elle réserve aux plus faibles de ses membres. Beaucoup de personnes fragiles interpréteront un éventuel élargissement de la loi sur l’euthanasie dans ce domaine comme une invitation à ne pas se montrer égoïste au point de devenir un fardeau pour autrui.

Le risque n’est-il pas grand que beaucoup comprennent une extension de la loi sur l’euthanasie comme "une invitation à en finir" voire comme un "devoir de mourir" ? Mais, selon notre conception, jamais, dans une société authentiquement humaine, l’autre ne peut devenir une charge inutile.

Et quand un frère ou une sœur en humanité réclame une attention et des soins redoublés, cette charge supplémentaire sera portée avec amour. Telle doit être la réponse. Une réponse qui témoigne d’une solidarité inconditionnelle. Ce n’est pas la porte de l’euthanasie qui doit s’ouvrir davantage, mais bien celle de la fraternité et de la solidarité.

Les évêques catholiques de Belgique, le 2 mars 2015

Source : lalibre.be

 

 

Fin de vie : l'inquiétude légitime des évêques

La Conférence des évêques de France (CEF) s’inquiète de la « loi fin de vie », examinée les 10 et 11 mars 2015 à l’Assemblée nationale.

par Sylvain Dorient, 10/03/2015, extraits

« Le contexte actuel manque de lisibilité, et la période que nous traversons est difficile (…). Un nouveau débat sur la fin de vie risque d’y ajouter de la confusion », écrit Philippe Barbarin, cardinal archevêque de Lyon. Bien que le mot d’euthanasie n’ait pas été jusqu’à ce jour prononcé par les promoteurs de cette loi, c’est bien cette question qui demeure sous-jacente, avec notamment la possibilité de voir introduire une sédation « profonde et continue » qui hâterait le décès.

La médecine palliative au cœur des débats

Pour Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, la question de cette sédation n’est pas tout à fait le cœur du débat. « Tous les rapports, sans nuances, sont unanimes pour dire qu’il y a une demande de soins palliatifs. » ...  Or, en termes de médecine palliative, le chantier est immense : les lits restent en nombre dérisoire à l’échelle nationale et les formations dispensées aux futurs médecins et infirmières sont anecdotiques. Alix Frenais, étudiante en 4e année de médecine et porte-parole de l’association Soigner dans la dignité, le confirme : « Durant toutes nos années d’études, nous n’avons que huit heures consacrées aux soins palliatifs ».

« Ne votez pas contre les médecins »

Les défenseurs de la loi fin de vie avancent pour leur part qu’elle permettra aux patients de reprendre le pouvoir sur les soins. Avec le volet des directives anticipées prévu, le patient pourra imposer sa volonté de recevoir une sédation profonde à l’équipe médicale en charge. Cette idée pourrait aboutir à faire des médecins de simples exécutants... d’une demande qui peut pourtant varier : les équipes médicales savent que, le plus souvent, une demande d’euthanasie disparaît quand des soins appropriés sont prodigués.

« Nous attendons une parole forte contre l’euthanasie »

Pour le moment, la Conférence des évêques de France évite de crier au loup, précisant dans son communiqué de presse que sa conviction est que la main qui soigne ne peut être celle qui tue. Elle ne préjuge pas des débats qui entourent la loi fin de vie. Mgr d’Ornellas exprime « sans agressivité » une « inquiétude » à l’égard des convictions du gouvernement. « Jacques Chirac, alors chef de l’État français, avait annoncé clairement et définitivement qu’il n’y aurait pas de clonage en France. Récemment, le chef du gouvernement Manuel Valls s’était de même prononcé contre la GPA. Nous aimerions entendre une prise de parole aussi claire contre l’euthanasie. »

Source : aleteia.org

 

 

Mgr Philippe Barbarin, Cardinal Archevêque de Lyon, au micro de Philippe Lansac, RCF, 10 mars 2015 :

 

 

 

 

Source : rcf.fr

 

L’archevêque de Los Angeles en guerre contre l’euthanasie

par Joaquim De Alburquerque, 05/02/2015 

Etats-Unis – L’archevêque de Los Angeles, Mgr José Gómez, a exhorté les catholiques à prier et à travailler pour l’échec du projet de loi 128 du Sénat, présenté par les représentants de la Californie afin de légaliser l’euthanasie pour les personnes âgées, malades et handicapées.

Le prélat a lancé cet appel dans le cadre de la récente Marche pour la vie, qui a rassemblé quelques 200 000 personnes à Washington DC en rappel des millions de morts d’enfants à naître, après la dépénalisation de l’avortement il y a plus de 40 ans.

« Cette semaine, alors que nous nous souvenons de ce jour tragique où la privation de vie pour l’enfant à naître a été légalisée dans notre pays, certains de nos dirigeants de Californie introduisent une loi qui légaliserait la possibilité de tuer les personnes âgées, les malades et les handicapés. Nous devons prier et travailler pour que ce projet de loi n’aboutisse pas.« 

L’archevêque a déclaré qu’il y a beaucoup d’injustices dans notre société, et cependant, la plus grave est « la destruction routinière et quotidienne de la vie humaine innocente. Le problème n’est pas seulement culturel ou politique; c’est quelque chose de profondément personnel, une question à la fois morale et spirituelle« .

«Aucun de nous -personne- n’a le droit de décider qui peut vivre et qui peut mourir ou quand arrive ce moment. Nous voulons tout contrôler, mais nous ne pouvons pas. Seul Dieu a ce droit. Dieu, qui est Seigneur et Maître de notre commencement et notre fin. », a-t-il rappelé.

Mgr Gomez a répété que «le droit à la vie est le fondement de tous les autres droits » et donc « on ne peut pas permettre que triomphe la logique cruelle qui dit que la vie humaine est jetable; la logique cruelle qui dit que dans certains cas ce n’est pas la peine de vivre, pas la peine de protéger des vies« .

L’archevêque a déclaré qu’une société civilisée ne cherche pas à résoudre ses problèmes en permettant que les gens se suicident ou en évitant que des personnes naissent. « Et nous ne pouvons nous permettre de devenir une nation qui répond à la souffrance humaine en éliminant ceux qui souffrent« .

« Par conséquent, nous demandons à Dieu de nous remplir de courage et de conviction renouvelée pour proclamer ce bel Evangile de la vie dans notre société, pour aimer et nous mettre au service de la vie. De toute vie, et en particulier de ceux qui ont besoin de plus de soins, plus d’attentions, ces vies qui peuvent être un fardeau pour les autres (…). Tant qu’il y a des chrétiens, personne ne devrait avoir à souffrir seul ! «

Source : medias-presse.info

 

 

Les lois sociétales ne font que promouvoir une vision désespérée de la personne humaine

Extrait de l homélie de Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne, lors de la Messe célébrée en l’anniversaire de l’apparition de la Très Sainte Vierge à Pontmain, 17/01/2015

" ... Nous les chrétiens du XXIème siècle, nous devons être témoins de l’espérance dans un monde qui a perdu le sens du réel et de la transcendance, suscitant divisions et violences. Les signes de désespérance sont nombreux dans notre société ; les lois sociétales depuis quelques décennies, ne font que promouvoir une vision désespérée de la personne humaine : on ne croit pas l’être humain capable de dépasser ses passions égoïstes, on ne croit pas que la vie humaine vaut plus que la non existence ou la mort, on ne croit pas que l’altérité est au fondement d’une vraie communion. En évacuant Dieu de l’espace public et de la culture, on a fermé le monde sur lui-même : notre société contemporaine n’a d’autres horizons que son propre nombril, et elle n’a d’autre absolu que la liberté de faire n’importe quoi, jusqu’à revendiquer le droit de blasphémer et d’humilier les croyants. Le terrorisme n’est pas le moindre signe de désespérance, quand on n’a plus que la violence pour imaginer changer le monde.

Mais je vais m’arrêter dans ces constats négatifs pour ne pas tomber dans la désespérance que je veux dénoncer.

Si nous, chrétiens, perdons l’espérance, qui ouvrira un avenir à notre monde ? Marie, Mère de l’Espérance, nous invite à la confiance, et surtout à recevoir du Christ les signes d’un avenir possible, les signes du monde nouveau. Les joies de ce monde ne suffisent pas, comme le premier vin des noces de Cana, à combler notre soif ; de fait, les joies humaines sont courtes, limitées, tandis que le coeur de l’être humain aspire à l’absolu. Qui peut combler la soif du coeur humain ? Les chrétiens ont trouvé, dans le Christ, le fondement de leur espérance, la source de la vraie joie : Seul le Christ peut apporter ce vin nouveau qui est donné en surabondance, et qui met les coeurs dans une joie que nul ne peut nous ravir (cf. Jean 16, 22).

Oui, notre espérance repose sur la venue dans notre chair du Fils de Dieu. Il est Lumière née de la Lumière, Lumière inaccessible qui vient éclairer nos ténèbres et réchauffer nos coeurs. Marie apparaît à Pontmain en une fin d’après-midi d’hiver et au début de la nuit ; il fait nuit et il fait froid dans les coeurs tentés par la désespérance ; sa présence et son message sont lumière dans la nuit ; elle réchauffe les coeurs, elle fait tomber les peurs ; le beau sourire de Marie met les enfants dans une joie communicative. Marie nous rappelle toujours que Dieu s’est fait homme ; elle atteste de l’Incarnation du Fils de Dieu : “Dieu a envoyé son Fils ; Il est né d’une femme…, pour faire de nous des fils”, disait la deuxième lecture. En son Fils Unique, Dieu s’est engagé définitivement avec l’humanité ; Jésus a pris sur Lui notre péché et Il a vaincu la mort, nous ouvrant les horizons infinis auxquels notre coeur aspire. L’avenir est non seulement possible, mais certain. Désormais, “Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur”, dit Saint Paul (Rom. 8, 39). ..."

Source : diocese-laval.fr

 

 

19/11/20119/11/2014

Interview du Cardinal Philippe Barbarin

par la Fondation Lejeune,19/11/2014 (extrait)

Le dimanche 25 janvier 2015 aura lieu la 10ème Marche pour la vie. L’objectif est de maintenir une conscience en France sur l’importance du respect de la vie humaine fragile comme principe essentiel de notre société. Cette année la mobilisation ne peut ignorer l’enjeu de l’euthanasie, compte-tenu de l’actualité politique. Un message de mobilisation pour ce 25 janvier ?

Cette manifestation garde une grande valeur symbolique, et elle touche plus qu’on ne le croit. Elle rappelle que la suppression d’une vie humaine qui commence son cours est une profonde injustice, un acte d’une terrible gravité. Dans l’année du 50ème anniversaire de la clôture du Concile Vatican II, on ne peut oublier la clarté avec laquelle la constitution Gaudium et spes s’exprime à ce sujet. Il n’est pas question de juger les personnes qui ont vécu (ou participé à) un avortement. Dieu connaît leur cœur et elles savent que Sa miséricorde leur est toujours offerte. Mais quand j’ai entendu, l’an dernier, que maintenant une page s’était tournée, que c’en était fini avec la loi Veil ou avec les situations de détresse, et que chacun pouvait disposer de son corps, je me suis décidé à participer à « la Marche pour la vie ».

Pour janvier 2015, je n’ai pas encore regardé si mes obligations pastorales me permettront d’y prendre part, mais la question de l’euthanasie et de l’accompagnement de tous ceux qui sont en fin de vie, est aujourd’hui un enjeu essentiel et bien embrouillé dans toute l’Europe. Sur ce point aussi, nous avons un témoignage à donner. Je pense aux derniers mois de la vie de saint Jean-Paul II, au début de l’année 2005. Jusqu’au bout, il est resté conscient de sa situation. En février, il a accepté de subir une trachéotomie pour ne pas mourir étouffé, mais le mois suivant, il a refusé, m’a-t-on dit, qu’on lui fasse une gastrectomie. Quand l’heure du départ est venue, pourquoi la craindre ? Nous sommes aimés et attendus !

Source : fondationlejeune.org

Le dimanche 25 janvier 2015 aura lieu la 10ème Marche pour la vie. L’objectif est de maintenir une conscience en France sur l’importance du respect de la vie humaine fragile comme principe essentiel de notre société. Cette année la mobilisation ne peut ignorer l’enjeu de l’euthanasie, compte-tenu de l’actualité politique. Un message de mobilisation pour ce 25 janvier ?

Cette manifestation garde une grande valeur symbolique, et elle touche plus qu’on ne le croit. Elle rappelle que la suppression d’une vie humaine qui commence son cours est une profonde injustice, un acte d’une terrible gravité. Dans l’année du 50ème anniversaire de la clôture du Concile Vatican II, on ne peut oublier la clarté avec laquelle la constitution Gaudium et spes s’exprime à ce sujet. Il n’est pas question de juger les personnes qui ont vécu (ou participé à) un avortement. Dieu connaît leur cœur et elles savent que Sa miséricorde leur est toujours offerte. Mais quand j’ai entendu, l’an dernier, que maintenant une page s’était tournée, que c’en était fini avec la loi Veil ou avec les situations de détresse, et que chacun pouvait disposer de son corps, je me suis décidé à participer à « la Marche pour la vie ».

Pour janvier 2015, je n’ai pas encore regardé si mes obligations pastorales me permettront d’y prendre part, mais la question de l’euthanasie et de l’accompagnement de tous ceux qui sont en fin de vie, est aujourd’hui un enjeu essentiel et bien embrouillé dans toute l’Europe. Sur ce point aussi, nous avons un témoignage à donner. Je pense aux derniers mois de la vie de saint Jean-Paul II, au début de l’année 2005. Jusqu’au bout, il est resté conscient de sa situation. En février, il a accepté de subir une trachéotomie pour ne pas mourir étouffé, mais le mois suivant, il a refusé, m’a-t-on dit, qu’on lui fasse une gastrectomie. Quand l’heure du départ est venue, pourquoi la craindre ? Nous sommes aimés et attendus !

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Lettre de Mgr Aillet au sujet de la Marche pour la Vie du 25 janvier 2015

(extrait)

Dans un autre ordre d’idée, si notre réaction face à cet attentat barbare est plus que légitime, ayons le courage et la cohérence de nous indigner aussi pour d’autres formes de violences faites à l’intégrité physique de tant et tant d’innocents. Je pense au signal d’alarme que le Pape François a tiré devant les Institutions européennes pour dénoncer la « culture du déchet » qui caractérise notre vieille Europe, en défendant la dignité de la vie humaine depuis son commencement jusqu’à son terme : « L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme,qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître » (25 novembre 2014 devant le Parlement européen).

Un certain nombre d’associations, engagées aux côté des plus fragiles et sans défense, auxquels on dénie si facilement les droits humains les plus fondamentaux, appellent à une Marche pour la vie à Paris, le dimanche 25 janvier 2015. J’accorde volontiers mon soutien aux organisateurs de cette manifestation qui ont reçu la bénédiction du Saint-Père, et j’encourage tous ceux qui choisiront ce moyen pour se manifester à y participer. Comme le dit encore le Pape François : « Ce n’est pas un progrès de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine » (La joie de l’Evangile, n. 214). On ne se contentera certes pas de manifester publiquement son « oui à la Vie », mais on s’engagera concrètement dansdes initiatives au service de la vie des plus fragiles : écoute et accueil de femmes enceintes en difficulté, à qui la société ne donne souvent pas d’autre alternative que l’avortement ; accompagnement de femmes blessées par l’avortement en recherche de guérison ; accompagnement et soulagement de malades en phase terminale ou de personnes âgées dites en « fin de vie », auxquels on risque de proposer, sinon une euthanasie active ou un suicide assisté qui semble écarté par le rapport Claeys – Léonetti, une « sédation profonde et prolongée » qui ressemble fort à une euthanasie déguisée…

Source : Diocèse de Bayonne

 

 

Fin de vie : « un urgent devoir de fraternité » pour les évêques français

 

Le rapport rédigé par les députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) sur la fin de vie fait réagir la Conférence des Eveques de France. (extraits)

 

...Mgr d'Ornellas met en garde contre le risque d'incertitude introduit sur l'objectif poursuivi par le médecin avec « la suppression de la référence à l’effet secondaire » lorsque le médecin, à la demande du patient, « met en place "un traitement à visée antalgique et sédative jusqu’au décès"». Par ailleurs, il souligne que « ce nouveau droit ne supprime pas les causes de ce "mal-mourir". (...) Il risque de multiplier les demandes d’une sédation profonde jusqu’au décès », s'inquiète-t-il.
Le rapport affirme « qu’il faut financer les actes d’accompagnement, plutôt que de rester à la tarification à l’activité » pour « mettre en œuvre l’accompagnement bienveillant que nous devons à chaque malade ». Pour Mgr d'Ornellas, c'est précisément à ce niveau que se situe « notre devoir de fraternité », devenu urgent à accomplir : « c’est dans la fraternité que peut se vivre la juste autonomie de la personne vulnérable. Le soin global de la personne contribue au bien-mourir, comme le montrent chaque jour tant d’unités de soins palliatifs », relève-t-il. ...

Mgr d'Ornellas conseille enfin de renforcer les formations du corps médical sur la question des soins palliatifs ; tout en reconnaissant notre vulnérabilité face à la mort : « n’entrons pas dans le mythe de la mort toujours apaisée ou de "la mort propre" écrit-il, aucune loi ne supprimera le fait que la mort est difficile parce qu’elle est toujours une épreuve ». ...

Source : aleteia.org

 

 

Euthanasier, c'est tuer

par Abbé F. Castel, 06/2007

Nous assistons depuis quelques années à une offensive en faveur de la légalisation de l'euthanasie. La méthode est bien connue ; elle a déjà permis de faire passer les lois en faveur de l'avortement, du mariage des homosexuels et autres lois de la culture de mort. On commence par présenter un projet de loi à l'assemblée sans espoir de le faire accepter mais simplement pour donner à l'idée une certaine légitimité et lancer le débat. On travaille ensuite à influencer l'opinion en pratiquant la désinformation (1) pour donner à penser que l'absence d'une loi réglementant cette pratique a des conséquences désastreuses pour la société ; en publiant des manifestes de soi-disant autorités morales qui se prononcent pour la légalisation de la pratique souhaitée et en montant en épingle quelques cas choisis pour leur contenu émotionnel. Une fois obtenu un consensus en faveur de cette pratique, un projet de loi est de nouveau présenté aux députés de l'assemblée nationale qui l'adoptent tout naturellement.

Durant tout ce temps, le débat est volontairement maintenu au niveau émotionnel pour semer la confusion et empêcher une analyse sereine des principes. Il nous faut donc, loin de l'émotion volontairement provoquée autour du sujet, analyser calmement et sans passion les principes régissant l'euthanasie. Commençons d'abord par bien définir les termes pour clarifier la question.

Définition des termes

De façon générale on parle d’euthanasie pour désigner l’acte de mettre fin à la vie d’une personne gravement malade.

Euthanasie active et passive

L’euthanasie active est en fait l’euthanasie proprement dite : poser un acte qui cause la mort du patient. L’autre s’appelle passive car elle n’attente pas à la vie du “patient ” ; elle consiste à ne pas accomplir un ou plusieurs actes nécessaires ou utiles à conserver sa vie. Pour faire plus simple et appeler les choses par leur nom : l’euthanasie active est le meurtre du “ malade ”, alors que dans le cas de l’euthanasie passive, il s’agit plutôt de non-assistance à personne en danger.

De nombreux auteurs récusent cette distinction. Pour eux, l’euthanasie s’accomplit aussi bien par action que par omission à partir du moment où il y a intention de mettre un terme à la vie du patient. Nous adopterons cette façon de voir qui nous paraît plus conforme à la réalité et parlerons donc d’euthanasie par omission de soins. On distingue alors entre les soins ordinaires (alimentation par exemple) dont le refus équivaut à une euthanasie et les soins extraordinaires qui eux peuvent être légitimement omis. Nous y reviendrons.

Nous utiliserons donc la définition de Patrick Verspieren qui est conforme à celles des juristes :

“ l’euthanasie consiste dans le fait de donner sciemment et volontairement la mort ; est euthanasique le geste ou l’omission qui provoque délibérément la mort du patient dans le but de mettre fin à ses souffrances. ”

Euthanasie et suicide

Quand c’est le patient lui-même qui décide de mettre fin à ses jours, il ne s’agit plus d’euthanasie mais tout simplement de suicide. On ne devrait parler d’euthanasie que dans le cas où la décision de mettre fin à la vie est prise par un autre que le patient que ce soit la famille ou le médecin soignant.

On parle aussi de suicide assisté quand, à la demande du malade, une tierce personne l’aide à mettre fin à ses jours, ou même la tue directement à sa demande. Mais cela reste toujours un suicide.

Principe de résolution

L’euthanasie est le meurtre d’un innocent et, comme tel, est condamnée par la loi naturelle et le cinquième commandement de Dieu. Seul Dieu a pouvoir sur la vie qu’il donne et retire selon son bon vouloir. Il ne cède ce droit aux hommes qu’envers le coupable qui devient un danger pour autrui. On peut alors mettre fin à sa vie pour se protéger. Ce sont les cas de légitime défense, de guerre et de condamnation à mort prononcé par un tribunal compétent. C’est là la seule exception. L’euthanasie concerne des innocents et est donc toujours intrinsèquement mauvaise. Cela est valable quel que soit celui qui décide de l’accomplir : l’état, le prochain ou même le propre détenteur de la vie (suicide).

L’état ne peut prétendre au droit de vie ou de mort sur ses administrés. “ Certes l’individu est une partie qui doit coopérer au bien du tout, mais d’un autre côté il transcende ce tout par sa dignité de personne et sa des- tinée éternelle ! Dès lors la société ne peut “ se débarrasser des inutiles ” sans sombrer proprement dans le tota- litarisme qui fait du “ tout ” un absolu.  ” Mgr Bernard Tissier de Mallerais dans le Respect de la vie, éditions Fideliter, p. 112.

Ce principe condamne aussi le suicide qu’il soit “ assisté ” ou non car, comme le dit Saint Augustin, “ celui qui se tue n’est-il pas le meurtrier d’un homme ? ”. “ La vie, dit Saint Thomas d’Aquin, est un don de Dieu concédé à l’homme, et qui demeure toujours soumis au pouvoir de Celui qui “ fait vivre et mourir ” (Deut. XXXII, 39). Aussi quiconque se prive lui-même de la vie pèche contre Dieu, absolument comme pèche (…) celui qui s’arroge le droit de juger une cause qui ne relève pas de sa juridiction. Décider de la mort ou de la vie n’appartient qu’à Dieu seul.” (IIa IIae, Q. 64, a. 5)

Réponses à quelques objections

Face à l’universalité de ce principe protégeant la vie de l’innocent, les partisans de l’euthanasie réclament une exception qui serait d’après eux justifiée par le soucis d’éviter aux malades soit des souffrances intolérables, soit une perte de dignité insupportable. Avant de répondre séparément à ces deux objections, notons d’abord que le meurtre d’un innocent est un acte intrinsèquement mauvais. Il ne peut donc y avoir d’exception car il n’est jamais permis de faire le mal même en vue d’un bien.

Des souffrances intolérables

L’euthanasie, nous dit-on, aurait pour but d’éviter aux malades de grandes souffrances, souffrances inutiles puisque sa maladie est incurable. Ces propos sont tendancieux. Ils laissent entendre que les souffrances du malade ne peuvent être soulagées et que l’euthanasie est la seule façon d’y mettre fin. Or, cela est faux. De nombreux médecins affirment le contraire. Tel le professeur Julien Israël, cancérologue et membre de l’académie des sciences morales et politiques qui écrit : “ Il n’y a aucune douleur, aucune souffrance physique, que la médecine aujourd’hui ne puisse contrôler et apaiser. Je vous assure qu’une combinaison de soins locaux, de soins généraux et d’anti-dépresseurs permet au patient de ne pas souffrir. ”

Certes, il y a encore beaucoup à faire en France pour procurer adéquatement ces soins à tous les malades. Mais alors, la solution n’est-elle pas dans une amélioration de cette situation par le développement des soins pallia- tifs ? L’euthanasie est une réponse totalement disproportionnée aux souffrances du malade qui d’ailleurs ne la souhaite généralement pas. Le docteur Théo Klein affirme que “ les malades qui demandent réellement la mort sont extrêmement rares et, une fois leurs maux soulagés ne réitèrent pas une telle demande.

Cette demande vient le plus souvent de l’entourage qui, ayant une fois admis que la fin est inéluctable, veut que cela se termine au plus vite. C’est pour se protéger eux-mêmes d’une image qui leur déplaît, qu’ils demandent qu’on supprime l’autre. ” (Cahiers Saint Raphaël, N° 59, Juin 2000, p. 39) . Il n’est certes pas facile d’assister impuissant au dépérissement d’un être cher ; l’entourer et le soutenir demandent un grand investissement à la fois émotionnel et matériel ; mais peut-on pour autant le priver de ses derniers instants de vie en mettant prématurément fin à celle-ci ? C’est choisir égoïstement la solution de facilité ; pour éviter d’avoir à faire face au problème, on le fait disparaître. L’euthanasie est-elle au service du malade ou de son entourage et de la société ? La question mérite d’être posée. On est bien loin en tous cas des belles intentions avancées par les promoteurs de l’euthanasie.

Ajoutons aussi que ces propos dénient toute valeur à la souffrance ce qu’un chrétien ne peut accepter. La passion de Notre-Seigneur Jésus Christ lui enseigne que la souffrance offerte à Dieu en soumission à sa volonté a une grande valeur à ses yeux. Elle permet au malade de réparer les errements de sa vie en expiant ses péchés. L’une des fins du sacrement des malades est d’ailleurs d’aider ceux-ci à supporter leurs souffrances dans cet état d’esprit au lieu de chercher à les fuir à tout prix.

La souffrance peut aussi être merveilleusement féconde. Dieu nous l’a enseigné par l’exemple de plusieurs saints tel Sainte Rafqa (1832 -1914). A l’âge de 53 ans, sa vie devint un véritable calvaire qui allait durer 29 ans. Elle se mit à endurer des douleurs atroces à la tête et aux yeux au point de ne plus supporter la lumière et devint complètement aveugle en 1899. A partir de 1906, ses os se disloquèrent un à un. En 1911, elle n’était plus qu’un tas d’os que ses soeurs (elle était religieuse) déplaçaient dans un drap de peur que ses os disloqués ne tombent. Elle vécut ainsi pendant trois ans sans jamais se plaindre. Sa foi l’aida à trouver un sens à sa vie de souffrance qu’elle sut rendre extrêmement féconde par les grâces obtenues de Dieu. Aujourd’hui, notre société moderne lui proposerait de mettre fin à sa vie jugée inutile et sans valeur, est ce vraiment un progrès ?

Une insupportable perte de dignité

Les partisans de l’euthanasie revendiquent ce qu’ils appellent le droit de mourir au nom du respect de la dignité de la personne qui serait compromise par un état insupportable de déchéance physique et mentale causé par la maladie. Mais la dignité de la personne humaine ne se juge pas à ses fonctions biologiques. Elle ne se perd pas par une diminution des capacités physiques. “ La vie terrestre trouve son sens dans la vie éternelle ; même souffrante ou inconsciente, la personne conserve sa dignité d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, la dignité d’un “ être d’éternité ”. C’est pourquoi, dit Pie XII (aux médecins chirurgiens, 13.02.1945), “ le médecin méprisera toute suggestion qui lui sera faite de détruire la vie, si frêle et si humainement inutile que cette vie puisse paraître ”. ”

Le refus de soins

L’euthanasie peut aussi se réaliser par l’omission des soins nécessaires à la conservation de la vie. Pie XII nous explique dans quelle mesure cette omission est coupable :

“ La raison naturelle et la morale chrétienne disent que l’homme (et quiconque est chargé de prendre soin de son semblable) a le droit et le devoir, en cas de maladie grave, de prendre les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé. Ce devoir, qu’il a envers lui-même, envers Dieu, envers la communauté humaine, et le plus souvent certaines personnes déterminées, découle de la charité bien ordonnée, de la soumission au Créateur, de la justice sociale et même de la justice stricte, ainsi que de la piété envers sa famille mais il n’oblige habituellement qu’à l’emploi des moyens ordinaires (suivant les circonstances de personnes, de lieux, d’époques, de culture), c’est-à-dire des moyens qui n’imposent aucune charge extraordinaire pour soi-même ou pour un autre.

Une obligation plus sévère serait trop lourde pour la plupart des hommes, et rendrait trop difficile l’acquisition de biens supérieurs plus importants. La vie, la santé, toute activité temporelle, sont en effet subordonnées à des fins spirituelles.

Par ailleurs, il n’est pas interdit de faire plus que le strict nécessaire pour conserver la vie et la santé, à condition de ne pas manquer à des devoirs plus graves. ” (Pie XII, Allocution du 24 novembre 1957)

Les dangers d'une loi sur l'euthanasie

Porte ouverte à tous les abus

Admettre ne serait ce qu’une exception à un principe, c’est le remettre en question et ouvrir la porte aux abus. Il sera vite bafoué pour la moindre raison. Tel fut le cas avec l’avortement qui fut accepté comme une exception au principe du respect de la vie de l’innocent. Il ne fut d’abord autorisé que pour répondre à une situation exceptionnelle. Il est désormais entré dans les mœurs au point d’être reconnu comme un droit de la femme. “ Une telle dérive ne saurait épargner la pratique de l’euthanasie dans une société où la longévité s’accroît régulièrement avec ses souffrances et multiples dépendances, ce qui pèsera de plus en plus sur le budget de la Santé, d’où certaines tentations… ”

Incitation au suicide

Il est à craindre qu’une loi autorisant l’euthanasie ou même seulement le suicide assisté devienne une véritable incitation au suicide.

En effet, il faut savoir qu’un grand malade passe par des périodes de profond désespoir souvent accompagné de tentations de suicide. La pratique habituelle face à une personne à tendances suicidaires (prisonnier, malade psychiatrique) est d’éloigner de lui tout instrument qui lui permettrait d’attenter à sa vie et de le surveiller pour l’empêcher de passer à l’acte. Ici, non seulement, on ne fait rien de tout cela, mais encore on propose au malade toute l’assistance nécessaire pour réussir son suicide.

Le malade est aussi très sensible au fait qu’il devient une charge pour son entourage. Il sera donc particulièrement vulnérable aux pressions de celui-ci qui pourra être tenté de l’encourager à profiter d’une telle loi. Il coûte cher à la société ; il est un fardeau pour ses proches ; et tout cela pour quoi : prolonger de quelques jours une vie dont il ne peut plus profiter. Ne serait-il pas préférable pour tout le monde, lui compris, s’il se décidait à mettre fin à tout cela sans plus tarder ?

Conclusion

L’euthanasie est le meurtre d’un innocent. Comme tel, elle est intrinsèquement mauvaise et n’est donc jamais permise. Sa légalisation serait un pas de plus dans la revendication de la liberté absolue de la personne humaine qui doit être à même de “ choisir sa vie, choisir sa mort ” (thème du congrès tenu par l’ADMD - association pour le droit de mourir dans la dignité, Nice, 21-23.09.1984) Elle affirmerait ainsi sa liberté - même face à Dieu - en ne se laissant pas imposer une mort à subir contre son gré.

Abbé François Castel, prêtre de la fSSPX

Extrait de La Sainte Ampoule n° 153 de juin 2007

 

 

Rapport Claeys-Leonetti : Entre ambiguïté et tentation de l’euthanasie

Communiqué de Mgr Dominique Rey, évêque de Frejus-Toulon, 13/12/2014

L’embarras qui entoure la publication du rapport Claeys-Leonetti remis au président de la République reflète l’ambiguïté dont il se refuse à sortir. On comprend qu’il n’est pas question d’aborder de front euthanasie et suicide assisté. Dont acte. En revanche, la proposition phare du rapport jongle avec les mots lorsqu’elle parle de « sédation profonde et continue ». Quel est cet « accompagnement vers la mort» pour permettre de «mourir dans la dignité » dont parle M. Hollande ?

Un « nouveau droit à mourir » ?

Créer ou reconnaître un nouveau droit à mourir, c’est pour le moins favoriser le développement d’une mentalité euthanasique. Faire de la sédation en phase terminale, déjà pratiquée par les médecins en particulier dans le cadre de soins palliatifs, un droit du patient, c’est modifier de fait la relation entre le médecin et son patient. On a du mal à comprendre pourquoi ce protocole devrait faire l’objet d’un droit sauf à penser que les médecins ne remplissent pas leur mission ou, plus simplement, à induire des pratiques euthanasiques là où une sédation peut être légitime face à une détresse extrême. La sédation en phase terminale, acte pris collégialement, est déjà suffisamment délicate pour qu’on ne rajoute pas de pression aux médecins en les empêchant de privilégier toujours l’écoute et la qualité de la relation avec leurs malades. Pour soulager les souffrances il faut parfois prendre le risque d’accélérer la mort du malade, mais « faire mourir ne peut jamais être considéré comme un soin médical, même si l’intention était seulement de répondre à une demande du patient ».

Le nouveau droit n’introduit-il pas de la confusion là où l’on attend clarté et apaisement ? Ne nous leurrons pas : l’utilisation d’un vocabulaire très technique pourrait servir à détourner le principe du respect de la vie en permettant certaines dérogations.

Lorsqu’une loi prétend introduire et défendre un nouveau droit, il est inévitable de voir les demandes d’en bénéficier affluer, en l’espèce demandes d’ « endormissement » jusqu’à la mort. Le nouveau droit n’introduit-il pas de la confusion là où l’on attend clarté et apaisement ? Ne nous leurrons pas : l’utilisation d’un vocabulaire très technique pourrait servir à détourner le principe du respect de la vie en permettant certaines dérogations. Il est tout à fait adapté de parler ici de « droit fondamental » à la vie, principe inviolable qui est à la base de toute vie en société, principe qui ne doit pas conduire non plus à l’acharnement thérapeutique. Il ne souffre aucune exception : un régime de « dérogation encadrée » mène souvent aux pires excès.

Il est à craindre également que les directives anticipées, si elles devaient s’imposer au médecin, ne favorisent pas la confiance et le dialogue entre patients et soignants. Elles pourraient même inciter les plus fragiles à des demandes radicales, qui disparaissent lorsque les personnes en fin de vie sont prises en charge dans de bonnes conditions.

Prendre soin de la fragilité

Si l’on doit saluer la volonté de développer les soins palliatifs et d’améliorer la formation des médecins sur les questions de fin de vie, il est urgent de ne pas céder à des dérives qui pourront conduire à l’euthanasie. Comment ne pas rappeler à ceux qui préparent et votent les lois les paroles fortes du Pape François, lors de sa visite à Strasbourg, sur la vocation de parlementaires : « Vous êtes appelés à prendre soin de la fragilité », c’est-à-dire à lutter contre la « culture du déchet » qui a tendance à ne considérer la vie humaine qu’en fonction de son utilité. Lorsqu’elle ne l’est plus, « elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin. »

L’Eglise, qui encourage l’argumentation rationnelle sur ces questions, se souvient aussi que l’euthanasie est une grave violation de la loi de Dieu. « Affirmer la dignité de la personne, c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement. » Pas plus que de sa vie, qu’il reçoit de Dieu, l’homme n’est le maître de sa mort. Aimer la personne mourante, c’est aussi accepter de se laisser désarmer par sa fragilité extrême : la vulnérabilité ne fait jamais perdre la dignité. Rien ne justifie de provoquer la mort d’une personne pour laquelle « on ne peut plus rien ».

Enfin, il n’est pas inutile de se souvenir que la mort n’est pas irrémédiablement fermée à toute perspective de sens et à toute espérance. Pouvoir ne pas la vivre seul est aussi un droit de la personne qu’il faudrait être capable d’honorer de même que la possibilité de la préparer à la rencontre avec Dieu.

Source : osp:frejustoulon.fr

 

 

Mgr. Fernando Chomali: « l’avortement et l’euthanasie sont des actes de violence » 

par Julia Sandero, 03/12/2014

Dans le cadre d’une marche pour la défense de la vie, qui a attiré des milliers de personnes dans la ville de Concepcion, au sud du Chili, Mgr. Fernando Chomali, archevêque de Concepción et membre de l’Académie pontificale pour la Vie, a déclaré dimanche, qu’il y avait de nombreuses attaques contre la vie:« Nous avons vu le tollé dans le monde entier contre les 43 jeunes tués au Mexique. Nous voyons comment on tue les chrétiens en Irak et en Syrie et comment ils doivent fuir; nous voyons la violence contre la vie, la pauvreté, l’oppression par le travail. Nous voyons tant d’injustices sociales…. Maintenant, cette violence contre la vie, ces lois qui favorisent l’avortement, nous ne voulons pas cela pour le Chili. L’expérience du monde nous le confirme. L’avortement est un acte de violence comme l’est aussi l’euthanasie »

 Le prélat a déclaré que «nous défendons la vie avec l’arme que nous donnent la raison, la science et la foi et qui est l’amour. Le Chili perdra beaucoup si une loi permettant l’avortement est approuvée et de même si le Chili permet la loi sur l’euthanasie ».

 Mgr. Chomali a également déclaré que «la vie est une grande valeur et ne peut être laissée à l’arbitraire d’une personne ou d’un groupe de personnes. Nous voulons démontrer qu’une véritable démocratie est celle qui prend soin de tous ses membres. Le bonheur ne dépend pas de l’état de santé, mais de l’amour que l’on donne et que l’on reçoit. »

 Il a souligné qu’«un état de droit est vrai lorsque la force de la raison l’emporte sur la logique de la force. Une état de droit est celui qui garde ou prend soin de ceux qui ne peuvent pas se défendre. »

 La marche pro-vie a été aussi suivie par des politiques. Parmi eux, le député Christian Campos, qui a déclaré que la manifestation répondait entièrement à sa position de défense de la vie. «Je suis préoccupé par la situation qui pourrait s’installer dans le pays avec une politique publique qui pourrait générer une situation dramatique chez les femmes qui voient aujourd’hui l’avortement comme une solution à leur problème ».

Sergio Bobadilla, président régional de l’UDI (Union Démocrate Indépendante, parti chilien conservateur), après l’appel de l’Église à défendre la vie, a déclaré que « nous devons manifester publiquement que nous sommes en faveur de la vie dès la conception. Je lance un appel à tous pour que nous manifestions ouvertement en défense de la vie et de la famille »

Source : la-nouvelle-gazette.fr