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Catéchèse sur la vieillesse - 9. Judith. Une jeunesse admirable, une vieillesse généreuse

par Pape François, audience générale, 04/05/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd'hui, nous parlerons de Judith, une héroïne biblique. La conclusion du livre qui porte son nom - nous en avons entendu un extrait - résume la dernière partie de la vie de cette femme, qui défendit Israël contre ses ennemis. Judith est une jeune et vertueuse veuve juive qui, grâce à sa foi, sa beauté et son astuce, sauve la ville de Béthulie et le peuple de Judée du siège d'Holopherne, général de Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, un ennemi puissant et dédaigneux de Dieu. Ainsi, grâce à sa manière rusée d'agir, elle est capable de trancher la gorge du dictateur qui s'en prend au pays. Elle était courageuse, cette femme, mais elle avait la foi...

Après la grande aventure dont elle est protagoniste, Judith retourne vivre dans sa ville, Béthulie, où elle vit une belle vieillesse jusqu’à cent cinq ans. Comme c'est le cas pour de nombreuses personnes : parfois après une vie de travail intense, parfois après une existence aventureuse, ou une existence de grand dévouement. L'héroïsme n'est pas seulement celui des grands événements qui tombent sous les feux des projecteurs, par exemple le meurtre du dictateur par Judith : mais souvent on trouve l'héroïsme dans la ténacité de l'amour vécu dans une famille difficile et en faveur d'une communauté menacée.

Judith a vécu plus de 100 ans, une bénédiction particulière. Mais il n'est pas rare aujourd'hui qu'il reste tant d'années à vivre après le moment de la retraite. Comment interpréter, comment tirer le meilleur parti de ce temps dont nous disposons ? Je prends ma retraite aujourd'hui, et cela fera de nombreuses années, et que puis-je faire pendant ces années ? Comment puis-je grandir - en âge, cela va sans dire, mais comment puis-je grandir en autorité, en sainteté, en sagesse ?

La perspective de la retraite coïncide pour beaucoup, avec celui d’un repos mérité et désiré après des activités exigeantes et fatigantes. Mais il arrive aussi que la fin du travail soit une source d'inquiétude et soit attendue avec une certaine appréhension. "Que vais-je faire maintenant que ma vie va être vidée de tout ce qui l'a remplie pendant si longtemps ?" : c’est la question. Le travail quotidien, c'est aussi un ensemble de relations, la satisfaction de gagner sa vie, l'expérience d'avoir un rôle, une considération méritée, un emploi à temps plein qui dépasse le simple horaire de travail.

Bien sûr, il y a l'engagement, à la fois joyeux et fatigant, de s'occuper des petits-enfants, et aujourd'hui, les grands-parents ont un rôle très important au sein de la famille pour aider à élever les petits-enfants ; mais nous savons qu'aujourd'hui il y a de moins en moins d'enfants qui naissent, et que les parents sont souvent plus éloignés, plus sujets aux déplacements, avec des situations de travail et d’habitation non favorables. Parfois, ils sont aussi plus réticents à confier aux grands-parents des espaces pour l’éducation, ne leur accordant que ceux strictement lié au besoin d’assistance. Mais quelqu'un me disait, en souriant un peu ironiquement : "Aujourd'hui, les grands-parents, dans cette situation socio-économique, sont devenus plus importants, parce qu'ils ont une pension". Eh, ils le pensent. Il y a de nouvelles exigences, même au niveau des relations éducatives et parentales, qui nous obligent à remodeler l'alliance traditionnelle entre les générations.

Mais, demandons-nous : faisons-nous cet effort de "remodèlement" ? Ou subissons-nous simplement l'inertie des conditions matérielles et économiques ? La présence ensemble des générations s'allonge en effet. Cherchons-nous, tous ensemble, de la rendre plus humaines, plus affectueuse, plus juste, dans les nouvelles conditions des sociétés modernes ? Pour les grands-parents, une part importante de leur vocation est de soutenir leurs enfants dans l’éducation de leurs petits-enfants. Les petits-enfants apprennent la force de la tendresse et le respect de la fragilité : des leçons irremplaçables, qui sont plus faciles à transmettre et à recevoir avec les grands-parents. Les grands-parents, quant à eux, apprennent que la tendresse et la fragilité ne sont pas seulement des signes de déclin : pour les jeunes, ce sont des étapes qui rendent l'avenir humain.

Judith est veuve très tôt et n'a pas d'enfants, mais en tant que femme âgée, elle a pu vivre une saison de plénitude et de sérénité, sachant qu'elle avait vécu pleinement la mission que le Seigneur lui avait confiée. Pour elle, c’est le temps de laisser le bon héritage de la sagesse, de la tendresse, de dons pour la famille et la communauté : un héritage du bien et pas seulement de biens. Lorsque nous pensons à l'héritage, nous pensons parfois aux biens, et non au bien qui a été fait dans la vieillesse et qui a été semé, ce bien qui est le meilleur héritage que nous pouvons laisser.

Précisément dans sa vieillesse, Judith "affranchit sa servante préférée". C'est le signe d'un regard attentif et humain envers ceux qui l'ont côtoyée. Cette servante l'avait accompagnée dans cette aventure pour vaincre le dictateur et lui trancher la gorge. En vieillissant, on perd un peu la vue mais le regard intérieur devient plus pénétrant : on voit avec le cœur. On devient capable de voir des choses qui nous échappaient auparavant. Les personnes âgées savent regarder et savent voir... C'est ainsi : le Seigneur ne confie pas seulement ses talents aux jeunes et aux forts : il a des talents pour tous, faits sur mesure pour chacun, également pour les vieux. La vie de nos communautés doit savoir profiter des talents et des charismes de tant de personnes âgées, déjà retraitées, mais qui sont une richesse à valoriser. Cela exige, de la part des personnes âgées elles-mêmes, une attention créative et une attention nouvelle, une disponibilité généreuse. Les anciennes compétences de la vie active perdent leur part de contrainte et deviennent des ressources de don : enseigner, conseiller, construire, soigner, écouter... De préférence au profit des plus démunis, qui n'ont pas les moyens d'apprendre ou qui sont abandonnés à leur solitude.

Judith a libéré sa servante et a couvert tout le monde d'attentions. Jeune fille, elle avait gagné l'estime de la communauté par son courage. Dans sa vieillesse, elle l'a mérité pour la tendresse avec laquelle elle a enrichi leur liberté et leurs affections. Judith n'est pas une retraitée qui vit son vide de façon mélancolique : c'est une femme âgée passionnée qui remplit de dons le temps que Dieu lui offre. Je vous recommande : prenez, un de ces jours, la Bible et prenez le livre de Judith : il est minuscule, on le lit... il y a 10 pages, pas plus. Lisez cette histoire d'une femme courageuse qui s’accomplit ainsi, avec tendresse, avec générosité, une femme à la hauteur. Et je voudrais que toutes nos grands-mères soient ainsi, comme ça : courageuses, sages et qu’elles nous laissent en héritage non pas de l'argent, mais l’héritage de la sagesse, semée dans leurs petits-enfants. Merci.

Source : vatican.va

 

 

Pour l’abolition de la peine de mort – La Vidéo du Pape – Septembre 2022

 

"Prions pour que la peine de mort, qui porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne, soit abolie dans la législation de tous les pays du monde."

 

 

Il y a de nombreuses raisons de dire « NON » à la peine de mort. Elle n’est pas juste, car « n’offre pas de justice aux victimes, mais elle encourage au contraire la vengeance. Et cela empêche toute possibilité de réparer une éventuelle erreur judiciaire ». Elle est moralement inadéquate, car elle « détruit le don le plus important que nous ayons reçu: la vie ». Et, comme nous le rappelle François, « à la lumière de l’Évangile, la peine de mort est inadmissible ». Ne restons pas indifférents aux législations qui, dans certaines parties du monde, autorisent encore la peine de mort. Joignons-nous à l’appel du Saint-Père en partageant cette vidéo.

« Chaque jour, de plus en plus de personnes dans le monde disent NON à la peine de mort. Pour l’Église, c’est un signe d’espérance.
D’un point de vue juridique, elle n’est pas nécessaire.
La société peut réprimer efficacement le crime sans priver définitivement celui qui l’a commis de la possibilité de se racheter.
Il doit toujours y avoir une fenêtre d’espoir dans chaque condamnation.
La peine capitale n’offre pas de justice aux victimes, mais elle encourage au contraire la vengeance.
Et cela empêche toute possibilité de réparer une éventuelle erreur judiciaire.
D’autre part, moralement, la peine de mort est inadéquate. Elle détruit le don le plus important que nous ayons reçu : la vie.
N’oublions pas que, jusqu’au dernier moment, une personne peut se convertir et peut changer.
Et, à la lumière de l’Évangile, la peine de mort est inadmissible.
Le commandement « tu ne tueras point » concerne aussi bien l’innocent que le coupable.
J’appelle donc toutes les personnes de bonne volonté à se mobiliser pour obtenir l’abolition de la peine de mort dans le monde entier.
Prions pour que la peine de mort, qui porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne, soit abolie dans la législation de tous les pays du monde ».

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 8. Eléazar, la cohérence de la foi, héritage de l'honneur

par Pape François, audience générale, 04/05/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le parcours de cette catéchèse sur la vieillesse, aujourd'hui nous rencontrons un personnage biblique – une personne âgée - du nom d’Eléazar, qui a vécu à l'époque de la persécution d'Antiochus Epiphane. C’est une belle figure. Sa figure nous transmet un témoignage du rapport spécial qui existe entre la fidélité de la vieillesse et l'honneur de la foi. Il est fier celui-là, hein ! Je voudrais parler précisément de l'honneur de la foi, et pas seulement de la cohérence, de la proclamation, de la résistance de la foi. L'honneur de la foi se trouve périodiquement sous la pression, même violente, de la part de la culture dominante, qui cherche à l'avilir en la traitant comme un vestige archéologique, ou une vieille superstition, une ténacité anachronique et ainsi de suite.

Le récit biblique - nous en avons entendu un petit extrait, mais il est bon de le lire dans son intégralité - raconte l'épisode des Juifs contraints par un décret du roi à manger des viandes sacrifiées aux idoles. Lorsqu’arriva le tour d'Eléazar, c'était un vieil homme très respecté, nonagénaire ; très respecté de tous - il faisait autorité -, les fonctionnaires du roi lui conseillèrent de faire une simulation, c'est-à-dire de faire semblant de manger la viande sans le faire réellement. L'hypocrisie. L'hypocrisie religieuse. Il y en a beaucoup, hein ! Il y a tant d'hypocrisie religieuse, d'hypocrisie cléricale, il y en a tant. Ils lui disent : "Mais fais un peu l'hypocrite, personne ne le remarquera". Ainsi, Eléazar serait sauvé, et - disaient-ils - au nom de l'amitié, il aurait accepté leur geste de compassion et d'affection. La sortie hypocrite. Après tout - insistaient-ils - c'était un geste minime, faire semblant de manger mais ne pas manger, un geste insignifiant.

C'est peu de chose, mais la réponse calme et ferme d'Eléazar repose sur un argument qui nous frappe. Le point central est le suivant : déshonorer la foi dans la vieillesse, pour gagner quelques jours, n'est pas comparable à l'héritage qu'elle doit laisser aux jeunes, pour des générations entières à venir. Mais félicitations à cet Eléazar. Un vieil homme qui a vécu dans la cohérence de sa foi sa vie entière, et qui maintenant s'adapte à feindre de la renier, condamne la nouvelle génération à penser que toute la foi n'a été qu'une imposture, un revêtement extérieur que l'on peut abandonner, en pensant pouvoir la préserver dans l'intimité. Et ce n’est pas ainsi, dit Eléazar. Un tel comportement n'honore pas la foi, pas même devant Dieu. Et l'effet de cette banalisation extérieure sera dévastateur pour la vie intérieure des jeunes. Mais la cohérence de cet homme qui pense aux jeunes ! Il pense à l'hérédité future, il pense à son peuple.

Précisément la vieillesse - et c'est bien pour vous, les vieux, hein ! - apparaît ici comme le lieu décisif, et le lieu irremplaçable, de ce témoignage. Un vieil homme qui, en raison de sa vulnérabilité, accepterait de considérer la pratique de la foi comme insignifiante, ferait croire aux jeunes que la foi n'a aucun réel rapport avec la vie. Elle leur apparaîtrait, dès le départ, comme un ensemble de comportements qui, en l’occurrence, peuvent être simulés ou dissimulés, car aucun d'entre eux n'est aussi important pour la vie.

L'ancienne gnose hétérodoxe, qui a été un piège très puissant et très séduisant pour le christianisme des premiers siècles, théorisait à ce sujet, c'est une vieille histoire : que la foi est une spiritualité, pas une pratique ; une force de l'esprit, pas une façon de vivre. La fidélité et l'honneur de la foi, selon cette hérésie, n'ont rien à voir avec les comportements de la vie, les institutions de la communauté, et les symboles du corps. Rien à voir. La séduction de cette perspective est forte, car elle interprète, à sa manière, une vérité indiscutable : la foi ne peut jamais être réduite à un ensemble de règles alimentaires ou de pratiques sociales. La foi est une autre chose. L’inconvénient est que la radicalisation gnostique de cette vérité annule le réalisme de la foi chrétienne, parce que la foi chrétienne est réaliste, la foi chrétienne ne consiste pas seulement à dire le Credo : elle consiste à penser le Credo, à le comprendre et à le pratiquer. En agissant avec les mains. Au lieu de cela, cette proposition gnostique est faire semblant, mais l'important est que tu aies de la spiritualité à l'intérieur et alors tu peux faire ce que tu veux. Et ceci n'est pas chrétien. C'est la première hérésie des gnostiques, qui est très à la mode ici, en ce moment, dans tant de centres de spiritualité, etc. Et elle vide aussi le témoignage de ces personnes qui montrent les signes concrets de Dieu dans la vie de la communauté et résistent aux perversions de l'esprit à travers les gestes du corps.

La tentation gnostique qui est une des - disons le mot - hérésies, une des déviations religieuses de ce temps, la tentation gnostique reste toujours actuelle. Dans de nombreuses tendances de notre société et de notre culture, la pratique de la foi subit une représentation négative, parfois sous forme d'ironie culturelle, parfois avec une marginalisation cachée. La pratique de la foi pour ces gnostiques qui existaient déjà à l'époque de Jésus, est considérée comme un aspect inutile et même nuisible, comme un résidu désuet, comme une superstition déguisée. En bref, quelque chose pour les vieux. La pression que cette critique infondée exerce sur les jeunes générations est forte. Bien sûr, nous savons que la pratique de la foi peut devenir une extériorité sans âme, c'est l'autre danger, le contraire, n'est-ce pas ? Et c'est vrai, n'est-ce pas ? Mais en soi, elle ne l'est pas. Il nous revient peut-être à nous, les anciens - et il y en a encore ici - de remplir une mission très importante : rendre à la foi son honneur, la rendre cohérente, ce qui est le témoignage d'Eléazar : la cohérence jusqu'au bout. La pratique de la foi n'est pas le symbole de notre faiblesse- non-, mais plutôt le signe de sa force. Nous ne sommes plus de jeunes garçons. Nous ne plaisantions pas lorsque nous nous sommes engagés à la suite du Seigneur ! Non

La foi mérite respect et honneur jusqu’au bout : elle nous a changé la vie, nous a purifié l’esprit, nous a appris l’adoration de Dieu et l'amour du prochain. C'est une bénédiction pour tous ! Mais toute la foi, non pas une partie. Nous n'échangerons pas la foi contre une poignée de jours tranquilles, comme le fait Eléazar. Non. Cohérent jusqu'au bout. Et va au martyre ainsi, non ? Nous montrerons, en toute humilité et fermeté, jusque dans notre vieillesse, que croire n'est pas quelque chose "pour les vieux". Non. C'est une chose de la vie. Croyez en l'Esprit Saint, qui fait toutes choses nouvelles, et il nous aidera naturellement.

Chers frères et sœurs âgés, pour ne pas dire vieux, nous sommes dans le même groupe, s'il vous plaît, prêtons attention aux jeunes : ils nous regardent. Ils nous observent. N'oubliez pas cela. Cela me rappelle ce merveilleux film d'après-guerre : "Les enfants nous regardent". Nous pouvons dire la même chose avec les jeunes : les jeunes nous regardent et notre cohérence peut leur ouvrir un très beau chemin de vie. Au contraire, une éventuelle hypocrisie fera tant de mal. Prions les uns pour les autres. Que Dieu nous bénisse tous les vieux. Merci.

Source : vatican.va

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 7. Noémie, l’alliance entre les générations qui ouvre l'avenir

par Pape François, audience générale, 27/04/2022

Aujourd’hui, nous continuons à réfléchir sur les personnes âgées, sur les grands-parents, sur la vieillesse, ce mot sonne mal, mais non, les vieux sont grands, ils sont beaux ! Et aujourd’hui, nous serons inspirés par le merveilleux livre de Ruth, un joyau de la Bible. La parabole de Ruth met en lumière la beauté des liens familiaux : générés par la relation du couple, mais qui vont au-delà. Des liens d’amour capables d’être tout aussi forts, dans lesquels rayonne la perfection de ce polyèdre d’affections fondamentales qui forment la grammaire familiale de l’amour. Cette grammaire apporte une sève vitale et une sagesse générative à l’ensemble des relations qui constituent la communauté. Par rapport au Cantique des cantiques, le livre de Ruth est comme l’autre panneau du diptyque de l’amour nuptial. Tout aussi important, tout aussi essentiel, il célèbre en effet la puissance et la poésie qui doivent habiter les liens de génération, de parenté, de dévouement et de fidélité qui enveloppent toute la constellation familiale. Et qui deviennent même capables, dans les conjonctures dramatiques de la vie d’un couple, d’apporter une force d’amour inimaginable, capable d’en relancer l’espoir et l’avenir.

Nous savons que les lieux communs sur les liens de parenté créés par le mariage, surtout celui de la belle-mère, de la belle-mère et de la belle-fille, vont à l’encontre de cette perspective. Mais, précisément pour cette raison, la Parole de Dieu devient précieuse. L’inspiration de la foi sait ouvrir un horizon de témoignage qui va à contre-courant des préjugés les plus communs, un horizon précieux pour toute la communauté humaine. Je vous invite à redécouvrir le livre de Ruth ! Surtout dans la méditation sur l’amour et dans la catéchèse sur la famille.Ce petit livre contient aussi un enseignement précieux sur l’alliance des générations : où la jeunesse se révèle capable de redonner de l’enthousiasme à l’âge mûr — cela est essentiel : quand la jeunesse redonne de l’enthousiasme aux personnes âgées —, où la vieillesse se révèle capable de rouvrir l’avenir d’une jeunesse blessée. Dans un premier temps, la vieille Noémi, bien qu’émue par l’affection de ses belles-filles, veuves de ses deux fils, se révèle pessimiste quant à leur sort au sein d’un peuple qui n’est pas le leur. C’est pourquoi elle encourage affectueusement les jeunes femmes à retourner dans leur famille pour se refaire une nouvelle vie — ces jeunes femmes veuves étaient jeunes — et leur dit : « Je ne peux rien faire pour vous ». Cela apparaît déjà comme un acte d’amour : la vieille femme, sans mari et sans plus d’enfants, insiste pour que ses belles-filles l’abandonnent. Mais c’est aussi une sorte de résignation : il n’y a pas d’avenir possible pour les veuves étrangères, privées de la protection de leurs maris. Ruth le sait et résiste à cette offre généreuse ; elle ne veut pas quitter sa maison.

Le lien qui s’est établi entre la belle-mère et la belle-fille a été béni par Dieu : Noémi ne peut pas demander d’être abandonnée. Dans un premier temps, Noémi semble plus résignée qu’heureuse de cette offre : peut-être pense-t-elle que ce lien étrange va augmenter le risque pour toutes les deux. Dans certains cas, la tendance au pessimisme des personnes âgées doit être contrebalancée par la pression affectueuse des jeunes.De fait, Noémi, émue par le dévouement de Ruth, sortira de son pessimisme et prendra même l’initiative, ouvrant un nouvel avenir à -Ruth. Elle instruit et encourage -Ruth, la veuve de son fils, à conquérir un nouveau mari en Israël. Booz, le candidat, montre sa noblesse en défendant Ruth auprès de ses employés hommes. Malheureusement, c’est un risque qui existe aussi aujourd’hui.

Le nouveau mariage de Ruth est célébré et les mondes sont à nouveau en paix. Les femmes d’Israël disent à Noémi que Ruth, l’étrangère, vaut « plus que sept enfants » et que ce mariage sera une « bénédiction du Seigneur ». Noémi, qui était pleine d’amertume et qui disait aussi que son nom était amertume, connaîtra dans sa vieillesse la joie d’avoir participé à la génération d’une nouvelle naissance. Voyez combien de « miracles » accompagnent la conversion de cette vieille femme ! Elle se convertit à l’engagement de se rendre disponible, avec amour, pour l’avenir d’une génération blessée par la perte et risquant l’abandon. Les fronts de la recomposition sont les mêmes que ceux qui, selon les probabilités tracées par les préjugés du bon sens, devraient engendrer des fractures insurmontables. Au contraire, la foi et l’amour permettent de les surmonter : la belle-mère surmonte sa jalousie à l’égard de son propre fils, en aimant le nouveau lien de Ruth ; les femmes d’Israël surmontent leur méfiance à l’égard de l’étranger (et si les femmes le font, tout le monde le fera); la vulnérabilité de la jeune fille seule, face au pouvoir masculin est réconciliée par un lien plein d’amour et de respect.

Et tout cela parce que la jeune -Ruth s’est obstinée à être fidèle à une relation exposée aux préjugés ethniques et religieux. Et, en reprenant ce que j’ai dit au début, aujourd’hui, la belle-mère est un personnage mythique, je ne dis pas qu’on considère la belle-mère comme le diable, mais on la considère toujours comme une mauvaise figure. Mais la belle-mère est la mère de ton mari, elle est la mère de ta femme. Pensons aujourd’hui à ce sentiment assez répandu que plus la belle-mère est éloignée, mieux c’est. Non ! C’est une mère, elle est vieille. L’une des plus belles choses pour les grands-mères est de voir leurs petits-enfants, lorsque leurs enfants ont des enfants, ils reprennent vie. Regardez bien la relation que vous avez avec vos belles-mères : elles sont parfois un peu spéciales, mais elles t’ont donné la maternité de ton conjoint, elles t’ont tout donné. Il faut au moins les rendre heureuses, pour qu’elles puissent vivre leur vieillesse avec bonheur. Et si elles ont des défauts, il faut les aider à les corriger. Je vous dis aussi, à vous, belles-mères : faites attention à votre langue, car la langue est l’un des péchés les plus laids des belles-mères, faites attention.

Et dans ce livre, Ruth accepte sa belle-mère et la fait revivre, et la vieille Noémi prend l’initiative de rouvrir l’avenir à Ruth, au lieu de se contenter de profiter de son soutien. Si les jeunes s’ouvrent à la gratitude pour ce qu’ils ont reçu et que les personnes âgées prennent l’initiative de relancer leur avenir, rien ne pourra arrêter la floraison de bénédictions de Dieu entre les peuples ! Surtout, que les jeunes parlent avec leurs grands-parents, que les jeunes parlent avec les personnes âgées, que les personnes âgées parlent avec les jeunes. Nous devons rétablir ce pont avec force, il y a là un courant de salut, de bonheur. En faisant cela, que le Seigneur nous aide à croître en harmonie dans les familles, cette harmonie constructive qui va des personnes âgées aux plus jeunes, ce beau pont que nous devons conserver et surveiller.

Source : vatican.va

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 6. "Honore ton père et ta mère" : l'amour pour la vie vécue

par Pape François, audience générale, 20/04/2022

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd'hui, avec l'aide de la Parole de Dieu que nous avons écoutée, nous ouvrons un passage à travers la fragilité de la vieillesse, marquée de manière particulière par les expériences de désorientation et de découragement, de perte et d'abandon, de désillusion et de doute. Naturellement, les expériences de notre fragilité face aux situations dramatiques — parfois tragiques — de la vie peuvent survenir à tout moment de l’existence. Cependant, avec la vieillesse, elles peuvent apparaitre moins impressionnantes et induire chez les autres une sorte d'accoutumance, voire d'agacement. Combien de fois avons-nous entendu ou avons-nous pensé : « Les vieux dérangent » ; nous l’avons dit, nous l’avons pensé... Les blessures plus graves de l'enfance et de la jeunesse provoquent à juste titre un sentiment d'injustice et de rébellion, une force de réaction et de combat. Au contraire, les blessures, même graves, de la vieillesse s'accompagnent inévitablement du sentiment que, de toute façon, la vie ne se contredit pas, puisqu'elle a déjà été vécue. Et ainsi, les personnes âgées sont un peu éloignées aussi de notre expérience : nous voulons les éloigner.

Dans l'expérience humaine commune, l'amour — comme on dit — est descendant : il ne se retourne pas sur la vie qui est derrière avec la même force avec laquelle il se déverse sur la vie qui est encore devant nous. La gratuité de l'amour apparaît aussi en cela : les parents l'ont toujours su, les personnes âgées l'apprennent tôt. Néanmoins, la révélation ouvre la voie à une restitution d’amour différente : c'est la voie d'honorer ceux qui nous ont précédés. La voie d'honorer les personnes qui nous ont précédés commence ici : honorer les personnes âgées.

Cet amour particulier qui ouvre la voie sous forme d'honneur — c’est-à-dire tendresse et respect à la fois — destiné aux personnes âgées est scellé par le commandement de Dieu. « Honore ton père et ta mère » est un engagement solennel, le premier de la « deuxième table » des dix commandements. Il ne s'agit pas seulement de son père et de sa mère. Il s'agit de la génération et des générations précédentes, dont le départ peut également être lent et prolongé, créant un temps et un espace de coexistence durable avec les autres âges de la vie. En d'autres termes, il s'agit de la vieillesse de la vie.

L'honneur est un mot juste pour encadrer ce domaine de restitution de l'amour qui concerne l’âge avancé. C’est-à-dire que nous avons reçu l’amour de nos parents, de nos grands-parents, et à présent, nous leur restituons cet amour à eux, les personnes âgées, les grands-parents. Aujourd'hui, nous avons redécouvert le terme « dignité », pour indiquer la valeur du respect et du soin de la vie de chacun. La dignité, ici, équivaut essentiellement à l’honneur : honorer le père et la mère, honorer les personnes âgées et reconnaître la dignité qu’elles ont.

Réfléchissons bien à cette belle déclinaison de l'amour qu'est l'honneur. Le soin même du malade, le soutien de ceux qui ne sont pas autosuffisants, la garantie de la subsistance, peuvent manquer d'honneur. L'honneur fait défaut lorsqu'un excès de confiance, au lieu de s'exprimer par la délicatesse et l'affection, la tendresse et le respect, se transforme en rigidité et en prévarication. Quand la faiblesse est reprochée, et même punie, comme si c'était une faute. Quand l'incompréhension et la confusion deviennent une brèche pour la dérision et l'agression. Cela peut se produire même à la maison, dans les centres de soins, ainsi que dans les bureaux ou dans les espaces ouverts de la ville. Encourager chez les jeunes, même indirectement, une attitude de condescendance — et même de mépris — envers les personnes âgées, leurs faiblesses et leur précarité, produit des choses horribles. Cela ouvre la voie à des excès inimaginables. Les jeunes qui mettent le feu à la couverture d'un « clochard » — nous l’avons vu — parce qu'ils le considèrent comme un rejet humain sont la partie émergée de l'iceberg, c'est-à-dire du mépris pour une vie qui, loin des attraits et des élans de la jeunesse, apparaît déjà comme une vie à rejeter. Nous pensons souvent que les personnes âgées sont un rebut ou nous les rejetons nous-mêmes ; on méprise et on rejettent les personnes âgées de la vie, en les mettant de côté.

Ce mépris, qui déshonore la personne âgée, nous déshonore tous en réalité. Si je déshonore la personne âgée, je me déshonore moi-même. Le passage du livre du Siracide, entendu au début, est à juste titre sévère à l'égard de ce déshonneur, qui crie vengeance aux yeux de Dieu. Il y a un passage dans l'histoire de Noé qui est très expressif à cet égard. Le vieux Noé, héros du déluge et encore grand travailleur, est inconscient après avoir bu quelques verres de trop. Il est déjà âgé, mais il a trop bu. Ses fils, pour ne pas qu’il se réveille dans l'embarras, le couvrent délicatement, le regard baissé, avec un grand respect. Ce texte est très beau et dit tout de l'honneur dû à la personne âgée ; couvrir les faiblesses de la personne âgée, pour ne pas qu’elle ait honte, c’est un texte qui nous aide beaucoup.

Malgré toutes les dispositions matérielles que les sociétés plus riches et plus organisées mettent à la disposition des personnes âgées — dont nous pouvons certainement être fiers —, la lutte pour restituer cette forme particulière d'amour qu'est l'honneur, me semble encore fragile et immature. Nous devons tout faire pour la soutenir et l'encourager, en offrant un meilleur soutien social et culturel à ceux qui sont sensibles à cette forme décisive de la « civilisation de l’amour ». Et sur cela, je me permets de conseiller aux parents : s’il vous plaît, approcher les enfants, les jeunes, les enfants jeunes des personnes âgées, les rapprocher toujours. Et quand la personne âgée est malade, a perdu un peu la tête, les approcher, toujours : qu’ils sachent que c’est notre chair, que c’est beau qu’ils aient fait en sorte que nous soyons là maintenant. S’il vous plaît, n’éloignons pas les personnes âgées. Et s’il n’y a pas d’autre possibilité que les envoyer dans une maison de repos, s’il vous plaît, aller leur rendre visite et emmener les enfants leur rendre visite : les personnes âgées qui ont ouvert les portes, sont l’honneur de notre civilisation. Et souvent, les enfants oublient cela. Je vous confie une chose personnelle : A Buenos Aires, j’aimais bien aller dans les maisons de repos. J’y allais souvent et je rendais visite à chacun. Je me souviens, un jour, j’ai demandé à une dame : « Combien d’enfants avez-vous ?» — « J’en ai quatre, tous mariés, avec des petits-enfants ». Et elle a commencé à me parler de sa famille. « Et ils viennent vous voir ?» — « Oui, ils viennent toujours !». Quand je suis sorti de la chambre, l’infirmière, qui m’avait entendu, m’a dit : « Mon père, c’est un mensonge pour couvrir ses enfants. Cela fait six mois que personne ne vient !». Cela signifie mettre les personnes âgées au rebut, penser que les personnes âgées sont à jeter. S’il vous plaît, cela est un péché grave. C’est le premier grand commandement, et le seul qui indique la récompense : « Honore ton père et ta mère et tu auras une longue vie sur terre ». Ce commandement d’honorer les personnes âgées nous donne une bénédiction, qui se manifeste de cette façon : « Tu auras une longue vie ». S’il vous plaît, prendre soin des personnes âgées. Et si elles perdent la tête, prendre quand même soin d’elles parce qu’elles sont la présence de l’histoire, la présence de ma famille, et grâce à elle je suis ici, nous pouvons tous dire : grâce à toi, grand-père et grand-mère, je suis vivant. S’il vous plaît, ne les laissez pas seuls. Et cela, prendre soin des personnes âgées, n’est pas d'une question de cosmétique et de chirurgie plastique, non. Il s'agit plutôt d'une question d'honneur, qui doit transformer l'éducation des jeunes par rapport à la vie et à ses phases. L'amour pour l'humain qui nous est commun, qui inclut l'honneur de la vie vécue, n'est pas une affaire de vieux. Il s'agit plutôt d'une ambition qui fera resplendir la jeunesse qui héritera de ses meilleures qualités. Que la sagesse de l'Esprit de Dieu nous permette d'ouvrir l'horizon de cette véritable révolution culturelle avec l'énergie nécessaire.

En ces jours de l’Octave, marqués par la joie de Pâques, prions particulièrement pour les personnes âgées afin que, grâce au soutien de leurs familles et des communautés chrétiennes, elles collaborent par leur sagesse et par leur expérience à la transmission de la foi et à l’éducation des nouvelles générations.

Que le Christ ressuscité vous bénisse !

Source : vatican.va

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 5. Fidélité à la visite de Dieu pour la génération future

par Pape François, audience générale, 30/03/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre itinéraire catéchétique sur le thème de la vieillesse, nous contemplons aujourd'hui le tableau de tendresse dépeint par l'évangéliste Saint Luc, qui met en scène deux figures d’anciens, Siméon et Anne. Leur raison de vivre, avant de prendre congé de ce monde, est l'attente de la visite de Dieu. Ils étaient dans l'attente que Dieu vienne les visiter, c’est-à-dire Jésus. Siméon sait, par une prémonition de l'Esprit Saint, qu'il ne mourra pas avant d’avoir vu le Messie. Anne fréquente le temple tous les jours, en se consacrant à son service. Tous deux reconnaissent la présence du Seigneur dans l'enfant Jésus, qui comble de consolation leur longue attente et donne sérénité à leur fin de vie. C'est une scène de rencontre avec Jésus, et d'adieu.

Que pouvons-nous apprendre de ces deux figures d'anciens pleins de vitalité spirituelle ?

En même temps, nous apprenons que la fidélité de l'attente affine les sens. Du reste, nous le savons, c'est exactement ce que fait le Saint-Esprit : il illumine les sens. Dans l'ancien hymne Veni Creator Spiritus, avec lequel nous invoquons encore aujourd'hui l'Esprit Saint, nous disons : « Accende lumen sensibus », mets en nous ta clarté, embrase-nous, illumine nos sens. L'Esprit est capable de faire cela : il aiguise les sens de l'âme, malgré les limites et les blessures des sens du corps. La vieillesse affaiblit, d'une manière ou d'une autre, le corps dans sa matérialité : l'un est plus aveugle, l'autre plus sourd.... Cependant, une vieillesse qui s'est préparée dans l'attente de la visite de Dieu ne manquera pas son passage : mieux elle sera même plus prompte à l’accueillir, elle aura plus de sensibilité pour accueillir le Seigneur quand il passe. Rappelons-nous que l'attitude du chrétien est d'être attentif aux visites du Seigneur, parce que le Seigneur passe, dans notre vie, avec des inspirations, avec l'invitation à être meilleur. Et Saint Augustin disait : " J'ai peur de Dieu quand il passe " - " Mais comment, tu as peur ? ". - "Oui, j'ai peur de ne pas m’en rendre compte et de le laisser passer". C'est l'Esprit Saint qui prépare nos sens pour comprendre quand le Seigneur nous rend visite, comme il l'a fait avec Siméon et Anne.

Aujourd'hui, nous en avons plus que jamais besoin : nous avons besoin d’une vieillesse dotée de sens spirituels vifs et capable de reconnaître les signes de Dieu, voire le Signe de Dieu, qui est Jésus. Un signe qui nous met en crise, toujours : Jésus nous met en crise parce qu'il est « signe de contradiction » (Lc 2,34) - mais qui nous remplit d’allégresse. Parce que la crise ne t’apporte pas nécessairement la tristesse, non : être en crise tout en servant le Seigneur te donne une paix et une joie, bien souvent. L'anesthésie des sens spirituels - et c'est malheureux - l'anesthésie des sens spirituels, dans l'excitation et l'étourdissement de ceux du corps, est un syndrome répandu dans une société qui cultive l'illusion de l'éternelle jeunesse, et son trait le plus dangereux est qu'elle n’en a même pas conscience. On ne se rend pas compte d'être anesthésié. Et ça arrive. Ça arrive. Cela arrive depuis toujours et cela arrive à notre époque. Les sens anesthésiés, ne comprenant pas ce qui se passe ; les sens intérieurs, les sens de l'Esprit pour comprendre la présence de Dieu ou la présence du mal, anesthésiés, ne distinguent pas.

Quand tu perds la sensibilité du toucher ou du goût, tu t’en rends compte immédiatement. Au contraire, celle de l’âme, cette sensibilité de l'âme, tu peux l'ignorer pendant longtemps, vivre sans t’apercevoir que tu as perdu la sensibilité de l’âme. Il ne s'agit pas simplement de la pensée de Dieu ou de la religion. L'insensibilité des sens spirituels concerne la compassion et la pitié, la honte et le remords, la fidélité et le dévouement, la tendresse et l'honneur, la responsabilité envers soi-même et le souci pour autrui. C'est curieux : l'insensibilité ne te fait pas saisir la compassion, elle ne te fait pas saisir la pitié, elle ne te fait pas sentir la honte ou le remords d'avoir fait une mauvaise chose... C'est comme ça. Les sens spirituels anesthésiés confondent tout et on ne ressent pas, spirituellement, de telles choses. Et la vieillesse devient, pour ainsi dire, la première perte, la première victime de cette perte de sensibilité. Dans une société qui exerce surtout la sensibilité pour le plaisir, l'attention envers les personnes fragiles s’amoindrit et prévaut la compétition des vainqueurs. Et ainsi se perd la sensibilité. Bien sûr, la rhétorique de l'inclusion est la formule rituelle de tout discours politiquement correct. Mais elle n'entraîne pas encore une véritable correction des pratiques de la vie commune normale : une culture de la tendresse sociale peine à se développer. Non : l'esprit de la fraternité humaine – que j’ai senti la nécessité de relancer avec force - est comme un vêtement qu’on ne porte plus, à admirer, certes, mais... dans un musée. Nous perdons la sensibilité humaine, ces mouvements de l'Esprit qui nous rendent humains.

Il est vrai que, dans la vie réelle, nous pouvons observer avec gratitude le témoignage émouvant de tant de jeunes qui honorent pleinement cette fraternité. Mais c'est là que le bât blesse : il y a un fossé, un fossé coupable, entre le témoignage de cette sève de tendresse sociale et le conformisme qui oblige la jeunesse à se raconter d'une toute autre manière. Que pouvons-nous faire pour combler ce fossé ?

De l'histoire de Siméon et Anne, mais aussi d'autres récits bibliques de la vieillesse sensible à l'Esprit, découle une indication cachée qui mérite d'être mise en évidence. En quoi consiste concrètement la révélation qui embrase la sensibilité de Siméon et d'Anne ? Elle consiste à reconnaître dans un enfant, qu'ils n'ont pas engendré et qu'ils voient pour la première fois, le signe certain de la visite de Dieu. Ils acceptent de ne pas être des protagonistes, mais seulement des témoins. Et quand on accepte de ne pas être protagoniste, mais de s'impliquer comme témoin, c'est bien : cet homme ou cette femme mûrit bien. Mais si toujours cette personne a le désir d'être protagoniste ou rien, jamais ne parviendra à maturité ce chemin vers la plénitude de la vieillesse. La visite de Dieu ne s'incarne pas dans leur vie, la vie de ceux qui veulent être protagonistes et jamais témoins, elle ne les porte pas sur la scène comme des sauveurs : Dieu ne prend pas chair dans leur génération, mais dans la génération future. Ils perdent l’esprit, ils perdent la volonté de vivre avec maturité et, comme on le dit habituellement, ils vivent de manière superficielle. C'est la grande génération des superficiels, qui ne se permettent pas de ressentir les choses avec la sensibilité de l'Esprit. Mais pourquoi ne se le permettent-ils pas ? En partie par paresse, et en partie parce qu'ils ne le peuvent déjà plus : ils l’ont perdu. C’est malheureux qu'une civilisation perde la sensibilité de l'Esprit. Au contraire, c'est beau quand nous trouvons des anciens comme Siméon et Anne qui conservent cette sensibilité de l'Esprit et sont capables de comprendre les diverses situations, comme ces deux ont compris cette situation qui se présentait à eux et qui était la manifestation du Messie. Aucun ressentiment ni aucune récrimination, d'ailleurs, lorsqu'ils sont dans cet état de néant, de constance [statique], dans leur assurance. Au contraire, grande émotion et grande consolation lorsque les sens spirituels sont vivants, encore. L'émotion et la consolation de pouvoir voir et annoncer que l'histoire de leur génération n'est pas perdue ou gâchée, précisément à cause d'un événement qui prend chair et se manifeste dans la génération qui suit. Et c'est ce que ressent une personne âgée lorsque ses petits-enfants, ses neveux et nièces vont parler avec elles [à elle] : elles se sentent revivre. "Ah, ma vie est toujours là". C’est très important d'aller vers les anciens, c’est si important de les écouter. C'est tellement important de parler avec eux, parce que [...] il y a cet échange de civilisation, cet échange de maturité entre jeunes et vieux. Et ainsi, notre civilisation avance de manière mature.

Seule la vieillesse spirituelle peut donner ce témoignage, humble et éblouissant, en lui conférant autorité et exemplarité pour tous. La vieillesse qui a cultivé la sensibilité de l'âme fait disparaitre toute jalousie entre les générations, tout ressentiment, toute récrimination pour un avènement de Dieu dans la génération qui suit, qui arrive comme pour accompagner sa propre fin. Et c'est ce qui arrive à un vieux ouvert avec un jeune ouvert : il fait ses adieux à la vie mais en transmettant - entre guillemets - sa vie à la nouvelle génération. Et tel est l'adieu de Siméon et d'Anne : "Maintenant, je peux m’en aller en paix". La sensibilité spirituelle de la vieillesse est capable de briser la compétition et le conflit entre les générations de manière crédible et définitive. Elle se surpasse, cette sensibilité : les personnes âgées, avec cette sensibilité, surpassent le conflit, elles vont au-delà, elles vont vers l'unité, pas vers le conflit. C'est certes impossible pour les hommes, mais c'est possible pour Dieu. Et aujourd'hui nous en avons tant besoin, la sensibilité de l'esprit, la maturité de l'esprit, nous avons besoin de vieux sages, mûrs en esprit, qui nous donnent l'espérance pour la vie ! Merci.

Source : vatican.va

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 4. L'adieu et l'héritage : mémoire et témoignage

par Pape François, audience générale, 23/03/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la Bible, le récit de la mort du vieux Moïse est précédé de son testament spirituel, appelé "Cantique de Moïse". Ce Cantique est avant tout une très belle confession de foi, et dit ainsi : « C’est le nom du Seigneur que j’invoque ; / à notre Dieu, reportez la grandeur. / Il est le Rocher : son œuvre est parfaite ; / tous ses chemins ne sont que justice. / Dieu de vérité, non pas de perfidie, il est juste, il est droit. » (Dt 32, 3-4). Mais c'est aussi la mémoire de l'histoire vécue avec Dieu, des aventures du peuple qui s’est formé à partir de la foi au Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob. Ainsi, Moïse rappelle aussi les amertumes et les désillusions de Dieu lui-même, et il l’exprime avec ceci : Sa fidélité mise continuellement à l'épreuve par les infidélités de son peuple. Le Dieu fidèle et la réponse du peuple infidèle : comme si le peuple voulait mettre à l'épreuve la fidélité de Dieu. Et Lui reste toujours fidèle, proche de son peuple. C'est précisément le cœur du Cantique de Moïse : la fidélité de Dieu qui nous accompagne durant toute la vie.

Lorsque Moïse prononce cette confession de foi, il est au seuil de la terre promise, et aussi de la fin de sa vie. Il avait cent vingt ans, note le récit, « sa vue n’avait pas baissé » (Dt 34, 7). Cette capacité de voir, de voir réellement, même de voir symboliquement, comme le font les personnes âgées, qui savent voir les choses, le sens profond des choses. La vitalité de son regard est un don précieux : elle lui permet de transmettre l'héritage de sa longue expérience de vie et de foi, avec la lucidité nécessaire. Moïse voit l'histoire et retransmet l’histoire ; les vieillards voient l'histoire et retransmettent l'histoire.

Une vieillesse à laquelle est accordée cette lucidité est un don précieux pour la génération future. L’écoute personnelle et directe du récit de l’histoire de la foi vécue, avec tous ses hauts et ses bas, est irremplaçable. Le lire dans des livres, le regarder dans des films, le consulter sur internet, aussi utile soit-il, ne sera jamais la même chose. Cette transmission - qui est la vraie tradition, la transmission concrète du vieux au jeune ! – cette transmission manque beaucoup aujourd’hui, et toujours plus aux nouvelles générations. Pourquoi ? Parce que cette nouvelle civilisation a l'idée que les personnes âgées sont du matériel de déchèterie, que les personnes âgées doivent être mises au rebut. Ceci est une brutalité ! Non, ça ne va pas comme ça. Le récit direct, de personne à personne, a des tonalités et modes de communication qu'aucun autre moyen ne peut substituer. Un vieil homme qui a vécu longtemps et obtient le don d'un témoignage lucide et passionné de son histoire est une bénédiction irremplaçable. Sommes-nous capables de reconnaître et d'honorer ce don des personnes âgées ? La transmission de la foi - et du sens de la vie - suit-elle aujourd'hui ce chemin, de l’écoute des personnes âgées ? Je peux donner un témoignage personnel. La haine et la colère contre la guerre m'ont été transmises par mon grand-père qui a combattu sur le Piave en 1914, et il m'a transmis cette colère contre la guerre. Parce qu'il m'a raconté les souffrances d'une guerre. Et ça on ne l'apprend pas dans les livres ni d'une autre manière... on l'apprend de cette façon, en le transmettant des grands-parents aux petits-enfants. Et cela est irremplaçable. La transmission de l'expérience de vie des grands-parents aux petits-enfants. Aujourd'hui, malheureusement, ce n'est pas le cas et nous pensons que les grands-parents sont du matériel de déchèterie : non ! Non ! Ils sont la mémoire vivante d'un peuple, et les jeunes et les enfants ont besoin d'entendre leurs grands-parents.

Dans notre culture, si "politiquement correcte", ce chemin semble entravé de nombreuses manières : dans la famille, dans la société, même dans la communauté chrétienne. Certains proposent même d'abolir l'enseignement de l'histoire, comme d’une information superflue sur des mondes qui n’ont plus de pertinence, qui soustraient des ressources à la connaissance du présent. Comme si nous étions nés hier, non ?

La transmission de la foi, en revanche, manque souvent de la passion d'une "histoire vécue". Transmettre la foi, ce n'est pas dire des choses " blablabla " : non. C'est raconter l'expérience de la foi. Et alors difficilement peut attirer à choisir l'amour pour toujours, la fidélité à la parole donnée, la persévérance dans le dévouement, la compassion pour les visages blessés et avilis ? Bien sûr, les récits de la vie doivent être transformés en témoignage, et le témoignage doit être loyal. L’idéologie qui plie l'histoire à ses propres schémas n'est certainement pas loyale ; la propagande qui adapte l'histoire pour promouvoir son propre groupe n'est pas loyale ; ce n'est pas loyal de transformer l'histoire en un tribunal où l’on condamne tout le passé et l’on décourage tout avenir. Non. Être loyal, c'est raconter l'histoire telle qu'elle est, et seuls peuvent la relater fidèlement ceux qui l'ont vécue. C'est pourquoi c'est très important d'écouter les vieux, d'écouter les grands-parents : que les enfants puissent échanger avec eux.

Les Evangiles eux-mêmes racontent honnêtement l'histoire bénie de Jésus sans dissimuler les erreurs, les malentendus et même les trahisons des disciples. Ça, c'est l'histoire, c'est la vérité, ça, c'est le témoignage. Ça, c'est le don de la mémoire que les "anciens" de l'Église transmettent, depuis le début, en le passant "de main en main" à la génération suivante. Ça nous fera du bien de nous demander : combien valorisons-nous cette façon de transmettre la foi, dans le passage de témoin entre les anciens de la communauté et les jeunes qui s'ouvrent à l'avenir ? Et là, il me vient à l'esprit une chose que j'ai dite à plusieurs reprises, mais que je voudrais répéter. Comment transmet-on la foi ? "Ah, voici un livre, étudie-le" : non. On ne peut transmettre la foi ainsi. La foi se transmet dans le dialecte, c'est-à-dire dans la langue familière, entre grands-parents et petits-enfants, entre parents et petits-enfants. La foi est toujours transmise dans le dialecte, dans ce dialecte familier et expérientiel des années. C'est pourquoi le dialogue est si important dans une famille, le dialogue des enfants avec leurs grands-parents, qui sont ceux qui ont la sagesse de la foi.

Parfois, il m’arrive de réfléchir à cette étrange anomalie. La catéchèse de l'initiation chrétienne s'appuie aujourd'hui généreusement sur la Parole de Dieu et transmet des informations précises sur les dogmes, sur la morale de la foi et les sacrements. Ce qui fait souvent défaut, en revanche, c'est une connaissance de l'Église qui vient de l'écoute et du témoignage de l’histoire réelle de la foi et de la vie de la communauté ecclésiale, depuis les origines jusqu’à nos jours. Enfants, nous apprenons la Parole de Dieu dans les cours de catéchisme ; mais l'Église - l'Église - les jeunes ils la "connaissent" dans les salles de classe et dans les médias de l'information globale.

Le récit de l’histoire de foi devrait être comme le Cantique de Moïse, comme le témoignage des Évangiles et des Actes des Apôtres. C’est-à-dire un récit capable de rappeler avec émotion les bénédictions de Dieu et avec loyauté nos manquements. Il serait bien que dès le début, les itinéraires de catéchèse prévoient également l'habitude d'écouter, à partir de l'expérience vécue des personnes âgées, la confession lucide des bénédictions reçues de Dieu, que nous devons conserver et le témoignage loyal de nos propres infidélités, que nous devons réparer et corriger. Les personnes âgées entrent dans la terre promise, que Dieu désire pour chaque génération, lorsqu'elles offrent aux jeunes la belle initiation de leur témoignage et transmettent l'histoire de la foi, la foi dans le dialecte, ce dialecte familier, ce dialecte des anciens aux jeunes. Alors, guidés par le Seigneur Jésus, les personnes âgées et les jeunes entrent ensemble dans son Royaume de vie et d'amour. Mais tous ensemble. Tous en famille, avec ce grand trésor qu'est la foi transmise dans le dialecte. Merci.

Source : vatican.va

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 3. La vieillesse, une ressource pour une jeunesse insouciante

par Pape François, audience générale, 16/03/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le récit biblique - dans le langage symbolique de l'époque où il fut écrit - nous dit une chose impressionnante : Dieu fut à tel point affligé face à la méchanceté généralisée des hommes, devenue un style normal de vie, qu'il pensa avoir fait erreur en les créant et décida de les éliminer. Une solution radicale. Il pourrait même avoir une tournure paradoxale de miséricorde. Plus d'humains, plus d'histoire, plus de jugement, plus de condamnation. Et de nombreuses victimes prédestinées de la corruption, de la violence et de l'injustice seraient épargnées pour toujours.

Ne nous arrive-t-il pas aussi à nous, - accablés par le sentiment d'impuissance face au mal ou démoralisés par les "prophètes de malheur"- de penser qu'il aurait mieux valu n’être pas né ? Devons-nous accorder du crédit à certaines théories récentes qui dénoncent l'espèce humaine comme un préjudice évolutif pour la vie sur notre planète ? Tout est négatif, non ?

En fait, nous sommes sous pression, exposés à des sollicitations opposées qui nous déconcertent. D'un côté, nous avons l'optimisme d’une jeunesse éternelle, enflammé par les extraordinaires progrès de la technique, qui nous dépeint un avenir rempli de machines plus efficaces et plus intelligentes que nous, qui soigneront nos maux et imagineront pour nous les meilleures solutions pour ne pas mourir- le monde des robots ... D'autre part, notre imagination semble toujours plus focalisée sur la représentation d'une catastrophe finale qui nous fera disparaître. Ce qui se passe avec une éventuelle guerre atomique. Le "jour d'après" - s'il y a encore des jours et des humains - l’on devra recommencer à zéro. Détruire tout pour repartir de zéro. Je ne veux pas banaliser le thème du progrès, naturellement. Mais il semble que le symbole du déluge gagne du terrain dans notre inconscient. La pandémie actuelle, après tout, fait peser une hypothèque non négligeable sur notre représentation insouciante des choses qui comptent, pour la vie et son destin.

Dans le récit biblique, lorsqu'il s'agit de sauver de la corruption et du déluge la vie de la terre, Dieu confie la tâche à la fidélité du plus ancien de tous, le "juste" Noé. La vieillesse sauvera-t-elle le monde ? Je me demande... Dans quel sens ? Et comment la vieillesse va-t-elle sauver le monde ? Et quel est l'horizon ? La vie par-delà la mort ou seulement la survie jusqu'au déluge ?

Une parole de Jésus, évoquant "les jours de Noé", nous aide à approfondir le sens de la page biblique que nous venons d'entendre. Jésus, parlant des derniers temps, dit : "Comme cela s’est passé dans les jours de Noé, ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l’homme (de Lui). On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche et où survint le déluge qui les fit tous périr.". (Lc 17, 26-27). En fait, manger et boire, prendre femme et mari, sont des choses très normales et ne semblent pas être des exemples de corruption. Où est la corruption ? Où était la corruption là-bas ? En réalité, Jésus souligne le fait que les êtres humains, lorsqu'ils se limitent à jouir de la vie, ils perdent jusqu’à la perception de la corruption, qui en avilit la dignité et en intoxique le sens. Quand se perd la perception de la corruption, et que la corruption devient une chose normale : tout a son prix, tout ! On achète, on le voit, des opinions, des actes de justice ... Ceci, dans le monde des affaires, dans le monde de nombreux métiers, est commun. Et ils vivent alors la corruption avec insouciance, comme si cela faisait partie de la normalité du bien-être humain. Quand tu vas faire quelque chose et que c'est lent, que le processus de réalisation est un peu lent, combien de fois entend-on dire : " Mais, si tu me donnes un pourboire, je vais accélérer ça ". Tant de fois. " Donne-moi quelque chose et moi je fais avancer ". Nous le savons tous très bien. Le monde de la corruption semble faire partie de la normalité de l'être humain. Et c'est mauvais, hein ? Ce matin, j'ai parlé avec un monsieur qui me disait de ce problème dans son terroir. Les biens de la vie sont consommés et savourés sans se soucier de la qualité spirituelle de la vie, sans se soucier de l'habitat de la maison commune. On exploite tout, sans se préoccuper de la mortification et du découragement dont beaucoup souffrent, ni du mal qui empoisonne la communauté. Tant que la vie normale peut être remplie de "bien-être", nous ne voulons pas penser à ce qui la rend vide de justice et d'amour. "Mais, je me sens bien ! Pourquoi dois-je penser aux problèmes, aux guerres, à la misère humaine, à toute cette pauvreté, à tout ce mal ? Non, je vais bien. Je ne me soucie pas des autres. C'est la pensée inconsciente qui nous conduit à vivre dans un état de corruption.

La corruption peut-elle devenir la normalité, je me le demande ? Frères et sœurs, malheureusement oui. On peut respirer l'air de la corruption comme on respire l’oxygène. Mais c'est normal ! "Si vous voulez que je fasse ça rapidement, combien vous me donnez ?". C'est normal ! C'est normal, mais c'est mauvais, ce n'est pas bon ! Et qu'est-ce qui ouvre la voie ? Une chose : l'insouciance qui ne se soucie que de soi-même : voici le passage qui ouvre la porte à la corruption qui engloutit la vie de tous. La corruption profite largement de cette insouciance pas bonne. Quand on ... tout va bien, je ne me soucie pas des autres : cette insouciance amollit nos défenses, émousse la conscience et nous rend - même involontairement - complices. Car la corruption ne fait pas toujours cavalier seul, une seule personne : elle a toujours des complices. Et ça s'étend toujours, ça s'élargit.

La vieillesse est bien placée pour saisir la supercherie de cette normalisation d'une vie obsédée par la jouissance et vide d'intériorité : une vie sans pensée, sans sacrifice, sans intériorité, sans beauté, sans vérité, sans justice, sans amour : Ceci est de la corruption, tout. La particulière sensibilité de nous autres, les personnes âgées, pour les marques d'attention, les pensées et les marques d'affection qui nous rendent humains, devrait redevenir une vocation pour beaucoup. Et ce sera un choix d'amour des personnes âgées envers les nouvelles générations. Il nous revient de donner l'alarme, l'alerte : "Attention, c'est de la corruption, ça ne te rapporte rien". La sagesse des anciens, on en a tant besoin aujourd'hui pour lutter contre la corruption. Les nouvelles générations attendent de nous, les personnes âgées, les vieux, une parole de prophétie, une parole qui ouvre des portes à de nouvelles perspectives hors de ce monde insouciant de la corruption, de l'habitude des choses corrompues. La bénédiction de Dieu choisit la vieillesse pour ce charisme si humain et humanisant. Quel est le sens de ma vieillesse ? Chacun de nous, les personnes âgées, peut se demander. Eh, ceci : d’être un prophète de la corruption et dire aux autres : "Arrêtez, je suis passé par là et ça ne mène nulle part ! Maintenant je vous raconte mon expérience". Nous, les anciens, devons être des prophètes contre la corruption, tout comme Noé a été le prophète contre la corruption de son époque, car il était le seul en qui Dieu avait confiance. Je vous demande à vous tous - et je me demande aussi à moi-même : mon cœur est-il ouvert pour être un prophète contre la corruption d'aujourd'hui ? C’est une chose laide, lorsque les personnes âgées n'ont pas mûri et que l'on devient vieux avec les mêmes habitudes corrompues que les jeunes. Pensons aux juges de Suzanne, par exemple : une vieillesse corrompue. Et nous, avec cet âge avancé, nous ne serions pas en mesure d'être des prophètes pour les jeunes générations.

Et Noé est l'exemple de cette vieillesse régénérative : elle n’est pas corrompue, elle est régénérative. Noé ne fait pas de prédications, il ne se plaint pas, il ne récrimine pas, mais il prend soin de l'avenir de la génération qui est en danger. Nous, les personnes âgées, nous devons prendre soin des jeunes, des enfants qui sont en danger. Il construit l'arche de l’accueil et y fait entrer hommes et animaux. En prenant soin de la vie, sous toutes ses formes, Noé accomplit le commandement de Dieu en répétant le geste tendre et généreux de la création, qui en réalité est la pensée même qui inspire le commandement de Dieu : une nouvelle bénédiction, une nouvelle création [il dit : génération] (cf. Gn 8,15-9,17). La vocation de Noé reste toujours d'actualité. Le saint patriarche doit encore intercéder pour nous. Et nous, femmes et hommes d'un certain âge - pour ne pas dire vieux, car certains s'en offusquent : d'un certain âge - n'oublions pas que nous avons la possibilité de la sagesse, de dire aux autres : "Regardez, ce chemin de corruption ne mène nulle part". Nous devons être comme le bon vin - le bon vin - qui, à la fin, quand il est vieux, peut donner un message bon et non mauvais.

Je lance aujourd'hui un appel à tous ceux qui ont "un certain âge", pour ne pas dire " vieux ". Faites attention : vous avez la responsabilité de dénoncer la corruption humaine dans laquelle nous vivons et dans laquelle se poursuit ce mode de vie du relativisme, totalement relatif, comme si tout était licite. Allons de l’avant. Le monde a besoin, tant besoin de jeunes gens forts, qui vont de l'avant, et de vieux sages. Demandons au Seigneur la grâce de la sagesse. Merci.

Source : vatican.va

 

 

« La vie est un droit, non la mort »

 par Pape François, audience générale, 09/02/2022, extraits de la Catéchèse sur saint Joseph - 11. Saint Joseph, patron de la bonne mort

... Chers frères et sœurs,

...Le pape Benoît disait il a quelques jours, en parlant de lui-même, qu'il "se tient devant la porte obscure de la mort". C’est bien de remercier le Pape qui a cette lucidité, à 95 ans, pour nous dire ceci : "Je suis devant l'obscurité de la mort, la porte obscure de la mort". Un bon conseil qu'il nous a donné, n'est-ce pas ?

La soi-disant culture "du bien-être " tente d’évacuer la réalité de la mort, mais de manière spectaculaire la pandémie de coronavirus l'a remise en évidence. Cela a été terrible : la mort était partout, et tant de frères et de sœurs ont perdu des êtres chers sans pouvoir être près d'eux, ce qui a rendu la mort encore plus difficile à accepter et à traiter. Une infirmière me racontait qu'elle se trouvait devant une grand-mère en train de mourir de Covid, et qu'elle lui a dit : "Je voudrais dire au revoir aux miens avant de m’en aller". Et l'infirmière, assez courageuse, a sorti son téléphone portable et l'a connectée avec les siens. La tendresse de cet adieu...

Malgré cela, l’on cherche par tous les moyens d’écarter la pensée de notre finitude, s’illusionnant ainsi d’ôter à la mort son pouvoir et chasser la peur. Mais la foi chrétienne n'est pas une façon d'exorciser la peur de la mort, elle nous aide plutôt à l'affronter. Tôt ou tard, tous nous passerons par cette porte...

La vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort vient de la résurrection du Christ. Voici la lumière. Et saint Paul écrit : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 12-14). C’est une certitude : Christ est ressuscité, Christ est ressuscité, le Christ est vivant parmi nous. Et c'est la lumière qui nous attend derrière cette porte obscure de la mort.

Chers frères et sœurs, ce n'est que par la foi en la résurrection que nous pouvons regarder l'abîme de la mort sans être submergés par la peur. Non seulement cela, mais nous pouvons redonner un rôle positif à la mort.

En effet, la réflexion sur la mort, éclairée par le mystère du Christ, nous aide à regarder d'un œil nouveau toute la vie. Je n'ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard ! Derrière un corbillard : jamais vu. Nous irons seuls, sans rien dans les poches du linceul : rien. Parce que le linceul n'a pas de poches. Cette solitude de la mort : c'est vrai, je n'ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard. Il ne sert à rien d'accumuler si un jour nous mourrons. Ce que nous devons accumuler, c'est la charité, la capacité de partager, la capacité de ne pas rester indifférent aux besoins des autres. Ou encore, à quoi bon se disputer avec un frère, ou avec une sœur, un ami, un membre de la famille ou un frère ou une sœur dans la foi si ensuite un jour nous mourrons ? Quel est l'intérêt de se mettre en colère, de se mettre en colère contre les autres ? Face à la mort, tant de questions sont redimensionnées. C’est bon de mourir réconcilié, sans rancune et sans regret ! Je voudrais dire une vérité : tous nous cheminons vers cette porte, tous.

L'Évangile nous dit que la mort arrive comme un voleur, comme le dit Jésus : elle arrive comme un voleur, et même si nous essayons de maîtriser son arrivée, peut-être en planifiant notre propre mort, elle reste un événement avec lequel nous devons compter et devant lequel nous devons aussi faire des choix.

Deux considérations s'imposent à nous, chrétiens.

La première est que nous ne pouvons pas éviter la mort, et c'est précisément pour cette raison que, après avoir fait tout ce qui est humainement possible pour guérir la personne malade, il est immoral de s'engager dans l'acharnement thérapeutique (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 2278). Cette phrase du peuple fidèle de Dieu, des gens simples : "Laisse-le mourir en paix", "aide-le à mourir en paix" : quelle sagesse !

La deuxième considération concerne la qualité de la mort elle-même, la qualité de la douleur, de la souffrance. En effet, nous devons être reconnaissants pour toute l'aide que la médecine s'efforce d'apporter, afin que, grâce aux "soins palliatifs", toute personne qui s'apprête à vivre la dernière partie de sa vie puisse le faire de la manière la plus humaine possible. Cependant, il faut se garder de confondre cette aide avec des dérives inacceptables qui portent à tuer. Nous devons accompagner les personnes jusqu'à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser aucune forme de suicide.

Je rappelle que le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être prioritaire, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés. En effet, la vie est un droit, non la mort, celle-ci doit être accueillie, non administrée. Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants.

Mais je voudrais souligner ici un problème social mais réel. Cette "planification" - je ne sais pas si c'est le mot qui convient - mais l'accélération de la mort des personnes âgées. Nous constatons souvent, dans une certaine classe sociale, que les personnes âgées, parce qu'elles n'ont pas les moyens, reçoivent moins de médicaments par rapport à ce dont ils auraient besoin, et c'est inhumain : cela ce n’est pas les aider, cela c’est les pousser plus rapidement vers la mort. Et cela n'est ni humain ni chrétien. Il faut prendre soin des personnes âgées comme d'un trésor de l'humanité : elles sont notre sagesse. Et si elles ne parlent pas, et si elles sont dénuées de sens, mais elles sont le symbole de la sagesse humaine. Ce sont ceux qui nous ont précédés et qui nous ont laissé tant de belles choses, tant de souvenirs, tant de sagesse. S'il vous plaît, n'isolez pas les personnes âgées, ne précipitez pas la mort des personnes âgées. Caresser une personne âgée c’est la même espérance que caresser un enfant, car le début de la vie et la fin sont toujours un mystère, un mystère qu'il faut respecter, accompagner, soigner. Aimer.

Que Saint Joseph nous aide à vivre le mystère de la mort de la meilleure manière possible. Pour un chrétien, la bonne mort est une expérience de la miséricorde de Dieu, qui est proche de nous aussi dans ce dernier moment de notre vie. Également dans la prière de l'Ave Maria, nous demandons à la Vierge d'être près de nous "à l'heure de notre mort". C'est précisément pour cette raison que je voudrais terminer cette catéchèse en priant tous ensemble la Vierge, un Ave Maria pour les mourants, pour ceux qui passent par cette porte obscure, et pour tant de familles qui sont en train de vivre le deuil. Prions ensemble : Ave Maria...

Source : vatican.va

 

Catéchèse sur la vieillesse - 2. La longévité : symbole et opportunité

par Pape François, audience générale, 02/03/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le récit biblique des généalogies des ancêtres, on est immédiatement frappé par leur énorme longévité : on parle de siècles ! Quand commence-t-elle ici, la vieillesse ? L’on se demande. Et quelle est la signification du fait que ces patriarches vivent si longtemps après avoir engendré leurs enfants ? Pères et fils vivent ensemble, pendant des siècles ! Cette cadence séculaire du temps, racontée dans un style rituel, donne au rapport entre longévité et généalogie une signification symbolique forte, très forte.

C'est comme si la transmission de la vie humaine, si nouvelle dans l'univers créé, exigeait une initiation lente et prolongée. Tout est nouveau, au début de l'histoire d'une créature qui est esprit et vie, conscience et liberté, sensibilité et responsabilité. La vie nouvelle - la vie humaine -, plongée dans la tension entre son origine "à l'image et à la ressemblance" de Dieu et la fragilité de sa condition mortelle, représente une nouveauté à découvrir. Elle nécessite un long temps d'initiation, où le soutien mutuel entre les générations est indispensable, afin de décrypter les expériences et d'affronter les énigmes de la vie. Pendant cette longue période, lentement se cultive aussi la qualité spirituelle de l'homme.

D'une certaine manière, chaque passage d’étape dans l'histoire humaine nous offre à nouveau ce sentiment : c'est comme si nous devions calmement recommencer à zéro avec nos questions sur le sens de la vie, lorsque le scénario de la condition humaine semble rempli de nouvelles expériences et d’interrogations inédites. Il est certain que l'accumulation de la mémoire culturelle augmente la familiarité nécessaire pour faire face à de passages nouveaux. Les temps de transmission sont réduits, mais les temps d'assimilation demandent toujours de la patience. L’excès de rapidité qui obsède désormais toutes les étapes de notre vie, rend toute expérience superficielle et moins « nourrissante ». Les jeunes sont les victimes inconscientes de cette division entre le temps de l'horloge, qui veut être brûlé, et le temps de la vie, qui nécessite un "levage" approprié. Une longue vie permet de faire l’expérience de ces temps longs, et les dommages de la précipitation.

La vieillesse impose certes des rythmes plus lents : mais ce ne sont pas seulement des temps d'inertie. La mesure de ces rythmes ouvre, en effet, pour tous, des espaces de sens de la vie inconnus de l'obsession de la vitesse. Perdre le contact avec les rythmes lents de la vieillesse ferme ces espaces pour tous. C'est dans ce contexte que j'ai voulu instituer la Journée des grands-parents le dernier dimanche de juillet. L'alliance entre les deux générations extrêmes de la vie - les enfants et les personnes âgées - aide également les deux autres - les jeunes et les adultes - à se lier les uns aux autres pour rendre l'existence de chacun plus riche en humanité. Le dialogue est nécessaire entre les générations : s'il n'y a pas de dialogue entre jeunes et vieux, entre adultes, s'il n'y a pas de dialogue, chaque génération reste isolée et ne peut pas transmettre le message. Pensez-y : un jeune qui n'est pas lié à ses racines, qui sont ses grands-parents, ne reçoit pas la force, comme l'arbre, la force des racines et grandit mal, grandit malade, grandit sans références. C'est pourquoi il est nécessaire rechercher, comme un besoin humain, le dialogue entre les générations. Et ce dialogue est important justement entre grands-parents et petits-enfants, qui sont les deux extrêmes.

Imaginons une ville dans laquelle la convivence des divers âges fasse partie intégrante de la conception globale de l’habitat. Pensons à la construction de relations affectueuses entre la vieillesse et la jeunesse qui rayonnent sur le style général des relations. Le chevauchement des générations deviendrait une source d'énergie pour un humanisme réellement visible et vivable. La ville moderne a tendance à être hostile aux personnes âgées (et ce n’est pas un hasard si elle l’est également aux enfants). Cette société habitée par l’esprit de rejet : elle rejette beaucoup d'enfants non désirés et elle rejette les vieux : elle les rejette, ils ne servent à rien, à la maison de retraite, la maison pour les vieux, là .... L’excès de vitesse nous met dans une centrifugeuse qui nous emporte comme des confettis. Nous perdons complètement la vue d’ensemble de la situation. Chacun s'accroche à son petit morceau, flottant sur les flux de la ville marchande, où les rythmes lents sont des pertes et la vitesse de l'argent. La vitesse excessive pulvérise la vie, elle ne la rend pas plus intense. Et la sagesse exige de perdre du temps. Quand tu rentres à la maison et que tu vois ton fils, ta fille, tu "perds du temps", mais dans cette conversation, qui est fondamentale pour la société, "perdre du temps" avec les enfants ; et quand tu rentres à la maison et qu'il y a le grand-père et la grand-mère qui peut-être ne raisonne pas bien ou, je ne sais pas, a perdu un peu la capacité de parler, et que tu es avec lui ou elle, tu " perds du temps ", mais cette manière de "perdre du temps" renforce la famille humaine. Il faut passer du temps, du temps qui n'est pas rétribué, avec les enfants et avec les personnes âgées, car ils nous donnent une autre capacité de voir la vie.

La pandémie dans laquelle nous sommes encore contraints de vivre a imposé - très douloureusement, malheureusement - un coup d'arrêt au culte obtus de la vitesse. Et dans cette période, les grands-parents ont fait office de barrière à la "déshydratation" affective des plus jeunes. L'alliance visible des générations, qui harmonise les temps et les rythmes, nous redonne l'espoir de ne pas vivre en vain. Et elle redonne à chacun de nous l'amour de sa vie vulnérable, barrant la route à l'obsession de la vitesse, qui tout simplement la consume. Le mot clé ici est - à chacun d'entre vous, je demande : sais-tu perdre du temps, ou es-tu toujours pressé par la vitesse ? "Non, je suis pressé, je ne peux pas..." ? Sais-tu perdre du temps avec les grands-parents, avec les personnes âgées ? Sais-tu perdre du temps jouant avec tes enfants, avec les enfants ? C'est la pierre de touche. Pensez-y un peu. Et cela redonne à chacun l'amour pour notre vie vulnérable, sauf - comme je l'ai dit - la voie de l'obsession de la vitesse, qui tout simplement la consume. Les rythmes de la vieillesse sont une ressource indispensable pour saisir le sens d'une vie marquée par le temps. Les personnes âgées ont leurs propres rythmes, mais ce sont des rythmes qui nous aident. Grâce à cette médiation, la destination de la vie à la rencontre avec Dieu devient plus crédible : un dessein qui est caché dans la création de l'être humain "à son image et à sa ressemblance" et qui est scellé dans le Fils de Dieu fait homme.

Aujourd'hui, la longévité de la vie humaine est plus grande. Cela nous donne l'occasion d'accroître l'alliance entre toutes les étapes de la vie. Beaucoup de longévité, mais nous devons faire plus d'alliance. Et même que l’alliance nous aide à grandir et aussi avec le sens de la vie dans sa totalité. Le sens de la vie n'est pas seulement à l'âge adulte, on pense de 25 à 60 ans : non. Le sens de la vie est entier, de la naissance à la mort, et tu devrais être capable d'interagir avec tout le monde, voire d'avoir des liens affectifs avec tout le monde, ainsi ta maturité sera plus riche, plus forte. Et aussi nous est offerte cette signification de la vie, qui est tout. Que l'Esprit nous donne l'intelligence et la force de cette réforme : une réforme est urgente. L'arrogance du temps de l'horloge doit être convertie en la beauté des rythmes de la vie. C'est la réforme que nous devons faire dans nos cœurs, dans la famille et dans la société. Je répète : réformer quoi ? Que l'arrogance du temps de l'horloge soit convertie en la beauté des rythmes de la vie. Convertir l'arrogance du temps, qui nous presse toujours, aux vrais rythmes de la vie. L'alliance des générations est indispensable. Dans une société où les vieux ne parlent pas aux jeunes, les jeunes ne parlent pas avec les vieux, les adultes ne parlent ni aux vieux ni aux jeunes, c'est une société stérile, sans avenir, une société qui ne regarde pas vers l'horizon mais qui se regarde elle-même. Et devient isolée. Que Dieu nous aide à trouver la bonne musique pour cette harmonisation des différents âges : les jeunes, les vieux, les adultes, tous ensemble : une belle symphonie de dialogue.

Je salue cordialement les personnes de langue française présentes aujourd’hui, en particulier les équipes des journaux L’Invisible et Découvrir Dieu. Ce matin, nous entrons dans le temps béni du Carême. Notre prière et notre jeûne d’aujourd’hui seront une supplication pour la paix en Ukraine, en n’oubliant pas que toute paix dans le monde commence par notre conversion personnelle, à la suite du Christ.

Que Dieu vous bénisse !

Source : vatican.va

 

 

Catéchèse sur la vieillesse - 1. La grâce du temps et l'alliance des âges de la vie

par Pape François, audience générale, 23/02/2022

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous avons conclu les catéchèses sur saint Joseph. Nous commençons aujourd’hui un parcours de catéchèses qui cherche une inspiration dans la Parole de Dieu sur le sens et la valeur de la vieillesse. Faisons une réflexion sur la vieillesse. Depuis plusieurs décennies, cet âge de la vie concerne un véritable « nouveau peuple » que sont les personnes âgées. Nous n’avons jamais été aussi nombreux dans l’histoire humaine. Le risque d’être écartés est encore plus fréquent : jamais aussi nombreux que maintenant, jamais autant de risque que maintenant d’être écartés. Les personnes âgées sont souvent considérées comme « un poids ». Dans la première phase dramatique de la pandémie, ce sont elles qui ont payé le prix le plus élevé. Elles représentaient déjà la partie la plus faible et négligée : nous ne les regardions pas beaucoup vivantes, nous ne les avons même pas vues mourir. J’ai trouvé aussi cette Charte pour les droits des personnes âgées et les devoirs de la communauté : elle a été proclamée par les gouvernements, pas par l’Eglise, c’est une chose laïque : c’est bien, c’est intéressant, pour connaître les droits des personnes âgées. Cela fera du bien de la lire.

Avec les migrations, la vieillesse est parmi les questions les plus urgentes que la famille humaine est appelée à affronter en ce moment. Il ne s’agit pas seulement d’un changement quantitatif ; ce qui est en jeu est l’unité des âges de la vie : c’est-à-dire le point de référence réel pour la compréhension et l’appréciation de la vie humaine dans son intégralité. Nous nous demandons : y a-t-il de l’amitié, y-a-t-il une alliance entre les divers âges de la vie ou bien est-ce que prévalent la séparation et le rejet ?

Nous vivons tous dans un présent où coexistent les enfants, les jeunes, les adultes et les personnes âgées. Mais la proportion a changé : la longévité est devenue de masse et, dans de vastes régions du monde, l’enfance est distribuée à petites doses. Nous avons même parlé de l’hiver démographique. Un déséquilibre qui a de nombreuses conséquences. La culture dominante a comme modèle universel le jeune-adulte, c’est-à-dire un individu qui se construit seul et qui reste toujours jeune. Mais est-il vrai que la jeunesse contient tout le sens de la vie, alors que la vieillesse n’en représente que le dépouillement et la perte ? Est-ce vrai ? Est-ce que seule la jeunesse contient la plénitude de sens de la vie, et la vieillesse est le dépouillement de la vie, la perte de la vie ? L’exaltation de la jeunesse comme unique âge digne d’incarner l’idéal humain, unie au mépris de la vieillesse vue comme une fragilité, comme une dégradation ou un handicap, a été l’icône dominante des totalitarismes du vingtième siècle. Avons-nous oublié cela ?

L’allongement de la vie influe de façon structurelle sur l’histoire des personnes, des familles et de la société. Mais nous devons nous demander : sa qualité spirituelle et son sens communautaire sont-ils un objet de pensée et d’amour cohérents avec ce fait ? Les personnes âgées devraient-elles demander pardon pour leur obstination à continuer de vivre aux frais des autres ? Ou peuvent-elles être honorées pour les dons qu’elles apportent au sens de la vie de tous ? De fait, dans la représentation du sens de la vie — et précisément dans les cultures dites « développées » — la vieillesse a peu d’incidence. Pourquoi ? Parce qu’elle est considérée comme un âge qui n’a pas de contenus particuliers à offrir, ni de significations propres à vivre. De plus, il manque l’encouragement des personnes à les chercher, il manque l’éducation de la communauté à les reconnaître. En somme, pour un âge qui représente désormais une partie déterminante de l’espace communautaire et qui s’étend à un tiers de toute la vie, il existe — parfois — des projets d’assistance, mais pas des projets d’existence. Des projets d’assistance, oui ; mais pas des projets pour les faire vivre en plénitude. Et cela représente un vide de pensée, d’imagination, de créativité. Dans cette conception, ce qui fait le vide, c’est que l’homme âgé, la femme âgée sont des déchets : dans cette culture du rejet, les personnes âgées représentent des déchets.

La jeunesse est très belle, mais la jeunesse éternelle est une hallucination très dangereuse. Être vieux est tout aussi important — et beau — c’est tout aussi important que d’être jeune. Souvenons-nous en. L’alliance entre les générations, qui restitue à l’humain tous les âges de la vie, est notre don perdu et nous devons le reprendre. Il doit être retrouvé dans cette culture du rejet et dans cette culture de la productivité.

La Parole de Dieu a beaucoup à dire à propos de cette alliance. Nous venons d’écouter la prophétie de Joël : « Vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions » (3, 1). On peut l’interpréter ainsi : quand les personnes âgées résistent à l’Esprit, en enterrant leurs rêves dans le passé, les jeunes n’arrivent plus à voir les choses qui doivent être faites pour ouvrir l’avenir. Quand, en revanche, les personnes âgées communiquent leurs rêves, les jeunes voient bien ce qu’ils doivent faire. Les jeunes qui n’interrogent plus les rêves des anciens, qui foncent tête baissée vers des visions qui ne vont pas plus loin que le bout de leur nez, auront du mal à porter leur présent et à supporter leur avenir. Si les grands-parents se replient sur leurs mélancolies, les jeunes se courberont encore plus sur leurs smartphones. L’écran peut bien rester allumé, mais la vie s’éteint avant l’heure. Le contrecoup le plus grave de la pandémie ne réside-t-il pas précisément dans l’égarement des plus jeunes ? Les personnes âgées ont des ressources de vie déjà vécue auxquelles elles peuvent avoir recours à tout moment. Vont-elles regarder les jeunes perdre leur vision ou vont-elles les accompagner en réchauffant leurs rêves ? Devant les rêves des personnes âgées, que feront les jeunes ?

La sagesse du long chemin qui accompagne la vieillesse à son départ doit être vécue comme une offrande du sens de la vie, et non pas consumée comme inertie de sa propre survie. Si l’on ne restitue pas à la vieillesse la dignité d’une vie humainement digne, elle est destinée à se renfermer dans un avilissement qui enlève l’amour à tous. Ce défi d’humanité et de civilisation exige notre engagement et l’aide de Dieu. Demandons-le à l’Esprit Saint. Avec ces catéchèses sur la vieillesse, je voudrais encourager chacun à investir ses pensées et ses affections dans les dons qu’elle comporte et dans les autres âges de la vie. C’est un don de maturité, de sagesse. La Parole de Dieu nous aidera à discerner le sens et la valeur de la vieillesse ; que l’Esprit Saint nous accorde également les rêves et les visions dont nous avons besoin. Et je voudrais souligner, comme nous l’avons écouté dans la prophétie de Joël, au début, que l’important est que non seulement la personne âgée occupe la place de sagesse qui lui revient, d’histoire vécue dans la société, mais également qu’il y ait un dialogue, qu’elle interagisse avec les jeunes. Les jeunes doivent interagir avec les personnes âgées, et les personnes âgées avec les jeunes. Et ce pont sera la transmission de la sagesse dans l’humanité. J’espère que ces réflexions seront utiles pour nous tous, pour accomplir cette réalité dont parlait le prophète Joël, que dans le dialogue entre les jeunes et les personnes âgées, les personnes âgées puissent donner leurs rêves et les jeunes puissent les recevoir et les accomplir. N’oublions pas que dans la culture tant familiale que sociale, les personnes âgées sont comme les racines de l’arbre : toute leur histoire est là, et les jeunes sont comme les fleurs et les fruits. Si la sève ne coule pas, s’il n’y a pas cette « perfusion » — pour ainsi dire — des racines, ils ne pourront jamais fleurir. N’oublions pas ce poète que j’ai mentionné si souvent : « Tout ce que l’arbre a de fleuri vient de ce qu’il a sous terre » (Francisco Luis Bernárdez). Tout ce qu’une société a de beau est en rapport avec les racines des personnes âgées. Pour cela, dans ces catéchèses, je voudrais que la figure de la personne âgée soit mise en évidence, que l’on comprenne bien que la personne âgée n’est pas un déchet : elle est une bénédiction pour une société.

Source : vatican.va

 

 

Intention de prière en mars : le «défi de la bioéthique» et la défense de la vie

par Marina Droujinina, 08/03/2022, extraits

« Prions pour que, face aux nouveaux défis de la bioéthique, les chrétiens promeuvent toujours la défense de la vie par la prière et l’engagement social » : c’est l’intention de prière proposée par le pape François aux fidèles, pour le mois de mars 2022.

Le pape rappelle que « les applications biotechnologiques doivent toujours être employées sur la base du respect de la dignité humaine ». Mais « la dignité humaine ne doit pas payer le prix du progrès ». « La dignité humaine et le progrès doivent aller de pair, de manière harmonieuse », souhaite le pape.

Il dénonce une « culture du déchet » soulignant que « les embryons humains ne peuvent pas être traités comme du matériel jetable ou comme des déchets ». « Non, nous ne pouvons pas continuer à étendre ainsi cette culture qui fait tant de dégâts », affirme le pontife. ...

Les défis de la bioéthique, explique le p. Régent s.j. (directeur du Réseau mondial de prière du pape en France), « sont en partie techniques », mais « la bioéthique pose aussi la question du sens ». Il propose un examen de conscience : « Ce qui est techniquement possible est-il bon pour que l’homme grandisse dans une vie véritablement humaine ? Quelle place dans nos décisions pour le respect de la vie et sa fragilité si précieuse ? »

« Ce souci essentiel n’est pas d’abord celui de la recherche scientifique et technique, affirme le directeur, car celle-ci est liée à des intérêts financiers et économiques puissants. » Chaque personne, poursuit-il, « est tentée de faire appel à la puissance » lorsqu’elle est « confrontée à une épreuve » « au risque d’oublier ce qui est le plus précieux en nous : la vie qui se donne sans défense ».

« Les réponses à apporter ne sont pas simples ; elles ne sont pas données à l’avance, souligne le p. Régent. Elles sollicitent chacun et l’ensemble de la société. »

La vidéo du mois de mars est accessible ici.

Source : zenit.org

 

Allocution du Pape François aux participants du Congrès de la Société italienne de pharmacie hospitalière

par Pape François, 14/10/2021

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Je tiens à remercier le président de la Société italienne de pharmacie hospitalière et des services pharmaceutiques des autorités sanitaires pour ses paroles au nom de vous tous. Merci ! Vous êtes venus de toute l'Italie pour votre Conférence, représentant des réalités différentes. La Conférence est avant tout l'occasion pour vous d'échanger, mais c'est aussi l'occasion de réaffirmer l'importance du système national de santé publique, élément essentiel pour garantir le bien commun et la croissance sociale d'un pays. Et tout cela dans le contexte de la pandémie, qui a changé et changera la façon dont nous planifions, organisons et gérons la santé et les soins de santé. À cet égard, je voudrais indiquer trois pistes sur lesquelles poursuivre vos efforts.

Le premier est tiré de la figure de l'aubergiste de la parabole du Bon Samaritain : il lui est demandé d'accueillir le blessé et de le soigner jusqu'au retour du Samaritain (cf. Lc 10, 35). Dans ce personnage, nous pouvons voir deux aspects significatifs du travail du pharmacien hospitalier : la routine quotidienne et le service caché. Ce sont des aspects communs à de nombreux autres métiers, qui demandent de la patience, de la constance et de la précision, et qui n'ont pas la gratification des apparences, qui ont peu de visibilité. La routine quotidienne et le service caché ont peu de visibilité, dirons-nous : peu de visibilité. C'est précisément pour cette raison que s'ils sont accompagnés de prière et d'amour, ils génèrent « la sainteté au quotidien ». Car sans prière et sans amour - comme vous le savez bien - cette routine devient aride. Mais avec l'amour, fait avec amour et prière, cela conduit à la sainteté « d'à côté » : des saints anonymes qui sont partout parce qu'ils font ce qu'ils doivent bien faire.

La seconde voie concerne la dimension spécifique du pharmacien hospitalier, à savoir son rôle professionnel, ou sa spécialisation post-universitaire. Avec le clinicien, c'est le pharmacien hospitalier qui recherche, expérimente, propose de nouvelles voies ; toujours en contact immédiat avec le patient. Cela passe par la capacité de comprendre la maladie et le patient, de personnaliser les médicaments et les dosages, traitant parfois des situations cliniques les plus complexes. En fait, le pharmacien est en mesure de prendre en compte les effets globaux, qui sont plus que la simple somme des médicaments individuels pour différentes maladies. Parfois - selon les structures - il y a une rencontre avec la personne malade, d'autres fois la pharmacie hospitalière est un des services invisibles qui fait tout fonctionner, mais la personne est toujours la bénéficiaire de vos soins.

La troisième voie concerne la dimension éthique de la profession, à deux égards : personnelle et sociale.

A titre individuel, le pharmacien, chacun de vous, utilise des substances médicinales qui peuvent devenir des poisons. Il s'agit ici d'exercer une vigilance constante, afin que le but soit toujours la vie du patient dans son intégralité. Vous êtes toujours au service de la vie humaine. Dans certains cas, cela peut conduire à l'objection de conscience, qui n'est pas de la déloyauté, mais au contraire de la fidélité à votre profession, si elle est valablement motivée. Aujourd'hui, il y a une certaine tendance à penser que ce serait peut-être une bonne façon d'aborder l'objection de conscience. Mais c'est l'intimité éthique de chaque professionnel de la santé et cela ne devrait jamais être négocié, c'est la responsabilité ultime des professionnels de la santé. C'est aussi une dénonciation des injustices commises au détriment d'une vie innocente et sans défense. [1] C'est une question très délicate, qui demande à la fois une grande compétence et une grande droiture. En particulier, j'ai eu l'occasion de revenir récemment sur le sujet de l'avortement. [2] Vous savez que je suis très clair là-dessus : c'est un homicide et il n'est pas licite de devenir complice. Ceci dit, notre devoir est d'être proche des gens, notre devoir positif : d'être proche des situations, notamment des femmes, pour qu'elles n'en viennent pas à penser à la solution de l'avortement, car en réalité ce n'est pas la solution. Puis après dix, vingt, trente ans, la vie vous envoie la facture. Et il faut être dans un confessionnal pour comprendre le prix de cela, qui est si dur.

C'était le niveau éthique personnel. Ensuite, il y a le niveau de justice sociale, qui est si important : « Les stratégies de santé, visant à la poursuite de la justice et du bien commun, doivent être économiquement et éthiquement durables ». [3] Certes, dans le Service national de santé italien, une grande place est occupée par l'universalité de l'accès aux soins, mais le pharmacien - même dans les hiérarchies de gestion et d'administration - est pas un simple exécuteur testamentaire. Par conséquent, les critères de gestion et financiers ne sont pas le seul élément à prendre en considération. La culture du jetable ne doit pas affecter votre métier. Et c'est un autre domaine dans lequel nous devons toujours être vigilants. « Dieu notre Père nous a confié la tâche de protéger la terre - non pour de l'argent, mais pour nous-mêmes : pour les hommes et les femmes. Nous avons cette tâche ! Néanmoins, des hommes et des femmes sont sacrifiés aux idoles du profit et de la consommation : c'est le culture des déchets'". [4] Même chez les personnes âgées : donnez la moitié des médicaments et votre vie s'écourte... C'est un rejet, oui. Ce constat, qui se référait à l'origine à l'environnement, s'applique encore plus à la santé humaine. La gestion des ressources et le souci de ne pas gaspiller ce qui est confié aux mains de chaque pharmacien individuel prennent un sens non seulement économique, mais aussi éthique, je dirais humain, très humain. Pensez à l'attention aux détails, à l'achat et à la conservation des produits, à l'utilisation et à l'application correctes chez ceux qui en ont un besoin urgent. Pensez à la relation avec les différents intervenants - chefs de service, infirmières, médecins et anesthésistes - et avec toutes les structures impliquées.

Je vous remercie de cette visite, et j'espère que vous pourrez continuer dans votre travail, qui est si humain, si digne, si grand et si souvent si silencieux que personne ne s'en aperçoit. Merci beaucoup ! Que Dieu vous bénisse tous. Et priez pour moi. Merci !

[1] Cf Conseil Pontifical des Agents de Santé (pour la Pastorale de la Santé), Nouvelle Charte des Agents de Santé (2017) no. 60

[2] Cf Conférence de presse lors du vol retour de Bratislava (15 septembre 2021)

[3] Conseil pontifical des travailleurs de la santé (pour la pastorale de la santé), Nouvelle Charte des travailleurs de la santé (2017), no. 92

[4] Audience générale, 5 juin 2013

Source : vatican.va

Traduction : site.christophore.com

 

Le pape François a reçu en audience les juristes membres du Centre d’Études « Rosario Livatino » le vendredi matin 29 novembre 2019, à l’occasion du Congrès national sur le thème « Magistrature en crise. Parcours pour retrouver la justice ».

Discours du Pape François :

Chers frères et soeurs,

Je suis heureux de vous accueillir et je vous souhaite la bienvenue. Je remercie le Président pour ses aimables paroles. Le 9 mai 1993, peu avant d’adresser aux « hommes de la mafia » la mémorable et péremptoire invitation à la conversion dans la Vallée des Temples, à Agrigente, mon prédécesseur saint Jean-Paul II avait rencontré les parents d’un magistrat, Rosario Angelo Livatino, qui avait été tué le 21 septembre 1990, à l’âge de 38 ans, tandis qu’il se rendait à son travail au Tribunal. À cette occasion, le pape l’avait défini comme « martyr de la justice et, indirectement, de la foi ».

Je suis heureux de rencontrer aujourd’hui les personnes inscrites au Centre d’Études qui a choisi son nom et qui organise ce congrès national annuel. Livatino, pour qui le procès diocésain de béatification s’est conclu positivement, continue d’être un exemple, avant tout pour ceux qui font le travail difficile et compliqué de juge. Quand Rosario a été tué, presque personne ne le connaissait. Il travaillait dans un tribunal de banlieue : il s’occupait des saisies et des confiscations des biens de provenance illicite acquis par les mafieux. Il faisait cela de manière inattaquable, respectant les garanties des accusés, avec un grand professionnalisme et avec des résultats concrets : c’est pour cela que la mafia a décidé de l’éliminer.

Livatino est un exemple, non seulement pour les magistrats, mais pour tous ceux qui oeuvrent dans le domaine du droit : pour la cohérence entre sa foi et son engagement de travail, et pour l’actualité de ses réflexions. Dans une conférence, se référant à la question de l’euthanasie, et reprenant les préoccupations d’un parlementaire laïc de l’époque vis-à-vis de l’introduction d’un présumé droit à l’euthanasie, il faisait cette observation : « Si l’opposition d’un croyant à cette loi se fonde sur la conviction que la vie humaine […] est un don divin qu’il n’est pas permis à l’homme d’étouffer ou d’interrompre, tout aussi motivée est l’opposition du non-croyant qui se fonde sur la conviction que la vie est protégée par le droit naturel, qu’aucun droit positif ne peut violer ni contredire, puisqu’elle appartient à la sphère des biens « indisponibles » que ni les individuels ni la collectivité ne peuvent attaquer » (Canicattì, 30 avril 1986, in Fede e diritto (Foi et droit), sous la direction du postulateur).

Ces considérations semblent loin des sentences qui, en matière de droit à la vie, sont parfois prononcées dans les cours de justice, en Italie et dans tant de systèmes démocratiques. Des positions selon lesquelles l’intérêt principal d’une personne handicapée ou âgée serait de mourir et non d’être soignée ; ou qui – selon une jurisprudence qui s’autodéfinit comme « créative », inventent un « droit de mourir » privé de tout fondement juridique, et qui ainsi affaiblissent les efforts pour adoucir la douleur et ne pas abandonner à elle-même la personne qui s’achemine vers la fin de son existence.

Dans une autre conférence, Rosario Livatino décrit ainsi le statut moral de celui qui est appelé à administrer la justice : « Il n’est rien d’autre qu’un salarié de l’État à qui est confiée la tâche très spéciale d’appliquer les lois que cette société se donne à travers ses institutions ». Toutefois, on a affirmé de plus en plus souvent une clé de lecture différente du rôle du magistrat, selon laquelle celui-ci, même si la lettre de la norme reste identique, peut utiliser celle de ses significations qui s’applique le mieux au moment contingent » (Canicattì, 7 avril 1984, in Il ruolo del Giudice nella società che cambia (Le rôle du juge dans une société en changement), sous la direction du postulateur).

L’actualité de Rosario Livatino est en cela aussi surprenante, parce qu’elle saisit les signes de ce qui allait émerger avec une plus grande évidence dans les décennies suivantes, pas seulement en Italie, c’est-à-dire la justification de l’empiètement du juge dans des domaines qui ne lui sont pas propres, surtout dans le domaine des soi-disant « nouveaux droits », avec des sentences qui semblent préoccupées d’exaucer des désirs toujours nouveaux, détachés de toute limite objective.

Le thème que vous avez choisi pour le congrès de ce jour s’insère dans ce sillage, et met en cause une crise du pouvoir judiciaire qui n’est pas superficielle, mais qui a des racines profondes. Sur ce versant aussi, Livatino a témoigné combien la vertu naturelle de justice exige d’être exercée avec sagesse et humilité, en gardant toujours à l’esprit la « dignité transcendante de l’homme », qui renvoie « à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette “boussole” inscrite dans nos coeurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé » (Discours au Parlement européen : Enseignements de François II, 2 [2014], 626).

Je me retrouve beaucoup dans une autre réflexion de Rosario Livatino, lorsqu’il affirme : « Décider, c’est choisir […] ; et choisir est l’une des choses les plus difficiles que l’homme soit appelé à faire. […] Et c’est précisément dans cet acte de choisir pour décider, de décider pour ordonner, que le magistrat croyant peut trouver un rapport avec Dieu. Un rapport direct, parce que rendre la justice est une réalisation de soi, c’est une prière, c’est un don de soi à Dieu. Un rapport indirect, à travers l’amour pour la personne jugée. […] Et cette tâche sera d’autant plus légère que le magistrat aura humblement conscience de ses propres faiblesses, qu’il se représentera chaque fois à la société, disposé et visant à comprendre l’homme qu’il a devant lui et à le juger sans attitude de surhomme, mais au contraire avec une contrition constructive ».

Ainsi, avec ces convictions, Rosario Livatino nous a laissé à tous un exemple lumineux de la manière dont la foi peut s’exprimer pleinement dans le service de la communauté civile et de ses lois ; et de la manière dont l’obéissance à l’Église peut aller de pair avec l’obéissance à l’État, en particulier avec le ministère, délicat et important, de faire respecter et appliquer la loi.

Chers amis, la concorde est le lien entre les hommes libres qui composent la société civile. Par votre engagement en tant que juristes, vous êtes appelés à contribuer à la construction de cette concorde, en approfondissant les raisons de la cohérence entre les racines anthropologiques, l’élaboration des principes et les lignes d’application dans la vie quotidienne.

Après la mort de Livatino, dans plusieurs de ses notes, on a trouvé dans la marge une annotation qui, au début, paraissait mystérieuse : « S.T.D. ». Rapidement, on a découvert que c’était l’acronyme qui attestait l’acte de remise totale de soi que Rosario faisait fréquemment à la volonté de Dieu : S.T.D. sont les initiales de sub tutela Dei. Je vous souhaite de poursuivre sur ses pas, à cette école de vie et de pensée. Je vous bénis et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : zenit.org

 

Médecins : faire de chaque cas clinique une rencontre humaine

par Zenit, 20/09/2019

Le pape François a reçu la Fédération nationale italienne des ordres des médecins chirurgiens et des odontologues, ce vendredi 20 septembre 2019, dans la Salle Clémentine du Palais du Vatican. Il les a invités à « accompagner » chaque malade « avec conscience, avec intelligence et avec cœur ».

Discours du pape François

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous accueillir, vous tous qui appartenez à la Fédération nationale des ordres des médecins chirurgiens et des odontologues, et je remercie votre vice-président pour ses aimables paroles.

Je sais que vous avez consacré ces trois dernières années aux « états généraux » de la profession médicale, à savoir que vous vous êtes confrontés sur la manière d’exercer au mieux votre activité dans un contexte social qui s’est transformé, afin de mieux distinguer les changements utiles pour interpréter les besoins des personnes et pour leur offrir, outre les compétences professionnelles, un bon rapport humain.

La médecine est, par définition, un service rendu à la vie humaine et, en tant que telle, elle comporte une référence essentielle et indispensable à la personne dans son intégrité spirituelle et matérielle, dans sa dimension individuelle et sociale : la médecine est au service de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes. Et vous, médecins, vous êtes convaincus de cette vérité dans le sillage d’une très longue tradition qui remonte aux intuitions mêmes d’Hippocrate : et c’est précisément en raison de cette conviction que vous éprouvez de justes préoccupations face aux pièges qui guettent la médecine actuelle.

Il convient de toujours se rappeler que la maladie, objet de vos préoccupations, est plus qu’un fait clinique, qui peut être circonscris médicalement ; c’est toujours la condition d’une personne, le malade, et c’est avec cette vision intégralement humaine que les médecins sont appelés à entrer en relation avec leur patient : en considérant par conséquent sa singularité en tant que personne qui a une maladie, et pas seulement le cas de la maladie qu’a ce patient. Il s’agit pour les médecins de posséder, avec la compétence technique et professionnelle requise, un code de valeurs et de significations avec lequel donner un sens à la maladie et à leur propre travail et faire de chaque cas clinique une rencontre humaine.

Par conséquent, devant tout changement de la médecine et de la société que vous identifiez, il est important que le médecin ne perde pas de vue la singularité de chaque malade, avec sa dignité et sa fragilité. Un homme ou une femme à accompagner avec conscience, avec intelligence et avec cœur, surtout dans les situations les plus graves. Avec cette attitude, on peut et on doit repousser la tentation – induite aussi par les changements législatifs – d’utiliser la médecine pour seconder une possible volonté de mort du malade, en apportant une assistance au suicide ou en causant directement la mort de celui-ci par l’euthanasie.

Ce sont des voies expéditives devant des choix qui ne sont pas, comme il pourrait le sembler, l’expression de la liberté de la personne, lorsqu’ils incluent l’élimination du malade comme une possibilité, ou de la fausse compassion devant la demande de quelqu’un d’être aidé à avancer sa mort. Comme l’affirme la Nouvelle charte pour les professionnels de la santé : « Il n’existe pas de droit à disposer arbitrairement de sa propre vie, raison pour laquelle aucun médecin ne peut se faire le tuteur exécutif d’un droit inexistant » (n. 169).

Saint Jean-Paul II fait observer que la responsabilité des professionnels de la santé « est aujourd’hui considérablement accrue ; elle puise son inspiration la plus profonde et trouve son soutien le plus puissant justement dans la dimension éthique des professions de santé, dimension qui leur est intrinsèque et qu’on ne peut négliger, comme le reconnaissait déjà l’antique serment d’Hippocrate, toujours actuel, qui demande à tout médecin de s’engager à respecter absolument la vie humaine et son caractère sacré » (Enc. Evangelium vitae, 89).

Chers amis, j’invoque sur votre engagement la bénédiction de Dieu et je vous confie à l’intercession de la Vierge Marie Salus Infirmorum. S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : zenit.org

Le Pape critique l'euthanasie, «vision utilitariste de la personne»

par Le Figaro, 02/09/2019

«La pratique de l'euthanasie, devenue légale déjà dans différents Etats, propose seulement en apparence d'encourager la liberté personnelle, alors qu'elle se base en réalité sur une vision utilitariste de la personne», a commenté le pape, en recevant ce lundi en audience des médecins membres d'une association italienne d'oncologie.

«La technologie n'est pas un service à l'Homme quand elle le réduit à une chose, quand elle distingue entre qui mérite d'être encore soigné et qui au contraire ne le mérite pas, parce qu'il est considéré seulement comme un poids», a souligné le pape, qui insiste pour sa part sur l'importance de «l'accompagnement du malade» et «les soins palliatifs». Le pape a demandé aux médecins présents de ne pas suivre «les voies les plus radicales et les plus expéditives». «Si on choisit la mort, les problèmes sont résolus dans un certain sens, mais que d'amertume derrière ce raisonnement et quel rejet de l'espérance comporte le choix de renoncer à tout et casser tous les liens», a-t-il plaidé.

Le Pape et le Vatican avaient pris position en juillet contre l'arrêt des traitements du Français Vincent Lambert, ancien infirmier de 42 ans dans un état végétatif depuis un accident de la route. A sa mort, François avait souligné que «chaque vie a de la valeur, toujours». Son cas, qui a déchiré sa famille, était devenu le symbole du débat sur la fin de vie en France.

Source : lefigaro.fr

 

 

 

"Aucun être humain ne peut jamais être incompatible avec la vie, ni de par son âge, ni de par ses conditions de santé, ni de par la qualité de son existence."

Les médecins (...) doivent toujours avoir présent à l’esprit "non seulement l’objectif de la guérison, mais la valeur sacrée de la vie humaine, dont la protection reste la fin ultime de la pratique médicale". Comme l’a affirmé le Souverain Pontife, "la profession médicale est une mission, une vocation à la vie",

"La vie humaine est sacrée et inviolable."

"Est-il licite d'éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?", et "est-il licite de louer un tueur à gages pour résoudre un problème ?". "N’allons pas sur le terrain religieux pour une chose qui concerne l’humain",(...) ne "jamais, jamais éliminer une vie humaine ni louer un tueur à gages pour résoudre un problème".

Extraits du discours du Pape François lors du Congrès international “Yes to Life! Prendre soin du précieux don de la vie dans la fragilité”, organise par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie et par la Fondation “Il Cuore in una Goccia”, 25/05/2019

Source : vaticannews.va

 

 

Le pape encourage les personnes âgées à être créatives

par Zenit, 23/10/2018 (extrait)

« Nous, les personnes âgées, nous devons aussi nous inventer un peu cette période de la vie, parce que la vieillesse telle qu’elle est vécue aujourd’hui est un phénomène nouveau… cela nous pousse à être créatifs », écrit le pape François : « Nous pouvons rappeler aux jeunes d’aujourd’hui, qui se sentent les héros du présent, pleins d’ambitions et d’insécurités, qu’une vie sans amour est une vie aride. Nous pouvons dire aux jeunes craintifs que l’angoisse de l’avenir peut être vaincue. Nous pouvons enseigner aux jeunes trop amoureux d’eux-mêmes qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, et que l’amour ne se démontre pas seulement par les mots mais par les actions. »

« Sans les rêves des personnes âgées, les projets des jeunes n’ont ni racines ni sagesse, aujourd’hui plus que jamais, alors que l’avenir engendre angoisse, insécurité, méfiance et peur. Seul le témoignage des personnes âgées les aidera à lever les yeux vers l’horizon et vers le haut, pour apercevoir les étoiles »

Le pape s’exprime ainsi dans la préface de « La Sagesse du Temps » (La Saggezza del Tempo), un livre qui rassemble des histoires de vie de quelque 250 personnes âgées de plus de 30 pays, recueillies par des jeunes. L’édition française de ce livre est disponible dans toute la francophonie sous le titre « Partager la sagesse du temps », aux éditions Fidélité (Belgique).

Srouce : zenit.org

 

 

EXHORTATION APOSTOLIQUE

GAUDETE ET EXSULTATE

DU SAINT-PÈRE
FRANÇOIS

SUR L’APPEL À LA SAINTETÉ
DANS LE MONDE ACTUEL

(extrait)

101. Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste. Ou bien, ils le relativisent comme s’il y avait d’autres choses plus importantes ou comme si les intéressait seulement une certaine éthique ou une cause qu’eux-mêmes défendent. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation[84]. Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 19 mars, Solennité de Saint Joseph, de l’an 2018, sixième année de mon Pontificat.

François

[84] Suivant le magistère constant de l’Église, la 5ème Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes a enseigné que l’être humain « est toujours sacré, depuis sa conception, dans toutes les étapes de son existence, jusqu’à sa mort naturelle et après la mort », et que sa vie doit être protégée « depuis la conception, à toutes les étapes, et jusqu’à la mort naturelle » (Document d’Aparecida (29 juin 2007), nn. 388.464).
 
Source : vatican.va

 

 

Eliminer quelqu'un ne résout pas le problème - dit le Pape

Vatican, 10/10/2018, extraits

Catéchèse du Pape François

Chers frères et sœurs, bonjour !

La catéchèse d’aujourd’hui est dédiée à la cinquième parole du Décalogue : « Tu te tueras pas ». Le cinquième commandement, ne pas tuer. Nous sommes déjà dans la seconde partie du Décalogue, celle qui concerne les relations avec le prochain ; et ce commandement, dans sa formulation concise et catégorique, se dresse comme une muraille pour défendre la valeur fondamentale dans les relations humaines. Et quelle est cette valeur fondamentale dans les relations humaines ? La valeur de la vie. C’est pourquoi « tu ne tueras pas ».

On pourrait dire que tout le mal réalisé dans le monde se résume en ceci : le mépris pour la vie. La vie est attaquée par les guerres, par les organisations qui exploitent l’homme – dans les journaux télévisés nous voyons tant de choses – par les spéculations sur la création et par la culture du rejet, et par tous les systèmes qui soumettent l’existence humaine à des calculs d’opportunité... Ceci, c’est mépriser la vie, c’est-à-dire tuer, d’une certaine façon.

..Je vous pose la question : est-il juste de supprimer une vie humaine pour résoudre un problème ? Qu’en pensez-vous : est-ce juste ? … Est-ce juste d’engager un tueur à gages pour résoudre un problème ? On ne peut pas, ce n’est pas juste, « d’éliminer » un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme engager un tueur à gages pour résoudre un problème.

D’où vient tout cela ? La violence et le refus de la vie naissent, au fond, de la peur. L’accueil de l’autre, en effet, est un défi à l’individualisme...

Un enfant malade est comme tout nécessiteux de la terre, comme une personne âgée qui a besoin d’assistance, comme tant de pauvres qui ont de la peine à vivoter : celui, celle que l’on présente comme un problème, est en réalité un don de Dieu, qui peut me sortir de l’égocentrisme et me faire grandir dans l’amour. La vie vulnérable nous montre la voie de sortie, le chemin pour nous sauver d’une existence repliée sur elle-même et découvrir la joie de l’amour. ..

Et qu’est-ce qui conduit l’homme à refuser la vie ? Ce sont les idoles de ce monde : l’argent – c’est mieux de se débarrasser de ça, parce que ça coûtera –, le pouvoir, le succès. Ce sont de faux paramètres pour apprécier la vie. L’unique mesure authentique de la vie, quelle est-elle ? C’est l’amour, l’amour avec lequel Dieu l’aime ! L’amour avec lequel Dieu aime la vie : c’est la mesure. L’amour avec lequel Dieu aime toute vie humaine.

En effet, quel est le sens positif de la parole ‘Tu ne tueras pas’ ? Que Dieu aime la vie, comme nous l’avons écouté il y a quelques instants dans la lecture biblique.

Le secret de la vie nous est dévoilé dans le fait que le Fils de Dieu s’est fait homme jusqu’à assumer, sur la croix, le refus, la faiblesse, la pauvreté et la souffrance (cf. Jn 13,1). Dans tout enfant malade, dans toute personne âgée faible, dans tout migrant désespéré, dans toute vie fragile et menacée, le Christ nous cherche (cf. Mt 25,34-46), il cherche notre cœur, pour nous dévoiler la joie de l’amour. Cela vaut la peine d’accueillir toute vie parce que tout homme vaut le sang du Christ lui-même. (cf. 1 P 1,18-19). On ne peut mépriser ce que Dieu a tant aimé !

Nous devons dire aux hommes et aux femmes du monde : ne méprisez pas la vie ! La vie d’autrui, mais aussi la sienne, parce que le commandement « Tu ne tueras pas » vaut aussi pour elle. Il faut dire à tant de jeunes : ne méprise pas ton existence ! Arrête de rejeter l’oeuvre de Dieu ! Tu es une oeuvre de Dieu ! Ne te sous-estime pas, ne te méprise pas avec des dépendances qui te ruineront et qui te conduiront à la mort !

Que personne ne mesure la vie selon les tromperies de ce monde, mais que chacun s’accueille lui-même et les autres au nom du Père qui nous a créés. Il est « amant de la vie »: c’est beau cela, “Dieu est amant de la vie”. Et nous lui sommes tous si chers, qu’il a envoyé son Fils pour nous. « Car Dieu – dit l’Evangile – a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.» (Jn 3,16).

______________________
[1] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi, Istr. Donum vitae, 5: AAS 80 (1988), 76-77: « La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. Dieu seul est le Maître de la vie de son commencement à son terme: personne, en aucune circonstance, ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent ».

Source : zenit.org

 

 

Le miracle, c’est de trouver dans le malade un frère, affirme le pape

Le Pape François aux participants au IVe séminaire sur l’éthique dans la gestion de la santé qui s'est tenu au Vatican du 1er au 5 octobre 2018.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue à cette rencontre et je remercie Mgr Alberto Bochatey, o.s.a., évêque auxiliaire de La Plata, président de la Commission de la Santé de la Conférence épiscopale argentine, Mr Cristian Mazza, président de la fondation Consenso Salud, et les organismes que vous représentez, pour l’opportunité de ce séminaire qui, avec le soutien de l’Académie pontificale pour la vie, est organisé pour aborder des questions du domaine de la santé qui sont d’une grande importance dans la société, à partir d’une réflexion éthique basée sur le Magistère de l’Église.

Le monde de la santé en général, et en particulier en Amérique latine, vit une époque marquée par la crise économique ; et les difficultés dans le développement de la science médicale et dans l’accès aux thérapies et aux médicaments plus adéquats peuvent nous faire tomber dans le découragement. Mais le soin de nos frères ouvre notre cœur pour accueillir un don merveilleux. Dans ce contexte, je vous propose trois mots pour notre réflexion : miracle, soin et confiance.

Les responsables des institutions d’assistance me diront à juste titre qu’on ne peut pas faire de miracles et qu’il faut admettre que le bilan coût-bénéfice suppose une distribution des ressources et qu’en outre les crédits sont conditionnés par une myriade de questions médicales, légales, économiques, sociales et politiques, ainsi qu’éthiques.

Toutefois, le miracle ne consiste pas à faire l’impossible ; le miracle, c’est de trouver dans le malade, dans la personne sans défense que nous avons devant nous, un frère. Nous sommes appelés à reconnaître dans celui qui reçoit les prestations l’immense valeur de sa dignité en tant qu’être humain, en tant qu’enfant de Dieu. Ce n’est pas quelque chose qui peut, tout seul, délier tous les nœuds qui existent objectivement dans les systèmes, mais cela créera en nous la disposition pour les dénouer autant que cela nous est possible et en outre cela donnera lieu à un changement intérieur et de mentalité en nous et dans la société.

Cette conscience – si elle est profondément enracinée dans notre substrat social – permettra que se créent les structures législatives, économiques et médicales nécessaires pour aborder les problèmes qui pourront surgir. Les solutions ne doivent pas être identiques à tous les moments et dans toutes les réalités, mais elles peuvent naître de la combinaison entre public et privé, entre législation et déontologie, entre justice sociale et initiative entrepreneuriale. Le principe inspirateur de ce travail ne peut pas être autre que la recherche du bien. Ce bien n’est pas un idéal abstrait mais une personne concrète, un visage qui souffre très souvent. Soyez courageux et généreux dans vos résolutions, plans et projets et dans l’emploi des moyens économiques et techno-scientifiques. Ceux qui en bénéficieront, surtout les plus pauvres, sauront apprécier vos efforts et vos initiatives.

Le second mot est soin. Soigner les malades n’est pas simplement l’application aseptisée de médicaments et de thérapies appropriées. Et sa première signification ne se limite pas à chercher le recouvrement de la santé. Le verbe latin « soigner » veut dire : assister, se préoccuper, prendre soin, être responsable de l’autre, du frère. Nous devrions beaucoup apprendre de cela, nous, « curas » (curés) parce que c’est à cela que nous appelle Dieu. Nous, « curas », nous sommes là pour prendre soin, pour soigner.

Cette disposition du personnel de la santé est importante dans tous les cas, mais elle se perçoit peut-être avec une plus grande intensité dans les soins palliatifs. Nous vivons pratiquement à un niveau mondial une forte tendance à la légalisation de l’euthanasie. Nous savons que quand on offre un accompagnement humain serein et participatif, le patient chronique grave ou le malade en phase terminale perçoit cette sollicitude. Même dans ces circonstances difficiles, si la personne se sent aimée, respectée, acceptée, l’ombre négative de l’euthanasie disparaît ou devient presque inexistante, puisque la valeur de son être se mesure sur la base de sa capacité à donner et à recevoir de l’amour, et non sur la base de sa productivité.

Il est nécessaire que les professionnels de la santé et ceux qui se dévouent à l’assistance sanitaire, s’engagent dans une mise à jour constante des compétences nécessaires, afin de pouvoir répondre toujours à leur vocation de ministres de la vie. La Nouvelle Charte des Personnels de la santé (ncas) est pour vous un instrument utile de réflexion et de travail et un élément qui peut aider dans le dialogue entre les initiatives et les projets privés et d’État, nationaux et internationaux. Ce dialogue et ce travail conjoint enrichit concrètement les prestations dans le domaine de la santé et rejoint les nombreux besoins et urgences médicales de notre peuple latino-américain.

Le troisième mot est confiance, que nous pouvons distinguer dans différents domaines. Avant tout, comme vous le savez, c’est la confiance du malade en lui-même, dans la possibilité de se soigner, parce qu’une grande partie du succès de la thérapie en dépend. Il n’est pas moins important pour le travailleur de pouvoir exercer sa fonction dans un contexte serein et cela ne peut être séparé du fait de savoir que l’on fait ce qui est juste, ce qui est humainement possible, en fonction des ressources à disposition. Cette certitude doit se baser sur un système durable d’attention médicale, où tous les éléments qui le forment, gérés par une saine subsidiarité, s’appuient les uns sur les autres pour répondre aux besoins de la société dans son ensemble et du malade dans sa singularité.

Il est très difficile de se mettre entre les mains d’une personne, surtout lorsque notre propre vie est en jeu ; toutefois, la relation avec le médecin ou l’infirmière a toujours été fondée sur la responsabilité et sur la loyauté. Aujourd’hui, à cause de la bureaucratisation et de la complexité du système de santé, nous courons le risque que ce soit les termes du « contrat » qui établissent ce rapport entre le patient et le personnel médical, en trahissant ainsi cette confiance.

Nous devons continuer de lutter pour maintenir intègre ce lien d’humanité profonde, puisqu’aucune institution d’assistance ne peut, seule, remplacer le cœur humain ni la compassion humaine (cf. saint Jean-Paul II, Motu Proprio Dolentium hominum, 11 février 1985 ; ncas, n.3). La relation avec le malade exige donc du respect pour son autonomie et un fort apport de disponibilité, attention, compréhension, complicité et dialogue, pour être l’expression d’un engagement assumé comme un service (cf. ncas, n.4).

Je vous encourage dans votre tâche d’apporter à tant de personnes et à tant de familles l’espérance et la joie qui leur manquent. Que notre Vierge sainte, Santé des malades, vous accompagne dans vos idéaux et vos travaux et qu’elle, qui a su accueillir la Vie, Jésus, en son sein, soit pour vous tous un exemple de foi et de courage. Du plus profond de mon cœur je vous bénis tous. Que Dieu, Père de tous, donne à chacun de vous la prudence, l’amour, la proximité à l’égard du malade pour que vous puissiez remplir vos devoirs avec une grande humanité. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : zenit.org

 

 

Peine de mort: le Pape modifie le catéchisme de l'Eglise catholique

par Manuella Affejee, 02/08/2018

L’Eglise lève toutes les ambiguïtés sur son rapport à la peine de mort. Conformément au vif souhait exprimé par le Pape François, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a procédé à la modification de l’article 2267 du Catéchisme de l’Eglise catholique, qui stipule donc désormais le rejet total de cette pratique jugée contraire à la dignité humaine. Une lettre, signée par le cardinal Ladaria Ferrer, a été envoyée à tous les évêques du monde afin d’expliciter le processus de maturation de cette décision

Même dans sa version corrigée de 1998, le Catéchisme de l’Eglise catholique tolérait le recours à la peine «en cas d’absolue nécessité». Cette prise de position, défendue et assumée dans le passé par quelques Papes, s’expliquait au regard d’une «situation politique et sociale qui faisait de cette peine un instrument acceptable en vue de la sauvegarde du bien commun».

Une prise de conscience "à la lumière de l'Evangile"

La prise de conscience du caractère inadmissible de cette pratique s’est faite lentement mais sûrement parmi le peuple de Dieu, «à la lumière de l’Evangile», et conforté par l’enseignement de ses pasteurs. Sur ce long chemin de réflexion, l’Encyclique Evangelium Vitae du Saint Pape Jean-Paul II constitue une étape fondamentale. Le Pape polonais y indiquait, parmi les signes d’espérance d’une nouvelle civilisation de la vie «l’aversion toujours plus répandue de l’opinion publique envers la peine de mort, même si on la considère seulement comme un moyen de “légitime défense” de la société, en raison des possibilités dont dispose une société moderne de réprimer efficacement le crime de sorte que, tout en rendant inoffensif celui qui l’a commis, on ne lui ôte pas définitivement la possibilité de se racheter».

Une évolution conforme au Magistère

La recherche de l’abolition de la peine de mort s’est ensuite poursuivie avec Benoît XVI, qui déclarait en novembre 2011, lors de l'audience générale, à un groupe de fidèles: «que vos débats encouragent les initiatives politiques et législatives actuellement promues dans un nombre croissant de pays en vue d’abolir la peine de mort et de poursuivre les progrès importants accomplis afin de rendre le droit pénal plus conforme à la dignité humaine des prisonniers et au maintien efficace de l’ordre public». Et enfin, avec le Pape François, qui, le 11 octobre 2017, demandait expressément la révision du Catéchisme de l’Eglise catholique sur ce sujet, estimant que «la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle». Cette modification s’inscrit donc dans un «développement authentique de la doctrine», et ne «contredit pas les enseignements antérieurs du Magistère» romain.

Le primat de la dignité humaine

Cette nouvelle formulation affirme que «la suppression de la vie d’un criminel, comme punition d’un délit, est inadmissible parce qu’elle attente à la dignité de la personne, laquelle n’est pas perdue même après des crimes très graves». De plus, «étant donné que la société actuelle dispose de systèmes de détention plus efficaces, la peine de mort n’est plus nécessaire pour protéger les personnes innocentes» ; il n’en demeure pas moins que «l’autorité publique a le devoir de défendre la vie des citoyens», comme l’a toujours enseigné le Magistère.

Cette nouvelle formulation, approuvée par le Pape, est entré en vigueur ce mercredi 1er août 2018. Elle veut pousser à «un engagement décisif, notamment par un dialogue respectueux et serein avec les autorités publiques, afin de favoriser une mentalité qui reconnaisse  la dignité de chaque vie humaine», et réaffirmer avec force et sans équivoque, le combat déterminé de l’Eglise pour l’abolition totale de cette pratique.

Source : vaticannews.va

 

 

Discours du Pape François devant les participants à la XXIVe Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie (PAV),

sur le thème « Commencements égaux. Et ensuite ? Une responsabilité égale ». («Equal beginnings. But then? A global responsibility»),

ce 25 juin 2018

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous adresser mes salutations, à commencer par le président, Mgr Vincenzo Paglia, que je remercie de m’avoir présenté cette Assemblée Générale, dans laquelle le thème de la vie humaine sera situé dans le contexte large du monde globalisé où nous vivons. Je veux aussi adresser un salut au cardinal Sgreccia, nonagénaire mais enthousiaste, jeune, dans le combat pour la vie. Merci, Éminence, pour ce que vous avez fait en ce domaine et pour ce que vous êtes en train de faire. Merci.

La sagesse qui doit inspirer notre attitude à l’égard de l’“écologie humaine” est prompte à considérer la qualité éthique et spirituelle de la vie dans toutes ses phases. Il existe une vie humaine conçue, une vie en gestation, une vie mise au jour, une vie d’enfant, une vie adolescente, une vie adulte, une vie vieillie et consommée – et il existe la vie éternelle. Il existe une vie qui est famille et communauté, une vie qui est invocation et espérance. Comme il existe aussi la vie humaine fragile et malade, la vie blessée, avilie, marginalisée, rejetée. C’est toujours la vie humaine. C’est la vie des personnes humaines, qui habitent la terre créée par Dieu et qui partagent la maison commune à toutes les créatures vivantes. Dans les laboratoires de biologie on étudie certainement la vie avec des instruments qui permettent d’en explorer les aspects physiques, chimiques et mécaniques. C’est une étude très importante et incontournable, mais qui doit être intégrée dans une perspective plus large et plus profonde, qui demande attention à la vie proprement humaine, qui fait irruption sur la scène du monde avec le prodige de la parole et de la pensée, des affections et de l’esprit. Quelle reconnaissance reçoit aujourd’hui la sagesse humaine de la vie des sciences de la nature ? Et quelle culture politique inspire la promotion et la protection de la vie humaine réelle ? Le “beau” travail de la vie est la génération d’une personne nouvelle, l’éducation de ses qualités spirituelles et créatives, l’initiation à l’amour de la famille et de la communauté, la protection de ses vulnérabilités et de ses blessures ; ainsi que l’initiation à la vie d’enfants de Dieu, en Jésus Christ.

Quand nous livrons les enfants à la privation, les pauvres à la faim, les persécutés à la guerre, les personnes âgées à l’abandon, ne faisons-nous pas nous-mêmes, le “sale” travail de la mort ? D’où vient, en effet, le sale travail de la mort ? Il vient du péché. Le mal cherche à nous persuader que la mort est la fin de de toute chose, que nous sommes venus au monde par hasard et que nous sommes destinés à finir dans le néant. En excluant l’autre de notre horizon, la vie se replie sur elle et devient bien de consommation. Narcisse, le personnage de la mythologie antique, qui s’aime lui-même et ignore le bien des autres, est naïf et ne se rend compte de rien. Pendant ce temps, cependant, se diffuse un virus spirituel assez contagieux, qui nous condamne à devenir homme-miroir et femme-miroir, qui se voient seulement eux-mêmes et rien d’autre. Cela revient à devenir aveugle à la vie et à sa dynamique, en tant que don reçu des autres et qui demande d’être mis de façon responsable en circulation pour d’autres.

La vision globale de la bioéthique, que vous vous préparez à relancer dans le domaine de l’éthique sociale et de l’humanisme planétaire, forts de l’inspiration chrétienne, s’engagera avec plus de sérieux et de rigueur à dessécher la complicité avec le sale travail de la mort, soutenu par le péché. L’on pourra ainsi rendre aux raisonnements et aux pratiques l’alliance avec la grâce destinée par Dieu à la vie de chacun de nous. Cette bioéthique ne partira pas de la maladie et de la mort pour décider le sens de la vie et définir la valeur de la personne. Elle partira plutôt de la conviction profonde de la dignité irrévocable de la personne humaine, comme Dieu l’aime, dignité de toute personne, dans toute phase et condition de son existence, dans la recherche des formes de l’amour et du soin qui doivent être donnés à sa vulnérabilité et à sa fragilité.

Donc, en premier lieu, cette bioéthique globale sera une modalité spécifique pour développer la perspective de l’écologie intégrale de l’Encyclique Laudato si’, où j’ai insisté sur ces points forts : « l’intime relation entre les pauvres et la fragilité de la planète ; la conviction que tout est lié dans le monde ; la critique du nouveau paradigme et des formes de pouvoir qui dérivent de la technologie ; l’invitation à chercher d’autres façons de comprendre l’économie et le progrès ; la valeur propre de chaque créature ; le sens humain de l’écologie ; la nécessité de débats sincères et honnêtes ; la grave responsabilité de la politique internationale et locale ; la culture du déchet et la proposition d’un nouveau style de vie » (n. 16).

En second lieu, dans une vision holistique de la personne, il s’agit d’articuler, avec une clarté toujours plus grande, tous les liens et les différences concrètes qu’habite la condition humaine universelle et qui nous impliquent à partir de notre corps. En effet, « notre propre corps nous met en relation directe avec l’environnement et avec les autres êtres vivants. L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent » (Laudato si’, 155).

Il faut donc procéder à un discernement soigné des différences complexes fondamentales de la vie humaine : de l’homme et de la femme, de la paternité et de la maternité, de la filiation et de la fraternité, de la socialisation et aussi de tous les différents âges de la vie. Ainsi que de toutes le conditions difficiles et de tous les passages délicats ou dangereux qui exigent une sagesse éthique spéciale et une résistance morale courageuse : la sexualité et la génération, la maladie et la vieillesse, l’insuffisance et le handicap, la privation et l’exclusion, la violence et la guerre. « La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, 101).

Dans les textes et dans les enseignements de la formation chrétienne et ecclésiastique, ces thèmes de l’éthique de la vie humaine devront trouver une place adéquate dans le cadre d’une anthropologie globale, et ne pas être confinés parmi les questions-limites de la morale et du droit. Je souhaite qu’une conversion à la centralité de l’écologie humaine intégrale, c’est-à-dire d’une compréhension harmonieuse et globale de la condition humaine, puisse trouver dans votre engagement intellectuel, civil et religieux, un soutien valide et une intonation proactive.

La bioéthique globale nous sollicite donc à la sagesse d’un discernement profond et objectif de la valeur de la vie personnelle et communautaire, qui doit être protégée et promue aussi dans les conditions les plus difficiles. Nous devons par ailleurs affirmer avec force que, sans le soutien adéquat d’une proximité humaine responsable, aucune régulation purement juridique et aucun secours technique ne pourront, seuls, garantir des conditions et des contextes relationnels correspondant à la dignité de la personne. La perspective d’une globalisation qui, laissée à sa seule dynamique spontanée, tend à faire grandir et à approfondir les inégalités, demande une réponse éthique en faveur de la justice. L’attention aux facteurs sociaux et économiques, culturels et environnementaux, qui déterminent la santé, rentre dans cet engagement, et devient modalité concrète pour réaliser le droit de tout peuple « à la participation, sur la base de l’égalité et de la solidarité, à la jouissance des biens qui sont destinés à tous les hommes » (Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis, 21).

La culture de la vie, enfin, doit tourner plus sérieusement le regard sur la “questione seria” de sa destination ultime. Il s’agit de mettre en lumière avec une plus grande clarté ce qui oriente l’existence de l’homme vers un horizon qui le dépasse : toute personne est appelée gratuitement « à l’intimité même de Dieu et au partage de son propre bonheur. […] L’Église enseigne, en outre, que l’espérance eschatologique ne diminue pas l’importance des tâches terrestres, mais en soutient bien plutôt l’accomplissement par de nouveaux motifs » (Conc. oecum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 21). Il faut s’interroger plus profondément sur la destination ultime de la vie, capable de rendre dignité et sens au mystère de ses affections les plus profondes et les plus sacrées. La vie de l’homme, belle à enchanter et fragile à mourir, renvoie au-delà d’elle-même : nous sommes infiniment plus que ce que nous pouvons faire par nous-mêmes. La vie de l’homme, cependant, est aussi incroyablement tenace, certes par une grâce mystérieuse qui vient d’en-haut, dans l’audace de son invocation d’une justice et d’une victoire définitive de l’amour. Et il est même capable – espérance contre tout toutes espérance – de se sacrifier pour elle, jusqu’à la fin. Reconnaître et apprécier cette fidélité et ce dévouement à la vie suscite en nous gratitude et responsabilité, et nous encourage à offrir généreusement notre savoir et notre expérience à toute la communauté humaine. La sagesse chrétienne doit rouvrir avec passion et audace la pensée de la destination du genre humain à la vie de Dieu, qui a promis d’ouvrir à l’amour de la vie, au-delà de la mort, l’horizon infini de corps de lumière aimants, sans plus de larmes. Et de les émerveiller éternellement avec l’enchantement toujours nouveau de toutes les choses “visibles et invisibles” qui sont cachées dans le sein du Créateur. Merci.

Traduction de Zenit, Anne Kurian

Source : zenit.org

 

 

 

 

FIAMC : l’Église est pour la vie, aussi faible et sans défense soit-elle

par Zenti, 28/05/2018

Discours du Pape François

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous accueillir et de vous adresser à tous mes salutations à commencer par le président, le Dr John Lee, que je remercie pour ses paroles.

Votre qualification de « médecins catholiques » vous engage à une formation spirituelle, morale et bioéthique permanente afin de mettre en œuvre les principes évangéliques dans votre pratique médicale, en partant du rapport médecin-patient jusqu’à arriver à l’activité missionnaire pour améliorer les conditions de santé des populations dans les périphéries du monde. Votre œuvre est une forme particulière de solidarité humaine et de témoignage chrétien ; votre travail, en effet, est enrichi par l’esprit de foi Et c’est important que vos associations s’engagent pour sensibiliser à ces principes les étudiants en médecine et les jeunes médecins, en les impliquant dans les activités associatives.

L’identité catholique ne compromet pas votre collaboration avec ceux qui, dans une perspective religieuse différente ou sans croyance spécifique, reconnaissent la dignité et l’excellence de la personne humaine comme critère de leur activité. L’Église est pour la vie et sa préoccupation est que rien ne soit contre la vie dans la réalité d’une existence concrète, aussi faible ou sans défense soit-elle, même si elle n’est pas développée ou si elle est peu avancée. Être des médecins catholiques, c’est donc se sentir des professionnels de la santé qui reçoivent de leur foi et de leur communion avec l’Église l’élan pour rendre toujours plus mure leur formation chrétienne et professionnelle, inlassable leur dévouement et inépuisable leur besoin de connaître les lois de la nature pour mieux servir la vie (cf. Paul VI, Lettre enc. Humanae vitae, 24).

La fidélité et la cohérence avec lesquelles les associations de votre fédération, au cours des années, ont été fidèles à leur physionomie catholique, en mettant en œuvre l’enseignement de l’Église et les directives de son Magistère dans le domaine médical et moral, sont bien connues. Ce critère de reconnaissance et d’action a favorisé votre collaboration à la mission de l’Église en promouvant et en défendant la vie humaine de sa conception jusqu’à sa fin naturelle, la qualité de l’existence, le respect des plus faibles, l’humanisation de la médecine et sa pleine socialisation.

Cette fidélité a comporté et comporte des efforts et des difficultés qui, dans certaines circonstances, peuvent exiger un grand courage. Continuez avec sérénité et détermination sur cette voie, en accompagnant les interventions magistérielles dans les domaines de la médecine avec une conscience égale de leurs implications morales. Le domaine de la médecine et de la santé, en effet, n’a pas non plus été épargné par l’avancée du paradigme culturel technocratique, par l’adoration du pouvoir humain sans limites et par un relativisme pratique, où tout ce qui ne sert pas les intérêts personnels devient sans importance (cf. Lett. enc. Laudato si’, 122).

Devant cette situation, vous êtes appelés à affirmer le caractère central du malade en tant que personne et sa dignité avec ses droits inaliénables, en premier le droit à la vie. Il faut s’opposer à la tendance à dévaloriser l’homme malade comme une machine à réparer, sans respect pour les principes moraux, et à exploiter les plus faibles en rejetant ce qui ne correspond pas à l’idéologie de l’efficacité et du profit. La défense de la dimension personnelle du malade est essentielle pour l’humanisation de la médecine, y compris dans le sens de l’ « écologie humaine ». Que vous ayez à cœur de vous engager dans vos pays respectifs et au niveau international, en intervenant dans les milieux spécialisés mais aussi dans les discussions qui concernent les législations sur des thèmes éthiques sensibles, comme par exemple l’interruption de grossesse, la fin de vie et la médecine génétique. Que votre sollicitude ne soit pas absente non plus de la défense de la liberté de conscience, des médecins et de tous les professionnels de la santé. Il n’est pas acceptable que votre rôle soit réduit à celui de simple exécuteur de la volonté du malade ou des exigences du système de santé dans lequel vous travaillez.

Lors de votre prochain congrès, qui se tiendra à Zagreb dans quelques jours, vous réfléchirez au thème « Sainteté de vie et profession médicale, de Humanae vitae à Laudato si’ ». C’est aussi un signe de votre participation concrète à la vie et à la mission de l’Église. Cette participation – comme l’a souligné le concile Vatican II – est « tellement nécessaire que, sans elle, l’apostolat même des pasteurs ne peut pas en outre atteindre sa pleine efficacité » (Décret Apostolicam actuositatem, 10). Soyez toujours plus conscients qu’aujourd’hui il est nécessaire et urgent que l’action du médecin catholique se présente avec un caractère d’une clarté reconnaissable sur le plan du témoignage personnel comme associatif.

À ce propos, il est souhaitable que les activités des associations de médecins catholiques soient interdisciplinaires et impliquent aussi d’autres réalités ecclésiales. En particulier, sachez harmoniser vos efforts avec ceux des prêtres, des religieux et des religieuses et de tous les acteurs de la pastorale de la santé, en vous situant avec eux aux côtés des personnes qui souffrent : elles ont un grand besoin de votre apport et du leur. Soyez des ministres, non seulement des soins, mais aussi de la charité fraternelle, transmettant à ceux dont vous vous approchez, par l’apport de vos connaissances, richesse d’humanité et de compassion évangélique.

Chers frères et sœurs, nombreux sont ceux qui vous regardent et qui regardent votre travail. Vos paroles, vos gestes, vos conseils, vos choix ont un écho qui dépasse le domaine purement professionnel et qui devient, s’il est cohérent, un témoignage de foi vécue. La profession acquiert ainsi la dignité d’un véritable apostolat. Je vous encourage à poursuivre avec joie et générosité le chemin associatif, en collaboration avec toutes les personnes et les institutions qui partagent l’amour de la vie et qui s’emploient à la servir dans sa dignité et dans son caractère sacré. Que la Vierge Marie, Salut des malades, soutienne vos résolutions, que j’accompagne de ma bénédiction. Et s’il vous plaît, priez aussi pour moi. Merci.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : zenit.org

 

Regina Coeli : protéger la vie de sa conception à sa fin naturelle

Rome, 06/05/2018

Paroles du Pape avant le Regina Coeli

Chers frères et sœurs, bonjour !

En ce temps pascal, la Parole de Dieu continue à nous indiquer des styles de vie cohérents pour être la communauté du Ressuscité. Parmi eux, l’Evangile d’aujourd’hui présente la consigne de Jésus : « Demeurez dans mon amour. » (Jn 15,9) Demeurer dans l’amour de Jésus. Habiter dans le courant de l’amour de Dieu, y faire une demeure stable, c’est la condition pour que notre amour ne perde pas son ardeur et son audace sur le chemin. Nous aussi, comme Jésus et en Lui, nous devons accueillir avec gratitude l’amour qui vient du Père et rester dans cet amour, en cherchant à ne pas s’en séparer par l’égoïsme ou par le péché. C’est un programme engageant mais pas impossible.

D’abord, il est important de prendre conscience que l’amour du Christ n’est pas un sentiment superficiel, non, c’est une attitude fondamentale du cœur, qui se manifeste dans le fait de vivre comme Il le veut. Jésus affirme en effet : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » (v. 10). L’amour se réalise dans la vie de chaque jour, dans les attitudes, dans les actions ; autrement c’est seulement quelque chose d’illusoire. Ce sont des paroles, des paroles, des paroles, ce n’est pas l’amour. L’amour est concret, tous les jours. Jésus nous demande d’observer ses commandements, qui se résument en ceci : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (v. 12).

Comment faire pour que cet amour que nous donne le Seigneur ressuscité puisse être partagé avec les autres ? Jésus a indiqué plusieurs fois qui est l’autre à aimer, non par des paroles mais par des faits. C’est celui que je rencontre sur mon chemin et qui, par son visage et son histoire, m’interpelle ; c’est celui qui, par sa présence même, me pousse à sortir de mes intérêts et de mes sécurités ; c’est celui qui attend ma disponibilité à écouter et à faire un bout de route ensemble. Disponibilité envers chaque frère et sœur, qui que ce soit et quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve, en commençant par celui qui est proche de moi en famille, dans la communauté, au travail, à l’école… De cette façon, si je reste uni à Jésus, son amour peut rejoindre l’autre et l’attirer à soi, à son amitié.

Et cet amour pour les autres ne peut pas être réservé à des moments exceptionnels, mais doit devenir la constante de notre existence. Voilà pourquoi nous sommes appelés à protéger les personnes âgées comme un trésor précieux et avec amour, même s’ils créent des problèmes économiques et des désagréments, nous devons les protéger. Voilà pourquoi nous devons offrir toute l’assistance possible aux malades, même au dernier stade. Voilà pourquoi les enfants à naître doivent toujours être accueillis ; voilà pourquoi, en définitive, la vie doit toujours être protégée et aimée depuis la conception jusqu’à son déclin naturel.

Nous sommes aimés par Dieu en Jésus Christ, qui nous demande de nous aimer comme Il nous aime. Mais cela, nous ne pouvons le faire que si nous avons en nous son Cœur. L’Eucharistie, à laquelle nous sommes appelés à participer chaque dimanche, a pour objectif de former en nous le Cœur du Christ, afin que toute notre vie soit guidée par ses attitudes généreuses. Que la Vierge Marie nous aide à demeurer dans l’amour de Jésus et à grandir dans l’amour envers tous, spécialement les plus faibles, pour correspondre pleinement à notre vocation chrétienne.

Traduction de Zenit, Anne Kurian

source : zenit.org

 

Le père d’Alfie Evans demande son aide au pape François (Entretien)

« Aucune vie d’enfant ne devrait être enlevée »

Dans la matinée de ce 18 avril 2018, avant l’audience générale, le pape François a reçu le père du petit Alfie Evans, à la Maison Sainte-Marthe : Thomas Evans a demandé au pape son aide pour le bébé britannique de 22 mois qui se trouve dans un « état semi-végétatif » à cause d’une maladie neurodégénérative. Alors que la justice du pays a statué sur l’arrêt du traitement, les parents souhaitent un transfert à l’hôpital du Bambino Gesù – propriété du Saint-Siège à Rome. Thomas Evans s’est confié à Zenit.

Aucune vie d’enfant ne devrait être enlevée, a notamment dit le pape durant cette rencontre. Lors de l’audience générale qui a suivi place Saint-Pierre, le pape a lancé un nouvel appel en faveur du petit Alfie, soulignant « que l’unique maître de la vie, de son commencement jusqu’à sa fin naturelle, est Dieu ! Et notre devoir, notre devoir est de tout faire pour protéger la vie ».

« Le monde prie et nous allons laisser la situation entre les mains de Dieu », conclut Thomas Evans.

ZENIT: Comment s’est passée votre rencontre avec le pape ce matin ?

Thomas Evans – Cela s’est passé aussi bien que possible. J’ai été très heureux de le rencontrer. Il m’a félicité pour mon courage. Il m’a dit que j’avais le même courage que Dieu. Il a dit qu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent assumer ce genre de problème. Il a déclaré qu’ « aucune vie d’enfant ne devrait être enlevée ». J’ai très bien écouté ce qu’il a dit.

J’espère qu’après cette rencontre, la nouvelle étape sera que le Saint-Père obtiendra pour nous l’asile au Vatican et que nous allons devenir des citoyens Italiens. C’est notre prochain objectif. D’après l’expression du visage du pape François, comme vous le savez, je ne comprends pas l’italien, mais il avait l’air très touché. Il écoutait et gardait le contact par le regard. Pour moi, cela a été la chose la plus importante de notre rencontre. J’ai beaucoup de chance d’avoir eu cette rencontre et je suis très convaincu que le pape fera ce qu’il peut pour sauver Alfie.

Votre espoir pour Alfie est donc qu’il obtienne l’asile ici ainsi que la citoyenneté ?

Oui. J’ai demandé personnellement asile au pape… Nous attendons donc une réponse maintenant.

A-t-il eu des questions spécifiques ?

Pas de questions spécifiques. Il voulait en savoir plus au sujet d’Alfie, ce qui se passait au Royaume-Uni, comment les enfants sont traités là-bas. Et je lui ai fait savoir comment on traite les enfants handicapés : alors que l’euthanasie n’est pas légale là-bas, pour certaines raisons, ils pensent que c’est légal d’euthanasier ces enfants. Je voulais que le pape sache ce qui se passe vraiment au Royaume-Uni, ce qui se passe dans la situation d’Alfie.

Pendant l’audience générale, le pape a lancé un nouvel appel pour Alfie, après celui du Regina Coeli…

Il a parlé très clairement aujourd’hui, en soulignant que seul Dieu est le Maître de la vie, personne d’autre, lançant un appel pour la défense de la vie de mon fils et d’autres dans des situations similaires.

Comment l’entretien d’aujourd’hui a-t-il pu aboutir ?

En gros, j’ai parlé avec une de mes amies, vous connaissez Benedetta [Benedetta Frigerio, une journaliste italienne] et j’ai dit que j’allais à Rome, au Vatican, et que j’allais faire une vidéo en direct pour essayer d’attirer l’attention du pape. Je n’ai même pas eu besoin de le faire parce que cette équipe étonnante a réussi à nous obtenir une rencontre directement avec le pape, ce qui s’est très bien passé. Je suis vraiment heureux d’être ici aujourd’hui et le soutien de la part de l’Italie a été incroyable et j’espère que la prochaine étape sera que nous deviendrons des citoyens Italiens.

Comment allez-vous passer le temps qu’il vous reste à Rome ?

Et bien je vais manger quelque chose, prendre une douche. On m’a proposé de passer la nuit ici mais ma priorité principale est de retourner voir Alfie. Je veux donc prendre un vol dès que possible pour Alfie.

Comment se porte Alfie ?

Il se porte très bien. Il a reçu les sacrements il y a un ou deux jours. Et après ces sacrements, il a montré des signes très positifs. Il a montré différents signes de davantage de vie.

Et je vais continuer à prier, et le monde prie et nous allons laisser la situation entre les mains de Dieu.

Traduction d’Hélène Ginabat

Source : zenit.org

 

 

 


RENCONTRE AVEC LES FIDÈLES

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Esplanade devant l’église de Piana Romana, Pietrelcina
Samedi, 17 mars 2018

(extrait)

Priez la Sainte Vierge afin qu’elle vous donne la grâce que les jeunes trouvent du travail ici, parmi vous, près de la famille, et qu’ils ne soient pas contraints de s’en aller chercher ailleurs, tandis que le village décline, décline.

La population vieillit, mais c’est un trésor, les personnes âgées sont un trésor !

S’il vous plait, ne marginalisez pas les personnes âgées. Il ne faut pas marginaliser les personnes âgées, non. Les personnes âgées sont la sagesse. Que les personnes âgées apprennent à parler avec les jeunes et que les jeunes apprennent à parler avec les personnes âgées. Elles sont la sagesse d’un village, les personnes âgées.

Quand je suis arrivé j’ai été tellement heureux d’en saluer une de 99 ans et une «jeunette» de 97 ans. Magnifique! Celles-là sont votre sagesse! Parlez avec elles. Qu’elles soient protagonistes de la croissance de ce village.

Que l’intercession de votre saint concitoyen soutienne les propos d’unir les forces, et d’offrir ainsi, avant tout aux jeunes générations, des perspectives concrètes pour un avenir d’espérance. Que ne manque pas une sollicitude attentive et de la tendresse — comme je l’ai dit — aux personnes âgées, qui sont le patrimoine de votre communauté. J’aimerais qu’un jour l’on donne le prix Nobel aux personnes âgées qui donnent une mémoire à l’humanité.

Source : vatican.va

 

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS DE L’ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DE LA
CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

Salle Clémentine
Vendredi, 26 janvier 2018

Messieurs les Cardinaux,

vénérés Frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

chers frères et sœurs,

Je suis heureux de pouvoir vous rencontrer au terme de la Session Plénière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Je remercie le Préfet pour son introduction par laquelle il a résumé la ligne la plus importante de votre travail durant ces deux dernières années.

J'exprime mon appréciation pour votre service délicat qui répond au lien particulier de votre Décastère avec le ministère du successeur de Pierre, qui est appelé à affirmer les frères dans la Foi et l’Église dans l'unité.

Je remercie de votre engagement quotidien de soutien auprès du magistère des Évêques, dans la défense de la vraie Foi et de la sainteté des sacrements, concernant toutes sortes des questions qui, de nos jours, réclament un discernement pastoral important, comme l'examen des cas concernant les graviora delicta et les demandes de la dissolution du lien matrimonial in favorem fidei.

Toutes ces tâches se révèlent encore plus actuelles en face de l’horizon toujours plus flou et changeant qui caractérise l'autocompréhesion de l'homme d'aujourd'hui et qui a pas mal d'influence sur les choix existentielles et éthiques. L'homme d'aujourd'hui ne sait plus qui il est et il a donc de la peine à reconnaître comment agir bien.

Dans ce sens, la tâche de votre Congrégation semble décisive, en rappelant la vocation transcendante de l'homme et le lien inséparable de sa raison avec la vérité et le bien, auquel initie la Foi en Jésus-Christ. Il n'y a rien qui aide plus l'homme à se connaître soi-même et à connaître les dessins de Dieu sur le monde que l'ouverture de la raison à la lumière qui vient de Dieu.

J'apprécie donc l'étude que vous avez entreprise concernant quelques aspects du salut chrétien, avec le but de réaffirmer la signification de la Rédemption, en référence aux tendances néo-pélagiène et néo-gnostique d'aujourd'hui. De telles tendances sont les expressions d'un individualisme qui se confie à ses propres forces pour se sauver. Nous croyons, au contraire, que le salut consiste dans la Communion avec le Christ Ressuscité qui, par le don de son Esprit, nous a introduit dans un nouvel ordre de relation avec le Père et entre les hommes. Ainsi nous pouvons nous unir au Père comme fils dans le Fils et devenir un seul corps avec Celui qui est « premier né entre beaucoup de frères ». (Rm 8, 29)

Comment ne pas mentionner ensuite les études que vous êtes en train de mener à terme sur les implications éthiques d'un anthropologie adéquate aussi dans le domaine économico-financier. Seul une vision de l'homme en tant que personne, c'est-à-dire comme sujet essentiellement relationnel et doté d'une particulière et ample rationalité, est capable d'agir en conformité avec l'ordre objectif de la morale. Le Magistère de l’Église a toujours affirmé avec clarté à cet égard que « l'activité économique doit être conduite selon les lois et méthodes propres à l'économie, mais dans le cadre de l'ordre morale ». (Conc. Ecum. Vat. II, Cost. past. Gaudium et spes, 64).

Pendant cette Session Plénière vous avez également approfondi quelques questions délicates quant à l'accompagnement des malades en phase terminale. Le processus de sécularisation, en faisant un absolu des concepts de l’autodétermination et de l'autonomie, mène en beaucoup de pays à une croissance de la demande d'euthanasie, comme affirmation idéologie de la volonté du pouvoir de l'homme sur la vie. Cela a entraîné également à considérer l'interruption volontaire de l’existence humaine comme un choix de civilisation. C'est claire que là où la vie ne vaut pas en raison de sa dignité mais en raison de son efficacité et de sa productivité, tout cela devient possible. Dans ce décor, il convient de réaffirmer que la vie humaine, dès sa conception, jusqu'à sa fin naturelle, possède une dignité qui la rend intangible.

La douleur, la souffrance, le sens de la vie et de la mort sont des réalités que la mentalité contemporaine a de la peine à affronter avec un regard plein d'espérance. Pourtant, sans une espérance fiable qui l'aide à affronter même la douleur et la mort, l'homme ne parvient pas à bien vivre et à conserver une perspective confiante en face de son futur. C'est cela l'un des services que l’Église est appelée à rendre à l'homme d'aujourd'hui.

Dans ce sens, votre mission assume un visage éminemment pastoral. Les pasteurs authentiques sont ceux qui n'abandonnent pas l'homme à lui-même, ni ne le laissent en proie à sa désorientation et à ses erreurs, mais avec vérité et miséricorde le reconduisent à retrouver son visage authentique dans le bien. Est donc authentiquement pastorale chaque action qui a pour but de prendre l'homme par la main quand celui-là a perdu le sens de sa dignité et de son destin, pour le guider avec confiance à redécouvrir la paternité aimante de Dieu, son bon destin et les voies pour construire un monde plus humain. Ceci est la grande tâche qui attend votre Congrégation et chacune des autres institutions pastorales de l’Église.

Dans la certitude de votre dévouement à ce service important qui est depuis toujours la via maestra de l’Église, je renouvelle ma gratitude et j'exprime à vous tous ma proximité, en vous donnant de tout cœur la Bénédiction Apostolique.

Source : vatican.va

Traduction : site.christophore.com

 

 

PAROLES DU PAPE FRANÇOIS
À L'ASSOCIATION DES TRAVAILLEURS ÂGÉS

Salle Paul VI
Samedi, 15 octobre 2016


Chers frères et sœurs, bonjour!

Je me réjouis de vivre avec vous cette journée de réflexion et de prière, qui s’inscrit dans le cadre de la fête des grands-parents. Je vous salue tous avec affection, à commencer par les présidents des associations que je remercie pour leurs paroles. J’exprime ma reconnaissance à ceux qui ont affronté des difficultés et des désagréments pour ne pas manquer ce rendez-vous ; dans le même temps, je suis proche de toutes les personnes âgées, seules ou malades, qui n’ont pas pu venir, mais qui sont unies à nous spirituellement.

L’Église considère les personnes âgées avec affection, reconnaissance et grande estime. Celles-ci constituent une partie essentielle de la communauté chrétienne et de la société. Je ne sais pas si vous avez bien entendu  : les personnes âgées sont une partie essentielle de la communauté chrétienne et de la société. Elles représentent en particulier les racines et la mémoire d’un peuple. Vous êtes une présence importante, car votre expérience constitue un trésor précieux, indispensable pour envisager l’avenir avec espérance et responsabilité. Votre maturité et votre sagesse, accumulées au fil des années, peuvent aider les plus jeunes, en les soutenant sur leur chemin de croissance et lorsqu’ils commencent à s’ouvrir à l’avenir, lorsqu’ils cherchent leur voie. Les personnes âgées, en effet, témoignent que, même dans les pires épreuves, il ne faut jamais perdre confiance en Dieu et en un avenir meilleur. Elles sont comme des arbres qui continuent de donner du fruit : malgré le poids des années, elles peuvent apporter une contribution originale en vue d’une société riche de valeurs et de l’affirmation de la culture de la vie.

Nombreuses sont les personnes âgées qui consacrent avec générosité leur temps et les talents que Dieu leur a accordés en s’ouvrant à l’aide et au soutien envers les autres. Je pense à celles qui se rendent disponibles dans les paroisses pour un service vraiment précieux : certaines se consacrent à l’ornement de la maison du Seigneur, d’autres comme catéchistes, animatrices de la liturgie, témoins de la charité. Et que dire de leur rôle dans le contexte familial? Combien de grands- parents prennent soin de leurs petits-enfants, en transmettant avec simplicité aux plus petits l’expérience de la vie, les valeurs spirituelles et culturelles d’une communauté et d’un peuple! Dans les pays qui ont subi une grave persécution religieuse, ce sont les grands-parents qui ont transmis la foi aux nouvelles générations, en conduisant les enfants au baptême dans un contexte de clandestinité douloureux.

Dans un monde, comme celui d’aujourd’hui, où la force et l’apparence sont souvent idéalisées, vous avez la mission de témoigner des valeurs qui comptent vraiment et qui demeurent pour toujours, car elles sont inscrites dans le cœur de tout être humain et garanties par la Parole de Dieu. Précisément en tant que personnes dites du troisième âge, vous, ou plutôt nous — car j’en fais partie —, sommes appelés à œuvrer en vue du développement d’une culture de la vie, témoignant que chaque étape de la vie est un don de Dieu, et possède une beauté et une importance propres, même avec les fragilités qui la caractérisent.

A côté des nombreuses personnes âgées qui, dans les limites de leurs possibilités, continuent à se prodiguer pour leur prochain, tant d’autres vivent avec la maladie, avec une mobilité réduite et ont besoin d’assistance. Je rends grâce aujourd’hui au Seigneur pour les nombreuses personnes et structures qui se consacrent au service quotidien de ces personnes âgées, pour favoriser des contextes humains adéquats où chacune d’elles peut vivre dignement cette étape importante de sa vie. Les instituts qui accueillent les personnes âgées sont appelés à être des lieux d’humanité et d’attention pleins d’amour, où les personnes les plus faibles ne sont pas oubliées ou négligées, mais visitées, rappelées et protégées  comme de grands frères et sœurs. Ainsi s’exprime la reconnaissance envers ceux qui ont tant donné à la communauté et qui sont sa racine.

Les institutions et les différentes structures sociales peuvent faire encore beaucoup pour aider les personnes âgées à exprimer au mieux leurs capacités, pour faciliter leur participation active, et surtout pour veiller à ce que leur dignité de personnes soit toujours respectée et valorisée. Pour ce faire, il est important de s’opposer à la culture nocive du rejet, qui marginalise les personnes âgées, en les considérant improductives. Les responsables publiques, les structures culturelles, éducatives et religieuses, ainsi que tous les hommes de bonne volonté, sont appelés à s’engager en vue de construire une société toujours plus accueillante et inclusive.

Ce rejet est très laid! Une de mes grands-mères me racontait l’histoire d’une famille où le grand-père, qui habitait avec eux [enfants et petits-enfants], était veuf, mais il tomba malade, malade..., et à table, il ne mangeait pas bien, faisait tomber un peu de nourriture. Un jour, le père décida de ne plus faire manger le grand-père à table avec eux, mais dans la cuisine, et il a fabriqué une petite table pour le grand- père. Ainsi, la famille mangeait sans le grand-père. Quelques jours plus tard, en rentrant à la maison après le travail, il trouva un de ses enfants en train de jouer avec du bois, des clous et un marteau... «  Mais que fais-tu? » [lui demanda son papa]. L’enfant lui répondit : « Je fabrique une table » — « Mais pourquoi? » — « Pour toi. Pour que quand tu deviendras vieux, tu puisses manger comme ça ». Les enfants naturellement sont très attachés aux grands-parents et ils comprennent des choses que seuls les grands-parents peuvent expliquer à travers leur vie et leur attitude. Cette culture du rejet dit : « Tu es vieux, dehors! ». Tu es vieux, oui, mais tu as tant de choses à nous dire, à nous raconter, sur l’histoire, la culture, la vie, les valeurs... Il ne faut pas laisser cette culture du rejet progresser, il faut toujours qu’il y ait une culture inclusive.

Il est important également de favoriser les liens entre générations. L’avenir d’un peuple exige que les jeunes et les personnes âgées se rencontrent : les jeunes sont la vitalité d’un peuple en chemin et les personnes âgées renforcent cette vitalité par la mémoire et la sagesse. Et parlez avec vos petits-enfants, parlez. Laissez-les vous poser des questions. Leur particularité est différente de la nôtre, ils font d’autres choses, aiment d’autres musiques..., mais ils ont besoin des personnes âgées, de ce dialogue continu. Notamment pour leur donner de la sagesse. Cela me fait beaucoup de bien de lire l’histoire de Joseph et Marie qui amenèrent l’Enfant Jésus — l’enfant avait 40 jours — au temple ; et là, ils trouvèrent deux grands-parents [Syméon et Anne], et ces grands- parents étaient la sagesse du peuple ; ils louaient Dieu pour que cette sagesse puisse se poursuivre avec cet Enfant. Ce sont les grands-parents qui accueillent Jésus au temple, pas le prêtre : celui-ci vient après. Lisez cela vous aussi, dans l’Évangile de Luc, c’est très beau!

Chers grands-pères et grands-mères, merci pour l’exemple d’amour, de dévouement et de sagesse que vous offrez. Continuez avec courage à témoigner ces valeurs! Que votre sourire et votre regard lumineux ne manquent jamais à la société : que la société puisse les voir! Je vous accompagne par ma prière, et vous aussi, n’oubliez pas de prier pour moi. Et à présent, j’invoque sur vous, sur vos intentions et projets de bien, la bénédiction du Seigneur.

Prions à présent la grand-mère de Jésus, sainte Anne ; prions sainte Anne, qui est la grand- mère de Jésus, et faisons-le en silence, un instant. Que chacun demande à sainte Anne de nous enseigner à être de bons et sages grands-parents.

[Bénédiction]

Merci.

Source : vatican.va

 

 

« Toute vie est sacrée ! »

Paroles du pape François après l’angélus

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, en Italie, nous célébrons la Journée pour la vie, sur le thème « Femmes et hommes pour la vie dans le sillage de Sainte Teresa de Calcutta ».

Je me joins aux évêques italiens pour souhaiter une action éducative courageuse en faveur de la vie humaine.

Toute vie est sacrée!

Faisons progresser la culture de la vie en réponse à la logique du rebut et au déclin démographique. Soyons proches et ensemble prions pour les enfants qui sont en danger d’interruption de grossesse, ainsi que pour les personnes qui sont en fin de la vie – toute vie est sacrée! – afin que personne ne soit laissé seul et que l’amour défende le sens de la vie.

Rappelons-nous les paroles de Mère Teresa: «La vie est beauté, admire-la! La vie est vie, défends-la ! », que ce soit pour l’enfant à naître, ou pour la personne qui est près de mourir: toute vie est sacrée!

Je salue tous ceux qui travaillent pour la vie, les professeurs des universités romaines et ceux qui collaborent en vue de la formation des nouvelles générations, afin qu’elles soient en mesure de construire une société accueillante et digne pour toute personne.

Je salue tous les pèlerins, les familles, les groupes religieux et les associations de différentes régions du monde. En particulier, je salue les fidèles de Vienne, Grenade, Melilla, Acquaviva delle Fonti et Bari; ainsi que les étudiants de Penafiel (Portugal) et Badajoz (Espagne).

Je vous souhaite à tous un bon dimanche. S’il vous plaît n’oubliez pas de prier pour moi.

Bon déjeuner et au revoir!

Source : zenit.org

 

Portugal : le pape François encourage la Marche pour la vie

En plein débat sur l’euthanasie

La personne et la famille ont besoin d’un « nouvel engagement qui favorise les vraies valeurs humaines, morales et spirituelles », écrit le pape François dans un message aux organisateurs de la sixième « Marche pour la vie » – «Caminhada pela Vida» – qui se tiendra le 14 mai au Portugal, rapporte Radio Vatican.

Le message est signé par Mgr Angelo Becciu, substitut pour les affaires générales de la secrétairerie d’Etat.

Le pape François encourage à inciter « les personnes, les familles et la société portugaise à vouloir rechercher le bien commun, qui plonge ses racines dans l’harmonie, la justice et le respect des droits de la personne humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle ».

Il cite un passage de son exhortation apostolique « Amoris Laetitia » sur l’amour dans la famille : « Un regard attentif à la vie quotidienne des hommes et des femmes d’aujourd’hui montre immédiatement le besoin qui existe partout d’une bonne dose d’esprit familial […]. Non seulement l’organisation de la vie commune se heurte toujours plus à une bureaucratie totalement étrangère aux liens humains fondamentaux, mais les comportements sociaux et politiques révèlent même souvent des signes de dégradation » (n. 183). ...

Le thème de cette année est « Marchons toujours pour la vie ». L’initiative a lieu en plein débat sur la possibilité ou non de légaliser l’euthanasie dans le pays. Les organisateurs espèrent que l’initiative offrira « un témoignage public clair en faveur de la défense de vie à tous les stades de son développement ».

Source : zenit.org

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS À LA RENCONTRE ORGANISÉE PAR L'ASSOCIATION SCIENCE ET VIE

Salle Clémentine
Samedi 30 mai 2015


Chers frères et sœurs,

Je vous accueille à l’occasion du dixième anniversaire de la fondation de votre association, et je vous remercie pour cette rencontre et pour votre engagement. Je remercie en particulier Madame la présidente pour les paroles aimables qu’elle m’a adressées au nom de vous tous.

Votre service en faveur de la personne humaine est important et encourageant. En effet, la protection et la promotion de la vie représentent un devoir fondamental, à plus forte raison dans une société marquée par la logique négative de la mise au rebut. Pour cela, je vois votre association comme des mains qui se tendent vers d’autres mains et soutiennent la vie.

C’est un défi difficile, dans lequel vous guident les attitudes d’ouverture, d’attention, de proximité envers l’homme dans sa situation concrète. Cela est très bien. Les mains qui se serrent garantissent non seulement solidité et équilibre, mais transmettent aussi la chaleur humaine.

Pour protéger la personne, vous placez au centre deux actions essentielles: sortir pour rencontrer et rencontrer pour soutenir. Le dynamisme commun de ce mouvement va du centre vers les périphéries. Au centre, il y a le Christ. Et de ce centre, vous vous orientez vers les différentes conditions de la vie humaine.

L’amour du Christ nous pousse (cf. 2 Cor 5, 14) à nous faire serviteurs des petits et des personnes âgées, de chaque homme et chaque femme, pour lesquels le droit primordial à la vie doit être reconnu et protégé. L’existence de la personne humaine, à qui vous consacrez votre sollicitude, est aussi votre principe constitutif; c’est la vie dans son insondable profondeur qui crée et accompagne tout le chemin scientifique; c’est le miracle de la vie qui met toujours en crise certaines formes de présomption scientifique, en restituant la primauté à la merveille et à la beauté. Ainsi, le Christ, qui est la lumière de l’homme et du monde, illumine la route afin que la science soit toujours un savoir au service de la vie. Quand cette lumière manque, quand le savoir oublie le contact avec la vie, il devient stérile. Pour cela, je vous invite à garder élevé le regard sur la sacralité de toute personne humaine, afin que la science soit vraiment au service de l’homme, et non l’homme au service de la science.

La réflexion scientifique utilise la loupe pour s’arrêter sur l’analyse de détails déterminés. Et grâce aussi à cette capacité d’analyse, nous répétons qu’une société juste reconnaît comme primordial le droit à la vie de la conception jusqu’à son terme naturel. Je voudrais cependant que nous allions plus loin, et que nous pensions avec attention au temps qui unit le début à la fin. Par conséquent, en reconnaissant la valeur inestimable de la vie humaine, nous devons aussi réfléchir à l’utilisation que nous en faisons. La vie est avant tout un don. Mais cette réalité génère de l’espérance et de l’avenir si elle est vivifiée par des liens féconds, par des relations familiales et sociales qui ouvrent de nouvelles perspectives.

Le degré de progrès d’une civilisation se mesure précisément par sa capacité à protéger la vie, surtout dans ses phases les plus fragiles, plus que par la diffusion d’instruments technologiques. Quand nous parlons de l’homme, n’oublions jamais toutes les atteintes à la sacralité de la vie humaine. La plaie de l’avortement est une atteinte à la vie. Laisser mourir nos frères sur des barques dans le canal de Sicile est une atteinte à la vie. La mort sur le lieu de travail parce que l’on ne respecte pas les conditions de sécurité minimum est une atteinte à la vie. La mort par dénutrition est une atteinte à la vie. Le terrorisme, la guerre, la violence sont des atteintes à la vie; mais l’euthanasie aussi. Aimer la vie, c’est toujours prendre soin de l’autre, vouloir son bien, cultiver et respecter sa dignité transcendante.

Chers amis, je vous encourage à relancer une culture renouvelée de la vie, qui sache instaurer des réseaux de confiance et de réciprocité et qui sache offrir des horizons de paix, de miséricorde et de communion. N’ayez pas peur d’entreprendre un dialogue fécond avec tout le monde de la science, même avec ceux qui, bien que ne se déclarant pas croyants, restent ouverts au mystère de la vie humaine.

Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge vous protège. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi! Merci.

Source : vatican.va 

(soulignements par nos soins)

 

Fin de vie: le pape François rend visite à des malades en état végétatif

par AFPQC,

Le pape François s'est rendu vendredi de manière inopinée dans une structure pour malades en état végétatif et dans une maison pour personnes âgées, pour "manifester la valeur et la dignité de la vie en toute situation", a annoncé le Vatican.

Ce double geste manifeste l'opposition du pape aux pratiques médicales visant à abréger la fin de vie, y compris lorsque les personnes sont plongées dans un coma irréversible. Pour le pape, opposé à l'euthanasie, il faut respecter le terme naturel de la vie.

Cette visite surprise dans un quartier périphérique de Rome est une des initiatives privées que le pape entend prendre, hors caméra, dans le cadre du Jubilé de la miséricorde.

Le pape a d'abord visité la "Casa Bruno Buozzi", où résident 33 personnes âgées, puis la "Casa Iride", structure spécialisée où vivent six personnes en état végétatif avec leurs familles.

"Face à la culture du déchet, François a voulu montrer la grande importance et le prix qu'il accorde aux personnes âgées, aux grands-parents, et la valeur et la dignité de la vie dans toute situation", a insisté le communiqué du Vatican.

Le respect aux personnes âgées est un thème cher au pontife argentin, qui a selon ses biographes toujours effectué de nombreuses visites aux personnes en fin de vie à Buenos Aires.

L'Eglise catholique est favorable aux soins palliatifs et contre l'acharnement thérapeutique, mais s'oppose à toute forme d'euthanasie.

Source : quebec.huffingtonpost.ca

 

Cité du Vatican, 29 novembre 2015 (VIS).

Après sa rencontre avec la jeunesse, le Saint-Père s'est rendu à la Maison de la Charité de Nalukolongo fondée en 1978 par le Cardinal Nsubuga, qui y est enterré. Gérée par les Soeurs du Bon Samaritain, l'institution accueille une centaine de personnes pauvres de tout âge et religion, auxquels il s'est adressé en rappelant d'abord que Nalukolongo a toujours été lié à l'engagement social et caritatif de l'Eglise :

"Ici, dans les premiers temps, des enfants ont été rachetés de l'esclavage et des femmes ont reçu une éducation religieuse... Jésus est présent ici car il a promis de demeurer au milieu des pauvres et des malades, des prisonniers et des déshérites, de toutes les personnes qui souffrent...

Depuis cette maison de la charité je voudrais adresser un appel à toutes les paroisses et communautés présentes en Ouganda comme dans le reste de l'Afrique, un appel à ne pas oublier les pauvres. L'Evangile nous impose de sortir vers les périphéries de la société et de trouver le Christ dans celui qui souffre et dans celui qui se trouve dans le besoin. Le Seigneur nous dit sans équivoque qu'il nous jugera sur cela. Il est triste que nos sociétés permettent que le personnes âgées soient rejetées ou oubliées. Il est déplorable que les jeunes soient exploités par l'esclavage actuel du trafic d'êtres humains. Si nous regardons attentivement le monde qui nous entoure il semble qu'en de nombreux endroits l'égoïsme et l'indifférence se répandent. Combien de nos frères et soeurs sont victimes de la culture actuelle de l'use et jette, que génère le mépris surtout vis-à-vis des enfants non encore nés, des jeunes et des personnes âgées. Comme chrétiens, nous ne pouvons pas rester à regarder. Quelque chose doit changer.

Nos familles doivent devenir des signes encore plus évidents de l'amour patient et miséricordieux de Dieu, non seulement pour nos enfants et nos personnes âgées, mais aussi pour tous ceux qui se trouvent dans le besoin. Nos paroisses ne doivent pas fermer les portes et les oreilles au cri des pauvres. Il s'agit de la voie maîtresse du disciple chrétien. C'est de cette manière que nous rendons témoignage au Seigneur, qui est venu non pour être servi mais pour servir. Nous montrons ainsi que les personnes comptent plus que les choses et que ce que nous sommes est plus important que ce que nous possédons. En effet, précisément en ceux que nous servons, le Christ se révèle lui-même chaque jour et prépare l'accueil que nous espérons recevoir un jour dans son Royaume éternel.

Chers amis, à travers des gestes simples, à travers des actes simples et dévoués qui honorent le Christ dans les plus petits de ses frères et soeurs, nous faisons entrer la force de son amour dans le monde et nous le changeons réellement. Encore une fois je vous remercie pour votre générosité et pour votre charité. Je me souviendrai de vous dans mes prières et je vous demande, s'il vous plaît de prier pour moi. Je vous confie tous à la tendre protection de Marie".

Source : Vatican Information Service

 

 

Pape François ‏  Pontifex_fr 

22 oct. 2015

Dans les pauvres, nous voyons le visage du Christ qui s’est fait pauvre pour nous.

 

Source : twitter.com

 

 

Pape François@Pontifex_fr

23 juillet 2015

Celui qui aide les malades et ceux qui sont dans le besoin touche la chair du Christ, vivant et présent au milieu de nous.

 

 

Pape François@Pontifex_fr

21 juil. 2015

L’Église est appelée à se faire toujours plus attentionnée et prévenante envers les plus faibles.

 

Source : twitter

 

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 11 mars 2015


 

Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous poursuivons la réflexion sur les grands-parents, en considérant la valeur et l’importance de leur rôle dans la famille. Je le fais en m’identifiant à ces personnes, car moi aussi j’appartiens à cette tranche d’âge.

Quand j’ai été aux Philippines, le peuple philippin me saluait en disant : « Lolo Kiko » — c’est-à-dire grand-père François — « Lolo Kiko », me disaient-ils ! Il est important de souligner une première chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et être âgé contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur. En effet, autrefois il n’était pas aussi normal d’avoir du temps à disposition ; aujourd’hui cela l’est beaucoup plus. Et la spiritualité chrétienne a elle aussi été prise de court, il s’agit de tracer une spiritualité des personnes âgées. Mais grâce à Dieu les témoignages de saints et de saintes âgées ne manquent pas !

J’ai été très frappé par la « Journée pour les personnes âgées » que nous avons célébrée ici sur la place Saint-Pierre l’année dernière, la place était pleine. J’ai écouté des récits de personnes âgées qui se prodiguent pour les autres, et aussi des histoires de couples d’époux, qui disaient : « Nous fêtons notre 50e anniversaire de mariage, nous fêtons notre 60e anniversaire de mariage ». Cela est important de le faire voir aux jeunes qui se lassent vite ; le témoignage des personnes âgées concernant la fidélité est important. Et sur cette place elles étaient très nombreuses ce jour-là. C’est une réflexion qu’il faut poursuivre, aussi bien dans le domaine ecclésial que civil. L’Évangile vient à notre rencontre avec une très belle image émouvante et encourageante. C’est l’image de Siméon et Anne, dont nous parle l’Évangile de l’enfance de Jésus composé par saint Luc. Ils étaient assurément âgés, le « vieux » Siméon et la « prophétesse » Anne qui avait 84 ans. Cette femme ne cachait pas son âge. L’Évangile dit qu’ils attendaient la venue de Dieu chaque jour, avec une grande fidélité, depuis de longues années. Ils voulaient vraiment voir ce jour, en saisir les signes, en pressentir le début. Peut-être étaient-ils aussi un peu résignés, désormais, à mourir avant : mais cette longue attente continuait à occuper toute leur vie, ils n’avaient pas d’engagements plus importants que celui-ci : attendre le Seigneur et prier. Et bien, quand Marie et Joseph arrivèrent au temple pour obéir aux prescriptions de la Loi, Siméon et Anne s’élancèrent, animés par l’Esprit Saint (cf. Lc 2, 27). Le poids de l’âge et de l’attente disparut en un instant. Ils reconnurent l’Enfant, et découvrirent une nouvelle force, pour une nouvelle tâche : rendre grâce et rendre témoignage pour ce Signe de Dieu. Siméon improvisa un très bel hymne de joie (cf. Lc 2, 29-32) — il a été poète à ce moment-là — et Anne devint la première prédicatrice de Jésus : « Elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem » (Lc 2, 38).

Chers grands-parents, chères personnes âgées, plaçons-nous dans le sillage de ces vieux extraordinaires ! Devenons nous aussi un peu poètes de la prière : prenons goût à chercher nos mots, réapproprions-nous de ce que nous enseigne la Parole de Dieu. La prière des grands-parents et des personnes âgées est un grand don pour l’Église ! La prière des personnes âgées et des grands-parents est un don pour l’Église, c’est une richesse ! C’est également une grande transfusion de sagesse pour toute la société humaine, en particulier pour celle qui est trop affairée, trop prise, trop distraite. Quelqu’un doit bien chanter, pour eux aussi, chanter les signes de Dieu, proclamer les signes de Dieu, prier pour eux ! Regardons Benoît XVI, qui a choisi de passer dans la prière et dans l’écoute de Dieu la dernière période de sa vie ! C’est beau ! Un grand croyant du siècle dernier, de tradition orthodoxe, Olivier Clément, disait : « Une civilisation où l’on ne prie plus est une civilisation où la vieillesse n’a plus de sens. Et cela est terrifiant, nous avons besoin avant tout de personnes âgées qui prient, car la vieillesse nous est donnée pour cela ». Nous avons besoin de personnes âgées qui prient car la vieillesse nous est donnée précisément pour cela. C’est une belle chose que la prière des personnes âgées.

Nous pouvons rendre grâce au Seigneur pour les bienfaits reçus, et remplir le vide de l’ingratitude qui l’entoure. Nous pouvons intercéder pour les attentes des nouvelles générations et donner dignité à la mémoire et aux sacrifices des générations passées. Nous pouvons rappeler aux jeunes ambitieux qu’une vie sans amour est une vie desséchée. Nous pouvons dire aux jeunes qui ont peur, que l’angoisse de l’avenir peut être vaincue. Nous pouvons enseigner aux jeunes qui s’aiment trop qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Les grands-pères et les grands-mères forment la « chorale » permanente d’un grand sanctuaire spirituel, où la prière de supplication et le chant de louange soutiennent la communauté qui travaille et lutte sur le terrain de la vie.

La prière, enfin, purifie sans cesse le cœur. La louange et la prière à Dieu préviennent le durcissement du cœur dans le ressentiment et dans l’égoïsme. Comme le cynisme d’une personne âgée qui a perdu le sens de son témoignage, qui méprise les jeunes et ne communique pas une sagesse de vie est laid ! Comme est beau, en revanche, l’encouragement qu’une personne âgée réussit à transmettre aux jeunes à la recherche du sens de la foi et de la vie ! C’est vraiment la mission des grands-parents, la vocation des personnes âgées. Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. Je conserve encore avec moi les paroles que ma grand-mère me remit par écrit le jour de mon ordination sacerdotale ; elles sont toujours dans mon bréviaire, je les lis souvent et cela me fait du bien.

Comme je voudrais une Église qui défie la culture du rebut par la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées ! C’est ce que je demande aujourd’hui au Seigneur, cette étreinte !


Je salue les pèlerins de langue française, en particulier les membres de l’enseignement catholique du diocèse de Nanterre.

J’invite vos familles à accueillir avec reconnaissance au milieu d’elles les personnes âgées, afin de recevoir leur témoignage de sagesse nécessaire aux jeunes générations.

Que Dieu vous bénisse.

Source : vatican.va

 

 

Le Pape s'adresse à l'Académie pour la vie

Cité du Vatican, 5 mars 2015 (VIS). Le Pape François a reçu ce matin l'Académie pontificale pour la vie, dont l'assemblée générale annuelle a portée sur l'assistance aux personnes âgées et les soins palliatifs: Ces soins, leur a-t-il dit, "sont la manifestation matérielle de l'assistance que nous nous devons les uns aux autres, à ceux qui souffrent en premier lieu. Leur recours montre que la personne demeure précieuse lorsqu'elle est est marquée par la vieillesse et la maladie... Lorsque la vie devient fragile et tend à sa conclusion, nous avons la responsabilité d'accompagner aux mieux la personne. Le commandement biblique d'honorer les parents implique l'assistance aux personnes âgées. Dieu y a associé la double promesse d'une vie propre heureuse et plus longue. Cette fidélité au quatrième commandement garantit à l'homme le don de la terre et la possibilité d'en profiter... Ceci nous révèle le rapport pédagogique fondamental entre enfants et parents, entre jeunes et anciens, y compris dans la transmission du savoir et de la foi aux générations à venir. Respecter ce commandement est source de vie et de bénédiction. Par contre, la Bible promet une punition sévère à qui maltraite ou abandonne ses parents... La Parole est toujours vivante et ce commandement est de grande actualité, dans une société où la logique de l'utilité l'emporte sur la solidarité et la gratuité, y compris au sein de la famille... Honorer l'autre signifie en avoir un total respect et en prendre soin, surtout lorsqu'il s'agit de quelqu'un qu'à cause de son état physique, moral ou social on pourrait laisser mourir ou faire mourir. L'assistance médicale joue un grand rôle dans la société...au service de la personne âgée. Mais l'efficacité ne peut être le seul critère des médecins, qui ne doivent pas non plus être soumis à des politiques ou à la convenance économique. L'Etat ne saurait envisager de faire des économies sur cet aspect de la médecine".

Les personnes âgées, a poursuivi le Saint-Père, "ont avant tout besoin de l'attention de leurs familles, d'une affection que ne sauraient remplacer les meilleurs structures de prise en charge ou le meilleur personnel soignant". L'objectif de réduire les souffrances dans la phase finale d'une maladie s'applique "de manière toute particulière aux personnes âgées et risquent de moins bénéficier de l'attention du corps médical. L'abandon est même le pire des maux qu'elles peuvent subir, la plus grande injustice. Ceux qui nous ont aidé à grandir ne doivent pas être abandonné au moment où ils ont le plus grand besoin d'aide... Ils ont besoin de notre aide, de notre amour, de notre tendresse". Disant alors combien il apprécie les efforts de l'académie pour que les soins palliatifs soient appliqués à tous ceux qui en ont besoin, le Pape a alors encouragé les chercheurs, le personnel médical et les étudiants à renforcer leur spécialisation dans un domaine "qui n'est pas de moindre valeurs parce qu'il ne sauve pas la vie". Ils doivent "pratiquer sans perdre de vue que l'esprit de service et la conscience médicale sont science au sens le plus noble. C'est pourquoi, "aider l'homme ne peut s'accomplir en agissant contre lui, sa vie et sa dignité".

Source : Vatican Information Service

 

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 4 mars 2015


 

Chers frères et sœurs, bonjour.

La catéchèse d’aujourd’hui et celle de mercredi prochain sont consacrées aux personnes âgées, qui, dans le cadre de la famille, sont les grands-parents, les oncles et les tantes. Nous réfléchirons aujourd’hui sur la condition actuelle problématique des personnes âgées, et la prochaine fois, c’est-à-dire mercredi prochain, de manière plus positive, sur la vocation contenue dans cet âge de la vie.

Grâce aux progrès de la médecine, la vie s’est allongée, mais la société ne s’est pas «élargie» à la vie ! Le nombre des personnes âgées s’est multiplié, mais nos sociétés ne se sont pas assez organisées pour leur faire place, avec le juste respect et la considération concrète pour leur fragilité et leur dignité. Tant que nous sommes jeunes, nous sommes incités à ignorer la vieillesse, comme s’il s’agissait d’une maladie à tenir à distance ; ensuite, quand nous vieillissons, en particulier si nous sommes pauvres, si nous sommes malades, seuls, nous faisons l’expérience des carences d’une société programmée sur l’efficacité, qui en conséquence ignore les personnes âgées. Et les personnes âgées sont une richesse, on ne peut pas les ignorer.

Benoît xvi, en visitant une maison pour les personnes âgées, employa des mots clairs et prophétiques, s’exprimant ainsi : « La qualité d’une société, je dirais d’une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune » (12 novembre 2012). C’est vrai, l’attention à l’égard des personnes âgées fait la différence d’une civilisation. Porte-t-on de l’attention aux personnes âgées dans une civilisation ? Y a-t-il de la place pour la personne âgée ? Cette civilisation ira de l’avant si elle sait respecter la sagesse, la sapience des personnes âgées. Une civilisation où il n’y a pas de place pour les personnes âgées, ou qui les met au rebut parce qu’elles créent des problèmes, est une société qui porte en elle le virus de la mort.

En Occident, les chercheurs présentent le siècle actuel comme le siècle du vieillissement, le nombre d’enfants diminue et celui des personnes âgées augmente. Ce déséquilibre nous interpelle, il est même un grand défi pour la société contemporaine. Pourtant, une certaine culture du profit insiste pour faire apparaître les personnes âgées comme un poids, un « lest ». Non seulement elles ne produisent pas, pense cette culture, mais elles sont une charge. En somme, quel est le résultat d’une telle façon de penser ? Il faut les mettre au rebut. Il est mauvais de voir des personnes âgées mises au rebut, c’est quelque chose de mauvais, c’est un péché ! On n’ose pas le dire ouvertement, mais on le fait ! Il y a quelque chose de lâche dans cette accoutumance à la culture du rebut. Mais nous sommes habitués à mettre les gens au rebut. Nous voulons faire disparaître notre peur accrue de la faiblesse et de la vulnérabilité, mais en agissant ainsi, nous augmentons chez les personnes âgées l’angoisse d’être mal supportées et d’être abandonnées.

Pendant mon ministère à Buenos Aires, j’ai déjà touché du doigt cette réalité avec ses problèmes : « Les personnes âgées sont abandonnées, et pas seulement dans la précarité matérielle. Elles sont abandonnées dans l’incapacité égoïste d’accepter leurs limites qui reflètent nos limites, dans les nombreuses difficultés qu’elles doivent aujourd’hui surmonter pour survivre dans une civilisation qui ne leur permet pas de participer, de donner leur avis, ni d’être des référents selon le modèle consumériste du “seuls les jeunes peuvent être utiles et peuvent profiter”. Ces personnes âgées devraient en revanche être, pour toute la société, la réserve de sagesse de notre peuple. Les personnes âgées sont la réserve sapientielle de notre peuple ! Avec quelle facilité fait-on taire sa conscience quand il n’y a pas d’amour ! » (Seul l’amour peut nous sauver, Cité du Vatican 2013, p. 83). C’est ce qui se passe. Je me souviens, quand je visitais les maisons de repos, je parlais à tout le monde et j’ai souvent entendu cela : « Comment allez-vous ? Et vos enfants ? — Bien, bien — Combien en avez-vous ? — Beaucoup. — Et ils viennent vous rendre visite ? — Oui, oui, souvent, oui, ils viennent. — Quand sont-ils venus la dernière fois ? Je me souviens d’une dame âgée qui m’a répondu : « Et bien, à Noël ». Nous étions au mois d’août ! Huit mois sans avoir reçu la visite de ses enfants, abandonnée pendant huit mois ! Cela s’appelle un péché mortel, comprenez-vous ? Une fois, enfant, ma grand-mère nous a raconté l’histoire d’un grand-père âgé qui se salissait en mangeant, parce qu’il avait des difficultés à porter la cuillère remplie de soupe à sa bouche. Et son fils, c’est-à-dire le père de famille, avait décidé de le déplacer de la table commune et avait préparé une petite table à la cuisine, où on ne le voyait pas, pour qu’il mange seul. Ainsi il n’aurait pas fait une mauvaise impression quand ses amis venaient déjeuner ou dîner. Quelques jours plus tard, il rentra chez lui et trouva le plus petit de ses enfants qui jouait avec du bois, un marteau et des clous ; il fabriquait quelque chose, il lui dit : « Mais que fais-tu ? — Je fais une table, papa. — Une table, pourquoi ? — Pour l’avoir quand tu deviendras vieux, comme ça tu pourras manger là ». Les enfants ont plus de conscience que nous !

Dans la tradition de l’Église, il existe un bagage de sagesse qui a toujours soutenu une culture de proximité des personnes âgées, une disposition à l’accompagnement affectueux et solidaire pendant cette partie finale de la vie. Cette tradition est enracinée dans l’Écriture Sainte, comme l’attestent par exemple ces expressions du livre du Siracide : « Ne fais pas fi du discours des vieillards, car eux-mêmes ont été à l’école de leurs parents ; c’est d’eux que tu apprendras la prudence et l’art de répondre à point nommé » (Si 8, 9).

L’Église ne peut pas et ne veut pas se conformer à une mentalité d’intolérance, et encore moins d’indifférence et de mépris à l’égard de la vieillesse. Nous devons réveiller le sentiment collectif de gratitude, d’appréciation, d’hospitalité, qui ait pour effet que la personne âgée se sente une partie vivante de sa communauté.

Les personnes âgées sont des hommes et des femmes, des pères et des mères qui sont passés avant nous sur notre même route, dans notre même maison, dans notre bataille quotidienne pour une vie digne. Ce sont des hommes et des femmes dont nous avons beaucoup reçu. La personne âgée n’est pas un extra-terrestre. La personne âgée, c’est nous, dans peu de temps, dans longtemps, mais cependant inévitablement, même si nous n’y pensons pas. Et si nous apprenons à bien traiter les personnes âgées, nous serons traités de la même manière.

Nous, les personnes âgées, sommes un peu toutes fragiles. Certaines, cependant, sont particulièrement faibles, beaucoup sont seules, et frappées par la maladie. Certaines dépendent de soins indispensables et de l’attention des autres. Ferons-nous pour cela un pas en arrière ? Les abandonnerons-nous à leur destin ? Une société sans proximité, où la gratuité et l’affection sans contrepartie — même entre étrangers — disparaissent, est une société perverse. L’Église, fidèle à la Parole de Dieu, ne peut pas tolérer cette dégénérescence. Une communauté chrétienne où proximité et gratuité ne seraient plus considérées comme indispensables, perdrait son âme avec celles-ci. Là où on ne fait pas honneur aux personnes âgées, il n’y a pas d’avenir pour les jeunes.


...

Je vous invite tous à vous faire proche des personnes âgées qui vous entourent et de leur faire sentir votre affection, votre estime et votre reconnaissance. Sachez profiter de leur expérience et de leur sagesse.

Bon pèlerinage.

Source : vatican.va

 

 

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA XXIIIe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2015

Sapientia cordis
“J’étais les yeux de l’aveugle, les pieds du boiteux” (Jb 29,15)

 

Chers frères et sœurs,

À l’occasion de la XXIIIème Journée mondiale du Malade, instaurée par saint Jean-Paul II, je m’adresse à vous tous qui supportez le fardeau de la maladie et êtes unis, de diverses manières, à la chair du Christ souffrant, et à vous également, professionnels et bénévoles de la santé.

Le thème de cette année nous invite à réfléchir sur une phrase du Livre de Job : « J’étais les yeux de l’aveugle, les pieds du boiteux » (29,15). Je voudrais le faire dans la perspective de la « sapientia cordis », la sagesse du cœur.

1. Cette sagesse n’est pas une connaissance théorique, abstraite, fruit de raisonnements. Elle est plutôt, comme le décrit saint Jacques dans son épître, « pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de pitié et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie » (3,17). Elle est donc un comportement inspiré par l’Esprit Saint dans l’esprit et le cœur de celui qui sait s’ouvrir à la souffrance des frères et reconnaît en eux l’image de Dieu. Faisons donc nôtre l’invocation du psaume : « Fais-nous savoir comment compter nos jours, que nous venions de cœur à la sagesse ! » (Ps 90,12). Dans cette sapientia cordis, qui est don de Dieu, nous pouvons résumer les fruits de la Journée mondiale du Malade.

2. La sagesse du cœur veut dire servir le frère. Dans le discours de Job qui contient les paroles « j’étais les yeux de l’aveugle, les pieds du boiteux », est mise en évidence la dimension du service à ceux qui en ont besoin, de la part de l’homme juste qui jouit d’une certaine autorité et a une place importante parmi les anciens de la ville. Sa stature morale se manifeste dans le service du pauvre qui demande de l’aide, et également en prenant soin de l’orphelin et de la veuve (v. 12-13).

Que de chrétiens rendent témoignage aujourd’hui encore, non par leurs paroles mais par leur vie enracinée dans une foi authentique, d’être « les yeux de l’aveugle » et les « pieds du boiteux » ! Des personnes qui sont proches des malades ayant besoin d’une assistance permanente, d’une aide pour se laver, s’habiller, se nourrir. Ce service, surtout lorsqu’il se prolonge dans le temps, peut devenir fatigant et pénible. Il est relativement facile de servir pendant quelques jours, mais il est difficile de soigner une personne pendant des mois, voire des années, également si celle-ci n’est plus à même de remercier. Et pourtant, voilà un grand chemin de sanctification ! Dans ces moments, on peut compter de manière particulière sur la proximité du Seigneur, et on est également un soutien spécial à la mission de l’Église.

3. La sagesse du cœur, c’est être avec le frère. Le temps passé à côté du malade est un temps sacré. C’est une louange à Dieu, qui nous conforme à l’image de son Fils, qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mt 20,28). Jésus lui-même a dit : « Et moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22,27).

Avec une foi vive, nous demandons à l’Esprit Saint de nous donner la grâce de comprendre la valeur de l’accompagnement, si souvent silencieux, qui nous conduit à consacrer du temps à ces sœurs et à ces frères qui, grâce à notre proximité et à notre affection, se sentent davantage aimés et réconfortés. En revanche, quel grand mensonge se dissimule derrière certaines expressions qui insistent tellement sur la « qualité de la vie », pour inciter à croire que les vies gravement atteintes par la maladie ne seraient pas dignes d’être vécues !

4. La sagesse du cœur, c’est la sortie de soi vers le frère. Notre monde oublie parfois la valeur spéciale du temps passé auprès du lit d’un malade, parce qu’on est harcelé par la hâte, par la frénésie de l’action, de la production et on oublie la dimension de la gratuité, de l’acte de prendre soin, de se charger de l’autre. En réalité, derrière cette attitude se dissimule souvent une foi tiède, oublieuse de cette parole du Seigneur qui déclare : « C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Voilà pourquoi je voudrais rappeler à nouveau « la priorité absolue de “la sortie de soi vers le frère” comme un des deux commandements principaux qui fondent toute norme morale et comme le signe le plus clair pour faire le discernement sur un chemin de croissance spirituelle en réponse au don absolument gratuit de Dieu » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 179). De la nature missionnaire même de l’Église jaillissent « la charité effective pour le prochain, la compassion qui comprend, assiste et encourage » (idem).

5. La sagesse du cœur c’est être solidaire avec le frère sans le juger. La charité a besoin de temps. Du temps pour soigner les malades et du temps pour les visiter. Du temps pour être auprès d’eux comme le firent les amis de Job : « Puis, s’asseyant à terre près de lui, ils restèrent ainsi durant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui adressa la parole, au spectacle d’une si grande douleur » (Jb 2,13). Mais les amis de Job cachaient au fond d’eux-mêmes un jugement négatif à son sujet : ils pensaient que son malheur était la punition de Dieu pour une de ses fautes. Au contraire, la véritable charité est un partage qui ne juge pas, qui ne prétend pas convertir l’autre ; elle est libérée de cette fausse humilité qui, au fond, recherche l’approbation et se complaît dans le bien accompli.

L’expérience de Job trouve sa réponse authentique uniquement dans la croix de Jésus, acte suprême de solidarité de Dieu avec nous, totalement gratuit, totalement miséricordieux. Et cette réponse d’amour au drame de la souffrance humaine, spécialement de la souffrance innocente, demeure imprimée pour toujours dans le corps du Christ ressuscité, dans ses plaies glorieuses, qui sont un scandale pour la foi mais sont également preuve de la foi (cf. Homélie pour la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II, 27 avril 2014).

De même, lorsque la maladie, la solitude et l’incapacité l’emportent sur notre vie de don, l’expérience de la souffrance peut devenir un lieu privilégié de la transmission de la grâce et une source pour acquérir et renforcer la sapientia cordis. Donc, on peut comprendre que Job, à la fin de son expérience, en s’adressant à Dieu, peut déclarer : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (42,5). Et les personnes plongées dans le mystère de la souffrance et de la douleur, accueilli dans la foi, peuvent également devenir des témoins vivant d’une foi qui permet d’habiter la souffrance elle-même, bien que l’homme, par son intelligence, ne soit pas capable de la comprendre en profondeur.

6. Je confie cette Journée mondiale du Malade à la protection maternelle de Marie, qui a accueilli dans son sein et a donné naissance à la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, notre Seigneur.

Ô Marie, Siège de la Sagesse, intercède comme notre Mère pour tous les malades et pour ceux qui en prennent soin. Fais que, dans le service du prochain qui souffre et à travers l’expérience même de la souffrance, nous puissions accueillir et faire croître en nous la véritable sagesse du cœur.

J’accompagne cette invocation pour vous tous de ma bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 3 Décembre 2014

Memorial de Saint François Xavier

FRANCISCUS

Source : vatican.va

 

 

VISITE DU SAINT-PÈRE
AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL DE L'EUROPE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS AU PARLEMENT EUROPÉEN

Strasbourg
Mardi 25 novembre 2014

(extraits)


(...) En m’adressant à vous aujourd’hui, à partir de ma vocation de pasteur, je désire adresser à tous les citoyens européens un message d’espérance et d’encouragement.

Un message d’espérance fondé sur la confiance que les difficultés peuvent devenir des promotrices puissantes d’unité, pour vaincre toutes les peurs que l’Europe – avec le monde entier – est en train de traverser. L’espérance dans le Seigneur qui transforme le mal en bien, et la mort en vie.

Encouragement pour revenir à la ferme conviction des Pères fondateurs de l’Union Européenne, qui ont souhaité un avenir fondé sur la capacité de travailler ensemble afin de dépasser les divisions, et favoriser la paix et la communion entre tous les peuples du continent. Au centre de cet ambitieux projet politique il y avait la confiance en l’homme, non pas tant comme citoyen, ni comme sujet économique, mais en l’homme comme personne dotée d’une dignité transcendante.

Je tiens avant tout à souligner le lien étroit qui existe entre ces deux paroles : « dignité » et « transcendante ».

La « dignité » est une parole-clé qui a caractérisé la reprise du second après guerre. Notre histoire récente se caractérise par l’indubitable centralité de la promotion de la dignité humaine contre les violences multiples et les discriminations qui, même en Europe, n’ont pas manqué dans le cours des siècles. La perception de l’importance des droits humains naît justement comme aboutissement d’un long chemin, fait de multiples souffrances et sacrifices, qui a contribué à former la conscience du caractère précieux, de l’unicité qu’on ne peut répéter de toute personne humaine individuelle. Cette conscience culturelle trouve son fondement, non seulement dans les évènements de l’histoire, mais surtout dans la pensée européenne, caractérisée par une riche rencontre, dont les nombreuses sources lointaines proviennent « de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves, et du christianisme qui l’a profondément pétrie», donnant lieu justement au concept de « personne ».

Aujourd’hui, la promotion des droits humains joue un rôle central dans l’engagement de l’Union Européenne, en vue de favoriser la dignité de la personne, en son sein comme dans ses rapports avec les autres pays. Il s’agit d’un engagement important et admirable, puisque trop de situations subsistent encore dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets dont on peut programmer la conception, la configuration et l’utilité, et qui ensuite peuvent être jetés quand ils ne servent plus, parce qu’ils deviennent faibles, malades ou vieux.

Quelle dignité existe vraiment, quand manque la possibilité d’exprimer librement sa pensée ou de professer sans contrainte sa foi religieuse ? Quelle dignité est possible, sans un cadre juridique clair, qui limite le domaine de la force et qui fasse prévaloir la loi sur la tyrannie du pouvoir ? Quelle dignité peut jamais avoir un homme ou une femme qui fait l’objet de toute sorte de discriminations ? Quelle dignité pourra jamais avoir une personne qui n’a pas de nourriture ou le minimum nécessaire pour vivre et, pire encore, qui n’a pas le travail qui l’oint de dignité ?

Promouvoir la dignité de la personne signifie reconnaître qu’elle possède des droits inaliénables dont elle ne peut être privée au gré de certains, et encore moins au bénéfice d’intérêts économiques.

Mais il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des équivoques qui peuvent naître d’un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd’hui la tendance à une revendication toujours plus grande des droits individuels – je suis tenté de dire individualistes –, qui cache une conception de la personne humaine détachée de tout contexte social et anthropologique, presque comme une « monade » (μονάς), toujours plus insensible aux autres « monades » présentes autour de soi. Au concept de droit, celui - aussi essentiel et complémentaire - de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même.

Par conséquent je considère qu’il est plus que jamais vital d’approfondir aujourd’hui une culture des droits humains qui puisse sagement relier la dimension individuelle, ou mieux, personnelle, à celle de bien commun, de ce « nous-tous » formé d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui s’unissent en communauté sociale. En effet, si le droit de chacun n’est pas harmonieusement ordonné au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par conséquent, devenir source de conflits et de violences.

Parler de la dignité transcendante de l’homme signifie donc faire appel à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette « boussole » inscrite dans nos cœurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé ; cela signifie surtout de regarder l’homme non pas comme un absolu, mais comme un être relationnel. Une des maladies que je vois la plus répandue aujourd’hui en Europe est la solitude, précisément de celui qui est privé de liens. On la voit particulièrement chez les personnes âgées, souvent abandonnées à leur destin, comme aussi chez les jeunes privés de points de référence et d’opportunités pour l’avenir ; on la voit chez les nombreux pauvres qui peuplent nos villes ; on la voit dans le regard perdu des migrants qui sont venus ici en recherche d’un avenir meilleur.

Cette solitude a été ensuite accentuée par la crise économique, dont les effets perdurent encore, avec des conséquences dramatiques du point de vue social. On peut constater qu’au cours des dernières années, à côté du processus d’élargissement de l’Union Européenne, s’est accrue la méfiance des citoyens vis-à-vis des institutions considérées comme distantes, occupées à établir des règles perçues comme éloignées de la sensibilité des peuples particuliers, sinon complètement nuisibles. D’un peu partout on a une impression générale de fatigue, de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Par conséquent, les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions.

À cela s’ajoutent des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres. On constate avec regret une prévalence des questions techniques et économiques au centre du débat politique, au détriment d’une authentique orientation anthropologique. L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître.

C’est une grande méprise qui advient « quand l’absolutisation de la technique prévaut », ce qui finit par produire « une confusion entre la fin et moyens ». Résultat inévitable de la « culture du déchet » et de la « mentalité de consommation exagérée ». Au contraire, affirmer la dignité de la personne c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement et qui ne peut, pour cette raison, être objet d’échange ou de commerce. Dans votre vocation de parlementaires, vous êtes aussi appelés à une grande mission, bien qu’elle puisse sembler inutile : prendre soin de la fragilité, de la fragilité des peuples et des personnes. Prendre soin de la fragilité veut dire force et tendresse, lutte et fécondité, au milieu d’un modèle fonctionnaliste et privatisé qui conduit inexorablement à la « culture du déchet ». Prendre soin de la fragilité de la personne et des peuples signifie garder la mémoire et l’espérance ; signifie prendre en charge la personne présente dans sa situation la plus marginale et angoissante et être capable de l’oindre de dignité.

Comment donc redonner espérance en l’avenir, de sorte que, à partir des jeunes générations, on retrouve la confiance afin de poursuivre le grand idéal d’une Europe unie et en paix, créative et entreprenante, respectueuse des droits et consciente de ses devoirs ?

Pour répondre à cette question, permettez-moi de recourir à une image. Une des fresques les plus célèbres de Raphaël qui se trouvent au Vatican représente la dite École d’Athènes. Au centre se trouvent Platon et Aristote. Le premier a le doigt qui pointe vers le haut, vers le monde des idées, nous pourrions dire vers le ciel ; le second tend la main en avant, vers celui qui regarde, vers la terre, la réalité concrète. Cela me parait être une image qui décrit bien l’Europe et son histoire, faite de la rencontre continuelle entre le ciel et la terre, où le ciel indique l’ouverture à la transcendance, à Dieu, qui a depuis toujours caractérisé l’homme européen, et la terre qui représente sa capacité pratique et concrète à affronter les situations et les problèmes. 

L’avenir de l’Europe dépend de la redécouverte du lien vital et inséparable entre ces deux éléments. Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme, ainsi que cet « esprit humaniste » qu’elle aime et défend cependant.

Précisément à partir de la nécessité d’une ouverture au transcendant, je veux affirmer la centralité de la personne humaine, qui se trouve autrement à la merci des modes et des pouvoirs du moment. En ce sens j’estime fondamental, non seulement le patrimoine que le christianisme a laissé dans le passé pour la formation socioculturelle du continent, mais surtout la contribution qu’il veut donner, aujourd’hui et dans l’avenir, à sa croissance. Cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des États ni pour l’indépendance des institutions de l’Union, mais au contraire un enrichissement. Les idéaux qui l’ont formée dès l’origine le montrent bien: la paix, la subsidiarité et la solidarité réciproque, un humanisme centré sur le respect de la dignité de la personne.

(...) Nous ne pouvons pas ici ne pas rappeler les nombreuses injustices et persécutions qui frappent quotidiennement les minorités religieuses, en particulier chrétiennes, en divers endroits du monde. Des communautés et des personnes sont l’objet de violences barbares : chassées de leurs maisons et de leurs patries ; vendues comme esclaves ; tuées, décapitées, crucifiées et brulées vives, sous le silence honteux et complice de beaucoup.

La devise de l’Union Européenne est Unité dans la diversité, mais l’unité ne signifie pas uniformité politique, économique, culturelle ou de pensée. En réalité, toute unité authentique vit de la richesse des diversités qui la composent : comme une famille qui est d’autant plus unie que chacun des siens peut être, sans crainte, davantage soi-même. Dans ce sens, j’estime que l’Europe est une famille des peuples, lesquels pourront sentir les institutions de l’Union proches dans la mesure où elles sauront sagement conjuguer l’idéal de l’unité à laquelle on aspire, à la diversité propre de chacun, valorisant les traditions particulières, prenant conscience de son histoire et de ses racines, se libérant de nombreuses manipulations et phobies. Mettre au centre la personne humaine signifie avant tout faire en sorte qu’elle exprime librement son visage et sa créativité, au niveau des individus comme au niveau des peuples.

D’autre part, les particularités de chacun constituent une richesse authentique dans la mesure où elles sont mises au service de tous. Il faut toujours se souvenir de l’architecture propre de l’Union Européenne, basée sur les principes de solidarité et de subsidiarité, de sorte que l’aide mutuelle prévale, et que l’on puisse marcher dans la confiance réciproque.

Dans cette dynamique d’unité-particularité, se pose à vous, Mesdames et Messieurs les Eurodéputés, l’exigence de maintenir vivante la démocratie, la démocratie des peuples d’Europe. Il est connu qu’une conception uniformisante de la mondialité touche la vitalité du système démocratique, affaiblissant le débat riche, fécond et constructif des organisations et des partis politiques entre eux.

On court ainsi le risque de vivre dans le règne de l’idée, de la seule parole, de l’image, du sophisme… et de finir par confondre la réalité de la démocratie avec un nouveau nominalisme politique. Maintenir vivante la démocratie en Europe demande d’éviter les « manières globalisantes » de diluer la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les fondamentalismes anhistoriques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse.

Maintenir vivante la réalité des démocraties est un défi de ce moment historique, en évitant que leur force réelle – force politique expressive des peuples – soit écartée face à la pression d’intérêts multinationaux non universels, qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d’empires inconnus. C’est un défi qu’aujourd’hui l’histoire vous lance.

Donner espérance à l’Europe ne signifie pas seulement reconnaître la centralité de la personne humaine, mais implique aussi d’en favoriser les capacités. Il s’agit donc d’y investir ainsi que dans les domaines où ses talents se forment et portent du fruit. Le premier domaine est surement celui de l’éducation, à partir de la famille, cellule fondamentale et élément précieux de toute société. La famille unie, féconde et indissoluble porte avec elle les éléments fondamentaux  pour donner espérance à l’avenir. Sans cette solidité, on finit par construire sur le sable, avec de graves conséquences sociales. D’autre part, souligner l’importance de la famille non seulement aide à donner des perspectives et l’espérance aux nouvelles générations, mais aussi aux nombreuses personnes âgées, souvent contraintes à vivre dans des conditions de solitude et d’abandon parce qu’il n’y a plus la chaleur d’un foyer familial en mesure de les accompagner et de les soutenir.

À côté de la famille, il y a les institutions éducatives : écoles et universités. L’éducation ne peut se limiter à fournir un ensemble de connaissances techniques, mais elle doit favoriser le processus plus complexe de croissance de la personne humaine dans sa totalité. Les jeunes d’aujourd’hui demandent à pouvoir avoir une formation adéquate et complète pour regarder l’avenir avec espérance, plutôt qu’avec désillusion. Ensuite, les potentialités créatives de l’Europe dans divers domaines de la recherche scientifique, dont certains ne sont pas encore complètement explorés, sont nombreuses. Il suffit de penser par exemple aux sources alternatives d’énergie, dont le développement servirait beaucoup à la protection de l’environnement.

(...) À vous législateurs, revient le devoir de protéger et de faire grandir l’identité européenne, afin que les citoyens retrouvent confiance dans les institutions de l’Union et dans le projet de paix et d’amitié qui en est le fondement. Sachant que « plus grandit le pouvoir de l’homme plus s’élargit le champ de ses responsabilités, personnelles et communautaires ». Je vous exhorte donc à travailler pour que l’Europe redécouvre sa bonne âme.

Un auteur anonyme du IIème siècle a écrit que « les chrétiens représentent dans le monde ce qu’est l’âme dans le corps ». Le rôle de l’âme est de soutenir le corps, d’en être la conscience et la mémoire historique. Et une histoire bimillénaire lie l’Europe et le christianisme. Une histoire non exempte de conflits et d’erreurs, et aussi de péchés, mais toujours animée par le désir de construire pour le bien. Nous le voyons dans la beauté de nos villes, et plus encore dans celle des multiples œuvres de charité et d’édification humaine commune qui parsèment le continent. Cette histoire, en grande partie, est encore à écrire. Elle est notre présent et aussi notre avenir. Elle est notre identité. Et l’Europe a fortement besoin de redécouvrir son visage pour grandir, selon l’esprit de ses Pères fondateurs, dans la paix et dans la concorde, puisqu’elle-même n’est pas encore à l’abri de conflits.

Chers Eurodéputés, l’heure est venue de construire ensemble l’Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables ; l’Europe qui embrasse avec courage son passé et regarde avec confiance son avenir pour vivre pleinement et avec espérance son présent. Le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l’Europe protagoniste, porteuse de science, d’art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi. L’Europe qui contemple le ciel et poursuit des idéaux ; l’Europe qui regarde, défend et protège l’homme ; l’Europe qui chemine sur la terre sûre et solide, précieux point de référence pour toute l’humanité !

Merci.

Source  vatican.va

 

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS COMMÉMORATIF
DE L'ASSOCIATION DES MÉDECINS CATHOLIQUES ITALIENS,
À L'OCCASION DU 70e ANNIVERSAIRE DE SA FONDATION

Salle Paul VI
Samedi 15 novembre 2014

[Multimédia]


Bonjour !

Je vous remercie de votre présence et aussi de vos vœux : que le Seigneur m’accorde vie et santé ! Mais cela dépend aussi des médecins, qu’ils aident le Seigneur ! Je désire en particulier saluer l’assistant ecclésiastique, Mgr Edoardo Menichelli, le cardinal Tettamanzi, qui a été votre premier assistant, et j’adresse également une pensée au cardinal Fiorenzo Angelini, qui pendant des décennies a suivi la vie de l’Association et qui est si malade, il a été hospitalisé ces jours derniers, n’est-ce pas ? Je remercie également le président pour ce beau vœu aussi, merci.

Il ne fait aucun doute que, de nos jours, grâce aux progrès scientifiques et techniques, les possibilités de guérison physique ont beaucoup augmenté; toutefois, par certains aspects, semble diminuer la capacité de « prendre soin » de la personne, surtout quand elle est souffrante, fragile et sans défense. En effet, les conquêtes de la science et de la médecine peuvent contribuer à l’amélioration de la vie humaine, dans la mesure où elles ne s’éloignent pas de la racine éthique de ces disciplines. C’est pour cette raison que vous, médecins catholiques, vous engagez à vivre votre profession comme une mission humaine et spirituelle, comme un véritable apostolat laïc.

L’attention à la vie humaine, en particulier à celle qui connaît le plus de difficultés, c’est-à-dire au malade, à la personne âgée, à l’enfant, concerne profondément la mission de l’Église. Cette dernière se sent appelée également à participer au débat qui a pour objet la vie humaine, en présentant sa propre proposition fondée sur l’Évangile. Dans de nombreux lieux, la qualité de la vie est principalement liée aux possibilités économiques, au « bien-être », à la beauté et à la jouissance de la vie physique, en oubliant d’autres dimensions plus profondes — relationnelles, spirituelles et religieuses — de l’existence. En réalité, à la lumière de la foi et de la juste raison, la vie humaine est toujours sacrée et toujours « de qualité ». Il n’existe pas une vie humaine plus sacrée qu’une autre : chaque vie humaine est sacrée !

De même qu’il n’y a pas de vie humaine plus significative qu’une autre sur le plan qualitatif, uniquement en vertu de moyens, de droits, d’opportunités économiques et sociales plus grandes.

C’est ce que vous, médecins catholiques, cherchez à affirmer, en premier lieu à travers votre style professionnel. Votre œuvre veut témoigner à travers la parole et l’exemple que la vie humaine est toujours sacrée, précieuse et inviolable, et comme telle, elle doit être aimée, défendue et soignée. Votre professionnalisme, enrichi par l’esprit de foi, est un motif de plus pour collaborer avec ceux qui — également à partir de différentes perspectives religieuses ou de pensée — reconnaissent la dignité de la personne humaine comme critère de leur activité. En effet, si le serment d’Hippocrate vous engage à être toujours des serviteurs de la vie, l’Évangile vous pousse au-delà : à l’aimer toujours et à tout prix, en particulier quand elle a besoin d’attentions et de soins particuliers. C’est ce qu’ont fait les membres de votre Association au cours de ces soixante-dix ans d’activité de grand mérite. Je vous exhorte à continuer avec humilité et confiance sur cette voie, en vous efforçant de poursuivre les finalités contenues dans vos statuts qui prennent en compte l’enseignement du Magistère de l’Église dans le domaine médico-moral.

La pensée dominante propose parfois une « fausse compassion » : celle qui considère que c’est aider une femme que de favoriser l’avortement, un acte de dignité de procurer l’euthanasie, une conquête scientifique de « produire » un enfant considéré comme un droit au lieu de l’accueillir comme un don ; ou d’utiliser des vies humaines comme des cobayes de laboratoire en prétendant en sauver d’autres. En revanche, la compassion évangélique est celle qui accompagne au moment du besoin, c’est-à-dire celle du Bon Samaritain, qui « voit », qui « a compassion », qui s’approche et offre une aide concrète (cf. Lc 10, 33). Votre mission de médecins vous met quotidiennement en contact avec de nombreuses formes de souffrance : je vous encourage à les prendre en charge en « bons samaritains », en ayant soin de manière particulière des personnes âgées, des malades et des porteurs de handicap. La fidélité à l’Évangile de la vie et au respect de celle-ci comme don de Dieu, demande parfois des choix courageux et à contre courant qui, dans des circonstances particulières, peuvent arriver à l’objection de conscience. Et aux nombreuses conséquences sociales que cette fidélité comporte. Nous vivons une époque d’expérimentation sur la vie. Mais une mauvaise expérimentation. Produire des enfants au lieu de les accueillir comme un don, comme je l’ai dit. Jouer avec la vie. Faites attention, car cela est un péché contre le Créateur : contre Dieu Créateur, qui a créé les choses ainsi. Alors que si souvent, dans ma vie de prêtre, j’ai entendu des objections. « Mais dis-moi, pourquoi l’Église s’oppose-t-elle à l’avortement par exemple ? C’est un problème religieux ? » — « Non, non. Ce n’est pas un problème religieux » — « C’est un problème philosophique ? » — « Non, ce n’est pas un problème philosophique ». C’est un problème scientifique, car il y a là une vie humaine et il n’est pas licite de tuer une vie humaine pour résoudre un problème. « Mais non, la pensée moderne... » — « Écoute, dans la pensée ancienne et dans la pensée moderne, le mot tuer signifie la même chose ! ». Cela vaut aussi pour l’euthanasie : nous savons tous qu’avec autant de personnes âgées, dans cette culture du rebut, il existe cette euthanasie cachée. Mais il existe aussi l’autre. Et cela signifie dire à Dieu : « Non, la fin de la vie c’est moi qui la décide, comme je veux ». Un péché contre Dieu créateur. Il faut bien penser à cela.

Je souhaite que les soixante-dix ans de votre Association incitent à un chemin supplémentaire de croissance et de maturation. Puissiez-vous collaborer de manière constructive avec toutes les personnes et les institutions qui partagent avec vous l’amour pour la vie et se prodiguent pour la servir dans sa dignité, son caractère sacré et son inviolabilité. Saint Camille de Lellis, en suggérant la méthode la plus efficace pour soigner un malade, disait simplement : « Mettez plus de cœur dans ces mains ». Mettez plus de cœur dans ces mains. Tel est également mon souhait. Que la Sainte Vierge, la Salus infirmorum, soutienne les intentions avec lesquelles vous entendez poursuivre votre action. Je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi et je vous bénis de tout cœur. Merci.

Source vatican.va

 

 

PAPE: AVORTEMENT ET EUTHANASIE, DES PÉCHÉS CONTRE DIEU CRÉATEUR

 

2014-11-15 Radio Vatican

(RV) Le Pape François a mis en garde le corps médical contre la tentation de jouer avec la vie. Il s’agit, a-t-il dit, d’un péché contre Dieu Créateur. Le Saint-Père a reçu samedi matin quelque 5000 médecins catholiques italiens. « Veillez à ne pas soumettre la vie à des expériences, leur a-t-il recommandé, par exemple en fabriquant des enfants plutôt que de les accueillir comme un don ».

C’est ainsi un véritable plaidoyer en faveur de la vie qu’il a prononcé, se situant dans la droite ligne de ses prédécesseurs. De l’avortement et l’euthanasie, à la fécondation in vitro, le Pape François est formel : la vie est toujours inviolable, il faut l’aimer, la défendre et la soigner et dans certaines circonstances, les médecins catholiques doivent aller jusqu’à l’objection de conscience.

Le Souverain Pontife a souligné que l’avortement n’est pas problème religieux ni même philosophique. C’est un problème « scientifique » parce qu’il est « illicite » de détruire une vie humaine pour résoudre un problème. Et ce principe, a-t-il assuré, ne pourra pas changer avec le temps. « Tuer a la même signification aujourd’hui que dans le passé. Cela vaut aussi pour l’euthanasie, y compris l’euthanasie cachée dont sont victimes les personnes âgées ».

Le Saint-Père s’en est pris à la pensée dominante qui propage une fausse compassion sur l’avortement, l’euthanasie et la fécondation in vitro. On veut faire croire que l’avortement est une aide apportée aux femmes, que l’euthanasie est un acte de dignité, que le fait de fabriquer un enfant est une conquête scientifique. L’enfant n’est pas est un droit, a-t-il martelé, mais un don à accueillir. La compassion évangélique est celle qui accompagne dans les moments de besoin, c’est celle du Bon Samaritain qui voit, qui compatit, qui s’approche et qui offre une aide concrète. Le Pape François a également pointé du doigt ceux qui utilisent des vies humaines comme des cobayes sous prétexte d’en sauver d’autres.

La vie humaine est toujours sacrée, elle est toujours de qualité. Il n’y a pas de vie humaine plus sacrée qu’une autre. Le Souverain Pontife a donc exhorté les médecins catholiques à être fidèles à l’Evangile de la vie et respecter la vie comme un don de Dieu, à faire des choix courageux, à contre-courant et à recourir si nécessaire à l’objection de conscience. Leur mission de médecins les met au contact quotidien avec de nombreuses formes de souffrance. Le Pape François souhaite qu’ils adoptent l’attitude du Bon Samaritain surtout à l’égard des personnes âgées, des infirmes et des handicapés.

Le Saint-Père a enfin attiré l’attention sur un paradoxe : aujourd’hui, les chances de guérison ont sensiblement augmenté grâce aux progrès scientifiques et techniques. Et pourtant, a-t-il regretté, la capacité de prendre soin des personnes, surtout les plus souffrantes et fragiles, semble avoir baissé. Les conquêtes de la science et de la médecine, a-t-il conclu, peuvent contribuer à améliorer la vie humaine à condition de ne pas s’éloigner de la racine éthique de ces disciplines.

Source fiamc.org

 

 

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MESSE AVEC LES PERSONNES ÂGÉES

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Place Saint-Pierre
Dimanche 28 septembre 2014

Nous accueillons aujourd’hui l’Évangile que nous avons écouté comme l’Evangile de la rencontre entre les jeunes et les personnes âgées: une rencontre pleine de joie, pleine de foi et pleine d’espérance.

Marie est jeune, très jeune. Élisabeth est âgée, mais en elle s’est manifestée la miséricorde de Dieu et, depuis six mois, avec son mari Zacharie, elle attend un enfant.

Marie, dans cette circonstance aussi, nous montre la voie : aller à la rencontre de sa parente âgée, rester avec elle, certes pour l’aider, mais aussi et surtout pour apprendre d’elle, qui est âgée, une sagesse de vie.

La première lecture, avec une variété d’expressions, fait écho au quatrième commandement : « Honore ton père et ta mère, afin que se prolongent tes jours sur la terre que te donne Yahvé ton Dieu » (Ex 20, 12). Il n’y a pas d’avenir pour le peuple sans cette rencontre entre les générations, sans que les enfants reçoivent avec reconnaissance le témoin de la vie des mains de leurs parents. Et dans cette reconnaissance envers celui qui nous a transmis la vie, il y a aussi la reconnaissance pour le Père qui est aux cieux.

Il y a parfois des générations de jeunes qui, pour des raisons historiques et culturelles complexes, vivent plus fortement le besoin de devenir autonomes vis-à-vis des parents, de se « libérer », pour ainsi dire, de l’héritage de la génération précédente. C’est comme un moment d’adolescence rebelle. Mais, si la rencontre n’est pas ensuite rétablie, si on ne retrouve pas un équilibre nouveau et fécond entre les générations, il en découle un grave appauvrissement pour le peuple, et la liberté qui prédomine dans la société est une fausse liberté qui se transforme presque toujours en autoritarisme.

Le même message nous vient de l’exhortation de l’apôtre Paul adressée à Timothée et, à travers lui, à la communauté chrétienne. Jésus n’a pas aboli la loi de la famille et du passage entre générations, mais il l’a portée à son accomplissement. Le Seigneur a formé une famille nouvelle, dans laquelle la relation avec lui et l’accomplissement de la volonté de Dieu le Père prévalent sur les liens du sang. Mais l’amour pour Jésus et pour le Père mène à son accomplissement l’amour pour les parents, pour les frères, pour les grands-parents, il renouvelle les relations familiales avec la sève de l’Évangile et de l’Esprit Saint. Et ainsi, saint Paul recommande à Timothée, qui est Pasteur et donc père de la communauté, d’avoir du respect pour les personnes âgées et les membres de la famille, et il l’exhorte à le faire avec une attitude filiale : l’homme âgé « comme un père », « les femmes âgées comme des mères » (cf. 1 Tm 5, 1). Le chef de la communauté n’est pas dispensé de cette volonté de Dieu, au contraire, la charité du Christ le pousse à le faire avec un amour plus grand. Comme la Vierge Marie, qui, tout en étant devenue la Mère du Messie, se sent poussée par l’amour de Dieu qui s’est incarné en elle, à accourir vers sa parente âgée.

Retournons alors à cette « icône » pleine de joie et d’espérance, pleine de foi, pleine de charité. Nous pouvons penser que la Vierge Marie, en étant dans la maison d’Elisabeth, l’aura entendue, avec son mari Zacharie, prier avec les paroles du Psaume responsorial d’aujourd’hui : « C’est toi mon espoir, Seigneur, Yahvé, ma foi dès ma jeunesse... Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse, quand décline ma vigueur, ne m’abandonne pas... vieilli, chargé d’années, ô Dieu, ne m’abandonne pas, que j’annonce ton bras aux âges à venir, ta puissance » (Ps 71, 5.9.18). La jeune Marie écoutait, et gardait tout cela dans son cœur. La sagesse d’Élisabeth et de Zacharie a enrichi son jeune esprit ; ils n’étaient pas experts en maternité et en paternité, parce que pour eux aussi, c’était la première grossesse, mais ils étaient experts de la foi, experts de Dieu, experts de cette espérance qui vient de Lui : c’est de cela dont le monde a besoin, de tout temps. Marie a su écouter ces parents âgés et pleins d’émerveillement, elle a mis à profit leur sagesse, et celle-ci a été précieuse pour elle, sur son chemin de femme, d’épouse et de maman.

C’est ainsi que la Vierge Marie nous montre la voie : la voie de la rencontre entre les jeunes et les personnes âgées. L’avenir d’un peuple présume nécessairement cette rencontre : les jeunes donnent la force de faire marcher le peuple et les personnes âgées renforcent cette force par la mémoire et la sagesse populaire.

Source : vatican.va

 

 

Le Pape défend la cause des personnes âgées

par Le Figaro.fr avec Reuters, 28/09/2014

En présence de son prédécesseur Benoît XVI, le pape François a dénoncé dimanche l'"euthanasie cachée" que constitue l'abandon des personnes âgées. Quelque 40.000 personnes étaient réunies sous le soleil place Saint-Pierre pour une journée d'hommage aux personnes âgées.

Le pape a souligné que les maisons de retraite ne devaient pas devenir des "prisons" où les profits prennent le pas sur les soins apportés aux personnes âgées, "oubliées, cachées, négligées". Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a actuellement 600 millions de personnes de plus de 60 ans dans le monde, un chiffre qui devrait doubler d'ici onze ans et atteindre deux milliards en 2050. 

L'abandon des personnes âgées, une "euthanasie cachée"

C'était seulement la troisième fois depuis sa démission en février 2013 que le pape émérite Benoît XVI, 87 ans, participait à une manifestation publique. Le pape François, 77 ans, a chaleureusement salué son prédécesseur et lui a donné deux fois l'accolade, soulignant que sa présence au Vatican, c'était "comme avoir à la maison un grand-père plein de sagesse".

"La violence contre les personnes âgées est aussi inhumaine que celle contre les enfants", a dit le pape François. "Combien de fois laisse-t-on les personnes âgées dans un abandon qui n'est ni plus ni moins qu'une euthanasie cachée ! C'est l'effet de la culture du déchet qui fait tant de mal à notre monde."

Source : lefigaro.fr

 

 

Cité du Vatican, 28 septembre 2014 (VIS).

Ce matin s'est déroulée Place St.Pierre un rassemblement du troisième âge sous les auspices du Conseil pontifical pour la famille (La vie longue est une bénédiction). Une heure plus tard, le Saint-Père s'est joint à l'assemblée pour dialoguer avec ces personnes du troisième âge venues du monde entier. Et à 10 h 30, il a célébré la messe et prononcé l'homélie dont voici les passages saillants :

La première lecture, a-t-il dit, "évoque le quatrième commandement: Honore ton père et ta mère, afin d'avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. Il n'y a pas d'avenir pour le peuple sans cette rencontre entre les générations, sans que les enfants reçoivent avec reconnaissance le témoignage de la vie des parents. Et dans cette reconnaissance envers qui a transmis la vie, il y a aussi la reconnaissance pour le Père céleste.

Il y a parfois des jeunes qui, pour des raisons historiques et culturelles complexes, ont plus fortement besoin de se rendre autonomes de leurs parents... Mais, si la rencontre n'est pas ensuite rétablie, si un équilibre entre les générations, nouveau et fécond, n'est pas retrouvé il s'en suit un grave appauvrissement pour le peuple, et la liberté qui prédomine dans la société est une fausse liberté qui, presque toujours, se transforme en autoritarisme...

Si Jésus n'a pas aboli la loi de la famille et du passage entre générations, il l'a portée à son accomplissement. Le Seigneur a formé une famille nouvelle, dans laquelle la relation avec lui et l'accomplissement de la volonté du Père prévalent sur les liens du sang. Mais l'amour pour Jésus et pour le Père mène à son accomplissement l'amour pour les parents, pour les frères, pour les grand-parents, il renouvèle les relations familiales avec la sève de l'Evangile".

La jeune Marie a écouté la sagesse d'Elisabeth et de Zacharie qui, s'ils n'étaient pas experts en maternité et paternité, "étaient experts de la foi, experts de Dieu, experts de l'espérance qui vient de lui. C'est de cela dont le monde a besoin, de tout temps. Marie a su écouter ces parents âgés et pleins d'étonnements, elle a mis à profit leur sagesse, et celle-ci a été précieuse pour elle, sur son chemin de femme, d'épouse et de mère...

Marie nous montre la voie de la rencontre entre les jeunes et les anciens. L'avenir d'un peuple a nécessairement besoin de cette rencontre. Les jeunes apportent la force nécessaire pour faire fonctionner la société, et les anciens la renforcent par la mémoire et la sagesse".

Source : VIS

 

 

MISERICORDE, DONNER SON COEUR AU PAUVRE

Cité du Vatican, 14 juin 2014 (VIS).

Le Saint-Père a rencontré Place St.Pierre la Confédération nationale des Miséricordes et les groupes Fratres de donateurs de sang d'Italie: "Tout votre service prend son sens et sa forme à partir de ce mot, miséricorde, un mot latin découlant de la formule Miseris Cor Dare, donner son cœur au pauvres. C'est ce qu'a fait Jésus en ouvrant son cœur à la misère de l'homme..., la gratuité de son amour pour les personnes souffrantes et les faibles. A partir des récits évangéliques, nous pouvons saisir la proximité, la bonté, la tendresse avec laquelle Jésus approchait les personnes souffrantes et les consolait, leur apportait du soulagement, et souvent les guérissait".

Le Pape a ajouté que nous sommes aussi appelés à être proches et à partager les conditions des personnes que nous rencontrons. "Il faut que nos paroles, nos gestes, nos attitudes expriment la solidarité, la volonté de ne pas rester étrangers à la douleur des autres, et cela avec une chaleur fraternelle et sans tomber dans aucune forme de paternalisme... On court le risque d'être des spectateurs très informés mais désincarnés de ces réalités, ou de faire de beaux discours qui se concluent par des solutions verbales et un désengagement par rapport aux problèmes réels. Cependant, nous sommes tous appelés à nous impliquer dans les tourments humains qui chaque jour nous interpellent. Imitons Jésus qui va sur les routes et qui n'a prévu ni les pauvres, ni les malades, ni les invalides qu'il rencontre le long de son chemin, mais qui s'arrête au premier qu'il rencontre, devenant une présence qui secourt, signe de la proximité de Dieu qui est bonté, providence et amour".

Avant de conclure, le Pape a rappelé que l'activité de ces associations s'inspire des sept œuvres de miséricorde corporelle: nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir les personnes nues, loger les pèlerins, visiter les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Il les a encouragés a poursuivre leur travail et à le modeler sur l'action du Christ "pour que toutes les personnes qui souffrent puissent vous trouver et compter sur vous quand ils en ont besoin".

Source : news.va