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12 raisons de dire non à l'euthanasie

1. Chacun doit vivre dans la dignité, jusqu’au bout de sa vie

Toute personne, quels que soient sa situation et son état médical, est intrinsèquement digne. Même dans les situations les plus redoutées, les équipes de soins palliatifs mettent tout leur cœur et leur savoir-faire à sauvegarder la dignité véritable des patients. Considérer que l’on assure la dignité d’une personne en lui donnant la mort est une défaite de l’humanité.

Source : http://laviepaslamort.fr/

 

 

« L’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible » (Bernanos)

Fin de vie, don d’organes, PMA,… la compassion est souvent convoquée comme alibi à des aménagements ou des évolutions légales. Cependant, la compassion peut-elle tout justifier ? Jacques Ricot est philosophe, auteur Du bon usage de la compassion[1], il pose les bases d’une réflexion ajustée sur cette notion galvaudée.

L’homme compatissant est perméable et accueillant à la détresse d’autrui. Il est impressionnable, il se laisse émouvoir. C’est pourquoi la compassion peut être définie comme cette sensibilité désarmante devant l’irruption en soi de la douleur d’autrui, ce qui ne signifie nullement qu’elle soit ressentie comme celle du souffrant, dans une impossible coïncidence. La compassion, pour le dire autrement, est le sentiment d’une tristesse causée par la souffrance d’autrui.

Être touché par la souffrance d’autrui, c’est évidemment ne pas seulement en être affecté, c’est vouloir la combattre. La compassion, c’est éprouver ce sentiment : être « contre » la souffrance, chercher à la soulager. Il faut donc, non pas épouser la même souffrance que l’autre, illusion malsaine, mais accepter d’être touché, s’autoriser à être sensible. Mais sans négliger l’indispensable articulation de la sensibilité et de la rationalité qui sont comme les deux mamelles de l’éthique.

Articuler sensibilité et rationalité

En effet, nous ne pouvons pas nous passer des principes moraux que la réflexion rationnelle et raisonnable peut proposer et il convient de s’insurger contre une nouvelle morale purement compassionnelle qui consisterait à dire qu’il suffirait d’éprouver dans sa chair et dans sa sensibilité des réactions qui seraient nécessairement justes puisqu’elles émaneraient du plus profond de nos entrailles. Or, la seule sensibilité n’est pas suffisante pour construire une morale, pour dicter nos conduites et il convient de l’articuler avec ce qui est le propre de l’homme, c’est-à-dire, sa capacité d’honorer la personne humaine grâce à des attitudes réfléchies, excédant la stricte réaction émotionnelle.

En faisant uniquement confiance à ce qui nous émeut, il se peut que nous cédions parfois à des réflexes, à des comportements inappropriés. Il faut avoir un cœur, mais un cœur intelligent disait déjà le sage Salomon qui adressait cette prière à son Dieu : « Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal ! » (1 Rois 3, 9). Une compassion mal éclairée peut être pire que l’indifférence.

C’est ce qu’illustre de manière très efficace la fable de La Fontaine, « L’Ours et l’Amateur des Jardins ». Un ours plein de compassion et de sensibilité cherche à aider son ami, un vieux jardinier. Or, une mouche se promène sur le visage de celui-ci pendant qu’il fait la sieste. Alors, l’ours, voulant épargner à son ami le risque d’être réveillé inopinément, mû par ce bon sentiment, décide de tuer la mouche. Saisissant un pavé, il le jette sur la mouche. « Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche », dit le fabuliste. La morale de l’histoire est donc qu’une réaction, simplement sensible et non éclairée par l’intelligence, peut s’avérer plus néfaste encore que l’insensibilité ! ...

La disjonction entre l’éthique et la compassion est la plaie de l’intelligence contemporaine. Il suffit parfois qu’une souffrance soit exprimée pour qu’elle fasse autorité et modifie les normes morales au nom d’une conception fort discutable de la compassion. Une souffrance, court-circuitant parfois la réflexion éthique approfondie, va légitimer le réflexe compassionnel. Ainsi, lorsque des femmes souffrent de ne pas pouvoir procréer en raison d’une situation objective et non pathologique, comme celle de la condition de célibataire ou d’homosexuelle, on s’empresse de fournir une « solution » à cette frustration en proposant une assistance médicale à la procréation. L’enfant, quelles que soient les modalités de sa venue au monde, serait-il devenu la seule réponse possible à l’épreuve de l’infécondité ? L’élimination a priori du père, remplacé par un géniteur réduit au rang de pourvoyeur de sperme, ne mérite-t-elle pas une réflexion mobilisant les ressources de la raison ? Le même schéma est à l’œuvre quand on vante l’esprit altruiste et « compassionnel » des mères porteuses, en refusant de voir qu’elles décident d’enfanter dans le dessein d’abandonner l’enfant dont elles vont accoucher, ce qui pose pourtant une question éthique élémentaire. Le cas de la fin de vie et de l’euthanasie est lui aussi fort emblématique. Car, inversant le précepte invitant à donner sa vie pour ceux qu’on aime, on en vient, au nom de la compassion pour ceux qui souffrent, à préférer ôter la vie de ceux qu’on aime.

Le cas de la fin de vie

La réaction émotionnelle, purement émotionnelle que nous avons vis-à-vis de la souffrance peut nous conduire à considérer que la seule façon de lutter contre la souffrance, de la soulager, serait d’éliminer le souffrant ! C’est une tentation contemporaine parce que nous sommes nourris de bons sentiments : nous ne voulons pas que l’autre souffre et alors nous lui murmurons à l’oreille : « Dans la situation de souffrance qui est la tienne, et devant ta demande de ne plus exister, il est normal que nous te fassions disparaître, puisque telle est ta volonté. » C’est là une attitude pernicieuse et dangereuse qui met en péril le lien social lui-même et jusqu’à la relation de soin en son essence. S’il n’y a pas de vie éthique sans recours à la sensibilité, à l’émotion, il faut nous souvenir qu’il y a aussi des limites qui guident notre action et qui sont comme des repères et des références.

La confusion qui règne entre le soulagement de la souffrance et l’élimination du souffrant a été décrite par Bernanos, d’une façon très prémonitoire en 1938, dans le livre antifranquiste Les Cimetières sous la lune : « Il y aurait tant à dire de la pitié ! Les esprits délicats jugent volontiers de la profondeur de ce sentiment aux convulsions qu’il provoque chez certains apitoyés. Or, ces convulsions expriment une révolte contre la douleur assez dangereuse pour le patient, car elle confondrait aisément dans la même horreur la souffrance et le souffrant. […] Certaines contradictions de l’histoire moderne se sont éclairées à mes yeux dès que j’ai bien voulu tenir compte d’un fait qui d’ailleurs crève les yeux : l’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible. Comme après le Déluge la terre appartiendra peut-être demain aux monstres mous. »

 Il se pourrait bien, disait donc Bernanos d’une façon prophétique, que notre époque choisisse de dire publiquement et juridiquement que, dans certaines situations, on pourrait supprimer le souffrant au lieu de combattre sa souffrance. Oui, une tripe sensible peut fort bien, et en toute naïveté, coexister avec un cœur dur. Et il me semble que c’est là que la philosophie, par sa manière de poser, rationnellement et sereinement, les problèmes, peut nous inviter à conjuguer une sensibilité éduquée et une rationalité cultivée.

L’impulsion généreuse, déconnectée de toute réflexion sur les moyens appropriés à la situation, flottant dans l’indétermination de toute norme morale, peut s’avérer plus désastreuse que l’insouciance, et c’est la leçon du pavé de l’ours de la fable de La Fontaine ou de la pitié devenue folle d’Anton Hofmiller.

La compassion est invitée à se laisser éclairer par des considérations raisonnées, qui ont une visée universelle, à l’instar de nos grands principes moraux, à commencer par l’interdit de tuer. Il s’agit là de principes fonctionnant comme une boussole destinée à nous guider et à nous aider à ne pas céder à une impulsion strictement sensible qui pourrait, parce qu’elle serait coupée de la réflexion, devenir sensiblerie et non pas sensibilité éclairée.

Il faut donc admettre que la compassion, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante pour prendre les décisions singulières face à tous les dilemmes éthiques que la vie propose. Si la compassion est ce sans quoi aucune vie morale ne serait possible, elle ne peut en aucune façon fournir le socle seul sur lequel s’édifierait l’éthique. Elle est le moteur, l’émotion, et l’ébranlement qui, instruits par l’intelligence, nous maintiennent dans « l’humanité » selon la belle ambivalence de ce terme qui désigne à la fois la commune appartenance à l’espèce humaine et… le sentiment de compassion.

Dans le cas de la fin de vie, l’authentique compassion, refuse, avec une énergie égale, la souffrance et le meurtre d’autrui ; elle ne confond pas le combat contre la souffrance et l’élimination du souffrant. Cette compassion ne procède pas d’une bienveillance paternaliste, éventuellement contradictoire avec le désir intime de celui qui s’en va et assume son destin, précisément parce que cette compassion se laisse éclairer par les principes de sagesse pratique que l’on peut rappeler de la manière suivante.

Une fois admise l’inutilité de la douleur en phase terminale et l’obligation de la soulager, y compris au risque d’abréger la vie, il convient que la compassion accepte d’entendre toutes les paroles, y compris celles qui réclament l’euthanasie. Tel est le sens de l’accompagnement de celui qui compatit, c’est-à-dire qui « souffre avec », selon l’étymologie (cum-patior). Mais entendre, ce n’est pas approuver. Car c’est alors que la rencontre se pervertirait en fusion spéculaire du soignant et du soigné, de l’accompagnant et de l’accompagné, chacun n’étant plus en mesure de respecter son domaine personnel d’altérité. Se faire proche, ce n’est pas oublier la juste distance.

Il importe aussi de ne pas identifier le légal et le moral, surtout lorsque des lois transgressives sont votées. En particulier, il appartient au jugement prudentiel du soignant, dans les zones grises d’incertitude entre la vie et la mort, entre les désirs latents et les désirs exprimés de la personne vulnérable, entre l’obstination déraisonnable et l’acharnement sensé, de respecter pleinement aussi bien le combat du patient que son consentement à la mort qui vient, ce « lâcher prise » qui nécessite l’accompagnement, l’adoucissement des derniers moments et l’arrêt des traitements curatifs quand ils sont devenus disproportionnés.

Quand le droit, chargé de maintenir la valeur de l’interdit du meurtre, en vient à s’immiscer dans ces zones grises en déterminant des critères autorisant la transgression de l’interdit, c’est le signe d’un recul de la médecine et de la justice au profit, non de l’individu, mais de l’individualisme. Cela signifie, en effet, une perte de confiance dans deux précieuses et antiques vertus aussi nécessaires l’une que l’autre : la prudence du médecin et l’équité du juge, qui permettent l’invention des réponses adaptées à la singularité de chaque cas.

Jacques RICOT

Du bon usage de la compassion, PUF, 2013.

Penser la fin de vie, Presses de l’EHESP, 2017.



[1] PUF, 2013.

 

Source : genethique.org

 

12 raisons de dire non à l'euthanasie

 

1. Chacun doit vivre dans la dignité, jusqu’au bout de sa vie

2. La loi doit protéger les plus fragiles

3. L’interdit de tuer structure notre civilisation

4. Demander la mort n’est pas toujours vouloir mourir

5. La fin de vie reste la vie. Nul ne peut savoir ce que nos derniers jours nous réservent

6. Dépénaliser l’euthanasie, ce serait obliger chaque famille et chaque patient à l’envisager

7. Les soignants sont là pour soigner, pas pour donner la mort

8. L’euthanasie réclamée dans les sondages est une demande de bien-portants, elle occulte la parole des patients

9. Se tromper sur une demande d’euthanasie serait une erreur médicale sans retour

10. Légaliser l’euthanasie ce serait la banaliser sans éviter les dérives

11. Les soins palliatifs doivent être apportés à tous

12. Les soins palliatifs sont incompatibles avec l’euthanasie et le suicide assisté

 

 

Le texte des 12 raisons de dire non à l’euthanasie (et oui aux soins palliatifs) a été établi par un collectif de plus de 175 associations de bénévoles en soins palliatifs.

Ce collectif représente plusieurs milliers de bénévoles engagés quotidiennement dans l’accompagnement de patients en fin de vie.

Collectivement, ces bénévoles offrent plusieurs centaines de milliers d’heure dans une démarche de soins palliatifs, soucieux de faire de chacune d’elles un moment singulier. Ils sont présents chaque jour dans une démarche de bienveillance et de non-jugement, d’écoute et parfois de simple présence dans le silence. Les bénévoles n’ont pas d’autre tâche à accomplir, ils ne sont pas non plus des proches que l’on voudrait épargner, ils sont simplement et pleinement là, témoins et solidaires.

Leur respect pour la complexité de toute vie et de toute fin de vie, leur culture de la simple écoute voire du silence ne les conduit pas, ordinairement, à prendre la parole publiquement. Leur voix doit pourtant être entendue.

 

 

Source : http://laviepaslamort.fr/

 

Bioéthique, une exigence et une mobilisation politiques

par Emmanuel Hirsch, 03/09/2018, Professeur d’éthique médicale, Université Paris-Sud-Paris-Saclay, Président du Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité scientifique, Université Paris-Sud-Paris-Saclay

Version intégrale de l’article publié dans Le Figaro du 3 septembre 2018, sous le titre « Révision de la loi bioéthique : le débat parlementaire de tous les dangers »

Une concertation renouvelée

La phase parlementaire de révision de la loi relative à la bioéthique va reprendre quelques mois après les états généraux de la bioéthique et la publication des premiers rapports, notamment celui du Conseil d’État. La concertation menée au cours du premier semestre 2018 a permis de comprendre que la réflexion bioéthique suscite un intérêt et des attentes qu’il ne faudrait pas décevoir. Elle relève du débat politique et d’enjeux démocratiques à ne pas négliger dans le contexte actuel de crise des valeurs attachées à notre conception du bien commun.

La bioéthique se prête aujourd’hui à des interprétations et à des applications extensives. Il s’agissait initialement d’une réflexion éthique portant sur les évolutions des connaissances et des capacités d’intervention dans le domaine des sciences du vivant, du point de vue de leur acceptabilité sociétale. Rappelons-nous les années 70 avec l’émergence des questions de greffes d’organes, d’assistance médicale à la procréation (AMP), de don de gamètes. Les innovations biomédicales en embryologie, génétique médicale, neurosciences, imagerie et numérisation ont par la suite justifié un encadrement  : la loi relative à la bioéthique leur est consacrée. Le Comité consultatif national d’éthique conçoit pourtant ses missions au-delà, dans une perspective socio-politique plus ouverte. Son 128ème avis traite des « Enjeux éthique du vieillissement » (2018). En 2017 les 3 avis rendus avaient pout thème la santé des migrants, les demandes sociétales de recours à l’AMP, « biodiversité et santé ». C’est dire que le champ de la bioéthique ne saurait désormais se cantonner au biomédical puisque nos conceptions de la santé ont évolué ne serait-ce que du fait des capacités d’interventions que les techniques permettent. Lorsque nous discutons actuellement des limites d’intervention sur le génome, du traitement de données de masse et de l’intelligence artificielle en biomédecine ou de modification voire d’augmentation de l’Homme, il est bien évident que nos responsabilités justifient une concertation renouvelée.

De nouveaux territoires pour la bioéthique

Il nous faut explorer de nouveaux territoires de la bioéthique. En peu de temps, des innovations dites disruptives se sont implantées dans le paysage de la biomédecine – notamment avec le numérique : elles bouleversent à la fois les concepts, les connaissances, notre relation à l’autre, nos pratiques sociales et notre rapport au monde. Il convient d’inventer une bioéthique pour aujourd’hui, d’investiguer des champs scientifiques inédits, d’identifier les enjeux éthiques émergeants et d’éprouver leur robustesse au regard des principes jusqu’à présent pertinents, d’envisager des modes de concertation publique dans la perspective d’arbitrages nécessaires même s’ils s’avèrent précaires. En effet, la production de la connaissance scientifique est exponentielle. Le « Rapport de l’UNESCO sur la science, vers 2030 » indique qu’entre 2008 et 2014 le nombre d’articles scientifiques a augmenté de 23 % : 1 270 425 articles ont ainsi été publiés. L’innovation est constante, au point que nos tentatives d’anticipation et même de suivi sont aléatoires. De surcroit elle intervient dans le cadre d’une compétition internationale dont les modalités de régulation semblent pour le moins fragiles, pour ne pas dire inconsistantes. La bio-économie ou la bio-finance justifieraient des investigations qui nous éclaireraient davantage sur les idéologies et les logiques en œuvre que ne le font les discours prophétiques annonciateurs d’un humanisme transcendé. Tel est le défi actuel auquel doit se confronter la pensée bioéthique. Dès lors lui incombe une responsabilité dont on a mieux saisi la portée au cours des États généraux de la bioéthique, entre janvier et mai 2018 : il ne s’agit pas moins que de se concerter sur les valeurs et les choix qui conditionneront notre devenir. Quelles responsabilités exercer à l’égard des générations futures ? Le CCNE a lancé les États généraux avec cette interpellation : « Quel monde voulons-nous pour demain ? ». Je complèterai la complèterai d’un point de vue philosophique : « Quelle humanité voulons-nous demain ? De quelle humanité sommes-nous capables, pour ne pas dire dignes ? ». L’approche bioéthique relève d’une exigence politique qui doit intégrer l’analyse critique de connaissances inédites et évolutives, le pluralisme des points de vue, la pluridisciplinarité des expertises dans une visée soucieuse du bien commun.

Aborder les enjeux de la bioéthique en tant que démocrates

Il me semble essentiel d’aborder les enjeux de la bioéthique en tant que démocrates. Nos fondamentaux sont inspirés par le Code de Nuremberg qui édicte en 1947, à la suite de la Shoah, les règles intangibles des pratiques de la recherche menée sur l’Homme. Reconnaître la personne dans son autonomie et sa capacité à consentir, l’informer avec loyauté, respecter son intégrité et lui témoigner une bienveillance, ne pas l’exposer à des risques disproportionnés, être juste à son égard et considérer que son intérêt est toujours supérieur à ceux de la recherche et de la société : tels sont quelques-uns des fondements de l’approche bioéthique. Un an après le Code de Nuremberg, la Déclaration universelle des droits de l’Homme est promulguée. On évoque à son propos la notion « d’éthique universelle » que l’on devrait pouvoir appliquer à l’intention, voire à l’attention bioéthique. La bioéthique se doit d’être comptable de cette mémoire et de cette conscience qui déterminent des principes inconditionnels. Les transgresser, ne serait qu’en les relativisant au nom d’intérêts estimés supérieurs, c’est mettre en cause des valeurs d’humanité, de dignité et de liberté qui constituent les plus remarquables conquêtes de notre histoire.

Sommes-nous prêts à céder lorsque certains discours prônent des conceptions opposées à nos principes démocratiques, réfractaires à un humanisme soucieux de l’autre dans son identité et ses vulnérabilités ? La numérisation de l’humain selon des stratégies qui visent à le dépouiller de sa dignité, préfigure une forme moderne de barbarie qui pourrait susciter l’expression d’une mobilisation dont notre législation bioéthique devrait témoigner.

J’estime que la bioéthique relève d’un engagement politique qui ne saurait se satisfaire seulement des argumentations, aussi intéressantes soient-elles, produites en comités. Trop souvent les arbitrages rendus par les compétences investies d’une autorité en ce domaine, s’évertuent à accompagner et à cautionner des évolutions en préservant encore quelques formes dont on sait l’inanité. Depuis 1983 le CCNE a rendu 128 avis souvent de grande qualité, de telle sorte que nous disposons d’un corpus d’un intérêt considérable du point de vue de la bioéthique. Nombre d’instances internationales ont produit des textes de référence qui constituent des ressources remarquables appliquées aux multiples champs de la bioéthique. Aujourd’hui les sociétés savantes qui réunissent les chercheurs intervenant notamment dans les domaines du numérique organisent des colloques et rédigent des chartes afin de donner cohérence à un positionnement éthique. Depuis 1994, en France le législateur reprend de manière régulière la loi relative à la bioéthique : il la « révise » afin de l’adapter aux évolutions et de préserver les quelques principes d’une « bioéthique à la française ». Pour autant, alors que s’engagent les travaux parlementaires de révision de la loi du 7 juillet 2011, un sentiment d’incertitude, de confusion pour ne pas dire d’impuissance s’exprime au détour des prises de positions. J’y vois une crise profonde des légitimités qui, on le sait, affecte l’autorité et la sphère politique d’un point de vue plus global.

Est-il encore possible d’encadrer, pour ne pas dire d’interdire ? Le contexte est propice au développement de stratégies favorables à l’amplification du phénomène de dérégulation des pratiques scientifiques et des avancées technologiques. Elles prospèrent sur une tendance à l’individualisme, à l’affirmation du souci de soi et de l’intérêt particulier au regard du bien commun. Adopter une position réflexive simplement prudente, tenter de discriminer entre l’acceptable et ce qui ne le serait pas, c’est se voir d’emblée accusé de passéisme, voire de mépris à l’égard de revendications qui arguent du principe de justice dans l’accès sans restriction à tous les possibles. C’est le cas en ce qui concerne l’AMP en dehors de considérations d’ordre médical, au bénéfice par exemple d’un couple de femmes. Il en sera de même dans le champ de la génomique et des neurosciences afin de favoriser à travers le triage, la manipulation ou l’augmentation, la qualité et les performances du vivant. Des normes s’instituent ainsi, et s’y opposer donnerait à penser que nous résistons au nom d’une bio-morale…

Nous observerons dans quelques mois ce que seront les choix de nos responsables politiques en matière de bioéthique. Ils pourraient estimer que des enjeux de compétitivité internationale en matière d’intelligence artificielle, de traitement des données massives ou de génomique justifieraient certaines concessions du point de vue de nos principes. De même, leur appréciation de l’acceptabilité sociale d’évolutions dans nos représentations de la famille les incitera peut-être à l’ouverture de la biomédecine à des demandes qui initialement ne la concernaient pas.

Serons-nous inventifs d’une bioéthique à hauteur des défis actuels ? Rares sont aujourd’hui ceux qui en sont convaincus.
Contribuer dans les mois qui viennent de délibération bioéthique à la mise en commun de savoirs et de questionnements, c’est s’inscrire dans une démarche de mobilisation démocratique. On pourrait espérer qu’elle permettra de renouveler une pensée de la bioéthique à hauteur d’enjeux politiques qui concernent notre vivre ensemble ainsi que les conditions de notre devenir.

Source : plusdignelavie.com

 

 

EN MANQUE DE PERSONNEL

par Revue Limite, 10/07/2018

« Je suis dans une usine d’abattage, qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite ». Qui parle ainsi ? Une syndicaliste de chez Goodyear ? Un employé d’Amazon ? Une ouvrière bengalie travaillant pour H&M ? Non : une infirmière d’une EHPAD ardéchoise, interpellant Agnès Buzin, ministre de la santé.

Parmi tant d’autres, ce message lève le voile sur les souffrances d’un personnel hospitalier contraint de maltraiter ses patients pour tenir la cadence. Bien sûr, la médecine a fait de beaux progrès, mais la santé est devenue un énorme marché. Au moment où, à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, en Normandie, des employés entraient en grève de la faim pour obtenir des créations de postes, on apprenait que « les propriétaires d’exploitants EHPAD » étaient en bonne position parmi les 500 premières fortunes françaises… Public ou privé, l’hôpital ne se moque pas de la rentabilité. Et si la lutte parfois paie – après trois mois de mobilisation, dont dix-huit jours de jeûne, les personnels du centre hospitalier du Rouvray ont obtenu la création de trente postes supplémentaires – il est à craindre que la liquidation libérale à la sauce Macron ne s’accélère.

D’ailleurs, quitte à réduire les soignants à des « robots », autant les remplacer par des machines. Ainsi Paro, « robot émotionnel à visée thérapeutique » conçu au Japon et vendu 7000 euros. Ainsi le suivi post-opératoire commercialisé par Calmedica, start-up d’« intelligence » artificielle, dont Agnès Buzin ne cesse de chanter les louanges : pour libérer des lits et décharger un personnel exténué, les patients envoient, de chez eux, des SMS à un serveur automatique en cas de symptômes ou de malaises. Adieu docteur ! La « médecine » post-humaine, c’est Hippocrate uberisé.

Pas étonnant, à ce compte-là, que le droit à l’euthanasie apparaisse à certains comme une issue de secours. Comment imaginer Papi mourant tout seul devant Candy Crush ? Pas étonnant, non plus, que les progrès du diagnostic pré et post-implantatoire encouragent une sélection toujours plus drastique des embryons humains. Qui souhaite confier son enfant handicapé à un soignant en burn-out ? De la suppression du personnel à la suppression des personnes, le glissement est fatal.

En réalité, nous semblons toujours plus démunis face au racolage transhumaniste. Alors que la loi de Gabor semble s’imposer (tout ce ce qui est techniquement possible sera tôt ou tard légal – et commercialisé), le principe même de dignité humaine se voit relativisé. Et, bien que du début à la fin de la vie nous fassions face aux effets indésirables du technicisme (sous l’effet de pollutions diverses, la qualité du sperme a diminué de moitié ces quarante dernières années), nous semblons nous y enfoncer toujours plus avant. Aussi les débats bioéthiques nous placent-ils face à des choix politiques cruciaux : voulons-nous continuer dans l’impasse de l’artificialisation généralisée, quitte à nous stériliser nous-mêmes, ou choisir la voie d’une écologie appliquée à tous les domaines de l’existence ?

La sobriété que nous prônons inclut le corps humain et implique la solidarité : la valeur d’une société ne se mesure pas à sa puissance, mais au soin qu’elle apporte aux plus petits d’entre les siens. Au règne du désir individuel illimité, qui ne peut que renforcer le droit des forts sur les faibles, nous opposons une prise en charge collective de notre finitude. À la solitude de l’homo deus, la sollicitude de l’homo sociabilis. Au cynisme technico-marchand, la gratitude pour la vie reçue, aussi blessée soit-elle. Car c’est du sein même de notre vulnérabilité que jaillit notre dignité. Changeons de regard et de cœur plutôt que de nature : aucun bidouillage ne rendra la vie plus belle.

Source : revuelimite.fr

 

 

Article rédigé par une bénévole-coordinatrice de l’ASP en Calvados, à la suite du congrès de l’UNASP à Vannes. ...

Le thème du congrès, ” L’engagement du bénévole, entre Amour et Humour : un autre regard sur les soins palliatifs ” pouvait surprendre. Les orateurs, avec compétence, talent et conviction ont témoigné du bien-fondé de notre engagement. Les habitués des congrès ont apprécié la brillante prestation, en duo, de Fiat et Viennet (philosophe et psychanalyste) sur l’humour, à ne pas confondre avec l’ironie, souvent cruelle ; cet humour qui équilibre le sympathique et le parasympathique, qui libère des endorphines doit être manié avec délicatesse et doit venir du patient. Nous avons eu le témoignage bouleversant de Jean d’Artigues, dans son lit d’hôpital, avec son béret rouge, son sourire et sa force de vie.

Vincent Morel, médecin, est intervenu en insistant sur la solidarité communautaire avec les bénévoles qui soutiennent en fin de vie les malades et leur famille, en complémentarité des professionnels de santé . Amour et rire en soins palliatifs peuvent sembler incongrus, mais ils sont un déni du tabou de la mort, car on croit trop souvent que le respect va avec le silence.

Jacques Ricot, philosophe de grande qualité, si profond, modeste et lumineux a démontré que le bénévole était un ” Bienveillant dans la Cité », que cette bienveillance n’est pas la pitié et n’est pas qu’une émotion. Le bénévole est un veilleur du bien commun et accompagner l’autre pour qu’il puisse finir sa vie paisiblement est un bienfait. Sa conclusion a été vigoureuse, car l’heure est grave, mais pas désespérée ; il faut cesser d’idéaliser ce qui se fait dans les pays voisins : le médecin n’a pas le droit de tuer son patient, l’euthanasie stoppe l’accompagnement, elle ne soulage pas le patient, elle l’élimine…   ...

Corinne

Source : unasp.org

 

 

Jean-Marie Le Méné : l’homme est "la variable d’ajustement d’une civilisation qui n’a plus de nom"

05/07/2018

 

« La civilisation occidentale s’est, au long des siècles, construite sur le respect inconditionnel de la personne humaine ». Dans une tribune publiée dans Valeurs actuelles, Jean-Marie Le Méné déplore que ce respect soit devenu relatif : la sagesse des Anciens est reniée et la civilisation se déconstruit.

Depuis que l’homme a décidé d’être lui-même son propre créateur, il est devenu « l’espèce la plus menacée de la création ». Aujourd’hui, l’homme est « la variable d’ajustement d’une civilisation qui n’a plus de nom, l’homme n’est plus dans l’homme, le politique n’est plus dans le politique (…) ».

S’insurger contre l’avortement et la recherche sur l’embryon relève de l’« angoisse ontologique sur la légitimité de l’être humain », car le corps humain devient « une énergie renouvelable qui n’a pas de prix ».

Pour notre monde occidental qui a perdu son origine (IVG), sa fin (euthanasie) et son sens (indifférenciation sexuelle), l’homme est « la proie de la révolution permanente du progrès, le jouet des exigences du marché et la victime de la dictature du droit ». Les institutions humaines, droit et justice, perdent toute leur raison d’être. « Il s’agit seulement pour les Etats d’arbitrer l’éclosion du maximum de libertés individuelles capables de répondre à l’offre du marché des biotechnologies. » Finalement, « l’homme est en miette mais chaque miette vaut de l’or. Le ventre des femmes est un nouvel eldorado. Le marché de la technoscience touche les dividendes de génocides permanents ».

Pour le Président de la Fondation Lejeune, le transhumanisme nous envoie négocier, la corde au cou, les modalités du « grand renouvellement de l’humanité ».

Jean-Marie Le Méné conclue en incitant à poser des gestes et des paroles concrètement « à contre-pente », en prenant spécialement soin des hommes « diminués », sacrifiés par ceux qui veulent créer les hommes « augmentés ». « L’enjeu est de s’opposer à cette destruction programmée du réel » et de « sauver la vie ».


Source : genethique.org

 

 

 

Toujours Vivant - Not Dead Yet

 

 

Le dernier avis du CCNE dénonce la « ghettoïsation » des personnes âgées et forme des propositions

17/05/2018

« Comment rendre la société davantage inclusive vis-à-vis de ses citoyen(ne)s les plus âgé(e)s ? ». Cette question est au cœur de l’avis n°128 du 15 février publié hier par le CCNE[1] pour qui le vieillissement est un enjeu « sociale, médicale, économique », mais « également éthique ». Concentration, institutionnalisation forcée, ségrégation, le CCNE parle même de « ghettoïsation » des personnes âgées et estime que leur situation « par bien des aspects une forme de de négation du vivre ensemble ». Un constat rude qui « implique de redéfinir la protection sociale, d’engager de nouvelles formes de solidarité et de mettre en place de nouvelles formes d’accompagnement ».

Respecter le choix des personnes âgées de finir leur vie chez elles et, plus globalement, faire en sorte que la « démocratie sanitaire qui entend garantir à tous une égalité d’accès à la santé, entendue comme ‘un état de bien-être physique, mental et social’ ne concerne pas une partie de la population », impliquent de réfléchir à « de nouvelles formes de solidarités », de renforcer les politiques d’accompagnement. Plus largement, le CCNE souligne que cette prise en compte des personnes âgées doit conduire « une refondation du système de santé, de la médecine et la formation des acteurs de la santé et du social » et plaide pour « une véritable rupture ». Pour Cynthia Fleury, co-rapporteur du rapport, l’approche actuelle est uniquement « déficitaire et non capacitaire de la vieillesse. L’autonomie, le fait de décider, doit pouvoir s’articuler avec la vulnérabilité »[2]. C’est la façon dont elle appréhende le grand âge que la société doit transformer.

Le CCNE propose un certain nombre de mesures pour lutter contre « le sentiment d’indignité des personnes âgées » , leur « sentiment d’être de trop, de ne servir à rien » que dénonce le professeur Régis Aubry[3], co-rapporteur du rapport. Il ajoute : « C’est quelque chose qui devrait nous heurter. Il existe également une forme de ségrégation dans l’accès aux soins des personnes âgées : les examens médicaux sont plus sommaires, on n’écoute pas les réponses aux questions… Tout cela finit par isoler et exclure ».
 

Parmi ces mesures, des politiques pour favoriser des alternatives aux EPHAD, voire « penser l’EPHAD hors l’EPHAD », par exemple en favorisant « l’intégration d’EPHAD dans les constructions nouvelles à usage d’habitation », le développement de l’habitat intergénérationnel ou d’ « habitation autogérées ». Le CCNE préconise « la création d’un cinquième risque de la sécurité sociale pour la dépendance » pour faire face aux coûts de la fin de vie, mais aussi de faire évoluer le droit social et « en particulier le droit du travail pour permettre à un proche d’accompagner une personne dépendante ». Pour les aidants, il suggère la mise en place d’un plan sous forme de « maisons de répits » ou de « balluchonnage », selon la formule mise en place au Québec qui permet à un professionnel de suppléer quelques temps.

Si ces mesures étaient mises en œuvre, il y a fort à parier qu’elles modifieraient largement les demandes de fin de vie, tant en termes de suicides : dans les établissements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), « 40 % des résidents présentent un syndrome dépressif (sous diagnostiqué et sous-traité) ; 11 % ont des idées de suicide »[4], que concernant des demandes d’euthanasies.

Source : genethique.org

 

 

Aide médicale à mourir: la face cachée

J’ai regardé dernièrement l’émission «Second regard» qui traitait de l’état de la situation au Pays-Bas après quelques décennies de l’adoption d’une loi autorisant les médecins à pratiquer l’euthanasie. Je retiens trois éléments.

Premièrement, l’un des médecins les plus en faveur de l’adoption d’une telle loi exprimait clairement que la situation survenue au long des années est devenue incontrôlable et l’amenait maintenant à être contre cette loi. 

Deuxièmement, lorsque l’on ouvre la porte de l’euthanasie, inévitablement ce n’est que le début car suivant la logique des groupes de pression, il y aura toujours de nouvelles personnes qui devraient bénéficier de ce «nouveau droit» à mourir sur demande. 

Troisièmement, il y a le témoignage d’un homme marié depuis plus de 40 ans et dont l’épouse souffrant d’alzheimer a demandé de bénéficier de cette loi et celui d’un jeune homme dont le frère souffrant d’alcoolisme a également reçu à la maison la visite d’un médecin qui a mis fin en quelques minutes à sa vie. Ces deux témoignages très émouvants nous permettaient de voir la face cachée de ces actes irréversibles qui laissent dans une peine profonde les êtres proches qui sont maintenant privés de la présence d’un être cher. 

Ces conséquences sont exactement les mêmes que lorsqu’un suicide se produit. Il crée des ondes de choc pour toute la vie chez ceux et celles qui les aimaient tendrement et qui ne comprennent pas que celui ou celle qu’ils aimaient a pu dire non définitivement à la vie.

Jean-Pierre Lefebvre, Québec

Source : lesoleil.com

 

 

Vote du CESE

par Laurent Trilling, 09/05/2018

Je suis très choqué par le vote du Conseil économique, social et environnemental (Cese) en faveur de l’euthanasie (La Croix du 11 avril, lire ci-dessous). D’abord, parce qu’il s’est « auto-saisi » du sujet alors que justement la pétition qui lui avait été adressée n’avait pas atteint le seuil requis pour être examinée. On se souvient que le Cese avait rejeté la pétition pour l’examen du « mariage pour tous », pourtant largement au-dessus du seuil requis (700 000 pour un seuil de 500 000) au motif que les sujets « sociétaux » n’étaient pas de son ressort. Cette fois, il s’auto-saisi d’un tel sujet.

Comprenne qui pourra serait-on tenté de dire ? Eh bien non, ces volte-face, comme celles, tout aussi incompréhensibles du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), sont le résultat de manipulations dues aux systèmes de nomination, que je trouve très opaques dans ces deux organisation. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’exécutif y joue un grand rôle. Il me semble que La Croix, pour éclairer vraiment ses lecteurs sur les biais possibles des votes, devrait analyser en profondeur le pourquoi et le comment de ces nominations.

Je note par exemple que le Cese compte 233 membres, que 107 ont voté « pour » l’euthanasie (moins de la majorité des membres, qui donc sont-ils, nommés par qui ?), 18 contre, avec 44 abstentions. Où sont passés les 64 restants ?

Enfin, j’invite, une fois de plus, Guillaume Goubert à ne pas hésiter à s’exprimer librement, comme le conseille Emmanuel Macron aux catholiques. Pourquoi écrit-il dans l’éditorial que le Cese est « assez » hypocrite quand il emploie l’expression « sédation profonde explicitement létale » au lieu d’euthanasie. Pourquoi cette mutilation du message ?

Oui, le Cese se montre clairement hypocrite. On aurait pu rajouter que cette expression « novlangue » est indigne de la part de la 3e assemblée de notre République.

Laurent Trilling

Source : la-croix.com

 

Fin de vie : accompagner plutôt que convoquer la mort, Tribune libre des Chemins d'Espérance

par Chemins d'Espérance, 17/04/2018

Parce que chaque jour nous accompagnons plus de 1.700 personnes âgées dans les EHPAD de Chemins d’Espérance, nous ne pouvons rester silencieux dans le débat public qui s’ouvre au sujet de la fin de vie et qui malheureusement, une fois encore, se concentre trop exclusivement sur la question de la légalisation de l’euthanasie.

Dans chacun de nos établissements, professionnels soignants et non-soignants oeuvrent au quotidien pour faire de l’EHPAD un lieu de bienveillance, qui reconnait à chaque personne âgée souffrante ou désorientée sa place unique dans la société. Un endroit dans lequel chaque jour qui passe est un jour qui compte, un jour qui a du sens.

Nous nous engageons pour développer et renforcer l’accompagnement et les soins dans toutes leurs dimensions. Nous faisons du traitement de la douleur une priorité pour que le quotidien ne soit pas une épreuve. La douleur, la détresse, les souffrances ne sauraient être occultées, mais provoquer la mort ne doit jamais être une solution.

L’euthanasie est un abandon du soin, une abdication de voir en demain un jour des possibles, un renoncement au bien vivre en EHPAD. Elle est une réponse, strictement opposée à nos valeurs, à nos engagements et à nos missions.

Pour autant, le mal-mourir en France est un encore trop souvent une réalité et en ce sens nous souhaitons alimenter le débat sur la fin de vie de nos expériences, de nos difficultés, de nos réussites. L’investissement de nos professionnels et l’implication de chacun d’entre eux notamment dans les situations de fin de vie ne pourraient masquer un véritable manque de moyens.

C’est pourquoi, nous ne pouvons imaginer un débat sur la fin de vie qui ne tiendrait pas compte de nos préoccupations quotidiennes :

- Mener à bien la réforme du 5ème risque pour faire de la dépendance un coût porté par la solidarité nationale ;

- Ajuster les ratios d’encadrement et leur financement comme le préconise le récent rapport d’information de Monique Iborra commandé par la commission parlementaire des affaires sociales ;

- Faire de l’accès aux soins palliatifs en EHPAD une priorité dans le déploiement des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM).

Paraphrasant Robert Badinter, pour qui la justice ne peut être une justice qui tue, nous souhaitons arguer avec vigueur que la médecine, ne peut être une médecine qui tue. Elle doit être une médecine qui soulage, une médecine qui accompagne sans abandonner, une médecine qui aide à vivre sa vie jusqu’au bout avec dignité.

C’est en tout cas l’idée que nous nous faisons de l’accompagnement de fin de vie et celle que nous déployons chaque jour au sein de chacun de nos établissements.

Source : senioractu.com

 

Euthanasie : les raisons de s’y opposer

Benoit Dumoulin, 06/032018

Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône et Vice-président de la commission des affaires sociales, a récemment publié une tribune en faveur de l’euthanasie, intitulée « Pour une liberté républicaine : le choix de sa fin de vie », cosignée par 156 députés dont la très grande majorité émane de la République en Marche (LREM).

Les ficelles sont grosses et les arguments toujours les mêmes, quand il s’agit de transgressions que l’on veut légitimer en se plaçant sur le registre de l’émotion et non celui de la raison.

Jean-Louis Touraine s’appuie d’abord sur un sondage réalisé par l’IFOP pour La Croix, selon lequel 89% des Français considèrent important de légaliser l’euthanasie. Mais, lorsqu’on remonte à la source et que l’on analyse la manière dont on est posée la question dans ce sondage, on s’aperçoit tout de suite d’un oubli de taille : « Pensez-vous qu’il faille aller plus loin que la législation actuelle sur la fin de vie, en légalisant le suicide assisté (c’est-à-dire la possibilité pour un tiers de délivrer un produit létal permettant à celui qui le souhaite de mettre fin à ses jours) et / ou l’euthanasie (c’est-à-dire la possibilité pour un patient souffrant d’une maladie incurable de demander à un médecin de mettre fin à ses jours) ? » Le sondage sous-entend que la seule possibilité de lutter contre une maladie incurable est de légaliser l’euthanasie. Rien n’est dit du développement des soins palliatifs qui constitue pourtant la seule alternative humaine et raisonnable pour répondre à la souffrance des patients en fin de vie. En ce sens, le sondage est biaisé.

Jean-Louis Touraine s’appuie aussi sur la pratique actuelle de l’euthanasie par un certain nombre de médecins en France – malgré les restrictions actuelles déjà bien insuffisantes – et à l’étranger, où elle est autorisée de manière plus large en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse, pour dénoncer une forme d’hypocrisie et demander un alignement sur nos voisins permissifs. En quoi le fait est-il prescripteur du droit ? En quoi l’existence supposée d’une pratique généralisée commanderait-elle d’adapter le droit existant ? Celui-ci n’a pas vocation à n’être que le reflet de la réalité sociale, il est avant tout normatif en ce qu’il distingue le permis de l’interdit, et transcendant, dans la mesure où il est lié à l’idée universelle de justice. Jus id quod justum est, le droit est ce qui est juste, disait la scholastique médiévale.

Jean-Louis Touraine joue aussi sur le registre d’une fausse compassion en dénaturant totalement le sens des mots. Sa proposition de loi porte en effet sur « la fin de vie dans la dignité », faisant ainsi de chaque personne l’ultime arbitre de sa propre dignité. Or, la dignité de l’homme est intrinsèque à son existence, elle ne dépend pas de son degré d’autonomie. « La dignité, explique Marie de Hennezel, ne consiste pas à donner la mort, mais à humaniser la fin de vie […] Ce n’est pas parce qu’on est physiquement dégradé qu’on perd en humanité. Entretenir une telle confusion me paraît dangereux […] On pourrait en conclure que des personnes handicapées, parce qu’elles sont moins autonomes, seraient moins dignes de considération que les personnes valides », ce qui serait révoltant.

D’ailleurs, quel regard ces personnes auront-elles d’elles-mêmes ? Se sentiront-elles de trop jusqu’à demander l’euthanasie pour ne pas être un poids pour la société ou leurs familles ? Le risque serait alors non nul que par effet de mimétisme tous ceux qui éprouvent une gêne d’exister en viennent à demander la mort, conditionnés par l’atmosphère de la société valorisant le rendement, l’efficacité et la santé et donnant mauvaise conscience à tous les êtres fragiles. Il est donc indispensable de rappeler que la dignité dépasse toute perception que l’homme peut avoir d’elle-même ; vouloir la normaliser dans une situation de bien-être subjectif ou de santé physique traduirait avant tout un mépris darwinien de la fragilité, qui oblitère tout notre édifice social fondé sur la solidarité.

D’une manière générale, une civilisation régresse à partir du moment où elle décide de capituler devant la souffrance. Fatalistes, les partisans de l’euthanasie oublient que les plus grands progrès ont été accomplis par la médecine parce qu’elle était au service de la vie humaine. S’il devient possible d’abréger toute souffrance en donnant légalement la mort, qui fixera le curseur du seuil de l’intolérable ? Se préoccupera-t-on de développer les soins palliatifs ? « Une loi autorisant l’euthanasie risquerait de ruiner des années d’efforts entrepris au bénéfice des patients » estime Marie de Hennezel, auteur de rapports officiels sur la fin de vie et ayant travaillé pendant dix ans dans la première unité de soins palliatifs créée en France en 1987.

Enfin, Jean-Louis Touraine se place sur le plan philosophique en faisant de l’euthanasie « l’ultime liberté » à conquérir, en précisant que « le choix de la personne doit pouvoir être respecté, quand il est libre, éclairé, soumis à nulle contrainte ou dépression ». Là aussi, l’argumentation est spécieuse. Peut-on concevoir philosophiquement qu’une personne puisse librement demander la mort ? Si cette personne est indemne de toute souffrance, peut-on alors considérer qu’elle puisse émettre un consentement éclairé concernant une situation qu’elle ne connaît pas encore mais qu’elle peut simplement imaginer dans son esprit à partir des situations qu’elle a vues chez des tiers ? Philippe Pozzo di Borgo, à l’origine de l’histoire du film Intouchables donne son témoignage : « Si vous m’aviez demandé lors de mes quarante-deux ans de splendeur, avant mon accident, si j’accepterais de vivre la vie qui est la mienne depuis vingt ans, j’aurais répondu sans hésiter, comme beaucoup : non, plutôt la mort ! Et j’aurais signé toutes les pétitions en faveur d’une légalisation du suicide assisté ou de l’euthanasie ». Dans un tel cas de figure, impossible de se projeter dans une situation tant qu’on ne l’a pas expérimenté.

Une civilisation régresse à partir du moment où elle décide de capituler devant la souffrance.

De même, lorsqu’une personne, à l’agonie, en vient elle-même à demander la mort (ce qui est beaucoup moins fréquent que les demandes d’euthanasie en provenance des tiers), doit-on considérer que son consentement est libre ou bien peut-on admettre qu’il est « violenté » par l’extrême douleur que la personne éprouve ? En droit, un acte peut être déclaré nul s’il a été effectué sous l’empire d’une quelconque violence : pression psychologique pour contracter un mariage, pression financière pour acheter un bien immobilier, etc… Doit-on alors comprendre la demande du malade comme un appel au secours pour abréger non pas sa vie mais ses douleurs ? Un médecin, s’il veut vraiment respecter son patient, ne doit-il pas décoder les intentions profondes de son patient au-delà des paroles émises, et reformuler celles-ci en conformité avec celles-là ?

Sans compter qu’après la légalisation du suicide assisté, viendra la pression euthanasique, puis l’euthanasie utilitaire (notamment pour les dons d’organes). C’est déjà le cas en Belgique. Or, le 29 novembre dernier, Jean-Louis Touraine, par ailleurs président de l’association France Transplant, a été chargé par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale d’une mission sur le prélèvement d’organes. Comment ne pas faire le rapprochement ?

La vraie réponse à la souffrance des malades en fin de vie n’est pas l’euthanasie mais le développement des soins palliatifs. Le budget alloué à la mise en œuvre du Plan national 2015-2018 pour le développement des soins palliatifs, d’un montant de 190 M€, est nettement insuffisant. « Un Français sur deux n’a pas accès aux soins palliatifs » déplore le professeur Vincent Morel, chef de service de l’unité mobile de soins palliatifs au CHU de Rennes et président de la société française d’accompagnement et de soins palliatifs. C’est là que se situe l’urgence.

Au-delà de la réponse médicale, la question de l’euthanasie nous renvoie au sens de la solidarité humaine face à la fragilité de la vie. Il est faux de prétendre que l’homme peut disposer comme il l’entend de sa propre vie. Sans faire appel à une quelconque transcendance, la dépendance de l’homme par rapport aux solidarités affectives nouées par lui au fil de sa vie est un fait que nul ne conteste. L’homme n’appartient-il qu’à lui-même ? N’est-il pas redevable de lui-même à l’égard des tiers, à plus forte raison s’il a partagé son destin avec un conjoint et fondé une famille dont il a la charge ? La vision prométhéenne de l’homme érigeant celui-ci en souverain maître et unique arbitre de sa propre vie n’est que le dernier avatar d’un individualisme forcené oubliant la dépendance mutuelle des êtres et les obligations qui en découlent. C’est vers cela que veut nous emmener Jean-Louis Touraine et c’est ce que nous refusons !

Benoit Dumoulin, essayiste

 

Source : lincorrect.org

 

 

Ce n'est pas à l'équipe de choisir ma mort.

Pour une liberté républicaine : le choix de sa fin de vie 

Tribune cosignée par 156 députés issus d'horizons divers, parue dans Le Monde du 28/02/2018

« On ne meurt pas bien en France ». Aujourd’hui, l’offre de soins palliatifs ne satisfait pas à la multiplicité des situations individuelles et des souffrances des personnes en fin de vie. Des souffrances accentuées par l’impossibilité pour chacun de « choisir sa fin de vie ».

Si quelques progrès ont été enregistrés avec la loi Claeys-Leonetti, force est de constater que celle-ci n’a pas permis d’introduire d’innovations significatives. Il s’est essentiellement agi de transcrire dans la loi ce qui était déjà acquis par voie réglementaire. Le problème actuel est qu’il manque – et c’est crucial ! – une liberté, un droit au choix.

Attendre une évaluation des textes législatifs antérieurs avant de créer un nouveau droit aux malades en fin de vie aurait-il dès lors un sens ? Non ! Quand une lacune est identifiée, elle doit être comblée sans délai. D’ailleurs, les Français apportent trois preuves de leur désir impatient de l’introduction de ce progrès humaniste.

Dans un très récent sondage, réalisé par IFOP pour La Croix et le Forum européen de bioéthique, 89% des Français considèrent important de légaliser l’euthanasie et/ou le suicide assisté. Seulement 11% des personnes interrogées se satisfont de la législation actuelle. En ce domaine, comme généralement dans les diverses questions de bioéthique, nos concitoyens sont plus avancés et plus en phase avec le progrès que certains responsables, qui apparaissent plus conservateurs ou frileux.

De nombreux Français en phase avancée d’une maladie incurable vont également chercher – et obtenir – la délivrance dans l’un ou l’autre des pays ayant déjà légiféré sur cette possibilité (Belgique, Suisse, Pays-Bas, Luxembourg, Canada, plusieurs Etats américains, etc.)

Un malade en fin de vie, dans une « impasse thérapeutique », peut obtenir une aide active à mourir dans les hôpitaux français. Ces euthanasies sont pratiquées en toute illégalité. Il faut pour cela connaître un médecin compatissant et courageux, ce qui crée des inégalités entre nos concitoyens. D’après l’INED, entre 2000 et 4000 personnes en phase terminale reçoivent cette aide chaque année dans notre pays.

Reconnaissons que ces fins de vie organisées en catimini, du fait de l’absence d’encadrement légal, exposent à toutes les dérives, telles que des décisions par une équipe soignante sans sollicitation de l’avis du malade. A l’opposé, des malades implorent ce soulagement mais ne sont pas entendus.

Il est des personnes qui, en raison de convictions personnelles, refusent pour elles-mêmes tout recours à l’aide à mourir. Cela est très respectable. Comme aussi doit être respectée la « clause de conscience » de certains médecins désirant se soustraire à cette activité, laissant ainsi un de leurs confrères opérer à leur place.

Pour d’autres personnes et d’autres professionnels soignants, le choix souverain du malade, son désir de maîtriser son destin s’imposent. Ce choix est tout autant respectable et l’exercice de ce droit n’enlève rien à personne. C’est le type même de la liberté personnelle qui ne déborde pas sur la liberté d’autrui.

Il n’est plus raisonnable d’attendre davantage, d’observer sans réagir les souffrances physiques et psychiques de nombre de ces Français, de compter les affaires judiciaires qui se multiplient mais n’aboutissent à rien, car on ne peut pas condamner la compassion et la solidarité.

Anne Bert clame : « Il me reste une ultime liberté : celle de choisir la façon dont je vais mourir ». Elle a raison ! Elle a également raison d’affirmer que sa « liberté ne s’arrête pas à la porte de l’hôpital ». Elle, comme les autres malades qui lui ressemblent, réclame la correction urgente de la loi française, perçue comme incomplète et non satisfaisante, voire liberticide et inégalitaire.

Le choix de la personne doit pouvoir être respecté, quand il est libre, éclairé, soumis à nulle contrainte ou dépression, exprimé de façon réitérée, et que des médecins ont confirmé l’impasse thérapeutique.

Il en va aujourd’hui de cette question comme il en allait de l’IVG au début des années 1970 : des femmes y recouraient en sollicitant les services de la Suisse ou de la Grande-Bretagne, tandis que d’autres trouvaient des médecins complaisants en France. Malheureusement, celles qui n’avaient pas accès à ces solutions étaient contraintes de faire appel à des « faiseuses d’anges » et s’exposaient alors à des risques considérables. Les décès de jeunes femmes se comptaient par centaines. Il était temps, en 1975, de sortir de l’hypocrisie des avortements clandestins et d’offrir aux femmes la possibilité de disposer librement de leur corps.

De même, il est temps maintenant de sortir de l’hypocrisie qui prive certains d’une aide souhaitée et qui impose à tous une agonie pénible. Il convient de donner aux malades en fin de vie la libre disposition de leur corps et, c’est essentiel, de leur destin.

C’est pourquoi, nous, députés issus d’horizons différents, proposons de légiférer en ce sens au cours de l’année 2018.

Premiers signataires :

 Jean-Louis Touraine, député (LREM) du Rhône, vice-président de la commission des affaires sociales

Olivier Falorni, député (Non inscrit – Radical) de Charente-Maritime

Brigitte Bourguignon, députée (LREM) du Pas-de-Calais, présidente de la commission des affaires sociales

Yaël Braun-Pivet, députée (LREM) des Yvelines, présidente de la commission des lois

Barbara Pompili, députée (LREM) de la Somme, présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire

Olivier Faure, député (Nouvelle Gauche) de Seine-et-Marne, président du groupe Nouvelle Gauche

Carole Bureau-Bonnard, députée (LREM) de l’Oise, vice-présidente de l’Assemblée Nationale

Yves Jégo, député (UDI/Agir/Indépendants) de Seine-et-Marne, vice-président de l’Assemblée Nationale

Laurianne Rossi, députée (LREM) des Hauts-de-Seine, questeure

Manuel Valls, député (LREM) de l’Essonne, ancien Premier Ministre

Autres signataires :

Caroline Abadie, députée (LREM) de l’Isère, membre du bureau exécutif de LaREM

Bérangère Abba, députée (LREM) de la Haute-Marne

Eric Alauzet, député (LREM) du Doubs

Christophe Arend, député (LREM) de la Moselle

Sophie Auconie, députée (UDI/Agir/Indépendants) d’Indre-et-Loire

Frédéric Barbier, député (LREM) du Doubs

Delphine Batho, députée (Nouvelle Gauche) des Deux-Sèvres

Marie-Noëlle Battistel, députée (Nouvelle Gauche) de l’Isère, vice-présidente de la commission des affaires économiques

Sophie Beaudouin-Hubière, députée (LREM) de la Haute-Vienne

Philippe Berta, député (Modem) du Gard

Grégory Besson-Moreau, député (LREM) de l’Aube

Barbara Bessot-Ballot, députée (LREM) de la Haute-Saône

Christophe Blanchet, député (LREM) du Calvados

Yves Blein, député (LREM) du Rhône

Pascal Bois, député (LREM) de l’Oise

Julien Borowczyk, député (LREM) de la Loire

Christophe Bouillon, député (Nouvelle Gauche) de Seine-Maritime

Bertrand Bouyx, député (LREM) du Calvados

Marine Brenier, députée (UDI/Agir/Indépendants) des Alpes-Maritimes

Anne Brugnera, députée (LREM) du Rhône

Danielle Brulebois, députée (LREM) du Jura

Emilie Cariou, députée (LREM) de la Meuse, vice-présidente de la commission des finances

Jacques Cattin, député (LR) du Haut-Rhin

Lionel Causse, député (LREM) des Landes

Danièle Cazarian, députée (LREM) du Rhône

Anthony Cellier, député (LREM) du Gard

Philippe Chalumeau, député (LREM) d’Indre-et-Loire

Sylvie Charrière, députée (LREM) de Seine-Saint-Denis, vice-présidente de la commission des affaires culturelles

Fannette Charvier, députée (LREM) du Doubs

Stéphane Claireaux, député (LREM) de Saint-Pierre-et-Miquelon

Mireille Clapot, députée (LREM) de la Drôme, vice-présidente de la commission des affaires étrangères

Jean-Michel Clément, député (LREM) de la Vienne

Fabienne Colboc, députée (LREM) d’Indre-et-Loire

Bérangère Couillard, députée (LREM) de la Gironde

Olivier Damaisin, député (LREM) du Lot-et-Garonne

Yves Daniel, député (LREM) de Loire-Atlantique

Jennifer De Temmermann, députée (LREM) du Nord

Nicolas Démoulin, député (LREM) de l’Hérault

Christophe Di Pompéo, député (LREM) du Nord

Jeanine Dubié, députée (Non inscrite – Radicale) des Hautes-Pyrénées

Frédérique Dumas, députée (LREM) des Hauts-de-Seine, vice-présidente de la commission des affaires culturelles

Laurence Dumont, députée (Nouvelle Gauche) du Calvados

Stella Dupont, députée (LREM) du Maine-et-Loire

Sophie Errante, députée (LREM) de Loire-Atlantique, vice-présidente de la commission des affaires économiques, membre du bureau exécutif de LaREM

Catherine Fabre, députée (LREM) de la Gironde

Valéria Faure-Muntian, députée (LREM) de la Loire

Jean-Marie Fiévet, député (LREM) des Deux-Sèvres

Agnès Firmin Le Bodo, députée (UDI/Agir/Indépendants) de Seine-Maritime

Emmanuelle Fontaine-Domeizel, députée (LREM) des Alpes-de-Haute-Provence

Pascale Fontenel-Personne, députée (LREM) de la Sarthe

Alexandre Freschi, député (LREM) du Lot-et-Garonne

Bruno Fuchs, député (Modem) du Haut-Rhin

Jean-Luc Fugit, député (LREM) du Rhône

Olivier Gaillard, député (LREM) du Gard

Patricia Gallerneau, députée (Modem) de la Vendée

Laurent Garcia, député (Modem) de Meurthe-et-Moselle

Anne Genetet, députée (LREM) des Français de l’étranger

Joël Giraud, député (LREM) des Hautes-Alpes, rapporteur général du budget

Guillaume Gouffier-Cha, député (LREM) du Val-de-Marne

Fabien Gouttefarde, député (LREM) de l’Eure

Carole Grandjean, députée (LREM) de Meurthe-et-Moselle

Florence Granjus, députée (LREM) des Yvelines

Olivia Grégoire, députée (LREM) de Paris

Emilie Guérel, députée (LREM) du Var

Perrine Goulet, députée (LREM) de la Nièvre

David Habib, député (Nouvelle Gauche) des Pyrénées-Atlantiques

Véronique Hammerer, députée (LREM) de la Gironde

Pierre Henriet, député (LREM) de la Vendée

Alexandre Holroyd, député (LREM) des Français de l’étranger

Sacha Houlié, député (LREM) de la Vienne

Monique Iborra, députée (LREM) de Haute-Garonne, vice-présidente de la commission des affaires sociales

Christophe Jerretie, député (LREM) de la Corrèze

Régis Juanico, député (Nouvelle Gauche) de la Loire

Hubert Julien-Laferrière, député (LREM) du Rhône

Sébastien Jumel, député (GDR) de Seine-Maritime

Guillaume Kasbarian, député (LREM) d’Eure-et-Loir, membre du bureau exécutif de LaREM

Stéphanie Kerbarh, députée (LREM) de Seine-Maritime

Yannick Kerlogot, député (LREM) des Côtes-d’Armor

Sonia Krimi, députée (LREM) de la Manche

Mustapha Laabid, député (LREM) d’Ille-et-Vilaine

Jean-Luc Lagleize, député (Modem) de Haute-Garonne

François-Michel Lambert, député (LREM) des Bouches-du-Rhône

Anne-Christine Lang, députée (LREM) de Paris

Mohamed Laqhila, député (Modem) des Bouches-du-Rhône

Frédérique Lardet, députée (LREM) de Haute-Savoie

Michel Lauzzana, député (LREM) du Lot-et-Garonne

Sandrine Le Feur, députée (LREM) du Finistère

Nicole Le Peih, députée (LREM) du Morbihan

Jean-Claude Leclabart, député (LREM) de la Somme

Charlotte Lecocq, députée (LREM) du Nord

Monique Limon, députée (LREM) de l’Isère

Brigitte Liso, députée (LREM) du Nord

Jacqueline Maquet, députée (LREM) du Pas-de-Calais

Jacques Marilossian, député (LREM) des Hauts-de-Seine

Jean-François Mbaye, député (LREM) de la Somme

Graziella Melchior, députée (LREM) du Finistère

Ludovic Mendes, député (LREM) de la Moselle

Marjolaine Meynier-Millefert, députée (LREM) de l’Isère

Jean-Michel Mis, député (LREM) de la Loire

Paul Molac, député (LREM) du Morbihan

Sébastien Nadot, député (LREM) de Haute-Garonne

Christophe Naegelen, député (UDI/Agir/Indépendants) des Vosges

Xavier Paluszkiewicz, député (LREM) de Meurthe-et-Moselle

Patrice Perrot, député (LREM) de la Nièvre

Maud Petit, députée (Modem) du Val-de-Marne

Damien Pichereau, député (LREM) de la Sarthe

Laurent Pietraszewski, député (LREM) du Nord

Sylvia Pinel, députée du Tarn-et-Garonne, co-présidente du Mouvement Radical

Christine Pirès Beaune, députée (Nouvelle Gauche) du Puy-de-Dôme

Béatrice Piron, députée (LREM) des Yvelines

Jean-Pierre Pont, député (LREM) du Pas-de-Calais

Jean-François Portarrieu, député (LREM) de Haute-Garonne

Josy Poueyto, députée (Modem) des Pyrénées-Atlantiques

Richard Ramos, député (Modem) du Loiret

Pierre-Alain Raphan, député (LREM) de l’Essonne

Rémy Rebeyrotte, député (LREM) de Saône-et-Loire

Jean-Luc Reitzer, député (LR) du Haut-Rhin

Cécile Rilhac, députée (LREM) du Val d’Oise

Véronique Riotton, députée (LREM) de Haute-Savoie

Mireille Robert, députée (LREM) de l’Aude

Xavier Roseren, député (LREM) de Haute-Savoie

Thomas Rudigoz, député (LREM) du Rhône

Maina Sage, députée (UDI/Agir/Indépendants) de la Polynésie française

Laurent Saint-Martin, député (LREM) du Val-de-Marne, vice-président de la commission des finances

Nathalie Sarles, députée (LREM) de la Loire

Hervé Saulignac, député (Nouvelle Gauche) de l’Ardèche

Benoît Simian, député (LREM) de la Gironde

Denis Sommer, député (LREM) du Doubs

Eric Straumann, député (LR) du Haut-Rhin

Adrien Taquet, député (LREM) des Hauts-de-Seine

Stéphane Teste, député (LREM) de Seine-Saint-Denis

Huguette Tiegna, députée (LREM) du Doubs

Alain Tourret, député (LREM) du Calvados

Elisabeth Toutut-Picard, députée (LREM) de Haute-Garonne

Stéphane Trompille, député (LREM) de l’Ain

Frédérique Tuffnell, députée (LREM) de Charente-Maritime

Nicolas Turquois, député (Modem) de la Vienne

Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée (LREM) de l’Allier

Marie-Christine Verdier-Jouclas, députée (LREM) du Tarn

Michèle Victory, députée (Nouvelle Gauche) de l’Ardèche

Patrick Vignal, député (LREM) de l’Hérault

Corinne Vignon, députée (LREM) de Haute-Garonne

Stéphane Viry, député (LR) des Vosges

Guillaume Vuilletet, député (LREM) du Val d’Oise

Martine Wonner, députée (LREM) du Bas-Rhin

Hélène Zannier, députée (LREM) de la Moselle

Source : jeanlouistouraine.fr

 

 

EHPAD: le pur scandale des infirmières de nuit

Bonjour,

Jusqu’à la fin du XXème siècle  les politiques français se réjouissaient volontiers  de l’allongement de l’espérance de vie. Puis ils  se bornèrent au constat. Le déploreront-ils un jour ?

A l’heure où sont écrites ces lignes Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé reçoit des mains du Pr Régis Aubry, président de l’Observatoire national de la fin de vie, un rapport  intitulé « Vieillir et finir sa vie ». Cette réception se fait en présence de Michèle Delaunay, ministre déléguée en charge des Personnes âgées et de l’Autonomie. Nous verrons demain la « couverture médiatique » qui en résultera.

Scandales politiques

Ce rapport révèle un nombre assez considérable de scandales. De vrais scandales, d’essence politique et médicale. Extraits de l’avant-propos de Régis Aubry :

« Comment les personnes âgées finissent-elles leur vie ? Que vivent-elles, où et comment vivent-elles lorsqu’elles atteignent cette ultime période ? (…)  On vit de plus en plus vieux et l’on peut vivre longtemps dans de bonnes conditions. Mais vit-on pour autant en paix avec ce que vieillir veut dire ? Se prépare-t- on à la mort ? La regarde-t-on ? On peut en douter.

Les deux tendances du moment semblent plus se rapprocher d’une forme de « jeunisme » d’une part, et d’une certaine médicalisation du vieillissement et de la fin de vie d’autre part. Certes, on vit de plus en plus vieux et l’on peut vivre longtemps dans de bonnes conditions. Mais vit-on pour autant en paix avec ce que vieillir veut dire ?

Jeunisme

Ce jeunisme qui envahit la publicité et les médias, montrant des personnes âgées « toujours jeunes » et en forme n’est-il pas au contraire une forme de dénégation de cette confrontation à la question de la fin la vie ? Notre société tente de repousser non seulement la mort, mais aussi son image. Ni la publicité ni les médias ne montrent ce qui est pourtant une réalité : vieillir, c’est tout de même rarement rester jeune et en forme éternellement…

Les médias ne les montrent pas

Ni la publicité ni les médias ne montrent les vieux dans les EHPAD, cet « isolement en masse » des personnes regroupées du fait de leur perte d’autonomie, parfois privées du choix de leur lieu de fin de vie. En ne montrant pas la vraie vie, voire en la masquant, notre société moderne aboutit à un résultat opposé au but qu’elle poursuit : elle augmente l’angoisse de la mort, et contribue à diffuser ses fausses représentations.

Naufrage sociétal

(…) Si nous n’y prenons garde, la fin de la vie des personnes âgées pourrait devenir un véritable naufrage sociétal. La mort des personnes âgées peut survenir en plusieurs temps. Le premier est celui de la mort par exclusion de la « vraie vie », celle des gens qui bougent, qui vont vite, qui travaillent et produisent, qui sont rentables.

 Puis vient la mort par regroupement (et en même temps par isolement), en dehors du regard de tous, dans des établissements ou chacun fait du mieux qu’il peut avec les moyens dont il ne dispose pas pour éviter l’indignité de certaines situations.

Mourir dans un couloir

Puis enfin la mort à l’hôpital, dans le couloir d’un service d’urgences ou après un long passage dans différents services hospitaliers, dont l’objectif principal est de maintenir en vie les personnes malades. »

L’Observatoire National de la Fin de Vie (ONFV) a voulu éclairer ces zones d’ombre de la fin de vie des personnes âgées. Il y parvient. Attention au spectacle. Ils peut troubler, angoisser, indigner, révolter.

Bombe humanitaire

Les médias d’information générale ne s’intéressent pas plus à l’intérieur  des EHPAD qu’aux travaux de ce jeune Observatoire national de la fin de vie. Ce dernier avait, en septembre 2013 dernier réalisé une courageuse étude sur la mort dans les EHPAD. Une bombe humanitaire. ...

La photographie alors réalisée soulignait la responsabilité des Agences régionales de santé (ARS) dans les inacceptables inégalités de la fin de vie des personnes « hébergées » dans ces structures : 5700 Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes où plus d’un Français sur dix quitte la vie ; et où un sur quatre passe les derniers temps de son existence. ...

Mourir aux urgences

Que nous dit aujourd’hui l’Observatoire de la fin de vie ? Que toutes les 40 minutes, une personne âgée meurt aux urgences (soit 13 000 décès chaque année). Pourquoi « aux urgences » ? Un suicide sur trois concerne une personne âgée. Soit 3 000 cas chaque année. Pourquoi se suicide-t-on à la veille du mourir ? Que les trois-quarts des personnes âgées qui finissent leur vie en EHPAD n’ont pas choisi d’y vivre : leur entrée en institution s’explique d’abord par l’impossibilité de rester à domicile. Pourquoi ne peut-on, en 2014 et en France, finir sa vie chez soi ?

Infirmières en EHPAD

Plus dramatique peut-être: moins de 15% des maisons de retraite disposent d’une infirmière la nuit. Et que si c’était le cas de tous les EHPAD, cela permettrait d’éviter 18 000 hospitalisations de fin de vie par an. Qui fera le calcul du coût de la vie gagnée ? Qui aura le courage de le faire ? Que peuvent faire, que feront ici Mmes Delaunay et Touraine ?

450 euros par mois

L’Observatoire nous dit encore que 450 euros par mois est (en moyenne) la somme que les personnes âgées en fin de vie doivent dépenser pour financer leur maintien à domicile.

Tout cela peut être perçu comme définitivement dramatique. Cela pourrait aussi être la base d’une belle action politique. Les chiffres et les souffrances sont là.  Les responsables  politiques ne font rien.Ont-ils à ce point besoin des médias ? Que font-ils quand les médias ne sont pas là ? Les médias ne nous le disent pas. ...

Source : jeanyvesnau.com

 

 

Euthanasie pour souffrances psychiques : la pente glissante qui fait basculer ?

Quatre auteurs, à savoir le Fr. Dr. René Stockman, Dr. Marc Calmeyn, Dr. Marc Eneman et Prof. Dr. Herman De Dijn, ont écrit un essai qui est maintenant publié en format livre sur la question de la légitimation de l’euthanasie pour  souffrances  psychiques. Ils l’analysent d’un point de vue médical, philosophique et croyant, et arrivent à la conclusion que l’on emprunte un  chemin  très  dangereux  en pratiquant l’euthanasie pour  souffrances  psychiques.
Ils fournissent ici une précieuse contribution dans le débat public qui en laisse peu indifférents.

Depuis 2002, l’euthanasie pour des maladies incurables et des souffrances intolérables est légalisée à certaines  conditions.  Si, au  départ, on  ne  prenait  en  compte  que  les souffrances  physiques pour envisager l’euthanasie, les patients avec des souffrances psychiques  sont eux  aussi,  ces  dernières  années, de  plus  en  plus concernés  par  la question. Aujourd’hui,  même  les  mineurs  peuvent  sans accord  de  leurs  parents demander l’euthanasie, et les voix s’élèvent pour étendre cela aux personnes  âgées démentes et aux personnes handicapées. Dans l’un des journaux, nous avons pu lire aujourd’hui, qu’un habitant  sur  vingt,  en Flandres, meurt par euthanasie.  Nous sommes clairement en train de glisser sur un terrain dangereux. Ce qui était autrefois considéré  comme  une  exception,  devient  maintenant  une  règle, bientôt  élevée  à  un droit du patient, où l’euthanasie devra être acceptée sur simple demande de celui-ci.

Autrement dit, l’euthanasie semble devenir désormais une thérapie.

Une réflexion d’un point de vue médical.

Les  auteurs  de  l’essai  sont,  outre  leur opposition  fondamentale  à  toute  forme d’euthanasie,  profondément  préoccupés par la  question  de  l’euthanasie  pour souffrance psychique.

Il y a en effet une nette différence entre les troubles physiques et les troubles mentaux. Alors que pour les souffrances physiques, la « maladie » est considérée en  tant  que  telle, concernant les  troubles  psychiques,  on  parle  de «personnes» atteintes d’une maladie.

Si l’on arrive plus ou moins à objectiver une douleur physque,  cela l’est beaucoup  moins dans  la  souffrance  psychique.  Une souffrance psychique, considérée comme insupportable par le patient, ne doit pas être immédiatement  classée  comme  incurable.  De  plus,  lorsqu’un  trouble  psychique semble au premier abord résister aux traitements classiques, cela ne signifie pas que le patient perd de lui-même  toute  capacité  de  récupération.  Un  psychiatre  traite  avant tout  un  humain  et  non  une  maladie, et c’est cet être humain  qui  peut  développer et développera des mécanismes propres, parfois sous forme d’effet secondaire positif lors d’un traitement semblant peu efficace, et qui peuvent engendrer un renversement de situation.

Dans le même temps, on peut se poser de sérieuses questions sur la capacité juridique des patients qui passent par une phase dépressive très sévère, compte tenu de la  diminution  de  leur  discernement. N’est-ce  pas justement le  propre d’une souffrance psychique de ne plus avoir aucune perspective d’avenir ?

Nous  pouvons légitimement  nous  demander, dès lors qu’un patient est considéré comme incurable, combien d’énergie les soignants voudront encore déployer dans son traitement et son accompagnement. N’est-il pas littéralement condamné à mort ?

Traiter des questions sur l’euthanasie exige des soignants qu’ils soient avant tout proches  des personnes, qu’ils ne les abandonnent jamais et qu’ils développent et aiguisent toute leur créativité et leurs qualités professionnelles pour transformer leur désir de mourir en volonté de vivre. « Notre société, qui n’a jamais disposé d’autant de  moyens  thérapeutiques  et d’accompagnement,  choisit-elle  maintenant  plus  que jamais  la  mort ? », question  pertinente  avec  laquelle nous  clôturons notre réflexion d’un point de vue médical.

Une réflexion d’un point de vue croyant

Même en tant que chrétien nous avons le droit et le devoir de réfléchir à la demande et la pratique de l’euthanasie pour souffrances psychiques.

Nous retombons ici sur une réflexion générale sur la vision de l’homme que nous essayons de développer à partir de notre foi chrétienne, dans laquelle le respect pour chaque vie humaine occupe une place centrale. Pour un chrétien, l’inviolabilité de la vie est absolue, et sans juger la demande et le choix d’un patient individuel, nous traiterons attentivement cette question, avec un respect fondamental quant à l’autonomie du patient, l’accompagnant de manière professionnelle, mais ne participant pas activement à la pratique éventuelle de l’euthanasie, précisément en raison de l’inviolabilité de la vie que nous considérons comme absolue.

Après tout, nous considérons la vie humaine comme sacrée parce qu’elle est, dès son origine, marquée par l’action créatrice de Dieu. L’image de Dieu est présente en chaque homme, par celle-ci, la nature humaine est en quelque sorte divinisée.

Le caractère sacré de la vie est à l’origine de son inviolabilité. On ne peut toucher à ce qui est sacré, mais uniquement le traiter avec respect et mettre tout en œuvre pour protéger et promouvoir la sainteté.

Nous n’avons qu’une intendance sur notre vie, et n’avons pas le droit de disposer de notre vie, ni de notre mort, ni de celle de notre prochain. En tant qu’être humain, nous avons en revanche le devoir de tout mettre en œuvre pour respecter et promouvoir notre propre vie et celle des autres et de ne pas commettre d’acte qui puisse y nuire.

On jongle souvent avec le concept de « qualité de vie », et l’on affirme que lorsque la vie n’a plus la  même qualité, il serait mieux d’y mettre fin. Mais qu’entend-on  par qualité ? Nous faisons une distinction entre la qualité ontologique qui porte sur la vie en tant que telle et la qualité accidentelle qui porte plutôt sur la condition dans laquelle se trouve actuellement la personne. Dans le discours à propos de la qualité de vie, l’on se limite souvent à cette qualité accidentelle et l’on néglige la qualité ontologique, qui, en chaque situation, par exemple aussi dans un stade avancé de la démence, demeure toujours intacte. On ne peut donc jamais dire qu’une vie humaine a perdu en qualité, car on ne peut jamais perdre le caractère ontologique de l’humain.

Le terme désespoir est considéré comme un facteur objectif, tandis que la souffrance insupportable  est  un  facteur  subjectif.  Même  si  le caractère  incurable  des  troubles physiques est  plus  ou  moins  objectable,  cela l’est  beaucoup  moins dans les  soins psychiatriques, ces facteurs concernent toujours la qualité accidentelle de la vie. La vie humaine en tant que telle a une dignité universelle, une qualité essentielle, une valeur intrinsèque et cette valeur est indépendante des circonstances physiques, psychiques, sociales, culturelles et historiques dans lesquelles elle se trouve.

Et vu que l’homme vit à travers et avec son corps, le corps fait partie de l’essence de l’homme et le corps a la même valeur que la vie.

La  fin  de  la  vie  corporelle,  pour  mettre  fin  à  la  souffrance,  signifie  que  le  corps  est sacrifié  comme  moyen pour mettre fin à la souffrance. Par l’euthanasie, on élimine l’homme en son corps pour justement résoudre le problème que l’homme a avec son corps,  qui  souffre  physiquement  ou  psychiquement.  Cela  signifie  que  le  corps  est rabaissé à un moyen.

Une réflexion d’un point de vue philosophique

La réflexion d’un point de vue philosophique correspond tout à fait à la réflexion précédente. Au centre de la conception éthique du bien et du mal, il y a la sauvegarde et le respect de la   dignité   humaine.   Cette   dignité   est   concrétisée par  l’idée d’inviolabilité  de  la  vie  humaine  et  même  du  corps  humain.

Les  philosophes contemporains eux-mêmes parlent aujourd’hui du caractère sacré de la vie humaine et aussi du  corps  humain.  Mettre  intentionnellement  fin  à  la  vie  humaine  est généralement considéré comme éthiquement inacceptable.

Il  y  a,  cependant,  une  éthique  philosophique,  l’utilitarisme,  qui  subordonne l’inviolabilité de l’homme à la création du maximum de bien-être, d’un  minimax  de douleur  et  bonheur.  La  vision  derrière  cette éthique  ne  tient  pas  compte  de  quelque chose de fondamental : dans leur vie, les individus accordent plutôt de l’importance aux relations interpersonnelles et à la reconnaissance des autres. L’absence de douleur et la présence de toute sorte de plaisirs ne sont évidemment pas à négliger, mais la vie ce n’est pas que cela . De plus, douleur et souffrance deviennent surtout insupportables lorsque  l’on est dans la négation de la douleur, lors de grande solitude ou lorsqu’il semble ne plus y avoir aucune issue possible dans la vie. Celui qui n’analyse pas les valeurs  de  la  société  au  prisme  du  bien  et  du  mal,  ne  peut  faire  autrement  que  de réduire l’éthique à une sorte de protection thérapeutique contre la douleur. Les termes de souffrances insupportables et sans espoir sont également très subjectifs.

Le  désespoir  en  cas  de souffrances  purement  psychiques  est  toujours  discutable.  Il s’agit ici de jugements subjectifs du patient ou du médecin. Des personnes peuvent se trouver   dans   des   situations   que   l’on  appelle  inhumaines,  dont elles souffrent gravement, et à cause desquelles elles pensent ne plus compter aux yeux des autres, être devenues un poids ou bien simplement répugnantes. C’est alors que nous devons essayer par tous les moyens de les tirer de cette condition et leur montrer qu’elles sont, à  nos  yeux,  toujours  des  personnes méritant  tout  simplement  le  respect  en  tant  que personnes et que nous n’abandonnerons pas.

Des  études  ont  aussi  montré  que  les  aides-soignants qui pratiquent l’euthanasie développent  deux  comportements  dominants :  soit  ils  sont  en  ordre  avec  les  règles, soit ils répondent autant que possible aux souhaits du patient. Il reste cependant un certain malaise chez eux, montrant que les questions éthiques plus profondes n'ont pas totalement  disparu,  mais  ne  peuvent toutefois  plus être  aiguisées.  Le  ressentiment éthique est ici en quelque sorte refoulé. La peur de la mort et celle de tuer est restée, mais la réflexion éthique est dominée par une certaine forme de procédurisme et de sentimentalisme.

La demande d’euthanasie d’un patient est une demande que chaque personne doit prendre au sérieux. Mais cela ne signifie pas que les professionnels de santé doivent y faire  droit.  Avec  les  progrès  que  nous  connaissons,  nous  devrions  être  capables  de réagir  individuellement  et  collectivement à certaines  circonstances autrement qu’en honorant le souhait de mourir.

En  conclusion  de  cette  réflexion  philosophique,  «on peut attendre d’une société décente qu’elle respecte la dignité humaine, ce qui signifie qu’elle procure avant tout le soutien et les soins élémentaires aux faibles et vulnérables, et surtout la protection de leur corps et de leur vie.» Voici la conclusion qui peut être entièrement souscrite sous les trois points de vue.

Fr. René Stockman

Le   livre «Euthanasie   bij   psychisch   lijden :   het   hellend   vlak   dat   overslaat ?» (Euthanasie pour souffrances psychiques : le terrain glissant qui bascule de l’autre côté ?) est  publié  par  Garant  et  coûte  13,90  euros.  Disponible en  néerlandais en librairie ou par Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Source : enthanasiestop.be

 

 

Fin de vie : les seniors veulent lever les tabous

par Mathilde Ledieu, 07/07/2016

Qu’elle représente la fin de la vie, ou le début d’une nouvelle, la mort est un sujet qui reste souvent tabou dans la société. Un sondage réalisé par l'institut ViaVoice pour Harmonie Mutuelle s’est intéressé aux seniors et à leur perception de la mort. Résultat : un tiers des plus de 70 ans l’évoquent avec fatalisme : « La mort est inéluctable », mais aussi de manière très rationnelle : « C’est dans la logique » pour 18 % d’entre eux. Vient ensuite l’aspect spirituel d’une vie après la mort. Toutefois, seuls 2 sur 10 parlent spontanément de tristesse, de souffrance et de la peur de mourir. Pour 73 % des plus de 70 ans, cette vision philosophique est aussi un moyen de mieux profiter de la vie, des petits bonheurs quotidiens.

Préparer sa mort et transmettre

Dans la famille, le sujet peut être abordé : 72 % des sondés en ont déjà parlé à leur conjoint, et plus de la moitié à leurs enfants. Si la mort touche à l’intime, elle n’est pas assez évoquée dans la société pour 44 % des personnes interrogées.
Un tabou qu’il faudrait lever, selon eux, car 6 seniors sur 10 estiment être insuffisamment préparés à leur propre mort ou à celle de leurs proches. Anticiper cette échéance, c’est d’abord transmettre des valeurs et des idées aux générations suivantes (31 % des personnes interrogées), mais aussi des biens matériels (28 %).

Un quart des seniors souhaitent aussi que leurs proches conservent une image positive d’eux, et estiment que la préparation, c’est aussi l’organisation des démarches administratives et financières. La moitié d’entre eux ont déjà prévu ou financé leurs obsèques ainsi que la cérémonie, ou comptent le faire à l’avenir. La rédaction d’un testament et son dépôt chez le notaire ne concernent en revanche que 24 % des sondés.

Plus que la mort elle-même, c’est la fin de vie et le risque de dépendance qui inquiètent les seniors : un sur deux se sent préoccupé. Ils craignent en premier lieu de dépendre de quelqu’un d’autre, de devoir quitter leur domicile ou de ne plus pouvoir exercer certaines activités. Ces appréhensions poussent les seniors à prendre des mesures. 53 % d’entre eux ont réalisé ou pensent réaliser des travaux pour rendre leur logement accessible. Un sur dix a même déménagé pour cette raison.
L’assurance est aussi plébiscitée avec 37 % des sondés qui indiquent posséder ou vouloir souscrire un contrat de prévoyance des risques de dépendance.

Pourtant, les seniors interrogés se sentent majoritairement encore loin de la fin de vie : ils sont en bonne forme morale et gardent un sentiment de jeunesse.

Source : pourquoidocteur.fr

 

 

Euthanasie : Aucun bénéfice ne peut compenser le tort fait aux personnes vulnérables

par Gènéthique, 08/03/2017

L’euthanasie met en présence deux valeurs importantes : celle du respect de l’autonomie individuelle et celle du respect de la vie. Les partisans de l’euthanasie donnent la priorité à l’autonomie tandis que ses opposants s’appuient sur le respect de la vie.

Le respect de la vie n’est pas seulement une valeur religieuse. Toutes les sociétés dans lesquelles des personnes raisonnables veulent vivre, doivent veiller au respect de la vie à deux niveaux : le respect de chaque vie humaine individuelle et le respect de la vie dans la société en général. Et si les « pro-euthanasie » considèrent que celle-ci ne contrevient pas au premier niveau, elle nuit cependant gravement au second.

Dans le débat de l’euthanasie, les protagonistes utilisent des images différentes pour marquer l’opinion publique. Ses promoteurs utilisent des histoires montrant de « mauvaises morts naturelles », relatant les souffrances extrêmes de malades en phase terminale et présentent l’euthanasie comme une forme de compassion qui bannit toute cruauté.

Ses détracteurs au contraire, utilisent des cas de belle mort naturelle, paisibles, en présence des de ceux qu’ils aiment, remplis du sentiment d’avoir vécu une vie pleine.

Mais il y a aussi de « mauvaises morts par euthanasie ». L’histoire de cette hollandaise, atteinte de démence, euthanasiée par son médecin en est la preuve (cf. Pays-Bas : une femme « euthanasiée contre sa volonté et Pays-Bas : une « mobilisation sans précédent » contre l’euthanasie des personnes démentes). Même si nous avions pu croire que l’euthanasie n’était pas intrinsèquement mauvaise, cette histoire montre les risques et le tort qu’elle peut faire aux personnes vulnérables.

Entre 4 et 14% des personnes âgées sont abusées, le plus souvent par des proches. Il est difficile d’imaginer un abus plus grand que d’aider un médecin à euthanasier son aîné en contenant « le bien-aimé » qui ne veut pas mourir. Mais il en existe d’autres formes comme le syndrome de l’ « héritage précoce » quand une personne, le plus souvent un enfant, obtient une procuration et utilise les actifs financiers de leurs parents pour eux-mêmes. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent du coût des soins résidentiels pour leurs proches âgés et leurs héritiers voient fondre l’héritage qu’ils estiment leur être du. Ajouter l’euthanasie et vous obtenez un cocktail mortel…

Certains objectent que le risque moral de l’euthanasie pourrait être éviter avec la légalisation du suicide assisté, mais le danger est identique. Les études montrent que les raisons qui poussent les personnes à demander le suicide assisté, est lié au sentiment d’être un fardeau pour ses proches… Par ailleurs, le risque moral du suicide assisté est plus large : partout où le suicide assisté a été légalisé, le taux de suicide en général a augmenté. Une fois approuvé en effet, le suicide apparait comme une réponse appropriée à la souffrance, et il est contagieux. Principale cause de décès chez les jeunes, c’est un problème de santé publique grave et important qu’une légalisation ne ferait que promouvoir.

Comment ce médecin hollandais à pu faire ce qu’il a fait ? Son acte est le résultat d’un processus de désensibilisation progressive du médecin pour ce qui est impliqué : tuer son patient.

Cette désensibilisation résulte de multiples facteurs. Placer les "blouses blanches" de la médecine sur l'euthanasie suggère la validité éthique de l'euthanasie et de sa bonté. Le langage utilisé pour décrire l'euthanasie est aseptisé et « euphemisé ». Le médecin est aveuglé par la conviction que c'est mieux pour le patient et qu’il agit pour son unique bien. Le médecin n'a aucune conscience qu’il ne donne pas un traitement médical et qu'il agit contre le mandat de guérison de la médecine et au-delà de ses objectifs. À un niveau plus profond cependant, l’acte d’euthanasier peut avoir un impact néfaste sur les professionnels de la santé. Des médecins des Pays-Bas et du Canada se retirent parce qu'ils souffrent de traumatismes mentaux, y compris de désordres de stress post-traumatiques, après l’avoir pratiqué (cf. Aide médicale à mourir en Ontario : des médecins se retirent). Ce qui n’a rien d’étonnant : les médecins sont entrainés pour soigner et sauver des vies autant que possible, mais pas à donner intentionnellement la mort. Par ailleurs, toute personne saine d’esprit possède un puissant instinct contre le meurtre intentionnel d’une personne.

Nous ne devons jamais ignorer les plaidoyers déchirants de ceux qui souffrent et de ceux qui les aiment et qui veulent que la souffrance de l'être aimé se termine. Mais si nous devons tuer la douleur et la souffrance, nous devons épargner la personne avec la douleur et la souffrance.


Sources: genethique.org, Mercatornet (2017/03/07)

 

« Les partisans de l’euthanasie trouveront toujours de nouvelles frontières à franchir et de nouvelles règles à transgresser »

par Gènéthique, 14/03/2017

Dans l’état de Victoria en Australie, un projet de loi se prépare pour légaliser le suicide assisté. Pour Paul Russell, ce type de législation est un leurre, les partisans de l’euthanasie veulent toujours aller au-delà de ce que la loi prévoit. « La meilleure protection est tout simplement de ne jamais commencer [à légiférer] », défend-il.

Les législations sur la fin de vie résultent la plupart du temps d’un compromis insatisfaisant. Aussi, les partisans de l’euthanasie cherchent toujours à étendre les populations concernées : au départ prévue pour les « personnes proches de mourir », puis rapidement pour « toutes celles qui souffrent ». Aujourd’hui, les enfants peuvent demander l’euthanasie en Belgique. Demain, les « personnes fatiguées de vivre » aux Pays-Bas. Chercher à éliminer toute souffrance par l’euthanasie, est-ce réellement un « effort humanitaire » ?

Les personnes atteintes de ces pathologies incurables « souffriront-elles intolérablement » ? Voudront-elles mourir ? Peut-on en décider pour elles ? « Ne devrions-nous pas plutôt nous interroger de cette façon : Ont-ils été soutenus ? Avaient-ils des parents et des amis pour les soigner ? Sont-ils bien soulagés ? ». Ne concluons pas trop vite que rien d'autre ne pouvait être fait que d' « offrir la version assistée du suicide », plaide Paul Russel. Personne ne doute que la vie avec une maladie incurable est difficile, mais elle n’est pas impossible.


Sources: genethique.org, Mercator, Paul Russel (13/03/2017)

 

 

Cancéreux en phase terminale, Christian Plessis-Bélair s’interroge: où va-t-il finir ses jours?

par Marco Fortier, 16/07/2016, extraits

Depuis trois mois, il ne lui reste plus que « quelques jours » à vivre. Mais il s’accroche. Contre toute attente, Christian Plessis-Bélair, atteint d’un cancer foudroyant, mange encore trois repas par jour, peint des tableaux et a même pris un petit verre de rouge, l’autre jour, à l’étage des soins palliatifs de l’hôpital Notre-Dame.

Le Devoir vous a parlé de lui la semaine dernière : cet homme de 62 ans est entré à l’hôpital pour un mal de jambe, à la mi-avril. Il n’en est plus sorti. Christian souffre d’une forme extrêmement virulente de leucémie. Trois mois plus tard, donc, on rejoint le patient à sa chambre du cinquième étage de l’hôpital, rue Sherbrooke à Montréal. Il a mal partout. Un mal terrible. Mais la méthadone et le Dilaudid engourdissent la douleur.

Il garde le moral, Christian. Une force de la nature. Un nuage plane tout de même dans sa petite chambre : il est question de le déménager à l’hôpital Marie-Clarac, la plus grande maison de soins palliatifs du Québec, dans le nord de Montréal. Un hôpital à la réputation irréprochable. Mais Christian ne veut rien savoir d’y aller. Il veut rester là où il est, aux soins palliatifs de Notre-Dame.

« Il n’est pas question que j’aille ailleurs. Je commence à m’adapter ici. Je connais les infirmières, je connais tout le personnel, c’est rassurant. Recommencer tout ça à une autre place, ça ne me tente pas », dit-il, assis dans son lit.

« Ici, c’est le bonheur. Je suis traité aux petits oignons. Les infirmières sont exceptionnelles. Elles travaillent tellement, elles n’arrêtent pas deux minutes. Et la nourriture est bonne. »

En attendant la mort

Christian est toujours vivant, trois semaines après son arrivée aux soins palliatifs. C’est une unité conçue pour les mourants, ici ! Il est le premier à rire du fait qu’il déjoue tous les pronostics. Il a accepté la mort, il est prêt à partir lorsque son heure sera venue, mais il profite de chaque minute que la vie lui offre.

Il est vrai que les séjours à l’unité des soins palliatifs sont généralement de courte durée. Une dizaine de jours en moyenne, d’après ce qu’on nous dit. Depuis trois semaines, presque tous les patients du cinquième étage ont été remplacés…

« Aucun transfert n’est effectué sans l’autorisation du patient ou de sa famille », assure Sylvie Robitaille, conseillère en communication au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), dont relève l’hôpital Notre-Dame. Les médecins traitants peuvent discuter d’un transfert s’ils jugent que c’est dans l’intérêt du patient. Mais rien n’est imposé. ...

Mourir à la maison

Constatons d’abord les chiffres : où les Québécois meurent-ils ? Le ministère de la Santé et des Services sociaux a compilé les statistiques entre les années 2000 et 2012. Près de six personnes sur dix (59 %) meurent à l’hôpital. Une portion de 20 % des décès surviennent dans un foyer pour personnes âgées, officiellement appelé centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD). Et 3 % des morts se produisent dans d’autres types d’établissement de santé.

Mais encore ? Encore 7 % de la population meurt « dans un autre lieu », dans un accident, en voyage à l’étranger, etc.

Le dernier chiffre, un des plus importants, est la proportion de 11 % des gens qui meurent chez eux. C’est un des chiffres les plus importants, parce que le gouvernement cherche à augmenter à 20 % la part des décès à la maison.

En théorie, Christian Plessis-Bélair aimerait finir ses jours sur le Plateau Mont-Royal, où il a vécu toute sa vie. Son petit appartement d’artiste célibataire de 62 ans serait toutefois mal adapté pour servir de « chambre d’hôpital ». Et aucun de ses proches n’a l’espace ou la capacité de l’accueillir.

Si jamais Christian décidait d’aller chez lui, le système de santé et services sociaux pourrait l’aider. « On a tout ce qu’il faut pour lui permettre de s’installer chez lui. On offre même la chimio palliative à la maison », dit Bérard Riverin, directeur général de la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal.

L’organisme permet à 1300 malades en phase terminale par année de se faire traiter gratuitement à la maison. Le « taux de succès »— ceux qui meurent bel et bien chez eux — est de 41 %. Les deux tiers meurent en moins de trois mois. Certains s’accrochent un an, parfois même deux ans.

Société de soins palliatifs à domicile fournit tout : lit d’hôpital, appareils pour distribuer les médicaments antidouleur, fauteuil roulant. Une vingtaine d’infirmières, 12 préposés aux soins, un psychologue, une soixantaine de bénévoles bien formés et du personnel administratif sont au service des patients.  

L’organisme fournit depuis quatre ans des préposés aux bénéficiaires de nuit : cette seule mesure a fait passer le « taux de succès » (de décès à la maison) de 18 % à 41 %. ...

Source : ledevoir.com

 

Le droit à des soins de fin de vie dans un environnement sans euthanasie

par Odile Marcotte - Directrice adjointe, partenariats, Centre de recherches mathématiques, 11/07/2016

Je veux ici présenter les raisons pour lesquelles j’appuie les médecins en soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de l’Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Nous avons été témoins récemment (et serons encore témoins à l’avenir) d’attaques indignes visant (encore) les palliativistes travaillant en milieu universitaire, en particulier ceux des centres hospitaliers de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Les médecins qui prodiguent des soins palliatifs dans ces institutions sont pourtant fidèles à la définition des soins palliatifs donnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est-à-dire soulager les patients en fin de vie sans hâter ni retarder la mort.

Les différentes personnes attaquant ces médecins (politiciens, médecins pro-euthanasie, journalistes et intimidateurs de tout poil) leur reprochent de ne pas se conformer à la loi québécoise et de ne pas respecter l’autonomie de leurs patients, en l’occurrence « leur droit » de recevoir les trois injections qui provoqueront la mort du patient dans un court délai. L’administration de ces trois injections représente la prétendue aide médicale à mourir, c’est-à-dire l’euthanasie volontaire (appelée euthanasie dans les lignes qui suivent).

Exemption

Remarquons d’abord que le jugement de la Cour suprême dans la cause Carter n’a jamais spécifié qu’un département universitaire de soins palliatifs, où sont formés les futurs palliativistes, devait offrir l’euthanasie. Kay Carter (qui était atteinte de sténose du canal rachidien lombaire, maladie entraînant la compression progressive de la moelle épinière et condamnant le malade à une immobilité forcée, et dont la cause s’est rendue jusqu’en Cour suprême) a été euthanasiée en Suisse (dans un établissement privé) parce qu’elle ne pouvait obtenir l’euthanasie au Canada ; la Cour suprême a jugé que l’interdiction absolue d’un tel « soin » au Canada n’était pas conforme à la Constitution. Par ailleurs, les maisons de soins palliatifs ont obtenu (heureusement) le droit de se soustraire à l’obligation d’offrir l’euthanasie, et la grande majorité d’entre elles ne l’offriront pas afin de préserver un environnement sécuritaire pour les patients refusant l’euthanasie.

Les attaques des intimidateurs ne visent donc pas à faire respecter les droits des patients, mais à modifier la nature des soins palliatifs en utilisant des méthodes qu’ils n’utiliseraient pas contre d’autres groupes de médecins spécialistes, par exemple les radiologistes ou les neurochirurgiens. Ils veulent détruire toute opposition à leur idéologie. Si ce n’était pas le cas, ils retrousseraient leurs manches et créeraient des cliniques offrant le « traitement médical » auquel ils attachent tant d’importance. Ils pourraient même créer une nouvelle spécialité en sciences de la santé, puisque la loi fédérale permet à d’autres personnes que des médecins de pratiquer l’euthanasie.

Droit aux soins sans euthanasie

Parlons maintenant du fameux droit des patients à mourir, qui est en réalité une exemption du Code criminel permettant de pratiquer l’homicide dans certaines circonstances. Au Québec, un citoyen a droit à un environnement sans fumée, mais pas à un environnement sans euthanasie. Je pense (et je ne suis pas la seule !) que le droit d’une personne à l’euthanasie volontaire est moins important que le droit d’un patient (MON droit) à des soins palliatifs dans un environnement où l’euthanasie n’est pas pratiquée. C’est ce dernier droit que les palliativistes du CHUM et du CUSM défendent et je leur en suis très reconnaissante. Il est dommage que la Cour suprême n’ait pas examiné cet aspect-là du problème.

L’obsession au sujet des délais pour obtenir l’euthanasie est difficile à comprendre si on considère l’état de notre système de santé. Au Québec, les temps d’attente pour des opérations ou à l’urgence sont parmi les plus longs du monde occidental (selon un rapport récent du Commissaire à la santé et au bien-être), et un patient ne peut exiger aucun traitement (par exemple un antibiotique ou un analgésique) de quelque médecin que ce soit. J’en ai fait moi-même l’expérience lorsque je souffrais de violentes migraines. Pourquoi accorder autant d’importance à l’euthanasie rapide et pas aux autres traitements ? Cet acharnement suspect révèle la nature idéologique du combat pour l’euthanasie, qui vise à dénaturer la mission des soins palliatifs et compromet les investissements promis dans ce domaine.

J’aimerais exprimer toute mon admiration aux médecins de soins palliatifs du CHUM et du CUSM, et j’espère qu’ils continueront à prodiguer leurs soins de telle sorte que leurs patients finissent leurs jours en paix, dans un milieu sans euthanasie.

Source : ledevoir.com

 

Euthanasie : les limites s’effacent

par Xavier Dijon, 03/03/2016

Une opinion de Xavier Dijon, Professeur émérite de l'Université de Namur.

Sonnons le tocsin. Trois propositions de loi veulent changer la déclaration anticipée, la décision médicale et la clause de conscience. L’homicide étend davantage son règne.

Trois propositions viennent d’être déposées à la Chambre des Représentants pour modifier la loi relative à l’euthanasie, sur le triple point de la déclaration anticipée, de la décision médicale et de la clause de conscience. Ces trois propositions de loi contribuent à étendre davantage encore les avancées de l’euthanasie en effaçant quelques limites qui lui étaient opposées jusqu’ici, tant dans l’espace que dans le temps.

1. Dans le but de s’assurer de la volonté persistante du malade incapable de s’exprimer lui-même en fin de vie, la loi de 2002 prévoyait que sa demande anticipée d’euthanasie aurait une validité de cinq ans. La proposition actuelle entend rendre pareille déclaration illimitée, étant donné, dit-on, la lourdeur de la procédure qui vise son renouvellement. La gravité du geste euthanasique se trouve ainsi singulièrement banalisée à l’égard de la personne qui aura peut-être signé cette demande vingt ou trente ans avant d’être euthanasié. Certes, cette requête pourra être retirée à tout moment mais, si la proposition de loi est acceptée, le signataire ne serait plus tenu de réfléchir régulièrement aux enjeux de sa demande. Comme si elle était devenue tout simplement normale.

2. La réforme souhaitée quant à la décision médicale concerne également l’écoulement du temps mais, cette fois, dans l’autre sens : il ne s’agit plus de rendre perpétuelle la demande du malade mais de raccourcir drastiquement la délibération du médecin. La loi de 2002 prévoyait que si le médecin consulté refuse de pratiquer une euthanasie, il est tenu, d’abord, d’en informer le patient en temps utile, ensuite, de communiquer le dossier médical du patient au médecin désigné pour poser ce geste. Ici, la proposition de loi précise que la décision de refus doit être donnée dans les sept jours de la demande et que le dossier doit être transmis dans les quatre jours du refus. Quand on connaît les hésitations et les revirements par lesquels peut passer une demande d’euthanasie, quand on réalise toute la part de confiance qui doit sous-tendre le dialogue entre médecin et patient, on se demande pourquoi il s’imposait de réduire à une semaine le temps de vérification du bien-fondé de la demande qui conduira le malade à la mort. Serait-ce, ici encore, pour étendre la normalité du geste euthanasique ?

3. Mais le coup le plus rude porté au respect de la vie concerne, non plus le temps mais l’espace. Si la troisième proposition de loi était adoptée, l’euthanasie devrait pouvoir être pratiquée dans tous les hôpitaux du Royaume, sans que leur direction ait le droit de s’y opposer. Toute clause par laquelle un établissement de soins empêcherait un médecin de pratiquer l’euthanasie en ses murs serait réputée non écrite. Or cette modification de la loi est proposée, selon son libellé, en vue d’assurer la clause de conscience. Jusqu’ici, on pensait à l’objection de conscience dans les termes d’un soignant qui se refusait à poser le geste de mort sur le patient qui le lui demandait. A présent, la proposition de loi étend la clause de conscience jusqu’à l’hypothèse inverse : celle du médecin qui veut faire valoir son droit subjectif de conscience pour pratiquer l’euthanasie, alors que l’institution dans laquelle il exerce son art s’y oppose. Et pour que nul n’en ignore, la même proposition précise que, dans leurs rapports juridiques avec l’hôpital, les médecins doivent jouir d’une entière autonomie professionnelle dans tous les soins de santé, y compris l’accompagnement en fin de vie (sous-entendu l’euthanasie elle-même).

Il y a quinze ans, on nous disait, d’abord que l’euthanasie devait être permise dans des circonstances exceptionnelles à l’égard de personnes majeures et saines d’esprit, ensuite, qu’un geste aussi grave serait entouré de garanties procédurales qui permettent de faire mûrir la réflexion de tous, enfin, qu’on respecterait évidemment la philosophie des institutions qui la refusent. A présent que l’homicide étend davantage son règne, en bouleversant les notions aussi fondamentales que "réflexion", "délibération", "conscience", ou "soins de santé", n’est-il pas temps de sonner le tocsin ?

Titre original : L’extension de la normalité euthanasique

Source : lalibre.be

 

"Ne me tuez pas docteur !" L'euthanasie et ses dérives chez nos voisins européens....

par Authentiqua, 28/04/2016

Maarik, une institutrice à la retraite, quitte la Hollande pour l'Allemagne. Pourquoi va-t-elle s'exiler en Allemagne ? Maarik fuit les Pays-Bas comme on fuit un pays en guerre, un pays devenu trop dangereux... A son âge, elle sait qu'on peut tomber malade du jour au lendemain et elle sera alors amenée à l'hôpital. Et elle ne pourra pas empêcher un médecin ou une équipe médicale de l'euthanasier contre sa volonté...

Comme Maarik, les Hollandais sont de plus en plus nombreux, chaque année à fuir leur pays où les médecins, depuis que l'euthanasie a été légalisée, peuvent vous assassiner ou vous euthanasier sans vous l'avoir demandé, alors que vous venez simplement de faire un banal malaise... On euthanasie comme on respire, là-bas ! 

Au Pays-Bas, il est important de savoir que n'importe quel médecin peut décider de supprimer la vie d'un patient qui est en état de démence ou qui a tout simplement perdu connaissance. Si on a un malaise sur la voie publique, on peut ressortir entre 4 planches si le médecin a décidé de tuer pour une raison X ou Y. Un médecin peut buter ses patients en étant payé et en toute impunité.

2500 euthanasies sont pratiquées chaque année, au Pays-Bas. 1000 victimes, environ, n'auraient pas demandé à être tuées. Le plus souvent, les victimes sont des personnes âgées, trop seules et des pauvres. Mais il y aussi des nouveau-nés qui sont dans le coma.

Et n'oublions pas, évidemment, les familles "aimantes" qui font pression sur les médecins et les infirmières pou tuer leur père ou leur mère pour toucher l'héritage plus rapidement...

Des milliers de Néerlandais préfèrent quitter leur pays et se réfugier en Allemagne. Dans un hôpital allemand, on peut trouver 200 patients hollandais sur 230 patients. 

Rappelez-vous, Hitler utilisait déjà le mot euthanasie pour se débarrasser de tous ceux qui étaient malades, handicapés ou malades mentaux...

Le docteur Jean-Pierre Dickès a voulu révélé ce qui se passe dans les pays où on a légalisé l'euthanasie. Le Docteur Dickès est devenu médecin dans le but de soigner, pas dans celui de tuer. Il a toujours voulu sauver des vies, et pas supprimer des vies comme un tueur en série. Depuis toujours, ce médecin lutte contre l'euthanasie.

En Allemagne, c'est une autre mentalité... "Le mot euthanasie y rappelle trop de trop mauvais souvenirs, et un malade, même en phase terminale, n'a pas de soucis à se faire..." affirme le Dr Dickès. Il veut certainement dire que contrairement à de nombreux pays européens on ne vous détruira pas en douce...

En Belgique et en Suisse, c'est le patient qui choisit. Mais il y a un risque d'abus manifestes... Dans certains hôpitaux comme le CHU de Louvain (en Belgique), on trouve un bloc opératoire à côté de la pièce des euthanasies. C'est pratique pour récupérer les organes des personnes décédées pour les greffes... Ça vous ne rassure pas ? Moi, non plus...

Source : "Détective" du 16 janvier 2013

Source : vivreaupresent.over-blog.com

 

Contrairement à l’euthanasie, le ridicule ne tue pas

Romero exploite le drame Vincent Lambert

par Eugénie Bastié, 25/06/2014 (extraits)

Sur le plateau du Grand Journal... pas de médecins, pas de juristes, pas de philosophes pour nous parler du douloureux cas Vincent Lambert, et éclairer la décision difficile prise par le Conseil d’Etat. Non, on avait invité M. Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Vincent n’est pas encore débranché, le cœur de Vincent bat encore, que le militant pourtoussiste court les plateaux télé, s’enrobe du tragique de la situation pour réclamer la reconnaissance juridique d’un droit à mourir.

Peu importe que le « cas » Vincent Lambert n’ait rien à voir avec l’euthanasie, mais soit simplement un tragique déchirement familial autour du corps d’un malade. Peut importe que Vincent ne soit pas conscient et qu’on ne puisse donc envisager la solution du suicide assisté que prône M. Romero.

Peu importe que  dans le monde idéal que Romero appelle de ses vœux, où l’on ne fait pas de la mort une maladie et où celle-ci serait réglée par injection létale et voie parlementaire, les cas Vincent Lambert continueront à exister. Parce qu’on ne connaît « ni le jour ni l’heure » et qu’il est difficile de dicter par avances ses dernières volontés. Que la mort sera toujours dramatique, surprenante, et triste, ce moment où « il n’y a que la déchirure, l’horrible déchirure ».

Mais à l’ADMD on se fiche du tragique. On veut sa liberté jusqu’au bout. Son « ultime liberté ». «Il faut qu’on sorte de ces émotions, il y a des gens qui souffrent », déclare-t-il, « en colère » à Jean-Michel Apathie qui approuve gravement. Jean-Luc Romero qui voudrait un monde sans émotions, les exploite sans vergogne quand elles permettent de faire monter la cote de la proposition 21 du candidat Hollande. Mais ne nous y trompons pas. Jean-Luc Romero est contre la souffrance. Il est contre la mort. Dans le monde de Jean-Luc Romero, le négatif n’existe pas, il ne doit pas exister. Rien ne peut rester dans l’ombre de la loi. Les désirs doivent se voir gravés dans le marbre. Les familles homoparentales existent, la loi doit les reconnaître, des gens souffrent, la loi doit les achever. Il veut des solutions morales à des problèmes pratiques. Et des solutions pratiques à des problèmes moraux.

L’euthanasie ? Une solution qui va de soi, comme la tête de Jean-Michel Apathie dodelinant d’approbation au vent du Progrès. Notez que l’argumentaire ici développé est identique à celui qu’il avait employé au sujet du mariage pour tous : cette loi ne fait qu’entériner la liberté des individus, sans enlever rien aux autres, sans gêner personne. On ne vous enlève rien aux hétéros ! On ne vous prive de rien vous les biens-portants ! Il le promet, miséricordieux : « Cette loi n’obligera à rien ».

L’argument ultime est… électoral. Il rappelle à François Hollande son « engagement» et affirme que  « 94% des français sont pour…que vous soyez à droite, que vous soyez à gauche, au centre , vous êtes en faveur »
Mais alors M. Romero, pourquoi, si la demande est si unanime, si c’est si facile, si consensuel, si efficace, pourquoi François Hollande n’instaure par la mort pour tous qui lui permettrait de gagner des points dans les sondages ?

C’est à cause des « lobbies » pardi ! Vous savez, ces fameux lobbies qui n’existent pas quand ils s’appellent Inter-LGBT ou ADMD ! Mais quel lobby en particulier s’acharne à empêcher les gens de mourir en rond ? « Le lobby de l’Eglise et le lobby des grands mandarins », répond tout de go l’onctueux prophète des temps nouveaux. D’ailleurs, déplore-t-il : « En tant que président de l’ADMD, je n’ai jamais été reçu par le Président de la République alors qu’il reçoit Frigide Barjot et d’autres qui ne représentent qu’eux-mêmes ». ...

Source : causeur.fr

 

Loi Claeys-Leonetti : de la sédation profonde à la mort à la demande. Pire que l’euthanasie ?

par Anne Dolhein, 01/02/2016

Sédation profonde, antichambre de la mort ?

Avec la loi Claeys-Leonetti, François Hollande et son équipe ont réussi ce qui ressemble fort à un coup de maître : en faisant jouer la corde sensible de la compassion, en rejetant l’euthanasie par piqûre mortelle tout comme le suicide assisté, ils ont réussi à imposer une autre manière de satisfaire la demande de mort de patients las de vivre. La sédation profonde et continue devient un droit dans des circonstances plus larges qu’on ne se l’imagine au vu des débats. En créant une zone grise entre les soins palliatifs et l’euthanasie, où des personnes qui ne sont pas sur le point de mourir peuvent entrer par effraction, c’est un véritable « droit à mourir » qui a été créé, contre lequel les médecins ne pourront pas grand chose. 

Il faut d’abord se pencher sur une bizarrerie. Cela fait plusieurs années que les sondages commandés par des associations favorables à l’euthanasie font état d’un soutien large, presque unanime à l’euthanasie. A les en croire, la majorité qui se dessine aujourd’hui autour de ce projet « sociétal » serait écrasante. Ces dernières années, selon les instituts, on a évoqué une opinion favorable à sa légalisation qui friserait l’unanimité : 89, 90, voire 96 % – ce dernier chiffre était celui donné par l’IFOP en octobre 2014.

La sédation profonde peut constituer une euthanasie lente

 La question s’impose d’elle-même : alors que tout le monde semble d’accord – François Hollande par son engagement de campagne « 21 », les électeurs, le lobby du « droit de mourir dans la dignité » – et que des pays proches et progressistes comme la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas ont déjà, chacun à sa manière, admis le principe de la « mort choisie », qu’est-ce qui a donc pu freiner le législateur français ?

Plusieurs réponses sont possibles, et elles peuvent être vraies ensemble – et peut-être y a-t-il à cette timidité des raisons que nous ne saurons jamais.

Pour commencer, c’est une manière de reconnaître que les sondeurs ne disent pas la vérité. Si tout le monde était réellement d’accord, pourquoi François Hollande et son équipe auraient-ils hésité ? Les sondages ont ceci d’« utile » qu’ils permettent de faire croire qu’une révolution dans les mœurs rencontre l’adhésion de tous… pour faire croître cette adhésion encore incertaine. Dans le cas de l’euthanasie, la manière de poser les questions joue aussi : celui à qui l’on demande s’il veut souffrir abominablement ou non à la fin de sa vie a évidemment tendance à répondre « non ».

La loi Claeys-Leonetti n’a pas profité du soi-disant « consensus » sur la fin de vie

 S’ils n’ont pas poussé leur avantage, c’est sans doute que le consensus est moins grand qu’on ne le dit ; qu’il existe encore une majorité d’élus qui s’élèveraient contre le droit de mettre à mort un patient qui souffre… Peut-être aussi la majorité du corps médical, conservant quelques souvenirs d’une éthique déjà bien malmenée, est-il par trop rétif à l’idée d’avoir à provoquer la mort de manière trop directe ?

Mais il y a un autre élément qu’il faut tenir à l’esprit. La loi Claeys-Leonetti est un modèle de manipulation. Préparée par un homme de « droite » et un homme de gauche, elle est – forcément, n’est-ce pas ? – une loi de consensus qui n’aura été contestée qu’à la marge. Elle est donc éminemment acceptable ; modérée… Elle a évité de lancer de grands débats sur les dérives de l’euthanasie en Belgique ou aux Pays-Bas. Ces dérives sont si visibles qu’elles risquaient de polluer le débat…

Moyennant quoi c’est quelque chose de plus radical, de plus extrême qui a été mis en place sous couleur de modération. Premier point : la loi crée un nouveau droit dont chacun peut se prévaloir, fût-ce contre la volonté du médecin (à quelques petites exceptions près). « Toute personne a le droit d’avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance », affirme la loi. Celle-ci ne définit pas ce qui est « digne » ou non ; de la suite on peut déduire qu’il s’agit de s’épargner « toute souffrance » et même de ne pas se sentir mourir.

Mort à la demande : la loi Claeys-Leonetti la rend possible

 En proscrivant l’« obstination déraisonnable », la loi Claeys-Leonetti ouvre une autre porte à l’organisation de la mort par la médecine, puisqu’elle est caractérisée par une description large : ce sont les actes qui « apparaissent inutiles, disproportionnés ou (qui) n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie ».

On se souviendra que la vie de Vincent Lambert que l’on veut faire mourir en le privant d’hydratation est réputée « artificielle » : en ce sens la loi Claeys-Leonetti n’est qu’une aggravation et une précision de la loi Leonetti de 2005 qui autorisait déjà cette forme d’euthanasie lente.

Mais se profile également la traque de la vie « inutile » à travers la notion d’actes médicaux « inutiles » – ce que les bioéthiciens qualifient de « soins futiles ». Là encore, il y a un problème de définition : il est vrai que des actes médicaux peuvent être « inutiles » eu égard au fait qu’ils n’apporteront ni amélioration, ni soulagement en prolongeant un état d’agonie par exemple. Mais l’« inutile » peut désigner aussi le soin prodigué à un tétraplégique qui sans être malade, n’a pas de perspective d’amélioration. La loi Claeys-Leonetti lui sera applicable et il pourra prétendre à une sédation continue et profonde jusqu’à la mort.

La loi précise au demeurant – puisque cela avait fait débat dans l’affaire Vincent Lambert – que « la nutrition et l’hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article ».

Droit à la mort : la sédation profonde et continue est ambiguë

 La loi ouvre en fait un large droit à la mort choisie puisque la sédation continue et profonde peut être exigée par le patient dans deux cas de figure. D’abord : « Lorsque le patient atteint d’une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme présente une souffrance réfractaire aux traitements » : dans ce cas, la sédation profonde peut avoir pour intention de soulager une souffrance intense à l’heure de la mort, et elle n’est pas euthanasique. Mais reste l’ambiguïté : la sédation profonde, tout retour à la conscience étant d’emblée exclue, combinée avec l’arrêt de l’hydratation, provoque nécessairement la mort. Entre tuer et laisser mourir, on est en train de brouiller les frontières.

Deuxième cas de figure : « Lorsque la décision du patient atteint d’une affection grave et incurable d’arrêter un traitement engage son pronostic vital à court terme et est susceptible d’entraîner une souffrance insupportable. » Cela signifie que le patient peut choisir d’arrêter de se faire soigner même s’il n’est pas du tout en phase terminale d’une maladie – d’ailleurs une « affection » n’est pas forcément une maladie – et que c’est précisément l’arrêt d’un traitement qui va le faire souffrir. Ici l’intention euthanasique est beaucoup plus évidente.

Mais là aussi il y a « zone grise » : entre le handicapé en bonne santé qui veut qu’on arrête de l’hydrater, le cancéreux qui ne supporte plus une chimiothérapie aux effets secondaires terribles, le dialysé qui en a assez de ses transfusions… il y a une multitude de possibilités. Le patient peut refuser de se soigner, c’est une liberté. Mais cette liberté s’impose désormais aux médecins qui se voient contraints de coopérer au désir de mort : « Le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité. »

Une loi d’euthanasie qui ne veut pas dire son nom

 Cela est finalement plus extrême que ce qui est demandé aux médecins belges ou néerlandais, qui ont (encore) le droit d’évaluer la demande du patient au regard de la loi et qui peuvent refuser d’y satisfaire.

Les mêmes médecins se voient largement contraints par les directives anticipées des patients qui ne sont plus en état d’exprimer leur volonté, et ils ne peuvent s’y soustraire qu’en des cas limités et par le biais d’une « procédure collégiale ». En l’absence des directives anticipées ou de la désignation par le patient d’une personne de confiance, ses proches sont « consultés » pour connaître la volonté que le patient a pu exprimer. Avec quel niveau de preuve ou de sérieux ? La loi ne le dit pas.

La sédation « profonde et continue » de la loi Claeys-Leonetti suppose une « altération de la conscience jusqu’au décès ». En donnant à chacun le « droit » de réclamer la mise en place d’une procédure de fin de vie, la loi finit par voler la mort. Par l’anesthésie de la conscience…

Anne Dolhein

Source : reinformation.tv

 

« Le Grand Age est à l’Abandon, propositions pour éviter le pire » Nicolas MARTINET

par Nicolas Martinet, 15/12/2013

Notre pays semble avoir perdu la boussole, les décisions sont prises en tous sens parfois sous la pression, souvent en réponse à un calcul politique. Pire, tout semble devoir se régler par la force et la contrainte, le plus fort écrasant le plus faible de sa toute-puissance. Le médico-social ne semble pas devoir déroger à la règle. La servilité des Directeurs d’établissement, écrasés par la surcharge de travail et des responsabilités, y  fait souvent écho à la tyrannie des administrations.

Pourtant de belles choses se font ici et là, mais dont la communication est étouffée par le brouhaha ambiant qui en interdit ainsi la connaissance. L’urgence est pourtant là, qui nous invite à calmer le jeu et par usage de notre intelligence, à reconstruire au sein de notre société une relation apaisée et respectueuse de tous.

Dans les maisons de retraite affublées aujourd’hui de ce nom barbare d’EHPAD, un personnel s’active pour le bien-être de la personne âgée. Son dévouement est malheureusement bien peu reconnu et est  trop souvent pointé du doigt par une presse plus prompte à mettre en avant les « canards boiteux » du système que les innombrables établissements où il fait si bon vivre.

À jouer ainsi la disqualification permanente, nous assistons sur le terrain à un mal-être grandissant qui s’accroît d’autant plus qu’à la non-reconnaissance s’ajoute une charge de travail grandissante. En effet, les personnes qui entrent maintenant dans ces établissements sont dans un état de lourde dépendance et elles sont accueillies par un effectif de personnel désespérément stable et insuffisant.

À tout cela s’ajoute une avalanche administrative, qui perd peu à peu tout son sens car comment digérer convenablement ce flot d’injonctions, de préconisations ou de mises en demeure, voulue par les réglementations sans cesse amplifiées. Comme le dit l’adage : « trop d’informations tuent l’information ». Un salarié de maison de retraite doit connaître et appliquer plus de 1000 pages de consignes, protocoles et autres préconisations!

Cette avalanche administrative vient, pour une bonne part, répondre au principe de précaution aujourd’hui devenu psychose de précaution.

Où est l’humain dans tout cela. Le temps est devenu un luxe que l’on ne peut distribuer qu’avec parcimonie au détriment de l’usager dont c’est l’attente première. Il devient urgent de remettre la personne âgée au cœur de nos préoccupations.

Avec force et courage, il est possible de vaincre, obstacle après obstacle, une situation désastreuse, héritée et entretenue par ceux qui nous gouvernent depuis si longtemps, trop longtemps peut-être. Ils ont perdu tout sens de l’intérêt commun parce qu’ils se sont coupé des réalités qui se vivent quotidiennement sur le terrain.

Osons parler de la vieillesse. Elle est belle pour qui sait la contempler pourvu que la santé ne soit pas trop détériorée. Et même dans ce cas, une présence aimante auprès d’elle permet d’y découvrir encore de multiples trésors.

Respectons nos anciens. Nous leur devons tout et plus encore. Parfois, pourtant, l’oublions-nous. Agissons pour que les métiers du social, si respectables parce que si beaux dans ce qu’ils font, dans ce qu’ils sont et dans ce qu’ils donnent, soient enfin reconnus à leur juste valeur.

Notre pays est malade car il ne reconnaît plus aujourd’hui que les « producteurs » d’argent et a oublié la richesse des valeurs humaines, que nos gouvernants foulent impunément.

La France n’a jamais été plus belle que lorsque unie, fière de son histoire, elle a su défendre ses valeurs.

Alors que nous entrons dans un temps de fêtes où la solitude pèse plus lourdement encore, osez prendre un peu de temps pour visiter une personne âgée restée seule dans votre village, dans votre quartier ou dans la maison de retraite la plus proche de chez vous.

A propos de Nicolas Martinet

Directeur de la maison de retraite Saint-Antoine à Desvres, auteur de : « Le grand âge est à l'abandon ! Propositions pour éviter le pire » aux éditions Salvator

Source : cyrano.net

 

 

Aider les malades mentaux plutôt que de les tuer : la demande d'une sénatrice canadienne

par Gènéthique, 17 Mars 2016 

Denise Batters, sénatrice de Saskatchewan (Canada), signe une tribune dans laquelle elle dénonce le récent rapport de la Commission parlementaire mixte sur l’aide médicale à mourir, et soutient que plutôt que de tuer les malades mentaux, il faudrait les aider.

Son mari, le parlementaire Dave Batters, s’étant suicidé il y a quelques années justement dans un contexte de grave dépression sévère, Denise Batters connaît le sujet, il la touche très personnellement.

Selon elle, si les scrutins révèlent que la plupart des Canadiens sont en faveur du suicide assisté, c’est aussi que ceux-ci sont poussés à penser que ce ne pourrait être une option ouverte qu’aux personnes malades en phase terminale, et ils veulent d’ailleurs que  des limites très claires définissent qui peut y prétendre. A la place, le rapport ouvre « la porte à de nombreux scénarios choquants ».

En effet, la commission n’a pas requis que la maladie soit en phase terminale ou menace la vie de la personne. Elle a inclut dans les conditions d’accès à cette aide médicale à mourir les souffrances psychologiques sans aucune obligation de consultation psychiatrique, et a même recommandé une extension aux « mineurs matures ». Ce qui dépasse largement les paramètres dessinés par la Cour suprême du Canada dans sa décision Carter c/ Canada. Pour la sénatrice, rien ne justifie cette position qui fait seulement appel à un « avis en ligne » d’un inconnu un peu léger pour une telle décision.

Assurant être la dernière personne qui pourrait prétendre que les personnes souffrant de troubles mentaux ne méritent pas un égal traitement devant la loi, elle souligne le fait que « dans le contexte de l’aide médicale à mourir, la maladie mentale implique une certaine vulnérabilité qui doit être considérée avec attention », dans toute sa complexité, mais qu’elle ne présente pas en elle-même de caractère « terminal ». Selon la sénatrice « nous ne pouvons pas faire accéder les malades mentaux au suicide assisté si nous sommes incapables de leur permettre un plein accès aux options de traitements et de soutien ».

« Comment peut-on attendre de ceux qui soignent les personnes souffrant de troubles mentaux qu’ils préviennent le suicide, tout en signant l’arrêt de mort d’un patient malade mental ? » questionne-t-elle.

Soulignant la nécessité de préserver l’espoir des personnes souffrant de maladies mentales, et de les accompagner, de les protéger, notamment dans un contexte où le suicide assisté devrait devenir une réalité (cf. Canada : de l’aide médicale à mourir ou du suicide assisté), Denise Batters a invité les Canadiens à faire entendre leur voix sur ce sujet, pour demander que l’accès à l’aide médicale à mourir ne soit pas étendu façon démesurée.

Sources : National Post (14/03/2016)     genethique.org

 

A propos de l’euthanasie – point de vue d’un philosophe

par Bertrand Vergely, 21/08/2014, extraits

L’euthanasie signifie la douce mort. Cette douce mort désigne le fait, pour un médecin, d’abréger les souffrances d’un malade incurable en lui donnant la mort. Beaucoup de personnes voient dans l’euthanasie un moyen de soulager la souffrance de certaines fins de vie. Avant de leur donner raison, il importe de voir ce qu’il y a derrière et ce qui risque d’advenir après si celle-ci est légalisée.

I. LA VIOLENCE

En premier lieu, il importe de rappeler que l’euthanasie ne consiste pas dans le fait simple d’abréger les souffrances d’un malade, mais dans le fait complexe de donner la mort pour abréger les souffrances d’un malade. La nuance est importante. Dans un cas, on a affaire à un geste humanitaire. Dans un autre cas, on est en face d’une violence inouïe. Tant il est vrai qu’il est désastreux de devoir tuer quelqu’un pour abréger ses souffrances.

Le passé témoigne de ce désastre. C’est sur les champs de bataille, quand on ne pouvait pas faire autrement, que l’on achevait les blessés. Par ailleurs, c’est le nazisme qui a formulé le projet d’euthanasier les vieux et les déficients mentaux, ceux-ci étant jugés inutiles et trop coûteux pour la société. La débâcle des champs de bataille. Le nazisme. La mémoire de l’euthanasie est chargée. Si  la mémoire est lourde, le présent l’est tout autant. Le meurtre est interdit par la loi. La peine de mort a été abolie. Qu’on le veuille ou non, avec l’euthanasie, on a affaire au retour de l’un et de l’autre.

II. LA PRECIPITATION

S’agissant du malade, il semble qu’il y ait une confusion. Une chose est de désirer ne pas souffrir, une autre de mourir. Ce n’est pas parce que l’on désire ne pas souffrir que l’on désire mourir. Attention donc de ne pas prendre le désir de ne pas souffrir pour un désir de mort ! Attention au fait de donner la mort sous prétexte d’éviter la souffrance ! Attention au fait de faire croire qu’avec la mort, les souffrances vont cesser ! Quand on fait de la mort la médecine suprême, on se précipite et l’on attise les désirs de mort. ...

Quantité de témoignages montrent que, quand il y a dialogue entre médecin, malade et famille, quand il y a un vrai accompagnement, quand en outre la fin de vie se déroule dans un contexte spirituel, les malades partent paisiblement sans qu’il soit besoin de leur donner la mort.

Autre question : pourquoi ne développe-t-on pas une culture de l’accompagnement aux mourants en s’appuyant sur le dialogue et la spiritualité ? Plutôt que de penser à donner la mort, ne ferait-on pas mieux d’aider la médecine moderne à acquérir le sens de ses propres limites et la société contemporaine à retrouver un rapport à la mort ?

Source : cyrano.net

Vouloir mourir parce que c’est illégal

par Marcela Iacub,

Alors que la justice européenne a validé l’arrêt des soins de Vincent Lambert, l’Etat a-t-il vraiment son mot à dire en matière d’euthanasie ?

Ceux qui militent pour l’euthanasie oublient les problèmes multiples que poserait l’autorisation de cette pratique. A commencer par l’intérêt qu’auraient les Etats à augmenter le nombre de candidats à la mort, afin de diminuer les coûts de certaines maladies longues et incurables. Après avoir décimé la population dans des guerres massives et exécuté des milliers de condamnés, l’Etat se mettrait à euthanasier les personnes dont les vies seraient indignes d’être vécues. Sans oublier l’intérêt des familles à se débarrasser de parents vieux et encombrants sans la moindre culpabilité, dans une opération qui pourrait s’avérer des plus rentables.

Dans un monde où la plupart des crimes de sang se commettent en famille, comment imaginer que cette institution serait la plus à même de se conduire convenablement avec les vieillards impotents ?

D’autres écueils naîtraient moins de l’intérêt égoïste de ceux qui décideraient de faire mourir, mais plutôt de leur bienveillance. Il en est ainsi de l’empathie, ce vice de l’imagination consistant à se mettre à la place de l’autre en y projetant les mêmes attentes que les nôtres.

Une culture de l’euthanasie provoquerait des ravages sur le regard que l’on se porte à soi-même lorsqu’on tombe gravement malade ou qu’on devient affreusement vieux. Quelle valeur donnerait-on au consentement à mourir, lorsqu’on aurait intégré de telles normes sur la valeur de la vie ? Cette pratique s’appuie, d’ailleurs, sur un vice de raisonnement. Puisque notre temps est compté sur cette vallée de larmes, la décision de mourir afin de ne pas souffrir pourrait s’appliquer à chaque nouveau-né. Un partisan cohérent de l’euthanasie devrait espérer la disparition de l’humanité pour lui éviter qu’elle ne souffre. ...

Marcela Iacub
Source : liberation.fr

 

La procédure

États-Unis

Le condamné est installé et sanglé sur une table matelassée. Dans certains États, les tables sont remplacées par des fauteuils, similaires à ceux que l'on pourrait trouver chez un dentiste.

Deux cathéters sont ensuite placés sur son bras, ils serviront à injecter les produits (le second ne sert qu'en cas d'urgence). Le matériel utilisé est stérilisé, car il est possible que le condamné obtienne un sursis même après que les cathéters ont été installés. En général un ou plusieurs techniciens formés sont chargés d'insérer les cathéters et plusieurs autres de préparer et injecter manuellement les produits dans une pièce séparée, dissimulés par un miroir semi-réfléchissant. Une série de trois injections est nécessaire pour exécuter le condamné :

  • la première, un barbiturique, du thiopental sodique ou du pentobarbital, est destinée à anesthésier le condamné. Il provoque l'inconscience en trente à quarante-cinq secondes à dose normale et en dix à forte dose ;
  • la seconde, un curare, du bromure de pancuronium, est destinée à paralyser les muscles, ce produit n'est pas nécessaire pour que l'exécution soit effective, il sert juste à rendre la mort plus digne pour le condamné et les témoins en évitant qu'il ne bouge dans son inconscience ;
  • la troisième, du chlorure de potassium, provoque un arrêt cardiaque.

Ces injections sont chacune suivies par l'injection d'une solution saline pour éviter les mélanges.

Le déroulement de ces trois injections a été durant une certaine période entièrement automatisé au moyen d'un engin mis au point par Fred Leuchter, mais la fiabilité douteuse de l'équipement a entraîné son abandon progressif au profit de l'injection manuelle, réputée plus sûre. De plus, il arrive dans certains cas que des problèmes de dosage surviennent. La personne chargée des injections est alors obligée de recommencer depuis le début. Le condamné décède généralement au bout de sept minutes environ.

Depuis 2009 beaucoup d’États ont abandonné le protocole à trois produits pour adopter un protocole à un seul produit, un anesthésiant injecté à dose létale.

Source : fr.wikipedia.org

 

Le retour de la saignée: bienvenue en 2016

par Aubert Martin, Directeur-général du réseau citoyen «Vivre dans la dignité»,

L'entrée en vigueur officielle des articles de «l'aide médicale à mourir» marque le début de la fin du jugement professionnel et de l'expertise médicale. La médecine au grand complet vient de faire un grand pas en arrière qui aggrave une plaie sociale malsaine: la réponse à la souffrance humaine est trop complexe (et trop coûteuse) pour y faire face.

Dans cette optique, on nous présente «l'aide médicale à mourir» comme la solution ultime à la souffrance humaine, la réponse toute faite à des problèmes apparemment insolvables. Pour ainsi dire, c'est le retour de la saignée. En effet, à une époque moins avancée scientifiquement, la saignée était prescrite pour régler à peu près tous les problèmes dont on ignorait la solution: blessure, douleur, fièvre, dépression, et même par précaution ...

Aujourd'hui, la saignée vient de se trouver une nouvelle vie sous l'appellation «aide médicale à mourir». En effet, quand on observe ce qui se passe ailleurs dans le monde, la même constatation revient toujours: les critères pour avoir recours à l'euthanasie ne cessent de s'étendre, chacun revendiquant son «droit à mourir» pour des raisons personnelles spécifiques dont les détails seraient mis de côté par une loi trop généraliste et discriminante. Résultat: l'euthanasie devient la solution à de plus en plus de problèmes, notamment la dépression et la fatigue de vivre... Nous revoilà donc à la case départ.

Un des revers de l'admiration généralisée devant cette solution ultime à tous les soucis du monde, c'est que les soins palliatifs voient leur crédibilité minée, alors qu'on les pointe du doigt comme étant incapables d'apporter une réponse satisfaisante à la souffrance - à commencer par son personnel soignant qu'on accuse même de vouloir entretenir la douleur pour ses propres bénéfices (!).

Par ailleurs, la médecine tout entière se retrouve également travestie dans ses fondements puisqu'on impose aux médecins une procédure qui serait autrement sanctionnée dans n'importe quelle autre circonstance. Verriez-vous, sans crier au scandale, un chirurgien dire à son patient: «vu le résultat de mes analyses, ce ne serait pas approprié de vous opérer. Par contre, si vous insistez, je connais un autre chirurgien qui acceptera quand même de vous opérer».

À compter d'aujourd'hui, un tel manquement à l'éthique est non seulement cautionné, mais il est même obligatoire dans les cas «d'aide médicale à mourir». Dorénavant, on impose aux médecins qui la refusent, pour des raisons de conscience professionnelle, l'obligation de référer leur patient à une autorité qui trouvera une personne pour faire le travail à leur place. Dans la logique actuelle, cette complicité forcée n'a pourtant rien d'étonnant au regard du fait qu'on associe maintenant «suicide» et «homicide» comme étant deux actions complémentaires.

À ce rythme-là, la subjectivité va bientôt remplacer l'expertise médicale, l'opinion professionnelle sera considérée comme une option parmi d'autres, la misère humaine sera vue comme de l'acharnement thérapeutique, et le désespoir se retrouvera dans le lexique social comme une donnée factuelle à laquelle il faut remédier par la suppression de la vie du désespéré.

Et le tout sera constamment présenté comme un progrès social.
Bienvenue en 2016...

Source : quebec.huffingtonpost.ca

 

Euthanasie : il faut tout revoir !

par Etienne Dujardin et Drieu Godefrifi,

Une opinion d'Etienne Dujardin et Drieu Godefridi, juristes.

Lorsqu’en 2014 débuta le débat parlementaire sur l’extension de l’euthanasie aux mineurs, nous avions émis des réserves sur le mécanisme de contrôle en place, pour les majeurs, depuis 2002.

Rappelons que le contrôle du respect des conditions légales de l’euthanasie relève, en Belgique, d’une commission administrative, la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie. Durant les douze premières années de son existence, cette commission jugea que pas un seul cas d’euthanasie n’avait enfreint les conditions de la loi.

Ce qui est tout à fait possible, à condition de supposer que les médecins belges sont tous des anges. Mais ce cas, on peut se poser la question de la nécessité d’un contrôle, voire même d’une loi : autant s’en référer au jugement divinement inspiré de chaque médecin.

Plus sérieusement, cette commission compte en son sein une majorité d’activistes pro-euthanasie, à commencer par sa co-présidente Jacqueline Herremans, laquelle se déroba à nos propositions de débat public. Depuis 2006, l’ancien sénateur libéral Philippe Monfils, auteur de la loi sur l’euthanasie, demande la démission de l’autre co-président de la commission, Wim Distelmans, en raison de la caution donnée par celui-ci à des violations de la loi. N’est-il pas révélateur que la commission soit aujourd’hui en affaires courantes, ayant de plus en plus de difficulté à trouver des candidats disposés à en cautionner les procédures défaillantes ?

Scoop ! Lalibre.be révélait hier qu’un premier dossier d’euthanasie venait d’être transmis par la commission aux autorités judiciaires. En effet, la télévision australienne a réalisé un reportage sur « Simone », une patiente qui a choisi de mourir parce qu’elle en avait « marre de vivre ». Cela, alors qu’elle ne souffrait d’aucune affection physique ou psychique particulière. Les conditions légales de l’euthanasie n’étaient absolument pas réunies.

Qu’à cela ne tienne ! Simone a trouvé un médecin qui se vante, face à la caméra australienne, de se préoccuper des conditions légales de l’euthanasie comme de sa première seringue, et qui s’est effectivement occupé d’euthanasier Simone. Simone est morte.

Le cas « Simone » n’est que la pointe du sommet de la partie visible de l’iceberg. On estime que 50% des cas d’euthanasie, en Belgique, ne sont pas déclarés du tout. L’autre moitié faisant l’objet, on le constate, d’un « contrôle » qui a tout d’une amusante mascarade.

Le débat sur l’euthanasie est parasité par une confusion : beaucoup de gens pensent qu’une personne qui veut mourir doit pouvoir le faire dans la dignité. Soulignons avec force que ce n’est pas du tout notre sujet.

Le point que nous soulevons est le suivant : est-il acceptable que les médecins se voyent offrir de facto le droit de vie et de mort sur leurs patients, en dehors de tout contrôle effectif ? Ne voit-on pas les dérives vertigineuses dont ce système est gros ?

Il nous semble impératif et urgent d’ouvrir un débat serein sur l’euthanasie telle qu’on la pratique en Belgique. D’autant qu’un arrêt de la Cour constitutionnelle vient de confirmer le travers que nous dénoncions en 2014, soit le fait de s’en remettre de plus en plus à la décision arbitraire du médecin. Le monde entier a le regard rivé sur l’étrange expérience en cours dans notre petit pays, et ses yeux sont éberlués.

Source : lalibre.be

 

 

Bienheureuse vieillesse

par Gènéthique, 03/11/2015

Robert Redeker, professeur agrégé de philosophie et écrivain vient de publier Bienheureuse vieillesse, un livre dans lequel il appelle à « sauver la vieillesse de l’élimination, car sans elle, c’est notre civilisation qui risque de s’éteindre ».

Il défend l’idée que notre société ignore que « la vieillesse est libération. Elle débarrasse l’être humain de certains obstacles à sa liberté. La vieillesse est l’âge du bonheur, de la sagesse. » Elle est aussi « une chance : celle de redécouvrir le temps et la consistance des choses ». A l’inverse, notre société est obsédée par la jeunesse qui demeure « le seul âge légitime ». « Nous avons arrêté la jeunesse dans une trompeuse éternité », analyse Robert Redeker.

L’époque actuelle « ne veut de racines ni dans le passé ni dans l’avenir. Elle ne veut être ni redevable ni responsable », construisant un « vide temporel » qui a peur « des vieux », qui sont « la présence du passé, la présence et le présent des racines ». Notre société « refuse la vieillesse », et lui propose l’euthanasie. Mais l’euthanasie « est un mensonge, un mot totalitaire qui contient une contradiction : camoufler une mise à mort en opération humanitaire ». « Généraliser l’euthanasie signe la fin d’une civilisation, celle dans laquelle le ‘tu ne tueras point’ est un principe fondamental. C’est entrer dans une civilisation dans laquelle ‘tuer pour le bien être’ devient la norme. Serons-nous en état d’en fixer les limites ? »

Selon Robert Redeker, « le ‘gérontocide’ peut devenir le génocide du XXIème siècle ». Il prédit que « comme il y a l’avortement de confort, il y aura les euthanasies de confort, comme il y a l’avortement-contraception, il y aura l’euthanasie tranquillisation. Nous nous apprêtons à ouvrir une terrifiante boîte de Pandore ». Robert Redeker propose alors de « résister, par exemple en sauvant la vieillesse ».

par genethique.org

 

 

par Azulueta, 10/21/2013, extraits

Toujours le même procédé: situations émotionnelles tronquées, ‘sondages’ divulgués après intense formatage de l’opinion publique (les journaux ne disent-ils pas tous la même chose ?), vote en commission ou au Parlement sans examen sérieux des situations concrètes.

Tout cela procède d’une conception éminemment matérialiste de la personne.

Non! Nous ne voulons pas que nos enfants puissent être ‘euthanasiés’, comme des animaux portés à la fourrière.

Il n’y a eu que l’Etat national-socialiste en Allemagne pour entreprendre un tel programme d’euthanasie des plus faibles.

L’Etat prend la place des parents: il souhaite décider de la vie ou de la mort de chacun de nous et commence par les situations de faiblesse: les enfants et les personnes âgées. Il y a une manière particulièrement cruelle de faire comprendre aux autres qu’ils sont de trop. Nos enfants, même handicapés, surtout handicapés, ne sont pas de trop!

Un simple élan de solidarité résout la question : la chaleur de cet élan vers l’autre peut renverser cette logique mortifère qui habite certains de nos groupes parlementaires.

Vous pouvez en faire partie en disant clairement NON à cette logique économique où chacun est évalué en fonction de ce qu’il rapporte à la société. On appelle cela pudiquement « qualité de vie ». Cette ‘qualité de vie’ qui implique la mort (des autres) n’est pas pour nous. Nous pouvons agir, et réussir par notre voix à faire reculer cette implacable logique.

Source : citizengo.org

 

Euthanasie, un débat volontairement étouffé par Mélanie Raphaël-Béthune

par Funéraire Info, 

Alors que la proposition de loi Léonetti / Claeys passe en séance publique au Sénat les 16 et 17 juin prochain, le livre de Mélanie Raphaël-Béthune, « l’euthanasie, un débat volontairement étouffé« ,  offre un éclairage sur comment ce débat a occulté l’avis des citoyens.

Ce livre : un regard sur comment la communication politique a fait oublié le débat démocratique
Construit autour de l’historique de la loi, de la parole politique et la communication sur la question de la fin de vie et de l’aide active à mourir de 2004 à 2014, cet ouvrage montre que le citoyen est le grand oublié dans le traitement de cette question de société.

Une livre sur la gestion et les conditions de la fin de vie, question férocement d’actualité dans notre société. Cette analyse est à la fois l’histoire d’un manque de courage politique et celui de la conquête d’un droit social et d’une liberté individuelle.

Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE, l’auteur, une communicante militante
Convaincue qu’il faut savoir s’engager pour ses valeurs et donner du sens à son travail, elle devient réserviste gendarmerie à 18 ans et militante de l’ADMD à 19 ans. Chargée de communication publique, directrice de campagne municipale en 2014, co-fondatrice / secrétaire et chargée de communication de l’Agora Jeunes en Europe depuis avril 2015.

C’est à l’occasion de son mémoire de master en communication publique et politique à l’UPEC (2013) qu’elle entame ces recherches et ouvre le blog Ecoutez Nous Jusqu’au Bout sur la fin de vie, et commence la rédaction de ce livre.

« Il n’est qu’un sens à l’agonie, celui qui va vers la mort. Il n’est point de retour, il n’existe que des détours offerts par la médecine, pour arriver au même point, au même but, à la mort. »
Mélanie Raphaël-Béthune, p 29, « l’euthanasie, un débat volontairement étouffé »

Source : funeraire-info.fr

 

 

Une mort digne ou indigne ?

par Francis Gimenez, 25/05/2015, extraits

Les partisans de l'euthanasie font des pieds et des mains pour la rendre légale en France. Ils prônent la mort dans la dignité. Je ne comprends pas ce qu'ils entendent par là. Y aurait-il une mort indigne qui serait le pendant de la mort digne. Des vies dignes ou indignes, oui, mais des morts ? Il y a la souffrance physique et morale, mais cela n'a rien à voir avec le concept de dignité.

L'indignité est liée à des actes qui portent atteinte à la morale. Les racistes et les corrompus sont des êtres indignes. La mort, elle, n'est ni digne, ni indigne, elle est simplement et inéluctablement la fin de la vie. Il n'y a pas de mort digne, ni indigne, il y a la mort tout court....

Dans ces conditions parler de mort indigne des malades, incurables aujourd'hui mais peut-être pas demain, qui meurent soulagés de leurs douleurs, entourés des leurs et d'un personnel médical compétent et dévoué, n'a aucun sens.

Francis Gimenez

Source : clicanoo.re

 


Euthanasie, la mort dans l’âme

 

Fin de vie, soins palliatifs, euthanasie. Depuis la demande de « droit à mourir » de Chantal Sébire en 2008, cette femme de 53 ans atteinte à l’époque d’une tumeur rare, depuis « l’affaire » Vincent Lambert, les médias parisiens, en particulier, n’ont pas cessé de monopoliser le débat afin de l’orienter dans une seule direction : mourir « dans la dignité » est un droit. Comme si cela ne tombait pas sous le sens… Qui souhaite mourir dans « l’indignité » ? Beaucoup de médecins estiment que les médias parisiens ont kidnappé ce sujet. Cette enquête « Euthanasie, la mort dans l’âme », donne la parole à celles et ceux qui ne l’ont, pour ainsi dire, pas eue : médecins, infirmières. Armel Joubert des Ouches s’est rendu à Lille et dans la banlieue de Strasbourg à la rencontre des personnels d’un Centre d’unité de vie : centre où l’on accueille des personnes dans un état pauci-relationnel.

Un reportage d’Armel Joubert des Ouches
11 mars 2015

Source : reinformation.tv

 

 

Donner la mort, un progrès ?

par Anne De Poortere-Schillings, 22/11/2013

Tous étaient en proie à l’angoisse et hors d’état de se comprendre les uns les autres. Chacun cependant croyait être seul a posséder la vérité et se désolait en considérant ses semblables. Ils ne pouvaient s’entendre sur le bien et le mal et ne savaient qui condamner ou absoudre.

DOSTOIEVSKI : Crime et châtiment

Quelle conception de la mort ?

A côté des réflexions éclairées par le droit, la philosophie, la pratique médicale, à côté des témoignages prenants publiés sur ce site, je pense que les oeuvres d’imagination : romans, films... permettent d’approfondir notre vision de la mort, donc de l’euthanasie. Que nous disent ces ouvres, devenues des classiques ?

Le bien-être garanti

C’était en 1932... Le totalitarisme s’installe en Europe ; celle-ci se prépare sourdement à s’autodétruire. C’est le moment ou l’euthanasie systématiquement pratiquée est montrée pour la premiere fois dans notre culture. Le roman d’Aldous Huxley « Brave New World » (en français « Le meilleur des mondes» ), imagine une société future :“L’État mondial”, baignant dans un bonheur matérialiste sous l’égide de la science. La crainte de la mort n’existe pas : les mourants sont accueillis dans un hôpital spécialisé ou, plongés dans une atmosphere festive, ils reçoivent leur dose létale de “soma”, la drogue qu’ils ont déja consommée durant toute leur vie.  

“Je suis libre de me donner la mort quand je le souhaite.»

Dans l’État mondial, chacun est libre de se donner la mort quand il le souhaite, ainsi que les partisans de l’euthanasie le demandent aujourd’hui. Fin de l’angoisse ? Peut-être, mais à quel prix ? Huxley le dit: le projet d’euthanasie garantie est indissociable d’une vision globale de la société. Dans « le meilleur des mondes », le citoyen qui vient recevoir l’euthanasie dans un lieu prévu a cet effet est conditionné par tout son environnement. La recherche d’un bien-être physique immédiat est son unique horizon. Absence de livres, absence de jugement critique : le citoyen est prêt a tout accepter sans réfléchir.  

Si Huxley a écrit ce roman, c’est bien pour attaquer avec tout le poids de l’ironie le modèle d’une société idéale. Il veut dénoncer ce qui est pour lui un scandale : une mort douce mais abrutissante par laquelle le mourant perd ce qu’il aurait pu avoir d’individualité, ce qui peut lui rester de conscience éclairée par une conception transcendante de l’être humain. Faisant référence a Shakespeare, Huxley souligne le fait que, dans le monde « normal », la mort est une tragédie, liée a une souffrance physique et psychique souvent insupportable. Mais affronter la mort est aussi le point culminant de l’expérience humaine, celui ou l’être humain donne la pleine mesure de sa destinée.

La confusion du langage

Un peu plus tard, dans un autre roman d’anticipation : « 1984 »,  George Orwell annonce l’érosion de la conscience individuelle par un autre procédé. Les dirigeants du monde futur bouleversent purement et simplement le sens des mots à contenu moral ou philosophique. Des slogans apparaissent assimilant la liberté a l’esclavage, l’ignorance a la force... Les fonctionnaires du Ministère de la Vérité passent leur temps a réécrire l’histoire en fonction des contraintes politiques, ceux du Ministère de l’Amour arrêtent et torturent les opposants.

Il s’agit certes de la situation extrême qu’un pamphlet peut se permettre de montrer. Mais, dans le débat sur l’euthanasie, les mots ne changent-ils pas de signification selon celui qui les emploie ? Le sens du mot « liberté » tel que reconnu par les droits de l’homme et utilisé par les partisans de l’euthanasie (« Je suis libre de me donner la mort ») coexiste avec le sens moral du même mot utilisé par le camp opposé : la « liberté » est ici le fait d’agir conformément a la raison et a la morale. Que dire alors du mot « dignité » ? Comme le montre Xavier Dijon1, la dignité est inhérente a notre nature humaine ; mais, lorsque les partisans de l’euthanasie évoquent « le droit de mourir dans la dignité », c’est un autre sens du mot « dignité » qui est utilisé ; la dignité est liée ici à l’image que le mourant donne de lui-même aux autres et à lui-même, à la maîtrise qu’il a sur lui-même. Ces multiples significations d’un même concept sont presque aussi anciennes que le concept lui-même. En l’occurrence, elles demandent à être clarifiées avant d’entamer une réflexion. Sans cela, exactement comme dans la société de « 1984 »,  la confusion du langage ouvre la porte à la manipulation des consciences.

Et l’écologie dans tout cela ?

Pour minimiser l’empreinte de l’homme sur la terre, pourquoi ne pas recourir à l’euthanasie ? Le cinéma s’est déjà saisi de ce thème. La surpopulation, les difficultés économiques, l’épuisement des ressources naturelles ne devraient-ils pas amener la société a gérer de façon rationnelle le vieillissement de sa population ? « Soleil vert »2 montre brutalement comment affronter ces questions. En 2022, le monde est tellement pollué que la seule nourriture disponible est le « soleil vert », prétendument fabriqué a partir de plancton. La vérité est tout autre : l’euthanasie est pratiquée pour contrôler la surpopulation ; le « soleil vert » est fabriqué a partir du recyclage des cadavres humains.

S’agit-il d’un cauchemar ? L’un des rôles de l’art n’est-il pas de nous sensibiliser aux changements culturels, de nous montrer l’avenir que nos choix actuels préparent ?

Quatre-vingts ans plus tard...

Quatre-vingts ans plus tard, la perspective du « Meilleur des mondes » s’est inversée au point que la mort donnée par un être humain à un autre peut être présentée comme un acte d’ «Amour». Quatre-vingts ans pendant lesquels, imperceptiblement, le rouleau compresseur du conformisme social a rongé toute velléité de réflexion critique, a tenté de culpabiliser ceux qui veulent encore se référer a des valeurs transcendantes. A l’instar des reportages télévisés ou des publicités, des films travaillent nos émotions, nous poussent petit a petit a envisager des changements radicaux de société a partir d’exemples particuliers. « Mar adentro»3, « La belle endormie »4 éveillent la compassion pour les malades condamnés a une existence végétative.  Sans être un film à thèse, « Amour »5 montre la mort donnée comme l’acte qui s’impose face a un conjoint victime d’un AVC. Supprimer les êtres jeunes ou vieux, seuls, fragiles, diminués au lieu de les accompagner, ce n’est pas promouvoir la dignité humaine. C’est accepter la contagion du délabrement moral sur laquelle Hannah Arendt attire l’attention des 1950.

Bruxelles, 2032

La loi sur l’euthanasie de 2002 étendue en 2013... Quelle est la prochaine étape ?  Imaginons un instant :  

Nous sommes en 2032. La situation économique reste mauvaise. La Belgique cherche encore à réduire son budget. Monsieur X., 40 ans, rend visite à son médecin
parce qu’il s’inquiète d’un grain de beauté sur le dos qui commence à changer d’aspect. Il se sent fatigué, inquiet. Après les examens et analyse d’usage, le médecin diagnostique un mélanome et des métastases. Le médecin estime devoir dire la vérité a son patient : statistiquement, l’espérance de vie de monsieur X est de trois mois. Le médecin ajoute : « Vous avez déjà rempli votre déclaration anticipée d’euthanasie n’est-ce pas ? » Non, monsieur X. était loin de souhaiter cette issue brutale. Bouleversé par la nouvelle qu’il vient de recevoir, monsieur X. n’est pas en mesure d’évaluer sa situation. Il remplit le formulaire qu’on lui tend...

L’information concernant le cancer de monsieur X est encodée dans le réseau de la sécurité sociale. Elle est ensuite reprise par le comité de suivi de la nouvelle loi sur l’euthanasie. Ce comité estime que soigner le malade couterait trop cher étant donné ses chances de survie. Les soins palliatifs ne sont accessibles qu’aux malades ayant souscrit une assurance complémentaire ; ce n’est pas le cas de Monsieur X. qui, âgé de 40 ans, croyait que l’accès aux meilleurs traitements du cancer lui était garanti. Le comité de suivi de la loi sur l’euthanasie fait alors suivre le dossier a la police de la dignité qui prendra en charge le malade pour qu’il puisse être euthanasié.

 Nous n’en sommes pas là, pas encore...Face à la perspective d’une société déshumanisée, sans idéal, un retournement reste possible. C’est a chacun de le faire advenir.

Anne De Poortere-Schillings

1 Xavier Dijon : Droit naturel, Tome I, Paris, PUF, 1998
2 Richard Fleischer : Soleil vert, 1973
3 Alejandro Amenabar : Mar adentro, 2004
4 Marco Bellocchio : La belle endormie, 2008
5 Michael Haneke : Amour, 2012

Source : euthanasiestop.be

 

 

Euthanasie : « Quand la loi remplace la conscience »

par

Chantal Delsol, 27/03/2015, extraits

Valeurs d'avenir. Chantal Delsol est philosophe, membre de l’Institut. « On demande à l'Etat de dire le Bien pour éviter l'angoisse de décider », déplore-t-elle.

La question de la fin de vie interroge et parfois met en cause les principes fondateurs. ...

Les débats autour de cette question marquent avec acuité les métamorphoses des mentalités dont nous sommes les acteurs et les témoins.

Curieusement, on observe ici à la fois une radicalisation de l’individualisme et un effacement de la conscience personnelle. L’individu souverain voudrait avoir désormais la maîtrise totale de son destin : puisque je dois encore mourir (pas pour longtemps, nous promet le posthumanisme), au moins que je sois sûr d’en choisir le moment.

La loi morale élémentaire, antique et universelle, « Tu ne tueras pas », se donne partout des exceptions. Dans toutes les sociétés, ce sont la guerre et la peine de mort : les sociétés s’estiment fondées à tuer ceux qui les menacent. La modernité tardive, qui rejette avec dégoût la peine de mort et la guerre, et simultanément légitime l’IVG, même à un stade avancé de la grossesse, et l’euthanasie, marque par là la métamorphose des critères. Ce n’est plus la survie ou la sécurité de la société qui peut légitimer une exception au « Tu ne tueras pas », mais le refus de la souffrance individuelle (physique ou psychique).

Les lois sur la fin de vie vont cependant plus loin que ce déploiement de la souveraineté individuelle. Outre qu’elles traduisent un déplacement des critères de valeur, elles traduisent aussi un rabaissement de l’idée de conscience personnelle.

Les principes moraux élémentaires sont surplombants ; et pourtant toujours récusables par la conscience personnelle, dans des cas tragiques et au prix d’un débat intérieur. Les cas d’euthanasie existent et ont toujours existé. Dans des situations si singulières et si graves, des consciences individuelles prennent une décision. Mais on voudrait que cette exception au « Tu ne tueras pas » soit légalisée, qu’elle ne soit plus à la merci de la conscience personnelle. On voudrait que les individus jetés dans ce drame puissent appliquer une loi et ainsi s’exempter de l’angoisse de se prononcer, de la responsabilité et des éventuels remords. Le cas est le même pour l’IVG, pour laquelle nous recherchons toujours plus de loi déterminante, toujours moins de réflexion individuelle. Il y a là une récusation du tragique humain, une volonté de passer à la toise de la loi les situations les plus complexes. Dans les directives anticipées aussi, c’est la conscience personnelle qui se trouve dévalorisée, contrairement à ce que l’on pense : car je ne peux jamais préjuger de ce que je déciderai en situation limite ; dans cette situation, sans doute trouverai-je des ressources dont aujourd’hui je n’ai même pas idée ; une personne n’est pas une essence immuable, mais une entité en perpétuel développement.

La demande de légalisation toujours plus précise indique la persistance du positivisme juridique, déjà si présent au XXe siècle : la morale, ce ne serait rien d’autre que la loi positive, et ce qui est permis par la loi serait forcément bon — que l’État dise le Bien et nous ne nous poserons plus de question ! Au fond, nous voulons peut-être oublier que l’éthique traduit un perpétuel débat intérieur et extérieur — qu’elle engage notre responsabilité de personne libre, bien davantage que notre docilité de citoyen. ...

Les voix continuent à s’élever pour que nous adoptions les lois de certains pays voisins sur le suicide assisté. Ce qui est en jeu, c’est le maintien ou la récusation de la culture de vie qui anime le judéochristianisme depuis les origines, et pas seulement le sacre de la volonté individuelle. Car la Belgique en est déjà à programmer l’euthanasie des malades inconscients et des enfants : on bascule vite de l’« eugénisme libéral » (Habermas) à la suppression des “hommes en trop”. Pour nous tenir à cet équilibre précaire et éviter de tomber dans des extrêmes qui nous répugnent, il nous faudra argumenter sans cesse et demeurer nous-mêmes dans la modération.

Source : valeursactuelles.com

 

 

Pourquoi la loi sur la fin de vie risque d'affaiblir les soins palliatifs

par Anne-Laure Debaecker, 17/03/2015 à 20:50

FIGAROVOX/ ENTRETIEN - Alors que la proposition de loi portée par Alain Claeys et Jean Leonetti a été largement adoptée à l'Assemblée, Jean-Frédéric Poisson, auteur de Personne ne doit mourir seul prône un renforcement des soins palliatifs en France.


Titulaire d'un doctorat de philosophie Jean-Frédéric Poisson est député des Yvelines et élu local. Il est également président du Parti chrétien-démocrate. Auteur de plusieurs ouvrages sur les questions bioéthique et sur la dignité humaine, son dernier livre Personne ne doit mourir seul vient de paraître aux éditions universitaires.


Le titre de votre livre reprend ce que vous désignez comme le principe fondamental des soins palliatifs «la vie humaine est digne jusqu'au dernier instant, par conséquent personne ne doit mourir seul». Cependant, les patients qui se font euthanasier ne meurent pas seuls puisqu'on les «aide à mourir». De quelle solitude parle-t-on finalement?

Effectivement, dans une démarche d'euthanasie on est par définition accompagné: c'est une autre personne qui administre la dernière piqure. Mais la mécanique du suicide assisté ressemble à celle de l'accompagnement seulement en apparence. Cette mécanique consiste en effet à accepter l'idée que la mort est une affaire personnelle, comme le souligne le titre du livre du président de l'ADMD: Ma mort m'appartient. En fin de compte nous aurions le droit d'aménager notre mort exactement comme nous le souhaitons, y compris d'ailleurs si autour de nous personne n'est d'accord sur cette façon que nous avons choisi de mourir. Ce suicide assisté relève en réalité d'une solitude abyssale puisque l'on se fait complètement propriétaire d'un évènement qui a un caractère collectif.

La mort de chacun d'entre nous interpelle l'ensemble du corps social, même si nous n'en avons, évidemment pas conscience, dans la mesure où chaque décès nous replace dans notre condition d'homme mortel. Sa dimension sociale est donc évidente. A chaque fois que celle-ci est écartée, on replace l'homme devant l'une de ses plus profondes angoisses: mourir seul.

L'euthanasie apporte une réponse extrêmement partielle, pour ne pas dire illusoire à cette angoisse alors que les soins palliatifs, dans la mesure où ils consistent à accompagner jusqu'à la dernière seconde, garantissent à chacun qu'il ne mourra pas dans la solitude. Cet accompagnement se fait que la personne soit consciente ou pas, c'est ce qui est émouvant dans cette pratique. Cela relève d'une logique très différente de celle du suicide assisté.

Vous évoquez également une «société post mortelle», «où la mort passe du statut du socle ontologique à celui de contingence historique». Comment cette société se caractérise-t-elle ? Quel impact sur les soins palliatifs ?

Cette expression vient d'une sociologue canadienne, Céline Lafontaine, qui observe que l'on fait de plus en plus miroiter à nos contemporains la perspective d'une vie qui n'aurait pas de fin. Cette offre alléchante s'obtiendrait de plusieurs façons: soigner le corps humain pour que sa vie se prolonge sans cesse, les fameuses piqures anti-vieillissements par exemple, substituer par clonage des organes ou encore robotiser petit à petit le corps humain -ce qu'on appelle le transhumanisme.

Cette tentation de vaincre la mort est une tentation éternelle, c'est l'histoire de l'homme au fond. L'illusion selon laquelle la condition humaine pourrait se débarrasser de la mort parce que celle-ci n'aurait rien d'inéluctable. Si nous sommes encore mortels c'est parce que nous n'aurions pas découvert le moyen scientifique de ne plus l'être. Nous n'acceptons ainsi plus l'idée que la condition humaine soit limitée et nous cherchons tous les moyens pour en sortir. La société post mortelle -à laquelle nous n'arriverons pas car c'est une utopie- entretient l'illusion que nous aurions les moyens de tout simplement supprimer la mort.

Les soins palliatifs, au contraire, ont adopté comme un principe de soin et de relation avec les patients le fait que la mort est inéluctable et qu'il faut la traiter parce qu'on ne pourra s'en débarrasser. C'est une posture inverse de celle adoptée par une société «post mortelle».

Pourquoi politiser le débat sur la fin de vie?

Nous y sommes contraints. La manière de politiser ce débat, particulièrement ces jours-ci, n'est pas la meilleure façon de le faire puisqu'elle consiste à mettre dans le champ partisan des débats publics un sujet qui ne devrait pas y figurer.

Mais à partir du moment où le débat public existe, où ces questions sont dans l'espace public, il y a une forme de politisation qui est faite. La mort est un phénomène collectif par essence car elle rappelle au corps social à la fois la limite de la condition humaine et le replace devant un certain nombre de ses obligations à l'égard des mourants. Puisque celles-ci sont des devoirs collectifs, il y a un moment où la société doit s'en saisir. Et quand la société se saisit de ses propres devoirs, on est dans le débat politique.

On pourrait croire que la question de la fin de vie n'est qu'une question de personne «ma mort est mon affaire», mais en réalité en la considérant ainsi on participe à la déstructuration du corps social.

Certains considèrent l'euthanasie comme un complément des soins palliatifs. Que vous inspire cette position?

Cette position est celle, à peu près constante, tenue par le Parti Socialiste. Manuel Valls avait soutenu sa proposition de loi pour légaliser l'euthanasie en 2009 en affirmant que l'offre de santé publique sur la fin de vie n'était pas complète, dans la mesure où il manquait la mécanique par laquelle chacun devrait pouvoir demander à être suicidé si c'était son choix personnel. On a un peu moins entendu cet argument dans les débats de ces dernières semaines, néanmoins il y a toujours cette idée que la liberté personnelle ne peut pas s'exercer de manière complète si elle ne dispose pas d'un éventail complet de «services» et qu'il faut donc compléter l'offre de soin par la légalisation du suicide assisté. Vouloir associer euthanasie et soins palliatifs est pourtant antinomique : ces pratiques relèvent de philosophies et de relation entre patients et soignants radicalement différentes.

Le gouvernement n'a fait aucun effort depuis trois ans pour développer les soins palliatifs. Leur développement pourrait en effet manifester de manière formelle qu'il n'y aurait plus besoin d'une autre offre de santé, dans la mesure où la pratique palliative répond à toutes les angoisses que peuvent éprouver des personnes en fin de vie -si elles sont prises en charge de façon correcte et généralisée, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. En développant l'offre palliative comme objectif prioritaire de santé publique, il y aurait le «risque» de rendre inutile toute forme de légalisation du suicide assisté et je pense que c'est ce qui a poussé le gouvernement à cesser tous les efforts dédiés à la mise en œuvre de soins palliatifs.

Le dernier rapport de la Cour des comptes a effectivement dénoncé un retard français dans le développement des soins palliatifs. Ce retard serait-il donc imputable à des motifs idéologiques?

Il y a aussi des contraintes budgétaires qu'il ne faut pas ignorer: dans une société plus riche, les choses seraient peut-être allées plus vite.

Les soins palliatifs ne sont pas qu'une pratique médicale, c'est la thèse que je soutiens dans mon livre. Au-delà d'un simple soin, c'est une anthropologie, une vision de l'homme, des rapports sociaux et une philosophie assez précise. Cette philosophie est sensiblement différente de celle que la majorité actuellement au pouvoir défend la plupart du temps.

Pour vous, le rapport Clayes-Leonetti sur la fin de vie, adopté aujourd'hui à l'Assemblée nationale, peut porter un «rude coup» aux soins palliatifs, de quelle façon?

Le fait que la sédation terminale profonde se généralise et soit facilitée par ce texte entraine le risque que celle-ci s'impose petit à petit au détriment des soins palliatifs. Cette substitution serait facilitée par le fait que l'on propose au personnel médical une solution qui est beaucoup moins contraignante, plus facile à mettre en œuvre et qui sollicite beaucoup moins de moyens cliniques. Plus prenante psychologiquement et financièrement, la pratique des soins palliatifs deviendrait moins attractive que l'apparente bonhomie et la simplicité de la sédation. L'adoption de cette mesure apporte donc un risque d'affaiblissement de la culture palliative.

La première urgence, et c'est un des objectifs de mon livre, c'est de propager cette culture des soins palliatifs pour que tout le monde la connaisse et que chacun sache que nous sommes tous en situation d'exiger, si c'est notre foi personnelle, d'être accompagné par une unité de soin palliative lorsque nous serons en fin de vie, car la culture palliative est l'une des plus importantes manifestations d'humanité dans le monde d'aujourd'hui.

Source : lefigaro.fr

 

 

L’Euthanasie sur France 2 : plus belle la mort ?

Voudrait-on nous endormir ?

par Paulina Dalmayer, 15/03/2015

 Le patriarche décide d’en finir. Il a bâti un empire dans le domaine de la pâtisserie artisanale. Il a élevé trois enfants. Il aime la même femme depuis quatre décennies. Il a courageusement lutté contre un cancer. Mais là, il en a marre. Il décide donc de mourir debout, dans la dignité comme il dit, et comme disent tout ceux qui militent en faveur de la légalisation de l’aide active à mourir. Voilà en substance le synopsis du film Des roses en hiver, programmé en première partie de la soirée que France 2 a consacré hier au sujet de la fin de vie. On ne gâchera pas le suspense – il y en a rarement dans les productions télé diffusées aux heures de grande audience – en disant qu’au final l’octogénaire meurt chez lui, naturellement, dans les bras de son épouse bien aimée et bien aimante, à quelques jours de la date qu’il avait choisie pour son départ en Suisse. Grâce à ce dénouement, France 2 a pu habilement ménager son statut de chaîne publique, en s’attaquant à un problème de société majeur sans heurter la sensibilité de certains téléspectateurs et sans faire la promotion de pratiques illégales. Marc Lévy n’aurait pas mieux fait. Sauf que la vie, et surtout la fin de vie, ressemblent rarement à un téléfilm.

En témoignait avec beaucoup de verve Emmanuèle Bernheim dans son décapant récit Tout s’est bien passé (Gallimard, 2013), qui raconte le départ rocambolesque de son père malade pour le pays des Helvètes où, on le sait, on peut bénéficier d’une « mort douce » moyennant la modique somme de 10.000 euros. Quand bien même ce prix du passage à trépas dans la dignité est réservé aux happy few, nous autres aurions tort de les envier. En effet, ce n’est pas dans une chambre avec vue sur le lac que meurent les clients étrangers des associations d’accompagnement au suicide, mais plutôt dans des garages aménagés ou dans des bâtiments industriels, à l’instar du père de Jed Martin, le héros de Houellebecq dansLa carte et le territoire. Il n’est toutefois pas question ici de jeter la pierre à nos voisins suisses. Si la vue, ou plus précisément l’absence de celle-ci, nous froisse et si nous trouvons le forfait trop élevé, nous n’avons qu’à nous débrouiller avec nos malheurs et nos cancers en phase terminale. Inutile de dire qu’on n’y arrive pas.

Les choses n’iront pas mieux quand bien même la nouvelle proposition de loi sur la fin de vie, dont débat actuellement l’Assemblée nationale, serait votée. Son co-auteur, Jean Leonetti, présent sur le plateau lors de la discussion qui a suivi la projection du film, est probablement le dernier à croire le contraire. On dirait même que le député UMP a acquis une forme de dignité, dans son obstination déraisonnable à défendre un texte qui semble avoir pour principale qualité de pousser l’art de la nuance à son sommet. Si le projet devait passer, nous aurions en France la possibilité, en cas de maladie grave et incurable, de demander une sédation « profonde et continue » jusqu’au décès, accompagnée de l’arrêt de tout traitement de maintien en vie. Et ce, qu’il s’agisse de techniques invasives de réanimation, de traitements antibiotiques ou de nutrition et d’hydratation artificielles. La loi de 2005 en vigueur offre à peu de détails près une option identique. Certes, il serait désormais impossible de réveiller un patient une fois sédaté, ce qui est le cas à présent, du moins en théorie. Mais justement cette alternative théorique, appelée par certains médecins « le dogme de la réversibilité », marquait symboliquement la différence entre une sédation et une euthanasie. En l’abandonnant, comment nommera-t-on l’acte d’endormissement aussi profond qu’il devient irréversible, sinon euthanasie ? Une « troisième voie », selon le député PS Alain Claeys, l’autre corédacteur de la proposition de loi, laquelle écarte formellement tout recourt à l’euthanasie et au suicide assisté. Reste à savoir si les Français voudront l’emprunter, tant elle paraît sinueuse. En outre, dans la mesure où aucune loi relative à nos fin de vie – ni celle de 1999 qui devait garantir à chacun un droit d’accès aux soins palliatifs, ni celle de 2005 qui promettait de bannir la pratique de l’acharnement thérapeutique – n’a été appliquée, on s’interroge légitimement sur la démarche du législateur.

Depuis des décennies, on nous rabâche que les résultats des sondages d’opinion qui démontrent l’appui massif des Français à la légalisation de l’euthanasie ne démontreraient en réalité que leur ignorance en la matière. Ce n’est pas entièrement faux. Un des fils du vieil homme, dans Des roses en hiver, apprenant le souhait de son père, pose d’ailleurs la question : « Comment ça se passe alors ? » La veille, depuis la tribune à l’Assemblée nationale, Jean Leonetti a rappelé, non sans raison, que « ça » se passe toujours de façon violente, puisque la mort est un arrachement. Reste que pour beaucoup d’entre nous et de nos proches, « ça » pourrait se passer moins violement si nous n’étions pas obligés, par peur justifiée d’être mal ou pas du tout soulagés en France, de nous exiler pour mourir sans souffrance physique. « Ça » pourrait même se passer sans violence, si tous les Français qui en ont besoin avaient l’opportunité de profiter des soins palliatifs. Ils ne sont que 20 % à en bénéficier et souvent dans les tous derniers jours ou instants de vie. Il faudra encore attendre une trentaine d’années pour que cette couverture soit étendue à tous les mourants nécessitants. Qu’il nous soit alors permis de croire naïvement qu’en Suisse « ça » se passe dans des chambres avec vue sur le lac et de continuer de réclamer, à travers les sondages, que « ça » se passe de la même manière en France aussi.

Paulina Dalmayer

 

 

Bruno-Nestor Azérot : « Je me battrai contre toute loi légalisant l’euthanasie »

par Antoine Pasquier, 16/03/2015 

À la veille du vote de la proposition de loi sur la fin de vie, défendue par Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS), le député-maire divers-gauche de la Martinique annonce qu’il votera contre ce texte en toute conscience.

Quelle sera votre position lors du vote de la proposition de loi sur la fin de vie, le 17 mars ?

Toute vie humaine doit être respectée. Si on ne choisit pas d’être malade, on peut désirer être soigné. Un malade doit être soigné jusqu’à la dernière limite. Le fait d’euthanasier me dérange énormément. C’est pour cette raison que je voterai contre cette proposition de loi.

Qu’est ce qui vous dérange dans ce texte ?

Le problème essentiel, c’est le risque de dérives liées à la sédation. On connaît le résultat quand on ne nourrit pas un être humain : il meurt. Pour moi qui a eu à côtoyer de nombreux malades, j’ai souvent pensé, à un moment donné, qu’ils allaient mourir car ils étaient arrivés à la limite. Or, ils sont toujours vivants. Tant qu’il y a vie, il y a de l’espoir. Je crois absolument nécessaire, et c’est le rôle du politique comme celui de la médecine, d’accompagner les personnes et espérer avec elles qu’elles puissent guérir.

Je crois absolument nécessaire, et c’est le rôle du politique comme celui de la médecine, d’accompagner les personnes et espérer avec elles qu’elles puissent guérir.

Manuel Valls comme Marisol Touraine ont laissé entendre que ce texte ne serait qu’une étape… Faut-il s’en inquiéter ?

Lorsque les ministres s’expriment, on peut considérer que nous sommes déjà dans une étape vers un autre objectif. Cependant, nul ne peut prédire qui sera au gouvernement demain. Si aujourd’hui, il y a une volonté forte de la gauche sur l’euthanasie, rien ne nous dit que demain, la droite ne poursuivra pas ce même objectif ! Pour ma part, je crois que cette question n’est pas un débat de droite ou de gauche. Demain, si je suis toujours élu sur les bancs de la gauche ou sur quel que banc que ce soit, je me battrai contre tout projet de loi légalisant l’euthanasie. Je suis de confession catholique, je crois en des paroles fortes et c’est ma foi qui m’oblige à prendre cette position-là.

Je suis de confession catholique, je crois en des paroles fortes et c’est ma foi qui m’oblige à prendre cette position-là.

Plusieurs amendements ont été déposés par des députés de gauche pour légaliser une aide active à mourir. L’euthanasie n’est-elle pas contradictoire avec les valeurs de la gauche ?

Cette question divise la gauche. C’est pourquoi je fais appel au plus grand nombre de députés, quel que soit leur banc, à faire appel à leur conscience car demain, eux-mêmes peuvent être confrontés à la fin de vie d’un proche. J’ai choisi de siéger au groupe Gauche démocrate et républicaine, car les 15 parlementaires y ont une liberté de parole et de vote. C’est pour cette raison que je peux parler avec autant de liberté.

Ne vous sentez-vous pas seul à porter ce message dans votre camp ? D’autres députés partagent-ils votre sentiment ?

Les choses sont bien plus nuancées que cela. Rappelez-vous le mariage pour tous. J’ai fait un focus sur ce projet de loi à l’époque. Mes propos d’alors ont été salués par un grand nombre de députés de gauche qui ne pouvaient pas tenir ce type de discours du fait de leur appartenance à un groupe parlementaire. Ils subissaient des pressions. Aujourd’hui, nous sommes dans le même cas de figure. Tôt ou tard dans nos circonscriptions, nos populations nous rappellent à l’ordre et nous redisent les valeurs sur lesquelles nous devons asseoir nos politiques. Nous sommes élus par ces populations. Nous devons œuvrer avec elles et pour elles. Lorsque je m’exprime à l’Assemblée, je le fais en toute cohérence avec ma population. C’est d’ailleurs elle qui me demande de parler comme je le fais ici.

Plusieurs rapports ont souligné la grande disparité des soins palliatifs sur le territoire national. La Martinique est-elle encore plus dépourvue que les autres départements français ?

La Martinique est beaucoup plus dépourvue de soins palliatifs à cause de l’éloignement de la métropole, et donc du centre d’approvisionnement. La volonté martiniquaise est de faire en sorte que, de toutes les manières, les soins palliatifs arrivent jusqu’à nous avec la dimension nécessaire pour soigner jusqu’au bout. 85 % de la population martiniquaise est croyante. L’accompagnement des personnes malades est une évidence pour elle.

Antoine Pasquier

Source : famillechretienne.fr

 

 

Nouvelle étape vers la légalisation du suicide

par le député Jacques Bompard, 12/03/2015, extraits

Je pourrais prétendre douter des équivoques présentes dans la loi dite « nouveaux droits pour les patients en fin de vie ». Je pourrais jouer une comédie demandant des précisions sur un texte dont chacun sait bien qu’il promeut une euthanasie qui ne dit pas son nom. Simplement cette stratégie n’a qu’un lendemain : l’échec. ....

Entendre parler d’une « fin de vie digne et apaisée » (article 1), sous-entend que les rédacteurs de cette loi s’arrogent le droit de déterminer ce qu’est la dignité et donc la valeur d’une vie. Est-il simplement concevable que l’ubris politicienne ait atteint ces proportions qui rappellent les pires heures de la Terreur jacobine ou des grands totalitarismes ?

Certes, c’est le rôle d’un homme politique que de dire combien la notion de sédation terminale demeure imprécise. Certes, c’est le rôle d’un défenseur des lois naturelles de rappeler que l’alimentation et l’hydratation ne sont pas sujets à interprétation mais sont des dus pour toute personne en fin de vie. ...

Aussi faut-il rappeler que nous pourrons tous être Vincent Lambert et voir les tiraillements familiaux et juridiques décider de notre droit à la vie.... ...

Source : lesalonbeige.blogs.com

 

 

Mourir par sédation ou l’idéologie du « bien mourir »

Opinion de Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris Sud, 19/02/2015

Notre société fait le choix de légaliser une autre approche du mourir. À défaut d’être en capacité – comme certains y prétendaient hier – de « changer la mort », voir de la « maîtriser ». Il convient désormais d’intégrer le modèle d’une « bonne mort », d’un « bien mourir » opposé à cette conception du « mal mourir », figure emblématique de l’inacceptable, de l’insupportable que l’on se contente de fustiger. Car il est plus avantageux d’ériger des symboles que de s’investir au quotidien pour qu’évoluent les mentalités et les pratiques contestées depuis plus de trente ans par ceux qui assument la responsabilité politique de l’humanité du soin jusqu’au terme de la vie.

Les postures compassionnelles et les résolutions incantatoires imposent leurs règles. La discussion est close. Un dernier espace est concédé pour peu de temps aux disputations sémantiques attachées à ne pas encore assimiler la sédation profonde et continue à l’euthanasie. Le souci de la forme ne dissimule pas pour autant les intentions de fond. Il n’est pas convenable aujourd’hui d’entacher du moindre soupçon un consensus acquis après des années de concertations dont notre pays, affirme-t-on, sort « apaisé » et bénéficiaire de « nouveaux droits » (directives anticipées opposables, sédation profonde et continue).

À défaut d’être en capacité d’intervenir sur le « bien vivre », ce « vivre avec » revendiqué comme un droit fondamental par les personnes malades et leurs proches, nos responsabilités se sont figées dans la préoccupation de leur assurer un « bien mourir ». Les règles du « vivre-ensemble » s’étendront demain à l’administration – reconnue comme un droit – d’une sollicitude active dans la mort. Car la fin de vie n’est plus perçue que dans ses expressions les plus extrêmes. Comme une « souffrance totale » estimée incompatible avec une certaine idée des droits de la personne. Après avoir asséné comme une vérité l’inapplicabilité de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, le « mal mourir » s’est imposé comme une évidence scandaleuse justifiant sans plus attendre l’intervention du législateur. Peut-on encore affirmer qu’à ce jour en France – en institution ou au domicile – on meurt aussi et de manière majoritaire accompagné dans la dignité et le respect, et qu’aucune loi n’encadre, fort heureusement, ces approches en humanité ?

Il n’est plus l’heure de se soucier de l’état d’esprit que révèle, face à tant d’autres défis politiques et sociétaux, l’urgence législative « à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Les dépositaires de la sagesse publique se sont prononcés à ce propos de manière définitive, adossés à l’habileté de stratégies politiques parvenues de manière consensuelle à leurs fins. L’impatience est telle que l’on devient indifférent aux conséquences de ce qui se décide aujourd’hui, alors qu’il est tant question de lien social, de « valeurs qui font société », notamment là où les vulnérabilités humaines en appellent à nos solidarités.

« Éviter toute souffrance et ne pas prolonger inutilement sa vie », récapitule dans une prescription lapidaire nos devoirs d’humanité à l’égard d’une personne atteinte « d’une affection grave et incurable ». Face au « mal mourir » qui est l’expérience d’une souffrance existentielle profonde et complexe, notre souci de dignité se satisfera désormais de la perspective d’un « traitement à visée sédative et antalgique ». Peut-on encore soutenir que nos responsabilités auprès de celui qui souffre engagent autrement que la seule indication d’une sédation profonde, continue, terminale, voire euthanasique ? Lui témoigner notre considération et le soutenir, n’est-ce pas être auprès de lui et de ses proches lorsque l’exigence de confiance tient à la qualité d’une présence vraie et à la promesse de ne pas déserter ? N’est-il pas de l’ordre de nos obligations que d’être en capacité d’une mobilisation politique qui permette à chacun de parvenir au terme de son existence sans avoir été contraint à faire le deuil de sa dignité et de sa citoyenneté ? Au point de ne plus attendre de la société que l’acte d’une mort par compassion, d’une mort sous sédation, d’une mort médicalisée.

De quelles valeurs procède ce recours à l’anesthésie pour éviter toute exposition à notre finitude, à notre humanité ? Qu’en est-il du courage promu d’une mort « choisie », « autonome », ramenée au protocole d’un endormissement morphinique sous contrôle médical ? Qu’en est-il d’une mort « dans la dignité » invoquée comme « ultime liberté » par ceux qui en délèguent l’office à une procédure administrative et à un acte médical ?

L’idéologie du « bien mourir » imposera demain des normes, un « bien faire » qui visent l’abolition de toute exigence de questionnement, la délivrance des tourments existentiels comme des souffrances, et proposeront le cérémonial « apaisé » d’un dispositif encadré par la loi. Est-ce ainsi que s’entend la vie démocratique en termes d’humanité, de dignité et de responsabilité ? Il n’est pas certain que cette nouvelle législation de la « mort choisie » voire « revendiquée » n’ajoute pas à nos vulnérabilités sociales des souffrances inapaisables.

Source : la-croix.com

 

Euthanasie : soulagez ma douleur, écoutez moi

par Emmanuel Bourceret, 07/07/2014

Le débat autour de l’euthanasie a tendance à réduire la liberté du malade à un choix impossible : acharnement thérapeutique ou euthanasie. Dans les deux cas, cela revient à lui « voler » sa propre mort, en refusant au malade ce dont il a le plus besoin : une écoute de sa souffrance, une présence d’amour et un accompagnement spirituel.

Dans bien des cas, la demande d’euthanasie « Faites-moi mourir » peut en effet être traduite par : « Soulagez ma douleur et écoutez-moi ». Si l’on satisfait à ces deux besoins, la demande du malade n’est très souvent pas réitérée. Cette réponse au cri de souffrance est notamment celle des soins palliatifs.

Le réconfort humain, signe de la présence de Dieu

La deuxième demande du malade souffrant est de ne pas rester seul. Plus que jamais, il a besoin d’une présence discrète, aimante et réconfortante. « Une société qui légitimerait l’euthanasie chercherait sans doute à échapper à l’un de ses devoirs les plus élémentaires : celui de la fraternité humaine avec les plus pauvres de ses membres » (encyclopédie Théo). Ce réconfort humain est d’autant plus essentiel qu’il symbolise la présence de Dieu et la rend visible aux yeux des incroyants.

Voilà qui nous amène à la troisième demande du malade, celle du sens de la vie qui éclaire les deux précédentes. Car si la mort est « le passage dans les bras du Père céleste plein de tendresse et de miséricorde », comme le dit Benoît XVI dans son discours sur l’assistance aux personnes âgées malades, les chrétiens ont la mission d’être les témoins de cette proximité de Dieu, si oubliée aujourd’hui. D’autant plus dans ce monde de la santé où la prise en charge du malade se réduit trop souvent au seul plan physique, sans prise en considération de la totalité de la personne : corps, âme, esprit.

Emmanuel Bourceret

Source : famillechretienne.fr

 

 

Euthanasie : « Les lois introduisant des exceptions sont la porte ouverte à toutes les dérives »

par Jean-Marie Dumont, 26/01/2015

Miroslav Mikolasik, député européen d’origine slovaque, était présent à la Marche pour la vie le 25 janvier à Paris.

Qu’est-ce qui vous a conduit à participer pour la première fois à cette 10e Marche pour la vie ?

Je suis ici, car j’ai été invité par les organisateurs de la Marche… Je suis un député pro-vie. Je suis aussi père de famille et médecin. En tant qu’anesthésiologue, j’ai une connaissance précise des techniques de traitement de la douleur. À ce titre, je peux affirmer que les douleurs les plus importantes peuvent être soulagées. C’est essentiel, car les arguments invoqués par les partisans de l’euthanasie reposent notamment sur l’idée qu’il y aurait des douleurs impossibles à soulager. Or, c’est faux.

Plusieurs pays ont introduit l’euthanasie dans leurs législations. Que nous enseignent ces expériences ?

Les lois sur l’euthanasie introduisant des exceptions sont une porte ouverte à toutes les dérives. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Belgique, au Luxembourg. On introduit des « exceptions » d’euthanasie pour des cas prétendument très particuliers. Et ensuite on procède à des euthanasies sur des personnes dont la situation ne correspond pas à ces exceptions.

En Belgique, on euthanasie les prisonniers qui le demandent, alors même qu’ils ne sont pas en fin de vie et que leur douleur n’est pas insupportable : simplement, ils en ont assez d’être en prison ! Je connais aussi en Hollande le cas d’une jeune fille de 25 ans qui a demandé à être euthanasiée après une rupture amoureuse qui l’avait désespérée. Et elle l’a été. Les parents de cette jeune fille, leur fille unique, étaient détruits.

Que faut-il faire alors ?

Porter toute notre attention sur les soins palliatifs ! Et ceux qui disent que cela pose un problème financier sont à côté de la plaque. Dire qu’on va tuer quelqu’un avec du poison à cause d’un problème financier est évidemment inacceptable.

Dans un certain nombre de gouvernements européens, il semble que l’euthanasie apparaisse comme un progrès à poursuivre…

Beaucoup de ministres et de juristes qui se penchent sur ce sujet partent de l’idée que c’est nécessaire. Mais on oublie un peu vite qu’à la fin ce sont les médecins qui vont devoir faire le travail, donner le poison aux patients. Je propose donc que le ministre de la Justice des pays adoptant l’euthanasie vienne chaque jeudi injecter lui-même le poison avec la seringue. Après tout, c’est à ceux qui poussent ce genre de réforme de prendre leurs responsabilités ! Mais, dans les discussions avec des politiques, on me dit souvent : jamais je ne ferais cela ! Alors pourquoi vouloir l’imposer si on y est personnellement opposé ?

Comment voyez-vous, du point de vue européen, la pression exercée par les institutions communautaires sur les pays ?

Fort heureusement, l’avortement, l’euthanasie et les questions de santé en général, ne relèvent pas de l’Union européenne, mais restent de la compétence des États. C’est un motif d’espoir, car si les institutions communautaires avaient le pouvoir de légiférer dans ces domaines il y a fort à craindre que ces législations ne soient très libérales. L’atmosphère à Bruxelles est plutôt opposée à la vie, éloignée du respect de la personne. C’est donc une vraie liberté dont disposent les États et qu’il faut voir comme une opportunité et un motif d’espérance.

Jean-Marie Dumont

Source : famillechretienne.fr

 

 

« On nous dit qu’on va pouvoir donner la mort sans tuer »

par Nicolas Senèze, 24/06/2014

ENTRETIEN 

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune (1) 

« Il est important de dissocier cette affaire de la question de la fin de vie. Vincent Lambert n’est pas en fin de vie : il vit une vie à la mesure de son handicap, une vie diminuée, mais une vie qu’on nous proposera peut-être demain de tuer. Mais la société est tellement bousculée qu’on ne réagit plus. Les responsables politiques sont dans une dimension très compassionnelle, très consensuelle, mais nous sommes dans la trahison du réel. On est bien dans l’acte homicide, mais, comme on répugne à utiliser le mot tuer, on nous dit que ce n’est pas vraiment une vie et que, par conséquent, y attenter ce n’est pas tuer…

On est entré dans un processus qui me rappelle ce qui s’était passé il y a quarante ans avec l’avortement. Dans une première phase, Bernard Kouchner nous parle, au procès Bonnemaison, d’‘‘illégalité féconde’’ : sur le modèle du manifeste des 343, on décide de violer délibérément la loi qui s’appuie sur une dimension éthique. Ensuite, Alain Claeys souligne qu’il faut ‘‘mener une réflexion sans tabou’’, c’est-à-dire, en fait, qui met de côté toute réflexion éthique. Enfin, avec Jean Leonetti, on vient ‘‘encadrer les dérives’’, c’est-à-dire que, une fois qu’on a accueilli des pratiques qui violent ouvertement la morale, on les encadrera en se donnant un sentiment de garde-fou… Et tout cela va se faire en six mois !

Nous sommes là dans quelque chose de très idéologique où l’intérêt du patient et des familles est devenu très secondaire. »

Recueilli par Nicolas Senèze

(1) La fondation a publié un manuel Euthanasie à destination des jeunes, des éducateurs, formateurs, parents et professionnels de santé.

Source : la-croix.com

 

 

Euthanasie : ne touchons pas aux Intouchables !

par Charles Vaugirard, 10/12/2014

13,5 millions de téléspectateurs. Un record d’audimat pour TF1 dimanche 7 décembre pour la diffusion d’Intouchables. La poignante histoire de Philippe Pozzo di Borgo n’en finit pas de toucher le grand public français. Record d’entrées au cinéma, de vente de DVD… Intouchables est cet hymne à la vie qui va droit au cœur des Français : un message d’espérance qui va à l’encontre des discours pro-euthanasie de l’ADMD.

Philippe Pozzo di Borgo est publiquement opposé à l’euthanasie. Il reconnait y avoir pensé au début de sa vie de tétraplégique. Mais maintenant non, sa vie a repris un sens grâce à l’amitié et à l’amour.

Etrange coïncidence, Intouchables connait un nouveau record cinq jours avant la remise au Président du rapport Leonetti-Claeys. Ce rapport, accompagné d’un projet de loi, est très attendu. Voulu comme un vaste compromis, il semble qu’il préconise une « sédation profonde terminale jusqu’au décès dans un délai non-déraisonnable ». La crainte que cette « sédation » soit une euthanasie déguisée est importante. En effet, si cette formule est maintenue, alors cela signifie que le but de cette sédation n’est pas seulement le soulagement de la douleur mais la venue du décès selon un court délai. Donner un délai raccourci à la mort revient à la provoquer.

Le risque est grand que cette loi soit la première étape vers l’euthanasie, puis le suicide assisté. La logique politique des petits pas est imparable : on commence avec une sédation, on continue avec une mort donnée dans la dignité, on finit avec le suicide assisté. Et enfin, quarante ans après, le suicide sera reconnu comme une liberté fondamentale.

Jean Leonetti connaitra-t-il le destin de Simone Veil, dont la loi d’exception a été transformée, et finalement trahie, pour devenir un « droit fondamental » quarante ans plus tard ? Monsieur Leonetti peut encore changer d’avis et s’en tenir à la loi, votée à l’unanimité, qui porte son nom.

Il est grand temps de nous mobiliser contre l’euthanasie. Le collectif Soulager mais pas tuer organise aujourd’hui un rassemblement à 19h au Trocadero. Il a aussi lancé un appel que nous vous invitons à signer. Philippe Pozzo di Borgo est le parrain de Soulager mais pas tuer.

Nous pourrions être tentés par le découragement devant certains sondages affirmant que 92% des français sont favorables à l’euthanasie. Ne baissons pas les bras, car ces sondages ne révèlent rien : alors qu’une majorité est pour l’euthanasie, nous trouvons aussi une majorité de français qui plébiscite Intouchables… Contradiction ? Peut-être, ou pas. L’attitude change d’une situation à l’autre. Une question de sondage présentant une situation atroce sans espérance induira une réponse favorable à l’euthanasie. En revanche, un film délivrant un message de joie de vivre aux tétraplégiques transmettra de l’espérance aux téléspectateurs. Qui dirait qu’il faut euthanasier le personnage joué par François Cluzet après avoir vu le film ? Personne.

Philippe Pozzo di Borgo explique : «Si vous m’aviez demandé quand j’étais valide de signer un papier comme quoi il fallait me débrancher si j’étais dans un état catastrophique, je l’aurais signé, comme 92% des Français le disent aujourd’hui» et il ajoute : «On me pose la question: “Est-ce que tu aurais souhaité que l’on te débranche quand ça allait si mal après ton accident?” J’ai souhaité me suicider, bien sûr. Mais je suis content, vingt ans plus tard, qu’on ne m’ait pas débranché». Autrement dit, il est très difficile de juger d’une question aussi difficile sur un simple sondage. Un Français qui se prononce pour l’euthanasie sera peut-être finalement contre quand il sera en fin de vie…

Peut-on alors prendre le risque de faire passer de telles lois aux conséquences irréparables ? C’est la question qui se pose en ce moment avec ce projet qui sera peut-être la première étape vers le suicide assisté.

Il est donc grand temps de se mobiliser.

Charles Vaugirard

Source : cahierslibres.fr

 

 

Jean-Claude Martinez : « Il y a un risque colossal, un risque écologique, un risque civilisationnel, que l'euthanasie devienne la variable d'ajustement. »

La France ouvre à nouveau le débat de société sur l’euthanasie. Le professeur Jean-Claude Martinez vient de publier un coup de colère cinglant contre «la piqûre pour tous» dans un ouvrage intitulé «Euthanasie stade suprême du capitalisme» (Editions Via Romana). Jean-Claude Martinez a été député européen FN pendant 22 ans et il travaille actuellement à la constitution de nouvelles listes pour les élections européennes sur le thème de «La vie pour tous». Il est professeur agrégé de droit et de sciences politiques à l’université Panthéon-Assas. Reconnu dans le monde entier comme l’un des meilleurs spécialistes en matière de fiscalité, il reste un fervent partisan de la suppression de l’impôt sur le revenu car c’est aussi, selon lui, la défense de la vie au sens de la création et de l’entrepreneuriat. Jean-Claude Martinez a été professeur à l’université Mohammed V de Rabat, conseiller du roi Hassan II sur les questions de fiscalité et il est à l’origine de la création de l’armature fiscale du Maroc moderne.
(...)

La thématique de l'euthanasie consiste à porter l'analyse au stade suprême en soulignant que nous sommes entrés sur un torrent extrêmement dangereux, parce que les déficits budgétaires étant ce qu'ils sont et les contraintes européennes ce qu'elles sont, nos dirigeants de gauche ou de droite n'arrivant pas à maîtriser la situation, pas simplement en France, mais dans l'ensemble de l'Europe et ailleurs, il y a un risque colossal, un risque écologique, un risque civilisationnel, que l'euthanasie devienne la variable d'ajustement. Je rappelle que quelqu'un comme Jacques Attali a été pionnier en la matière en proposant des choses folles, comme un permis de vie à la naissance : comme pour un permis de conduire, on enlèverait des points au fur et à mesure… A cela s'ajoute une expérience personnelle, puisque mon père et ma mère y sont passés derrière mon dos. C'est un problème terrifiant dans le monde entier. Au Japon, le Premier ministre s'est adressé en juin 2012 à ses compatriotes en leur expliquant que l'endettement du Japon est tel que les personnes âgées devaient être raisonnables et se sacrifier, en n’occupant pas sans arrêt les hôpitaux ! C'est un contexte terrifiant qui s'ajoute à la violence quotidienne que l'on voit dans notre société. La vie est en train de devenir le paradigme fondamental à protéger, pas simplement dans l'angle où l'entendent nos amis écologistes, mais sous l'angle ontologique. 

Lorsque l'on interroge le grand public sur l'euthanasie, on présente toujours le cas le plus extrême, en expliquant que telle personne est un légume et qu'elle souffre terriblement, sans aucune qualité de vie et, évidemment 90% des personnes interrogées sont alors favorables à l'euthanasie… Votre livre dénonce aussi cette présentation médiatique…

C'est présenté comme l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse : l'interruption volontaire de vieillesse, l'interruption volontaire de souffrance, l’interruption volontaire de détresse… Évidemment, tout le monde comprend les problèmes de liberté individuelle, comme la petite jeune fille qui a 16 ans, mais il y a 225 000 IVG par an ! Cela veut bien dire que c'est un problème sociétal et un problème politique au delà des problèmes moraux. C'est la question de l'organisation de la société qui est posée et ce n'est pas le problème de Mademoiselle Y ou de Madame X : 225 000 IVG sur trente ans, faites le compte ! Pour revenir à l'euthanasie, on nous explique que la personne souffre, mais la souffrance est aussi due à l'entourage. Quand les enfants vont voir la personne âgée en lui disant : «C'est le mois de juillet, tu nous a emmerdés toute la vie et on ne peut pas partir en vacances à cause de toi !», si vous êtes Madame Bettencourt, tout le monde attend autour de vous… La personne seule n'a plus son conjoint, les enfants et les petits-enfants sont partis, elle se retrouve seule pendant l'été ou à Noël dans un hôpital où il n’y a personne, parce que c'est les 35 heures, elle se retrouve dans un environnement tel qu’elle lâche ! La première souffrance, ce n'est pas la souffrance physique, parce que l'organisme est fabriqué de telle façon qu'au bout d'un moment, aussi dramatique que cela puisse paraître, on finit par s'habituer à l'état qui est le sien. C'est comme un prisonnier : dans les premières minutes, il veut se suicider et, au bout de plusieurs mois de prison, il s'habitue. C'est l'environnement qui vous accule. Au delà, la loi générale et impersonnelle n'est pas faite pour résoudre le cas de Monsieur X ou de Monsieur Y. La loi est faite pour donner de grandes règles. En matière de vie, la règle ne peut pas tellement s'éloigner du premier commandement qui est «Tu ne tueras point». Si l'on change la règle en disant : Tu pourras tuer si tu n'es pas bien, si tu n'as pas d'argent, si tu es malade, si tu n'as pas le moral, si tu n'es pas gentil… Si l'on commence à créer des exceptions, à la fin la règle n'existe plus. Le législateur doit maintenir la règle. La vie est un miracle, il est dû au hasard ou à la nécessité ou au divin, peu importe, mais l'on ne peut pas toucher à la vie, parce que c'est le fondement d'une société. Le dérapage d'un médecin c'est une chose, il y a 25 000 euthanasies actives dans les hôpitaux français actuellement et quantité d'enquêtes montrent que ces personnes ont été tuées sans avoir voulu être tuées, ce qui est d'ailleurs le cas de Vincent Humbert. Il n'est pas vrai de dire qu'il y a des acharnements thérapeutiques dans les hôpitaux français. Il y a des abandons thérapeutiques pour des raisons matérielles. Toute personne qui est allée à l'hôpital à la Pentecôte, le 15 août ou la veille de Noël, sait qu'elle est restée sur un chariot pendant des heures… Si vous avez 70 ans et si vous avez un accident vasculaire cérébral, vous allez voir si vous avez un scanner dans les trois heures qui suivent ! Une personne âgée qui arrive à l'hôpital ne va pas en neurologie, mais en gérontologie. La légende de l'acharnement thérapeutique est une vaste blague. L'acharnement thérapeutique, c'est pour Chevènement, aussi pour Madame Taubira car, quand elle a un petit malaise, on met trois équipes de réanimation… Mais le commun des mortels ne court aucun risque d'acharnement thérapeutique. En ce moment, il y a le cas de Vincent Lambert : il a fallu que ses parents, avec l'aide de leurs avocats, fassent un référé pour qu'on le rebranche. Ce garçon avait un goutte-à-goutte minime, il était en train de traverser le Sahara, il n'était plus hydraté et il a fallu intervenir judiciairement pour qu'on le rebranche. Il faut bien savoir que l'on résoudra le problème des gens qui sont tétraplégiques, c'est évident. Dans 10 ou 20 ans, ce sera un problème banal qui sera traité... C'est l'obscurantisme et la stupidité à l'état pur qui amènent à ce discours sur l'euthanasie. C'est un discours de dingues et d'imbéciles au sommet… 

Pourtant, ceux qui défendent l'euthanasie invoquent leur liberté individuelle pour revendiquer le droit de disposer de leur corps. Vous, qui êtes un libéral, vous devez comprendre un tel discours…

Mais c'est un gag ! Si je suis en bonne santé, sous un parasol en train de bronzer, je peux avoir une discussion philosophique : «Alors, cher ami, si je ne dois pas mourir en pleine forme, je préférerais que l'on me pique…» C'est la liberté du type en bonne santé ! Mais quand le pépin arrive, c'est complètement différent, parce que notre cerveau n'a qu'une seule et unique fonction : celle de nous maintenir en vie. Le cerveau est une tour de contrôle qui a pour objet de maintenir en vie l'organisme qu'il contrôle. Si vous n'êtes pas bien, le cerveau vous met dans le coma pour économiser du sucre, parce qu'il a besoin de sucre pour fonctionner. Le cerveau vous met en économie d'énergie pour que votre organisme continue de vivre. Quand vous avez un pépin, votre cerveau déclenche tous les SOS, pour vous maintenir en vie, c'est ce que l'on appelle l'instinct de survie. À l'instant où vous avez le pépin, vous ne voulez plus mourir. Alors, vous pouvez dire, ce qui est une ruse de votre cerveau : «Aidez-moi, tuez-moi, c’est une souffrance insupportable…» Mais c'est exactement pareil quand vous vous mettez à pleurer, c'est une stratégie du cerveau pour faire diminuer la pression. Les larmes font partie de la panoplie des outils que le cerveau utilise pour vous maintenir en vie. Dans cette panoplie, il y a aussi les plaintes : «Je veux mourir…» En réalité, ce que vous voulez entendre autour de vous, c’est : «Arrête, tu nous enterreras tous, tu souffres, ce n'est pas rigolo, mais arrête ! » Mais si l'entourage vous répond avec une mine déconfite : «Tu veux te suicider, tu as bien raison…», cela n’arrange pas les choses. Il y a quelques semaines, dans Libération, il y a eu un papier signé par de nombreux soignants pour expliquer qu'ils n'ont jamais vu dans leur service quelqu'un maintenir une demande d'abrègement de souffrances une fois qu'on lui avait parlé. Et puis, cette notion de liberté est totalement fausse, la liberté est fonction de mille paramètres et contextes. La liberté de mourir, c'est d'abord l'environnement, les souffrances physiologiques et aussi les souffrances psychiques, le discours sur l'euthanasie, les échecs que l'on vous a imposés dans la vie… 

Vous affirmez d’ailleurs que c'est ce conditionnement qui avait entraîné la mort de Vincent Humbert…

Il raconte dans son premier livre, alors qu'il est apparemment dans le coma, qu'il apprend que sa petite amie le laisse tomber. Toute personne que le conjoint laisse tomber risque de faire une tentative de suicide. Son frère vient le voir, il vomit devant le spectacle... Et il ne revient plus le voir. Toute personne qui se fâche avec son frère est secouée. Ensuite, ses parents se séparent ! Quel que soit votre âge, si vos parents se séparent, vous subissez un choc qui n'est pas rien. Ses copains pompiers ne viennent plus le voir… Si tous vos copains ne viennent plus, il y a quand même un sacré choc ! Enfin, quand le médecin s'aperçoit qu'il entend et qu'il comprend, celui-ci vient lui dire à l'oreille : «Vincent, c'est bien embêtant, mais on ne peut plus te garder…» Tout cela pour des raisons économiques, les 35 heures, le déficit de la sécurité sociale… En Espagne, il y a quantité de personnes qui sautent par la fenêtre quand l’huissier vient sonner pour les expulser de leur maison ! Après tous ces chocs, vous avez un imbécile qui vient vous dire que c'était sa liberté de mourir ! Quel abruti ! Ce discours sur la liberté est indigne. Si la liberté consiste à détruire le miracle de la vie qui vous permet d'être libre, c'est quand même très fort… La liberté, elle n'est pas stratosphérique, elle existe d'abord parce que vous êtes un homme vivant. 

Justement, nous ne sommes pas dans une société du vivant, puisque nous subissons des agressions permanentes comme les contraintes fiscales et sociales, le stress...

Ce débat est un symptôme, c'est le débat sur la solitude, un système de fonctionnement qui fait que les conjoints se séparent. Quelques personnes demandent le mariage homosexuel dans un océan de personnes qui divorcent ! C'est comme les SDF dans la rue, ils ont tous la même histoire : un conjoint qui est parti, on avait un petit commerce, il a fallu vendre le commerce, il a fallu vendre la maison pour payer la pension… C'est toujours la même histoire ! Nous avons une logique de fonctionnement qui est devenu folle dans notre société. Cette logique, c’est celle de la performance, de la rentabilité et du profit. ... Cette loi du profit, c'est les suicides à France Telecom, les SDF… Regardez ce qui s'est passé pendant l'été 2003 : 14 803 papis et mamies mourant de soif, dont une partie à Paris, au moment où sur les quais de la Seine, on avait installé des brumisateurs et des douches pour que les gens jouent à la plage ! Quelques mètres plus loin, des personnes ouvraient la bouche en mourant par asphyxie et manque d'eau. C'est une société de zinzins ! 14 803 personnes ont été mises dans des camions frigorifiques à Rungis parce que personne n'a réclamé leur corps et parce qu'on ne savait plus où les mettre ! Jean-Pierre Raffarin n'a eu comme seule réponse que de dire que l'on allait travailler le week-end de Pentecôte pour les personnes âgées, alors qu'il aurait dû dire : «Mes amis, il y a un problème. Une société qui laisse mourir en quelques jours 14 803 personnes, ce n’est pas normal…» Heureusement que le docteur Pelloux a sonné l'alerte, sinon le ministre de la Santé, qui était lui-même médecin, était encore au bord de sa piscine… La vraie question c'est que le fonctionnement de la société française, des sociétés occidentales, c'est un fonctionnement de dingue. Il va bien falloir s'arrêter là à un moment donné. Or, la loi fondamentale, c'est le paradigme de la vie, il faut une fiscalité dont l'objectif n'est pas la liberté, l'égalité ou la fraternité, mais dont l'objectif est la vie. Il faut une fiscalité qui permette à la vie de continuer, c'est-à-dire la création, la vie économique, l'agriculture… Tous les choix doivent être opérés à partir de ce critère de la vie. Entre la vie au dernier stade et un dieu du stade, il faut d’abord des crédits pour les hôpitaux, pour les maisons de retraite et, après, s'il reste des crédits, on les utilise pour le PSG ! 

Tous ceux qui sont pour la vie au sens écologique, c'est-à-dire pour la nature, les petits oiseaux, les plantes, ceux qui vont vous dénoncer quand vous abattez un arbre dans votre jardin, ceux qui contestent votre permis de construire pour protéger un espace naturel, sont généralement les mêmes qui sont favorables à l'euthanasie… N'y a-t-il pas un paradoxe ?

Les grandes catastrophes de l'humanité sont dues à des idées chrétiennes dévoyées. En réalité, ce sont des animistes, avant d'arriver à l'idée du Dieu unique, il faut quand même une sacrée évolution de l'humanité. Ces gens sont animistes et pour eux il y a toujours une âme dans la pierre, dans le petit oiseau… Ce n'est pas faux. C'est évident que toute personne qui a assisté à la fin de son chien qui souffrait voyait bien qu'il avait quelque chose dans le regard, un esprit. C'est la grande unité du vivant. Au moment du grand passage, tout le vivant réagit à peu près de la même façon. On a vu des chevaux pleurer dans les abattoirs. La condition animale est extrêmement digne, il faut y faire attention, c'est exact. La terre est un organisme vivant en soi et la terre, au sens agricole du terme, est aussi un organisme qui vit. Je comprends bien cette dimension, mais il y a une hiérarchie dans le vivant. Vous ne pouvez pas vous intéresser à l'arbre et ne pas vous intéresser à la grand-mère qui est à côté et qui est en train de mourir de soif. C'est une perversion dans la perception de la hiérarchie du vivant. Voilà ce qu’il faut expliquer aux Verts sincères. Il y a aussi des Verts Pol Pot : chez eux, c’est une reconversion venant de l’abomination du goulag, après s’être peints en rouge, ils se sont peints en vert… Chez les «sincères», il y a une «rééducation» à faire sur la perception de la hiérarchie du vivant. Chez les autres, on est en face de pervers… L’arbre est plus important que la personne âgée et, lorsqu’ils parlent d’une personne âgée, ils parlent de légume… 

Finalement, on ne doit pas traiter les légumes avec des pesticides, mais quand il s’agit de l’être humain, cela ne pose pas de problème…

Vous savez, si le robot qui est en ce moment sur la planète Mars découvrait un petit pois, je ne vous dis pas le tam-tam sur la terre au retour du petit pois… Ce serait le film de Spielberg : tout le monde aurait peur que le petit pois contamine, tout le monde porterait des masques, les laboratoires de la planète se battraient pour récupérer le petit pois, toutes les télévisions du monde s’arrêteraient pour dire que l’on a découvert un petit pois sur Mars ! Alors, si le légume qui est sur la planète Mars a une valeur ajoutée colossale, cela pose la question de savoir si la vie est une forme ou si c’est un esprit. Si c’est une forme, alors, il est certain que la jeune fille qui termine en finale de Miss France a une valeur supérieure à celle qui marche à quatre pattes… Mais la vie prend des milliers de formes. Ce qui est important dans une personne, chez un malade, ce n’est pas sa forme, mais l’esprit qui est en action. Dans cet esprit, il y a toutes les potentialités de l’univers ! En Israël, Ariel Sharon est depuis des années dans le coma et il est en train d’émerger, après des années et des années; personne n’a parlé de l’euthanasier ! Cet homme réagit déjà à l’environnement. Le jeune Vincent Lambert, qui est à Reims dans le coma, pleure quand on lui parle, parce qu’il entend. Jusqu’à présent, vous ne voyez pas un légume pleurer ! Einstein, même dans le coma, aurait peut-être été capable de résoudre des problèmes d’arithmétique qu’un polytechnicien est incapable de résoudre sans sa calculette ! ...

Source : kernews.com

 

 

Donner la mort, un pouvoir délégué aux médecins ?

par Emmanuel Hirsch, Professeur d’éthique médicale, université Paris Sud, 14 novembre 2014

Dans les années 1980, le mouvement des soins palliatifs a tenté d’instaurer une nouvelle approche de la fin de vie. Dans un contexte d’abus de la technicité, alors que les personnes malades n’étaient pas encore reconnues dans leurs droits, cette mobilisation a permis de repenser l’engagement dans le soin. Ces militants d’une cause ignorée ou négligée, dénonçaient déjà les pratiques indignes : la dissimulation des pronostics graves, une indifférence au contrôle de la douleur et à l’apaisement de la souffrance, l’abandon lorsque la médecine s’avérait impuissante à guérir, le manque de concertation et déjà « la pente de l’euthanasie » pratiquée à l’insu sans susciter la moindre discussion.
Trente ans plus tard, alors que la mort intervient dans près de 70 % des circonstances en institution, notre société s’est habituée à déléguer à des professionnels ses obligations face à celui qui meurt, au point d’occulter la signification du temps partagé avec l’autre en fin de vie. Tout semble indiquer en effet qu’après avoir choisi dans un premier temps la justesse d’une approche législative prudente (le 22 avril 2005), il conviendrait d’y renoncer faute d’avoir eu le courage politique à la fois de la soutenir en pratique et de la faire connaître dans les avancées qu’elle permettait. Le chemin vers la « libéralisation de la mort » devrait franchir une nouvelle étape relevant d’une urgence politique : la France se doterait dans les prochains mois d’une loi dépénalisant le suicide médicalement assisté, voire l’euthanasie. La « dernière liberté » invoquée depuis des années par les militants de « la mort dans la dignité » relèverait demain de protocoles dument exécutés dans un contexte médicalisé, alternative soignante estimée par certains plus digne que ne l’étaient les soins palliatifs. Cette « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » (proposition n° 21 du programme électoral de François Hollande en 2012) conclurait des années de disputations visant, prétendait-on, à conférer à la personne au terme de sa vie une considération et une autorité que lui avait confisqué une médecine par trop technique pour encore comprendre le sens d’une sollicitude. C’est pourtant à cette médecine que l’on s’en remettrait pour accomplir le dernier acte, conclure son œuvre : paradoxe qui ne semble que peu préoccuper ceux qui souhaitent lui confier cette ultime mission.
À la suite d’une curieuse construction qui dans les années 1980 contestait la démesure du pouvoir médical et le scandale de « l’acharnement thérapeutique », c’est à son arbitrage que l’on s’en remettra pour abréger une existence considérée indigne d’être poursuivie. Certes, afin de sauver les apparences on y mettra pour la bonne forme la rédaction de directives anticipées opposables, voire un processus décisionnel collégial. Et le terme de sédation qui dénommera l’exécution d’un protocole médical ayant pour fin la mort d’une personne ne saura être attaché à l’acte euthanasique, tant les manipulations sémantiques permettent de préserver les apparences. La sédation serait ainsi « profonde » ou « terminale », pour ne jamais dire « euthanasique ». En fait, ces mêmes médecins que l’on contestait avec une telle véhémence hier dans leurs arbitraires et leur manque d’humanité, vont se voir confier le pouvoir légal d’interrompre une existence, certes dans le cadre procédural d’un dispositif élaboré avec la minutie d’un acte notarial et à la demande, nous dit-on, de 96 % des Français .
Cette délivrance de la vie ainsi déléguée par nos politiques à la compétence médicale, semblerait la solution qui s’impose, plus efficace en fait que l’exigence de respect et de sollicitude témoignés à la personne malade et à ses proches dans le cadre d’un accompagnement vrai. S’en satisfaire comme d’une conquête de la liberté et d’une avancée démocratique, c’est renoncer à considérer notre présence et notre attention auprès de celui qui va mourir comme l’ultime expression de la réelle solidarité qu’il attend de nous.

Source emmanuelhirsch.fr