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L'abandon des personnes âgées aujourd'hui

 

EHPAD: le pur scandale des infirmières de nuit

Bonjour,

Jusqu’à la fin du XXème siècle  les politiques français se réjouissaient volontiers  de l’allongement de l’espérance de vie. Puis ils  se bornèrent au constat. Le déploreront-ils un jour ?

A l’heure où sont écrites ces lignes Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé reçoit des mains du Pr Régis Aubry, président de l’Observatoire national de la fin de vie, un rapport  intitulé « Vieillir et finir sa vie ». Cette réception se fait en présence de Michèle Delaunay, ministre déléguée en charge des Personnes âgées et de l’Autonomie. Nous verrons demain la « couverture médiatique » qui en résultera.

Scandales politiques

Ce rapport révèle un nombre assez considérable de scandales. De vrais scandales, d’essence politique et médicale. Extraits de l’avant-propos de Régis Aubry :

« Comment les personnes âgées finissent-elles leur vie ? Que vivent-elles, où et comment vivent-elles lorsqu’elles atteignent cette ultime période ? (…)  On vit de plus en plus vieux et l’on peut vivre longtemps dans de bonnes conditions. Mais vit-on pour autant en paix avec ce que vieillir veut dire ? Se prépare-t- on à la mort ? La regarde-t-on ? On peut en douter.

Les deux tendances du moment semblent plus se rapprocher d’une forme de « jeunisme » d’une part, et d’une certaine médicalisation du vieillissement et de la fin de vie d’autre part. Certes, on vit de plus en plus vieux et l’on peut vivre longtemps dans de bonnes conditions. Mais vit-on pour autant en paix avec ce que vieillir veut dire ?

Jeunisme

Ce jeunisme qui envahit la publicité et les médias, montrant des personnes âgées « toujours jeunes » et en forme n’est-il pas au contraire une forme de dénégation de cette confrontation à la question de la fin la vie ? Notre société tente de repousser non seulement la mort, mais aussi son image. Ni la publicité ni les médias ne montrent ce qui est pourtant une réalité : vieillir, c’est tout de même rarement rester jeune et en forme éternellement…

Les médias ne les montrent pas

Ni la publicité ni les médias ne montrent les vieux dans les EHPAD, cet « isolement en masse » des personnes regroupées du fait de leur perte d’autonomie, parfois privées du choix de leur lieu de fin de vie. En ne montrant pas la vraie vie, voire en la masquant, notre société moderne aboutit à un résultat opposé au but qu’elle poursuit : elle augmente l’angoisse de la mort, et contribue à diffuser ses fausses représentations.

Naufrage sociétal

(…) Si nous n’y prenons garde, la fin de la vie des personnes âgées pourrait devenir un véritable naufrage sociétal. La mort des personnes âgées peut survenir en plusieurs temps. Le premier est celui de la mort par exclusion de la « vraie vie », celle des gens qui bougent, qui vont vite, qui travaillent et produisent, qui sont rentables.

 Puis vient la mort par regroupement (et en même temps par isolement), en dehors du regard de tous, dans des établissements ou chacun fait du mieux qu’il peut avec les moyens dont il ne dispose pas pour éviter l’indignité de certaines situations.

Mourir dans un couloir

Puis enfin la mort à l’hôpital, dans le couloir d’un service d’urgences ou après un long passage dans différents services hospitaliers, dont l’objectif principal est de maintenir en vie les personnes malades. »

L’Observatoire National de la Fin de Vie (ONFV) a voulu éclairer ces zones d’ombre de la fin de vie des personnes âgées. Il y parvient. Attention au spectacle. Ils peut troubler, angoisser, indigner, révolter.

Bombe humanitaire

Les médias d’information générale ne s’intéressent pas plus à l’intérieur  des EHPAD qu’aux travaux de ce jeune Observatoire national de la fin de vie. Ce dernier avait, en septembre 2013 dernier réalisé une courageuse étude sur la mort dans les EHPAD. Une bombe humanitaire. ...

La photographie alors réalisée soulignait la responsabilité des Agences régionales de santé (ARS) dans les inacceptables inégalités de la fin de vie des personnes « hébergées » dans ces structures : 5700 Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes où plus d’un Français sur dix quitte la vie ; et où un sur quatre passe les derniers temps de son existence. ...

Mourir aux urgences

Que nous dit aujourd’hui l’Observatoire de la fin de vie ? Que toutes les 40 minutes, une personne âgée meurt aux urgences (soit 13 000 décès chaque année). Pourquoi « aux urgences » ? Un suicide sur trois concerne une personne âgée. Soit 3 000 cas chaque année. Pourquoi se suicide-t-on à la veille du mourir ? Que les trois-quarts des personnes âgées qui finissent leur vie en EHPAD n’ont pas choisi d’y vivre : leur entrée en institution s’explique d’abord par l’impossibilité de rester à domicile. Pourquoi ne peut-on, en 2014 et en France, finir sa vie chez soi ?

Infirmières en EHPAD

Plus dramatique peut-être: moins de 15% des maisons de retraite disposent d’une infirmière la nuit. Et que si c’était le cas de tous les EHPAD, cela permettrait d’éviter 18 000 hospitalisations de fin de vie par an. Qui fera le calcul du coût de la vie gagnée ? Qui aura le courage de le faire ? Que peuvent faire, que feront ici Mmes Delaunay et Touraine ?

450 euros par mois

L’Observatoire nous dit encore que 450 euros par mois est (en moyenne) la somme que les personnes âgées en fin de vie doivent dépenser pour financer leur maintien à domicile.

Tout cela peut être perçu comme définitivement dramatique. Cela pourrait aussi être la base d’une belle action politique. Les chiffres et les souffrances sont là.  Les responsables  politiques ne font rien.Ont-ils à ce point besoin des médias ? Que font-ils quand les médias ne sont pas là ? Les médias ne nous le disent pas. ...

Source : jeanyvesnau.com

 

Contre l'euthanasie pour souffrances psychiques

 

Euthanasie pour souffrances psychiques : la pente glissante qui fait basculer ?

Quatre auteurs, à savoir le Fr. Dr. René Stockman, Dr. Marc Calmeyn, Dr. Marc Eneman et Prof. Dr. Herman De Dijn, ont écrit un essai qui est maintenant publié en format livre sur la question de la légitimation de l’euthanasie pour  souffrances  psychiques. Ils l’analysent d’un point de vue médical, philosophique et croyant, et arrivent à la conclusion que l’on emprunte un  chemin  très  dangereux  en pratiquant l’euthanasie pour  souffrances  psychiques.
Ils fournissent ici une précieuse contribution dans le débat public qui en laisse peu indifférents.

Depuis 2002, l’euthanasie pour des maladies incurables et des souffrances intolérables est légalisée à certaines  conditions.  Si, au  départ, on  ne  prenait  en  compte  que  les souffrances  physiques pour envisager l’euthanasie, les patients avec des souffrances psychiques  sont eux  aussi,  ces  dernières  années, de  plus  en  plus concernés  par  la question. Aujourd’hui,  même  les  mineurs  peuvent  sans accord  de  leurs  parents demander l’euthanasie, et les voix s’élèvent pour étendre cela aux personnes  âgées démentes et aux personnes handicapées. Dans l’un des journaux, nous avons pu lire aujourd’hui, qu’un habitant  sur  vingt,  en Flandres, meurt par euthanasie.  Nous sommes clairement en train de glisser sur un terrain dangereux. Ce qui était autrefois considéré  comme  une  exception,  devient  maintenant  une  règle, bientôt  élevée  à  un droit du patient, où l’euthanasie devra être acceptée sur simple demande de celui-ci.

Autrement dit, l’euthanasie semble devenir désormais une thérapie.

Une réflexion d’un point de vue médical.

Les  auteurs  de  l’essai  sont,  outre  leur opposition  fondamentale  à  toute  forme d’euthanasie,  profondément  préoccupés par la  question  de  l’euthanasie  pour souffrance psychique.

Il y a en effet une nette différence entre les troubles physiques et les troubles mentaux. Alors que pour les souffrances physiques, la « maladie » est considérée en  tant  que  telle, concernant les  troubles  psychiques,  on  parle  de «personnes» atteintes d’une maladie.

Si l’on arrive plus ou moins à objectiver une douleur physque,  cela l’est beaucoup  moins dans  la  souffrance  psychique.  Une souffrance psychique, considérée comme insupportable par le patient, ne doit pas être immédiatement  classée  comme  incurable.  De  plus,  lorsqu’un  trouble  psychique semble au premier abord résister aux traitements classiques, cela ne signifie pas que le patient perd de lui-même  toute  capacité  de  récupération.  Un  psychiatre  traite  avant tout  un  humain  et  non  une  maladie, et c’est cet être humain  qui  peut  développer et développera des mécanismes propres, parfois sous forme d’effet secondaire positif lors d’un traitement semblant peu efficace, et qui peuvent engendrer un renversement de situation.

Dans le même temps, on peut se poser de sérieuses questions sur la capacité juridique des patients qui passent par une phase dépressive très sévère, compte tenu de la  diminution  de  leur  discernement. N’est-ce  pas justement le  propre d’une souffrance psychique de ne plus avoir aucune perspective d’avenir ?

Nous  pouvons légitimement  nous  demander, dès lors qu’un patient est considéré comme incurable, combien d’énergie les soignants voudront encore déployer dans son traitement et son accompagnement. N’est-il pas littéralement condamné à mort ?

Traiter des questions sur l’euthanasie exige des soignants qu’ils soient avant tout proches  des personnes, qu’ils ne les abandonnent jamais et qu’ils développent et aiguisent toute leur créativité et leurs qualités professionnelles pour transformer leur désir de mourir en volonté de vivre. « Notre société, qui n’a jamais disposé d’autant de  moyens  thérapeutiques  et d’accompagnement,  choisit-elle  maintenant  plus  que jamais  la  mort ? », question  pertinente  avec  laquelle nous  clôturons notre réflexion d’un point de vue médical.

Une réflexion d’un point de vue croyant

Même en tant que chrétien nous avons le droit et le devoir de réfléchir à la demande et la pratique de l’euthanasie pour souffrances psychiques.

Nous retombons ici sur une réflexion générale sur la vision de l’homme que nous essayons de développer à partir de notre foi chrétienne, dans laquelle le respect pour chaque vie humaine occupe une place centrale. Pour un chrétien, l’inviolabilité de la vie est absolue, et sans juger la demande et le choix d’un patient individuel, nous traiterons attentivement cette question, avec un respect fondamental quant à l’autonomie du patient, l’accompagnant de manière professionnelle, mais ne participant pas activement à la pratique éventuelle de l’euthanasie, précisément en raison de l’inviolabilité de la vie que nous considérons comme absolue.

Après tout, nous considérons la vie humaine comme sacrée parce qu’elle est, dès son origine, marquée par l’action créatrice de Dieu. L’image de Dieu est présente en chaque homme, par celle-ci, la nature humaine est en quelque sorte divinisée.

Le caractère sacré de la vie est à l’origine de son inviolabilité. On ne peut toucher à ce qui est sacré, mais uniquement le traiter avec respect et mettre tout en œuvre pour protéger et promouvoir la sainteté.

Nous n’avons qu’une intendance sur notre vie, et n’avons pas le droit de disposer de notre vie, ni de notre mort, ni de celle de notre prochain. En tant qu’être humain, nous avons en revanche le devoir de tout mettre en œuvre pour respecter et promouvoir notre propre vie et celle des autres et de ne pas commettre d’acte qui puisse y nuire.

On jongle souvent avec le concept de « qualité de vie », et l’on affirme que lorsque la vie n’a plus la  même qualité, il serait mieux d’y mettre fin. Mais qu’entend-on  par qualité ? Nous faisons une distinction entre la qualité ontologique qui porte sur la vie en tant que telle et la qualité accidentelle qui porte plutôt sur la condition dans laquelle se trouve actuellement la personne. Dans le discours à propos de la qualité de vie, l’on se limite souvent à cette qualité accidentelle et l’on néglige la qualité ontologique, qui, en chaque situation, par exemple aussi dans un stade avancé de la démence, demeure toujours intacte. On ne peut donc jamais dire qu’une vie humaine a perdu en qualité, car on ne peut jamais perdre le caractère ontologique de l’humain.

Le terme désespoir est considéré comme un facteur objectif, tandis que la souffrance insupportable  est  un  facteur  subjectif.  Même  si  le caractère  incurable  des  troubles physiques est  plus  ou  moins  objectable,  cela l’est  beaucoup  moins dans les  soins psychiatriques, ces facteurs concernent toujours la qualité accidentelle de la vie. La vie humaine en tant que telle a une dignité universelle, une qualité essentielle, une valeur intrinsèque et cette valeur est indépendante des circonstances physiques, psychiques, sociales, culturelles et historiques dans lesquelles elle se trouve.

Et vu que l’homme vit à travers et avec son corps, le corps fait partie de l’essence de l’homme et le corps a la même valeur que la vie.

La  fin  de  la  vie  corporelle,  pour  mettre  fin  à  la  souffrance,  signifie  que  le  corps  est sacrifié  comme  moyen pour mettre fin à la souffrance. Par l’euthanasie, on élimine l’homme en son corps pour justement résoudre le problème que l’homme a avec son corps,  qui  souffre  physiquement  ou  psychiquement.  Cela  signifie  que  le  corps  est rabaissé à un moyen.

Une réflexion d’un point de vue philosophique

La réflexion d’un point de vue philosophique correspond tout à fait à la réflexion précédente. Au centre de la conception éthique du bien et du mal, il y a la sauvegarde et le respect de la   dignité   humaine.   Cette   dignité   est   concrétisée par  l’idée d’inviolabilité  de  la  vie  humaine  et  même  du  corps  humain.

Les  philosophes contemporains eux-mêmes parlent aujourd’hui du caractère sacré de la vie humaine et aussi du  corps  humain.  Mettre  intentionnellement  fin  à  la  vie  humaine  est généralement considéré comme éthiquement inacceptable.

Il  y  a,  cependant,  une  éthique  philosophique,  l’utilitarisme,  qui  subordonne l’inviolabilité de l’homme à la création du maximum de bien-être, d’un  minimax  de douleur  et  bonheur.  La  vision  derrière  cette éthique  ne  tient  pas  compte  de  quelque chose de fondamental : dans leur vie, les individus accordent plutôt de l’importance aux relations interpersonnelles et à la reconnaissance des autres. L’absence de douleur et la présence de toute sorte de plaisirs ne sont évidemment pas à négliger, mais la vie ce n’est pas que cela . De plus, douleur et souffrance deviennent surtout insupportables lorsque  l’on est dans la négation de la douleur, lors de grande solitude ou lorsqu’il semble ne plus y avoir aucune issue possible dans la vie. Celui qui n’analyse pas les valeurs  de  la  société  au  prisme  du  bien  et  du  mal,  ne  peut  faire  autrement  que  de réduire l’éthique à une sorte de protection thérapeutique contre la douleur. Les termes de souffrances insupportables et sans espoir sont également très subjectifs.

Le  désespoir  en  cas  de souffrances  purement  psychiques  est  toujours  discutable.  Il s’agit ici de jugements subjectifs du patient ou du médecin. Des personnes peuvent se trouver   dans   des   situations   que   l’on  appelle  inhumaines,  dont elles souffrent gravement, et à cause desquelles elles pensent ne plus compter aux yeux des autres, être devenues un poids ou bien simplement répugnantes. C’est alors que nous devons essayer par tous les moyens de les tirer de cette condition et leur montrer qu’elles sont, à  nos  yeux,  toujours  des  personnes méritant  tout  simplement  le  respect  en  tant  que personnes et que nous n’abandonnerons pas.

Des  études  ont  aussi  montré  que  les  aides-soignants qui pratiquent l’euthanasie développent  deux  comportements  dominants :  soit  ils  sont  en  ordre  avec  les  règles, soit ils répondent autant que possible aux souhaits du patient. Il reste cependant un certain malaise chez eux, montrant que les questions éthiques plus profondes n'ont pas totalement  disparu,  mais  ne  peuvent toutefois  plus être  aiguisées.  Le  ressentiment éthique est ici en quelque sorte refoulé. La peur de la mort et celle de tuer est restée, mais la réflexion éthique est dominée par une certaine forme de procédurisme et de sentimentalisme.

La demande d’euthanasie d’un patient est une demande que chaque personne doit prendre au sérieux. Mais cela ne signifie pas que les professionnels de santé doivent y faire  droit.  Avec  les  progrès  que  nous  connaissons,  nous  devrions  être  capables  de réagir  individuellement  et  collectivement à certaines  circonstances autrement qu’en honorant le souhait de mourir.

En  conclusion  de  cette  réflexion  philosophique,  «on peut attendre d’une société décente qu’elle respecte la dignité humaine, ce qui signifie qu’elle procure avant tout le soutien et les soins élémentaires aux faibles et vulnérables, et surtout la protection de leur corps et de leur vie.» Voici la conclusion qui peut être entièrement souscrite sous les trois points de vue.

Fr. René Stockman

Le   livre «Euthanasie   bij   psychisch   lijden :   het   hellend   vlak   dat   overslaat ?» (Euthanasie pour souffrances psychiques : le terrain glissant qui bascule de l’autre côté ?) est  publié  par  Garant  et  coûte  13,90  euros.  Disponible en  néerlandais en librairie ou par Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Source : enthanasiestop.be

 

Nos seniors toujours jeunes !

 

Fin de vie : les seniors veulent lever les tabous

par Mathilde Ledieu, 07/07/2016

Qu’elle représente la fin de la vie, ou le début d’une nouvelle, la mort est un sujet qui reste souvent tabou dans la société. Un sondage réalisé par l'institut ViaVoice pour Harmonie Mutuelle s’est intéressé aux seniors et à leur perception de la mort. Résultat : un tiers des plus de 70 ans l’évoquent avec fatalisme : « La mort est inéluctable », mais aussi de manière très rationnelle : « C’est dans la logique » pour 18 % d’entre eux. Vient ensuite l’aspect spirituel d’une vie après la mort. Toutefois, seuls 2 sur 10 parlent spontanément de tristesse, de souffrance et de la peur de mourir. Pour 73 % des plus de 70 ans, cette vision philosophique est aussi un moyen de mieux profiter de la vie, des petits bonheurs quotidiens.

Préparer sa mort et transmettre

Dans la famille, le sujet peut être abordé : 72 % des sondés en ont déjà parlé à leur conjoint, et plus de la moitié à leurs enfants. Si la mort touche à l’intime, elle n’est pas assez évoquée dans la société pour 44 % des personnes interrogées.
Un tabou qu’il faudrait lever, selon eux, car 6 seniors sur 10 estiment être insuffisamment préparés à leur propre mort ou à celle de leurs proches. Anticiper cette échéance, c’est d’abord transmettre des valeurs et des idées aux générations suivantes (31 % des personnes interrogées), mais aussi des biens matériels (28 %).

Un quart des seniors souhaitent aussi que leurs proches conservent une image positive d’eux, et estiment que la préparation, c’est aussi l’organisation des démarches administratives et financières. La moitié d’entre eux ont déjà prévu ou financé leurs obsèques ainsi que la cérémonie, ou comptent le faire à l’avenir. La rédaction d’un testament et son dépôt chez le notaire ne concernent en revanche que 24 % des sondés.

Plus que la mort elle-même, c’est la fin de vie et le risque de dépendance qui inquiètent les seniors : un sur deux se sent préoccupé. Ils craignent en premier lieu de dépendre de quelqu’un d’autre, de devoir quitter leur domicile ou de ne plus pouvoir exercer certaines activités. Ces appréhensions poussent les seniors à prendre des mesures. 53 % d’entre eux ont réalisé ou pensent réaliser des travaux pour rendre leur logement accessible. Un sur dix a même déménagé pour cette raison.
L’assurance est aussi plébiscitée avec 37 % des sondés qui indiquent posséder ou vouloir souscrire un contrat de prévoyance des risques de dépendance.

Pourtant, les seniors interrogés se sentent majoritairement encore loin de la fin de vie : ils sont en bonne forme morale et gardent un sentiment de jeunesse.

Source : pourquoidocteur.fr

 

L'autonomie ou la vie ?

 

Euthanasie : Aucun bénéfice ne peut compenser le tort fait aux personnes vulnérables

par Gènéthique, 08/03/2017

L’euthanasie met en présence deux valeurs importantes : celle du respect de l’autonomie individuelle et celle du respect de la vie. Les partisans de l’euthanasie donnent la priorité à l’autonomie tandis que ses opposants s’appuient sur le respect de la vie.

Le respect de la vie n’est pas seulement une valeur religieuse. Toutes les sociétés dans lesquelles des personnes raisonnables veulent vivre, doivent veiller au respect de la vie à deux niveaux : le respect de chaque vie humaine individuelle et le respect de la vie dans la société en général. Et si les « pro-euthanasie » considèrent que celle-ci ne contrevient pas au premier niveau, elle nuit cependant gravement au second.

Dans le débat de l’euthanasie, les protagonistes utilisent des images différentes pour marquer l’opinion publique. Ses promoteurs utilisent des histoires montrant de « mauvaises morts naturelles », relatant les souffrances extrêmes de malades en phase terminale et présentent l’euthanasie comme une forme de compassion qui bannit toute cruauté.

Ses détracteurs au contraire, utilisent des cas de belle mort naturelle, paisibles, en présence des de ceux qu’ils aiment, remplis du sentiment d’avoir vécu une vie pleine.

Mais il y a aussi de « mauvaises morts par euthanasie ». L’histoire de cette hollandaise, atteinte de démence, euthanasiée par son médecin en est la preuve (cf. Pays-Bas : une femme « euthanasiée contre sa volonté et Pays-Bas : une « mobilisation sans précédent » contre l’euthanasie des personnes démentes). Même si nous avions pu croire que l’euthanasie n’était pas intrinsèquement mauvaise, cette histoire montre les risques et le tort qu’elle peut faire aux personnes vulnérables.

Entre 4 et 14% des personnes âgées sont abusées, le plus souvent par des proches. Il est difficile d’imaginer un abus plus grand que d’aider un médecin à euthanasier son aîné en contenant « le bien-aimé » qui ne veut pas mourir. Mais il en existe d’autres formes comme le syndrome de l’ « héritage précoce » quand une personne, le plus souvent un enfant, obtient une procuration et utilise les actifs financiers de leurs parents pour eux-mêmes. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent du coût des soins résidentiels pour leurs proches âgés et leurs héritiers voient fondre l’héritage qu’ils estiment leur être du. Ajouter l’euthanasie et vous obtenez un cocktail mortel…

Certains objectent que le risque moral de l’euthanasie pourrait être éviter avec la légalisation du suicide assisté, mais le danger est identique. Les études montrent que les raisons qui poussent les personnes à demander le suicide assisté, est lié au sentiment d’être un fardeau pour ses proches… Par ailleurs, le risque moral du suicide assisté est plus large : partout où le suicide assisté a été légalisé, le taux de suicide en général a augmenté. Une fois approuvé en effet, le suicide apparait comme une réponse appropriée à la souffrance, et il est contagieux. Principale cause de décès chez les jeunes, c’est un problème de santé publique grave et important qu’une légalisation ne ferait que promouvoir.

Comment ce médecin hollandais à pu faire ce qu’il a fait ? Son acte est le résultat d’un processus de désensibilisation progressive du médecin pour ce qui est impliqué : tuer son patient.

Cette désensibilisation résulte de multiples facteurs. Placer les "blouses blanches" de la médecine sur l'euthanasie suggère la validité éthique de l'euthanasie et de sa bonté. Le langage utilisé pour décrire l'euthanasie est aseptisé et « euphemisé ». Le médecin est aveuglé par la conviction que c'est mieux pour le patient et qu’il agit pour son unique bien. Le médecin n'a aucune conscience qu’il ne donne pas un traitement médical et qu'il agit contre le mandat de guérison de la médecine et au-delà de ses objectifs. À un niveau plus profond cependant, l’acte d’euthanasier peut avoir un impact néfaste sur les professionnels de la santé. Des médecins des Pays-Bas et du Canada se retirent parce qu'ils souffrent de traumatismes mentaux, y compris de désordres de stress post-traumatiques, après l’avoir pratiqué (cf. Aide médicale à mourir en Ontario : des médecins se retirent). Ce qui n’a rien d’étonnant : les médecins sont entrainés pour soigner et sauver des vies autant que possible, mais pas à donner intentionnellement la mort. Par ailleurs, toute personne saine d’esprit possède un puissant instinct contre le meurtre intentionnel d’une personne.

Nous ne devons jamais ignorer les plaidoyers déchirants de ceux qui souffrent et de ceux qui les aiment et qui veulent que la souffrance de l'être aimé se termine. Mais si nous devons tuer la douleur et la souffrance, nous devons épargner la personne avec la douleur et la souffrance.


Sources: genethique.org, Mercatornet (2017/03/07)

Paul Russell : Ne pas légiférer pour ne pas glisser

 

« Les partisans de l’euthanasie trouveront toujours de nouvelles frontières à franchir et de nouvelles règles à transgresser »

par Gènéthique, 14/03/2017

Dans l’état de Victoria en Australie, un projet de loi se prépare pour légaliser le suicide assisté. Pour Paul Russell, ce type de législation est un leurre, les partisans de l’euthanasie veulent toujours aller au-delà de ce que la loi prévoit. « La meilleure protection est tout simplement de ne jamais commencer [à légiférer] », défend-il.

Les législations sur la fin de vie résultent la plupart du temps d’un compromis insatisfaisant. Aussi, les partisans de l’euthanasie cherchent toujours à étendre les populations concernées : au départ prévue pour les « personnes proches de mourir », puis rapidement pour « toutes celles qui souffrent ». Aujourd’hui, les enfants peuvent demander l’euthanasie en Belgique. Demain, les « personnes fatiguées de vivre » aux Pays-Bas. Chercher à éliminer toute souffrance par l’euthanasie, est-ce réellement un « effort humanitaire » ?

Les personnes atteintes de ces pathologies incurables « souffriront-elles intolérablement » ? Voudront-elles mourir ? Peut-on en décider pour elles ? « Ne devrions-nous pas plutôt nous interroger de cette façon : Ont-ils été soutenus ? Avaient-ils des parents et des amis pour les soigner ? Sont-ils bien soulagés ? ». Ne concluons pas trop vite que rien d'autre ne pouvait être fait que d' « offrir la version assistée du suicide », plaide Paul Russel. Personne ne doute que la vie avec une maladie incurable est difficile, mais elle n’est pas impossible.


Sources: genethique.org, Mercator, Paul Russel (13/03/2017)

 

Les quelques jours de Christian

 

Cancéreux en phase terminale, Christian Plessis-Bélair s’interroge: où va-t-il finir ses jours?

par Marco Fortier, 16/07/2016, extraits

Depuis trois mois, il ne lui reste plus que « quelques jours » à vivre. Mais il s’accroche. Contre toute attente, Christian Plessis-Bélair, atteint d’un cancer foudroyant, mange encore trois repas par jour, peint des tableaux et a même pris un petit verre de rouge, l’autre jour, à l’étage des soins palliatifs de l’hôpital Notre-Dame.

Le Devoir vous a parlé de lui la semaine dernière : cet homme de 62 ans est entré à l’hôpital pour un mal de jambe, à la mi-avril. Il n’en est plus sorti. Christian souffre d’une forme extrêmement virulente de leucémie. Trois mois plus tard, donc, on rejoint le patient à sa chambre du cinquième étage de l’hôpital, rue Sherbrooke à Montréal. Il a mal partout. Un mal terrible. Mais la méthadone et le Dilaudid engourdissent la douleur.

Il garde le moral, Christian. Une force de la nature. Un nuage plane tout de même dans sa petite chambre : il est question de le déménager à l’hôpital Marie-Clarac, la plus grande maison de soins palliatifs du Québec, dans le nord de Montréal. Un hôpital à la réputation irréprochable. Mais Christian ne veut rien savoir d’y aller. Il veut rester là où il est, aux soins palliatifs de Notre-Dame.

« Il n’est pas question que j’aille ailleurs. Je commence à m’adapter ici. Je connais les infirmières, je connais tout le personnel, c’est rassurant. Recommencer tout ça à une autre place, ça ne me tente pas », dit-il, assis dans son lit.

« Ici, c’est le bonheur. Je suis traité aux petits oignons. Les infirmières sont exceptionnelles. Elles travaillent tellement, elles n’arrêtent pas deux minutes. Et la nourriture est bonne. »

En attendant la mort

Christian est toujours vivant, trois semaines après son arrivée aux soins palliatifs. C’est une unité conçue pour les mourants, ici ! Il est le premier à rire du fait qu’il déjoue tous les pronostics. Il a accepté la mort, il est prêt à partir lorsque son heure sera venue, mais il profite de chaque minute que la vie lui offre.

Il est vrai que les séjours à l’unité des soins palliatifs sont généralement de courte durée. Une dizaine de jours en moyenne, d’après ce qu’on nous dit. Depuis trois semaines, presque tous les patients du cinquième étage ont été remplacés…

« Aucun transfert n’est effectué sans l’autorisation du patient ou de sa famille », assure Sylvie Robitaille, conseillère en communication au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), dont relève l’hôpital Notre-Dame. Les médecins traitants peuvent discuter d’un transfert s’ils jugent que c’est dans l’intérêt du patient. Mais rien n’est imposé. ...

Mourir à la maison

Constatons d’abord les chiffres : où les Québécois meurent-ils ? Le ministère de la Santé et des Services sociaux a compilé les statistiques entre les années 2000 et 2012. Près de six personnes sur dix (59 %) meurent à l’hôpital. Une portion de 20 % des décès surviennent dans un foyer pour personnes âgées, officiellement appelé centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD). Et 3 % des morts se produisent dans d’autres types d’établissement de santé.

Mais encore ? Encore 7 % de la population meurt « dans un autre lieu », dans un accident, en voyage à l’étranger, etc.

Le dernier chiffre, un des plus importants, est la proportion de 11 % des gens qui meurent chez eux. C’est un des chiffres les plus importants, parce que le gouvernement cherche à augmenter à 20 % la part des décès à la maison.

En théorie, Christian Plessis-Bélair aimerait finir ses jours sur le Plateau Mont-Royal, où il a vécu toute sa vie. Son petit appartement d’artiste célibataire de 62 ans serait toutefois mal adapté pour servir de « chambre d’hôpital ». Et aucun de ses proches n’a l’espace ou la capacité de l’accueillir.

Si jamais Christian décidait d’aller chez lui, le système de santé et services sociaux pourrait l’aider. « On a tout ce qu’il faut pour lui permettre de s’installer chez lui. On offre même la chimio palliative à la maison », dit Bérard Riverin, directeur général de la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal.

L’organisme permet à 1300 malades en phase terminale par année de se faire traiter gratuitement à la maison. Le « taux de succès »— ceux qui meurent bel et bien chez eux — est de 41 %. Les deux tiers meurent en moins de trois mois. Certains s’accrochent un an, parfois même deux ans.

Société de soins palliatifs à domicile fournit tout : lit d’hôpital, appareils pour distribuer les médicaments antidouleur, fauteuil roulant. Une vingtaine d’infirmières, 12 préposés aux soins, un psychologue, une soixantaine de bénévoles bien formés et du personnel administratif sont au service des patients.  

L’organisme fournit depuis quatre ans des préposés aux bénéficiaires de nuit : cette seule mesure a fait passer le « taux de succès » (de décès à la maison) de 18 % à 41 %. ...

Source : ledevoir.com

 

Odile Marcotte : Droit aux soins sans euthanasie

Le droit à des soins de fin de vie dans un environnement sans euthanasie

par Odile Marcotte - Directrice adjointe, partenariats, Centre de recherches mathématiques, 11/07/2016

Je veux ici présenter les raisons pour lesquelles j’appuie les médecins en soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de l’Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Nous avons été témoins récemment (et serons encore témoins à l’avenir) d’attaques indignes visant (encore) les palliativistes travaillant en milieu universitaire, en particulier ceux des centres hospitaliers de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Les médecins qui prodiguent des soins palliatifs dans ces institutions sont pourtant fidèles à la définition des soins palliatifs donnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est-à-dire soulager les patients en fin de vie sans hâter ni retarder la mort.

Les différentes personnes attaquant ces médecins (politiciens, médecins pro-euthanasie, journalistes et intimidateurs de tout poil) leur reprochent de ne pas se conformer à la loi québécoise et de ne pas respecter l’autonomie de leurs patients, en l’occurrence « leur droit » de recevoir les trois injections qui provoqueront la mort du patient dans un court délai. L’administration de ces trois injections représente la prétendue aide médicale à mourir, c’est-à-dire l’euthanasie volontaire (appelée euthanasie dans les lignes qui suivent).

Exemption

Remarquons d’abord que le jugement de la Cour suprême dans la cause Carter n’a jamais spécifié qu’un département universitaire de soins palliatifs, où sont formés les futurs palliativistes, devait offrir l’euthanasie. Kay Carter (qui était atteinte de sténose du canal rachidien lombaire, maladie entraînant la compression progressive de la moelle épinière et condamnant le malade à une immobilité forcée, et dont la cause s’est rendue jusqu’en Cour suprême) a été euthanasiée en Suisse (dans un établissement privé) parce qu’elle ne pouvait obtenir l’euthanasie au Canada ; la Cour suprême a jugé que l’interdiction absolue d’un tel « soin » au Canada n’était pas conforme à la Constitution. Par ailleurs, les maisons de soins palliatifs ont obtenu (heureusement) le droit de se soustraire à l’obligation d’offrir l’euthanasie, et la grande majorité d’entre elles ne l’offriront pas afin de préserver un environnement sécuritaire pour les patients refusant l’euthanasie.

Les attaques des intimidateurs ne visent donc pas à faire respecter les droits des patients, mais à modifier la nature des soins palliatifs en utilisant des méthodes qu’ils n’utiliseraient pas contre d’autres groupes de médecins spécialistes, par exemple les radiologistes ou les neurochirurgiens. Ils veulent détruire toute opposition à leur idéologie. Si ce n’était pas le cas, ils retrousseraient leurs manches et créeraient des cliniques offrant le « traitement médical » auquel ils attachent tant d’importance. Ils pourraient même créer une nouvelle spécialité en sciences de la santé, puisque la loi fédérale permet à d’autres personnes que des médecins de pratiquer l’euthanasie.

Droit aux soins sans euthanasie

Parlons maintenant du fameux droit des patients à mourir, qui est en réalité une exemption du Code criminel permettant de pratiquer l’homicide dans certaines circonstances. Au Québec, un citoyen a droit à un environnement sans fumée, mais pas à un environnement sans euthanasie. Je pense (et je ne suis pas la seule !) que le droit d’une personne à l’euthanasie volontaire est moins important que le droit d’un patient (MON droit) à des soins palliatifs dans un environnement où l’euthanasie n’est pas pratiquée. C’est ce dernier droit que les palliativistes du CHUM et du CUSM défendent et je leur en suis très reconnaissante. Il est dommage que la Cour suprême n’ait pas examiné cet aspect-là du problème.

L’obsession au sujet des délais pour obtenir l’euthanasie est difficile à comprendre si on considère l’état de notre système de santé. Au Québec, les temps d’attente pour des opérations ou à l’urgence sont parmi les plus longs du monde occidental (selon un rapport récent du Commissaire à la santé et au bien-être), et un patient ne peut exiger aucun traitement (par exemple un antibiotique ou un analgésique) de quelque médecin que ce soit. J’en ai fait moi-même l’expérience lorsque je souffrais de violentes migraines. Pourquoi accorder autant d’importance à l’euthanasie rapide et pas aux autres traitements ? Cet acharnement suspect révèle la nature idéologique du combat pour l’euthanasie, qui vise à dénaturer la mission des soins palliatifs et compromet les investissements promis dans ce domaine.

J’aimerais exprimer toute mon admiration aux médecins de soins palliatifs du CHUM et du CUSM, et j’espère qu’ils continueront à prodiguer leurs soins de telle sorte que leurs patients finissent leurs jours en paix, dans un milieu sans euthanasie.

Source : ledevoir.com

Xavier Dijon : "L'extension de la normalité euthanasique"

 

Euthanasie : les limites s’effacent

par Xavier Dijon, 03/03/2016

Une opinion de Xavier Dijon, Professeur émérite de l'Université de Namur.

Sonnons le tocsin. Trois propositions de loi veulent changer la déclaration anticipée, la décision médicale et la clause de conscience. L’homicide étend davantage son règne.

Trois propositions viennent d’être déposées à la Chambre des Représentants pour modifier la loi relative à l’euthanasie, sur le triple point de la déclaration anticipée, de la décision médicale et de la clause de conscience. Ces trois propositions de loi contribuent à étendre davantage encore les avancées de l’euthanasie en effaçant quelques limites qui lui étaient opposées jusqu’ici, tant dans l’espace que dans le temps.

1. Dans le but de s’assurer de la volonté persistante du malade incapable de s’exprimer lui-même en fin de vie, la loi de 2002 prévoyait que sa demande anticipée d’euthanasie aurait une validité de cinq ans. La proposition actuelle entend rendre pareille déclaration illimitée, étant donné, dit-on, la lourdeur de la procédure qui vise son renouvellement. La gravité du geste euthanasique se trouve ainsi singulièrement banalisée à l’égard de la personne qui aura peut-être signé cette demande vingt ou trente ans avant d’être euthanasié. Certes, cette requête pourra être retirée à tout moment mais, si la proposition de loi est acceptée, le signataire ne serait plus tenu de réfléchir régulièrement aux enjeux de sa demande. Comme si elle était devenue tout simplement normale.

2. La réforme souhaitée quant à la décision médicale concerne également l’écoulement du temps mais, cette fois, dans l’autre sens : il ne s’agit plus de rendre perpétuelle la demande du malade mais de raccourcir drastiquement la délibération du médecin. La loi de 2002 prévoyait que si le médecin consulté refuse de pratiquer une euthanasie, il est tenu, d’abord, d’en informer le patient en temps utile, ensuite, de communiquer le dossier médical du patient au médecin désigné pour poser ce geste. Ici, la proposition de loi précise que la décision de refus doit être donnée dans les sept jours de la demande et que le dossier doit être transmis dans les quatre jours du refus. Quand on connaît les hésitations et les revirements par lesquels peut passer une demande d’euthanasie, quand on réalise toute la part de confiance qui doit sous-tendre le dialogue entre médecin et patient, on se demande pourquoi il s’imposait de réduire à une semaine le temps de vérification du bien-fondé de la demande qui conduira le malade à la mort. Serait-ce, ici encore, pour étendre la normalité du geste euthanasique ?

3. Mais le coup le plus rude porté au respect de la vie concerne, non plus le temps mais l’espace. Si la troisième proposition de loi était adoptée, l’euthanasie devrait pouvoir être pratiquée dans tous les hôpitaux du Royaume, sans que leur direction ait le droit de s’y opposer. Toute clause par laquelle un établissement de soins empêcherait un médecin de pratiquer l’euthanasie en ses murs serait réputée non écrite. Or cette modification de la loi est proposée, selon son libellé, en vue d’assurer la clause de conscience. Jusqu’ici, on pensait à l’objection de conscience dans les termes d’un soignant qui se refusait à poser le geste de mort sur le patient qui le lui demandait. A présent, la proposition de loi étend la clause de conscience jusqu’à l’hypothèse inverse : celle du médecin qui veut faire valoir son droit subjectif de conscience pour pratiquer l’euthanasie, alors que l’institution dans laquelle il exerce son art s’y oppose. Et pour que nul n’en ignore, la même proposition précise que, dans leurs rapports juridiques avec l’hôpital, les médecins doivent jouir d’une entière autonomie professionnelle dans tous les soins de santé, y compris l’accompagnement en fin de vie (sous-entendu l’euthanasie elle-même).

Il y a quinze ans, on nous disait, d’abord que l’euthanasie devait être permise dans des circonstances exceptionnelles à l’égard de personnes majeures et saines d’esprit, ensuite, qu’un geste aussi grave serait entouré de garanties procédurales qui permettent de faire mûrir la réflexion de tous, enfin, qu’on respecterait évidemment la philosophie des institutions qui la refusent. A présent que l’homicide étend davantage son règne, en bouleversant les notions aussi fondamentales que "réflexion", "délibération", "conscience", ou "soins de santé", n’est-il pas temps de sonner le tocsin ?

Titre original : L’extension de la normalité euthanasique

Source : lalibre.be

 

Les Hollandais à la retraite fuient leur pays

"Ne me tuez pas docteur !" L'euthanasie et ses dérives chez nos voisins européens....

par Authentiqua, 28/04/2016

Maarik, une institutrice à la retraite, quitte la Hollande pour l'Allemagne. Pourquoi va-t-elle s'exiler en Allemagne ? Maarik fuit les Pays-Bas comme on fuit un pays en guerre, un pays devenu trop dangereux... A son âge, elle sait qu'on peut tomber malade du jour au lendemain et elle sera alors amenée à l'hôpital. Et elle ne pourra pas empêcher un médecin ou une équipe médicale de l'euthanasier contre sa volonté...

Comme Maarik, les Hollandais sont de plus en plus nombreux, chaque année à fuir leur pays où les médecins, depuis que l'euthanasie a été légalisée, peuvent vous assassiner ou vous euthanasier sans vous l'avoir demandé, alors que vous venez simplement de faire un banal malaise... On euthanasie comme on respire, là-bas ! 

Au Pays-Bas, il est important de savoir que n'importe quel médecin peut décider de supprimer la vie d'un patient qui est en état de démence ou qui a tout simplement perdu connaissance. Si on a un malaise sur la voie publique, on peut ressortir entre 4 planches si le médecin a décidé de tuer pour une raison X ou Y. Un médecin peut buter ses patients en étant payé et en toute impunité.

2500 euthanasies sont pratiquées chaque année, au Pays-Bas. 1000 victimes, environ, n'auraient pas demandé à être tuées. Le plus souvent, les victimes sont des personnes âgées, trop seules et des pauvres. Mais il y aussi des nouveau-nés qui sont dans le coma.

Et n'oublions pas, évidemment, les familles "aimantes" qui font pression sur les médecins et les infirmières pou tuer leur père ou leur mère pour toucher l'héritage plus rapidement...

Des milliers de Néerlandais préfèrent quitter leur pays et se réfugier en Allemagne. Dans un hôpital allemand, on peut trouver 200 patients hollandais sur 230 patients. 

Rappelez-vous, Hitler utilisait déjà le mot euthanasie pour se débarrasser de tous ceux qui étaient malades, handicapés ou malades mentaux...

Le docteur Jean-Pierre Dickès a voulu révélé ce qui se passe dans les pays où on a légalisé l'euthanasie. Le Docteur Dickès est devenu médecin dans le but de soigner, pas dans celui de tuer. Il a toujours voulu sauver des vies, et pas supprimer des vies comme un tueur en série. Depuis toujours, ce médecin lutte contre l'euthanasie.

En Allemagne, c'est une autre mentalité... "Le mot euthanasie y rappelle trop de trop mauvais souvenirs, et un malade, même en phase terminale, n'a pas de soucis à se faire..." affirme le Dr Dickès. Il veut certainement dire que contrairement à de nombreux pays européens on ne vous détruira pas en douce...

En Belgique et en Suisse, c'est le patient qui choisit. Mais il y a un risque d'abus manifestes... Dans certains hôpitaux comme le CHU de Louvain (en Belgique), on trouve un bloc opératoire à côté de la pièce des euthanasies. C'est pratique pour récupérer les organes des personnes décédées pour les greffes... Ça vous ne rassure pas ? Moi, non plus...

Source : "Détective" du 16 janvier 2013

Source : vivreaupresent.over-blog.com

Eugénie Bastié : la mort par voie parlementaire

 

Contrairement à l’euthanasie, le ridicule ne tue pas

Romero exploite le drame Vincent Lambert

par Eugénie Bastié, 25/06/2014 (extraits)

Sur le plateau du Grand Journal... pas de médecins, pas de juristes, pas de philosophes pour nous parler du douloureux cas Vincent Lambert, et éclairer la décision difficile prise par le Conseil d’Etat. Non, on avait invité M. Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Vincent n’est pas encore débranché, le cœur de Vincent bat encore, que le militant pourtoussiste court les plateaux télé, s’enrobe du tragique de la situation pour réclamer la reconnaissance juridique d’un droit à mourir.

Peu importe que le « cas » Vincent Lambert n’ait rien à voir avec l’euthanasie, mais soit simplement un tragique déchirement familial autour du corps d’un malade. Peut importe que Vincent ne soit pas conscient et qu’on ne puisse donc envisager la solution du suicide assisté que prône M. Romero.

Peu importe que  dans le monde idéal que Romero appelle de ses vœux, où l’on ne fait pas de la mort une maladie et où celle-ci serait réglée par injection létale et voie parlementaire, les cas Vincent Lambert continueront à exister. Parce qu’on ne connaît « ni le jour ni l’heure » et qu’il est difficile de dicter par avances ses dernières volontés. Que la mort sera toujours dramatique, surprenante, et triste, ce moment où « il n’y a que la déchirure, l’horrible déchirure ».

Mais à l’ADMD on se fiche du tragique. On veut sa liberté jusqu’au bout. Son « ultime liberté ». «Il faut qu’on sorte de ces émotions, il y a des gens qui souffrent », déclare-t-il, « en colère » à Jean-Michel Apathie qui approuve gravement. Jean-Luc Romero qui voudrait un monde sans émotions, les exploite sans vergogne quand elles permettent de faire monter la cote de la proposition 21 du candidat Hollande. Mais ne nous y trompons pas. Jean-Luc Romero est contre la souffrance. Il est contre la mort. Dans le monde de Jean-Luc Romero, le négatif n’existe pas, il ne doit pas exister. Rien ne peut rester dans l’ombre de la loi. Les désirs doivent se voir gravés dans le marbre. Les familles homoparentales existent, la loi doit les reconnaître, des gens souffrent, la loi doit les achever. Il veut des solutions morales à des problèmes pratiques. Et des solutions pratiques à des problèmes moraux.

L’euthanasie ? Une solution qui va de soi, comme la tête de Jean-Michel Apathie dodelinant d’approbation au vent du Progrès. Notez que l’argumentaire ici développé est identique à celui qu’il avait employé au sujet du mariage pour tous : cette loi ne fait qu’entériner la liberté des individus, sans enlever rien aux autres, sans gêner personne. On ne vous enlève rien aux hétéros ! On ne vous prive de rien vous les biens-portants ! Il le promet, miséricordieux : « Cette loi n’obligera à rien ».

L’argument ultime est… électoral. Il rappelle à François Hollande son « engagement» et affirme que  « 94% des français sont pour…que vous soyez à droite, que vous soyez à gauche, au centre , vous êtes en faveur »
Mais alors M. Romero, pourquoi, si la demande est si unanime, si c’est si facile, si consensuel, si efficace, pourquoi François Hollande n’instaure par la mort pour tous qui lui permettrait de gagner des points dans les sondages ?

C’est à cause des « lobbies » pardi ! Vous savez, ces fameux lobbies qui n’existent pas quand ils s’appellent Inter-LGBT ou ADMD ! Mais quel lobby en particulier s’acharne à empêcher les gens de mourir en rond ? « Le lobby de l’Eglise et le lobby des grands mandarins », répond tout de go l’onctueux prophète des temps nouveaux. D’ailleurs, déplore-t-il : « En tant que président de l’ADMD, je n’ai jamais été reçu par le Président de la République alors qu’il reçoit Frigide Barjot et d’autres qui ne représentent qu’eux-mêmes ». ...

Source : causeur.fr

 

Anne Dolhein : Loi Claeys-Leonetti, la loi qui vole la mort

Loi Claeys-Leonetti : de la sédation profonde à la mort à la demande. Pire que l’euthanasie ?

par Anne Dolhein, 01/02/2016

Sédation profonde, antichambre de la mort ?

Avec la loi Claeys-Leonetti, François Hollande et son équipe ont réussi ce qui ressemble fort à un coup de maître : en faisant jouer la corde sensible de la compassion, en rejetant l’euthanasie par piqûre mortelle tout comme le suicide assisté, ils ont réussi à imposer une autre manière de satisfaire la demande de mort de patients las de vivre. La sédation profonde et continue devient un droit dans des circonstances plus larges qu’on ne se l’imagine au vu des débats. En créant une zone grise entre les soins palliatifs et l’euthanasie, où des personnes qui ne sont pas sur le point de mourir peuvent entrer par effraction, c’est un véritable « droit à mourir » qui a été créé, contre lequel les médecins ne pourront pas grand chose. 

Il faut d’abord se pencher sur une bizarrerie. Cela fait plusieurs années que les sondages commandés par des associations favorables à l’euthanasie font état d’un soutien large, presque unanime à l’euthanasie. A les en croire, la majorité qui se dessine aujourd’hui autour de ce projet « sociétal » serait écrasante. Ces dernières années, selon les instituts, on a évoqué une opinion favorable à sa légalisation qui friserait l’unanimité : 89, 90, voire 96 % – ce dernier chiffre était celui donné par l’IFOP en octobre 2014.

La sédation profonde peut constituer une euthanasie lente

 La question s’impose d’elle-même : alors que tout le monde semble d’accord – François Hollande par son engagement de campagne « 21 », les électeurs, le lobby du « droit de mourir dans la dignité » – et que des pays proches et progressistes comme la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas ont déjà, chacun à sa manière, admis le principe de la « mort choisie », qu’est-ce qui a donc pu freiner le législateur français ?

Plusieurs réponses sont possibles, et elles peuvent être vraies ensemble – et peut-être y a-t-il à cette timidité des raisons que nous ne saurons jamais.

Pour commencer, c’est une manière de reconnaître que les sondeurs ne disent pas la vérité. Si tout le monde était réellement d’accord, pourquoi François Hollande et son équipe auraient-ils hésité ? Les sondages ont ceci d’« utile » qu’ils permettent de faire croire qu’une révolution dans les mœurs rencontre l’adhésion de tous… pour faire croître cette adhésion encore incertaine. Dans le cas de l’euthanasie, la manière de poser les questions joue aussi : celui à qui l’on demande s’il veut souffrir abominablement ou non à la fin de sa vie a évidemment tendance à répondre « non ».

La loi Claeys-Leonetti n’a pas profité du soi-disant « consensus » sur la fin de vie

 S’ils n’ont pas poussé leur avantage, c’est sans doute que le consensus est moins grand qu’on ne le dit ; qu’il existe encore une majorité d’élus qui s’élèveraient contre le droit de mettre à mort un patient qui souffre… Peut-être aussi la majorité du corps médical, conservant quelques souvenirs d’une éthique déjà bien malmenée, est-il par trop rétif à l’idée d’avoir à provoquer la mort de manière trop directe ?

Mais il y a un autre élément qu’il faut tenir à l’esprit. La loi Claeys-Leonetti est un modèle de manipulation. Préparée par un homme de « droite » et un homme de gauche, elle est – forcément, n’est-ce pas ? – une loi de consensus qui n’aura été contestée qu’à la marge. Elle est donc éminemment acceptable ; modérée… Elle a évité de lancer de grands débats sur les dérives de l’euthanasie en Belgique ou aux Pays-Bas. Ces dérives sont si visibles qu’elles risquaient de polluer le débat…

Moyennant quoi c’est quelque chose de plus radical, de plus extrême qui a été mis en place sous couleur de modération. Premier point : la loi crée un nouveau droit dont chacun peut se prévaloir, fût-ce contre la volonté du médecin (à quelques petites exceptions près). « Toute personne a le droit d’avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance », affirme la loi. Celle-ci ne définit pas ce qui est « digne » ou non ; de la suite on peut déduire qu’il s’agit de s’épargner « toute souffrance » et même de ne pas se sentir mourir.

Mort à la demande : la loi Claeys-Leonetti la rend possible

 En proscrivant l’« obstination déraisonnable », la loi Claeys-Leonetti ouvre une autre porte à l’organisation de la mort par la médecine, puisqu’elle est caractérisée par une description large : ce sont les actes qui « apparaissent inutiles, disproportionnés ou (qui) n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie ».

On se souviendra que la vie de Vincent Lambert que l’on veut faire mourir en le privant d’hydratation est réputée « artificielle » : en ce sens la loi Claeys-Leonetti n’est qu’une aggravation et une précision de la loi Leonetti de 2005 qui autorisait déjà cette forme d’euthanasie lente.

Mais se profile également la traque de la vie « inutile » à travers la notion d’actes médicaux « inutiles » – ce que les bioéthiciens qualifient de « soins futiles ». Là encore, il y a un problème de définition : il est vrai que des actes médicaux peuvent être « inutiles » eu égard au fait qu’ils n’apporteront ni amélioration, ni soulagement en prolongeant un état d’agonie par exemple. Mais l’« inutile » peut désigner aussi le soin prodigué à un tétraplégique qui sans être malade, n’a pas de perspective d’amélioration. La loi Claeys-Leonetti lui sera applicable et il pourra prétendre à une sédation continue et profonde jusqu’à la mort.

La loi précise au demeurant – puisque cela avait fait débat dans l’affaire Vincent Lambert – que « la nutrition et l’hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article ».

Droit à la mort : la sédation profonde et continue est ambiguë

 La loi ouvre en fait un large droit à la mort choisie puisque la sédation continue et profonde peut être exigée par le patient dans deux cas de figure. D’abord : « Lorsque le patient atteint d’une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme présente une souffrance réfractaire aux traitements » : dans ce cas, la sédation profonde peut avoir pour intention de soulager une souffrance intense à l’heure de la mort, et elle n’est pas euthanasique. Mais reste l’ambiguïté : la sédation profonde, tout retour à la conscience étant d’emblée exclue, combinée avec l’arrêt de l’hydratation, provoque nécessairement la mort. Entre tuer et laisser mourir, on est en train de brouiller les frontières.

Deuxième cas de figure : « Lorsque la décision du patient atteint d’une affection grave et incurable d’arrêter un traitement engage son pronostic vital à court terme et est susceptible d’entraîner une souffrance insupportable. » Cela signifie que le patient peut choisir d’arrêter de se faire soigner même s’il n’est pas du tout en phase terminale d’une maladie – d’ailleurs une « affection » n’est pas forcément une maladie – et que c’est précisément l’arrêt d’un traitement qui va le faire souffrir. Ici l’intention euthanasique est beaucoup plus évidente.

Mais là aussi il y a « zone grise » : entre le handicapé en bonne santé qui veut qu’on arrête de l’hydrater, le cancéreux qui ne supporte plus une chimiothérapie aux effets secondaires terribles, le dialysé qui en a assez de ses transfusions… il y a une multitude de possibilités. Le patient peut refuser de se soigner, c’est une liberté. Mais cette liberté s’impose désormais aux médecins qui se voient contraints de coopérer au désir de mort : « Le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité. »

Une loi d’euthanasie qui ne veut pas dire son nom

 Cela est finalement plus extrême que ce qui est demandé aux médecins belges ou néerlandais, qui ont (encore) le droit d’évaluer la demande du patient au regard de la loi et qui peuvent refuser d’y satisfaire.

Les mêmes médecins se voient largement contraints par les directives anticipées des patients qui ne sont plus en état d’exprimer leur volonté, et ils ne peuvent s’y soustraire qu’en des cas limités et par le biais d’une « procédure collégiale ». En l’absence des directives anticipées ou de la désignation par le patient d’une personne de confiance, ses proches sont « consultés » pour connaître la volonté que le patient a pu exprimer. Avec quel niveau de preuve ou de sérieux ? La loi ne le dit pas.

La sédation « profonde et continue » de la loi Claeys-Leonetti suppose une « altération de la conscience jusqu’au décès ». En donnant à chacun le « droit » de réclamer la mise en place d’une procédure de fin de vie, la loi finit par voler la mort. Par l’anesthésie de la conscience…

Anne Dolhein

Source : reinformation.tv

Nicolas Martinet : Elle est belle, la vieillesse

 

« Le Grand Age est à l’Abandon, propositions pour éviter le pire » Nicolas MARTINET

par Nicolas Martinet, 15/12/2013

Notre pays semble avoir perdu la boussole, les décisions sont prises en tous sens parfois sous la pression, souvent en réponse à un calcul politique. Pire, tout semble devoir se régler par la force et la contrainte, le plus fort écrasant le plus faible de sa toute-puissance. Le médico-social ne semble pas devoir déroger à la règle. La servilité des Directeurs d’établissement, écrasés par la surcharge de travail et des responsabilités, y  fait souvent écho à la tyrannie des administrations.

Pourtant de belles choses se font ici et là, mais dont la communication est étouffée par le brouhaha ambiant qui en interdit ainsi la connaissance. L’urgence est pourtant là, qui nous invite à calmer le jeu et par usage de notre intelligence, à reconstruire au sein de notre société une relation apaisée et respectueuse de tous.

Dans les maisons de retraite affublées aujourd’hui de ce nom barbare d’EHPAD, un personnel s’active pour le bien-être de la personne âgée. Son dévouement est malheureusement bien peu reconnu et est  trop souvent pointé du doigt par une presse plus prompte à mettre en avant les « canards boiteux » du système que les innombrables établissements où il fait si bon vivre.

À jouer ainsi la disqualification permanente, nous assistons sur le terrain à un mal-être grandissant qui s’accroît d’autant plus qu’à la non-reconnaissance s’ajoute une charge de travail grandissante. En effet, les personnes qui entrent maintenant dans ces établissements sont dans un état de lourde dépendance et elles sont accueillies par un effectif de personnel désespérément stable et insuffisant.

À tout cela s’ajoute une avalanche administrative, qui perd peu à peu tout son sens car comment digérer convenablement ce flot d’injonctions, de préconisations ou de mises en demeure, voulue par les réglementations sans cesse amplifiées. Comme le dit l’adage : « trop d’informations tuent l’information ». Un salarié de maison de retraite doit connaître et appliquer plus de 1000 pages de consignes, protocoles et autres préconisations!

Cette avalanche administrative vient, pour une bonne part, répondre au principe de précaution aujourd’hui devenu psychose de précaution.

Où est l’humain dans tout cela. Le temps est devenu un luxe que l’on ne peut distribuer qu’avec parcimonie au détriment de l’usager dont c’est l’attente première. Il devient urgent de remettre la personne âgée au cœur de nos préoccupations.

Avec force et courage, il est possible de vaincre, obstacle après obstacle, une situation désastreuse, héritée et entretenue par ceux qui nous gouvernent depuis si longtemps, trop longtemps peut-être. Ils ont perdu tout sens de l’intérêt commun parce qu’ils se sont coupé des réalités qui se vivent quotidiennement sur le terrain.

Osons parler de la vieillesse. Elle est belle pour qui sait la contempler pourvu que la santé ne soit pas trop détériorée. Et même dans ce cas, une présence aimante auprès d’elle permet d’y découvrir encore de multiples trésors.

Respectons nos anciens. Nous leur devons tout et plus encore. Parfois, pourtant, l’oublions-nous. Agissons pour que les métiers du social, si respectables parce que si beaux dans ce qu’ils font, dans ce qu’ils sont et dans ce qu’ils donnent, soient enfin reconnus à leur juste valeur.

Notre pays est malade car il ne reconnaît plus aujourd’hui que les « producteurs » d’argent et a oublié la richesse des valeurs humaines, que nos gouvernants foulent impunément.

La France n’a jamais été plus belle que lorsque unie, fière de son histoire, elle a su défendre ses valeurs.

Alors que nous entrons dans un temps de fêtes où la solitude pèse plus lourdement encore, osez prendre un peu de temps pour visiter une personne âgée restée seule dans votre village, dans votre quartier ou dans la maison de retraite la plus proche de chez vous.

A propos de Nicolas Martinet

Directeur de la maison de retraite Saint-Antoine à Desvres, auteur de : « Le grand âge est à l'abandon ! Propositions pour éviter le pire » aux éditions Salvator

Source : cyrano.net

 

Denise Batters, sénatrice canadienne, se bat pour la vie des malades mentaux

 

Aider les malades mentaux plutôt que de les tuer : la demande d'une sénatrice canadienne

par Gènéthique, 17 Mars 2016 

Denise Batters, sénatrice de Saskatchewan (Canada), signe une tribune dans laquelle elle dénonce le récent rapport de la Commission parlementaire mixte sur l’aide médicale à mourir, et soutient que plutôt que de tuer les malades mentaux, il faudrait les aider.

Son mari, le parlementaire Dave Batters, s’étant suicidé il y a quelques années justement dans un contexte de grave dépression sévère, Denise Batters connaît le sujet, il la touche très personnellement.

Selon elle, si les scrutins révèlent que la plupart des Canadiens sont en faveur du suicide assisté, c’est aussi que ceux-ci sont poussés à penser que ce ne pourrait être une option ouverte qu’aux personnes malades en phase terminale, et ils veulent d’ailleurs que  des limites très claires définissent qui peut y prétendre. A la place, le rapport ouvre « la porte à de nombreux scénarios choquants ».

En effet, la commission n’a pas requis que la maladie soit en phase terminale ou menace la vie de la personne. Elle a inclut dans les conditions d’accès à cette aide médicale à mourir les souffrances psychologiques sans aucune obligation de consultation psychiatrique, et a même recommandé une extension aux « mineurs matures ». Ce qui dépasse largement les paramètres dessinés par la Cour suprême du Canada dans sa décision Carter c/ Canada. Pour la sénatrice, rien ne justifie cette position qui fait seulement appel à un « avis en ligne » d’un inconnu un peu léger pour une telle décision.

Assurant être la dernière personne qui pourrait prétendre que les personnes souffrant de troubles mentaux ne méritent pas un égal traitement devant la loi, elle souligne le fait que « dans le contexte de l’aide médicale à mourir, la maladie mentale implique une certaine vulnérabilité qui doit être considérée avec attention », dans toute sa complexité, mais qu’elle ne présente pas en elle-même de caractère « terminal ». Selon la sénatrice « nous ne pouvons pas faire accéder les malades mentaux au suicide assisté si nous sommes incapables de leur permettre un plein accès aux options de traitements et de soutien ».

« Comment peut-on attendre de ceux qui soignent les personnes souffrant de troubles mentaux qu’ils préviennent le suicide, tout en signant l’arrêt de mort d’un patient malade mental ? » questionne-t-elle.

Soulignant la nécessité de préserver l’espoir des personnes souffrant de maladies mentales, et de les accompagner, de les protéger, notamment dans un contexte où le suicide assisté devrait devenir une réalité (cf. Canada : de l’aide médicale à mourir ou du suicide assisté), Denise Batters a invité les Canadiens à faire entendre leur voix sur ce sujet, pour demander que l’accès à l’aide médicale à mourir ne soit pas étendu façon démesurée.

Sources : National Post (14/03/2016)     genethique.org

 

Bertrand Vergely : L'euthanasie, entre violence et précipitation

A propos de l’euthanasie – point de vue d’un philosophe

par Bertrand Vergely, 21/08/2014, extraits

L’euthanasie signifie la douce mort. Cette douce mort désigne le fait, pour un médecin, d’abréger les souffrances d’un malade incurable en lui donnant la mort. Beaucoup de personnes voient dans l’euthanasie un moyen de soulager la souffrance de certaines fins de vie. Avant de leur donner raison, il importe de voir ce qu’il y a derrière et ce qui risque d’advenir après si celle-ci est légalisée.

I. LA VIOLENCE

En premier lieu, il importe de rappeler que l’euthanasie ne consiste pas dans le fait simple d’abréger les souffrances d’un malade, mais dans le fait complexe de donner la mort pour abréger les souffrances d’un malade. La nuance est importante. Dans un cas, on a affaire à un geste humanitaire. Dans un autre cas, on est en face d’une violence inouïe. Tant il est vrai qu’il est désastreux de devoir tuer quelqu’un pour abréger ses souffrances.

Le passé témoigne de ce désastre. C’est sur les champs de bataille, quand on ne pouvait pas faire autrement, que l’on achevait les blessés. Par ailleurs, c’est le nazisme qui a formulé le projet d’euthanasier les vieux et les déficients mentaux, ceux-ci étant jugés inutiles et trop coûteux pour la société. La débâcle des champs de bataille. Le nazisme. La mémoire de l’euthanasie est chargée. Si  la mémoire est lourde, le présent l’est tout autant. Le meurtre est interdit par la loi. La peine de mort a été abolie. Qu’on le veuille ou non, avec l’euthanasie, on a affaire au retour de l’un et de l’autre.

II. LA PRECIPITATION

S’agissant du malade, il semble qu’il y ait une confusion. Une chose est de désirer ne pas souffrir, une autre de mourir. Ce n’est pas parce que l’on désire ne pas souffrir que l’on désire mourir. Attention donc de ne pas prendre le désir de ne pas souffrir pour un désir de mort ! Attention au fait de donner la mort sous prétexte d’éviter la souffrance ! Attention au fait de faire croire qu’avec la mort, les souffrances vont cesser ! Quand on fait de la mort la médecine suprême, on se précipite et l’on attise les désirs de mort. ...

Quantité de témoignages montrent que, quand il y a dialogue entre médecin, malade et famille, quand il y a un vrai accompagnement, quand en outre la fin de vie se déroule dans un contexte spirituel, les malades partent paisiblement sans qu’il soit besoin de leur donner la mort.

Autre question : pourquoi ne développe-t-on pas une culture de l’accompagnement aux mourants en s’appuyant sur le dialogue et la spiritualité ? Plutôt que de penser à donner la mort, ne ferait-on pas mieux d’aider la médecine moderne à acquérir le sens de ses propres limites et la société contemporaine à retrouver un rapport à la mort ?

Source : cyrano.net

L'euthanasie, ce vice de raisonnement

Vouloir mourir parce que c’est illégal

par Marcela Iacub,

Alors que la justice européenne a validé l’arrêt des soins de Vincent Lambert, l’Etat a-t-il vraiment son mot à dire en matière d’euthanasie ?

Ceux qui militent pour l’euthanasie oublient les problèmes multiples que poserait l’autorisation de cette pratique. A commencer par l’intérêt qu’auraient les Etats à augmenter le nombre de candidats à la mort, afin de diminuer les coûts de certaines maladies longues et incurables. Après avoir décimé la population dans des guerres massives et exécuté des milliers de condamnés, l’Etat se mettrait à euthanasier les personnes dont les vies seraient indignes d’être vécues. Sans oublier l’intérêt des familles à se débarrasser de parents vieux et encombrants sans la moindre culpabilité, dans une opération qui pourrait s’avérer des plus rentables.

Dans un monde où la plupart des crimes de sang se commettent en famille, comment imaginer que cette institution serait la plus à même de se conduire convenablement avec les vieillards impotents ?

D’autres écueils naîtraient moins de l’intérêt égoïste de ceux qui décideraient de faire mourir, mais plutôt de leur bienveillance. Il en est ainsi de l’empathie, ce vice de l’imagination consistant à se mettre à la place de l’autre en y projetant les mêmes attentes que les nôtres.

Une culture de l’euthanasie provoquerait des ravages sur le regard que l’on se porte à soi-même lorsqu’on tombe gravement malade ou qu’on devient affreusement vieux. Quelle valeur donnerait-on au consentement à mourir, lorsqu’on aurait intégré de telles normes sur la valeur de la vie ? Cette pratique s’appuie, d’ailleurs, sur un vice de raisonnement. Puisque notre temps est compté sur cette vallée de larmes, la décision de mourir afin de ne pas souffrir pourrait s’appliquer à chaque nouveau-né. Un partisan cohérent de l’euthanasie devrait espérer la disparition de l’humanité pour lui éviter qu’elle ne souffre. ...

Marcela Iacub
Source : liberation.fr

Injection létale

 

La procédure

États-Unis

Le condamné est installé et sanglé sur une table matelassée. Dans certains États, les tables sont remplacées par des fauteuils, similaires à ceux que l'on pourrait trouver chez un dentiste.

Deux cathéters sont ensuite placés sur son bras, ils serviront à injecter les produits (le second ne sert qu'en cas d'urgence). Le matériel utilisé est stérilisé, car il est possible que le condamné obtienne un sursis même après que les cathéters ont été installés. En général un ou plusieurs techniciens formés sont chargés d'insérer les cathéters et plusieurs autres de préparer et injecter manuellement les produits dans une pièce séparée, dissimulés par un miroir semi-réfléchissant. Une série de trois injections est nécessaire pour exécuter le condamné :

  • la première, un barbiturique, du thiopental sodique ou du pentobarbital, est destinée à anesthésier le condamné. Il provoque l'inconscience en trente à quarante-cinq secondes à dose normale et en dix à forte dose ;
  • la seconde, un curare, du bromure de pancuronium, est destinée à paralyser les muscles, ce produit n'est pas nécessaire pour que l'exécution soit effective, il sert juste à rendre la mort plus digne pour le condamné et les témoins en évitant qu'il ne bouge dans son inconscience ;
  • la troisième, du chlorure de potassium, provoque un arrêt cardiaque.

Ces injections sont chacune suivies par l'injection d'une solution saline pour éviter les mélanges.

Le déroulement de ces trois injections a été durant une certaine période entièrement automatisé au moyen d'un engin mis au point par Fred Leuchter, mais la fiabilité douteuse de l'équipement a entraîné son abandon progressif au profit de l'injection manuelle, réputée plus sûre. De plus, il arrive dans certains cas que des problèmes de dosage surviennent. La personne chargée des injections est alors obligée de recommencer depuis le début. Le condamné décède généralement au bout de sept minutes environ.

Depuis 2009 beaucoup d’États ont abandonné le protocole à trois produits pour adopter un protocole à un seul produit, un anesthésiant injecté à dose létale.

Source : fr.wikipedia.org

 

Inquiétudes au Canada

Le retour de la saignée: bienvenue en 2016

par Aubert Martin, Directeur-général du réseau citoyen «Vivre dans la dignité»,

L'entrée en vigueur officielle des articles de «l'aide médicale à mourir» marque le début de la fin du jugement professionnel et de l'expertise médicale. La médecine au grand complet vient de faire un grand pas en arrière qui aggrave une plaie sociale malsaine: la réponse à la souffrance humaine est trop complexe (et trop coûteuse) pour y faire face.

Dans cette optique, on nous présente «l'aide médicale à mourir» comme la solution ultime à la souffrance humaine, la réponse toute faite à des problèmes apparemment insolvables. Pour ainsi dire, c'est le retour de la saignée. En effet, à une époque moins avancée scientifiquement, la saignée était prescrite pour régler à peu près tous les problèmes dont on ignorait la solution: blessure, douleur, fièvre, dépression, et même par précaution ...

Aujourd'hui, la saignée vient de se trouver une nouvelle vie sous l'appellation «aide médicale à mourir». En effet, quand on observe ce qui se passe ailleurs dans le monde, la même constatation revient toujours: les critères pour avoir recours à l'euthanasie ne cessent de s'étendre, chacun revendiquant son «droit à mourir» pour des raisons personnelles spécifiques dont les détails seraient mis de côté par une loi trop généraliste et discriminante. Résultat: l'euthanasie devient la solution à de plus en plus de problèmes, notamment la dépression et la fatigue de vivre... Nous revoilà donc à la case départ.

Un des revers de l'admiration généralisée devant cette solution ultime à tous les soucis du monde, c'est que les soins palliatifs voient leur crédibilité minée, alors qu'on les pointe du doigt comme étant incapables d'apporter une réponse satisfaisante à la souffrance - à commencer par son personnel soignant qu'on accuse même de vouloir entretenir la douleur pour ses propres bénéfices (!).

Par ailleurs, la médecine tout entière se retrouve également travestie dans ses fondements puisqu'on impose aux médecins une procédure qui serait autrement sanctionnée dans n'importe quelle autre circonstance. Verriez-vous, sans crier au scandale, un chirurgien dire à son patient: «vu le résultat de mes analyses, ce ne serait pas approprié de vous opérer. Par contre, si vous insistez, je connais un autre chirurgien qui acceptera quand même de vous opérer».

À compter d'aujourd'hui, un tel manquement à l'éthique est non seulement cautionné, mais il est même obligatoire dans les cas «d'aide médicale à mourir». Dorénavant, on impose aux médecins qui la refusent, pour des raisons de conscience professionnelle, l'obligation de référer leur patient à une autorité qui trouvera une personne pour faire le travail à leur place. Dans la logique actuelle, cette complicité forcée n'a pourtant rien d'étonnant au regard du fait qu'on associe maintenant «suicide» et «homicide» comme étant deux actions complémentaires.

À ce rythme-là, la subjectivité va bientôt remplacer l'expertise médicale, l'opinion professionnelle sera considérée comme une option parmi d'autres, la misère humaine sera vue comme de l'acharnement thérapeutique, et le désespoir se retrouvera dans le lexique social comme une donnée factuelle à laquelle il faut remédier par la suppression de la vie du désespéré.

Et le tout sera constamment présenté comme un progrès social.
Bienvenue en 2016...

Source : quebec.huffingtonpost.ca

Belgique : Une loi à la dérive

 

Euthanasie : il faut tout revoir !

par Etienne Dujardin et Drieu Godefrifi,

Une opinion d'Etienne Dujardin et Drieu Godefridi, juristes.

Lorsqu’en 2014 débuta le débat parlementaire sur l’extension de l’euthanasie aux mineurs, nous avions émis des réserves sur le mécanisme de contrôle en place, pour les majeurs, depuis 2002.

Rappelons que le contrôle du respect des conditions légales de l’euthanasie relève, en Belgique, d’une commission administrative, la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie. Durant les douze premières années de son existence, cette commission jugea que pas un seul cas d’euthanasie n’avait enfreint les conditions de la loi.

Ce qui est tout à fait possible, à condition de supposer que les médecins belges sont tous des anges. Mais ce cas, on peut se poser la question de la nécessité d’un contrôle, voire même d’une loi : autant s’en référer au jugement divinement inspiré de chaque médecin.

Plus sérieusement, cette commission compte en son sein une majorité d’activistes pro-euthanasie, à commencer par sa co-présidente Jacqueline Herremans, laquelle se déroba à nos propositions de débat public. Depuis 2006, l’ancien sénateur libéral Philippe Monfils, auteur de la loi sur l’euthanasie, demande la démission de l’autre co-président de la commission, Wim Distelmans, en raison de la caution donnée par celui-ci à des violations de la loi. N’est-il pas révélateur que la commission soit aujourd’hui en affaires courantes, ayant de plus en plus de difficulté à trouver des candidats disposés à en cautionner les procédures défaillantes ?

Scoop ! Lalibre.be révélait hier qu’un premier dossier d’euthanasie venait d’être transmis par la commission aux autorités judiciaires. En effet, la télévision australienne a réalisé un reportage sur « Simone », une patiente qui a choisi de mourir parce qu’elle en avait « marre de vivre ». Cela, alors qu’elle ne souffrait d’aucune affection physique ou psychique particulière. Les conditions légales de l’euthanasie n’étaient absolument pas réunies.

Qu’à cela ne tienne ! Simone a trouvé un médecin qui se vante, face à la caméra australienne, de se préoccuper des conditions légales de l’euthanasie comme de sa première seringue, et qui s’est effectivement occupé d’euthanasier Simone. Simone est morte.

Le cas « Simone » n’est que la pointe du sommet de la partie visible de l’iceberg. On estime que 50% des cas d’euthanasie, en Belgique, ne sont pas déclarés du tout. L’autre moitié faisant l’objet, on le constate, d’un « contrôle » qui a tout d’une amusante mascarade.

Le débat sur l’euthanasie est parasité par une confusion : beaucoup de gens pensent qu’une personne qui veut mourir doit pouvoir le faire dans la dignité. Soulignons avec force que ce n’est pas du tout notre sujet.

Le point que nous soulevons est le suivant : est-il acceptable que les médecins se voyent offrir de facto le droit de vie et de mort sur leurs patients, en dehors de tout contrôle effectif ? Ne voit-on pas les dérives vertigineuses dont ce système est gros ?

Il nous semble impératif et urgent d’ouvrir un débat serein sur l’euthanasie telle qu’on la pratique en Belgique. D’autant qu’un arrêt de la Cour constitutionnelle vient de confirmer le travers que nous dénoncions en 2014, soit le fait de s’en remettre de plus en plus à la décision arbitraire du médecin. Le monde entier a le regard rivé sur l’étrange expérience en cours dans notre petit pays, et ses yeux sont éberlués.

Source : lalibre.be

 

Robert Redeker : Sauver la vieillesse !

 

Bienheureuse vieillesse

par Gènéthique, 03/11/2015

Robert Redeker, professeur agrégé de philosophie et écrivain vient de publier Bienheureuse vieillesse, un livre dans lequel il appelle à « sauver la vieillesse de l’élimination, car sans elle, c’est notre civilisation qui risque de s’éteindre ».

Il défend l’idée que notre société ignore que « la vieillesse est libération. Elle débarrasse l’être humain de certains obstacles à sa liberté. La vieillesse est l’âge du bonheur, de la sagesse. » Elle est aussi « une chance : celle de redécouvrir le temps et la consistance des choses ». A l’inverse, notre société est obsédée par la jeunesse qui demeure « le seul âge légitime ». « Nous avons arrêté la jeunesse dans une trompeuse éternité », analyse Robert Redeker.

L’époque actuelle « ne veut de racines ni dans le passé ni dans l’avenir. Elle ne veut être ni redevable ni responsable », construisant un « vide temporel » qui a peur « des vieux », qui sont « la présence du passé, la présence et le présent des racines ». Notre société « refuse la vieillesse », et lui propose l’euthanasie. Mais l’euthanasie « est un mensonge, un mot totalitaire qui contient une contradiction : camoufler une mise à mort en opération humanitaire ». « Généraliser l’euthanasie signe la fin d’une civilisation, celle dans laquelle le ‘tu ne tueras point’ est un principe fondamental. C’est entrer dans une civilisation dans laquelle ‘tuer pour le bien être’ devient la norme. Serons-nous en état d’en fixer les limites ? »

Selon Robert Redeker, « le ‘gérontocide’ peut devenir le génocide du XXIème siècle ». Il prédit que « comme il y a l’avortement de confort, il y aura les euthanasies de confort, comme il y a l’avortement-contraception, il y aura l’euthanasie tranquillisation. Nous nous apprêtons à ouvrir une terrifiante boîte de Pandore ». Robert Redeker propose alors de « résister, par exemple en sauvant la vieillesse ».

par genethique.org

 

La destruction de la société et de notre civilisation

 

par Azulueta, 10/21/2013, extraits

Toujours le même procédé: situations émotionnelles tronquées, ‘sondages’ divulgués après intense formatage de l’opinion publique (les journaux ne disent-ils pas tous la même chose ?), vote en commission ou au Parlement sans examen sérieux des situations concrètes.

Tout cela procède d’une conception éminemment matérialiste de la personne.

Non! Nous ne voulons pas que nos enfants puissent être ‘euthanasiés’, comme des animaux portés à la fourrière.

Il n’y a eu que l’Etat national-socialiste en Allemagne pour entreprendre un tel programme d’euthanasie des plus faibles.

L’Etat prend la place des parents: il souhaite décider de la vie ou de la mort de chacun de nous et commence par les situations de faiblesse: les enfants et les personnes âgées. Il y a une manière particulièrement cruelle de faire comprendre aux autres qu’ils sont de trop. Nos enfants, même handicapés, surtout handicapés, ne sont pas de trop!

Un simple élan de solidarité résout la question : la chaleur de cet élan vers l’autre peut renverser cette logique mortifère qui habite certains de nos groupes parlementaires.

Vous pouvez en faire partie en disant clairement NON à cette logique économique où chacun est évalué en fonction de ce qu’il rapporte à la société. On appelle cela pudiquement « qualité de vie ». Cette ‘qualité de vie’ qui implique la mort (des autres) n’est pas pour nous. Nous pouvons agir, et réussir par notre voix à faire reculer cette implacable logique.

Source : citizengo.org

 

Mourir debout les yeux ouverts

Euthanasie, un débat volontairement étouffé par Mélanie Raphaël-Béthune

par Funéraire Info, 

Alors que la proposition de loi Léonetti / Claeys passe en séance publique au Sénat les 16 et 17 juin prochain, le livre de Mélanie Raphaël-Béthune, « l’euthanasie, un débat volontairement étouffé« ,  offre un éclairage sur comment ce débat a occulté l’avis des citoyens.

Ce livre : un regard sur comment la communication politique a fait oublié le débat démocratique
Construit autour de l’historique de la loi, de la parole politique et la communication sur la question de la fin de vie et de l’aide active à mourir de 2004 à 2014, cet ouvrage montre que le citoyen est le grand oublié dans le traitement de cette question de société.

Une livre sur la gestion et les conditions de la fin de vie, question férocement d’actualité dans notre société. Cette analyse est à la fois l’histoire d’un manque de courage politique et celui de la conquête d’un droit social et d’une liberté individuelle.

Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE, l’auteur, une communicante militante
Convaincue qu’il faut savoir s’engager pour ses valeurs et donner du sens à son travail, elle devient réserviste gendarmerie à 18 ans et militante de l’ADMD à 19 ans. Chargée de communication publique, directrice de campagne municipale en 2014, co-fondatrice / secrétaire et chargée de communication de l’Agora Jeunes en Europe depuis avril 2015.

C’est à l’occasion de son mémoire de master en communication publique et politique à l’UPEC (2013) qu’elle entame ces recherches et ouvre le blog Ecoutez Nous Jusqu’au Bout sur la fin de vie, et commence la rédaction de ce livre.

« Il n’est qu’un sens à l’agonie, celui qui va vers la mort. Il n’est point de retour, il n’existe que des détours offerts par la médecine, pour arriver au même point, au même but, à la mort. »
Mélanie Raphaël-Béthune, p 29, « l’euthanasie, un débat volontairement étouffé »

Source : funeraire-info.fr

 

Il n’y a pas de mort indigne

 

Une mort digne ou indigne ?

par Francis Gimenez, 25/05/2015, extraits

Les partisans de l'euthanasie font des pieds et des mains pour la rendre légale en France. Ils prônent la mort dans la dignité. Je ne comprends pas ce qu'ils entendent par là. Y aurait-il une mort indigne qui serait le pendant de la mort digne. Des vies dignes ou indignes, oui, mais des morts ? Il y a la souffrance physique et morale, mais cela n'a rien à voir avec le concept de dignité.

L'indignité est liée à des actes qui portent atteinte à la morale. Les racistes et les corrompus sont des êtres indignes. La mort, elle, n'est ni digne, ni indigne, elle est simplement et inéluctablement la fin de la vie. Il n'y a pas de mort digne, ni indigne, il y a la mort tout court....

Dans ces conditions parler de mort indigne des malades, incurables aujourd'hui mais peut-être pas demain, qui meurent soulagés de leurs douleurs, entourés des leurs et d'un personnel médical compétent et dévoué, n'a aucun sens.

Francis Gimenez

Source : clicanoo.re

 

Débat faussé


Euthanasie, la mort dans l’âme

 

Fin de vie, soins palliatifs, euthanasie. Depuis la demande de « droit à mourir » de Chantal Sébire en 2008, cette femme de 53 ans atteinte à l’époque d’une tumeur rare, depuis « l’affaire » Vincent Lambert, les médias parisiens, en particulier, n’ont pas cessé de monopoliser le débat afin de l’orienter dans une seule direction : mourir « dans la dignité » est un droit. Comme si cela ne tombait pas sous le sens… Qui souhaite mourir dans « l’indignité » ? Beaucoup de médecins estiment que les médias parisiens ont kidnappé ce sujet. Cette enquête « Euthanasie, la mort dans l’âme », donne la parole à celles et ceux qui ne l’ont, pour ainsi dire, pas eue : médecins, infirmières. Armel Joubert des Ouches s’est rendu à Lille et dans la banlieue de Strasbourg à la rencontre des personnels d’un Centre d’unité de vie : centre où l’on accueille des personnes dans un état pauci-relationnel.

Un reportage d’Armel Joubert des Ouches
11 mars 2015

Source : reinformation.tv

 

Le meilleur des mondes ?

 

Donner la mort, un progrès ?

par Anne De Poortere-Schillings, 22/11/2013

Tous étaient en proie à l’angoisse et hors d’état de se comprendre les uns les autres. Chacun cependant croyait être seul a posséder la vérité et se désolait en considérant ses semblables. Ils ne pouvaient s’entendre sur le bien et le mal et ne savaient qui condamner ou absoudre.

DOSTOIEVSKI : Crime et châtiment

Quelle conception de la mort ?

A côté des réflexions éclairées par le droit, la philosophie, la pratique médicale, à côté des témoignages prenants publiés sur ce site, je pense que les oeuvres d’imagination : romans, films... permettent d’approfondir notre vision de la mort, donc de l’euthanasie. Que nous disent ces ouvres, devenues des classiques ?

Le bien-être garanti

C’était en 1932... Le totalitarisme s’installe en Europe ; celle-ci se prépare sourdement à s’autodétruire. C’est le moment ou l’euthanasie systématiquement pratiquée est montrée pour la premiere fois dans notre culture. Le roman d’Aldous Huxley « Brave New World » (en français « Le meilleur des mondes» ), imagine une société future :“L’État mondial”, baignant dans un bonheur matérialiste sous l’égide de la science. La crainte de la mort n’existe pas : les mourants sont accueillis dans un hôpital spécialisé ou, plongés dans une atmosphere festive, ils reçoivent leur dose létale de “soma”, la drogue qu’ils ont déja consommée durant toute leur vie.  

“Je suis libre de me donner la mort quand je le souhaite.»

Dans l’État mondial, chacun est libre de se donner la mort quand il le souhaite, ainsi que les partisans de l’euthanasie le demandent aujourd’hui. Fin de l’angoisse ? Peut-être, mais à quel prix ? Huxley le dit: le projet d’euthanasie garantie est indissociable d’une vision globale de la société. Dans « le meilleur des mondes », le citoyen qui vient recevoir l’euthanasie dans un lieu prévu a cet effet est conditionné par tout son environnement. La recherche d’un bien-être physique immédiat est son unique horizon. Absence de livres, absence de jugement critique : le citoyen est prêt a tout accepter sans réfléchir.  

Si Huxley a écrit ce roman, c’est bien pour attaquer avec tout le poids de l’ironie le modèle d’une société idéale. Il veut dénoncer ce qui est pour lui un scandale : une mort douce mais abrutissante par laquelle le mourant perd ce qu’il aurait pu avoir d’individualité, ce qui peut lui rester de conscience éclairée par une conception transcendante de l’être humain. Faisant référence a Shakespeare, Huxley souligne le fait que, dans le monde « normal », la mort est une tragédie, liée a une souffrance physique et psychique souvent insupportable. Mais affronter la mort est aussi le point culminant de l’expérience humaine, celui ou l’être humain donne la pleine mesure de sa destinée.

La confusion du langage

Un peu plus tard, dans un autre roman d’anticipation : « 1984 »,  George Orwell annonce l’érosion de la conscience individuelle par un autre procédé. Les dirigeants du monde futur bouleversent purement et simplement le sens des mots à contenu moral ou philosophique. Des slogans apparaissent assimilant la liberté a l’esclavage, l’ignorance a la force... Les fonctionnaires du Ministère de la Vérité passent leur temps a réécrire l’histoire en fonction des contraintes politiques, ceux du Ministère de l’Amour arrêtent et torturent les opposants.

Il s’agit certes de la situation extrême qu’un pamphlet peut se permettre de montrer. Mais, dans le débat sur l’euthanasie, les mots ne changent-ils pas de signification selon celui qui les emploie ? Le sens du mot « liberté » tel que reconnu par les droits de l’homme et utilisé par les partisans de l’euthanasie (« Je suis libre de me donner la mort ») coexiste avec le sens moral du même mot utilisé par le camp opposé : la « liberté » est ici le fait d’agir conformément a la raison et a la morale. Que dire alors du mot « dignité » ? Comme le montre Xavier Dijon1, la dignité est inhérente a notre nature humaine ; mais, lorsque les partisans de l’euthanasie évoquent « le droit de mourir dans la dignité », c’est un autre sens du mot « dignité » qui est utilisé ; la dignité est liée ici à l’image que le mourant donne de lui-même aux autres et à lui-même, à la maîtrise qu’il a sur lui-même. Ces multiples significations d’un même concept sont presque aussi anciennes que le concept lui-même. En l’occurrence, elles demandent à être clarifiées avant d’entamer une réflexion. Sans cela, exactement comme dans la société de « 1984 »,  la confusion du langage ouvre la porte à la manipulation des consciences.

Et l’écologie dans tout cela ?

Pour minimiser l’empreinte de l’homme sur la terre, pourquoi ne pas recourir à l’euthanasie ? Le cinéma s’est déjà saisi de ce thème. La surpopulation, les difficultés économiques, l’épuisement des ressources naturelles ne devraient-ils pas amener la société a gérer de façon rationnelle le vieillissement de sa population ? « Soleil vert »2 montre brutalement comment affronter ces questions. En 2022, le monde est tellement pollué que la seule nourriture disponible est le « soleil vert », prétendument fabriqué a partir de plancton. La vérité est tout autre : l’euthanasie est pratiquée pour contrôler la surpopulation ; le « soleil vert » est fabriqué a partir du recyclage des cadavres humains.

S’agit-il d’un cauchemar ? L’un des rôles de l’art n’est-il pas de nous sensibiliser aux changements culturels, de nous montrer l’avenir que nos choix actuels préparent ?

Quatre-vingts ans plus tard...

Quatre-vingts ans plus tard, la perspective du « Meilleur des mondes » s’est inversée au point que la mort donnée par un être humain à un autre peut être présentée comme un acte d’ «Amour». Quatre-vingts ans pendant lesquels, imperceptiblement, le rouleau compresseur du conformisme social a rongé toute velléité de réflexion critique, a tenté de culpabiliser ceux qui veulent encore se référer a des valeurs transcendantes. A l’instar des reportages télévisés ou des publicités, des films travaillent nos émotions, nous poussent petit a petit a envisager des changements radicaux de société a partir d’exemples particuliers. « Mar adentro»3, « La belle endormie »4 éveillent la compassion pour les malades condamnés a une existence végétative.  Sans être un film à thèse, « Amour »5 montre la mort donnée comme l’acte qui s’impose face a un conjoint victime d’un AVC. Supprimer les êtres jeunes ou vieux, seuls, fragiles, diminués au lieu de les accompagner, ce n’est pas promouvoir la dignité humaine. C’est accepter la contagion du délabrement moral sur laquelle Hannah Arendt attire l’attention des 1950.

Bruxelles, 2032

La loi sur l’euthanasie de 2002 étendue en 2013... Quelle est la prochaine étape ?  Imaginons un instant :  

Nous sommes en 2032. La situation économique reste mauvaise. La Belgique cherche encore à réduire son budget. Monsieur X., 40 ans, rend visite à son médecin
parce qu’il s’inquiète d’un grain de beauté sur le dos qui commence à changer d’aspect. Il se sent fatigué, inquiet. Après les examens et analyse d’usage, le médecin diagnostique un mélanome et des métastases. Le médecin estime devoir dire la vérité a son patient : statistiquement, l’espérance de vie de monsieur X est de trois mois. Le médecin ajoute : « Vous avez déjà rempli votre déclaration anticipée d’euthanasie n’est-ce pas ? » Non, monsieur X. était loin de souhaiter cette issue brutale. Bouleversé par la nouvelle qu’il vient de recevoir, monsieur X. n’est pas en mesure d’évaluer sa situation. Il remplit le formulaire qu’on lui tend...

L’information concernant le cancer de monsieur X est encodée dans le réseau de la sécurité sociale. Elle est ensuite reprise par le comité de suivi de la nouvelle loi sur l’euthanasie. Ce comité estime que soigner le malade couterait trop cher étant donné ses chances de survie. Les soins palliatifs ne sont accessibles qu’aux malades ayant souscrit une assurance complémentaire ; ce n’est pas le cas de Monsieur X. qui, âgé de 40 ans, croyait que l’accès aux meilleurs traitements du cancer lui était garanti. Le comité de suivi de la loi sur l’euthanasie fait alors suivre le dossier a la police de la dignité qui prendra en charge le malade pour qu’il puisse être euthanasié.

 Nous n’en sommes pas là, pas encore...Face à la perspective d’une société déshumanisée, sans idéal, un retournement reste possible. C’est a chacun de le faire advenir.

Anne De Poortere-Schillings

1 Xavier Dijon : Droit naturel, Tome I, Paris, PUF, 1998
2 Richard Fleischer : Soleil vert, 1973
3 Alejandro Amenabar : Mar adentro, 2004
4 Marco Bellocchio : La belle endormie, 2008
5 Michael Haneke : Amour, 2012

Source : euthanasiestop.be

 

Chantal Delsol : Une loi pour endormir les consciences

 

Euthanasie : « Quand la loi remplace la conscience »

par

Chantal Delsol, 27/03/2015, extraits

Valeurs d'avenir. Chantal Delsol est philosophe, membre de l’Institut. « On demande à l'Etat de dire le Bien pour éviter l'angoisse de décider », déplore-t-elle.

La question de la fin de vie interroge et parfois met en cause les principes fondateurs. ...

Les débats autour de cette question marquent avec acuité les métamorphoses des mentalités dont nous sommes les acteurs et les témoins.

Curieusement, on observe ici à la fois une radicalisation de l’individualisme et un effacement de la conscience personnelle. L’individu souverain voudrait avoir désormais la maîtrise totale de son destin : puisque je dois encore mourir (pas pour longtemps, nous promet le posthumanisme), au moins que je sois sûr d’en choisir le moment.

La loi morale élémentaire, antique et universelle, « Tu ne tueras pas », se donne partout des exceptions. Dans toutes les sociétés, ce sont la guerre et la peine de mort : les sociétés s’estiment fondées à tuer ceux qui les menacent. La modernité tardive, qui rejette avec dégoût la peine de mort et la guerre, et simultanément légitime l’IVG, même à un stade avancé de la grossesse, et l’euthanasie, marque par là la métamorphose des critères. Ce n’est plus la survie ou la sécurité de la société qui peut légitimer une exception au « Tu ne tueras pas », mais le refus de la souffrance individuelle (physique ou psychique).

Les lois sur la fin de vie vont cependant plus loin que ce déploiement de la souveraineté individuelle. Outre qu’elles traduisent un déplacement des critères de valeur, elles traduisent aussi un rabaissement de l’idée de conscience personnelle.

Les principes moraux élémentaires sont surplombants ; et pourtant toujours récusables par la conscience personnelle, dans des cas tragiques et au prix d’un débat intérieur. Les cas d’euthanasie existent et ont toujours existé. Dans des situations si singulières et si graves, des consciences individuelles prennent une décision. Mais on voudrait que cette exception au « Tu ne tueras pas » soit légalisée, qu’elle ne soit plus à la merci de la conscience personnelle. On voudrait que les individus jetés dans ce drame puissent appliquer une loi et ainsi s’exempter de l’angoisse de se prononcer, de la responsabilité et des éventuels remords. Le cas est le même pour l’IVG, pour laquelle nous recherchons toujours plus de loi déterminante, toujours moins de réflexion individuelle. Il y a là une récusation du tragique humain, une volonté de passer à la toise de la loi les situations les plus complexes. Dans les directives anticipées aussi, c’est la conscience personnelle qui se trouve dévalorisée, contrairement à ce que l’on pense : car je ne peux jamais préjuger de ce que je déciderai en situation limite ; dans cette situation, sans doute trouverai-je des ressources dont aujourd’hui je n’ai même pas idée ; une personne n’est pas une essence immuable, mais une entité en perpétuel développement.

La demande de légalisation toujours plus précise indique la persistance du positivisme juridique, déjà si présent au XXe siècle : la morale, ce ne serait rien d’autre que la loi positive, et ce qui est permis par la loi serait forcément bon — que l’État dise le Bien et nous ne nous poserons plus de question ! Au fond, nous voulons peut-être oublier que l’éthique traduit un perpétuel débat intérieur et extérieur — qu’elle engage notre responsabilité de personne libre, bien davantage que notre docilité de citoyen. ...

Les voix continuent à s’élever pour que nous adoptions les lois de certains pays voisins sur le suicide assisté. Ce qui est en jeu, c’est le maintien ou la récusation de la culture de vie qui anime le judéochristianisme depuis les origines, et pas seulement le sacre de la volonté individuelle. Car la Belgique en est déjà à programmer l’euthanasie des malades inconscients et des enfants : on bascule vite de l’« eugénisme libéral » (Habermas) à la suppression des “hommes en trop”. Pour nous tenir à cet équilibre précaire et éviter de tomber dans des extrêmes qui nous répugnent, il nous faudra argumenter sans cesse et demeurer nous-mêmes dans la modération.

Source : valeursactuelles.com

 

Jean-Frédéric Poisson : Personne ne doit mourir seul

 

Pourquoi la loi sur la fin de vie risque d'affaiblir les soins palliatifs

par Anne-Laure Debaecker, 17/03/2015 à 20:50

FIGAROVOX/ ENTRETIEN - Alors que la proposition de loi portée par Alain Claeys et Jean Leonetti a été largement adoptée à l'Assemblée, Jean-Frédéric Poisson, auteur de Personne ne doit mourir seul prône un renforcement des soins palliatifs en France.


Titulaire d'un doctorat de philosophie Jean-Frédéric Poisson est député des Yvelines et élu local. Il est également président du Parti chrétien-démocrate. Auteur de plusieurs ouvrages sur les questions bioéthique et sur la dignité humaine, son dernier livre Personne ne doit mourir seul vient de paraître aux éditions universitaires.


Le titre de votre livre reprend ce que vous désignez comme le principe fondamental des soins palliatifs «la vie humaine est digne jusqu'au dernier instant, par conséquent personne ne doit mourir seul». Cependant, les patients qui se font euthanasier ne meurent pas seuls puisqu'on les «aide à mourir». De quelle solitude parle-t-on finalement?

Effectivement, dans une démarche d'euthanasie on est par définition accompagné: c'est une autre personne qui administre la dernière piqure. Mais la mécanique du suicide assisté ressemble à celle de l'accompagnement seulement en apparence. Cette mécanique consiste en effet à accepter l'idée que la mort est une affaire personnelle, comme le souligne le titre du livre du président de l'ADMD: Ma mort m'appartient. En fin de compte nous aurions le droit d'aménager notre mort exactement comme nous le souhaitons, y compris d'ailleurs si autour de nous personne n'est d'accord sur cette façon que nous avons choisi de mourir. Ce suicide assisté relève en réalité d'une solitude abyssale puisque l'on se fait complètement propriétaire d'un évènement qui a un caractère collectif.

La mort de chacun d'entre nous interpelle l'ensemble du corps social, même si nous n'en avons, évidemment pas conscience, dans la mesure où chaque décès nous replace dans notre condition d'homme mortel. Sa dimension sociale est donc évidente. A chaque fois que celle-ci est écartée, on replace l'homme devant l'une de ses plus profondes angoisses: mourir seul.

L'euthanasie apporte une réponse extrêmement partielle, pour ne pas dire illusoire à cette angoisse alors que les soins palliatifs, dans la mesure où ils consistent à accompagner jusqu'à la dernière seconde, garantissent à chacun qu'il ne mourra pas dans la solitude. Cet accompagnement se fait que la personne soit consciente ou pas, c'est ce qui est émouvant dans cette pratique. Cela relève d'une logique très différente de celle du suicide assisté.

Vous évoquez également une «société post mortelle», «où la mort passe du statut du socle ontologique à celui de contingence historique». Comment cette société se caractérise-t-elle ? Quel impact sur les soins palliatifs ?

Cette expression vient d'une sociologue canadienne, Céline Lafontaine, qui observe que l'on fait de plus en plus miroiter à nos contemporains la perspective d'une vie qui n'aurait pas de fin. Cette offre alléchante s'obtiendrait de plusieurs façons: soigner le corps humain pour que sa vie se prolonge sans cesse, les fameuses piqures anti-vieillissements par exemple, substituer par clonage des organes ou encore robotiser petit à petit le corps humain -ce qu'on appelle le transhumanisme.

Cette tentation de vaincre la mort est une tentation éternelle, c'est l'histoire de l'homme au fond. L'illusion selon laquelle la condition humaine pourrait se débarrasser de la mort parce que celle-ci n'aurait rien d'inéluctable. Si nous sommes encore mortels c'est parce que nous n'aurions pas découvert le moyen scientifique de ne plus l'être. Nous n'acceptons ainsi plus l'idée que la condition humaine soit limitée et nous cherchons tous les moyens pour en sortir. La société post mortelle -à laquelle nous n'arriverons pas car c'est une utopie- entretient l'illusion que nous aurions les moyens de tout simplement supprimer la mort.

Les soins palliatifs, au contraire, ont adopté comme un principe de soin et de relation avec les patients le fait que la mort est inéluctable et qu'il faut la traiter parce qu'on ne pourra s'en débarrasser. C'est une posture inverse de celle adoptée par une société «post mortelle».

Pourquoi politiser le débat sur la fin de vie?

Nous y sommes contraints. La manière de politiser ce débat, particulièrement ces jours-ci, n'est pas la meilleure façon de le faire puisqu'elle consiste à mettre dans le champ partisan des débats publics un sujet qui ne devrait pas y figurer.

Mais à partir du moment où le débat public existe, où ces questions sont dans l'espace public, il y a une forme de politisation qui est faite. La mort est un phénomène collectif par essence car elle rappelle au corps social à la fois la limite de la condition humaine et le replace devant un certain nombre de ses obligations à l'égard des mourants. Puisque celles-ci sont des devoirs collectifs, il y a un moment où la société doit s'en saisir. Et quand la société se saisit de ses propres devoirs, on est dans le débat politique.

On pourrait croire que la question de la fin de vie n'est qu'une question de personne «ma mort est mon affaire», mais en réalité en la considérant ainsi on participe à la déstructuration du corps social.

Certains considèrent l'euthanasie comme un complément des soins palliatifs. Que vous inspire cette position?

Cette position est celle, à peu près constante, tenue par le Parti Socialiste. Manuel Valls avait soutenu sa proposition de loi pour légaliser l'euthanasie en 2009 en affirmant que l'offre de santé publique sur la fin de vie n'était pas complète, dans la mesure où il manquait la mécanique par laquelle chacun devrait pouvoir demander à être suicidé si c'était son choix personnel. On a un peu moins entendu cet argument dans les débats de ces dernières semaines, néanmoins il y a toujours cette idée que la liberté personnelle ne peut pas s'exercer de manière complète si elle ne dispose pas d'un éventail complet de «services» et qu'il faut donc compléter l'offre de soin par la légalisation du suicide assisté. Vouloir associer euthanasie et soins palliatifs est pourtant antinomique : ces pratiques relèvent de philosophies et de relation entre patients et soignants radicalement différentes.

Le gouvernement n'a fait aucun effort depuis trois ans pour développer les soins palliatifs. Leur développement pourrait en effet manifester de manière formelle qu'il n'y aurait plus besoin d'une autre offre de santé, dans la mesure où la pratique palliative répond à toutes les angoisses que peuvent éprouver des personnes en fin de vie -si elles sont prises en charge de façon correcte et généralisée, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. En développant l'offre palliative comme objectif prioritaire de santé publique, il y aurait le «risque» de rendre inutile toute forme de légalisation du suicide assisté et je pense que c'est ce qui a poussé le gouvernement à cesser tous les efforts dédiés à la mise en œuvre de soins palliatifs.

Le dernier rapport de la Cour des comptes a effectivement dénoncé un retard français dans le développement des soins palliatifs. Ce retard serait-il donc imputable à des motifs idéologiques?

Il y a aussi des contraintes budgétaires qu'il ne faut pas ignorer: dans une société plus riche, les choses seraient peut-être allées plus vite.

Les soins palliatifs ne sont pas qu'une pratique médicale, c'est la thèse que je soutiens dans mon livre. Au-delà d'un simple soin, c'est une anthropologie, une vision de l'homme, des rapports sociaux et une philosophie assez précise. Cette philosophie est sensiblement différente de celle que la majorité actuellement au pouvoir défend la plupart du temps.

Pour vous, le rapport Clayes-Leonetti sur la fin de vie, adopté aujourd'hui à l'Assemblée nationale, peut porter un «rude coup» aux soins palliatifs, de quelle façon?

Le fait que la sédation terminale profonde se généralise et soit facilitée par ce texte entraine le risque que celle-ci s'impose petit à petit au détriment des soins palliatifs. Cette substitution serait facilitée par le fait que l'on propose au personnel médical une solution qui est beaucoup moins contraignante, plus facile à mettre en œuvre et qui sollicite beaucoup moins de moyens cliniques. Plus prenante psychologiquement et financièrement, la pratique des soins palliatifs deviendrait moins attractive que l'apparente bonhomie et la simplicité de la sédation. L'adoption de cette mesure apporte donc un risque d'affaiblissement de la culture palliative.

La première urgence, et c'est un des objectifs de mon livre, c'est de propager cette culture des soins palliatifs pour que tout le monde la connaisse et que chacun sache que nous sommes tous en situation d'exiger, si c'est notre foi personnelle, d'être accompagné par une unité de soin palliative lorsque nous serons en fin de vie, car la culture palliative est l'une des plus importantes manifestations d'humanité dans le monde d'aujourd'hui.

Source : lefigaro.fr

 

Paulina Dalmayer : Voudrait-on nous endormir ?

 

L’Euthanasie sur France 2 : plus belle la mort ?

Voudrait-on nous endormir ?

par Paulina Dalmayer, 15/03/2015

 Le patriarche décide d’en finir. Il a bâti un empire dans le domaine de la pâtisserie artisanale. Il a élevé trois enfants. Il aime la même femme depuis quatre décennies. Il a courageusement lutté contre un cancer. Mais là, il en a marre. Il décide donc de mourir debout, dans la dignité comme il dit, et comme disent tout ceux qui militent en faveur de la légalisation de l’aide active à mourir. Voilà en substance le synopsis du film Des roses en hiver, programmé en première partie de la soirée que France 2 a consacré hier au sujet de la fin de vie. On ne gâchera pas le suspense – il y en a rarement dans les productions télé diffusées aux heures de grande audience – en disant qu’au final l’octogénaire meurt chez lui, naturellement, dans les bras de son épouse bien aimée et bien aimante, à quelques jours de la date qu’il avait choisie pour son départ en Suisse. Grâce à ce dénouement, France 2 a pu habilement ménager son statut de chaîne publique, en s’attaquant à un problème de société majeur sans heurter la sensibilité de certains téléspectateurs et sans faire la promotion de pratiques illégales. Marc Lévy n’aurait pas mieux fait. Sauf que la vie, et surtout la fin de vie, ressemblent rarement à un téléfilm.

En témoignait avec beaucoup de verve Emmanuèle Bernheim dans son décapant récit Tout s’est bien passé (Gallimard, 2013), qui raconte le départ rocambolesque de son père malade pour le pays des Helvètes où, on le sait, on peut bénéficier d’une « mort douce » moyennant la modique somme de 10.000 euros. Quand bien même ce prix du passage à trépas dans la dignité est réservé aux happy few, nous autres aurions tort de les envier. En effet, ce n’est pas dans une chambre avec vue sur le lac que meurent les clients étrangers des associations d’accompagnement au suicide, mais plutôt dans des garages aménagés ou dans des bâtiments industriels, à l’instar du père de Jed Martin, le héros de Houellebecq dansLa carte et le territoire. Il n’est toutefois pas question ici de jeter la pierre à nos voisins suisses. Si la vue, ou plus précisément l’absence de celle-ci, nous froisse et si nous trouvons le forfait trop élevé, nous n’avons qu’à nous débrouiller avec nos malheurs et nos cancers en phase terminale. Inutile de dire qu’on n’y arrive pas.

Les choses n’iront pas mieux quand bien même la nouvelle proposition de loi sur la fin de vie, dont débat actuellement l’Assemblée nationale, serait votée. Son co-auteur, Jean Leonetti, présent sur le plateau lors de la discussion qui a suivi la projection du film, est probablement le dernier à croire le contraire. On dirait même que le député UMP a acquis une forme de dignité, dans son obstination déraisonnable à défendre un texte qui semble avoir pour principale qualité de pousser l’art de la nuance à son sommet. Si le projet devait passer, nous aurions en France la possibilité, en cas de maladie grave et incurable, de demander une sédation « profonde et continue » jusqu’au décès, accompagnée de l’arrêt de tout traitement de maintien en vie. Et ce, qu’il s’agisse de techniques invasives de réanimation, de traitements antibiotiques ou de nutrition et d’hydratation artificielles. La loi de 2005 en vigueur offre à peu de détails près une option identique. Certes, il serait désormais impossible de réveiller un patient une fois sédaté, ce qui est le cas à présent, du moins en théorie. Mais justement cette alternative théorique, appelée par certains médecins « le dogme de la réversibilité », marquait symboliquement la différence entre une sédation et une euthanasie. En l’abandonnant, comment nommera-t-on l’acte d’endormissement aussi profond qu’il devient irréversible, sinon euthanasie ? Une « troisième voie », selon le député PS Alain Claeys, l’autre corédacteur de la proposition de loi, laquelle écarte formellement tout recourt à l’euthanasie et au suicide assisté. Reste à savoir si les Français voudront l’emprunter, tant elle paraît sinueuse. En outre, dans la mesure où aucune loi relative à nos fin de vie – ni celle de 1999 qui devait garantir à chacun un droit d’accès aux soins palliatifs, ni celle de 2005 qui promettait de bannir la pratique de l’acharnement thérapeutique – n’a été appliquée, on s’interroge légitimement sur la démarche du législateur.

Depuis des décennies, on nous rabâche que les résultats des sondages d’opinion qui démontrent l’appui massif des Français à la légalisation de l’euthanasie ne démontreraient en réalité que leur ignorance en la matière. Ce n’est pas entièrement faux. Un des fils du vieil homme, dans Des roses en hiver, apprenant le souhait de son père, pose d’ailleurs la question : « Comment ça se passe alors ? » La veille, depuis la tribune à l’Assemblée nationale, Jean Leonetti a rappelé, non sans raison, que « ça » se passe toujours de façon violente, puisque la mort est un arrachement. Reste que pour beaucoup d’entre nous et de nos proches, « ça » pourrait se passer moins violement si nous n’étions pas obligés, par peur justifiée d’être mal ou pas du tout soulagés en France, de nous exiler pour mourir sans souffrance physique. « Ça » pourrait même se passer sans violence, si tous les Français qui en ont besoin avaient l’opportunité de profiter des soins palliatifs. Ils ne sont que 20 % à en bénéficier et souvent dans les tous derniers jours ou instants de vie. Il faudra encore attendre une trentaine d’années pour que cette couverture soit étendue à tous les mourants nécessitants. Qu’il nous soit alors permis de croire naïvement qu’en Suisse « ça » se passe dans des chambres avec vue sur le lac et de continuer de réclamer, à travers les sondages, que « ça » se passe de la même manière en France aussi.

Paulina Dalmayer

 

Bruno-Nestor Azérot : Se battre contre toute loi légalisant l’euthanasie

 

Bruno-Nestor Azérot : « Je me battrai contre toute loi légalisant l’euthanasie »

par Antoine Pasquier, 16/03/2015 

À la veille du vote de la proposition de loi sur la fin de vie, défendue par Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS), le député-maire divers-gauche de la Martinique annonce qu’il votera contre ce texte en toute conscience.

Quelle sera votre position lors du vote de la proposition de loi sur la fin de vie, le 17 mars ?

Toute vie humaine doit être respectée. Si on ne choisit pas d’être malade, on peut désirer être soigné. Un malade doit être soigné jusqu’à la dernière limite. Le fait d’euthanasier me dérange énormément. C’est pour cette raison que je voterai contre cette proposition de loi.

Qu’est ce qui vous dérange dans ce texte ?

Le problème essentiel, c’est le risque de dérives liées à la sédation. On connaît le résultat quand on ne nourrit pas un être humain : il meurt. Pour moi qui a eu à côtoyer de nombreux malades, j’ai souvent pensé, à un moment donné, qu’ils allaient mourir car ils étaient arrivés à la limite. Or, ils sont toujours vivants. Tant qu’il y a vie, il y a de l’espoir. Je crois absolument nécessaire, et c’est le rôle du politique comme celui de la médecine, d’accompagner les personnes et espérer avec elles qu’elles puissent guérir.

Je crois absolument nécessaire, et c’est le rôle du politique comme celui de la médecine, d’accompagner les personnes et espérer avec elles qu’elles puissent guérir.

Manuel Valls comme Marisol Touraine ont laissé entendre que ce texte ne serait qu’une étape… Faut-il s’en inquiéter ?

Lorsque les ministres s’expriment, on peut considérer que nous sommes déjà dans une étape vers un autre objectif. Cependant, nul ne peut prédire qui sera au gouvernement demain. Si aujourd’hui, il y a une volonté forte de la gauche sur l’euthanasie, rien ne nous dit que demain, la droite ne poursuivra pas ce même objectif ! Pour ma part, je crois que cette question n’est pas un débat de droite ou de gauche. Demain, si je suis toujours élu sur les bancs de la gauche ou sur quel que banc que ce soit, je me battrai contre tout projet de loi légalisant l’euthanasie. Je suis de confession catholique, je crois en des paroles fortes et c’est ma foi qui m’oblige à prendre cette position-là.

Je suis de confession catholique, je crois en des paroles fortes et c’est ma foi qui m’oblige à prendre cette position-là.

Plusieurs amendements ont été déposés par des députés de gauche pour légaliser une aide active à mourir. L’euthanasie n’est-elle pas contradictoire avec les valeurs de la gauche ?

Cette question divise la gauche. C’est pourquoi je fais appel au plus grand nombre de députés, quel que soit leur banc, à faire appel à leur conscience car demain, eux-mêmes peuvent être confrontés à la fin de vie d’un proche. J’ai choisi de siéger au groupe Gauche démocrate et républicaine, car les 15 parlementaires y ont une liberté de parole et de vote. C’est pour cette raison que je peux parler avec autant de liberté.

Ne vous sentez-vous pas seul à porter ce message dans votre camp ? D’autres députés partagent-ils votre sentiment ?

Les choses sont bien plus nuancées que cela. Rappelez-vous le mariage pour tous. J’ai fait un focus sur ce projet de loi à l’époque. Mes propos d’alors ont été salués par un grand nombre de députés de gauche qui ne pouvaient pas tenir ce type de discours du fait de leur appartenance à un groupe parlementaire. Ils subissaient des pressions. Aujourd’hui, nous sommes dans le même cas de figure. Tôt ou tard dans nos circonscriptions, nos populations nous rappellent à l’ordre et nous redisent les valeurs sur lesquelles nous devons asseoir nos politiques. Nous sommes élus par ces populations. Nous devons œuvrer avec elles et pour elles. Lorsque je m’exprime à l’Assemblée, je le fais en toute cohérence avec ma population. C’est d’ailleurs elle qui me demande de parler comme je le fais ici.

Plusieurs rapports ont souligné la grande disparité des soins palliatifs sur le territoire national. La Martinique est-elle encore plus dépourvue que les autres départements français ?

La Martinique est beaucoup plus dépourvue de soins palliatifs à cause de l’éloignement de la métropole, et donc du centre d’approvisionnement. La volonté martiniquaise est de faire en sorte que, de toutes les manières, les soins palliatifs arrivent jusqu’à nous avec la dimension nécessaire pour soigner jusqu’au bout. 85 % de la population martiniquaise est croyante. L’accompagnement des personnes malades est une évidence pour elle.

Antoine Pasquier

Source : famillechretienne.fr

 

Le député Jacques Bompard s’exprime

 

Nouvelle étape vers la légalisation du suicide

par le député Jacques Bompard, 12/03/2015, extraits

Je pourrais prétendre douter des équivoques présentes dans la loi dite « nouveaux droits pour les patients en fin de vie ». Je pourrais jouer une comédie demandant des précisions sur un texte dont chacun sait bien qu’il promeut une euthanasie qui ne dit pas son nom. Simplement cette stratégie n’a qu’un lendemain : l’échec. ....

Entendre parler d’une « fin de vie digne et apaisée » (article 1), sous-entend que les rédacteurs de cette loi s’arrogent le droit de déterminer ce qu’est la dignité et donc la valeur d’une vie. Est-il simplement concevable que l’ubris politicienne ait atteint ces proportions qui rappellent les pires heures de la Terreur jacobine ou des grands totalitarismes ?

Certes, c’est le rôle d’un homme politique que de dire combien la notion de sédation terminale demeure imprécise. Certes, c’est le rôle d’un défenseur des lois naturelles de rappeler que l’alimentation et l’hydratation ne sont pas sujets à interprétation mais sont des dus pour toute personne en fin de vie. ...

Aussi faut-il rappeler que nous pourrons tous être Vincent Lambert et voir les tiraillements familiaux et juridiques décider de notre droit à la vie.... ...

Source : lesalonbeige.blogs.com

 

Emmanuel Hirsch : le piège d’une mort sous sédation

 

Mourir par sédation ou l’idéologie du « bien mourir »

Opinion de Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris Sud, 19/02/2015

Notre société fait le choix de légaliser une autre approche du mourir. À défaut d’être en capacité – comme certains y prétendaient hier – de « changer la mort », voir de la « maîtriser ». Il convient désormais d’intégrer le modèle d’une « bonne mort », d’un « bien mourir » opposé à cette conception du « mal mourir », figure emblématique de l’inacceptable, de l’insupportable que l’on se contente de fustiger. Car il est plus avantageux d’ériger des symboles que de s’investir au quotidien pour qu’évoluent les mentalités et les pratiques contestées depuis plus de trente ans par ceux qui assument la responsabilité politique de l’humanité du soin jusqu’au terme de la vie.

Les postures compassionnelles et les résolutions incantatoires imposent leurs règles. La discussion est close. Un dernier espace est concédé pour peu de temps aux disputations sémantiques attachées à ne pas encore assimiler la sédation profonde et continue à l’euthanasie. Le souci de la forme ne dissimule pas pour autant les intentions de fond. Il n’est pas convenable aujourd’hui d’entacher du moindre soupçon un consensus acquis après des années de concertations dont notre pays, affirme-t-on, sort « apaisé » et bénéficiaire de « nouveaux droits » (directives anticipées opposables, sédation profonde et continue).

À défaut d’être en capacité d’intervenir sur le « bien vivre », ce « vivre avec » revendiqué comme un droit fondamental par les personnes malades et leurs proches, nos responsabilités se sont figées dans la préoccupation de leur assurer un « bien mourir ». Les règles du « vivre-ensemble » s’étendront demain à l’administration – reconnue comme un droit – d’une sollicitude active dans la mort. Car la fin de vie n’est plus perçue que dans ses expressions les plus extrêmes. Comme une « souffrance totale » estimée incompatible avec une certaine idée des droits de la personne. Après avoir asséné comme une vérité l’inapplicabilité de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, le « mal mourir » s’est imposé comme une évidence scandaleuse justifiant sans plus attendre l’intervention du législateur. Peut-on encore affirmer qu’à ce jour en France – en institution ou au domicile – on meurt aussi et de manière majoritaire accompagné dans la dignité et le respect, et qu’aucune loi n’encadre, fort heureusement, ces approches en humanité ?

Il n’est plus l’heure de se soucier de l’état d’esprit que révèle, face à tant d’autres défis politiques et sociétaux, l’urgence législative « à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Les dépositaires de la sagesse publique se sont prononcés à ce propos de manière définitive, adossés à l’habileté de stratégies politiques parvenues de manière consensuelle à leurs fins. L’impatience est telle que l’on devient indifférent aux conséquences de ce qui se décide aujourd’hui, alors qu’il est tant question de lien social, de « valeurs qui font société », notamment là où les vulnérabilités humaines en appellent à nos solidarités.

« Éviter toute souffrance et ne pas prolonger inutilement sa vie », récapitule dans une prescription lapidaire nos devoirs d’humanité à l’égard d’une personne atteinte « d’une affection grave et incurable ». Face au « mal mourir » qui est l’expérience d’une souffrance existentielle profonde et complexe, notre souci de dignité se satisfera désormais de la perspective d’un « traitement à visée sédative et antalgique ». Peut-on encore soutenir que nos responsabilités auprès de celui qui souffre engagent autrement que la seule indication d’une sédation profonde, continue, terminale, voire euthanasique ? Lui témoigner notre considération et le soutenir, n’est-ce pas être auprès de lui et de ses proches lorsque l’exigence de confiance tient à la qualité d’une présence vraie et à la promesse de ne pas déserter ? N’est-il pas de l’ordre de nos obligations que d’être en capacité d’une mobilisation politique qui permette à chacun de parvenir au terme de son existence sans avoir été contraint à faire le deuil de sa dignité et de sa citoyenneté ? Au point de ne plus attendre de la société que l’acte d’une mort par compassion, d’une mort sous sédation, d’une mort médicalisée.

De quelles valeurs procède ce recours à l’anesthésie pour éviter toute exposition à notre finitude, à notre humanité ? Qu’en est-il du courage promu d’une mort « choisie », « autonome », ramenée au protocole d’un endormissement morphinique sous contrôle médical ? Qu’en est-il d’une mort « dans la dignité » invoquée comme « ultime liberté » par ceux qui en délèguent l’office à une procédure administrative et à un acte médical ?

L’idéologie du « bien mourir » imposera demain des normes, un « bien faire » qui visent l’abolition de toute exigence de questionnement, la délivrance des tourments existentiels comme des souffrances, et proposeront le cérémonial « apaisé » d’un dispositif encadré par la loi. Est-ce ainsi que s’entend la vie démocratique en termes d’humanité, de dignité et de responsabilité ? Il n’est pas certain que cette nouvelle législation de la « mort choisie » voire « revendiquée » n’ajoute pas à nos vulnérabilités sociales des souffrances inapaisables.

Source : la-croix.com

 

Emmanuel Bourceret : le réconfort humain aupres du mourant, symbole de la présence de Dieu

Euthanasie : soulagez ma douleur, écoutez moi

par Emmanuel Bourceret, 07/07/2014

Le débat autour de l’euthanasie a tendance à réduire la liberté du malade à un choix impossible : acharnement thérapeutique ou euthanasie. Dans les deux cas, cela revient à lui « voler » sa propre mort, en refusant au malade ce dont il a le plus besoin : une écoute de sa souffrance, une présence d’amour et un accompagnement spirituel.

Dans bien des cas, la demande d’euthanasie « Faites-moi mourir » peut en effet être traduite par : « Soulagez ma douleur et écoutez-moi ». Si l’on satisfait à ces deux besoins, la demande du malade n’est très souvent pas réitérée. Cette réponse au cri de souffrance est notamment celle des soins palliatifs.

Le réconfort humain, signe de la présence de Dieu

La deuxième demande du malade souffrant est de ne pas rester seul. Plus que jamais, il a besoin d’une présence discrète, aimante et réconfortante. « Une société qui légitimerait l’euthanasie chercherait sans doute à échapper à l’un de ses devoirs les plus élémentaires : celui de la fraternité humaine avec les plus pauvres de ses membres » (encyclopédie Théo). Ce réconfort humain est d’autant plus essentiel qu’il symbolise la présence de Dieu et la rend visible aux yeux des incroyants.

Voilà qui nous amène à la troisième demande du malade, celle du sens de la vie qui éclaire les deux précédentes. Car si la mort est « le passage dans les bras du Père céleste plein de tendresse et de miséricorde », comme le dit Benoît XVI dans son discours sur l’assistance aux personnes âgées malades, les chrétiens ont la mission d’être les témoins de cette proximité de Dieu, si oubliée aujourd’hui. D’autant plus dans ce monde de la santé où la prise en charge du malade se réduit trop souvent au seul plan physique, sans prise en considération de la totalité de la personne : corps, âme, esprit.

Emmanuel Bourceret

Source : famillechretienne.fr

 

Miroslav Mikolasik, médecin et député européen slovaque, à la Marche pour la vie

 

Euthanasie : « Les lois introduisant des exceptions sont la porte ouverte à toutes les dérives »

par Jean-Marie Dumont, 26/01/2015

Miroslav Mikolasik, député européen d’origine slovaque, était présent à la Marche pour la vie le 25 janvier à Paris.

Qu’est-ce qui vous a conduit à participer pour la première fois à cette 10e Marche pour la vie ?

Je suis ici, car j’ai été invité par les organisateurs de la Marche… Je suis un député pro-vie. Je suis aussi père de famille et médecin. En tant qu’anesthésiologue, j’ai une connaissance précise des techniques de traitement de la douleur. À ce titre, je peux affirmer que les douleurs les plus importantes peuvent être soulagées. C’est essentiel, car les arguments invoqués par les partisans de l’euthanasie reposent notamment sur l’idée qu’il y aurait des douleurs impossibles à soulager. Or, c’est faux.

Plusieurs pays ont introduit l’euthanasie dans leurs législations. Que nous enseignent ces expériences ?

Les lois sur l’euthanasie introduisant des exceptions sont une porte ouverte à toutes les dérives. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Belgique, au Luxembourg. On introduit des « exceptions » d’euthanasie pour des cas prétendument très particuliers. Et ensuite on procède à des euthanasies sur des personnes dont la situation ne correspond pas à ces exceptions.

En Belgique, on euthanasie les prisonniers qui le demandent, alors même qu’ils ne sont pas en fin de vie et que leur douleur n’est pas insupportable : simplement, ils en ont assez d’être en prison ! Je connais aussi en Hollande le cas d’une jeune fille de 25 ans qui a demandé à être euthanasiée après une rupture amoureuse qui l’avait désespérée. Et elle l’a été. Les parents de cette jeune fille, leur fille unique, étaient détruits.

Que faut-il faire alors ?

Porter toute notre attention sur les soins palliatifs ! Et ceux qui disent que cela pose un problème financier sont à côté de la plaque. Dire qu’on va tuer quelqu’un avec du poison à cause d’un problème financier est évidemment inacceptable.

Dans un certain nombre de gouvernements européens, il semble que l’euthanasie apparaisse comme un progrès à poursuivre…

Beaucoup de ministres et de juristes qui se penchent sur ce sujet partent de l’idée que c’est nécessaire. Mais on oublie un peu vite qu’à la fin ce sont les médecins qui vont devoir faire le travail, donner le poison aux patients. Je propose donc que le ministre de la Justice des pays adoptant l’euthanasie vienne chaque jeudi injecter lui-même le poison avec la seringue. Après tout, c’est à ceux qui poussent ce genre de réforme de prendre leurs responsabilités ! Mais, dans les discussions avec des politiques, on me dit souvent : jamais je ne ferais cela ! Alors pourquoi vouloir l’imposer si on y est personnellement opposé ?

Comment voyez-vous, du point de vue européen, la pression exercée par les institutions communautaires sur les pays ?

Fort heureusement, l’avortement, l’euthanasie et les questions de santé en général, ne relèvent pas de l’Union européenne, mais restent de la compétence des États. C’est un motif d’espoir, car si les institutions communautaires avaient le pouvoir de légiférer dans ces domaines il y a fort à craindre que ces législations ne soient très libérales. L’atmosphère à Bruxelles est plutôt opposée à la vie, éloignée du respect de la personne. C’est donc une vraie liberté dont disposent les États et qu’il faut voir comme une opportunité et un motif d’espérance.

Jean-Marie Dumont

Source : famillechretienne.fr

 

Jean-Marie Le Méné : Donner la mort sans tuer

 

« On nous dit qu’on va pouvoir donner la mort sans tuer »

par Nicolas Senèze, 24/06/2014

ENTRETIEN 

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune (1) 

« Il est important de dissocier cette affaire de la question de la fin de vie. Vincent Lambert n’est pas en fin de vie : il vit une vie à la mesure de son handicap, une vie diminuée, mais une vie qu’on nous proposera peut-être demain de tuer. Mais la société est tellement bousculée qu’on ne réagit plus. Les responsables politiques sont dans une dimension très compassionnelle, très consensuelle, mais nous sommes dans la trahison du réel. On est bien dans l’acte homicide, mais, comme on répugne à utiliser le mot tuer, on nous dit que ce n’est pas vraiment une vie et que, par conséquent, y attenter ce n’est pas tuer…

On est entré dans un processus qui me rappelle ce qui s’était passé il y a quarante ans avec l’avortement. Dans une première phase, Bernard Kouchner nous parle, au procès Bonnemaison, d’‘‘illégalité féconde’’ : sur le modèle du manifeste des 343, on décide de violer délibérément la loi qui s’appuie sur une dimension éthique. Ensuite, Alain Claeys souligne qu’il faut ‘‘mener une réflexion sans tabou’’, c’est-à-dire, en fait, qui met de côté toute réflexion éthique. Enfin, avec Jean Leonetti, on vient ‘‘encadrer les dérives’’, c’est-à-dire que, une fois qu’on a accueilli des pratiques qui violent ouvertement la morale, on les encadrera en se donnant un sentiment de garde-fou… Et tout cela va se faire en six mois !

Nous sommes là dans quelque chose de très idéologique où l’intérêt du patient et des familles est devenu très secondaire. »

Recueilli par Nicolas Senèze

(1) La fondation a publié un manuel Euthanasie à destination des jeunes, des éducateurs, formateurs, parents et professionnels de santé.

Source : la-croix.com

 

Que ferons-nous des Intouchables ?

 

Euthanasie : ne touchons pas aux Intouchables !

par Charles Vaugirard, 10/12/2014

13,5 millions de téléspectateurs. Un record d’audimat pour TF1 dimanche 7 décembre pour la diffusion d’Intouchables. La poignante histoire de Philippe Pozzo di Borgo n’en finit pas de toucher le grand public français. Record d’entrées au cinéma, de vente de DVD… Intouchables est cet hymne à la vie qui va droit au cœur des Français : un message d’espérance qui va à l’encontre des discours pro-euthanasie de l’ADMD.

Philippe Pozzo di Borgo est publiquement opposé à l’euthanasie. Il reconnait y avoir pensé au début de sa vie de tétraplégique. Mais maintenant non, sa vie a repris un sens grâce à l’amitié et à l’amour.

Etrange coïncidence, Intouchables connait un nouveau record cinq jours avant la remise au Président du rapport Leonetti-Claeys. Ce rapport, accompagné d’un projet de loi, est très attendu. Voulu comme un vaste compromis, il semble qu’il préconise une « sédation profonde terminale jusqu’au décès dans un délai non-déraisonnable ». La crainte que cette « sédation » soit une euthanasie déguisée est importante. En effet, si cette formule est maintenue, alors cela signifie que le but de cette sédation n’est pas seulement le soulagement de la douleur mais la venue du décès selon un court délai. Donner un délai raccourci à la mort revient à la provoquer.

Le risque est grand que cette loi soit la première étape vers l’euthanasie, puis le suicide assisté. La logique politique des petits pas est imparable : on commence avec une sédation, on continue avec une mort donnée dans la dignité, on finit avec le suicide assisté. Et enfin, quarante ans après, le suicide sera reconnu comme une liberté fondamentale.

Jean Leonetti connaitra-t-il le destin de Simone Veil, dont la loi d’exception a été transformée, et finalement trahie, pour devenir un « droit fondamental » quarante ans plus tard ? Monsieur Leonetti peut encore changer d’avis et s’en tenir à la loi, votée à l’unanimité, qui porte son nom.

Il est grand temps de nous mobiliser contre l’euthanasie. Le collectif Soulager mais pas tuer organise aujourd’hui un rassemblement à 19h au Trocadero. Il a aussi lancé un appel que nous vous invitons à signer. Philippe Pozzo di Borgo est le parrain de Soulager mais pas tuer.

Nous pourrions être tentés par le découragement devant certains sondages affirmant que 92% des français sont favorables à l’euthanasie. Ne baissons pas les bras, car ces sondages ne révèlent rien : alors qu’une majorité est pour l’euthanasie, nous trouvons aussi une majorité de français qui plébiscite Intouchables… Contradiction ? Peut-être, ou pas. L’attitude change d’une situation à l’autre. Une question de sondage présentant une situation atroce sans espérance induira une réponse favorable à l’euthanasie. En revanche, un film délivrant un message de joie de vivre aux tétraplégiques transmettra de l’espérance aux téléspectateurs. Qui dirait qu’il faut euthanasier le personnage joué par François Cluzet après avoir vu le film ? Personne.

Philippe Pozzo di Borgo explique : «Si vous m’aviez demandé quand j’étais valide de signer un papier comme quoi il fallait me débrancher si j’étais dans un état catastrophique, je l’aurais signé, comme 92% des Français le disent aujourd’hui» et il ajoute : «On me pose la question: “Est-ce que tu aurais souhaité que l’on te débranche quand ça allait si mal après ton accident?” J’ai souhaité me suicider, bien sûr. Mais je suis content, vingt ans plus tard, qu’on ne m’ait pas débranché». Autrement dit, il est très difficile de juger d’une question aussi difficile sur un simple sondage. Un Français qui se prononce pour l’euthanasie sera peut-être finalement contre quand il sera en fin de vie…

Peut-on alors prendre le risque de faire passer de telles lois aux conséquences irréparables ? C’est la question qui se pose en ce moment avec ce projet qui sera peut-être la première étape vers le suicide assisté.

Il est donc grand temps de se mobiliser.

Charles Vaugirard

Source : cahierslibres.fr

 

On ne peut pas toucher à la vie, parce que c'est le fondement d'une société.

 

Jean-Claude Martinez : « Il y a un risque colossal, un risque écologique, un risque civilisationnel, que l'euthanasie devienne la variable d'ajustement. »

La France ouvre à nouveau le débat de société sur l’euthanasie. Le professeur Jean-Claude Martinez vient de publier un coup de colère cinglant contre «la piqûre pour tous» dans un ouvrage intitulé «Euthanasie stade suprême du capitalisme» (Editions Via Romana). Jean-Claude Martinez a été député européen FN pendant 22 ans et il travaille actuellement à la constitution de nouvelles listes pour les élections européennes sur le thème de «La vie pour tous». Il est professeur agrégé de droit et de sciences politiques à l’université Panthéon-Assas. Reconnu dans le monde entier comme l’un des meilleurs spécialistes en matière de fiscalité, il reste un fervent partisan de la suppression de l’impôt sur le revenu car c’est aussi, selon lui, la défense de la vie au sens de la création et de l’entrepreneuriat. Jean-Claude Martinez a été professeur à l’université Mohammed V de Rabat, conseiller du roi Hassan II sur les questions de fiscalité et il est à l’origine de la création de l’armature fiscale du Maroc moderne.
(...)

La thématique de l'euthanasie consiste à porter l'analyse au stade suprême en soulignant que nous sommes entrés sur un torrent extrêmement dangereux, parce que les déficits budgétaires étant ce qu'ils sont et les contraintes européennes ce qu'elles sont, nos dirigeants de gauche ou de droite n'arrivant pas à maîtriser la situation, pas simplement en France, mais dans l'ensemble de l'Europe et ailleurs, il y a un risque colossal, un risque écologique, un risque civilisationnel, que l'euthanasie devienne la variable d'ajustement. Je rappelle que quelqu'un comme Jacques Attali a été pionnier en la matière en proposant des choses folles, comme un permis de vie à la naissance : comme pour un permis de conduire, on enlèverait des points au fur et à mesure… A cela s'ajoute une expérience personnelle, puisque mon père et ma mère y sont passés derrière mon dos. C'est un problème terrifiant dans le monde entier. Au Japon, le Premier ministre s'est adressé en juin 2012 à ses compatriotes en leur expliquant que l'endettement du Japon est tel que les personnes âgées devaient être raisonnables et se sacrifier, en n’occupant pas sans arrêt les hôpitaux ! C'est un contexte terrifiant qui s'ajoute à la violence quotidienne que l'on voit dans notre société. La vie est en train de devenir le paradigme fondamental à protéger, pas simplement dans l'angle où l'entendent nos amis écologistes, mais sous l'angle ontologique. 

Lorsque l'on interroge le grand public sur l'euthanasie, on présente toujours le cas le plus extrême, en expliquant que telle personne est un légume et qu'elle souffre terriblement, sans aucune qualité de vie et, évidemment 90% des personnes interrogées sont alors favorables à l'euthanasie… Votre livre dénonce aussi cette présentation médiatique…

C'est présenté comme l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse : l'interruption volontaire de vieillesse, l'interruption volontaire de souffrance, l’interruption volontaire de détresse… Évidemment, tout le monde comprend les problèmes de liberté individuelle, comme la petite jeune fille qui a 16 ans, mais il y a 225 000 IVG par an ! Cela veut bien dire que c'est un problème sociétal et un problème politique au delà des problèmes moraux. C'est la question de l'organisation de la société qui est posée et ce n'est pas le problème de Mademoiselle Y ou de Madame X : 225 000 IVG sur trente ans, faites le compte ! Pour revenir à l'euthanasie, on nous explique que la personne souffre, mais la souffrance est aussi due à l'entourage. Quand les enfants vont voir la personne âgée en lui disant : «C'est le mois de juillet, tu nous a emmerdés toute la vie et on ne peut pas partir en vacances à cause de toi !», si vous êtes Madame Bettencourt, tout le monde attend autour de vous… La personne seule n'a plus son conjoint, les enfants et les petits-enfants sont partis, elle se retrouve seule pendant l'été ou à Noël dans un hôpital où il n’y a personne, parce que c'est les 35 heures, elle se retrouve dans un environnement tel qu’elle lâche ! La première souffrance, ce n'est pas la souffrance physique, parce que l'organisme est fabriqué de telle façon qu'au bout d'un moment, aussi dramatique que cela puisse paraître, on finit par s'habituer à l'état qui est le sien. C'est comme un prisonnier : dans les premières minutes, il veut se suicider et, au bout de plusieurs mois de prison, il s'habitue. C'est l'environnement qui vous accule. Au delà, la loi générale et impersonnelle n'est pas faite pour résoudre le cas de Monsieur X ou de Monsieur Y. La loi est faite pour donner de grandes règles. En matière de vie, la règle ne peut pas tellement s'éloigner du premier commandement qui est «Tu ne tueras point». Si l'on change la règle en disant : Tu pourras tuer si tu n'es pas bien, si tu n'as pas d'argent, si tu es malade, si tu n'as pas le moral, si tu n'es pas gentil… Si l'on commence à créer des exceptions, à la fin la règle n'existe plus. Le législateur doit maintenir la règle. La vie est un miracle, il est dû au hasard ou à la nécessité ou au divin, peu importe, mais l'on ne peut pas toucher à la vie, parce que c'est le fondement d'une société. Le dérapage d'un médecin c'est une chose, il y a 25 000 euthanasies actives dans les hôpitaux français actuellement et quantité d'enquêtes montrent que ces personnes ont été tuées sans avoir voulu être tuées, ce qui est d'ailleurs le cas de Vincent Humbert. Il n'est pas vrai de dire qu'il y a des acharnements thérapeutiques dans les hôpitaux français. Il y a des abandons thérapeutiques pour des raisons matérielles. Toute personne qui est allée à l'hôpital à la Pentecôte, le 15 août ou la veille de Noël, sait qu'elle est restée sur un chariot pendant des heures… Si vous avez 70 ans et si vous avez un accident vasculaire cérébral, vous allez voir si vous avez un scanner dans les trois heures qui suivent ! Une personne âgée qui arrive à l'hôpital ne va pas en neurologie, mais en gérontologie. La légende de l'acharnement thérapeutique est une vaste blague. L'acharnement thérapeutique, c'est pour Chevènement, aussi pour Madame Taubira car, quand elle a un petit malaise, on met trois équipes de réanimation… Mais le commun des mortels ne court aucun risque d'acharnement thérapeutique. En ce moment, il y a le cas de Vincent Lambert : il a fallu que ses parents, avec l'aide de leurs avocats, fassent un référé pour qu'on le rebranche. Ce garçon avait un goutte-à-goutte minime, il était en train de traverser le Sahara, il n'était plus hydraté et il a fallu intervenir judiciairement pour qu'on le rebranche. Il faut bien savoir que l'on résoudra le problème des gens qui sont tétraplégiques, c'est évident. Dans 10 ou 20 ans, ce sera un problème banal qui sera traité... C'est l'obscurantisme et la stupidité à l'état pur qui amènent à ce discours sur l'euthanasie. C'est un discours de dingues et d'imbéciles au sommet… 

Pourtant, ceux qui défendent l'euthanasie invoquent leur liberté individuelle pour revendiquer le droit de disposer de leur corps. Vous, qui êtes un libéral, vous devez comprendre un tel discours…

Mais c'est un gag ! Si je suis en bonne santé, sous un parasol en train de bronzer, je peux avoir une discussion philosophique : «Alors, cher ami, si je ne dois pas mourir en pleine forme, je préférerais que l'on me pique…» C'est la liberté du type en bonne santé ! Mais quand le pépin arrive, c'est complètement différent, parce que notre cerveau n'a qu'une seule et unique fonction : celle de nous maintenir en vie. Le cerveau est une tour de contrôle qui a pour objet de maintenir en vie l'organisme qu'il contrôle. Si vous n'êtes pas bien, le cerveau vous met dans le coma pour économiser du sucre, parce qu'il a besoin de sucre pour fonctionner. Le cerveau vous met en économie d'énergie pour que votre organisme continue de vivre. Quand vous avez un pépin, votre cerveau déclenche tous les SOS, pour vous maintenir en vie, c'est ce que l'on appelle l'instinct de survie. À l'instant où vous avez le pépin, vous ne voulez plus mourir. Alors, vous pouvez dire, ce qui est une ruse de votre cerveau : «Aidez-moi, tuez-moi, c’est une souffrance insupportable…» Mais c'est exactement pareil quand vous vous mettez à pleurer, c'est une stratégie du cerveau pour faire diminuer la pression. Les larmes font partie de la panoplie des outils que le cerveau utilise pour vous maintenir en vie. Dans cette panoplie, il y a aussi les plaintes : «Je veux mourir…» En réalité, ce que vous voulez entendre autour de vous, c’est : «Arrête, tu nous enterreras tous, tu souffres, ce n'est pas rigolo, mais arrête ! » Mais si l'entourage vous répond avec une mine déconfite : «Tu veux te suicider, tu as bien raison…», cela n’arrange pas les choses. Il y a quelques semaines, dans Libération, il y a eu un papier signé par de nombreux soignants pour expliquer qu'ils n'ont jamais vu dans leur service quelqu'un maintenir une demande d'abrègement de souffrances une fois qu'on lui avait parlé. Et puis, cette notion de liberté est totalement fausse, la liberté est fonction de mille paramètres et contextes. La liberté de mourir, c'est d'abord l'environnement, les souffrances physiologiques et aussi les souffrances psychiques, le discours sur l'euthanasie, les échecs que l'on vous a imposés dans la vie… 

Vous affirmez d’ailleurs que c'est ce conditionnement qui avait entraîné la mort de Vincent Humbert…

Il raconte dans son premier livre, alors qu'il est apparemment dans le coma, qu'il apprend que sa petite amie le laisse tomber. Toute personne que le conjoint laisse tomber risque de faire une tentative de suicide. Son frère vient le voir, il vomit devant le spectacle... Et il ne revient plus le voir. Toute personne qui se fâche avec son frère est secouée. Ensuite, ses parents se séparent ! Quel que soit votre âge, si vos parents se séparent, vous subissez un choc qui n'est pas rien. Ses copains pompiers ne viennent plus le voir… Si tous vos copains ne viennent plus, il y a quand même un sacré choc ! Enfin, quand le médecin s'aperçoit qu'il entend et qu'il comprend, celui-ci vient lui dire à l'oreille : «Vincent, c'est bien embêtant, mais on ne peut plus te garder…» Tout cela pour des raisons économiques, les 35 heures, le déficit de la sécurité sociale… En Espagne, il y a quantité de personnes qui sautent par la fenêtre quand l’huissier vient sonner pour les expulser de leur maison ! Après tous ces chocs, vous avez un imbécile qui vient vous dire que c'était sa liberté de mourir ! Quel abruti ! Ce discours sur la liberté est indigne. Si la liberté consiste à détruire le miracle de la vie qui vous permet d'être libre, c'est quand même très fort… La liberté, elle n'est pas stratosphérique, elle existe d'abord parce que vous êtes un homme vivant. 

Justement, nous ne sommes pas dans une société du vivant, puisque nous subissons des agressions permanentes comme les contraintes fiscales et sociales, le stress...

Ce débat est un symptôme, c'est le débat sur la solitude, un système de fonctionnement qui fait que les conjoints se séparent. Quelques personnes demandent le mariage homosexuel dans un océan de personnes qui divorcent ! C'est comme les SDF dans la rue, ils ont tous la même histoire : un conjoint qui est parti, on avait un petit commerce, il a fallu vendre le commerce, il a fallu vendre la maison pour payer la pension… C'est toujours la même histoire ! Nous avons une logique de fonctionnement qui est devenu folle dans notre société. Cette logique, c’est celle de la performance, de la rentabilité et du profit. ... Cette loi du profit, c'est les suicides à France Telecom, les SDF… Regardez ce qui s'est passé pendant l'été 2003 : 14 803 papis et mamies mourant de soif, dont une partie à Paris, au moment où sur les quais de la Seine, on avait installé des brumisateurs et des douches pour que les gens jouent à la plage ! Quelques mètres plus loin, des personnes ouvraient la bouche en mourant par asphyxie et manque d'eau. C'est une société de zinzins ! 14 803 personnes ont été mises dans des camions frigorifiques à Rungis parce que personne n'a réclamé leur corps et parce qu'on ne savait plus où les mettre ! Jean-Pierre Raffarin n'a eu comme seule réponse que de dire que l'on allait travailler le week-end de Pentecôte pour les personnes âgées, alors qu'il aurait dû dire : «Mes amis, il y a un problème. Une société qui laisse mourir en quelques jours 14 803 personnes, ce n’est pas normal…» Heureusement que le docteur Pelloux a sonné l'alerte, sinon le ministre de la Santé, qui était lui-même médecin, était encore au bord de sa piscine… La vraie question c'est que le fonctionnement de la société française, des sociétés occidentales, c'est un fonctionnement de dingue. Il va bien falloir s'arrêter là à un moment donné. Or, la loi fondamentale, c'est le paradigme de la vie, il faut une fiscalité dont l'objectif n'est pas la liberté, l'égalité ou la fraternité, mais dont l'objectif est la vie. Il faut une fiscalité qui permette à la vie de continuer, c'est-à-dire la création, la vie économique, l'agriculture… Tous les choix doivent être opérés à partir de ce critère de la vie. Entre la vie au dernier stade et un dieu du stade, il faut d’abord des crédits pour les hôpitaux, pour les maisons de retraite et, après, s'il reste des crédits, on les utilise pour le PSG ! 

Tous ceux qui sont pour la vie au sens écologique, c'est-à-dire pour la nature, les petits oiseaux, les plantes, ceux qui vont vous dénoncer quand vous abattez un arbre dans votre jardin, ceux qui contestent votre permis de construire pour protéger un espace naturel, sont généralement les mêmes qui sont favorables à l'euthanasie… N'y a-t-il pas un paradoxe ?

Les grandes catastrophes de l'humanité sont dues à des idées chrétiennes dévoyées. En réalité, ce sont des animistes, avant d'arriver à l'idée du Dieu unique, il faut quand même une sacrée évolution de l'humanité. Ces gens sont animistes et pour eux il y a toujours une âme dans la pierre, dans le petit oiseau… Ce n'est pas faux. C'est évident que toute personne qui a assisté à la fin de son chien qui souffrait voyait bien qu'il avait quelque chose dans le regard, un esprit. C'est la grande unité du vivant. Au moment du grand passage, tout le vivant réagit à peu près de la même façon. On a vu des chevaux pleurer dans les abattoirs. La condition animale est extrêmement digne, il faut y faire attention, c'est exact. La terre est un organisme vivant en soi et la terre, au sens agricole du terme, est aussi un organisme qui vit. Je comprends bien cette dimension, mais il y a une hiérarchie dans le vivant. Vous ne pouvez pas vous intéresser à l'arbre et ne pas vous intéresser à la grand-mère qui est à côté et qui est en train de mourir de soif. C'est une perversion dans la perception de la hiérarchie du vivant. Voilà ce qu’il faut expliquer aux Verts sincères. Il y a aussi des Verts Pol Pot : chez eux, c’est une reconversion venant de l’abomination du goulag, après s’être peints en rouge, ils se sont peints en vert… Chez les «sincères», il y a une «rééducation» à faire sur la perception de la hiérarchie du vivant. Chez les autres, on est en face de pervers… L’arbre est plus important que la personne âgée et, lorsqu’ils parlent d’une personne âgée, ils parlent de légume… 

Finalement, on ne doit pas traiter les légumes avec des pesticides, mais quand il s’agit de l’être humain, cela ne pose pas de problème…

Vous savez, si le robot qui est en ce moment sur la planète Mars découvrait un petit pois, je ne vous dis pas le tam-tam sur la terre au retour du petit pois… Ce serait le film de Spielberg : tout le monde aurait peur que le petit pois contamine, tout le monde porterait des masques, les laboratoires de la planète se battraient pour récupérer le petit pois, toutes les télévisions du monde s’arrêteraient pour dire que l’on a découvert un petit pois sur Mars ! Alors, si le légume qui est sur la planète Mars a une valeur ajoutée colossale, cela pose la question de savoir si la vie est une forme ou si c’est un esprit. Si c’est une forme, alors, il est certain que la jeune fille qui termine en finale de Miss France a une valeur supérieure à celle qui marche à quatre pattes… Mais la vie prend des milliers de formes. Ce qui est important dans une personne, chez un malade, ce n’est pas sa forme, mais l’esprit qui est en action. Dans cet esprit, il y a toutes les potentialités de l’univers ! En Israël, Ariel Sharon est depuis des années dans le coma et il est en train d’émerger, après des années et des années; personne n’a parlé de l’euthanasier ! Cet homme réagit déjà à l’environnement. Le jeune Vincent Lambert, qui est à Reims dans le coma, pleure quand on lui parle, parce qu’il entend. Jusqu’à présent, vous ne voyez pas un légume pleurer ! Einstein, même dans le coma, aurait peut-être été capable de résoudre des problèmes d’arithmétique qu’un polytechnicien est incapable de résoudre sans sa calculette ! ...

Source : kernews.com

 

Emmanuel Hirsch : ultime expression de réelle solidarité

 

Donner la mort, un pouvoir délégué aux médecins ?

par Emmanuel Hirsch, Professeur d’éthique médicale, université Paris Sud, 14 novembre 2014

Dans les années 1980, le mouvement des soins palliatifs a tenté d’instaurer une nouvelle approche de la fin de vie. Dans un contexte d’abus de la technicité, alors que les personnes malades n’étaient pas encore reconnues dans leurs droits, cette mobilisation a permis de repenser l’engagement dans le soin. Ces militants d’une cause ignorée ou négligée, dénonçaient déjà les pratiques indignes : la dissimulation des pronostics graves, une indifférence au contrôle de la douleur et à l’apaisement de la souffrance, l’abandon lorsque la médecine s’avérait impuissante à guérir, le manque de concertation et déjà « la pente de l’euthanasie » pratiquée à l’insu sans susciter la moindre discussion.
Trente ans plus tard, alors que la mort intervient dans près de 70 % des circonstances en institution, notre société s’est habituée à déléguer à des professionnels ses obligations face à celui qui meurt, au point d’occulter la signification du temps partagé avec l’autre en fin de vie. Tout semble indiquer en effet qu’après avoir choisi dans un premier temps la justesse d’une approche législative prudente (le 22 avril 2005), il conviendrait d’y renoncer faute d’avoir eu le courage politique à la fois de la soutenir en pratique et de la faire connaître dans les avancées qu’elle permettait. Le chemin vers la « libéralisation de la mort » devrait franchir une nouvelle étape relevant d’une urgence politique : la France se doterait dans les prochains mois d’une loi dépénalisant le suicide médicalement assisté, voire l’euthanasie. La « dernière liberté » invoquée depuis des années par les militants de « la mort dans la dignité » relèverait demain de protocoles dument exécutés dans un contexte médicalisé, alternative soignante estimée par certains plus digne que ne l’étaient les soins palliatifs. Cette « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » (proposition n° 21 du programme électoral de François Hollande en 2012) conclurait des années de disputations visant, prétendait-on, à conférer à la personne au terme de sa vie une considération et une autorité que lui avait confisqué une médecine par trop technique pour encore comprendre le sens d’une sollicitude. C’est pourtant à cette médecine que l’on s’en remettrait pour accomplir le dernier acte, conclure son œuvre : paradoxe qui ne semble que peu préoccuper ceux qui souhaitent lui confier cette ultime mission.
À la suite d’une curieuse construction qui dans les années 1980 contestait la démesure du pouvoir médical et le scandale de « l’acharnement thérapeutique », c’est à son arbitrage que l’on s’en remettra pour abréger une existence considérée indigne d’être poursuivie. Certes, afin de sauver les apparences on y mettra pour la bonne forme la rédaction de directives anticipées opposables, voire un processus décisionnel collégial. Et le terme de sédation qui dénommera l’exécution d’un protocole médical ayant pour fin la mort d’une personne ne saura être attaché à l’acte euthanasique, tant les manipulations sémantiques permettent de préserver les apparences. La sédation serait ainsi « profonde » ou « terminale », pour ne jamais dire « euthanasique ». En fait, ces mêmes médecins que l’on contestait avec une telle véhémence hier dans leurs arbitraires et leur manque d’humanité, vont se voir confier le pouvoir légal d’interrompre une existence, certes dans le cadre procédural d’un dispositif élaboré avec la minutie d’un acte notarial et à la demande, nous dit-on, de 96 % des Français .
Cette délivrance de la vie ainsi déléguée par nos politiques à la compétence médicale, semblerait la solution qui s’impose, plus efficace en fait que l’exigence de respect et de sollicitude témoignés à la personne malade et à ses proches dans le cadre d’un accompagnement vrai. S’en satisfaire comme d’une conquête de la liberté et d’une avancée démocratique, c’est renoncer à considérer notre présence et notre attention auprès de celui qui va mourir comme l’ultime expression de la réelle solidarité qu’il attend de nous.

Source emmanuelhirsch.fr

 

Des lois anti-républicaines

 

7 arguments républicains contre l’euthanasie.

par Paul, 16/12/2013

NON A L’ASSISTANCE AU SUICIDE ! OUI AUX PROGRES DE L ASSISTANCE SOCIALE ! Une réponse courte à Jean-Luc Romero, Monsieur le Président, laissez-nous notre ultime liberté.

Jean-Luc Romero dans Monsieur le Président voudrait présenter son combat pour l’assistance au suicide (« euthanasie ») comme une lutte des « laïques » (p.46) contre les obscurantistes religieux (47, 48, 54, 60). Il est temps d’affirmer au contraire tout ce que cette proposition a d’antirépublicain ! Jean-Luc Romero se moque des arguments qui démontrent les dérives de l’assistance au suicide. Il a raison. C’est l’assistance au suicide qui est une dérive en elle-même, une dérive antirépublicaine. Au nom des valeurs de la République, non à l’euthanasie et au suicide assisté !

Une loi liberticide !

  • Pour le malade, puisque le moment où il formule le désir de mourir l’emporte de manière irréversible sur tous les autres moments où il affirmait sa volonté de vivre. Or le désir de mourir ne doit pas primer sur la volonté de vivre.
  • Pour les proches du défunt, puisque tous ne peuvent pas consentir au suicide de l’être aimé. Et ceux à qui on demanderait de consentir à cette assistance au suicide subiraient une responsabilité excessive.
  • Pour le système médical, car même si Jean-Luc Romero imagine une liste départementale de médecins volontaires, le système médical devra répondre à la demande de mort de certains patients. Et même celui qui ne voudrait pas tuer son patient devra « en deux jours »[1] trouver un autre médecin, dit Jean-Luc Romero en annexe. Cela suppose la destruction du lien entre le soignant et le patient, pour une relation de demande à prestataire.
  • Pour l’Etat, car ce qui est demandé est bien la mise en place d’un service public d’assistance au suicide, avec ses propres normes, ses propres contraintes, et ses impôts[2].

Contre ces quatre aspects liberticides de la loi, il faut réaffirmer une liberté républicaine, qui s’arrête où commence celle d’autrui !

 Une loi fondamentalement inégalitaire !

  • JL Romero veut une loi pour encadrer les dérives : l’assistance au suicide sera donc soumise à condition. Cela présuppose une discrimination entre deux types de citoyens, les euthanasiables et ceux qui conservent une dignité qui exige qu’on préserve leur vie à tout prix. Le système médical aurait donc à faire avec deux types de patients, ceux que l’on peut suicider, et ceux qu’il faut soigner à tout prix. C’est une discrimination inacceptable, contre laquelle il faut réaffirmer l’universalité du principe d’égalité, y compris dans les soins médicaux.
  • Face à la précarité du système médical, l’assistance au suicide n’est pas la solution ! Bien des patients, et surtout des personnes pauvres, subissent en raison du délitement des services publics des fins de vie indécentes. Mais contre ces situations, l’assistance au suicide ne peut pas être la solution ! Le vrai progrès consiste au contraire dans une amélioration des services gériatriques et des soins palliatifs, mais aussi des différentes formes d’assistance sociale. L’hypocrisie, c’est d’accepter que des milliers de personnes souhaitent être euthanasiées du fait des conditions précaires et parfois inhumaines du système hospitalier français. Combien de personnes vont demander l’euthanasie non pas par liberté, mais contraint par la détérioration du système de soin ?

Une loi anti-fraternité !

  • Il n’est pas plus inhumain de laisser vivre quelqu’un qui souffre que de l’achever. La fin de vie est bien souvent une situation d’impuissance, qu’on ne tranche par l’assistance au suicide ou par l’acharnement thérapeutique qu’au détriment de la dignité de la personne humaine.
  • Avec la loi, il y a l’esprit de la loi. La loi implique une mentalité euthanasique. On considérerait qu’un patient qui n’est pas guéri est un patient fini, alors que la médecine doit accepter de ne pas pouvoir régler tous les problèmes, à commencer par la vieillesse. Le regard porté sur les patients ne peut pas être celui de l efficacité des soins, mais de l humanité des soins. Ainsi il est absolument inacceptable de proposer à ceux qui sont atteints de « maladies psycho-existentielles »[3] l’assistance au suicide, Car bien souvent c’est un délitement du lien social qui est à l’origine de leur mal-être. Là réside, encore une fois, l’hypocrisie d’une société ultra-individualiste.

En plaçant le débat à un niveau éthique, et non passionnel, Jean-Luc Romero a le mérite de sortir de l’émotionnel pour se placer à un niveau rationnel. Mais il met l’accent uniquement sur la liberté individuelle… tout en soumettant l’assistance à l’euthanasie à certaines conditions qui détruisent le principe d’égalité. Contre cette loi anti-républicaine, il faut réaffirmer 1) que la liberté se trouve dans la relation aux autres citoyens, 2) que les soins doivent être adressés à tous de manière égalitaire, 3) que la médecine doit être un des vecteur de la fraternité, et non encourager les désespoirs suicidaires.


[1] Cette pression exercée sur le système médical est confirmé par le récent projet de loi déposé au Sénat (article 8)l

[2] Sur la question de l’augmentation des impôts, voir l’article 10 du projet de loi cité dans la note précédente.

[3] Selon l’expression de JL Romero p.34,

Source http://lesalternativescatholiques.fr

 

L’euthanasie qui cache la peur du mal mourir

 

Damien Le Guay : "L’arbre de l’euthanasie et la forêt du mal mourir"

par

Damien Le Guay, 04/11/2014

 

Valeurs d'avenir. Philosophe, Damien Le Guay est président du Comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs). Il vient de publier “le Fin Mot de la vie, contre le mal mourir en France”, aux éditions du Cerf.

L’euthanasie est au centre des débats sur la fin de vie. Va-t-on finir par accorder cette “liberté suprême” ou l’endiguement va-t-il se poursuivre ? Cette question échauffe les esprits, focalise l’attention. On finirait par croire qu’elle est essentielle. Or, il n’en est rien. L’euthanasie est une mauvaise réponse à une question qui ne se pose pas. Et si nos politiques voulaient (enfin !) agir, ils ne laisseraient pas perdurer de si nombreuses fins de vie aussi indignes.

Le rapport du professeur Sicard, en 2012, a dressé un constat accablant de la mort à l’hôpital. Il donnait des solutions. À budget constant, il demandait de réformer le système de santé, de mettre l’accent sur les soins palliatifs, tout en faisant des économies sur l’acharnement thérapeutique — trop souvent pratiqué et qui coûte très cher. Il demandait que se développe un accompagnement à domicile, plus confortable, moins cher et massivement désiré par les Français. À cela s’ajoutait une injonction à mieux former les médecins pour mieux soulager la souffrance. Il faut savoir que seulement 20 % des gens qui pourraient bénéficier des soins palliatifs y ont accès. Et que 150 000 personnes, chaque année, meurent dans de mauvaises conditions de confort et d’accompagnement, alors que l’euthanasie ne concernerait que 5 000 à 7 000 cas. Ajoutons à cela que sur le million des personnes âgées qui sont en Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), 75 % d’entre elles le sont par nécessité plutôt que choix.

Et que s’est-il passé depuis deux ans ? Rien. Mme Touraine n’a pas plus pris à bras-le-corps ces questions que Mme Bachelot avant elle. Les réformes de structures tant attendues se font toujours attendre. Et le rapport du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) du 23 octobre juge sévèrement cette inaction ministérielle qui maintient la pire de toutes les inégalités — celle des Français devant la mort. Si toutes ces recommandations avaient été suivies d’effet, dit-il, l’actuel débat « serait d’une tout autre nature ».

Car tout est lié. Les Français redoutent de mourir à l’hôpital, ils craignent l’indignité constatée et sont certains qu’ils n’auront alors plus leur mot à dire. Ils souhaitent plus de confort, plus d’écoute, plus de soins palliatifs. Et comme tout se fait attendre toujours et encore, ils disent vouloir l’euthanasie — de guerre lasse, sans enthousiasme, résignés qu’ils sont. Plutôt que d’entendre les doléances, on ne retient que la mauvaise solution. À croire que certains font tout pour elle — fût-ce au prix de centaines de milliers de morts indignes.

Si, après tout, l’euthanasie était “la” solution, les grincheux s’y résoudraient. Mais elle ne réglerait rien. La solution serait pire que les souffrances constatées. Les ministres devraient agir et non parler, réformer et non palabrer. Si 80 % des médecins n’ont pas reçu de formation pour la prise en charge de la douleur, à qui la faute ? Au ministère de la Santé. Si la France n’a pas mis en place un accompagnement à domicile, à qui la faute ? Aux décideurs. Si tous déplorent un “isolement en masse” dans les Ehpad, à qui la faute ? Aux politiques. Si le rapport Sicard regrette que « l’encouragement répété en faveur des soins palliatifs [ne fût] qu’incantatoire », à qui la faute ? Aux ministres, depuis des années.

Va-t-on encore une fois voir les partisans de l’euthanasie envahir les plateaux de télévision, tempêter contre le “complot des médecins et des cardinaux” ; ou Marisol Touraine, Manuel Valls et François Hollande vont-ils (enfin !), sans tergiversation ni double discours, lire jusqu’au bout le rapport Sicard (et le dernier du CCNE), prendre la mesure de la situation, se mettre à l’écoute des professionnels de l’accompagnement et des bénévoles en soins palliatifs et agir en profondeur ? Encore faut-il le vouloir. Le vouloir vraiment.

Source valeursactuelles.com

 

Emmanuel Hirsch : Ne pas légiférer sur la fin de vie

 

Emmanuel Hirsch appelle à ne pas légiférer sur la fin de vie

Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine de Paris-Sud et directeur de l’Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France, publie un ouvrage Fin de vie : le choix de l’euthanasie ? (éd. du Cherche-Midi), dans lequel il appelle à rendre effectif les droits des personnes en fin de vie avant d’envisager toute autre loi.

Emmanuel Hirsch pointe «l’impact péjoratif et humiliant des controverses relatives à la fin de vie sur des personnes malades ou atteintes de handicaps». Pour lui, il est plus urgent d’apporter des solutions concrètes au «droit de vivre dans la dignité» qu’au «droit de mourir dans la dignité». Les maladies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer témoignent de cette urgence à «penser la place parmi nous de personnes atteintes de maladies évolutives sur un long temps».

Une nouvelle loi sur la fin de vie poserait trop de questions difficilement solvables. Il faut surtout assurer aux malades des soins de qualité, et ce jusqu’au terme de leur existence : lutte contre la douleur, soutien des proches. Avant de légiférer de nouveau, «rendons effectifs les droits tels qu’ils sont énoncés dans la loi du 4 mars 2002» relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé affirme-t-il.

Emmanuel Hirsch conclue : « Nous ne sommes donc pas en manque de loi, mais de capacités d’initiatives reconnues aux professionnels de consacrer le temps indispensable à une relation de soin responsable ». 

Source genethique.org

 

Se mobiliser contre l'isolement des personnes âgées

 

Solitude des personnes âgées et euthanasie

Retrouvez la chronique du 30 septembre de Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame.

La solitude touche 5 millions de personnes en France. Cinq millions ! Un français sur 8 est seul en 2014. L’enquête a été publiée au début de cet été par la Fondation de France. Elle a malheureusement reçu peu d’écho. Sans doute, nous nous habituons à cette information récurrente sur ce phénomène de la solitude. Pourtant le nombre de personnes touchées s’accroit à une vitesse vertigineuse. Un million de français de plus qu’en 2010 n’ont pas de relations sociales, ni familial, ni professionnel, ni amical, ni de voisinage, rien! Les personnes âgées sont les plus touchées, 27 pour cent en souffrent, alors qu’ils n’étaient que 16 pour cent il y a quatre ans.

Mais tout ça ne reste que des chiffres. La solitude des personnes âgées nous émeut quand on apprend que tel vieillard de notre voisinage s’est suicidé, ou que tel autre a été retrouvé mort chez lui plusieurs mois après son décès. Ensuite très vite le quotidien reprend le dessus, et on oublie.

On le sait, l’euthanasie est déjà en débat dans notre société. Il y a fort à craindre que cela s’accentue ces prochains mois, que ce soit à l’ordre du jour de notre parlement. Nous devons nous y  préparer individuellement et collectivement pour nourrir la réflexion. Promouvoir les arguments qui invitent au respect de toute vie, et qui conduisent à s’opposer tant à l’euthanasie qu’à l’acharnement thérapeutique.

Mais cela ne peut suffire si en même temps nous ne déployons pas notre énergie et notre créativité pour sortir ces personnes âgées de la solitude qui les écrase, et qui risque fort de conduire plusieurs d’entre elles à la demande d’en finir avec la vie. Nous chrétiens, devons être au premier rang dans ce combat, car la solidarité avec les plus fragiles est au cœur de ce que le Christ est venu dire et accomplir : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Les initiatives sont déjà nombreuses, souvent discrètes, mais efficaces, comme le révèle l’enquête du 200ème numéro d’Ombres et Lumière : les paroisses qui se mettent en état de veille pour ouvrir les yeux sur leur environnement sont nombreuses : tables ouvertes, vigi-paroisse, compagnons du cœur, accueils de nuit… Sans parler de l’engagement efficace des associations chrétiennes. A nous de multiplier ces initiatives, pour que la solitude diminue, et que la vie et la joie l’emportent !

Source : och.fr

 

La loi belge sur l'euthanasie contestée par des Belges

 

Euthanasie : la Belgique vers le “meilleur des mondes” ?

par Valérie Hendrikx et Stéphane Rixhon, 23/09/2014

 

Personnes déprimées, en début d’Alzheimer, insatisfaites par leur opération de changement de sexe ou jumeaux aveugles : la “souffrance psychologique” ouvre grande la porte pour une euthanasie. Une opinion de Valérie Hendrikx et Stéphane Rixhon (*)

Frank Van Den Bleeken. Nous espérons que ce nom reste dans les mémoires comme porte-étendard d’une évolution inquiétante de notre société.

Ce détenu condamné à la réclusion pour viol et meurtre souffre de graves troubles psychiatriques. Il demande son transfert aux Pays-Bas pour recevoir des soins mais cela lui est refusé; en désespoir de cause, il veut être euthanasié.

Les autorités ont refusé son transfert mais accepté qu’il soit euthanasié. Si nous ne connaissons pas les détails du dossier, une telle situation ne peut toutefois que préoccuper les citoyens que nous sommes. En 2002, la Belgique devenait l’un des premiers pays à autoriser l’euthanasie dans des conditions strictes (1). Il est délicat – et ce n’est pas notre propos – de poser un jugement moral sur le choix d’adultes responsables confrontés à la situation inextricable de leur propre mort. Il est également difficile de contester le courage d’un législateur souhaitant encadrer cette pratique.

Notre conscience citoyenne (2) se heurte cependant aux suites réservées à la loi de 2002. Le texte permet au patient “qui se trouve dans une situation médicale sans issue et qui fait état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable”, de demander à un médecin de lui permettre de partir. La presse s’est fait le relais d’euthanasies effectuées dans les règles mais dont on peut se demander dans quelle mesure elles relèvent du texte légal. Ce fut le cas de personnes déprimées, de patients atteints des commencements d’Alzheimer, de jumeaux aveugles, de personnes insatisfaites par leur opération de changement de sexe…

Comment expliquer cette situation dont M. Van Den Bleeken ne sera sans doute qu’un acteur parmi d’autres, puisqu’une quinzaine de détenus ont demandé à le suivre dans sa procédure ? Une loi doit en principe être interprétée par un juge. Quand ce dernier fait entrer des situations particulières dans un concept utilisé par le texte légal, les juristes disent qu’il “qualifie” la situation. Dans la loi sur l’euthanasie, il revient par contre depuis douze ans au médecin de qualifier les faits, sans contrôle du juge a priori, ce qui a été critiqué par le Comité des droits de l’homme de l’Onu (3). L’absence de contrôle préalable est d’autant plus dommageable que la loi laisse une grande marge de manœuvre aux médecins par le biais de la “ souffrance psychologique”. Après avoir pratiqué l’euthanasie, le docteur communique le dossier à une commission qui décide a posteriori de renvoyer le dossier au ministère public si une infraction a été commise. Très bonne application de la loi par les médecins ? Conflit d’intérêts (comme rapporté dans la presse) ? Ou simple constat que, lorsque la personne est décédée, il n’y a plus grand-chose à faire ? En tout cas, la commission n’a renvoyé absolument aucun dossier au parquet depuis 2002 (4).

Alors qu’il était souhaitable de renforcer les contrôles, c’est l’inverse qui s’est produit. La Belgique peut maintenant affirmer qu’elle est le premier pays au monde à avoir légalisé l’euthanasie des enfants sans la moindre limite d’âge (5). Réforme passée dans l’indifférence presque générale.

Le droit fondamental au respect de la vie est l’une des valeurs les plus importantes proclamées par la Convention européenne des droits de l’homme. Il est loin d’être certain que la loi, telle qu’appliquée aujourd’hui, soit conforme à la Convention (6).

La Belgique est-elle en route vers “Le Meilleur des mondes” ? L’œuvre d’Aldous Huxley (7) dépeint un enfer doux, où les individus sont totalement atomisés, réduits à leur condition utilitaire d’homme-outil, passionnés par leur activité sexuelle intense et les films ridicules qu’ils avalent après leur journée de travail. Il n’y a plus ni vieillesse ni handicap : les individus meurent quand ils sont inutiles.

Dans une société qui souffre d’un manque de compassion envers les plus faibles, qui a perdu ses dieux, qui voit le monde et l’être humain avant tout par le prisme de l’utilitarisme libéral (le terme en vogue d’ employabilité est, à cet égard, éloquent), l’accroissement du nombre d’euthanasies sans contrôle sérieux nous glace le sang. Et cela d’autant plus que le mécanisme qui devait permettre aux personnes désireuses d’opter pour une “bonne mort” tend de plus en plus à évoluer vers un moyen banal de se débarrasser des plus faibles et des inutiles.

Certes, on nous objectera que le sacro-saint consentement de la personne a été donné, mais que reste-t-il de celui-ci lorsque l’euthanasié était un vieillard qui avait l’impression de coûter cher à sa famille et d’être inutile à la société (8)? Que reste-t-il du consentement d’un détenu malade mental pour qui la politique carcérale n’est non seulement pas à même de proposer le moindre projet de réinsertion, mais encore de ne même pas lui fournir un traitement ad hoc ? Enfin, que reste-t-il du contrôle, lorsque le détenu a fait la tournée des médecins afin d’en trouver un qui soit d’accord de pratiquer l’euthanasie après une lecture personnelle de la loi ?

Nous espérons que cette situation fera réagir le monde politique, le monde associatif, mais d’abord chaque citoyen. L’euthanasie ne peut pas devenir une solution de complaisance au désenchantement du monde, elle ne peut pas fonder non plus une politique carcérale. Il faut la remettre à sa place : l’extrême limite de la fin de vie, et en assurer le contrôle effectif a priori par un juge. Nous croyons en la valeur inconditionnelle de la vie humaine, mais aussi au caractère non négociable des obligations morales et éthiques de la société dans son ensemble envers nos frères humains.

(*) L’auteur parle en son nom personnel et n’entend engager son institution d’aucune manière.

(1) Loi du 28 mai 2002 relative à l’euthanasie, publiée au “Moniteur belge” le 22 juin 2002.

(2) Les auteurs n’appartiennent à aucune communauté religieuse, d’aucune sorte.

(3) Human Rights Committee, 15/07/09.

(4) Cela ressort des 6 rapports de la Commission consultables sur http://www.health.belgium.be.

(5) La loi des Pays-Bas limite l’euthanasie aux jeunes de plus de 12 ans.

(6) Conseil de l’Europe, “Protéger les droits humains et la dignité de la personne en tenant compte des souhaits précédemment exprimés par les patients”, Résolution 1859 (2012).

(7) “ Le meilleur des mondes”, 1932.

(8) Une telle situation a été aperçue en Allemagne où des personnes âgées quittaient les Pays-Bas par crainte d’être soumises à une euthanasie proposée par la famille et accordée par le médecin : J. Leonetti, “Rapport d’information Solidaires devant la fin de vie”, Assemblée nationale, 12/2008.

Valérie Hendrikx et Stéphane Rixhon (*)

Respectivement ancienne aspirante FNRS, master en langues et littératures classiques, master en gestion et sciences du travail, étudiante en droit&chercheur en droit à l’Université de Liège et avocat (en octobre 2014).

Source : lalibre.be

 

Gabrielle Cluzel : Le concept de "bourreau solidaire"

 

Belgique : quand l’euthanasie a un furieux air de famille avec… la peine de mort !

par Gabrielle Cluzel, 16/09/2014 (exraits)

...Le Belge Frank Van Den Bleeken, meurtrier d’une étudiante de 19 ans et sous les verrous depuis presque 30 ans, a obtenu le droit d’être euthanasié, évoquant une « souffrance psychique insupportable ». Selon son avocat, il sera transféré dans un hôpital pour y faire ses adieux à sa famille, puis y mourir de manière « digne »… puisqu’en Belgique, comme en France, dès que l’on évoque l’euthanasie, les mots « digne », « dignité », « dignement », ne sont jamais très loin dans la phrase.

Pourquoi tant de bruit autour de cette affaire, alors qu’en Belgique l’euthanasie, depuis sa légalisation, tourne à l’épidémie galopante ? C’est que, dans son fond comme dans sa forme, elle a un furieux air de famille avec… la peine de mort. Peine de mort volontaire, soit, mais peine de mort quand même, qui apporte en sus de l’eau au moulin des partisans de celle-ci : si l’on en croit Franck Van Den Bleeken, il serait donc plus inhumain de garder un homme ad vitam en prison que de lui ôter la vie.

Puis il est des rapprochements qui sont un peu dérangeants pour les onctueux promoteurs du « droit de mourir dans la dignité ».

Dérangeants, car il ne faudrait pas que le quidam moyen, acquis à la généreuse cause « euthanasie » à force de long et lent travail des esprits et des cœurs, s’avise de poursuivre le raisonnement. Toutes les euthanasies, au fond, ne sont-elles pas des peines de mort ? Des peines de mort « charitables », s’entend, où, comme dans le cas Van Den Bleeken, le condamné volontaire ne se supporte plus dans la prison de sa triste vie. Un condamné volontaire (ou désigné volontaire par ses proches) qui a été tacitement jugé coupable, pas d’un viol ou d’un meurtre, bien sûr, mais coupable d’être inutile, une charge pour la société, une souffrance morale et matérielle pour la famille, coupable d’offrir à nos regards un corps moche et supplicié. Coupable enfin d’avoir perdu sa dignité.

Autrefois, la dignité était livrée dans le paquetage de tout « petit d’homme », inhérente à celui-ci, qu’il soit tordu, bossu, mal foutu, et même foutu tout court. Mais aux indigents qui n’ont rien – ni la jeunesse, ni la santé, ni l’usage des membres, ni de l’intelligence –, on vient de voler ce dernier bien, par un discours insidieux qui pénètre les consciences : puisque l’euthanasie, c’est mourir dignement, le contraire de l’euthanasie, c’est vivre indignement. Toute vie, par essence, n’est donc pas forcément « digne », digne d’être vécue.

Et cette peine de mort est bien plus lâche que l’autre. Puisque (Ponce Pilate) la société s’en lave les mains. Aucun Créon n’en portera la responsabilité, c’est le condamné qui a « décidé » : l’acte est humanitaire. On vient d’inventer le concept de « bourreau solidaire ».

À la pointe du combat pour l’abolition de la peine de mort, il y avait la gauche. Et au centre de son discours, il y avait l’inaliénable dignité humaine qui interdit d’ôter la vie. Même celle des assassins. À la pointe du combat pour l’euthanasie, il y a la gauche. Exit la dignité humaine. Même celle des innocents. ...

Source : bvoltaire.fr

 

Alma Adilon-Lonardoni : Plaidoyer pour les aînés

 

 

IL FAIT SI BON VIEILLIR...

Alma ADILON-LONARDONI – Lycée Champagnat – Saint-Symphorien-sur Coise (69) - 2012

« Ils ne s’en rendent pas compte vous savez, ils sont vieux, ça ne les dérange pas... »
J’étais venue pour visiter cet institut ; cherchant un endroit pour accueillir humainement une vieille
femme souffrant de la maladie d’Alzheimer.
Une employée m’a ouvert la porte et m’a menée à un semblant de salon. Trois vieilles femmes
étaient recroquevillées sur leurs fauteuils, d’un air résigné. Trois vieilles femmes sur trois fauteuils, et
une chaise roulante. Une chaise roulante vide, à un détail près. Deux prothèses de jambe gisaient à
ses pieds, revêtues de bas de laine.
Remarquant mon trouble, l’aide-soignante a devancé ma question :
« Ne vous inquiétez pas, m’a-t-elle dit, ce n’est que le fauteuil d’une résidente qui est morte il y a
deux jours. »
Mon silence sans doute en disait trop. Une fois encore, elle a semblé percevoir une once de reproche
dans mon regard – comme si je trouvais choquant que l’empreinte de la mort soit disposée
nonchalamment au milieu de trois vieilles femmes. Trouvais-je choquant ce vestige d’une femme qui
était assise à leurs côtés, sur ces mêmes chaises, trois jours plus tôt ? Trouvais-je choquant que leur
soit imposée l’évidence: « Bientôt ce sera votre tour... » ? Trouvais-je choquant que ces trois femmes
soient considérées comme suffisamment amoindries pour ne pas avoir conscience de leur condition,
pour ne pas être angoissées par une échéance placée constamment sous leurs yeux, se rappelant à
leur bon souvenir : « Bientôt ce sera votre tour... » ? Trouvais-je que ces restes, posés là, n’avaient
rien d’anodin ?
Oui, elle a semblé percevoir une once de reproche dans mon regard — comme si je considérais ces
femmes comme dignes d’attention. Comme si je les considérais dignes. Comme si simplement je les
considérais.
Devinant vaguement mon indignation, elle m’a aimablement rassurée : « Ils ne s’en rendent pas
compte vous savez, ils sont vieux, ça ne les dérange pas... »
Aujourd’hui, mesdames, messieurs, j’accuse la société de reléguer ses mères, ses pères aux
oubliettes. Je pense, oui, qu’il est choquant et même injustifiable que des individus dits « personnes
âgées » soient entassés à trois dans des chambres froides et étroites.
Je pense qu’il est bien triste que certaines maisons de retraite – pardon, établissements
d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes – soient devenues des asiles clos et malsains.
Je pense qu’il est anormal que la qualification du personnel varie d’un centre à un autre, et que les
services de qualité soient encore trop peu répandus. Je pense qu’il est indigne de notre société
d’avoir à ce point honte de ses vieux devenus inutiles qu’elle les cloître autoritairement. Je pense
qu’il est inacceptable que ces personnes soient considérées comme des enfants, voire comme des
objets.
C’est nous qui sommes les enfants, mesdames, messieurs, nous qui leur devons tout.
Nous avons été protégés par nos parents durant toute notre enfance. Maintenant que nous n’en
avons plus besoin, que les rôles pourraient être échangés, pourquoi prendre la peine de leur rendre
la pareille ?
Comment peut-on penser qu’une personne âgée n’a plus rien à nous apporter ? Un regard autre, qui
a connu d’autres valeurs et qui a su acquérir une sagesse particulière ne nous est-il plus nécessaire ?
N’a-t-on pas besoin de se remettre en question auprès d’une simplicité revendiquée par ces
personnes ? Finalement, il me semble parfois que, contrairement aux clichés que véhicule notre
société, ce ne sont pas eux les assistés, mais bel et bien nous...
Bien évidemment, il n’y a pas un seul type de personne âgée. Mais, de nous aux personnes âgées, il
n’y a qu’une figure : l’être humain. Il serait bon de ne pas l’oublier.
Nous sommes plongés dans une loi du plus fort, dans une course au profit et à l’efficacité, à la
rentabilité, la rapidité, qui évince et dévalorise la vieillesse de notre société.
Dès lors que les portes de la redoutable maison de retraite sont franchies, le statut de la personne
change. On n’est plus un être humain mais un « résident ».
Je ne cherche pas à généraliser. Les conditions de vie en maisons de retraite que je dénonce ne
s’appliquent heureusement pas à tous les établissements. Mais ceux dans lesquels l’on peut attendre
un minimum de respect, lorsqu’ils ne sont pas hors de prix, affichent bien souvent complet. De
même, bien sûr, tous les aides-soignants ne sont pas des irresponsables insensibles. Mais si certains
le sont bel et bien, beaucoup d’autres n’ont peut-être pas le choix... Parce que l’intégralité du
système médical public est gérée en amont.
Au-delà d’un personnel peu consciencieux, c’est l’État le plus responsable, qui de sa jouvence
immaculée, ne perçoit rien d’autre que des chiffres un peu flous. Une aide-soignante pour quatre-
vingts pensionnaires, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des économies en plus, et si ça doit être au
détriment de vies humaines, qu’à cela ne tienne ? Quelle importance que des êtres humains
pourrissent dans des geôles impersonnelles, dans une souffrance qui pourtant serait évitable, quelle
importance que de vieilles femmes incontinentes soient parquées dans leurs lits par manque de
temps ? Quelle importance que le personnel n’ait pas le temps de veiller à ce que ces personnes
prennent les repas qui ont été balancés à la hâte dans leur chambre, si bien que les hospitalisations
pour déshydratation sévère fassent désormais partie de la routine ? Quelle importance aussi que des
pensionnaires soient, au nom de leur prétendue sénilité, gavés de médicaments lourds et nocifs, et
surtout injustifiés ?
Ces réalités durement envisageables sembleraient tout droit sorties d’un film tel que « Vol au-dessus
d’un nid de coucou », qui dépeint la douleur extrême des « asiles de fous » à une époque où les
maladies mentales étaient considérées comme honteuses et dangereusement incurables... Et
pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, celles dont je vous parle sont perpétrées
aujourd’hui plus que jamais, sur des individus inoffensifs et vulnérables et dans des lieux clos à
l’atmosphère insupportable. Comment ne pas se dégrader lorsque l’on n’est plus traité comme un
être humain, et surtout, comment garder un semblant de dignité dans une telle situation ?
Il est inacceptable que des établissements pour personnes âgées soient devenus des entreprises à
but lucratif. Là où le seul maître mot devrait être bien-être et entraide, c’est l’argent qui régit la vie
de personnes considérées comme « en fin de vie », et c’est ce seul titre qui fait s’imaginer à certains
que leurs dérives et abus sont justifiés.
Le Président, Monsieur Sarkozy nous avait promis, au début de son mandat, un nouveau dispositif de
financement de la prise en charge de la perte d’autonomie. Nous l’attendons toujours. Nous
l’attendons et, avec nous, des millions de personnes âgées délaissées et abandonnées à leur
souffrance.
Ces dérives ne sont pas seulement immorales, elles vont aussi à l’encontre de la Déclaration
Universelle des droits de l’homme.
Le premier article, en effet, stipule clairement que : tous les êtres humains naissent libres et égaux en
dignité et en droits et qu’ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les
autres dans un esprit de fraternité.
Que l’on m’explique où est la fraternité dans le fait de se considérer supérieur à d’autres êtres
humains, sentiment simplement appuyé par leur situation physique. Que l’on m’explique aussi dans
quelle mesure l’on peut dire d’une personne retenue contre son gré en maison de retraite, qu’elle
est libre. Que l’on me dise quelle dignité il reste à quelqu’un dont la présence en établissement va
dans l’imaginaire collectif automatiquement de pair avec une dégradation intellectuelle, voire une
sénilité aiguë.
Qu’enfin l’on me justifie la distinction qui s’est peu à peu creusée entre les droits de l’homme, et les
droits de la personne âgée. Ne sommes-nous plus humains lorsque nous vieillissons ?
Je souhaiterais comprendre, Mesdames et Messieurs, pourquoi la plupart des personnes âgées se
voient forcées de renoncer à ces droits fondamentaux.
L’article 5 de la déclaration, quant à lui, ne fait qu’appuyer mon incompréhension :
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Pourquoi l’État, la société, les citoyens, tolèrent-ils que ce principe soit bafoué chaque jour, au sein
même du pays des droits de l’homme ?
Pays des droits de l’homme ... Il est beau, le pays des droits de l’homme, pas même capable de
respecter ses racines.
Notre belle patrie, qui se veut à son plus haut degré de civilisation, également dans la manière dont
elle fait respecter ses lois (et ses droits, cela va sans dire), en oublie peu à peu que tout ce qui
constitue les anciennes coutumes n’est pas bon à jeter.
Les coutumes amérindiennes par exemple, qui ont conservé leur sens du respect traditionnel, me
paraissent hautement plus louables que celles de notre société actuelle.
Dans la tradition amérindienne, le vieux sage est capable d’enchanter, de favoriser le rêve, de deviser
à voix haute, d’initier, de transmettre, de conseiller, de montrer le chemin, de rendre compte de
l’Histoire...
De notre côté, aujourd’hui, une personne qui vieillit perd de son utilité et de son efficacité. Elle est
amoindrie, c’est là le seul statut qu’on lui reconnaît. Comment accorder son estime à quelqu’un à qui
on refuse seulement l’écoute ?
Mais le plus dérangeant sans doute, c’est que dans l’ensemble de notre société, qui prône et
magnifie l’éternelle jeunesse, la vieillesse soit vue aujourd’hui comme une échéance cruelle et
insurmontable, comme une épreuve douloureuse et non plus comme une étape naturelle de la vie
d’un homme.
Des solutions existent. Nous devons faire face à l’inacceptable et ne pas oublier qu’un jour, bientôt, à
nous aussi, ce sera notre tour...
Je demande, Mesdames et Messieurs, au nom de tous ceux qui souffrent depuis trop longtemps, une
hausse réelle du personnel dans notre société.
Je demande à ce que bien-être et traitements respectueux ne soient pas des services qui se
monnayent, mais à ce qu’ils soient accessibles à tous.
Je demande à ce que maison de retraite ne soit plus synonyme d’hospice ni de mouroir, mais de lieu
d’accueil solidaire et fraternel.
Je demande la dignité.

 

GPA et euthanasie : inquiétudes

 

Euthanasie-GPA un marchandage "gagnant-gagnant" ?

par Laissez-les-Vivre SOS-Futures mères, 28/07/2014 (extraits)

"Les gesticulations sur la GPA masqueraient-elles la volonté d'imposer l'euthanasie ? Jean LEONETTI, le député sociétal de l'UMP, qui ne se préoccupait jusqu'à présent que de savoir comment il aurait "la peau" de Vincent LAMBERT, s'intéresse brusquement à la GPA. Le voilà qui s'indigne le 23 juin 2014 à l'Assemblée : pas question d'autoriser la GPA et puisque des hommes politiques tant de droite que de gauche dont le sénateur Alain CLAEYS travaille avec le député UMP sur l'euthanasie sont contre pourquoi ne pas déposer dès la rentrée une proposition de loi interdisant strictement cette dernière en France et renforçant les sanctions à l'encontre de ceux qui y ont recours.

Le gouvernement ne pourrait pas le lui refuser en échange d'une nouvelle loi faisait avancer l'euthanasie, par exemple sous forme de possibilités d'aide à mourir dans certains cas "extrêmes" bien entendu forcément "très limités"! L'urgence économique de l'euthanasie est tellement forte, ainsi que l'ont récemment rappelé les déclarations de la toute nouvelle ministre de la Santé de Lituanie Rimanté SALASEVICIUTE. "L'euthanasie sera le mode de gouvernement des sociétés futures" prédisait dès 1982 Jacques Attali... dans l'ouvrage de Michel SALOMON. Face au défi démographique, les pays européens plongés dans le marasme économique sont de plus en plus confrontés à la tentation de l'euthanasie. En France, plus particulièrement y aurait-il un accord tacite entre une grande partie de la classe politique de droite comme de gauche pour y accéder maintenant assez rapidement quitte à laisser tomber au moins en apparence la GPA. Certaines signatures de l'appel à François HOLLANDE du 14 juillet 2014 lui demandant dans le quotidien "Libération" de résister à la GPA sont à cet égard quelque peu étonnantes. Lionel JOSPIN, qui s'il est l'ex mari de Sylviane AGACINSKI, certes sincérement hostile à la GPA est aussi le fils de Mireille JOSPIN, grande égérie de l'ADMD qui avait mis en scène le 6 décembre 2002 son propre suicide. La plupart des ministres sont très favorables à la GPA mais seraient sans doute prêts à laisser de côté leurs revendications si les circonstances économiques l’exigeaient. ...

La reconnaissance de la loi LEONETTI, comprise d’ailleurs sous sa forme maximaliste, assimilant alimentation et hydratation à des traitements ainsi que le Conseil d’Etat l’a interprêté le 14 février 2014 semble constituer, ainsi que l’allégeance à la loi Veil, "le minimum démocratique" auquel tous les chefs des grands partis veulent désormais être soumis sous peine, s’imaginent-ils, de ne plus être fréquentables. Il en sera vraisemblablement de même d’une législation sur l’euthanasie surtout si elle était soutenue, voire présentée par une personnalité politique aussi consensuelle que Jean LEONETTI.

17 milliards d’euros sont dépensés chaque année pour les personnes âgées et les handicapés. Comme le déplore Jean-Claude MARTINEZ dans "Euthanasie, Stade Suprême du Capitalisme", il est temps pour les gestionnaires qui nous gouvernent d’ouvrir le filon en or des euthanasies possibles. Et cela est beaucoup plus urgent pour l’équilibre budgétaire imposé par l’Union Européenne que la GPA que de toute façon la CEDH arrivera à imposer progressivement et subrepticement. Que la CEDH ait eu à traiter la même semaine (fin juin 2014) à la fois du recours contre le refus d’inscription sur les registres français d’état-civil des enfants conçus par GPA à l’étranger et du référé concernant la décision de mise à mort de Vincent LAMBERT paraît certes être une coïncidence, mais cela a pu suggérer un marchandage facilité par des sondages favorables à l'euthanasie et hostiles à la GPA."

Source : lesalonbeige.fr

 

Bruit des bottes et silence des pantoufles

 

"Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes"

Martin Niemöller (1892-1984)

par un auteur inconnu

Un homme dont la famille faisait partie de l'aristocratie allemande, avant la seconde guerre mondiale, possédait un certain nombre de grandes usines et de propriétés. Quand on lui demandait combien d'Allemands étaient de véritables nazis, il faisait une réponse qui peut guider notre attitude au regard du fanatisme.

«Peu de gens sont de vrais nazis» disait-il, «mais nombreux sont ceux qui se réjouissent du retour de la fierté allemande, et encore plus nombreux ceux qui sont trop occupés pour y faire attention. J'étais l'un de ceux qui pensaient simplement que les nazis étaient  une bande de cinglés. Aussi la majorité se contenta-t-elle de regarder et de laisser faire.

Soudain, avant que nous ayons pu le réaliser, ils nous possédaient, nous avions perdu toute liberté de manœuvre et la fin du monde était arrivée. Ma famille perdit tout, je terminai dans un camp de concentration et les alliés détruisirent mes usines».

La Russie communiste était composée de Russes qui voulaient tout simplement vivre en paix, bien que les communistes russes aient été responsables du meurtre d'environ vingt millions de personnes. La majorité pacifique n'était pas concernée.

L'immense population chinoise était, elle aussi, pacifique, mais les  communistes chinois réussirent à tuer le nombre stupéfiant de soixante-dix millions de personnes.

Le japonais moyen, avant la deuxième guerre mondiale, n'était pas un belliciste sadique. Le Japon, cependant, jalonna sa route, à travers l'Asie du sud-est, de meurtres et de carnages dans une orgie de tueries incluant l'abattage systématique de douze millions de civils chinois, tués, pour la plupart, à coups d'épée, de pelle ou de baïonnette.

Et qui peut oublier le Rwanda qui s'effondra dans une boucherie. N'aurait-on pu dire que la majorité des Rwandais était pour «la Paix et l'Amour» ?

Les leçons de l'Histoire sont souvent incroyablement simples et brutales cependant, malgré toutes nos facultés de raisonnement, nous passons souvent à côté des choses les plus élémentaires et les moins compliquées: les Musulmans pacifiques sont devenus inconséquents par leur silence.

Aujourd'hui, des «experts» et des «têtes bien pensantes», ne cessent de nous répéter que l'Islam est la religion de la paix, et que la vaste majorité des Musulmans ne désirent que vivre en paix. ...

Le fait est que les fanatiques gouvernent l'Islam, actuellement. Ce sont les fanatiques qui paradent. Ce sont les fanatiques qui financent chacun des cinquante conflits armés de par le monde. Ce sont des fanatiques qui assassinent systématiquement les  chrétiens ou des groupes tribaux à travers toute l'Afrique et mettent peu à peu la main sur le continent entier, à travers une vague islamique.

Ce sont les fanatiques qui posent des bombes, décapitent, massacrent ou commettent les crimes d'honneur. Ce sont les fanatiques qui prennent le contrôle des mosquées, l'une après l'autre. Ce sont les fanatiques qui prêchent avec zèle la lapidation et la pendaison des victimes de viol... La réalité, brutale et quantifiable, est que la «majorité pacifique», la «majorité silencieuse» y est étrangère et se terre.

Les musulmans pacifiques deviendront nos ennemis s'ils ne réagissent pas, parce que, comme mon ami allemand, ils s'éveilleront un jour pour constater qu'ils sont la proie des fanatiques et que la fin de leur monde aura commencé.

Les Allemands, les Japonais, les Chinois, les Russes, les Rwandais,
les Serbes, les Albanais, les Afghans, les Irakiens, les Palestiniens, les Nigériens, les Algériens, tous amoureux de la Paix, et beaucoup d'autres peuples, sont morts parce que la majorité pacifique n'a pas réagi avant qu'il ne fut trop tard.

Quant à nous, qui contemplons tout cela, nous devons observer le seul groupe important pour notre mode de vie : les fanatiques.

On ne peut s’empêcher de repenser à cette phrase de l’un de nos  congénères les plus éclairés, lui aussi allemand d’origine :

« Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

Albert Einstein

Source : dreuz.info

 

Jean-Marie Le Mené : les mensonges de la loi Leonetti

 

Euthanasie – Jean-Marie Le Mené : « L’opinion obéit par peur à la pensée dominante »

par Antoine Pasquier, 01/07/2014

Pour le président de la Fondation Jérôme-Lejeune, l’affaire Vincent Lambert confirme les faiblesses congénitales incluses dans la loi Leonetti, qui permet de faire mourir de faim et de soif sous couvert d’acharnement thérapeutique.

Le Conseil d’État a ordonné le 24 juin l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert. Cette décision ne signe-t-elle pas une forme de renoncement, voire de violence, face à la vulnérabilité humaine ?

Cette décision est conforme à une loi, portée par le député UMP Leonetti, qui date de 2005. On fait semblant de découvrir aujourd’hui qu’elle permet l’euthanasie. En 2005, la Fondation Jérôme-Lejeune a compté parmi les rares observateurs à déplorer que cette loi, dont tout le monde se félicitait, permette l’euthanasie, en assimilant arrêt de l’hydratation et de la nutrition à un refus d’acharnement thérapeutique, c’est-à-dire en confondant des soins qui sont toujours dus avec des traitements qui peuvent être suspendus. À l’époque, cette observation n’était pas politiquement correcte, mais elle était juste, on le voit aujourd’hui. S’il y a renoncement, il ne date donc pas d’aujourd’hui mais de 2005.

En revanche, je ne crois pas que la société, dans son ensemble, soit solidaire de ce renoncement. Si on lui explique mal, elle comprend mal et elle répond mal aux sondages qui nous diront invariablement que l’euthanasie est une demande sociale. En laissant croire à l’opinion, comme s’y emploient la majorité et l’opposition, que dans l’affaire Lambert, il n’est pas question d’euthanasie mais de refus de l’acharnement thérapeutique, on ment. L’effet de ce mensonge est qu’on peut désormais donner la mort sans tuer.

En s’appliquant à des personnes lourdement handicapées, la loi Leonetti ne montre-t-elle pas ses limites ?

La loi Leonetti ne montre pas ses limites aujourd’hui, elle avait des faiblesses congénitales. Elle a introduit des imprécisions et des confusions, alors que le code de déontologie médicale était suffisant. Ainsi elle ne donne pas de définition précise de l’euthanasie ; elle n’établit pas de distinction claire entre le refus d’un traitement disproportionné et l’euthanasie par omission, pas plus qu’entre soin et thérapie ; elle ne donne pas de définition des traitements, laissant entendre que l’alimentation peut être considérée comme un traitement.

Dans la culture contemporaine qui évacue la souffrance et la mort parce qu’elle n’en comprend plus le sens, le juge hérite d’une marge d’interprétation réduite. C’est ce que montre le cas de Vincent Lambert qui n’est pas en fin de vie et dont personne ne dit qu’il est en proie à des souffrances intolérables. Vincent Lambert est devenu handicapé, avec un degré de conscience diminué, à la suite d’un accident. Il vit d’une vie qui n’est pas petite, mais qui est la sienne. La société, nous dit-on, n’est plus prête à poser son regard sur des vies qui, à ses yeux, ne valent pas la peine d’être vécues.

La cour d’assises de Pau a acquitté, le 25 juin, le Dr Bonnemaison, poursuivi pour empoisonnement à l’encontre de sept de ses patients. La décision des jurés ne reflète-t-elle pas l’état d’esprit de nos concitoyens sur la question de la fin de vie ?

Je ne pense pas que la décision des jurés reflète le fond du cœur des gens. Il faut bien voir que nous sommes tous plus ou moins victimes d’un terrorisme compassionnel permanent qui inhibe la faculté d’appréhender la vérité. On nous recommande abusivement de pratiquer une sorte d’irénisme en décalage avec la violence qui nous est imposée. Autant ces injonctions sont pertinentes s’agissant des personnes, autant elles sont dangereuses s’agissant des principes.

À l’évidence, il doit être dénoncé qu’un empoisonneur ait fait l’objet d’un soutien aussi obscène que celui de Bernard Kouchner et aussi pathétique que celui de Jean Leonetti. Si l’appréciation morale d’actes homicides n’est plus possible, n’est plus exprimée, n’est plus reçue, et cela au nom d’une pitié fallacieuse, comment voulez-vous que l’opinion s’y retrouve ? Elle obéit par peur et par commodité à la pensée dominante.

Mais que nos contemporains soient en accord avec une justice qui, dans le même temps, condamne un malade et acquitte un homicide, cela, je ne puis l’imaginer.

L’Église a été très silencieuse sur ces deux affaires. Sa voix n’est-elle pas attendue avec force sur un sujet qu’elle maîtrise bien par ailleurs ?

Il faut distinguer le plan doctrinal et le plan pastoral. L’enseignement magistériel de l’Église existe et il est très clair. On avait même l’habitude de dire : il est connu de tous, ce n’est pas la peine de le répéter sans cesse. C’était peut-être encore le cas naguère. Cela ne l’est plus maintenant en raison d’une défaillance quasi généralisée de l’enseignement du catéchisme depuis des dizaines d’années. L’Église devrait donc redire ces vérités qui ne sont plus connues des générations les plus récentes.

Sur le plan pastoral, on a parfois abusé des témoins et écarté les maîtres. Or on a besoin des deux et sans doute plus des maîtres que des témoins. Ceci ne devrait pas poser de difficulté à l’Église qui maîtrise beaucoup mieux les sujets bioéthiques aujourd’hui qu’il y a vingt ans.

Je ne crois pas que l’Église ait peur de déplaire, elle qui brandit depuis 2000 ans l’image d’un mourant sur une croix ! Les silences de l’Église sont des mystères…

Le gouvernement a demandé aux députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) de travailler sur une modification de la loi du 22 avril 2005. À force de légiférer, ne risque-t-on pas de franchir le pas de trop vers la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie ?

« Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires », écrivait Montesquieu. C’est pourtant ce qui va se passer. Voir Jean Leonetti former un attelage avec Alain Claeys pour légiférer sur l’euthanasie nous donne une information très inquiétante sur les courants de pensée auxquels ils s’abreuvent l’un et l’autre.

Nous arriverons avec eux à boucler le cycle révolutionnaire classique, dont l’avortement a été l’archétype, caractérisé par :

– les « illégalités fécondes » qui mettent en échec une loi morale (sur le modèle des « 343 ») ;

– la « réflexion sans tabou » qui évacue le principe du respect de la vie ;

– l’« encadrement des dérives » qui légalise une pratique criminelle ;

– le « lifting sémantique » qui fait disparaître le mot « euthanasie » pour dissimuler la chose… Ainsi le crime est parfait.

L’étude des bons auteurs (dont le manuel Euthanasie de la Fondation Jérôme-Lejeune), ainsi que de grandes manifestations populaires que j’appelle de mes vœux, sont encore des moyens d’encourager de nouveaux Salomon à rendre justice à ceux qui défendent la vie des plus fragiles.

Antoine Pasquier

Source : famillechretienne.fr

 

Mort par routine

 

La vie humaine, une valeur en chute

par Charles Rouvier, étudiant, 22/06/2014

L’euthanasie, tout comme l’avortement, si elle peut soulager une situation individuelle difficile, est néfaste à la société.

Le 11 juin s’est ouvert le procès du docteur Bonnemaison. Ce médecin compatissant, au lieu de s’acharner méchamment à soigner des gens, aurait attaqué le problème à la source en les euthanasiant. Le débat de l’euthanasie est à nouveau ouvert, comme pour l’affaire Vincent Lambert.

L’euthanasie progresse. Les trois pays du Benelux l’autorisent déjà entièrement. La Suisse, l’Allemagne et la Suède autorisent ce qu’il est convenu d’appeler le « suicide assisté » et les autres admettent, sinon en droit, du moins de fait, l’euthanasie passive, c’est-à-dire de « débrancher » le patient. Dans le cas du suicide assisté, rassurez-vous, celui-ci est rigoureusement proscrit lorsque le futur ancien patient le demande pour des motifs « égoïstes ». Il semblerait qu’une qualité trop méconnue des médecins est de lire dans les pensées.

Il est, bien sûr, des cas horribles où – je suis le premier à l’admettre – je supplierais qu’on me tue et peut-être le tenterais-je moi-même. Mais ces cas sont heureusement extrêmement rares. La loi est ordonnée pour ce qui est bon pour la communauté, pas pour l’exception. Plus simplement, ce n’est pas parce que je veux quelque chose que j’y ai droit.

L’euthanasie, tout comme l’avortement, si elle peut soulager une situation individuelle difficile (« mourir, ce n’est pas facile », comme disait l’autre), est néfaste à la société. Elle traduit une perte alarmante d’espoir dans l’avenir, alors qu’on ne compte plus les cas de rétablissement miraculeux de gens auxquels on avait déjà réservé un frigo à la morgue.

Bientôt, les pompiers jetteront de l’essence sur les immeubles en flammes : si on ne peut pas sauver ceux qui s’y trouvent, autant que ce soit vite fini.

Elle montre aussi la chute vertigineuse de la valeur d’une vie humaine. Marx a gagné : l’homme est « un être générique » dont la seule différence avec l’animal est qu’il produit ses moyens de subsistance au lieu de seulement les rechercher. Si l’animal est boiteux, il ralentit la marche du troupeau. Il vaut mieux le laisser se faire bouffer par des loups ou sécher au soleil. La dignité d’être un homme se résumerait au confort et à la santé. Sans ces deux choses, la vie serait un gâchis et l’humain une ordure.

On peut déplorer l’état avancé de décadence dont sont frappées nos société. D’un point de vue scientifique, il nous offre aussi une chance unique. Nous avons la chance d’observer en temps réel ce qu’engendre concrètement un monde privé de toute morale, principe, religion ou règne une liberté qui est en fait anarchie. Il produit la mort.

Pas seulement la mort spirituelle ou morale ou politique. Il s’agit de la vraie mort physique des êtres humains, mort infligée non par un ennemi mais par la société ! Pas la guerre, pas la maladie, pas la famine, non : la simple routine.

Source : bvoltaire.fr

 

Les faux débats sur l'euthanasie

 

Affaire Bonnemaison : un débat sur l’euthanasie qui n’a pas lieu d’être

par Antoine Pasquier, 10/06/2014

Les pouvoirs ont parfois la manie de se télescoper. Quand l’exécutif essaie de temporiser le débat sur la fin de vie, le pouvoir judiciaire appuie sur l’accélérateur. En moins de dix jours, deux juridictions auront à se prononcer sur deux affaires médiatiques : le 11 juin, devant les assises des Pyrénées-Atlantiques, s’ouvrira le procès du Dr Bonnemaison ; puis le 20 juin, le Conseil d’État tranchera le cas de Vincent Lambert, cet infirmier de 38 ans tétraplégique depuis un accident de la route en 2008.

Qu’ont en commun ces deux affaires ? En apparence, rien. Dans le premier cas, la justice poursuit un médecin urgentiste soupçonné d’avoir empoisonné en 2011 sept de ses patients en fin de vie. Dans le second cas, la haute juridiction administrative doit, pour la première fois de son existence, statuer sur la vie ou la mort d’un homme en état végétatif chronique, dont une partie de la famille demande l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation. Pourtant, l’une et l’autre affaire vont longuement s’attarder sur deux notions-clés des débats entourant l’euthanasie : le consentement et la définition de la dignité.

De consentement, il n’en a jamais été question dans l’affaire Bonnemaison. Particulièrement vulnérables, les sept victimes du médecin urgentiste bayonnais n’étaient pas en état d’exprimer leurs souhaits lorsque le médecin urgentiste leur a délibérément donné la mort. On ne peut dès lors, comme essaie de le faire la défense, parler d’un procès en faveur de l’euthanasie ou alors ce serait avaliser le fait qu’une euthanasie puisse être pratiquée sur une personne contre sa volonté au nom d’une certaine idée de la compassion. En justifiant les gestes du Dr Bonnemaison, les partisans d’une aide active à mourir ne font rien d’autre.
Comment peuvent-ils ensuite affirmer qu’une législation encadrée de l’euthanasie (consentement éclairé, stade avancé d’une maladie…) protégera de toute dérive quand eux-mêmes font déjà sauter les verrous au gré de leurs intérêts ? Comment peut-on raisonnablement faire de ce procès le débat citoyen sur la fin de vie dont tout le monde parle, à tort et à travers, depuis deux ans, alors même que les termes en sont faussés depuis le commencement ? Sans parler du risque d’aborder ces questions dans un contexte passionné. Tout ce qu’il ne faut pas faire, en somme.

De consentement, les experts nommés par le Conseil d’État n’en ont pas décelé la moindre expression dans les réactions de Vincent Lambert. Les juges pourront-ils balayer d’un revers de la main ce doute persistant qui avait déjà justifié la décision du juge de première instance de rétablir son alimentation et son hydratation ?

Ces procès seront aussi, et surtout, ceux de la dignité de la personne humaine. Est-elle une notion subjective ? Autrement dit, perd-on sa dignité lorsque l’on n’est plus en capacité d’entrer pleinement en relation avec l’extérieur, comme ce serait le cas pour Vincent Lambert, ou lorsque notre état est « perdu d’avance », comme l’a jugé le Dr Bonnemaison de ses sept patients ? Ou au contraire, est-elle intrinsèque et inaliénable à la personne humaine ? « Fixer des critères à la dignité, ce serait la mettre au conditionnel », met en garde la philosophe Chantal Delsol (Les Pierres d’angle, Cerf). Et risquer de la bafouer. Au nom de la compassion ou en fonction des changements d’idées ou d’humeur de la société.

Antoine Pasquier

Source : famillechretienne.fr

 

Yannis Papadaniel, ethnologue : Ces bénévoles auprès des mourants

 

Parti pris pour la mort - entretien avec Yannis Papadaniel

posté à 17h38, par Julia Zortea, 10/06/2014 (extraits)

Leur démarche interpelle. Met mal à l’aise. Pourquoi s’inviter au chevet des mourants ? Qu’y gagnent-ils ? L’ethnologue Yannis Papadaniel a consacré un ouvrage à ces bénévoles suisses qui, dans le cadre des soins palliatifs, rendent visite aux personnes en fin de vie. Entretien.

En essor depuis une trentaine d’années, les soins palliatifs visent à soulager les souffrances d’une personne gravement malade, pour préserver une certaine qualité de vie jusqu’au décès. Comme le définit la Société française d’accompagnements et de soins palliatifs, ce mouvement considère « le malade comme un être vivant, et la mort comme un processus naturel ». Opposée à la pratique de l’euthanasie, cette discipline médicale se positionne également contre l’acharnement thérapeutique. Outre une réduction de la douleur par des traitements médicaux, elle encourage l’accompagnement des malades et de leurs familles par des soignants et des bénévoles.

En Suisse, Marie-Pierre, Michel, Jeanne et Rosy, parmi d’autres bénévoles, ont fait le choix de devenir accompagnants de personnes en fin de vie. Rattachés à deux associations conventionnées auprès des hôpitaux, des maisons de retraites et des organismes de soins à domicile, ces derniers sont régulièrement appelés pour passer quelques heures au chevet de personnes à l’agonie. Loin de considérer la mort de l’autre comme un phénomène tragique ou triste, ces bénévoles tirent parti, simplement, sincèrement, de leur expérience. « C’était valorisant », « C’était magnifique », confient-ils dans La Mort à côté, beau et troublant récit de Yannis Papadaniel, relatant une enquête ethnographique de plusieurs années au sein de ces groupes.

Aurions-nous affaire à des êtres étranges ? Pire, malsains ? « Celui qui se contente d’envisager la mort des autres sans être accablé, en se tenant à une distance ’’raisonnable’’, et/ou parce qu’il l’a choisi, remarque le chercheur, risque à tout moment d’être perçu comme une personne qui entretient un rapport aseptisé à la mort, ou pour un être morbide. Mais qu’est-ce qu’un bon rapport à la mort ? Ou situer la juste distance ? À ces deux questions, il n’existe que des réponses morales. »

Entretien avec Yannis Papadaniel à propos d’une enquête qui interroge les jugements prescrits.

Quelles certitudes sur la mort cherchez-vous à interroger ?

« Quand on parle de la mort, lors d’une conversation quotidienne ou dans le champ académique, le terme de ’’déni’’ ou de ’’refoulement’’ surgit très rapidement. Comme s’il s’agissait d’une évidence. Des travaux d’historiens ou d’anthropologues, tels ceux de Philippe Ariès ou de Louis-Vincent Thomas, ont contribué à asseoir ce discours commun en établissant que nous, ’’occidentaux’’, vivrions dans une société et avec une culture qui ne laisseraient que peu de place à la mort. Nous serions dépourvus de codes, de mots et de rites pour lui faire face quand elle survient. Cette conception avance de pair avec une croyance répandue, selon laquelle on mourrait mieux ’’ailleurs’’ - sans jamais vraiment définir cet ailleurs.Plus généralement, les sciences humaines, lorsqu’elles s’intéressent à la mort, privilégient une approche centrée sur la ritualité funéraire ou sur le deuil. Il s’agit bien entendu de déclinaisons possibles et courantes des rapports qu’entretiennent les êtres humains à la mort, mais il y en a également d’autres, dont on ne parle pourtant que très peu. » ...

Justement, quel rapport à la mort avez-vous choisi d’étudier ?

« Au départ, je cherchais un sujet de thèse de doctorat ayant trait au religieux... Jusqu’à ce que je visionne Mort à Venise, film de Visconti où l’on assiste à l’agonie du personnage principal. La tension dramatique réside dans le fait que le mourant prend conscience des erreurs qu’il a commises au cours de sa vie, mais qu’il est alors trop tard pour changer quoi que ce soit. C’est ainsi qu’il meurt…

Il s’agit d’un film où l’on regarde quelqu’un mourir. Certes, il existe une distance entre le personnage et le spectateur - c’est une fiction, un produit culturel. Mais qu’importe : cette mort est captivante. Je me suis alors demandé quel intérêt nous trouvions, en tant que spectateur, à observer quelqu’un mourir, même dans le cadre d’un film. Il me fallait toutefois trouver un ’’terrain’’ pour répondre à cette question. J’avais entendu parler de la démarche de groupes de bénévoles qui accompagnent en Suisse des patients en fin de vie. Cela m’a interrogé : ces personnes expriment-elles un intérêt similaire à celui du spectateur face au personnage de Visconti ? Et quel est au juste la nature de cet intérêt ? En partant de ces questionnements, j’ai commencé par étudier les travaux universitaires sur la mort. Je dois dire qu’ils m’ont laissé un peu sceptique et dubitatif, car ils ne contiennent aucune piste permettant de comprendre ce que font ces bénévoles. »

Ces derniers évoluent au sein des soins palliatifs. Comment la mort est-elle considérée par cette discipline médicale ?

« Dans son ethnographie, fondatrice, sur l’émergence des soins palliatifs, Michel Castra étudie les valeurs et les normes qui imprègnent cette gestion quotidienne du mourir. Le palliatif participe à l’invention d’une période nouvelle de la vie, distincte des autres - ’’la fin de vie’’ - où tout concourt à faire de la mort un ’’projet’’, une étape permettant de faire le point sur son existence. La mort est idéalisée. Castra expose très bien cette idéologie du ’’bien mourir’’ promue par les équipes soignantes - et qui s’applique quelquefois au détriment du patient. Mais il la lie à une rationalisation des affects et à une volonté de neutralisation des effets néfastes de la mort (pour le mourant, sa famille et les soignants). Encore une fois, la mort reste l’élément qui fait peur.

Pendant mon travail d’enquête, je me suis pourtant rendu compte que les soignants et les bénévoles tirent parfois parti de leur engagement auprès des mourants. Ils y trouvent un gain, un bénéfice symbolique, quelque chose d’un autre ordre qu’un phénomène de déni, de deuil, ou de neutralisation. »

Ces réactions face à la mort ne sont-elles pas liées à la place que l’on occupe vis-à-vis du mourant ?

« La mort est prise dans un maillage social. En fonction de la position que l’on occupe dans ce maillage, on peut la vivre de différentes manières. On ne réagit pas face à la mort d’un proche de la même manière que face à la mort d’un patient. Par ailleurs j’essaie de démontrer que cette chaîne de réactions négatives est une occurrence parmi d’autres : on peut ne pas avoir peur de la mort, vouloir l’approcher, en savoir plus, selon la proximité - affective notamment - que l’on entretient ou non avec la personne mourante. »

Ces bénévoles bousculent un schéma classique selon lequel seules certaines personnes légitimes (la famille, les proches, les soignants) seraient autorisés à s’approcher d’un malade ou d’un mort…

« La présence des bénévoles en soins palliatifs est présentée comme une manière de ’’re-socialiser’’ la mort. La théorie du déni resurgit ici : quand la mort arrive, la société se replierait. En ce sens, les bénévoles seraient des représentants de la ’’société civile’’, des intermédiaires.

En réalité, je ne sais pas vraiment ce qu’ils représentent, car les patients se fichent un peu de la société civile. La plupart du temps, les bénévoles sont appelés par les professionnels de santé dans l’idée de seconder les familles auprès des mourants. Parfois les familles sont épuisées, ou ont besoin de s’absenter. La tâche des bénévoles est relativement claire : ils ne doivent pas intervenir dans le soin. S’il se passe quelque chose d’anormal, il leur faut appeler un soignant. Dès que la famille arrive, ils sortent. C’est paradoxal : ces bénévoles n’ont droit qu’à un espace très réduit au sein de l’institution, mais à partir du moment où ils y accèdent, personne ne contrôle vraiment ce qu’ils font, tant que cela n’a pas d’incidence explicite. Les bénévoles appartiennent à des associations qui les encadrent, mais ils évoluent seuls et librement face aux patients. »  ...

Et que trouvent-ils finalement dans cette expérience ?

« Ces bénévoles – dont les trajectoires sont par ailleurs toutes différentes – ont pour point commun d’éprouver l’expérience de la mort sans prendre le risque de mourir. Le plus souvent, ils savent s’adapter à la situation, mais il y a toujours un moment de ’’décrochage’’ : il s’agit du moment où ils essaient de tirer un enseignement de leur expérience. Avec cette particularité qu’ils ramènent à eux une expérience qui, au départ, ne les concerne pas (la mort d’un inconnu), et qui les concerne d’autant moins qu’ils n’ont aucun service particulier à offrir (à part ’’être là’’). Les conflits d’interprétation sont alors forts : les bénévoles s’accordent pour dire qu’il se passe quelque chose de beau avec le mourant ; par contre, personne ne trouve ce moment beau pour la même raison. » ...

Or vous montrez qu’il y a pas une bonne mesure… Il y a cette scène, sur la terrasse de l’hôpital, où les bénévoles s’opposent sur le moment où il leur faudrait se retirer face à un patient qui les ignore : Michel attend en silence, alors que Judith préfère s’en aller...

« Ces bénévoles agissent dans un paradoxe : ils se situent en permanence dans une tension entre proximité et distance, engagement et désengagement, attachement et détachement. Dans toute relation de soin, le souci de l’autre est en balance avec le souci de soi (apprendre à dire non, se protéger de la détresse de l’autre, tirer une satisfaction de son expérience…). Avec ces bénévoles, il y a des moments où on a l’impression que ces deux pans sont équilibrés. Et puis, il y en a d’autres où le souci de soi pèse beaucoup plus lourd que le souci de l’autre, et réciproquement. Quand Rosy s’adresse au patient comme si c’était son père, par exemple. Ou à l’inverse, quand un bénévole passe la nuit sur une chaise et s’empêche de dormir à côté du patient. Qui l’y a obligé, sinon lui-même ? »

Ce qui est troublant, c’est que les bénévoles se glissent dans l’institution alors que le mourant n’en a pas vraiment exprimé le besoin, et qu’il n’a rien à leur offrir en retour… Quelle réflexion ce schéma vous a-t-il permis d’introduire sur la notion de don ?

« Au départ, je penchais plutôt pour la thèse de Bourdieu sur ’’l’intérêt au désintérêt’’. Selon celle-ci, il n’y aurait pas d’attention altruiste ou bienveillante : le don désintéressé serait forcément une illusion, il servirait une stratégie sociale (par exemple, affirmer sa puissance en obligeant le receveur). Mais en menant mes observations, je me suis rendu compte que certains bénévoles s’oubliaient vraiment le temps d’une visite. Aucun jeu de pouvoir ne se mettait en place autour de leur don. Ils étaient entièrement à disposition, sans rien revendiquer. Pour décrire cela, je reprends la proposition de l’anthropologue Jacques T. Godbout : ces bénévoles façonnent eux-mêmes leur contre-don, leur gain symbolique. C’est ce que l’on retrouve quand Marie-Pierre dit : ’’Le patient m’accueille dans son intimité, c’est un cadeau.’’ » ...

Cette posture d’a-moralité que vous revendiquez ne se retrouve pas chez les chercheurs et professionnels qui estiment que l’extériorisation de ces « vécus mineurs de la réalité » (ici, la fin de vie) entraînerait un désordre social...

« Les professionnels du deuil clament souvent qu’il n’y aurait plus de ’’fiction collective’’ par rapport à la mort. Un point de vue que reprend par exemple le sociologue Jean-Hugues Déchaux : selon lui, ’’l’intimisation’’ de la mort comporte un risque de dérive fictionnelle susceptible de porter atteinte à l’intégrité de la société. À partir de ce constat, il plaide pour un retour à une ritualité commune, qu’il faudrait encore définir. Sauf que la ritualisation est une normalisation : il faut établir des codes, un maître de cérémonie, une hiérarchie. Il faudrait ensuite faire le tri entre différents types de rituels, en fonction de leurs légitimités supposées. Par exemple : interdire la crémation et faire de l’inhumation la norme, etc. Ce qui est drôle, c’est que les sciences sociales se sont évertuées pendant des décennies à contester le pouvoir du religieux, à déconstruire la pensée magique, à tuer Dieu. Mais maintenant que ce dernier est gravement blessé, il nous faudrait réinventer des normes de référence.

La seule chose dont je suis certain, c’est que la place qu’occupait l’Église chrétienne par rapport à la mort n’a pas été remplacée. Je ne dis pas que c’est bien ou mal. Je dis juste que les gens sont un peu désemparés quand la mort survient, et qu’ils doivent inventer d’autres pratiques. Ces dernières ne prennent pas forcément la forme d’un gros rituel empreint d’une grosse symbolique. »

À travers leur engagement discret et peu revendicatif, ces bénévoles développent des pratiques étonnamment subversives au regard des discours dominants, qui disqualifient toute confrontation volontaire à la mort d’autrui...

« Le fait de raconter que j’enquêtais sur ces bénévoles a souvent suscité d’étranges réactions. On sous-entendait volontiers que j’avais affaire à des êtres morbides, à problèmes, en pleine réparation… Ou à des personnes forcément extraordinaires. On en revient à ce que je disais sur les évidences anthropologiques dominantes : quand le rapport à la mort est trop frontal, il est vu comme anormal.À mon avis, ces personnes offrent un effet grossissant d’une réalité difficilement décelable au quotidien. Quand on ouvre un journal, c’est rarement pour y lire uniquement la rubrique nécrologique, ou les faits divers narrant des accidents mortels ; mais il faut bien admettre que la mort est souvent présente et qu’elle nourrit notre intérêt de façon oblique. Enfin, ce qu’interrogent malgré eux ces bénévoles, c’est l’absence de points d’accord sur la mort, et de lieux pour en parler. »

Source : article11.info

 

Une ménagère : le congé rémunéré pour accompagner un proche en fin de vie

 

Fin de vie

par Une Ménagère, 03/12/2008

Au moment où les parlementaires se préparent à discuter la possibilité de légaliser l'euthanasie, il me paraît opportun de vous replonger dans mon "baistoffe".
(...)

Personnellement, on aura du mal à me faire admettre qu'éliminer quelqu'un, même à sa demande, représente un progrès. D'autant que, même là où on a légalisé l'euthanasie, dès qu'on met en place des soins palliatifs, dès qu'on soulage la souffrance, les demandes d'euthanasie baissent. (Et cela commence à se savoir, n'en déplaise à l'ADMD !

Ce qui représente un progrès, par contre, est de rémunérer un congé pour accompagner un proche en fin de vie. A mes yeux, une société "de progrès" se mesure à la capacité qu'elle a d'accueillir les plus faibles, les plus malades, les plus démunis, les plus vieux, pas de les éliminer! C'est cela qui ferait une société "digne": la notion de dignité, selon Paul Ricoeur, renvoie à l'idée que « quelque chose est dû à l'être humain du seul fait qu'il est humain » (Wikipedia)

Hélas, il me semble que la tendance générale est d'aller vers une société où seules de jeunes et belles personnes pleines de santé auraient droit de cité (dans le sens premier du terme: "vivre dans la cité"), et tous les autres, hop, à la poubelle! La publicité nous assène tellement d'images de jeunisme, de beauté qu'elle finit par formater la société entière!

Eh bien moi, je n'en veux pas, de cette société-là!

Source : lamenagere.over-blog.com

: Les colères d'une Ménagère de plus ou moins 50 ans (ou presque !)