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Sédation déshydratation

France : un homme sauvé d'une euthanasie par dénutrition

 

Des juges administratifs freinent une tentative d’euthanasie par dénutrition

par Gènéthique, 24/01/2017

Saisie par la famille, la justice se prononce sur la prise en charge d’un vieil homme privé de nourriture après une hospitalisation.

Alors que la loi Claeys-Leonetti a été promulguée il y a à peine un an (le 2 février 2016), les juges administratifs ont déjà dû se prononcer sur des cas de tentatives d’euthanasie par dénutrition.

C’est le cas du tribunal administratif de Clermont Ferrand, qui a rendu un jugement en urgence le 30 novembre 2016.

La femme et les enfants d’un patient ont demandé au tribunal d’enjoindre au centre hospitalier de R., censé prendre en charge Monsieur M.D., âgé de 83 ans, de « poser une sonde ou tout autre moyen pour permettre l’alimentation artificielle de leur père et mari en fin de vie mais souffrant de dénutrition manifeste ».     

Monsieur M.D avait été hospitalisé du 11 août au 6 septembre dans le service de gériatrie du centre hospitalier de R. pour une pneumonie. A partir du 6 septembre 2016, Monsieur M.D a bénéficié d’une hospitalisation à domicile. Mais la prescription médicale établie par le centre hospitalier de R., le 30 aout 2016, ne « comportait aucune mention sur l’alimentation et l’hydratation du patient, du fait de l’impossibilité pour l’infirmière de soins à domicile de poser une sonde ». Depuis ce jour, Monsieur M.D n’était pas nourri malgré les demandes réitérées de la famille au centre hospitalier. La famille a donc fait appel à la justice.

Si le tribunal administratif considère que la perte d’autonomie ne peut justifier à elle seule l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation…

Au regard de « l’état de faiblesse et de détresse avéré » de Monsieur M.D., le tribunal a enjoint le centre hospitalier de R. d’hospitaliser sans délai Monsieur M.D..

Les juges motivent notamment leur décision par le postulat selon lequel « l’alimentation et l’hydratation artificielles sont au nombre des traitements susceptibles d’être arrêtés lorsque leur poursuite traduirait une obstination déraisonnable » comme la loi Claeys-Leonetti de 2016 et la loi Leonetti de 2005 l’établissent. Encore faut-il savoir quel cas relève de l’obstination déraisonnable ? Ce que le Tribunal précise dans sa motivation:

« La seule circonstance qu’une personne soit dans un état irréversible d’inconscience ou, à plus forte raison, de perte d’autonomie la rendant tributaire d’un tel mode d’alimentation et d’hydratation [artificielles] ne saurait caractériser, par elle-même, l’arrêt de ce « traitement » au nom du refus de l’obstination déraisonnable ».

On comprend donc que l’inconscience irréversible ou la perte d’autonomie ne justifient pas à elles-seules de suspendre l’alimentation et l’hydratation artificielles : une interprétation de la loi encourageante qui respecte et sert la dignité des patients inconscients ou sans autonomie. 

Impossible de ne pas penser à Vincent Lambert, grand handicapé, pour qui le Conseil d’Etat a considéré, a contrario, que l’alimentation et l’hydratation artificielle pouvaient être arrêtées du fait d’une obstination déraisonnable.

 …il semble que c’est la manifestation de la volonté du patient qui l’a sauvé d’une euthanasie par dénutrition 

Pourtant, la suite de la motivation du jugement laisse entendre que Monsieur M.D. a été sauvé parce qu’il a « retrouvé des moments de conscience » et qu’il a « manifesté sa volonté réitérée d’être nourri ». Ce seraient en outre ces « informations nouvelles » qui ont fait dire au chef de service à l’audience « qu’il y a lieu d’hospitaliser sans délai Monsieur M.D. […] afin que ces souffrances dues à une dénutrition manifeste soient prises en charge et qu’une évaluation médicale avec la famille soit établie ».

Monsieur M.D. a heureusement été pris en charge. Bien que le jugement enjoigne une « hospitalisation sans délai », qui ne précise pas la nécessité d’une alimentation, on peut espérer que le centre hospitalier de R. en tire une leçon et prenne soin de ce patient qui a failli mourir de faim. La famille de Monsieur M.D. y veillera.

Si ce jugement a été in fine respectueux de la vie de Monsieur M.D.,  on ne peut s’empêcher de penser aux patients qui ne sont pas aptes à exprimer leur volonté, et à ceux qui n’ont pas de familles vigilantes. Il est certain que la loi Claeys-Leonetti a définitivement sacralisé l’autonomie et que son application ouvre la porte à l’euthanasie par dénutrition ou déshydratation de ceux qui ne sont plus autonomes. Il n’y a plus qu’à compter sur le bon sens humain du médecin pour échapper à ce type de sentences quand nous y serons confrontés.  

Source : genethiqque.org

 

Tugdual Derville : La sédation se révèle d'une violence inouïe

Tugdual Derville : «La sédation profonde risque de devenir une solution de facilité»

par Antoine Pasquier, 27/01/2016

EXCLUSIF MAG - La loi sur la fin de vie, qui a été adoptée le 27 janvier par le Parlement, instaure la sédation profonde et continue jusqu’au décès.Tugdual Derville craint qu’elle devienne une solution de facilité.

La loi Leonetti-Claeys sur la fin de vie a connu en fin de parcours quelques ajustements par rapport à sa version initiale. Vont-ils dans le bon sens ?

Ces ajustements, obtenus aux forceps en commission mixte paritaire, ne suffisent pas à rassurer sur la sédation profonde et continue jusqu’au décès.

Dès le départ, les deux parlementaires, Jean Leonetti et Alain Claeys, ont soigneusement évité d’intégrer le critère de l’intention de tuer ou de ne pas tuer dans ce « nouveau droit ». Le fait de pratiquer une sédation continue, si possible réversible, quand existent des souffrances réfractaires, fait partie de la pratique médicale. Ce qui est contestable dans ce texte, c’est de vendre l’idée d’une anesthésie générale avant de mourir. Les praticiens des soins palliatifs le savent : cela peut devenir une solution de facilité. Il sera toujours plus facile d’éteindre une plainte par la sédation que d’écouter et d’accompagner les patients jusqu’au bout.

« Dormir avant de mourir » : est-ce qu’on nous vend du rêve ?

La promesse politique de Jean Leonetti d’un « droit des malades à ne pas souffrir en fin de vie  » est angélique. Elle ne correspond pas à la réalité de ce qui se vit sur le terrain. Promettre une vie sans douleur ou une mort sans souffrance, comme si cela était un droit, c’est risquer un basculement de civilisation. Les efforts considérables réalisés pour nous donner l’illusion que tout cela va devenir doux, désormais, renvoient à une angoisse profonde du corps social : une angoisse spirituelle sur le sens de la vie. Si nous pensons que notre vie vaut par ce que nous faisons, par notre capacité, par notre image, par notre santé, alors les moments ultimes deviennent effrayants, car ce sont des moments de nudité. Et l’homme postmoderne ne veut plus paraître nu.

Quel problème pose la sédation profonde et continue jusqu’au décès ?

Elle risque de faire perdre toute liberté au patient, et de le priver de ses derniers échanges avec ses proches. Je rejoins ici l’analyse de Damien Le Guay lorsqu’il démontre, dans son essai Le Fin Mot de la vie, que la plus grande injustice dans les processus de fin de vie, c’est d’interdire la parole entre ceux qui partent et ceux qui restent. Or, et cette loi y participera, trop de personnes sont privées de cette ultime parole en raison d’une tendance à privilégier l’inconscience au nom du confort.

Pourtant, c’est quand les masques tombent, quand on est dépouillé, qu’entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre conjoints, se vivent des instants précieux, essentiels pour tous.

La commission mixte a ajouté une condition supplémentaire au second cas possible (article 3) de recours à une sédation profonde et continue, quand l’arrêt des traitements revendiqué par le patient est « susceptible de provoquer une souffrance insupportable ». Est-ce satisfaisant ?

Cette formule a été ajoutée à la va-vite. La notion de souffrance insupportable n’est ni objective, ni médicale. C’est celle de la loi belge, qui ouvre à toutes les dérives. Qui va vérifier ce caractère insupportable, littéralement « impossible à supporter » ? Comment la mesurer ? Avec cette notion subjective, on ouvre une porte au suicide assisté. Ceux qui se verront refuser ce type de protocole, soutenus par l’ADMD, diront que la loi n’est pas claire et qu’il faut légiférer encore.

Au contraire, sénateurs et députés ont accepté de supprimer un passage très contesté, celui de « ne pas prolonger inutilement sa vie ». Que faut-il en déduire ?

Que ce soit au Sénat ou à l’Assemblée, la formule avait été jugée scandaleuse, car elle laissait entendre qu’il y avait des vies inutiles. La présence d’une telle formule dans le texte initial est révélatrice d’un état d’esprit utilitariste : lorsque l’être humain perd un certain nombre de capacités, il perdrait aussi sa dignité. C’est typiquement l’état d’esprit de l’euthanasie.

Le texte de loi définit l’alimentation et l’hydratation artificielles comme des traitements, et autorise leur possible suspension. Cela peut-il être assimilé à une forme d’euthanasie ?

J’ai vu beaucoup de mauvaise foi chez les personnes qui ont défendu ces arrêts d’alimentation et d’hydratation. Ils nous ont expliqué qu’il est parfois nécessaire de les interrompre, en utilisant des réalités médicales incontestables. Il est vrai dans un certain nombre de cas que trop hydrater et alimenter provoque des inconforts et des encombrements chez des patients en toute fin de vie ; il est alors légitime de les limiter voire de les suspendre.

En revanche, tout autre chose est d’utiliser ces exemples pour légitimer des arrêts d’alimentation et d’hydratation visant à provoquer délibérément la mort. Le critère de l’intention est ici déterminant. La superposition entre une sédation et un arrêt d’alimentation et d’hydratation est un moyen très pernicieux de dissimuler une euthanasie. Cette mort à petit feu, endormie, que la loi veut nous garantir, se révèle d’une violence inouïe si elle s’inscrit dans le déni des mots.

Avec cette loi, les directives anticipées vont devenir contraignantes. Cette disposition risque-t-elle de briser le dialogue indispensable entre patient et médecin ?

Nous assistons à un véritable jeu de dupes avec les directives anticipées. Il suffit que chacun s’interroge : est-ce que je veux une trachéotomie ? Une gastrotomie ? Personne ne répond, et c’est normal. Dans un dialogue singulier et continu avec mon médecin, il est légitime d’envisager des scénarios prévisibles en cas de maladie grave et de prendre des dispositions. Ce sont là des directives anticipées saines.

Mais qu’une loi laisse croire que, dorénavant, nous patients, nous deviendrions les prescripteurs des gestes médicaux que les spécialistes devraient nous administrer, c’est du pur fantasme ! Cette éventualité fait peser sur nous, ou sur nos proches, un poids qui ne correspond ni à notre mission, ni à nos compétences. Prenons garde à ne pas « protocoliser » les fins de vie, comme dans une technocratie déshumanisée. Heureusement, la Commission paritaire prévoit que le médecin aura le dernier mot.

Le monde des soins palliatifs semble de plus en plus critique sur ce texte. Comment expliquer cette évolution ?

Il s’est opéré une prise de conscience progressive du monde médical sur l’ambiguïté de cette loi. Les médecins se sont rendu compte qu’elle n’était pas faite pour ajuster leurs pratiques, mais pour honorer de manière consensuelle une promesse présidentielle imprécise.

Maintenant, nous allons voir comment ils vont interpréter ce texte. On peut penser et souhaiter qu’ils restent prudents, en limitant au maximum les sédations profondes et continues. Je crains cependant que les Français, qui ont entendu des promesses intenables, ne protestent, et que des soignants sombrent dans la facilité en sédatant vite. Il existe déjà des endroits où l’on endort trop systématiquement. 

Source : famillechretienne.fr

Ne pas hydrater quelqu'un est une euthanasie voulue et certaine

La sédation, une aide pour accompagner fin de vie ou un instrument pour y mettre un terme ?

par Beatrix Paillot, 20/02/2015, extraits (soulignements par nos soins)
 
Le Dr Béatrix Paillot est médecin gériatre. Elle exerce depuis 2003 comme praticien hospitalier dans une consultation mémoire de proximité dans un centre hospitalier. Elle a travaillé pendant 7 ans au Centre de Mémoire de Ressource et de Recherche d'Ile de France à la Pitié-Salpêtrière. Formée en soins palliatifs et en neuropsychologie, elle accompagne des personnes âgées ou atteintes de maladie d'Alzheimer (ou troubles apparentés) depuis plus de vingt ans.

... 

La sédation est de plus en plus utilisée en fin de vie : la tendance actuelle est de la réaliser sans l’accord de la personne malade par des équipes soignantes qui ne savent pas bien comment accompagner les personnes en fin de vie.  C’est souvent une fuite des soignants qui ont peur des questions que pourraient poser la personne malade.

Une déviance plus grave encore est le recours à une sédation à des doses volontairement excessives pour provoquer la mort de la personne malade. C’est une euthanasie par administration d’un produit à dose létale. ...

Une sédation profonde et continue réalisée à 25 mg/jour d’Hypnovel ne provoque pas la mort en soi. Par contre, on provoque la mort de manière certaine si, de manière concomitante, on ne donne pas à la personne les soins ou traitement proportionnés et que son état requiert. Il peut s’agir d’un traitement pour soutenir le cœur que l’on arrête et qui provoque un infarctus. Il peut s’agir d’un défaut d’apport d’eau ou de nutriments que son état d’être vivant requiert. Concrètement, si on ne lui apporte pas d’eau, la personne humaine meurt en 3 à 5 jours.

Comme lorsqu’une personne dort, elle ne peut pas boire naturellement, il n’y a pas d’autre moyen pour l’hydrater  que de lui apporter de l’eau de manière artificielle (perfusion ou sonde gastrique). La sédation peut être vue sous un certain angle comme une camisole chimique : elle empêche la personne de subvenir à ses propres besoins. Donc, il faut y répondre à sa place par des moyens artificiels.

Par exemple, ne pas mettre en place une hydratation artificielle à quelqu’un que l’on endort de manière prolongée, c’est provoquer une euthanasie voulue et certaine, dès lors que l’espérance de vie de la personne malade est de plus de 3 à 5 jours. 

Or personne ne peut savoir quelle est l’espérance de vie d’un malade qui approche du terme de sa vie. On sait trop combien certaines fins de vie peuvent durer. Et ce n’est pas nécessairement un temps dépourvu de sens bien au contraire ! Certes c’est une période plus difficile de l’existence, mais c’est en même temps une période où peuvent se dire bien des paroles importantes pour ceux qui restent.

Des euthanasies par omission de traitements proportionnés

On peut voir dans la proposition de loi Léonetti - Claeys un moyen infaillible de faire en sorte que toutes les personnes parvenant dans la dernière étape de leur existence, notamment les personnes âgées dépendantes, terminent leur vie à brève échéance. Fini le problème des maisons de retraite en nombre insuffisant… Les retombées économiques sont certes alléchantes, mais osons le dire, ce n’est ni éthique, ni légal puisque cela relève de l’homicide volontaire réalisé avec préméditation.

Et les promoteurs de la loi sont habiles : l’acte euthanasique par omission de traitements proportionnés à l’état du malade ne sera pas posé directement par eux. C’est le médecin qui sera obligé de le poser, notamment par le biais des directives anticipées contraignantes rédigées par la personne auparavant.

Si la sédation continue peut avoir sa légitimité dans certaines situations, imposer aux médecins d’arrêter de manière concomitante tout traitement proportionné à l’état du malade, toute hydratation et toute alimentation n’est pas autre chose que de l’euthanasie qui ne dit pas son nom.

L’arrêt de tout traitement proportionné relevant de l’euthanasie, si c’est cette directive est maintenue dans le cadre de la loi Léonetti - Claeys, les médecins doivent pouvoir légitimement bénéficier du recours à une clause de conscience.

Source : genethique.org

Sédation profonde et continue : entre euthanasie et mort sociale

 

Sédation euthanasique : le dernier acte au Sénat ?

par Emmanuel Hirsch 

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que les députés ont débattu sur la proposition de loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie en deuxième lecture, Emmanuel Hirsch estime que celle-ci est une étape décisive vers la légalisation de l'euthanasie.


Emmanuel Hirsch est professeur d'éthique médicale à l'université Paris Sud.


Le 21 octobre 2015, la commission des affaires sociales du Sénat examine en deuxième lecture la proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie. Elle sera présentée en séance plénière le 29 octobre et selon toute vraisemblance si le gouvernement et les rapporteurs refusent tout amendement (comme ce fut le cas à l'Assemblée nationale les 6 et 7 octobre dernier), cette loi considérée comme transitoire créera les conditions de recevabilité d'une dernière étape légalisant l'euthanasie. Il aurait été politiquement imprudent, dans le contexte idéologique présent, de conclure la concertation nationale lancée le 17 juillet 2012 par François Hollande avec une loi qui reconnaîtrait explicitement comme «nouveau droit» l'euthanasie. Le texte actuel institue notamment la mise en œuvre d'«une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu'au décès, associée à une analgésie et à l'arrêt de l'ensemble des traitements de maintien en vie». Les plus avisés dans ce domaine si complexe des soins en fin de vie, évoquent désormais à ce propos la notion de sédation euthanasique.

La sédation en tant que telle doit être distinguée de la sédation euthanasique. Elle est caractérisée par trois critères: l'intentionnalité, la proportionnalité et la réversibilité. L'intentionnalité légitime une pratique concertée attentive à la décision de la personne malade et à son intérêt direct. La sédation a pour seule visée de soulager le patient, tout en intégrant le risque de provoquer ou de hâter le décès. Il s'agit là du «double effet». La sédation tient compte de la volonté de la personne, de l'évolution de sa position ne serait-ce qu'au regard de la situation clinique. Cet ajustement proportionné permet d'adapter le traitement et d'éviter une partie des effets secondaires indésirables. Contrairement à l'euthanasie ou au suicide médicalement assisté, la sédation préserve la possibilité de réversibilité. La personne peut ainsi confirmer son consentement à la poursuite ou non de la sédation. Elle demeure également en capacité de décider de sa durée s'agissant du temps d'éveil qui lui importe de maintenir afin de favoriser sa vie relationnelle.

En ce qui la concerne, la sédation profonde et continue (SPC) abolit intentionnellement les critères de réversibilité et de proportionnalité incompatibles avec son caractère constant et irrévocable. L'acte médical a dès lors pour fin d'altérer de manière irréversible la conscience de la personne en vue d'une mort «apaisée». C'est pourquoi certains spécialistes de l'éthique l'assimilent à une euthanasie.

Contrairement aux représentations sollicitées pour rendre acceptable et banaliser la SPC, elle ne saurait être considérée comme «mourir dans son sommeil». À la limite, il s'agirait plus d'un «mourir en état de coma». Cette procédure relève davantage de notions renvoyant à l'idée de rupture radicale de toute forme de relation, voire à celle de mort sociale. Ne subsistent aucune forme de présence et de lien, au point de se demander si ce temps terminal peut encore être doté d'une signification humaine. Cette prolongation limitative d'une survie au statut incertain n'est plus attesté que par des critères d'ordre physiologique, assimilable en quelque sorte à l'état dit de «mort clinique» en réanimation.

À ces quelques considérations s'ajoute la complexité de la mise en œuvre d'une SPC. En effet, le législateur a estimé nécessaire (de toute évidence en référence à la situation de M. Vincent Lambert) de faire intervenir une modalité supplémentaire: «la nutrition et l'hydratation artificielles constituent un traitement». Cette disposition aura notamment pour effet d'opposer deux points de vue. Celui des familles qui, bien qu'acceptant la demande de SPC exprimée par la personne malade ou en fin de vie, pourraient considérer certaines de ses conséquences comme une forme de maltraitance, pour ne pas dire d'irrespect (ne serait-ce que du fait de la symbolique du lien entre l'eau et la vie et des altérations physiques, voire de l'inconfort apparent provoqués). Celui des équipes soignantes constatant les seuls effets secondaires d'un traitement qui s'avère vain, voire obstiné. Le législateur s'octroie de surcroît l'autorité de ramener une indication médicale circonstanciée à une règle générale indifférente à la capacité de discernement du médecin. Il s'agit, là également, d'une évolution tout aussi discutable que le refus de reconnaître tout recours à la clause de conscience pour le médecin estimant la SPC incompatible avec ses valeurs professionnelles. Pour le Conseil national de l'ordre des médecins, la SPC relève des bonnes pratiques professionnelles: d'un point de vue déontologique nul ne saurait s'y soustraire. Qu'en sera-t-il de la faculté d'appréciation de professionnels intervenant auprès d'une personne handicapée ou très dépendante dont le soin quotidien tient à sa nutrition et à son alimentation «artificielles»? Auront-ils comme obligation de respecter à son égard les «nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie»? Si c'est le cas, à la suite de quelle délibération collégiale associant les compétences qui font trop souvent font défaut lorsque la décision vitale concerne une personne atteinte d'un handicap qui entrave sa faculté d'expression?

Considéré comme de l'obstination déraisonnable, l'arrêt systématisé de l'alimentation et de l'hydratation en phase initiale de SPC pourrait être assimilable à une pratique d'euthanasie passive. En effet, abolir la conscience d'une personne et ne plus l'hydrater a pour conséquence directe l'anéantissement de son existence cognitive et l'extinction de sa vie biologique. Une dérive possible est dès à présent évoquée par les soignants, celle ne plus accorder l'attention nécessaire aux approches antalgiques alternatives, ne serait-ce que dans le cadre d'une sédation «classique», et opter d'emblée, sur simple demande de «la personne malade ou en fin de vie», pour une SPC. En conformité avec la loi.

Cette proximité entre SPC et euthanasie avait été jusqu'à présent tempérée par les indications spécifiques et limitatives du recours à la sédation. La Société française d'anesthésie-réanimation (SFAR) définit la sédation comme étant «l'utilisation de moyens médicamenteux ou non, destinée à assurer le confort physique et psychique du patient, et à faciliter les techniques de soins». L'exigence de «confort» et l'objectif de «faciliter les techniques de soins» diffèrent profondément de l'approche promue par le législateur de la SPC. Elle relève de l'éthique du soin. De son côté, la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) définit «la sédation pour détresse en phase terminale» comme étant «la recherche, par des moyens médicamenteux, d'une diminution de la vigilance pouvant aller jusqu'à la perte de conscience, dans le but de diminuer ou de faire disparaître la perception d'une situation vécue comme insupportable par le patient». La sédation visant l'atténuation jusqu'à sa complète extinction de la souffrance constitue son critère supérieur d'acceptabilité, y compris alors qu'aucune étude rétrospective ne permet d'évaluer si la personne sous SPC n'éprouve absolument aucune forme de sensation ou d'émotion: comme si elle était effectivement déjà morte. Les observateurs avertis insistent toutefois sur la distinction évidente qui devrait encore s'imposer entre «sédation pour détresse en phase terminale» - une situation exceptionnelle - et la formulation de la proposition de loi qui instaure le recours possible à la SPC de manière plus routinière: «à la demande du patient d'éviter toute souffrance et de ne pas prolonger inutilement sa vie». Cette conception de la SPC qui, sans autre approfondissement ou retenue, s'imposera afin d'«éviter toute souffrance», relève à la fois de la précaution, de la prévention, d'une certaine appréciation de la vie estimée selon son «utilité», enfin du respect, sans solliciter la moindre délibération, de l'autonomie reconnue à la personne d'anticiper le terme de son existence en sollicitant une «assistance médicalisée». Le médecin a dès lors pour fonction de mettre en œuvre le protocole.

L'évocation en de telles circonstances du sommeil voire de l'anesthésie, pourtant inadéquate dans la mesure ou l'on ne s'en réveille pas, apparaît plus rassurante pour les personnes malades, les professionnels du soin et les proches, que celle du coma, de l'état de mort clinique, voire de l'euthanasie. La SPC peut de la sorte être envisagée comme une phase à la fois transitoire et terminale, sans souffrance, respectueuse de la personne, entre fin de vie et mort. La présence pour un temps certes limitatif aux côtés de la personne relèvera d'une approche dont le dispositif pourra s'inspirer de ce qu'on su inventer avec humanité les professionnels intervenant en chambres mortuaires. Aux côtés du «dormant» ou du «mourant» débutera ainsi pour les proches le temps d'un deuil lui également anticipé. Les professionnels de santé auront préservé leur intégrité morale, n'injectant en rien un produit directement létal mais seulement un sédatif «profond et continu». Il s'agira d'accompagner la sédation, de la contrôler afin qu'elle ne se poursuive pas de manière déraisonnable, là où hier les soins palliatifs proposaient une relation humaine vécue jusqu'à son terme.

Cette conception du «bien mourir», du «mourir endormi» s'imposera donc demain dans les normes d'un acte de soin abolissant toute exigence autre que l'instauration du cérémonial «apaisé» d'un dispositif sédatif. Il est désormais évident qu'à défaut de créer «de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie», cette nouvelle législation de la «mort sous sédation» ajoutera à nos vulnérabilités des souffrances, des indignités et des deuils insurmontables. Ainsi se refondent aujourd'hui, côté mort, les valeurs compassionnelles de notre démocratie. Une démocratie ainsi elle-même sédatée.

Source : figaro.fr

 

Claire Pellissier : La sédation terminale n'est pas la solution.

 

"Madame, il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit…" : pourquoi la sédation terminale n’est pas la solution miracle au soulagement des patients

Le prochain rapport sur la fin de vie pourrait proposer de banaliser la pratique des sédations "profondes et terminales jusqu’au décès", ce qui empêcherait les malades de s'exprimer lors de leurs derniers instants.

par Claire Pellissier, psychologue clinicienne en soins palliatifs, porte-parole du mouvement "Soulager mais pas tuer", 10/12/2014

Tant de fois j’ai entendu cette phrase dans la bouche de patients "en fin de vie". Tant de fois, ces mots venaient quelques jours après que le patient eut demandé "que tout s’arrête". Et la parole qui semblait tarie, soudain se faisait entendre, partageant à la famille, aux proches, aux soignants les questions, les témoignages, ainsi que les désirs affectifs et spirituels les plus essentiels. C’est si souvent dans les tous derniers instants que la parole peut jaillir. Encore faut-il donner une place à cette parole, donner du temps, permettre aux personnes de vivre leurs derniers instants.

Et aujourd’hui, je m’inquiète quand j’entends que le rapport à venir sur la fin de vie pourrait proposer de banaliser la pratique des sédations "profondes et terminales jusqu’au décès". Laissera-t-on nos mourants exprimer leurs derniers mots ?

J’ai parfois entendu dans les services : "il est soulagé quand il dort". Mais qu’en sait-on réellement ? En endormant un patient, on le fait taire, on ampute sa parole. Comment être sûr que la souffrance plus "existentielle", liée à la peur de l’abandon, à la culpabilité, au manque d’amour, à la mort et à "l’après", est réellement soulagée ? Si la fin de vie est souvent une période de souffrance physique réelle, elle est aussi le lieu de grandes souffrances psychiques, liées à de profondes angoisses qui viennent accentuer, de façon aigüe, la douleur du corps. Soulager vraiment la douleur, ne passerait-il pas, outre la prise en charge médicamenteuse, par une présence et une écoute renforcée, tenant compte d’une vision globale de l’être ? Faire taire, est-ce la solution à l’angoisse ? En tant que psychologue, j’entends beaucoup d’angoisses d’abandon réveillées en fin de vie. Quelle serait alors une réponse médicale utilisant la sédation ? L’abandon. Le patient se trouverait seul face à ses angoisses, avec un risque réel de se laisser "glisser", mourir dans son sommeil, de manière prématurée, dans une grande souffrance restée ignorée.

Mais l’accompagnement jusqu’au bout demande une véritable force intérieure pour les soignants, en particulier pour le médecin. Lorsqu’une femme donne naissance à son enfant dans la douleur et l’angoisse, les médecins et les soignants demeurent, assurés du bienfondé du temps qui se vit. Un patient qui meure a aussi besoin d’un médecin qui connaît le prix de cette période "d’accouchement  de soi-même", qui entend les angoisses que cachent les demandes d’euthanasie ou de sédation. Je suis témoin, comme tant de soignants, que les ultimes moments de vie peuvent devenir des moments de maturation, de retrouvailles familiales, de véritables échanges, à condition qu’un accompagnement ait été mené jusqu’au terme naturel. Oui, bien souvent il reste la souffrance physique et les angoisses, mais j’ai connu beaucoup de patients et de familles qui vivaient ces ultimes moments comme un bien précieux, malgré tout.

Soyons honnêtes, en tant que soignante, j’ai déjà pensé : "cette personne est trop mal, cela n’a plus de sens, c’est insupportable". Mais plus de sens pour qui ? Insupportable pour qui ? Pour nous, bien portants, ou pour le patient ? La question essentielle dans cette réflexion est l’intentionnalité de nos décisions. Que cherchons-nous, en vérité ? Le bien du patient, ou notre confort qui se trouve malmené devant la rudesse et l’âpreté de la mort qui rôde, de la souffrance qui ronge ? Que dit une personne qui "demande à mourir", qui "demande à être endormie" ? Elle demande notre force pour l’aider à vivre ce moment, notre présence, notre tendresse, notre profond respect.

Et lorsque j’entends : "c’est sa dernière volonté, il faut la respecter", il me semble que c’est plutôt sa dernière angoisse et que justement, elle pourra exprimer sa dernière volonté si on lui en laisse le temps et si on demeure auprès d’elle, même quand tout paraît "insupportable" ou "insensé".

La sédation dans des situations terminales extrêmes, légalisée dans l’actuelle Loi Leonetti, est peut-être nécessaire, mais doit nous laisser vigilants, conscients qu’elle représente déjà un terrain potentiellement glissant. De nombreux médecins évitent le plus possible les actes de sédation, même dans les situations extrêmes, jugeant que l’on peut le plus souvent soulager les patients tout en les laissant conscients, afin qu’ils vivent réellement leurs derniers instants, sentant une main qui serre la leur et non une main qui les endort. Mais pour cela, la formation aux soins palliatifs et aux traitements contre la douleur doit être grandement renforcée en France. C’est la priorité ! Nous sommes nombreux à être inquiets, médecins, infirmiers, aide-soignants, psychologues, intervenants paramédicaux, bénévoles, mais aussi patients. Grande est notre appréhension face à cette évolution insidieuse, nous menant vers une euthanasie masquée, sous couvert de soins palliatifs.

Ecoutons enfin le cri d’un médecin travaillant quotidiennement auprès de mourants : "Ne transformons pas nos services de soins palliatifs en service d’anesthésiologie !".

Source : atlantico.fr

 

 

L'intention d'en finir...

 

 

François Hollande ouvre la porte à une euthanasie masquée

par Antoine Pasquier, 12/12/2014

Remis le 12 décembre au président de la République, le rapport Leonetti-Claeys sur la fin de vie préconise deux nouvelles dispositions : un droit à une sédation profonde et continue, et des directives anticipées contraignantes. Le collectif Soulager mais pas tuer tire la sonnette d’alarme.

Sans surprise. À l’occasion de la remise de leur rapport parlementaire sur la fin de vie à François Hollande (1), vendredi 12 décembre, les députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) ont proposé d’apporter deux modifications, profondes et dangereuses, à la loi Leonetti. La première vise à inscrire dans le Code de santé publique « un droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès », associée à l’arrêt des traitements de maintien en vie. Cette sédation cherche à éviter toute souffrance, mais aussi « à ne pas prolonger inutilement la vie »

Les parlementaires dégagent trois cas de sédation possibles :

-  premier cas : un patient encore conscient, atteint d’une affection grave et incurable, qui provoque une souffrance réfractaire au traitement, pourra ainsi, lorsque son pronostic vital est engagé à court terme, et qu’il jugera inutile de prolonger sa vie finissante, demander à bénéficier d’une sédation profonde et continue. Cette sédation sera accompagnée de l’arrêt de tout traitement dont l’hydratation et la nutrition ;

-  second cas : un patient atteint d’une affection grave et incurable, qui souhaite arrêter les traitements qui le maintiennent en vie, pourra bénéficier de ce même traitement, provoquant une altération profonde et continue de la vigilance, et ce, jusqu’au décès ;

-  troisième cas : les malades ne pouvant exprimer leur volonté pourront bénéficier de ce traitement à visée sédative, mais pour cela, leurs volontés devront être recueillies par des directives anticipées qui s’imposeront aux médecins.

L’intention de soulager et d’en finir

La nouveauté est bien que le patient pourra exiger cette sédation auprès de son médecin avec l’intention clairement affichée, non pas seulement d’être soulagé, mais d’en finir. « Nous sommes face à un risque d’euthanasie qui ne dit pas son nom, affirme Tugdual Derville, cofondateur du collectif Soulager mais pas tuer. Il y a une sorte de tour de passe-passe avec cette sédation que l’on tire du chapeau. La sédation en phase terminale, exceptionnelle, qui assume le double effet (soulager la douleur au risque d'accélérer la survenue de la mort), se trouve mélangée, comme dans une salade empoisonnée, avec la sédation euthanasique. »

Cette proposition de sédation continue jusqu’au décès n’est pas sans rappeler les actes posés par le Dr Bonnemaison, acquitté en juin dernier par la cour d’assises de Pau. « On ne fait rien d’autre que de cautionner ce type de dérapage », assure Tugdual Derville, également délégué général d’Alliance Vita. Sans parler de la possibilité de poser une sédation profonde et continue sans hydratation dont la finalité ne fait aucun doute.

« L’intention ici est de donner la mort », confirme le Dr Olivier Jonquet, médecin-réanimateur au CHU de Montpellier et membre du collectif Convergence Soignants-Soignés. « Le principe du double effet qui gouverne la vie médicale, au delà du problème de la fin de vie, est supprimé dans le second cas de la sédation. On n'en imagine pas les implications éthiques et juridiques », poursuit-il. « Établir un lien de causalité obligatoire entre sédation et décès, c'est une sédation pour tuer, c'est à dire donner intentionnellement la mort. Cette réduction me choque. Je ne pose une sédation que s’il y a de bonnes raisons. Les médecins ne sont pas des prestataires de service. »

Des directives anticipées qui s’imposeront aux soignants

La seconde modification concerne les directives anticipées désormais contraignantes. « Elles s’imposeront aux médecins pour toute décision d’investigation, d’intervention ou de traitement », a déclaré François Hollande dans son discours. « Les directives anticipées seront révocables à tout moment et inscrites sur la carte Vitale », a précisé Alain Claeys. Elles ne seront plus rédigées, mais prendront la forme d’un document à renseigner, dont le cadre sera fixé par décret en Conseil d’État.

« Elles peuvent s’imposer aux médecins si la situation exposée correspond à la situation médicale. Mais ce n’est pas toujours le cas, met en garde le Dr Olivier Jonquet. Il revient au médecin d’en juger et de justifier, le cas échéant, le non-respect des directives anticipées. »

S’il n’est pas opposé à les rendre plus contraignantes, Tugdual Derville précise que « les directives anticipées ne doivent pas nous faire sombrer dans un système où le soignant ne serait que le simple exécuteur des volontés du soigné ».

Un plan triennal pour les soins palliatifs

Vendredi matin, François Hollande ne s’est pas limité à vouloir « ouvrir un nouveau droit », mais a fait part de son souhait de « faire évoluer les mentalités, les pratiques, y compris les attitudes face à la mort ». « Le curatif et le palliatif doivent se rapprocher », a plaidé pour sa part Alain Claeys, faisant écho aux conclusions du rapport Sicard de décembre 2012. Ce changement de mentalité, outre qu’il placera désormais le droit du patient au centre de la loi, et non plus le droit du médecin, se concrétise par deux annonces majeures : le lancement d’un plan triennal en faveur des soins palliatifs à compter de 2015, et la mise en place d’un enseignement spécifique et obligatoire intégré à toutes les formations sanitaires pour « apprendre l’accompagnement des patients en fin de vie ».

Après la remise de ce rapport et deux années de consultations, « le temps est venu de procéder au vote d’une loi et d’engager la discussion parlementaire », a annoncé François Hollande. Concrètement, un débat sera organisé au Parlement à partir du mois de janvier sur la base d’une déclaration du gouvernement. Suivront la présentation d’une proposition de loi puis le vote de celle-ci. « Cela constituera un grand progrès », a ajouté le président de la République.

Le collectif Soulager mais pas tuer se dit prêt, pour sa part, à lancer des mobilisations de masse en fonction du calendrier parlementaire. « Cette idée d’instaurer une aide à mourir nous fait entrer sur la pente glissante, insiste Tugdual Derville. À cause de la confusion qu’engendrera la sédation euthanasique, d’autres voudront être plus explicites, plus radicaux. »

Antoine Pasquier

Source : famillechretienne.fr

Soif et folie

 

Un des derniers survivants du tunnel de Dora (matricule 51442), témoigne qu'il est

impossible de tenir plus de 3 jours sans boire, "vraiment sans boire" :

"Au-delà, dans les wagons qui nous conduisaient à Buchenwald, la majeure partie de mes camarades ont bu de leur urine !

Les hallucinations sont telles, qu'à la limite, on devient fou !

Qui peut décrire les souffrances de celui à qui on fait subir un tel traitement ?"

 

Source : lesalonbeige.blogspot.com

 

L'Eglise et Leonetti

 

Question :

Bonjour.

J'aime bien votre site, surtout ce que vous dites sur Leonetti et sur la mort par la déshydratation et la sédation. Mais j'ai une question.

A ma connaissance, le concile Vatican II, a annoncé la liberté religieuse et a demandé aux états chrétiens de ne plus se dire des états catholiques mais laïcs, et de changer leurs constitutions dans ce sens. Enfin, je ne sais pas tous les détails. Mais je sais que la France n'est plus catholique.

Ma question : avec la liberté religieuse, le christianisme, et le catholicisme en particulier, est une religion comme une autre dans les Etats. Elle ne dit plus que c'est elle qui a la vérité.

A partir de ce moment-là, je ne vois pas au nom de quoi elle peut combattre par exemple l'ADMD qui veut le choix libre pour chacun de sa propre mort et donc que les "directives anticipées" soient contraignantes pour les médecins.

Je ne vois pas pourquoi l'église catholique pourra par exemple soutenir la loi Leonetti qui fait mourir les plus faibles, sans leur consentement, dans la sédation et l'arrêt de l'hydratation.

Après avoir choisi de laisser se déchristianiser la France et avoir voulu un Etat laïc, comment l'Eglise peut maintenant imposer son point de vue, venir pleurer et manifester quand les lois ne sont pas comme elle le voudrait ? Si la France n'est plus catholique, au nom de quoi l'Eglise veut des lois catholiques, dans un pays laïc ?

Réponse :

Bonjour,

Votre interrogation semble provenir de certaines confusions. Je perçois divers aspects à distinguer :

1) En ce qui concerne le concile Vatican II, la liberté religieuse (avec, au coeur, la liberté de conscience qui d'ailleurs abonderait dans votre sens) et ses conséquences, je vous renvoie à des sites comme celui du Saint Siège ou d'autres sites spécialisés dans ces questions.

Sur un plan pratique, il n'est pas possible de transformer d'un trait de plume un pays ayant des racines profondément catholiques, comme la France, en un pays laïc. Du moins, ne faut-il pas s'étonner de la réaction de nombreux Français manifestant dans les rues de Paris et scandant : "La République est laïque, la France est catholique".

2)  Si, maintenant, vous vous placez d'un point de vue strictement laïc, il n'en reste pas moins que l'Eglise, sans vouloir "imposer son point de vue", a tout de même le droit de s'exprimer.

A cet égard, il convient encore de distinguer : d'une part, son Magistère, son enseignement ; d'autre part, la liberté dont jouissent ses membres quant à leur action dans la cité, par exemple de "manifester". L'Eglise catholique en tant que telle enseigne ses fidèles ; les mêmes fidèles, en tant que citoyens, manifestent. Ils ont autant le droit de manifester que n'importe lequel de leurs compatriotes.

3) Maintenant, j'arrive à votre question concernant la déshydratation et la sédation. Là, précisément, l’Église abonde dans votre sens, à savoir contre la mort par la déshydratation.

Mais, pour entendre ce langage, il faut distinguer l'Eglise catholique comme telle et tels catholiques qui se disent d'Eglise sans nécessairement se comporter comme l'Eglise l'enseigne dans son Magistère.

En effet, l’Eglise, dans son Magistère, s'est prononcée CONTRE l'arrêt de l'hydratation, arrêt que continue pourtant de préconiser Leonetti.

Ainsi, s'il y a des catholiques qui soutiennent Leonetti, ils ne peuvent en tous cas pas le faire au nom de leur foi, mais pour d'autres raisons, politiques ou autres.

Ci-dessous, quelques liens sur ce sujet :

En 1980, la Déclaration "Iura et bona" de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

En 2000, l'Académie Pontificale pour la Vie. Voir en particulier l'article 6.

En 2004, le Pape Jean-Paul II à la Fédération des Médecins Catholiques. Voir en particulier l'article 4.

En 2007, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, approuvé par le Pape Benoît XVI et traitant directement du maintien de l'hydratation et de l'alimentation.

En 2007, le Cardinal Vingt-Trois et le Grand Rabbin Messas déclarent ensemble la nécessité du maintien de l'hydratation.

En 2012, en Argentine, Monseigneur Bressanelli s'oppose à la mort par arrêt de l'hydratation d'un homme en coma végétatif. Lire aussi le communiqué de l'évêque.

En 2013, le Cardinal Barbarin souligne : "On n'a pas un droit sur la vie et la mort de quelqu'un."

En 2014, le Pape François : "Aucun ancien ne devrait être comme “exilé” de nos familles. Les personnes âgées sont un trésor pour la société." Et un trésor, on le chouchoute.

 

La Sédation c'est de la Cédation

 

A propos de la déclaration de l'Ordre des Médecins

Il s'agit bel et bien d'euthanasie ! Et ce, quelles que soient les "intentions mensongères" pour noyer le poisson.

L'Ordre ne s'y est pas trompé qui exige en la matière que ce soit un collège de médecin qui, "collégialement", prononce la sentence. Cela n'est pas sans rappeler le procès de Jésus : LE SANHEDRIN - et non un homme seul - a demandé sa condamnation. Pilate s'en lave les mains : il n'arrive pas à assumer ce crime tout seul.

Ainsi, chaque médecin de la "commission de condamnation à mort" du malade peut se dire : ce n'est pas moi, c'est nous.... c'est "les autres".

Le crime n'en est pas amoindri, au contraire ! Il faut aller plus loin que les fausses nuances d'intentions ! l'intention, serait-elle même vraie, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, n'est pas, à elle seule, garante de l'acte moralement bon.Il faut objectivement respecter le commandement de Dieu : "Tu ne tueras pas". La sédation, déjà trop utilisée (sans réelle nécessité la plupart du temps), ne tend qu'à être "incisif" comme le jargon le veut : couper les liens, couper la conscience. Et ce, à l'inverse de ce que demandent les voix des Papes : "respecter la conscience du mourant" qui doit pouvoir se préparer à l'acte culminant de sa vie : la rencontre définitive avec le Juge de toute sa vie. Qui ose s'arroger le droit de voler la mort à une personne humaine ?

Car on ne fait pas autre chose : la "sédation" n'est rien d'autre qu'une cédation à la pression de la racaille, qui en a assez de payer pour les vieux, les handicapés, les grands malades.

La sédation - dites-vous - maintient les grandes fonctions vitales mais ne fait qu'altérer le fonctionnement du cerveau. Je vous assure que la condamnation à mort et l'exécution par la guillotine étaient de beaucoup plus humaines : le condamné avait le droit de se préparer lucidement, de mettre ses affaires en règle (et non d'être réveillé de sa sédation, plus ou moins profonde, juste pour signer des papiers au gré des héritiers - comme nous avons tous vu faire !), voir le ministre du culte qu'il souhaitait, écrire les lettres d'adieu et mourir dans la dignité.

Cette euthanasie chimique administrée à l'homme est la mort la pire qui existe pour l'homme, c'est celle qu'on administre aux chiens ou aux animaux de compagnie, celle aussi qui est utilisée dans les pays où la condamnation à mort s'exécute par injection létale (ailleurs c'est la chambre à gaz ou la chaise électrique).

En tout état de cause, cette mort-là n'a rien d'une bonne mort, d'une eu-thanasie. Au contraire : elle est des plus violente dans la mesure même de sa dissonance entre le corps et la conscience. Selon l'antique Serment d'Hippocrate, malheureux qui le propose, malheureux qui le met en oeuvre. D’ailleurs, si l'Ordre des Médecins prévoit l'objection de conscience, c'est bien parce qu'il sait que la conscience d'un véritable médecin se révulse à l'idée même de cette barbarie quels que soient les noms savants et mensongers qu'on lui donne pour tenter de la camoufler. Ni l'ordre des médecins ni le Parlement ni personne au monde n'a le droit de changer le commandement de Dieu - ni le sens des mots.

Tu ne tueras pas. Choisis la vie.

Or ce qui est proposé par "la commission médicale" c'est tuer.

Honneur à ceux qui participent à la mobilisation de prière et d'action contrer cette barbarie païenne !

 

J'ai soif...!

 

Question :

Rien que les aspects médicaux de la mort par déshydratation sont effrayants !

Réponse :

En effet, cela a de quoi faire mal et aux malades et aux soignants, médecin compris jusqu'à le faire douter de sa vocation de médecin. Cette mort-là n'a rien de digne : c'est un meurtre par omission volontaire.

Vous allez me dire "oui mais le malade est sédaté". La sédation en la circonstance lui enlèvera la possibilité de s'exprimer, exprimer sa souffrance et son angoisse. Mais elle n'enlève pas ses souffrances et ses angoisses. La preuve : les malades se réveillant pour un court instant, ont tous le même geste : buste et bras projetés en avant, yeux exorbités, expression de terreur.

On peut relever quelques uns des aspects sans sédation - en sachant donc que du côté du malade le même sentiment sera vécu - sans l'exprimer - sous sédation :

D'abord, il y a la torture par la soif elle-même.

Le malade va demander de l'eau, il va sonner, l'infirmière qui va venir ou pas venir, et qui va lui dire l'une des deux choses : "Oui, madame, je vous en amène tout de suite" - mais sans le faire - ou bien "Madame, le médecin a dit que vous ne pouvez pas maintenant, c'est pas bon pour vous". Ou encore tout simplement, elle ne répond pas.

Donc tôt ou tard, le malade va comprendre que quoi qu'il fasse, il n'aura pas d'eau. Et le malade, aussi Alzheimer soit-il, comprendra que s'il n'a pas d'eau, il va mourir et mourir dans d'affreuses souffrances. Parce que la soif est torturante... la faim est beaucoup moins impérieuse que la soif. Après l'asphyxie, la mort par la soif est la plus terrible. L'homme réclame l'oxygène, donc il y a un instinct très fort qui déclenche le réflexe respiratoire, et l'homme réclame à boire.

Le malade va comprendre qu'il y a eu contre lui une sentence par les autres, par le médecin, par les soignants, par ses proches... sentence de condamnation à mort.

Alors que se passe-t-il ?

1- il est torturé par la soif

2- il se rend compte qu'il n'en aura pas, ce qui ajoute à l'angoisse qui va le mettre très vite en alcalose respiratoire et en acidose métabolique. Donc il va y avoir très rapidement un déséquilibre acido-basique et hydro-électrolitique. Ce qui veut dire que très vite, l'organisme ne sera plus comme un organisme humain en bonne santé mais il y aura des désordres qui se créent par exemple en cas de coma diabétique, qu'on fait tout pour soulager, acido-cétosique, ou lactique. Mais plutôt acido-cétosique.

Seulement ça n'ira pas assez vite, ça ne sera pas tout de suite ça... si seulement ça l'était, mais ça ne l'est pas. Il y a, parallèlement à l'exacerbation de la soif, il y a l'hémoconcentration, la coagulation progressive, si vous voulez, la diminution progressive de la fluidité sanguine. C'est du feu dans les veines et dans les artères, la langue colle au palais, les yeux se dessèchent, les oreilles ne sont plus bien non plus hydratées, le cœur souffre dans son travail parce que le sang n'a plus la viscosité normale. Quand on a soif, le cœur a plus à travailler. Souvent, des troubles du rythme interviennent, mais qui ne sont pas mortels, mais qui réclament, qui font réclamer à boire - en vain...

Et donc la soif torturante, les premiers symptômes de la soif, d'affreux maux de tête... la glycémie, si tant est qu'il y en avait un petit peu avant, alors là n'en parlons pas comment elle va monter, elle va gréver encore de beaucoup le tableau. Si jamais la pauvre dame avait encore sucé un bonbon avant que l'hydratation s'arrête, alors là, malheur à elle... pire encore que le sel. Ne pas boire quand on a quelque chose de sucré dans la bouche, mais c'est effroyable... elle va perdre la vue... d'abord des maux de tête effroyables, torturants... ensuite, comme je vous ai dit, les yeux, les oreilles, des crampes musculaires... donc elle va mourir dans des souffrances !... et accompagnée par l'abandon, elle sonne, elle sonne, tant qu'elle est encore consciente ou elle hurle, et puis alors évidemment, on la sédate pour qu'elle ne dérange pas. Et elle va vivre le feu qui lui arrive dans le « tchouc, tchouc, tchouc, tchouc », les battements de plus en plus accélérés, déséquilibrés et arythmiques de son cœur, qui vont lui taper dans la tête, la tension monte et qui finalement lui font éclater. C'est vivre en fait la mort par pendaison par des moyens chimiques. Et qui, au lieu de durer vingt minutes, va durer pendant des jours.

Très vite le rein va entrer en insuffisance terminale avec une possible encéphalopathie urémique.

Donc la mort par la soif... d'abord par la torture de la soif, deuxièmement par la perception de l'abandon par l'entourage... donc la condamnation à mort... et cela, la France va le proposer la bouche en cœur, à des Alzheimer ?  alors que la Belgique, qui depuis 12 ans déjà, a légalisé l'euthanasie, la Belgique se refuse encore à le faire.

Voilà la torture à laquelle dans le « pays des Droits de l'Homme », les médecins maudits veulent soumettre les malades atteints d'Alzheimer. Ou d'autres "détériorations cognitives"...

Au fond, la société vous dit : « ou on vous tue comme ça, dans la torture de la soif et de la solitude, ou vous vous tuez vous-mêmes ». Sauf si vous êtes en intergénérationnel. Parce qu'il n'y a pas que les Alzheimer qui peuvent être "détériorés"... On vous donne un calmant un peu costaud et vous êtes gaga  ! Et c'est mourir vraiment dans la torture. C'est effroyable, effroyable ! Et je n'ai pas tout dit !

La sécheresse de la bouche ! qui rend difficile la respiration. La sécheresse de la trachée artère... les sécheresses des bronches...  le dessèchement de tous les organes... occlusion intestinale par non-hydratation des selles qui deviennent des bouchons... l'arrêt des matières fécales, peut-être remontée des sécrétions dans la bouche...- en voilà une mort "digne"... et je parle de ce que j'ai vu et entendu !

Voilà donc ce que cela veut dire (et je ne suis pas dans l'exhaustif ! loin de là) : « on arrête l'hydratation » ! Au lieu d'arrêter simplement l'alimentation et de laisser deux, trois mois, pour mourir simplement...

Voilà ce que vous voulez pour mourir dans la dignité !!

Alors, ce malade, cette personne humaine, votre bien-aimé, puis vous, demain, allez vous engager dans l'agonie avec l'expérience et la torture de l'abandon de tous. Puisqu'aucun ne va répondre à la seule chose qu'il réclame : "J' AI SOIF !"

Les Juifs ont proposé une boisson mélangée pour adoucir la torture de la soif des condamnés. Ils l'ont proposée à Jésus qui criait sa soif.

Et vous ?

"On a voulu me faire mourir hypocritement de soif (pour pouvoir dire que l'euthanasie n'a pas été votée) - et vous ne vous êtes même pas manifestés !"

"C'est à Moi que vous ne l'avez pas fait..."

 

Terri Schiavo morte par soif

 

terri schiavo1

Une femme en état végétatif ? Avec ce sourire ?

terri schiavo2

 Et cette expression d'amour, de tendresse, de gratitude ? elle est végétative ?

terri schiavo3

Mais pourquoi ce visage angoissé...

de souffrance humaine ultime...

d'une agonie qui s'approche...

"végétatif" ? 

C'est que le protocole qui va la tuer a commencé à faire son oeuvre...

Voilà comment on a tué un être humain.

Non, ce n'était pas une plante.

Non, ce n'était pas un légume. 

C'était une femme.

Un être humain comme vous et moi.

 

L'horreur absolue

Quand vous aurez vu cette image, vous ne demanderez plus la mort pour Vincent Lambert

par Jeanne Smits, 10/06/2015

Attention, image choquante à la fin de ce message.

Il y a dix ans mourait la « Vincent Lambert » des Etats-Unis : Terri Schiavo.

Terri Schiavo alive

L'histoire de cette jeune femme a beaucoup de traits communs avec celle de Vincent Lambert : comme lui, elle était polyhandicapée et jugée dans un « état végétatif » à la suite d'un traumatisme, comme lui, elle avait des parents, les Schindler, qui désiraient la sortir de l'établissement de soins palliatifs où elle était claquemurée à la demande de son mari, pour l'accueillir chez eux. Et comme lui, elle a été au centre d'une longue bataille judiciaire où le mari de Terri, Mike Schiavo, demandait l'arrêt de la nourriture et de l'hydratation de sa femme pour qu'elle meure. Il était son tuteur légal. La décision finale a été prise en mars 2005 ; l'alimentation et l'hydratation de Terri ont été définitivement stoppées le 18 mars et Terri est morte 13 jours plus tard, gardée par des policiers armés.

Ses parents, son frère et sa sœur n'ont pas eu le droit d'être auprès d'elle pendant ses derniers moments, malgré leurs supplications. Leur temps auprès de Terri était minutée. Par ordre du tribunal, il ne leur était pas permis de prendre des photos ou des films pendant les longs jours d'agonie de Terri Schiavo.

Les démarches, décisions et contre-décisions allaient se succéder pendant 7 ans. Le « processus de fin de vie » fut engagé par deux fois, puis interrompu par des ordres judiciaires, mais Mike Schiavo s'acharnait…

L'avocat de son mari – homme à la personnalité étrange, George Felos s'était réfugié dans le yoga et dans l'idée que la mort est une manière d'auto-réalisation, la grande expérience spirituelle d'auto-divinisation – devait dire à la presse juste avant le décès de Terri, le 31 mars 2005 : « Elle était si belle. Je ne lui avais jamais vu un tel air de paix et de beauté. »

Mensonge ! Le P. Franck Pavone, directeur national de l'organisation sacerdotale américaine « Priests for Life », très proche de la famille Schindler, a fait partie des rares personnes qui ont pu visiter Terri pendant les derniers jours de sa vie. Il a témoigné des souffrances de la jeune femme, et de l'horreur de la vision de son corps assoiffé. Il a déclaré que de toute sa vie de prêtre, il n'avait pas vu une mort aussi affreuse. Elle avait un air de « tristesse terrifiée » ; elle haletait ; ses lèvres et sa langue étaient gercées mais personne n'avait même le droit de lui humecter la bouche, les policiers armés veillaient.

Bobby Schindler, le frère de Terri, a publié le 31 mars une tribune pour marquer les 10 ans de cette mort qui était tout sauf belle et paisible.

Comme tous ceux qui ont pu approcher Terri au cours de ces treize terribles jours, Bobby n'avait pas le droit de prendre de photo. Mais il a voulu restituer ce qu'il a vu, l'image qui le hante depuis.

« Voici la dure réalité avec laquelle ma famille et moi devrons vivre pour le restant de nos jours : après près de deux semaines sans nourriture et sans eau, les lèvres de ma sœur étaient terriblement gercées, au point de présenter des cloques. Elle avait une peau jaunie comme par une hépatite, et bleue à certains endroits. Sa peau était visiblement déshydratée, faute d'eau. La respiration de Terri est devenue rapide et incontrôlable, comme si elle faisait de la course de vitesse. Ses gémissements, par moments, étaient rauques, nous indiquant la douleur insupportable qu'elle subissait. Le visage de Terri est devenu squelettique, le sang s'accumulait dans ses yeux profondément creusés, ses dents étaient saillantes. Même en essayant de l'écrire, je ne pourrai jamais décrire exactement le cauchemar que j'ai vécu en devant voir ma sœur mourir de cette façon. Et ce qui sera à jamais gravé dans ma mémoire, c'est l'air d'horreur absolue sur le visage de ma sœur lorsque nous sommes allés la voir juste après sa mort. »

Pourquoi les photos étaient-elles interdites ? Bobby Schindler le sait, lui qui a décidé, au vu de la propagande incessante à propos de la « mort douce », de la « mort digne » et « paisible », de publier une image de sa sœur très peu d'heures avant sa mort, ainsi qu'il s'en souvient.

Et qu'on ne vienne pas nous dire que les choses auraient été différentes si elle avait « bénéficié » d'une sédation profonde. La réalité est là, dans cette image, qu'on cherche ou non à la masquer.

 terri schiavo dead

 

 

 

 

 

 

 

 

Vincent Lambert doit-il lui aussi mourir de faim et de soif ?

 

Source : leblogdejeannesmits.blogspot.fr

Torture et indignité

 

Question :

II- Et puis le bouquet de l'émission ("Ce soir ou jamais", mise en ligne le 27/01/2014) pour moi, c'est quand ce médecin a dit que :
  "Il y a une autre catégorie d'êtres humains, vieux, c'est ceux qui ont une détérioration cognitive, par exemple l'Alzheimer. Eh bien ceux-là, c'est l'Ehpad, on les accompagne d'accord mais on arrête l'hydratation". Donc ils meurent en quelques jours, ça c'est garanti. Dans l'affaire Pierra, je me souviens qu'on a parlé de souffrances terribles et pendant 6 jours une agonie épouvantable. C'est quoi pour vous, c'est euthanasie ou aide médicale à mourir, torture ou indignité ou quoi ?

Réponse :

Alors, la mort par la soif, c'est vrai qu'elle n'est pas drôle ! C'est une mort par déshydratation. Dans les sociétés dites barbares, les déshydratations des personnes humaines ne se faisaient quand même pas ... ou alors après leur mort... Eux, ils n'ont quand même pas infligé ça. Sauf les nazis au bunker de la faim et de la soif, eux oui ! Pas les sociétés dites barbares mais les nazis et aujourd'hui les neo-nazis qui ne se nomment pas, donc je dirais les crypto-neo-nazis..., eh bien, eux le font, et ils veulent faire avaler cela, par une application de la loi Leonetti ou par une loi Leonetti-bis, à toute la société . Alors même que la loi Leonetti n'est passée en 2005 que parce que les Français ne savaient pas encore que "mourir dans la dignité", ce sera mourir dans la torture de la déshydratation brutale et sous  "sédation" c'est à dire dans la totale solitude de la camisole chimique. La loi Leonetti est passée parce que le drame de Pierra - et d'autres ! -n'était pas encore venu nous figer d'horreur !

J'ai toujours pensé qu'avec Auschwitz, un point de non-retour a été atteint par l'humanité. Comme une sorte de péché absolu s'opposant au choix de Dieu... L'impossible a été commis, l'innommable a été perpétré... et, à partir de ce moment-là, l'humanité a comme changé de direction, elle est partie en quelque sorte vers l'enfer. et il n'y a plus de raison que ça s'arrête.

Alors, de plus en plus, nous y sommes.

Les Etats, les uns après les autres, admettent le meurtre, la torture, l'oppression des libertés, même les plus sacrées, comme celle en face de la mort. Pour arrêter l'hydratation, pour shooter le malade, ils ne demandent pas son avis ! Ils le font d'eux-mêmes voire d'office ! Comble de l'hypocrisie : la déshydratation officiellement n'est pas considérée comme de l'euthanasie active... elle l'est pourtant.  Car la décision de tuer par la soif est bel et bien un acte. Un acte de décision non de stopper un traitement mais d'enlever le verre d'eau au pauvre, à l'agonisant. - ce qui est ignoble et n'a rien de digne.

La décision est donc ici une action : le médecin tue puisqu'il l'a décidé. "Collégialement" - ce qui est encore pire car il va à la fois endormir sa propre conscience et entraîner dans ce crime d'autres soignants (voire la famille) souvent ses subordonnés ! C'est aussi mentir à sa conscience en jouant sur les mots.

En réalité,  il a décidé de mettre "son" malade dans le bunker de la faim et de la soif, dans la nuit noire de la "camisole de force" chimique. Le malade ne va pas "dormir" mais cauchemarder - sans même pouvoir s'exprimer. Le visage "serein" n'est autre que le relâchement des muscles du visage. Comme par exemple cela aurait été le cas dans certaines formes de paralysies "flasques". Evidemment, pour que cela passe dans l'opinion publique, il faut changer les mots, les lénifier... leur donner une autre signification (c'est d'ailleurs un procédé bien connu dans la manipulation mentale de tous ordres) : Tuer va s'appeler "aider" , torturer va s'appeler "arrêter de s'obstiner" ou de "s'acharner" (on en arrivera à considérer le fait d'hydrater un être humain comme un acharnement thérapeutique), l'enfermer dans son psychisme torturé par tout cela va s'appeler "l'endormir" (mais là nous savons que c'est faux car il y en a qui en ont parlé : c'est de la torture psychique).

Ce qui, normalement, s'appelle "maltraitance" par "privation de soin", va, par un tour de passe-passe hypocrite, devenir de "l'acharnement thérapeutique". Nous allons donc vers une médecine à deux vitesses par âgisme : pour les uns les découvertes les plus mirobolantes de la médecine, le GPA, PMA, DPN et tutti quanti (aux frais du contribuable), pour les autres - les mêmes contribuables, pour le coup, eux qui ont payé pendant des décennies - le refus du simple apport d'eau légèrement sucrée ou simplement salée par une petite perf sous cutanée mettable à domicile - pour leur permettre de mourir vraiment dans la dignité (de faim peut-être mais pas de soif car la différence est de taille).

Le tout dans la  "dignité" , une "dignité" telle que la SPA se révolterait si cela était imposé à des animaux, et que la mémé à qui l'on va le faire, ce "traitement", ne voudrait jamais l'infliger à son bon et fidèle toutou.

Mais "on va accompagner les mourants". Ils vont mourir avec une "assistance médicalisée". Laquelle ? La déshydratation.  Mais, n'avons-nous donc pas une compassion suffisante pour leur offrir une mort un peu plus humaine ? Si vous imposez la privation de nourriture, quand même, gardez au moins l'hydratation ! La privation de nourriture conduit aussi à la mort mais d'une manière tout de même un peu plus clémente permettant de garder pendant un certain temps un minimum de conscience.

Vous pourriez - si vous aviez encore plus de compassion - l'achever par balle, avec un silencieux, pour ne pas déranger les voisins, n'est-ce pas. Il paraît que ça va assez vite, l'agonie est quasi nulle.

Mais tuer par la déshydratation, c'est torturer jusqu'à la mort.

 

Autour de la vieillesse

 

Question :

I- Dans l'émission  "Ce soir ou jamais", mise en ligne ce 27 janvier, il y a eu un échantillon de personnalités dont certaines étaient pour et d'autres contre l'euthanasie.

Je voudrais réagir aux paroles du médecin. Je me pose des questions.
D'abord, il disait : "vous pouvez vous suicider, vous pouvez vous jeter d'un pont, vous pouvez aller en Suisse pour vous faire suicider, mais ne demandez pas au médecin de faire cela. Le médecin qui tue n'est plus un médecin".

Bon. Ce qui, évidemment, servi comme ça, ne peut que scandaliser.  A une personne qui est en train de supplier qu'on l'achève, on lui dit : « Mais va te jeter par la fenêtre » , ou « prends le train pour la Suisse », enfin servi comme ça, c'est scandaleux.

Puis le même médecin en a rajouté quand il a dit : "Ecoutez, il y a plusieurs fins de vie. Il y a le jeune, ou celui en tout cas qui meurt trop tôt d'une maladie qui l'emporte, comme le cancer par exemple, ce malade qui refuse la sixième chimiothérapie, la quatrième opération qui, de toutes façons, ne va pas arrêter le cancer qui est déjà partout... alors, évidemment,  c'est pour eux qu'on a inventé les soins palliatifs. On va arrêter le traitement mais pendant deux, trois mois peut-être, ils vont pouvoir vivre leur fin de vie sans douleurs, accompagnés de la famille". Donc voilà,  "un repos en première classe". Evidemment, il n'a pas dit quelles seront tout de même l'agonie et la mort de ces personnes en soins palliatifs et si leur mort sera finalement différente de celle des autres "catégories"  qui vont suivre dans son exposé.

Car, bien sûr,  "il y a d'autres types de fin de vie, c'est celle des personnes qui ont l'âge de mourir. Et là-encore, il y a deux catégories : il y en a dont on dira...  bon que voulez-vous, il a bien vécu, bon, il a un petit peu de dépendance par ci, par là, bref, la vieillesse, elle peut forcément apporter un peu de dépendance mais enfin, c'est gérable. Bon évidemment, ils aimeraient mourir chez eux mais qu'est-ce qui leur est proposé ? De mourir dans la grande solitude...?...  seuls dans la solitude, dans l'angoisse de mourir parce qu'ils savent que si jamais ils appellent l'ambulance, alors ils mourront sur un brancard dans le couloir des urgences". Voilà ce qu'a dit le médecin.

Alors là aussi je réagis parce que je trouve que c'est loin d'être sûr ! Il ne faut pas  désespérer tant que ça de l'homme, Docteur ! Qu'est-ce que vous en pensez ?

Réponse :

- Autour de la vieillesse, il peut encore et toujours s'organiser un petit cocon intergénérationnel, vous ne trouvez pas ? Pourquoi ne pas développer ces réseaux de fraternité avec tout l'aspect de tendresse qui s'y greffe si on le laisse éclore ? Pourquoi créer des ghettos ? Pourquoi pas, là encore, laisser faire la nature ? La "tête" des vieux resterait plus longtemps sur leurs épaules si les jeunes ou les enfants leur demandent leur avis, leurs conseils, écoutent leurs expériences, jouent avec eux : les petits enfants des "familles recomposées" ou "de la rue" trouveraient des papys et des mamies et les vieux pourraient donner leur trésor, transmettre ce qui doit l'être à cette génération d'orphelins de racine. En voilà une bonne intégration, toute naturelle et toute citoyenne et qui ne coûte pas un centime, mais qui est riche d'humanité !

Et puis, la tolérance, le respect surtout ! Je vous en prie ! La famille, les amis, le ministre de son culte, l'assemblée de sa religion, en voilà une belle laïcité à la française qui pourrait être manifestée - si évidemment les "ministres" des cultes ont du temps à consacrer à la personne âgée et ne se réservent pas aux réunions d'administration et au recrutement débile des "jeunes" - qui se recruteraient d'autant mieux qu'on les amènerait voir papy et mamie dans la foi et l'amour...