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Le Meilleur des mondes ?

Par Catherine Ferrier, 31/07/2018

Selon le récent Troisième rapport intérim sur l’aide médicale à mourir au Canada par Santé Canada, environ 1500 personnes sont décédées d’euthanasie administrée par des médecins dans les six mois compris entre le 1er juillet et le 31 décembre 2017. Ce nombre est assez petit pour être saisissable par notre imagination, mais très imposant ; mille kilomètres ou mille dollars, sont des nombres importants. Que dire de mille cinq cents vies humaines?

Toute statistique sur la mort interpelle le respect. L’image solennelle des tombes silencieuses alignées nous rappelle que nous acceptons la mort seulement parce qu’elle est inévitable. Surtout en tant que médecins, nous sommes habitués à combattre autant que possible toute contingence mortelle, comme nous rejetons toute forme d’homicide. Nous acceptons la mort seulement lorsqu’elle est inévitable.

Et pourtant, voici ces 1500 morts, volontairement provoquées par des médecins, dans des maisons, des cliniques et des hôpitaux, soutenues, justifiées et certifiées par tout un personnel administratif, selon l’application d’une loi, et finalement compilées dans un rapport gouvernemental. Voilà la définition du surréalisme : présenter ce qui est extraordinaire et outrageant comme banal et normal.

La plupart d’entre nous serons toujours inconfortables avec ces faits. Il existe un écart moral immense entre le suicide et le suicide assisté; et un écart encore plus grand entre tout suicide et l’euthanasie. Comme médecin nous acceptons qu’un patient refuse de poursuivre tout traitement; cela est son droit légitime et légal. Cependant, donner la mort à un patient par administration d’un poison mortel sera toujours illégitime, même si le geste est légal.

Comment donc travailler comme médecin dans ce Brave New World (de Huxley)?

Malgré tout, les statistiques de Santé Canada nous disent aussi que seulement une petite fraction des patients demande l’euthanasie, et que peu de médecins veulent l’administrer. Nous ne sommes donc pas seuls.

Notre objectif n’est pas de justifier notre opposition mais de travailler à répondre de mieux en mieux aux besoins réels de la vaste majorité des patients qui sont non-suicidaires. Ainsi, nous l’espérons, ceux qui songent à l’euthanasie passeront du désespoir à l’espérance, de l’anxiété à la paix.

Chaque euthanasie est une sorte de faillite; nous aimerions savoir comment la prévenir du point de vue médical et sociétal et empêcher les abus possibles. Voilà pourquoi la documentation de chaque euthanasie est cruciale et mérite un rapport plus détaillé, afin de répondre à l’objectif cité dans ce Rapport de Santé Canada : « …informer avec transparence et cultiver la confiance des citoyens dans l’application de la loi. »

Les paramètres de ce rapport sont trop limités (un cadre plus extensif serait en préparation à Santé Canada).

Actuellement, toute euthanasie doit être rapportée à une autorité publique; au Québec, il s’agit de la Commission spéciale sur la fin de vie; dans les autres provinces, il s’agit du Coroner. Le défaut majeur de ce protocole est que la personne qui soumet le rapport est la même qui a évalué le patient et administré l’euthanasie. Le médecin ou l’infirmière écrit simplement ce qu’il a fait et en donne les raisons. L’agence de révision n’a aucune autre source d’informations et se borne à vérifier que les bons formulaires ont été bien remplis par les personnes concernées.

Le portrait statistique des candidats à l’euthanasie à travers les provinces est cependant une source de renseignements plus prometteuse pour une politique de développement des soins. Nous apprenons donc que le candidat typique est le malade cancéreux (65% des euthanasies au Canada),en C-B (7,93 euthanasies par 100 000 habitants; Québec 5,35; Ontario 3,51; Maritimes 2,97; Prairies 2,69). Ce candidat typique a plus de 55 ans et vit dans une grande agglomération urbaine (57%). Cependant, Il faudrait aussi savoir pourquoi ces personnes ont demandé la mort, contre tout instinct naturel.

D’autres informations, qui pourraient être explorées davantage dans ce portrait statistique, sont les chiffres sur les demandes refusées (Maritimes 8% des demandes; Alberta 8%; Québec 16%; Manitoba 18%; Sask. 23%). Mais la seule raison donnée pour le refus est la non-correspondance aux critères d’admissibilité. Une déception: L’Ontario et la Colombie-Britannique ne tiennent aucune statistique à ce sujet.

Il faudrait en savoir davantage sur chaque patient concerné. Les soins palliatifs étaient-ils disponibles? La personne avait-elle un soutien familial ou social? Quels étaient l’état de sa santé mentale et l’accès à un suivi pertinent si nécessaire? Quels étaient l’influence et l’opinion de la famille ou des proches? Le médecin traitant a-t-il démontré un biais en faveur de l’euthanasie? Quelles alternatives ont été proposées? Toutes ces informations pourraient montrer les améliorations à viser.

En somme, toute documentation statistique reflète l’usage qu’on veut en faire. Si on veut normaliser et étendre la pratique de l’euthanasie, l’information exigée sera aussi simple que possible et la révision des données sera essentiellement une formalité non critique, comme actuellement. De plus, les groupes pro-euthanasie se serviront des données sur les patients pour agrandir les critères aux catégories de personnes présentement exclues.

Notre but est à l’opposé; nous voulons un reportage plus extensif et plus objectif sur chaque euthanasie, afin de mieux promouvoir et montrer les chemins alternatifs.

Au fil du temps qui passe, avec cette démission sociale programmée envers les personnes vulnérables, votre témoignage comme médecin joue un rôle crucial dans la culture et la conscience populaire, et contribue à la solidarité entre médecins. Vous êtes invités à partager toute anecdote personnelle, pouvant ou non concerner des euthanasies sous contraintes, de toutes sortes, et toute réflexion plus générale découlant de votre profession. Le Collectif publiera vos contributions sous « La voix des médecins » (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

Rendons l’euthanasie impensable.

Sincèrement,

Catherine Ferrier
Présidente