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Claire Fourcade : « Nous soignants ne voulons pas avoir à décider de qui doit vivre et de qui peut mourir »

par Emmanuelle Réju, 11/03/2024, extraits

La présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), Claire Fourcade dit sa consternation et sa tristesse après les annonces du président Macron sur le projet de loi la fin de vie qui ouvre la voie à une « aide à mourir ».

La Croix : Quel est selon vous le sens du projet de loi sur la fin de vie qu’Emmanuel Macron vient de présenter dans l’interview conjointe accordée à notre journal et à Libération ?

Claire Fourcade : Le projet de loi parle « d’aide à mourir » mais il faut le relire en utilisant les mots qui permettront de décrire la réalité. Il s’agit clairement de suicide assisté et d’euthanasie sur décision médicale, sans même qu’une limite claire soit tracée entre les deux. C’est d’autant plus grave que, dans tous les pays où ces deux dispositifs sont légalisés, l’euthanasie devient plus que majoritaire, hégémonique. Le Canada a ainsi enregistré trois suicides assistés en 2022 pour 13 000 euthanasies.

Au-delà de cette confusion lexicale, ce nouveau « modèle français de fin de vie », selon l’expression du chef de l’État, pose d’autres questions. Notamment celle des conditions d’accès présentées comme « strictes » mais qui, au vu des expériences étrangères, seront nécessairement provisoires. En outre, le processus envisagé permet, en outre, que le geste final soit effectué par le patient lui-même, un personnel soignant, médecin ou infirmier, mais aussi un tiers de confiance. Or, aucun pays au monde n’a autorisé l’administration de la substance létale par un proche.

Le chef de l’État a annoncé un système bien éloigné des besoins des patients et des réalités des soignants. L’aide à mourir, c’est ce que nous faisons tous les jours en soins palliatifs. Dire que, par ce texte, nous allons découvrir la fraternité est méprisant pour le travail que nous effectuons.

Ce projet de loi va bouleverser la notion du soin sans que ce soit assumé, puisque le président de la République évoque pour en parler les termes de fraternité et de solidarité. Il ne dit d’ailleurs pas un mot des réticences exprimées par une immense majorité de soignants. Nous, soignants, ne voulons pas avoir à décider de qui doit vivre et de qui peut mourir. Nous ne voulons pas de ce pouvoir de décision.

Le président de la République confirme que le projet de loi contiendra un volet portant sur les soins palliatifs. Est-ce pour vous un progrès ?

C.F. : C’est un piège, à double titre. On n’arrête pas de nous dire que le développement des soins palliatifs est une priorité et une urgence absolue ! Or le trajet parlementaire du projet de loi ne commencera qu’en mai et va durer des mois… Une grande ambition en la matière devrait être un préalable. Le Comité consultatif national d’éthique avait même conditionné toute évolution législative à la mise à disposition de soins palliatifs pour tous.

Mais de quelle ambition parle le président quand il évoque la « stratégie décennale » qui doit être bientôt présentée ? Quand on regarde l’enveloppe qui lui sera dédiée, les promesses faites paraissent dérisoires. Le président de la République évoque un milliard d’euros de plus en dix ans, soit 6 % d’augmentation par an par rapport au budget actuel. Cela représente 1,5 euro par Français et par an. Un montant qui couvrira à peine l’inflation et l’augmentation du nombre de personnes à prendre en charge en raison du vieillissement de la population.. Or, actuellement, 50 % des patients meurent sans avoir eu accès à un accompagnement adapté faute d’une offre de soins suffisante. 500 personnes par jour ! On nous promet une révolution, je crains que ce soit à peine une évolution.

Enfin, lier dans un même texte un volet sur la mort provoquée et un autre sur les soins palliatifs est une restriction à la liberté parlementaire. Comment en effet ne pas voter un texte qui propose de développer les soins palliatifs, ce qui met tout le monde d’accord ?

Certaines de vos demandes ou inquiétudes ont-elles été prises en compte au fil de vos échanges avec les pouvoirs publics ?

C.F. : Nous n’avons eu d’échanges avec aucun membre de l’exécutif depuis le 6 septembre 2023. Dans nos échanges précédents, durant l’été, aucun texte n’a jamais été mis sur la table. Le seul dont nous ayons eu connaissance est celui qui a fuité en décembre dernier, qui montrait que nos inquiétudes n’avaient pas été prises en compte. Désormais il est parfaitement clair que nous n’avons pas été entendus.

Source : la-croix.com