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Autres paroles catholiques

Mgr M. Aupetit : Dieu est tabou ?

 


« Aujourd’hui, le tabou n’est plus le sexe, mais Dieu »

 

Entré au séminaire à 39 ans, Michel Aupetit succède à André Vingt-Trois comme archevêque de Paris

Écolier, il détestait passer au tableau et préférait de loin faire rire ses camarades. Nommé archevêque de Paris par le pape François le 7 décembre 2017 et installé dans cette fonction le 6 janvier, Mgr Michel Aupetit est de ce fait devenu le point de mire de nombreux catholiques. Si en théorie l’évêque de Paris est un évêque parmi les autres, il occupe en pratique une place éminente dans l’Eglise catholique. À 66 ans, lui qui « n’aime pas trop être exposé » sera désormais l’une des voix les plus écoutées de cette institution. Cet ancien médecin, entré au séminaire à 39 ans et devenu évêque de Nanterre en 2014, succède à Mgr André Vingt-Trois.

Vous avez exercé pendant onze ans comme médecin généraliste avant d’entrer au séminaire. En quoi cette vie de laïc influence-t-elle votre approche de prêtre ?

Laïc, j’étais ce que l’on appelle dans l’Eglise un « consommateur ». Je rentrais chez moi à 22 heures le soir et j’étais donc assez peu investi dans la vie de l’Eglise. C’est mon péché ! Quant au reste, la médecine m’a appris à aimer les gens indépendamment de ce qu’ils sont. Quand vous êtes médecin, vous soignez des gentils et des pas gentils. Cela vous ouvre à tous, et l’Eglise est ouverte à tous. On ne demande pas leurs papiers ou leur certificat de baptême aux personnes qui entrent. L’hiver, les SDF viennent se réchauffer, on les laisse tranquilles. D’autres viennent simplement pour avoir un temps de repos et de silence. Il n’y a pas beaucoup de lieux comme ça où on peut se poser, gratuitement, paisiblement. Et la médecine m’avait déjà appris ça : accueillir de manière inconditionnelle les personnes qui frappent à votre porte.

Vous avez grandi dans une famille où la pratique religieuse n’était pas la règle. Cela vous donne-t-il une vision particulière de la transmission religieuse ?

C’est assez étonnant, car cela ne m’a jamais vraiment troublé. Ma maman était une femme de foi, elle allait à la messe assez souvent, pas forcément avec moi. Mais je sais qu’elle avait profondément la foi et je voyais l’influence que ça pouvait avoir dans sa vie. Alors que, du côté « mâle », on était plutôt incroyant. Mes amis non plus ne pratiquaient pas. Donc j’ai longtemps vécu ma foi de manière isolée. La transmission, je pense qu’elle s’est faite par la prière. Car dans la prière, on apprend à parler à Dieu. On entretient une relation. Alors que dans une relation de catéchisme, on apprend à parler « de » Dieu, c’est intellectuel. La seule chose que ma mère m’a apprise, c’est le Notre Père et le Je vous salue Marie. A partir de ces deux prières, j’ai appris à parler à Dieu. Mais en secret : personne n’en savait rien.

Quand j’ai quitté mon cabinet de médecin, j’ai dit pourquoi à mes patients. Plusieurs m’ont alors confié qu’ils priaient matin et soir depuis trente ans sans même que leur femme le sache ! Je me suis rendu compte que beaucoup de gens ont une vie spirituelle, mais ne le montrent pas.

L’accueil des migrants est un sujet qui mobilise ou qui trouble les croyants. Que leur dites-vous à ce sujet ?

C’est un sujet difficile. A Nanterre, j’ai relayé dès le lendemain l’appel du pape François [afin que les paroisses accueillent des réfugiés, en 2015]. J’ai été étonné des réponses positives immédiates. Des gens ont mis à disposition un appartement, d’autres ont accueilli quelqu’un dans leur pavillon, des écoles catholiques ont ouvert leur porte avec la cantine gratuite, des professeurs de français se sont mis à disposition. Ces gens étaient en danger de mort.

Il y a peut-être une différence dans l’accueil de gens qui sont dans une situation de détresse absolue, pour qui on ouvre toutes les portes, et ceux qui viennent pour des raisons économiques. Là, ça passe en effet moins bien chez les fidèles. Notre réflexion se base sur deux principes. Le premier, évangélique, c’est l’accueil inconditionnel des personnes. Le second, c’est le principe du bien commun : comment faire pour que chacun puisse trouver sa place, mais en pensant à tous les autres ?

Une partie des catholiques craignent la venue de migrants en trop grand nombre. Les évêques doivent-ils parler plus clairement ?

Il y a une crainte de l’insécurité culturelle. Lorsque j’étais médecin à Colombes, au départ, dans les cités, les gens vivaient très bien ensemble. On ne regardait pas qui était musulman ou chrétien. On se rendait des services entre personnes. Aujourd’hui, c’est ghettoïsé. Les mairies tentent de favoriser la mixité sociale, mais on est quand même très engagé vers le communautarisme.

Un imam m’a dit : « On n’a plus de contrôle sur nos jeunes, ce n’est plus nous qui les formons à la religion. Ils vont se former ailleurs. » Ailleurs, c’est sur Internet. Il y a là une vraie question. Nous avons des religieux et des religieuses dans les cités. Peu nombreux, mais reconnus comme tels. Ils essaient de faire du lien entre les personnes. Mais c’est vrai qu’il y a des zones de non-droit absolu, avec des choses terribles, où la police ne peut pas intervenir.

Les catholiques sont-ils désormais une minorité religieuse en France ?

Beaucoup de gens se disent catholiques même s’ils ne fréquentent pas l’Eglise. Qu’est-ce qu’un catholique ? Quelqu’un qui pratique ? Ou qui se reconnaît dans cette religion, car il est né dans cette culture, qu’il fait siennes les valeurs évangéliques, alors que son rapport à Dieu ou à l’Eglise est plus que ténu ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Moi, je n’en sais rien, je laisse cela à Dieu. Si on ne compte que ceux qui pratiquent, les catholiques sont incontestablement une minorité. Beaucoup sont investis sur des questions de solidarité, pas forcément avec l’étiquette « catholique », mais ils le sont quand même au nom de leur foi.

Comment s’adresser à ces « catholiques culturels » ?

S’ils se disent catholiques, c’est qu’il y a quelque chose, et il faut respecter ce quelque chose. Il ne faut pas éteindre la mèche qui brûle encore un peu. Parfois, à la fin de la messe, des gens venaient me voir pour me demander une bénédiction car l’un de leurs proches était malade ou leur conjoint les avait quittés… Pour répondre à cette souffrance, j’ai organisé à la cathédrale de Nanterre une grande prière de guérison et de délivrance. C’était plein ! Il y avait tous les milieux sociaux. Sommes-nous à l’écoute des attentes des gens, de leurs souffrances ? Plutôt que de leur proposer un produit fini, il faut être à l’écoute de leur soif, qui est aussi spirituelle.

La « guerre des laïcités » traduit-elle selon vous un rejet du religieux en général ou une méfiance envers l’islam ?

Mes deux grands-pères étaient anticléricaux jusqu’au bout des ongles, je connais donc un peu le système. Deux formes de laïcité sont aujourd’hui défendues. Celle de Jean-Louis Bianco [président de l’Observatoire de la laïcité] et d’Emmanuel Macron, qui doit permettre à chacun de pratiquer sa religion. L’autre, c’est celle d’une religion assignée à la sphère privée, qui ne doit apparaître nulle part.

La société française est divisée. La question de l’islam fait peur, à cause des attentats et de certains discours qui affirment que la France va devenir une terre d’islam – on retrouve la question de l’insécurité culturelle. Mais nous avons vécu dans le passé d’autres insécurités culturelles ! Sainte Geneviève, patronne de Paris, vivait à l’époque d’Attila et de Childéric, roi des Francs. Les Germains et les Francs qui arrivaient n’étaient pas du tout dans la culture gallo-romaine ni dans la culture chrétienne. C’était une transition colossale. L’Eglise, alors, a privilégié la culture évangélique, quitte à sacrifier la culture romaine. Cette période, bien pire que la nôtre, a aussi fait ce que nous sommes.

Le gouvernement veut étoffer l’enseignement du fait religieux à l’école. Quel rôle pouvez-vous avoir ?

Il est dans le rôle de l’Etat de contrôler ce que nous pouvons faire, et notamment s’il fait appel à des religieux. Il y a le fait religieux sous l’angle historique. C’est souvent par là que l’on passe. Mais je pense qu’il faudrait aller plus loin, jusqu’à l’espace théologique. Dans le RER, des musulmans m’interrogent en tant que prêtre. A la fin, ils me disent : « Merci d’avoir parlé de Dieu. » Les musulmans qui mettent leurs enfants dans une école catholique le font parce que, là, on peut « parler de Dieu ».

Il faut aller plus loin que le fait historique. Qu’est-ce que la transcendance ? Pourquoi l’homme prie ? Ne peut-on pas parler de Dieu ? C’est le tabou, Dieu, aujourd’hui ! Ce n’est plus le sexe, c’est Dieu. On n’a pas le droit de parler de Dieu, sinon on gêne. • Cécile Chambraud

« Ce qui se joue, c’est la question d’une société humaine »

Comment l’Eglise catholique abordera-t-elle les Etats généraux de la bioéthique, qui s’ouvrent le 18 janvier ?

Notre contribution doit toucher les intelligences et les cœurs. Ce qui se joue, c’est la question d’une société humaine. Le progrès technique, c’est très bien, mais c’est l’éthique qui nous dit ce qui est juste dans l’utilisation de ce progrès technique. Les questions les plus importantes porteront sur l’intelligence artificielle et la robotisation. Qu’est-ce qui distingue une intelligence artificielle d’une intelligence humaine ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes humains ? C’est là-dessus que doit porter la réflexion. Ce qui distingue l’humain, c’est la capacité à intégrer la fragilité. C’est que nous sommes solidaires des plus faibles. Le code d’Hammourabi, la première loi écrite que nous connaissions [datant du XVIIIe siècle av. J.C], l’a été « pour que le fort n’opprime pas le faible ». Cela veut dire : sortir de la loi de la jungle, tout simplement. C’est là où s’introduit l’humanité.

Un sondage publié par « La Croix » le 3 janvier montre l’acceptation croissante de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA) ou encore du suicide assisté, y compris par les catholiques. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ce n’est pas parce qu’une majorité pense quelque chose que cette chose est juste. « Tu ne suivras pas une majorité qui veut le mal », est-il écrit dans le livre de l’Exode. Ce sondage est un constat, il n’est pas rassurant. Le pape parle d’une civilisation du déchet. C’est vrai. On peut même parler de la société des encombrants ! Ceux qui nous encombrent, on les jette. Des amis belges m’ont dit que leurs parents avaient intégré le fait que, s’ils n’allaient pas bien, ils devaient disparaître. Ils trouvent normal qu’on les euthanasie. C’est quand même effrayant ! On élimine les personnes handicapées avant qu’elles naissent. Qu’est-ce que cela veut dire ? J’ai soigné des personnes handicapées pendant onze ans. Elles m’ont bien plus appris que tous mes autres patients. Qu’au-delà des apparences, il y a une humanité formidable. Avec eux, on ne peut ni tricher ni porter un masque. La mentalité change, effectivement, mais il y a un véritable enjeu. Il faut se poser, avoir une réflexion de fond sur tous ces sujets. • propos recueillis par Cé. C.

Source : paris.catholique.fr