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Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées

par P. Alexandre Awi Mello, 11/02/2021

La Journée mondiale instituée récemment par le pape dédiée aux grands-parents et aux personnes âgées

Ressource précieuse du peuple de Dieu

L’institution de la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, dont la célébration aura lieu au cœur de l’Année de la Famille Amoris laetitia, est un acte cohérent avec le magistère précédent du pape François et avec son ecclésiologie populaire et synodale. C’est ce que montre le choix de l’annoncer à proximité de la fête de la Présentation de Jésus au Temple, quand Siméon et Anne, éclairés par l’Esprit-Saint, reconnaissant et accueillent en Jésus le Messie. Les deux vieillards font partie de ces anawim qui peuplent les premiers chapitres de l’Évangile de Luc et forment le « peuple humble et pauvre » qui, selon le prophète Sophonie, « prendra pour abri le nom du Seigneur » (So 3, 12). Comme les bergers qui se serrent autour de la grotte de Bethléem, les personnes des périphéries dans la société de l’époque, mais centrales dans le dessein de Dieu au point que c’est justement à elles qu’il se manifeste.

Après l’Angelus du dimanche 31 janvier, soulignant que les grands-parents et les personnes âgées gardent « les racines des peuples », le Saint-Père a donné une clé pour comprendre plus profondément cette nouvelle initiative de son pontificat. En tant que porteurs et transmetteurs de la sagesse, de la culture et de l’expérience religieuse du peuple, les personnes âgées nous aident à vivre « l’intense expérience d’être un peuple, l’expérience d’appartenir à un peuple » (Evangelii gaudium, 270). En effet, dans une interview accordée à Antonio Spadaro, accompagnant le livre Nei tuoi occhi è la mia parola (2016), le pape François explique que « l’histoire est construite par ce processus de générations qui se succèdent au sein d’un peuple », un processus qui se fait « avec un engagement en vue d’un objectif ou d’un projet commun ». A partir de cette catégorie historique et mythique de « peuple », caractéristique de la teología del pueblo (la théologie du peuple, ndr), on comprend mieux le rôle des personnes âgées dans la société comme à l’intérieur du saint peuple fidèle de Dieu.

Dans la continuité d’Evangelii nuntiandi et des assemblées de l’épiscopat latino-américain, François approfondit l’ecclésiologie conciliaire du peuple de Dieu et contribue à le décrire à partir des visages et des expériences des hommes et des femmes. Les grands-parents et les personnes âgées (des mots en grande partie identiques dans le lexique de François) en font pleinement partie et sont souvent ceux qui transmettent la « piété populaire », expression d’ « un sens aigu des attributs profonds de Dieu » (EN, 48) et « manifestation d’une vie théologale animée par l’action de l’Esprit-Saint » (EG 125). Le pape croit en la force activement évangélisatrice de la piété populaire mais il la considère comme un patrimoine auquel on puise trop peu. C’est pourquoi il insiste sur la valeur de la prière des personnes âgées et sur leur tâche dans la transmission de la foi. Il identifie donc leur mission spécifique au sein des communautés ecclésiales et, d’une certaine façon, il distingue pour elles un espace défini.

Reconnaître la valeur ecclésiale de la foi vécue par les gens simples est l’un des traits de ce pontificat destinés à modeler l’avenir de l’Église. La Journée mondiale des pauvres et celle des grands-parents et des personnes âgées sont profondément en harmonie, car elles manifestent que les pauvres et les personnes âgées ne sont pas des « clients » de l’Église, mais une partie importante du laïcat catholique. C’est comme si le Saint-Père nous aidait à regarder des champs déjà dorés dont nous ne nous étions pas aperçus : un peuple nombreux qui accompagne la vie de nos communautés en les soutenant et que nous avons jusqu’à maintenant trop souvent ignoré. En regardant le peuple de Dieu, enrichi par la présence des pauvres et des personnes âgées, on le découvre plus vaste et composite et on s’ouvre à une vision moins pessimiste ou lointaine de la vie de l’Église. Dans cette perspective, on comprend mieux l’irritation du pape François lorsqu’il fait allusion à ce qui s’est produit pendant ces mois de pandémie, en particulier dans les résidences pour personnes âgées : « Elles ne devaient pas mourir ainsi ! », comme si elles ne faisaient pas partie du saint peuple fidèle de Dieu.

En ajoutant aux deux journées déjà mentionnées celle de la Parole de Dieu, on comprend que l’ecclésiologie du peuple de Dieu et la redécouverte de la Bible sont liées dans un projet qui plonge ses racines dans Vatican II.

Il est significatif, en outre, que le pape François parle des grands-mères dans la lettre qu’il a adressée au cardinal Ouellet à propos de la mission des laïcs (19 mars 2016). Cette mention confirme l’intuition selon laquelle les personnes âgées, même si elles sont privées de formation spécifique, mais enracinées dans l’Évangile, sont une portion importante du laïcat catholique. Véritables « protagonistes de l’histoire », nos ancêtres nous offrent des racines, nous empêchent de nous déraciner, surtout, mais pas uniquement, dans le cadre familial : « Ils ont été la mémoire vive de Jésus-Christ à l’intérieur de nos maisons. C’est dans le silence de la vie familiale que la majeure partie d’entre nous ont appris à prier, à aimer, à vivre leur foi ». Dans le texte, le pape parle de la nécessité de garder deux mémoires, celle de la foi et celle des ancêtres. Ces paroles reviennent souvent quand le pontife parle des personnes âgées et doivent se comprendre dans le même contexte. Le 27 janvier, à l’occasion de la Journée de la Mémoire, François a lancé un appel, disant que « se souvenir est l’expression d’une humanité. Se souvenir est un signe de civilisation. Se souvenir est la condition d’un avenir meilleur de paix et de fraternité » (audience générale).

La mémoire et les rêves sont le contenu du dialogue entre les générations, dont parle souvent le Saint-Père et les paroles qui viennent d’être citées sont une des déclinaisons possibles de ce souhait. Garder les racines des peuples est un chemin nécessaire pour comprendre quels ont été les rêves (de paix, de réconciliation, de liberté et de démocratie, de respect des droits de l’homme…) qui ont animé la génération de ceux qui ont vécu les tragiques années de la seconde guerre mondiale et qui ont été témoins de la Shoah ; et également pour essayer de les décliner au futur, imaginant une palingénésie analogue après la pandémie. Ainsi, ce seront les rêves des personnes âgées que les nouvelles générations poursuivront comme prophétie.

Les personnes âgées sont nos compagnons dans la foi et les gardiens de l’avenir. L’institution de la Journée qui leur est dédiée, qui devra être célébrée de manière extraordinaire une fois par an, invite à reconnaître la place privilégiée qui leur revient au sein du peuple, de nos familles et de la vie ordinaire de nos communautés, et à nourrir des sentiments d’estime et de gratitude à leur égard.

Ce n’est pas un problème de charité ou de justice (même si celles-ci sont nécessaires) : il s’agit d’honorer son père et sa mère, en cherchant à saisir la valeur de leur présence et de leur action dans l’histoire.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : fr.zenit.org