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Hommage au Pape Benoît XVI

L'offrande de la souffrance et de la prière: une réponse à trois questions. Article de Vittorio Messori.

 

Il y aura tout de temps pour l'analyse, les bilans, les prévisions. Aujourd'hui, encore déconcertés, nous chercherons seulement à donner une réponse possible à trois questions qui ont immédiatement surgi.

Tout d'abord: pourquoi une telle annonce, en ce jour de Février? Ensuite: pourquoi lors d'une réunion des cardinaux annoncée comme de routine? Enfin: pourquoi le lieu choisi pour la retraite du Pape émérite?

À la réflexion, après la surprise presque brutale, tellement elle a été inattendue (et pour tous, dans la Hiérarchie elle-même), il me semble que nous pouvons hasarder une explication possible.

Le 11 Février, jour anniversaire de la première apparition de Notre-Dame de Lourdes, a été déclaré par son «aimé et vénéré prédécesseur», comme il l'appelait toujours, la Journée mondiale du Malade. Ratzinger a dit, dans le latin de la brève et bouleversante déclaration: «je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l'avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien».

Terence, et puis Sénèque, Cicéron et tant d'autres avaient rappelé aussi: senectus ipsa est morbus , la vieillesse elle-même est une maladie. Alors, quelqu'un qui, comme lui, aura 86 ans le 16 Avril, est infirme. Il a ajouté, en effet: «la vigueur du corps et de l'esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s'est amoindrie en moi d'une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m'a été confié». Quel jour plus approprié, donc, pour prendre acte le monde de ses propres infirmités de vieil homme que celui dédié à Notre-Dame de Lourdes, protectrice des malades? Au fond, là aussi, il y a un signe de solidarité fraternelle pour tous ceux qui, par la maladies ou les années, ne peuvent plus compter sur leurs propres forces.

Mais pourquoi (c'est la deuxième question) faire l'annonce, ex abrupto, justement dans un consistoire de cardinaux pour décider la glorification des martyrs d'Otrante, massacrés par la fureur des Turcs Musulmans? Nous ne croyons pas qu'il y ait ici un quelconque rappel à la violence d'un certain islamisme, actuelle aujourd'hui comme au XVe siècle, le massacre dans les Pouilles. Nous croyons plutôt que ces derniers mois, Benoît XVI a médité sur le premier et seul cas d'abdication formelle d'un pape dans l'histoire de l'Église, le 13, Décembre 1294, par Célestin V. Il y avait eu, dans les «âges sombres» du Haut Moyen Age, quelques cas de renonciation du pape, mais dans des circonstances obscures et sous la pression de menaces et de violences. Mais seul Pietro da Morrone, l'ermite arraché de force de sa cellule et élevé au Siège Pontifical, abdiqua officiellement en toute liberté, invoquant lui aussi l'âge plus qu'octogénaire et la faiblesse qui l'accompagnait. Avant de prendre la décision sans précédent, il avait consulté discrètement les plus grands canonistes qui lui confirmèrent que la renonciation était possible, mais qu'il fallait la faire «devant plusieurs cardinaux». C'est justement ce qu'a décidé Benoît XVI, qui n'avait que ce précédent auquel se référer: précédent d'ailleurs, spirituellement sûr, puisque le bon Pierre fut déclaré saint par l'Église et n'avait pas vraiment mérité l'accusation de «lâcheté» lancé contre lui par le gibelin Dante pour des raisons politiques. En somme, en l'absence d'autres règles, Papa Ratzinger, toujours respectueux de la tradition, s'est référé à celles établies il y a huit siècles par le confrère dont il voulait partager le destin. Probablement, ce n'est pas non plus un hasard si l'annonce inattendue a été lu seulement en latin, comme pour rappeler ce précédent lointain.

Mais pour en venir à la troisième question, pour quelle raison, après un court séjour à Castel Gandolfo (désert, et donc disponible pendant le siège vacant) l'ex- Benoît XVI prendra-t-il sa retraite dans ce qui a été un monastère de clôture, dans les murs du Vatican? C'est, du moins, le programme annoncé par le porte-parole, le père Lombardi. Nous ne savons pas si cette installation sera définitive, mais, en tout cas, cela non plus n'est pas un choix aléatoire. Les derniers mots de l'annonce faite hier disent: «Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l'avenir, la Sainte Eglise de Dieu par une vie consacrée à la prière». Dans les années de son pontificat, il a souvent répété: «Le cœur de l'Église n'est pas là où l'on conçoit, administre, gouverne, mais il est là où l'on prie».

Ainsi, son service à la Catholica non seulement se poursuit, mais dans la perspective de la foi, il devient encore plus important: s'il n'a pas choisi un ermitage loin - peut-être dans sa Bavière natale ou dans ce Mont-Cassin auquel pensait Papa Wojtyla comme ultime refuge - c'est peut-être pour témoigner, même avec la proximité physique de la tombe de Pierre, combien il veut rester proche de l'Eglise à laquelle il veut se donner jusqu'au bout. Ce n'est pas non plus un hasard , bien sûr, d'avoir privilégié des murs imprégnés de prière comme ceux d'un monastère de clôture. Toutefois, si l'installation au Vatican s'avérait stable, la discrétion proverbiale de Joseph Ratzinger assure qu'il n'y aura aucune interférence avec le gouvernement de son successeur. Nous sommes tout à fait certains qu'il rejettera le rôle d'un «conseiller», chargé d'années mais aussi d'expérience et de sagesse, même s'il devait y avoir des demandes explicites du nouveau pape régnant. Dans sa vision de la foi, le seule vrai «conseiller» du pape, c'est cet Esprit Saint qui, sous les voûtes de la chapelle Sixtine, il a pointé son doigt sur lui.

Et c'est justement dans cette perspective religieuse qu'il y a peut-être une réponse à une autre question: n'aurait-il pas été plus "chrétien" de suivre l'exemple du bienheureux Jean-Paul II, c'est-à-dire la résistance héroïque jusqu'à la fin, plutôt que celui du saint Célestin V?
Grâce à Dieu, il y a beaucoup d'histoires personnelles, beaucoup de tempéraments, de destins, de charismes, de façons d'interpréter et de vivre l'Évangile. Grande, quoi qu'en pensent ceux qui ne la connaissent pas de l'intérieur, grande est la liberté catholique. Plusieurs fois, le Cardinal m'a répété, dans les conversations que nous avons eues au fil des ans, que ceux qui s'inquiètent trop de la situation difficile de l'Eglise (et quand ne l'a-t-elle pas été) montrent qu'ils n'ont pas compris qu'elle est au Christ, que c'est le corps même du Christ. A Lui, il revient de la diriger et, si nécessaire, de la sauver. «Nous - me disait-il - nous sommes seulement, parole d'Evangile, des serviteurs, parfois inutiles. Il ne faut pas trop nous prendre au sérieux, nous ne sommes que des instruments et, en outre, souvent inefficaces. Ne nous tourmentons pas, par conséquent, pour l'avenir de l'Église: faisons notre devoir jusqu'au bout, le reste c'est à Lui d'y penser».

Il y a aussi, peut-être plus important encore, cette humilité, dans la décision de passer la main: l'instrument est épuisé, le Seigneur de la moisson (comme il aime à l'appeler, selon le mot de l'Evangile) a besoin de nouveaux travailleurs, qui sont là, tant qu'ils sont conscients bien être de simples subordonnés. Quant aux vieux, une fois épuisés, ils donnent leur travail le plus précieux: l'offrande de la souffrance et l'engagement plus efficace. Celui de la prière inépuisable, en attendant l'appel à la maison définitive.

Vittorio Messori

Source : et-et.it

Traduction : benoit-et-moi.fr