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Confidences

par Véronique, 16/02/2015

En poussant la porte de la chambre, je trouve Madame D. recroquevillée tout au fond de son lit, l’air triste et le regard perdu. Elle a remonté ses draps jusqu'aux oreilles, et serre ses mains l'une contre l'autre sous son oreiller.

Sa chambre est plongée dans la pénombre. En me voyant entrer, elle me montre le fauteuil d'un geste et me fixe de ses yeux gris.

Elle répond à mon bonjour dans un murmure, pousse un soupir, et se tait. Je m’assois sans savoir vraiment si elle a envie de parler ; je pose ma main près d'elle, et laisse le silence s’installer. Il ne faut pas beaucoup de temps pour qu'elle me confie ce qui la rend si triste.

- je ne peux plus marcher, je ne me lève plus, je n’ai même plus la force de me coiffer... Je ne peux plus rien faire toute seule.

Pour une personne comme elle, tellement indépendante, cette perte d'autonomie est insupportable. Elle me regarde les yeux embués:

- Et aujourd’hui ils m’ont mis une couche. Je me fais honte, je me sens indigne.

Elle laisse passer quelques secondes, ferme les yeux et ajoute :

- Je ne ressemble plus à rien.

Des larmes coulent sur son oreiller. Je me souviens des paroles des soignants à son propos. La matinée a été difficile ; elle n’est pas arrivée à se lever et ils ont du faire une toilette au lit. C’était la première fois . Face à elle, je me trouve totalement démunie, désarmée par ses larmes. Dans un silence je m'entends dire :

- vous ressemblez à ma grand-mère.

Cette phrase est venue spontanément, tant cette petite femme fragile au regard clair et au teint transparent m’y fait penser.

Madame D me regarde et esquisse un triste sourire.

-  Parlez-moi de votre grand-mère.

Je réalise que je ne suis pas tout à fait dans mon rôle. Je me rappelle l'espace d'un instant de mes formations… Ne pas parler de soi, rester neutre, laisser à l’autre un espace de parole, ne pas projeter… trouver une juste distance... je me souviens de tout ça... en un éclair … et je décide de l’oublier...  peut être aidée par cette obscurité qui commence à s’installer. Parler de ma grand-mère... ici... quelle idée... Mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit... autant continuer... Alors je lui parle de cette petite et frèle grand-mère aux yeux "gris-pailletés-d'or" comme disait son mari. Je lui raconte sa tenue, toujours impeccable, bien coiffée,  et ses boucles d’oreilles qu'elle ne quittait jamais ; je me souviens de son odeur de poudre,  de sa voix encombrée. Je raconte ses crises d’asthme, et ces matinées où elle restait dans son lit, un chale sur les épaules, ses filles autour d'elle. Je parle aussi des vacances, où nous défilions tous dans sa chambre pour lui dire bonjour.... de sa façon d'appeler toutes ses petites filles ma perle et de nous faire chercher ses lunettes...Les plus grands racontaient leur soirée de la veille, elle s'interessait à tout,  les plus jeunes se dépêchaient pour aller jouer dehors. Le téléphone sonnait… Ses enfants qui étaient loin prenaient des nouvelles et en donnaient, tout le monde participait à la conversation… C'était un ballet incessant... Dans son fauteuil, à côté, mon grand-père lisait le journal et faisait du bruit avec ses ongles... Je luis dit combien ma grand-mère était une femme chic, et tellement digne. Même au fond de son lit, même à la fin, et combien tous ceux qui la croisaient disait qu’elle avait l'air d'une reine.  

Madame G. prend ma main et ferme les yeux. Je réalise que jamais je n'aurais osé tenir la main de ma grand-mère. Je ne sais pas pourquoi, ni comment j'en suis arrivée à parler d'elle. je ne suis pas sure que c'était très juste. Mais il me semble que madame G. a l'air moins triste.

- moi aussi je suis une grand-mère. D'ailleurs il me semble que ma petite fille ainée doit venir demain. Je m'entends très bien avec elle.

Accompagner écouter soulager… et vivre!
Bénévole d'accompagnement en soins palliatifs, je vous propose de partager quelques moments passés à la rencontre de l'autre, auprès des plus vulnérables. A la frontière de la mort mais pleinement dans la vie.