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Euthanasie: « Nous avons fait un autre choix »

Par Laurence de Louvencourt, 31 mai 2013

L'euthanasie est une nouvelle fois au cœur de l'actualité. C'est dans ce contexte que sort Comme toi, j'ai demandé à mourir – Correspondance inachevée avec Vincent Humbert*, récit de ce qu'ont vécu ensemble Jacques et son épouse, confrontés à cette question dans leur propre chair. Non l'euthanasie n'est pas le seul choix possible! Un témoignage bouleversant d'humanité et d'amour. Par Laurence de Louvencourt

* Quasar, René Pasquale, 12 €. Vient de sortir en librairie.

Après un très grave accident de santé, Jacques l'hyperactif se retrouve avec un corps presque inerte. Son cerveau, lui, est intact. Il ne peut supporter son lourd handicap et exprime le désir de mourir. Mais il comprend, peu à peu, qu'une autre vie est possible.

Ilestvivant ! 
Quand votre mari vous a demandé de mourir, pourquoi lui avez-vous opposé un refus ? N'avez-vous pas eu le sentiment d'aller à l'encontre de sa volonté ?
Éliane F. Je savais que s'il demandait à mourir, c'était parce qu'il souffrait d'une grave dépression. C'était compréhensible dans son état. Mais j'avais la conviction qu'elle pouvait se dépasser. J'ai donc dit à Jacques : « Je ferai tout pour t'aider. Maintenant, on va être deux pour essayer de se sortir de cette dépression. » Ayant confiance en moi, il a accepté, avec mon aide, de continuer à vivre. Sa vie m'était en quelque sorte remise d'une autre façon. C'est à partir de ce moment-là que je suis allée lui rendre visite tous les jours.

IEV Accepter l'état de votre mari a dû être extrêmement pénible...
EF Sur le moment oui bien sûr. Mais une fois que je l'ai accepté, j'ai avancé sans me poser trop de questions. J'ai dit à Jacques : « Nous sommes mariés. Je t'ai aimé debout, je t'ai aimé assis. Je t'aimerai couché ! »

IEV Qu'est-ce qui vous a permis de tenir dans le temps ?
EF Dieu et mon mari. Et sainte Gertrude ! Je venais de découvrir cette mystique du XIIIe siècle. Je l'ai faite découvrir à Jacques. Jésus a parlé à Gertrude et ce qu'il lui a dit est extraordinaire. Parfois elle se plaignait : « Seigneur, tu me dis que tu m'aimes. Alors, si tu le voulais, je pourrais me traîner jusqu'à la chapelle ! » Et Jésus de lui répondre : « Je t'aime autant sur ton lit qu'à la chapelle ! » Un autre jour, elle lui dit : « Seigneur, fais que je puisse aller à la messe. » Réponse de Jésus : « Mais je suis près de toi ! » Par ces dialogues, nous avons, Jacques et moi, redécouvert l'amour et la tendresse du cœur du Christ pour chaque être humain.
Avant son accident, Jacques n'était pas un pilier d'Église. Devenu très handicapé, ne communiquant que par une tablette sur laquelle il écrivait d'un doigt les mots qu'il voulait nous dire, il a fait un chemin de foi magnifique. Concernant la souffrance par exemple. Jésus expliquait à sainte Gertrude : « En m'offrant ta souffrance, tu participes au salut du monde. » Cela a été essentiel pour Jacques de le comprendre. Je lui disais : « Tu vois, tu es très important ! » Au bout d'un certain temps, il s'est mis à offrir tous les matins sa journée pour le salut du monde.

IEV Comment avez-vous perçu une telle évolution chez votre époux ?
EF Par certaines de ses réflexions. Par exemple, au sujet de Vincent Humbert. Quand il a entendu à la radio l'histoire de ce jeune homme étant dans le même état que lui à la suite d'un accident, il a souhaité lui écrire pour lui dire tout ce qu'il avait découvert depuis son handicap. Nous l'avons fait (cf. page 14). Puis plus tard, quand il a entendu que Vincent était mort par euthanasie, Jacques m'a dit : « Il ne savait pas. Il n'avait pas compris. » J'ai su alors combien il avait changé. Et qu'il avait compris qu'une autre vie était possible.

IEV Justement, quel sens donner à une vie en apparence aussi réduite ?
EF Le corps est fichu mais pour autant, la vie ne s'arrête pas. Le handicap subi n'élimine pas toutes les autres valeurs de la personne humaine.
Les trois quarts restants sont certes souterrains mais bien réels ! Jacques a compris qu'il était encore un vivant, malgré l'inertie de son corps. Tout passait maintenant par la pensée et le cœur. C'est ce qu'on a écrit à Vincent Humbert. Des pans entiers de la vie restaient à explorer.
Pour autant, il ne faut pas négliger le corps. Pendant sept années, Jacques n'a pas eu d'escarres. Il était bichonné. Je prenais aussi un très grand soin de l'image de son corps. Jacques avait toujours été un homme élégant. Pour lui, il était important de le rester dans la mesure du possible. De même, dans sa chambre, nous avions recréé une atmosphère intime.

IEV Pendant ces sept années, comment avez-vous vécu votre relation conjugale ?
EF Nous n'avons jamais été aussi proches l'un de l'autre. C'était extraordinaire. Notre communion s'est décuplée. Elle était d'ordre spirituel (au sens large) et très profonde. Ce fut un temps très dense et riche pour l'un et l'autre. Je ne regrette rien. Et je peux affirmer que Jacques non plus.

Source : Il est vivant