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Affaire Vincent Lambert: les plus que troublantes déclarations du Dr Eric Kariger

par Jean-Yves Nau, journaliste et Docteur en médecine, 28/05/2014

Lancinante, l’affaire Lambert sera jugée avant l’été. Le mardi 27 mai a été marqué par une information et de nouvelles questions. Le rapport définitif des trois médecins-experts  (Prs Marie-Germaine Bousser, Lionel Naccache et Jacques Luauté) vient d’être remis. L’information a été donnée par  une « source » anonyme de l’Agence France Presse, généralement bien informée.  Ce rapport pose lucidement, avec tact et mesure, les termes du dilemme éthique que devront trancher les magistrats du Conseil d’Etat.

Incurable

Vincent Lambert n’est plus, selon ces trois experts, dans un état de « conscience minimale  plus » (ou état « pauci-relationnel ») mais bien dans un état végétatif chronique. On parle désormais d’une « dégradation de son état de conscience » ; dégradation par rapport au diagnostic porté en juin 2011 par l’équipe du Pr Steven Laureys du « Coma Science Group » de Liège. « Dégradation » et état désormais considéré comme « irréversible » et donc « incurable ».

La lecture implicite qu’en font la plupart des médias est que cet homme de 38 ans, tétraplégique depuis cinq ans n’a plus guère de raisons de vivre. Une autre lecture observe que cet homme bénéficie des soins dispensés aux personnes dans un coma profond ni intubées ni ventilées. A ce titre il  n’est en rien une « personne en fin de vie ».

C’est à partir de cette double lecture que sa famille se déchire sur la définition de ce qu’est une « vie digne d’être vécue ». Et c’est aussi, bien au-delà des arguties de ce droit qui est leur raison de vivre, la grande question à laquelle répondront les hommes de robe du Conseil d’Etat. Avant l’été 2014.

Chausse-trape

Ces mêmes magistrats avaient aussi chargé d’une autre mission les Prs Marie-Germaine Bousser, Lionel Naccache et Jacques Luauté. Ces trois experts de la neurologie et de la conscience devaient aussi « apprécier l’existence éventuelle de signes manifestant une volonté d’interruption ou au contraire de prolongation du traitement qui le maintient en vie ». C’était là une question chausse-trape : parler de traitement sous-entend que l’on peut l’interrompre. Il est difficile en revanche de dire sans sourciller que l’on peut cesser de nourrir ou de donner à boire à un patient. Jusqu’à sa mort.

Pour les trois médecins « il ne paraît pas possible » d’interpréter les réactions comportementales de Vincent Lambert comme « l’expression d’une intention ou d’un souhait à l’égard de l’arrêt ou de la prolongation » des soins qui lui sont dispensés. En d’autres termes il existe des « réactions aux soins » mais « leur interprétation » prête à discussion. Pour enfoncer le clou les trois médecins estiment que dans une telle situation (et en l’absence de directives anticipées et de personne de confiance) le degré de l’atteinte de la conscience de Vincent Lambert ne saurait constituer le seul élément déterminant dans la réflexion du Conseil d’Etat concernant son maintien ou non en vie.

La nouvelle affaire

C’est précisément à ce stade que l’affaire prend une nouvelle dimension. Elle concerne le Dr Eric Kariger, qui dirige le service du CHU de Reims où est pris en charge Vincent Lambert. Ce médecin avait engagé en 2013 une procédure d’arrêt des soins de son patient avant d’être désavoué par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, saisi par les parents. « Le rapport confirme le diagnostic des médecins et l’incurabilité de Vincent Lambert, a commenté le Dr Kariger dont les propos sont rapportés aujourd’hui par l’AFP. Néanmoins, la réaction pendant les soins est difficilement interprétable. Mais, en l’absence de directives anticipées et de personnes de confiance, c’est au médecin à chercher, à enquêter parmi les proches et dans le passé du patient. »

Médecin-enquêteur ? Médecin allant interroger « parmi les proches » et « dans le passé » de son patient ? Pour trouver des signes qui justifieraient que ce même médecin cesse de délivrer ses soins à une personne qui lui est confiée et qui n’est pas en fin de vie ? Voilà qui ne manquera pas d’être commenté dans les milieux de la médecine, du droit et de l’éthique.

Mauvaise traduction

Ce nouvel élément sera aussi repris au bond par les avocats des parents de Vincent Lambert.  C’est en effet sur  l’interprétation de « signes de refus de soin » que le Dr Kariger avait, il y a un an,  expliqué fonder sa décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation  de son patient. Sans en tenir les parents informés. Comment tirer de telles conséquences, définitives, d’une interprétation dont on reconnaît (après coup) qu’elle peut prêter à discussion ? Comment décider de la mort d’une personne dans le coma sur la base de signes cliniques qui n’ont de signification que celle qu’on leur donne ?  En enquêtant « parmi les proches et dans le passé du patient » ? Peut-être. Mais à quel titre ? Et sans tenir compte de l’avis des parents ?

Les parties ont jusqu’au 10 juin pour remettre leurs conclusions aux magistrats du Conseil d’Etat.

Source : jeanyvesnau.com