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L’urgence bioéthique

Lettre aux catholiques de Vendée

par Monseigneur Alain Castet, Evêque de Luçon, 13/04/2014 (extrait)

Le domaine précis de la fin de vie

Dans nos sociétés du bien-être où seul ce qui est utile a de la valeur, les
personnes âgées en nombre croissant ou les personnes handicapées sont
parfois perçues comme un fardeau. Au sein de ces personnes fragilisées mais
aussi parfois isolées de leur famille et ignorées de la société, peut naître un
sentiment d’inutilité qui semble légitimer ce que l’on appelle aujourd’hui
l’euthanasie.

Par euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une
omission qui, de soi et dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi
toute douleur9. L’euthanasie est par conséquent une grave violation de la loi
de Dieu en tant que meurtre délibéré.

C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint
son sommet10 nous rappelle le Concile Vatican II. Devancer la mort c’est par
conséquent se couper d’une lumière essentielle à la personne et à son
entourage.

Dans les derniers moments de l’existence humaine, l’homme atteint son
point de fragilité le plus extrême. Il n’y a souvent plus rien à faire, sinon être
là, témoins de la vie qui nous dépasse tous, prendre conscience du caractère
partiel de toutes nos actions où finalement beaucoup de choses nous
échappent. Ceci nous plonge dans la vérité même de la vie. Alors la question
principale de l’existence n’est plus celle du bien-être mais celle de l’être, qui
est la question fondamentale de toute personne humaine.

Depuis les origines, les yeux fixés sur la Passion du Christ, l’Église
exerce auprès des mourants le ministère de la compassion par le sacrement
des malades, la confession et le viatique. Elle réconforte celui qui est éprouvé
et l’accompagne à l’heure du passage. Comment ne pas manifester notre
reconnaissance aux très nombreux prêtres, consacrés et laïcs qui ont exercé et
exercent ce ministère essentiel.

Le temps infiniment fragile et précieux de la préparation à la rencontre
du Sauveur ne doit jamais être volé, sinon nous prenons le risque d’un
incroyable appauvrissement de l’existence humaine et qui nous conduirait, par
conséquent, vers un certain obscurcissement de la société elle-même.

Cependant le danger et la tentation demeurent de vouloir abréger ce
temps qui conduit à la mort parce que considéré comme inutile et indigne, et
ceci, peut-être pas en donnant la mort directement, mais en ne réalisant pas
tous les soins vitaux. C’est alors qu’il importe de considérer la moralité de
l’acte et de nous rappeler qu’un acte bon doit être nécessairement droit.

Parmi les soins vitaux, citons notamment la nutrition et l’hydratation,
lesquelles sont trop facilement exclues du projet de soin dès lors que la vie
d’une personne gravement handicapée ne répond pas aux critères d’une
existence « enviable ».

L’usage des sédatifs ou « sédation » est tout à fait légitime lorsque la
personne est accablée par des souffrances physiques et morales reconnues par
l’équipe médicale. Les papes Pie XII et Jean-Paul II l’admettent, y compris si
cette pratique risque d’abréger la vie du malade. Les soignants, formés au
traitement de la douleur, peuvent intervenir sans que la personne ne perde
nécessairement sa conscience, lui permettant ainsi de vivre ses obligations
morales et familiales et de se préparer à la rencontre définitive avec Dieu11.

Toutefois, nous ne sommes pas conduits chaque jour à prendre des
décisions complexes. Mais notre qualité de disciples du Christ fait de nous
des sentinelles de la vie, émerveillées par la beauté du don de Dieu.

Les accompagnements que nous vivons nous engagent. N’oublions
jamais que l’attention portée par de nombreux chrétiens aux personnes et à
leur dignité ne trouve son plein accomplissement que dans l’annonce de la
bienheureuse Espérance. Le Seigneur agit avec nous et par nous en nous
donnant de prononcer ses propres paroles. Ainsi, les sacrements de la
guérison - pénitence et sacrement des malades - manifestent l’œuvre de Dieu
à ceux qui souffrent et qui sont accablés. Au bout de la route, le pardon de
Dieu et le viatique soutiennent le croyant à l’heure du grand passage et
donnent la grâce d’une paix profonde.

Par delà l’épreuve et le mystère bouleversant de la mort l’homme ouvre
les yeux, émerveillé, sur « l’éternelle vie ». Il goûte le bonheur tant espéré, tout
en comprenant clairement ce qui a pu l’en éloigner au long de son pèlerinage
terrestre. Dans la rencontre du Créateur, s’accomplit la vocation de l’homme,
comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église Catholique : « le désir de Dieu est
inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher12 ». Comment ne pas entendre en écho le
témoignage de Saint Augustin : « tu nous as fait pour toi et notre cœur est sans repos
jusqu’à ce qu’il ne repose en toi 13».

J’exprime ma reconnaissance à tous ceux qui accompagnent les
malades, les personnes fragilisées et celles qui sont en fin de vie. Je pense à
tous les personnels soignants, mais aussi à tous ceux et celles qui participent à
la mission des aumôneries et au service évangélique des malades. Par leur
présence, leur attention et la compassion qu’ils savent exprimer, l’Église est
présente auprès de ceux qui sont éprouvés. Par eux, le Christ devient proche
(Mt 25, 31-40). A travers le ministère de l’Église, il se donne lui-même dans
les sacrements comme le Serviteur souffrant. Il est à leurs côtés pour les
illuminer dans le mystère de sa Pâque.

J’encourage toute initiative qui, au sein de nos communautés, permettra
de rendre présents ces frères éprouvés ou souffrants. La proposition du
sacrement des malades, comme cela se fait déjà dans de nombreuses
paroisses, manifeste par la présence de ceux qui le reçoivent la plénitude du
Corps du Christ qui accueille en son sein nos fragilités et nos souffrances.
Mais cette célébration apparaît en même temps comme un signe d’espérance
qui veut proclamer la victoire de la vie.

Un grand nombre de nos frères apportent le Corps du Christ aux
personnes malades. Pourquoi ne pas rendre plus visible, au cœur de
l’assemblée domininicale, l’envoi de ces ministres au nom de la communauté
toute entière ?

En ce temps pascal, que le Christ ressuscité nous renouvelle, qu’il
fortifie l’espérance des malades, qu’il affermisse dans la foi ceux qui souffrent
et qui sont tentés par le désespoir. Que sa Parole habite le cœur des soignants
et de tous ceux qui accompagnent les personnes fragilisées afin qu’ils sachent
discerner ce qui est juste et bon pour que la dignité et la vie de l’homme
soient honorées et respectées.

À Luçon, le dimanche des Rameaux et de la Passion

13 avril 2014

Alain Castet,
Évêque de Luçon

9 Jean-Paul II, Lettre encyclique sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, Evangelium vitae, 25 mars 1995, n°65.
10 Concile Vatican II, Constitution dogmatique Gaudium et Spes, n°18.
11 Cf., Conseil Pontifical pour la pastorale des Services de la Santé, Charte des personnels de la santé, Pierre Téqui,
éditeur, 1995.
12 Catéchisme de l’Église Catholique, Mame/Plon, 1992, n° 27, p.21.
13 Saint Augustin, Les Confessions, Livre 1 , Ch. 1, Paris : Flammarion, 2008, p. 5.

Source : Diocèse de Luçon