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Alexandre Mauron, professeur de bioéthique à l'Université de Genève, détaille les spécificités historiques de la fin de vie dans son pays

Par ERIC FAVEREAU
18 décembre 2012
(extraits)

Pourquoi la Suisse a-t-elle adopté un dispositif permettant le suicide assisté, et non l'euthanasie ?

Il est essentiel de comprendre que la légalité de l'assistance altruiste au suicide résulte d'un débat qui se situe à la fin du XIXe siècle. Ce débat intervient lors de la rédaction d'un code pénal fédéral et lors de ces discussions, pour les juristes, dès lors que l'on est dans un Etat laïc où le suicide n'est pas condamné pénalement, (...) l'assistance à un suicide ne peut être en soi un délit. Pour que l'aide au suicide devienne un délit, il faut que l'aide repose sur une motivation égoïste. On le voit, ce débat n'est pas du tout un débat médical.

C'est-à-dire ?

Les exemples de suicides assistés évoqués à l'époque sont des suicides liées à des histoires d'honneur perdu, ou d'amants malheureux, les malades désirant mourir ne sont qu'une situation parmi d'autres. On n'est pas, le plus souvent, dans une problématique d'éthique médicale.

Depuis ce débat, que s'est-il passé ?

Le code pénal fédéral a été adopté en 1937. Et nous sommes restés sur ce cadre-là. A partir de la fin des années 80, cette thématique est revenue dans le débat public, parce qu'apparaissent des façons de participer à un suicide assisté qui ne sont pas de simples arrangements privés entre citoyens. Des associations d'aide au suicide assisté émergent, associations souvent militantes.

Et que disent les autorités fédérales ?

Elles se tiennent plutôt en retrait ; ce sont des parlementaires qui prennent conscience qu'il y a des pratiques organisées. Dès les années 90, un député évoque la possibilité d'euthanasie légalisée dans certaines situations : cette proposition est repoussée. En même temps, il y a des volontés visant soit à élargir, soit à restreindre le cadre de l'aide au suicide. Mais jamais à le remettre en cause.

Ce dispositif paraît bien accepté par la société suisse.

Oui. Il y a un vrai statu quo législatif, mais c'est normal, c'est une loi ancienne, qui a façonné les attitudes. Et il faut se rappeler l'atmosphère du début du XXe siècle. L'attitude, alors, face au suicide était aussi un enjeu de laïcité. On affirmait que le suicide stoïcien était honorable, par opposition à la condamnation du suicide par les Eglises, ou à la perception du suicide comme une infraction à l'ordre social.

Ce qui frappe dans votre dispositif, c'est que le médecin est mis à l'extérieur.

Le médecin n'est pas seulement mis à l'extérieur, il en est absent. Certes, cela change : depuis vingt ans, le débat a remis les professions soignantes sur le tapis, car nul ne peut nier qu'un suicide non violent passe par la rédaction par un médecin d'une ordonnance, et du coup ces professionnels sont interpellés, mais de manière indirecte.

Quelle est la réaction des médecins ?

L'attitude des professions médicales a été modérée. A l'image de l'Académie suisse des sciences médicales, qui a dit que le suicide assisté n'était pas une activité médicale : cela ne veut pas dire que le médecin n'y participe pas mais s'il le fait, c'est en tant que citoyen, et non pas en tant que médecin. (..)

Comme éthicien, comment regardez-vous le dispositif ?

Ce système est satisfaisant, mais il ne règle pas les problèmes définitivement ; l'idée même qu'une loi peut régler toutes les situations est une idée perverse. La loi a sa place, mais elle doit rester modeste. Pour autant ce n'est pas un modèle.

Source : Libération