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Quelle est la source de notre dignité ?

par le Dr Bertrand Galichon, urgentiste, 25/04/2014

Pour pouvoir répondre à cette question posée en fin de notre dernière chronique, il nous faut partir du début, de l’incarné, de notre humanité: de quoi sont faites nos personnes respectives et uniques ? Il est intéressant de constater que les grandes traditions humaines ont de tous les temps considéré que nous étions faits de trois éléments différents : corps, esprit et âme. Cette trinité (certes avec un petit t !), prévient notre tentation de nous enfermer dans une confrontation binaire corps contre esprit, manuel contre intellectuel, comme un garde-fou  pour ne pas « perdre notre âme ». Comme si un essentiel, un liant, une cohérence était ailleurs, insaisissable. Pour ce qui est du corps et de l’esprit, tout le monde voit de quoi il s’agit et peut en donner une définition claire.

Quid de l’âme.

Mais pour ce qui de l’âme, il en va tout autrement. Voilà une notion non opérante en voie de passer par les oubliettes de nos sociétés dites libérales. Par exemple, est-ce que le mot âme a été évoqué dans les derniers débats éthiques ?

Amusez vous, comme je l’ai fait de demander autour de vous la définition de l’âme. Comme pour la dignité, chacun a sa petite idée ou bien souvent très floue. Les plus cultivés vous parleront de « l’anima », du principe de la vie, de la pensée sans aller plus loin (on reste dans l’intellectuel, le doctus cum libro), les autres vous diront « ah oui ?! ». Deux de mes enfants à qui je posai la question m’ont étonné. L’un m’a répondu : « ce que jamais je ne pourrai te prendre ». L’autre : « ce qui me différencie radicalement de toi ». Le premier renvoie à ce qui fait l’essentiel, la colonne vertébrale comme l’âme d’une corde ou d’un tronc. Le deuxième met en avant l’unique. Ainsi, les brancards brinquebalants évoqués dans notre chronique précédente, jouissent aussi de la même âme (blessée certes) que vous et moi et à ce seul titre donc de la même dignité. Bartolomeo de Las Cases ne nous contredira pas.

Réalité relationnelle.

A ce stade de notre réflexion, je ne peux pas m’empêcher de faire appel à François Cheng dans « Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie », chez Albin Michel, en page 71 : « en Occident comme dans bien d’autres cultures, une tradition presque immédiate a décelé en chaque être humain quelque chose que l’esprit seul ne recouvre pas, quelque chose d’intime, de secret, qui lui est propre ; qui comporte son étonnante capacité à ressentir, à s’émouvoir, mais également sa part inconsciente, jamais tout à fait élucidée ; qui, enfoui au plus profond de son être, indivisible, constitue la marque même de son unicité. » Ainsi pour poursuivre cette idée chère à François Cheng, l’âme vient habiter, donner vie à ce vide médian qui me sépare de l‘autre ou qui me lie à lui. L’altérité convoque notre dignité, la fait vivre ou la blesse. Ainsi, ma dignité n’est pas une entité rationnelle mais vérité relationnelle ouverte qui ne m’appartient pas exclusivement. Elle donne toute sa marque à notre altérité.

Ouverture spirituelle.

Notre ouverture au spirituel, forme accomplie d’altérité, mobilise en premier lieu notre âme, mais qu’en est-il en particulier de notre corps ? Doit-il être considéré que comme un objet biologique stricto sensu ? Non, je croie fondamentalement que notre personne entière, de par son unité, participe de notre dignité. Ainsi notre corps a une valeur spirituelle. Pourquoi, la semaine dernière à l’enterrement d’un de mes oncles, nous nous sommes signés à l’entrée de ses cendres dans l’église ? Pourquoi sommes-nous venus bénir son corps à la fin de la cérémonie? Il y va bien plus que du respect, qu’une marque d’affection ou qu’un signe d’adieu. Nous reconnaissons la valeur spirituelle de tout l’être disparu.

(...)

Source : fiamc.org