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Cela s’appelle l’euthanasie

par Lise Ravary, 6/06/2014 (extraits)

... Voilà, c’est fait. La loi «Mourir dans la dignité» a été adoptée. Le Québec reconfirme une fois de plus son increvable et admirable progressisme et devient un des quatre endroits au monde, avec la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, où les médecins peuvent désormais euthanasier leurs patients, avec leur consentement, sans crainte d’être accusés de meurtre.

À moins qu’Ottawa ne s’en mêle car selon le Code criminel, cela demeure un meurtre.

Mourir dans la dignité, soins en fin de vie, basta les euphémismes. Il s’agit d’euthanasie, point à la ligne. Et qu’il existe un large consensus dans la société ne change rien au fond de l’affaire : des médecins, dont le rôle est de soigner, vont tuer des êtres humains à la demande.

Si des malades pourront mourir dans la «dignité», c’est parce que des médecins auront accepté de mettre leur dignité de soignants de côté et de trahir leur serment professionnel. Et possiblement leur conscience. ...

Les dérives en Belgique

Aujourd’hui, donc, une ère nouvelle commence. Où cela nous mènera-t-il ? L’exemple belge est troublant. En 2002, année du passage de la loi sur l’euthanasie – les Belges ont eu le courage d’appeler un chat un chat – 24 personnes se sont prévalues du droit à mourir. En 2013, ce chiffre était passé à 1816 personnes, une moyenne de cinq par jour. Une augmentation de 27 pour cent sur l’année précédente. La Belgique a aussi élargi l’application de la loi pour permettre aux enfants d’être euthanasiés. Et les cas «limites», de gens souffrant de dépression, ou tout simplement vieux et las de vivre, s’accumulent, malgré la loi qui l’interdit. Prochaine étape : euthanasier les personnes souffrant de démence.

Ici même au Québec, un comité de médecins se penche déjà sur la question de l’Alzheimer et le Collège des médecins du Québec a déjà fait connaitre son appui à cet éventuel élargissement de la loi «Mourir dans la dignité».

La loi prévoit qu’on peut mettre fin à la vie d’une personne en proie à des souffrances psychiques. Beau fourre-tout s’il en est un. Que la Belgique a utilisé pour euthanasier des jumeaux sourds de 45 ans en raison de leur souffrance psychique causée par leur handicap et angoissés par la perspective de devenir aveugles, mais nullement à l’article de la mort. On a aussi euthanasié une femme de 44 ans souffrant d’anorexie et un transgenre dont les interventions chirurgicales se sont mal déroulées et qui ne voulait plus vivre dans le corps de femme, mutilé, avec lequel il était né. Et pourtant ces gens n’étaient ni des malades incurables, ou dans une situation sans issue, comme l’exige la loi belge.

Nouveau développement: la Belgique accepte désormais d’euthanasier des prisonniers qui en font la demande. Sans qu’ils soient malades. La corde du sénateur Boisvenu sous forme d’injection. La peine de mort est-elle de retour sous des habits humanitaires ?

Permettre de donner la mort pour abréger des souffrances ouvre la porte à mille dérives. Le nier, c’est faire l’autruche. Ou mentir pour se donner bonne conscience.

Le palliatif plus cher que l’euthanasie

La composante «soins en fin de vie» de la loi québécoise exige des établissements de santé qu’ils offrent des soins palliatifs, y compris la sédation terminale, à tous mais on sait que pour l’instant, la couverture n’est pas universelle au Québec. Environ 30 pour cent des patients en phase terminale ont accès à des soins palliatifs. Dans un contexte de compressions budgétaires, comment s’attendre à un accès universel d’ici peu ?

J’ai été frappée par l’ironie de l’adoption du projet de loi 52 le lendemain de la présentation d’un budget d’austérité.

Le législateur sait tout cela et se protège quand il précise : «Les dispositions … s’appliquent en tenant compte des dispositions législatives et réglementaires relatives à l’organisation et au fonctionnement des établissements, des orientations, des politiques et des approches des maisons de soins palliatifs ainsi que des ressources humaines, matérielles et financières dont ils disposent» (mes italiques).

Si les soins palliatifs étaient disponibles pour tout le monde, les patients en phase terminale auraient un véritable choix entre souffrir, l’apaisement de la souffrance et la mort. Pour l’instant, dans la majorité des cas, ce sera la souffrance ou la mort.

Au final, c’est toujours une question d’argent. Si on pouvait garantir à tous les malades en phase terminale qu’ils auront droit à des soins palliatifs de qualité ... aurions-nous besoin de permettre l’euthanasie ? C’est la peur que nous ressentons tous d’avoir un jour à faire face à des souffrances insupportables qui nous incite à accepter l’inacceptable. Le moindre des deux maux.

Or, la science aujourd’hui sait comment contrôler la douleur en fin de vie ... Mais cela coûte plus cher qu’une fiole de pentobarbital. Et prend plus de temps.

Le mouvement des médecins québécois opposés à l’euthanasie regroupe un grand nombre de spécialistes en soins palliatifs : il me semble que cela aurait dû sonner des cloches chez les élus. Ces gens-là passent leurs jours et leurs nuits au chevet des mourants. Ce sont les plus grands experts de la fin de la vie qui existent. Pourquoi sont-ils contre ?

Vivre dans une société qui estime qu’une vision utilitariste de la vie, où tout est calculé en fonction des coûts et bénéfices, est supérieure à une vision humaniste, m’attriste profondément.

J’espère ne pas vivre assez longtemps pour voir le jour où la majorité de mes concitoyens cesseront de voir la vie comme étant sacrée, selon des définitions laïques du terme : «À qui on doit un respect absolu, qui s’impose par sa haute valeur» ou «Qui parait essentiel à la civilisation».

La liberté suprême ?

Qu’en est-t-il des libertés individuelles ? Ce fut pour moi la question la plus difficile dans ce débat. Le philosophe français André Comte-Sponville, militant en faveur de l’euthanasie comme extension des droits de l’Homme, écrivait récemment : «il ne faut pas revendiquer un droit de mourir dans la dignité mais un droit de mourir dans la liberté».  On ne peut défendre les libertés individuelles, comme je le fais, sans considérer ce point de vue.

Mais c’est néanmoins Comte-Sponville qui m’a fourni l’argument qui manquait à mon arsenal pour affirmer mon opposition à la loi 52 quand il dit : «La liberté suprême n’est pas la liberté de mourir mais la liberté de vivre.»

De vivre dans la dignité.

Source : Le Journal de Montréal