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Donnons-lui envie de vivre ! Réponse à Monsieur Comte-Sponville sur l’euthanasie

par Cyril Brun, cyrano.net, 20/03/2014, 2ème partie

1ère partie : Euthanasie et société

Réponse aux « Six raisons de légiférer par André Comte-Sponville »

« Certes, c’est la vie qui vaut, mais elle vaut d’autant plus qu’elle est davantage libre. C’est en ce sens que le Comité consultatif national d’éthique a raison de parler d’une exception d’euthanasie. Qui dit exception dit règle. La règle, évidemment, c’est le respect de la vie humaine, mais respecter vraiment la vie humaine c’est aussi lui permettre de rester humaine jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la mort inclusivement ».

La vie vaut d’autant plus qu’elle est davantage libre. Cela suppose de s’entendre sur le terme de liberté. J’ai plus d’argent donc je suis plus libre de dépenser donc je suis plus libre que mon voisin qui a moins. La liberté étant liée à la dignité humaine, (ne l’entendons-nous pas si souvent de nos jours ?) la dignité humaine se trouve donc dépendante de la liberté, autant dire qu’une vie moins libre, est moins digne et donc vaut moins. C’est bien le soubassement de l’argument en faveur de l’euthanasie. Cet argument est extrêmement dangereux, car il a montré ses nombreuses dérives. (Voir le paradigme de l’OMS de 1995 qui a justifié les campagnes de stérilisations massives dans les pays émergeants), La dignité humaine semble ne reposer que sur certains attributs et non sur la nature même de l’homme. Un homme qui ne pourrait, pour une raison ou pour une autre, ne fût-ce que financière, faire valoir sa liberté sur le choix de sa mort ne serait plus digne alors ? Nous sommes ici la proie des amalgames affectifs. La dignité ne repose pas sur ma capacité de choisir ma vie, ma mort, mais sur le fait que je suis un être humain. L’oublier, c’est faire le jeu de l’instrumentalisation de l’homme. Ainsi, le marxisme ne fait-il pas du fondement de la dignité humaine, son utilité pour la société ? Le capitalisme ultralibéral, ne réduit-il pas la dignité humaine à sa capacité productive ? Comment concevoir qu’un homme perdrait sa dignité parce qu’il n’est pas ou plus bon à rien ?

Nous confondons le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres avec la vérité profonde de l’homme. Ce n’est pas parce que je redoute personnellement l’affaiblissement ou la débilité de mon corps et de mon esprit ou que je suis mal à l’aise en les voyant gangréner peu à peu un proche, que cela change la vérité profonde de cet être. Or quelle est la vérité profonde d’un être, c’est précisément qu’il est humain avec ses grandeurs et ses limites. Même privé de liberté, il reste un homme avec toute sa dignité. Même emprisonné, même dément, il reste un être humain égal en dignité à tous les autres. La vie ne se mesure pas en termes de valeur ou de liberté. Elle ne se mesure pas, elle est. Et elle est une réalité contre laquelle personne ne pourra jamais rien, la vie n’est pas un concept idéal ou modélisable. La vie est. Je ne la maîtrise pas, car je n’ai pas décidé de vivre, je n’ai pas décidé d’avoir tel ou tel gène, tel ou tel parent. La vie se reçoit ou se refuse. Je peux refuser la vie, c’est ma liberté. Mais cela ne changera rien à ce qu’est la vie, à ce qu’est ma vie. Ce n’est pas en acceptant ou refusant la vie que je lui donnerai ou lui retirerai plus ou moins de valeur. Mon choix privé face à ce que je fais de ma vie n’a pas d’impact sur ce qu’est la vie. On ne peut donc fonder intelligemment un argumentaire pour ou contre l’euthanasie sur la valeur de la vie, car l’euthanasie porte non sur la vie, mais sur le rapport que l’on avec la vie, avec sa vie. Il peut être, à vue humaine, fondé de dire je ne veux pas vivre ainsi et donc je souhaite mourir. Mais il est infondé de vouloir changer la nature de ce qu’est la vie pour se donner les arguments de mourir. L’argument unique de l’euthanasie est ‘je ne veux pas ou plus vivre’. Les raisons de vouloir ne plus vivre sont toutes particulières et la décision demeurera toujours personnelle. C’est ma vie et c’est moi qui n’en veux plus et qui décide d’en finir. Cela s’appelle un suicide. Il est de la seule responsabilité de celui qui veut mettre fin à ses jours. En aucun cas, il ne concerne la société.

« Respecter vraiment la vie humaine c’est aussi lui permettre de rester humaine jusqu’au bout. » A partir de quand n’est-on plus un être humain ? Y a-t-il donc un moment où l’homme cesse d’être un homme ? Que devient-il alors, une bête, un végétal, un minéral ? La personne humaine se caractérise fondamentalement par une capacité de relation réciproque avec les autres. Pour être humaine en vérité, cette relation est une relation amoureuse. Tant que la personne est aimée et qu’elle sent cet amour, sa dignité n’est pas remise en cause. Mais quand elle se sent un poids parce que l’hôpital a besoin de lit, parce que les enfants considèrent comme une corvée de venir lui témoigner son amour, alors on peut se poser la question de la dignité humaine. Ce n’est pas cette personne qui perd sa dignité, mais ce sont ses proches qui ne se comportent pas humainement. C’est tout différent. Un hôpital qui est un mouroir, une maison de retraite qui dispense les enfants d’entourer les personnes âgées, voilà qui est contraire à la dignité de la personne humaine.

La souffrance fait partie intégrante de la personne humaine, ainsi que la dégradation biologique. On n’est pas moins humain parce qu’on souffre ou parce qu’on est devenu débile. Cette conception malthusienne et libertaire s’est malheureusement infiltrée à tous les niveaux de la pensée. On peut se sentir moins humain lorsqu’on est regardé comme un poids, comme inutile. La question fondamentale n’est pas la dignité intrinsèque de la personne diminuée, mais celle du rapport que les autres ont avec cette personne diminuée. Rapport de gênes, de pesanteur, de honte et de peur. Gênes face à la souffrance que l’on refuse de nos jours, pesanteur de l’abnégation personnelle que suppose aimer un être qui souffre, honte de son incapacité à aimer, peur de se voir soi-même ainsi déconsidéré par le regard des autres.

A suivre...

A propos de Cyril Brun :
Directeur de la rédaction du site Cyrano.net, docteur en histoire, chargé de cours à l'université de Quimper, chargé de TD à l'université de Rouen, chef d'orchestre, critique musical

Source : cyrano.net