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Donnons-lui envie de vivre ! Réponse à Monsieur Comte-Sponville sur l’euthanasie

par Cyril Brun, cyrano.net, 20/03/2014, 1ère partie

Partout nous retrouvons dans les argumentaires en faveur de l’euthanasie l’un ou l’autre des « six raisons de légiférer » de Monsieur Comte-Sponville.

Pourtant, les arguments de M. Comte-Sponville sont fallacieux. Sous couvert de respect de la souffrance ils veulent promouvoir l’exception. C’est utiliser des arguments affectifs et non rationnels. Les conséquences de tels arguments sont bien plus graves pour le bien de toute la société. Car dédouaner les personnes privées de leur responsabilité, c’est augmenter le poids à porter par la communauté. Les crises actuelles montrent que la société ne peut plus porter les responsabilités privées et qu’elle paye, y compris financièrement, 40 ans de déresponsabilisation. Tout, aujourd’hui, est un droit et plus rien n’est un devoir. La société en est devenue de plus en plus anonyme et irresponsable, confinant les individus à l’isolement et au vide existentiel. Une telle argumentation promeut encore davantage cette déresponsabilisation égoïste en lui donnant la bonne conscience de l’altruisme. Elle exaspère ce vide existentiel qui mine le moral de nos contemporains.

La solution à la souffrance des personnes en fin de vie ou des jeunes gravement diminués, n’est pas dans leur disparition. C’est un remède trop facile qui ne soulage que ceux qui ont peur ou à qui ne sont pas donnés les moyens de s’engager à leurs côtés. L’enjeu est de donner les moyens à ces personnes de rester acteurs de l’épanouissement de leur entourage. Le rôle, irremplaçable, des grands-parents, de leur sagesse, de leur bonhommie est de fait difficile à tenir lorsqu’ils sont confinés dans des hospices. La question n’est pas simple de toute façon et elle suppose de sortir d’une logique dans laquelle nous avons presque imperceptiblement glissé. L’homme aujourd’hui n’est valable qu’en fonction de ses performances, le faible n’a plus sa place dans notre société, parce qu’il ne rapporte rien, parce qu’il nous fait peur. Il nous fait peur, parce que comme le lépreux autrefois, le faible est exclu et non accueilli.

Ce n’est pas la loi qu’il faut changer. C’est notre rapport aux autres, aux faibles. C’est notre égoïsme qui refuse de compromettre son confort et son bien-être. Combien, dans les inondations de juin 2011 en Centre Var, combien des voisins limitrophes non touchés ont déclaré, lorsqu’ils étaient sollicités : ‘ce n’est pas mon affaire’ ? Sur 500 personnes à la sortie d’une messe dans le village même…499 ! Voilà le fond du problème, notre déresponsabilisation et notre manque d’altruisme.

Qu’il faille être aidé, soutenu dans de telles démarches lorsque la question frappe nos proches, c’est une évidence. Mais n’est-ce pas plutôt cette aide là qu’il faut promouvoir et encadrer ? Ne nous trompons pas de combat, ne parcellisons pas les problèmes en ne voyant que le petit bout immédiat de la lorgnette. Il est plus facile d’aider quelqu’un à mourir que de lui donner le goût de vivre.

2ème partie : Dignité de la vie humaine

A propos de Cyril Brun :
Directeur de la rédaction du site Cyrano.net, docteur en histoire, chargé de cours à l'université de Quimper, chargé de TD à l'université de Rouen, chef d'orchestre, critique musical

Source : cyrano.net

 

 

par Daniel Hamiche, 15/03/2014

Voici un fort intéressant extrait d’un discours du président russe Vladimir Poutine, prononcé le 19 septembre 2013 lors du Forum de Valdaï en Russie. Nous sommes loin, mais alors très loin, de l’apostasie “tranquille” d’un Jacques Chirac ou d’un François Hollande

« Un autre défi important pour l’identité de la Russie est lié aux évènements qui ont lieu dans le monde. Cela concerne les politiques étrangères et les valeurs morales.

Nous pouvons voir comment beaucoup de pays euro-atlantiques sont en train de rejeter leurs racines, dont les valeurs chrétiennes qui constituent la base de la civilisation occidentale. Ils sont en train de renier les principes moraux et leur identité traditionnelle : nationale, culturelle, religieuse et même sexuelle. Ils mettent en place des politiques qui mettent à égalité des familles nombreuses avec des familles homoparentales, la foi en Dieu est égale à la foi en Satan.

Cet excès de politiquement correct a conduit à ce que des personnes parlent sérieusement d’enregistrer des partis politiques dont l’objectif est de promouvoir la pédophilie.

...

Source : christianophobie.fr

 

Euthanasie en Belgique: allez-y, vous n'en reviendrez pas !

par Victorayoli, 13 mars 2014

Nos amis, que dis-je nos frères Belges, sont souvent un laboratoire sur les questions dites « sociétales ». Et il est fort utile de lire leur presse. On y trouve de drôles de choses, notamment sur ce qui risque de se passer bientôt chez eux, et donc de nous arriver bientôt. Euthanasie de tous, même des enfants...et bientôt plus si affinité. 

Tenez-vous aux branches !

Un article parue dans le journal le Soir du 25 février dernier sous la plume du Pr Jean-Louis Vincent, chef de service des soins intensifs au CHU Erasme de Bruxelles, donne de sacrées sueurs...froides. Froide comme la mort. Il y est question de rien de moins que de"l'euthanasie non demandée". De quoi s'agit-il exactement ? D'une demande de certains médecins spécialisés en soins intensifs qui souhaitent une protection juridique pour pouvoir euthanasier (c'est le mot politiquement correct pour « assassiner ») activement (c'est donc bien plus qu'un simple refus d'acharnement thérapeutique...) des patients qui n'en auraient pas expressément formulé la demande et qui seraient inconscients, même en l'absence de tout inconfort. Comme s'il était éthique de déposséder le patient d'un de ses droits les plus fondamentaux au profit de ses proches (avec lesquels il n'est pas forcément d'accord) et du corps médical ! C'est effrayant car c'est la porte ouverte à toutes les dérives si une telle loi venait à passer, ce qui est demandé en Belgique. 

La législation que voudrait voir voter le Pr Vincent consisterait donc à protéger juridiquement les médecins qui auraient, par l’usage de médicaments, activement provoqué la mort de sujets qui n’y auraient pas personnellement consenti et cela même en l’absence de tout inconfort, tout simplement parce que « l’establishment médical » s'arrogerait l’autorité intellectuelle pour décréter qu’il n’y a « pas de perspective de récupération qui ait un sens. » !

Non mais qu'est-ce que c'est que cette corporation arrogante qui prétend avoir la science infuse et s'arroger autoritairement – en se camouflant derrière le prétexte de l'accord des familles - le droit de vie et de mort sur des êtres diminués et qui viennent chercher auprès du corps médical un soin, une guérison peut-être, un espoir toujours ! 

La logique économique sous-tend cette volonté d'un corps médical de gérer seul et à son seul intérêt la vie et la mort des patients qui leurs sont confiés. Rappelons que la médecine officielle avec ses pratiques et ses prescriptions est tout de même la 3ème cause de mortalité derrière les maladies cardio-vasculaires et le cancer dans nos sociétés occidentales ! (Journal of the American Medical Association - Vol. 284. No. 4 - July 28, 2000)

Une autre raison – tabou - impliquée dans ce souhait des médecins de pouvoir abréger la vie des malades sans leur accord formel est de pouvoir procéder dans de meilleures conditions au prélèvement d’organes dont on sait que la procédure a déjà été inversée et que le consentement du patient est désormais présumé sauf opposition expresse de la famille. Il y a beaucoup de thunes à prendre dans ce bizzness... L'Humain, le malade comme source de matières premières. Effrayant. 

Ne croyez surtout pas que la France serait à l'abri de ces dérives. Il y a plus de trente ans déjà, Jacques Attali, gourou influent s'il en est, écrivait dans son ouvrage « L’Avenir de la Vie » : « Dès qu’il dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis pour ma part en tant que socialiste contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures. »

Putaing... Rappelons aux toubibs leur serment : 


« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivants :

- Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre. 

- Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté.

- Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille. 

- Dans quelque maison que je rentre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

- Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. 

- Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire et mourir dans la tristesse. »

ou sous cette autre forme:

« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. 

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité. 

J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. 

Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. 

Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité. 

Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque. »

Source : Le blog de victorayoli

 

 

En route vers un monde plus dangereux... grâce à l'euthanasie

par Christophe COSSEMENT, théologien, 04/02/2014

L'autorisation de l'euthanasie pour les mineurs nous conduit vers un monde plus dangereux, comme ce fut déjà le cas pour l'acceptation légale de l'euthanasie il y a 10 ans. Légaliser l'euthanasie, ce n'est pas une question individuelle, comme si on ajoutait une liberté, mais c'est commencer à saper les fondements de la vie sociale. À partir de quelques cas vraiment douloureux, des contemporains pensent qu'il faut modifier de fond en comble les rapports qui existent entre les personnes dans la société, plutôt que de laisser le pouvoir judiciaire et la jurisprudence aborder avec intelligence les cas particuliers.

Pourquoi l'euthanasie serait-elle une mauvaise solution ? On présente souvent la chose comme s'il s'agissait d'une question de convictions personnelles. En effet, les croyants disent : la vie est sacrée parce qu'elle appartient à Dieu, et nous ne pouvons pas en prendre possession comme si nous n'étions que ses seuls propriétaires. Tandis que beaucoup de non-croyants disent : la vie de chacun lui appartient, et il en dispose comme il veut. Bien sûr, personne ne s'est donné lui-même la vie, il l'a reçue comme un don, de la part de ses parents, mais ensuite il en fait ce qu'il veut.

Pourtant la société ne considère pas les choses ainsi. Par exemple, elle met sur pied des centres de prévention du suicide et les considère « comme des services d'urgence » . C'est une façon de dire à celui qui voudrait mettre sa vie à la poubelle : nous avons besoin de toi, ta vie compte pour nous, ne commets pas l'irréparable ! Nous voyons dans cet exemple que la vie de chacun appartient aussi à la société. Si la société ne se soucie pas de ce que je fais des choses qui m'appartiennent comme ma voiture ou mon ordinateur, elle se soucie de ce que je fais de ma vie.

Mais lorsque la vie devient un poids, tout change. Et à celui qui ne trouve plus de sens à sa vie ou qui est découragé par la souffrance, nous proposons l'euthanasie parmi les solutions possibles. Nous finissons par lui dire : « Ainsi tu ne trouves plus de sens à ta vie ? Tu as raison, nous aussi nous trouvons que ta vie n'a plus de sens, et nous ne voulons plus la défendre. Nous ne voulons plus t'aider à surmonter ton découragement, mais nous voulons plutôt t'aider à accomplir ton désespoir jusqu'au bout ». C'est exactement cela, légaliser l'euthanasie.

Nous voilà jetés dans un monde où les autres se désolidarisent de moi dans la recherche du sens de la vie. Si quelqu'un trouve un sens à sa vie, tant mieux pour lui ! Et s'il n'en trouve pas, tant pis ! Pour les deux il y a une solution à la fin de la vie : les soins palliatifs ou l'euthanasie. Et après, que chacun se débrouille !

Bien sûr certains des arguments comme ceux des associations pour le droit de mourir dans la dignité ne sont pas faux, mais ils sont incomplets, et au niveau de la société dans son ensemble ils conduisent à un individualisme destructeur. C'est pourquoi le législateur devrait les rejeter, pour préserver l'homme et préserver la société. Sinon le monde va devenir plus dangereux.

Trouver du sens à une vie diminuée, dépendante, souffrante, reste une tâche tâtonnante et toujours à refaire. Mais, parce que ce sens est difficile à trouver, ouvrir la voie qui proclame qu'il n'y a pas sens en permettant l'euthanasie c'est déjà faire triompher le non-sens.

Pour ceux que j'aime, pour moi-même, s'il vous plaît rangez cette aiguille qui donne la mort. Ah qu'il serait bon d'avoir des hôpitaux avec un label « sans euthanasie » pour pouvoir s'y réfugier quand la mort nous presse et fait fondre notre vaillance ! Pour pouvoir accepter d'être un poids pour les autres, puisqu'un jour ils ont eu besoin de nous également.

Quant à ceux qui se disent chrétiens, il est bon qu'ils méditent sur ce fait : c'est en acceptant la mort sur la croix que le Christ change la donne du monde, qu'il transforme l'angoisse en confiance, le rejet en amour, la mort en vie. C'est quand il est totalement faible et inutile qu'il montre la richesse de son être.

Source : euthanasiestop.be

 

Aimer la vie!

par Nathalie Elgrably-Lévy, Radios Juives Francophones , 6/03/2014

À écouter la classe politique, il est extrêmement urgent de faire adopter le projet de Loi 52 concernant les «soins de fin de vie».

Certes, chaque personne est propriétaire de son corps et devrait être libre d’en disposer selon sa volonté.

Toutefois, la légalisation de l’euthanasie doit impérativement être replacée dans le contexte de notre système de santé. Notamment, soulignons qu’à l’heure actuelle, plus de 70% des Canadiens n’ont pas accès aux soins palliatifs.

Dès lors, plusieurs questions s’imposent, surtout quant aux dérapages potentiels auxquels cette loi nous expose:

1. Ne serait-il pas plus humain de commencer par offrir à tous les malades des soins palliatifs adéquats avant de leur suggérer la mort?

2. Se pourrait-il que l’euthanasie soit pour l’État une solution facile et rapide pour vider ses hôpitaux? Aucun politicien n’osera l’avouer, mais il sera toujours plus économique de tuer un malade que de lui offrir des soins palliatifs jusqu’au dernier instant.

3. Dire au malade qu’il peut «mourir dans la dignité» en choisissant l’injection létale, n’est-ce pas sous-entendre qu’il «vivra dans la honte» s’il la refuse? Ne subira-t-il pas ainsi une pression sociale pour libérer son lit rapidement?

4. Si on légalise l’euthanasie, pourrons-nous encore espérer que les hôpitaux améliorent l’accès aux soins palliatifs ainsi que leur qualité? Par souci d’économie, n’auront-ils pas plutôt intérêt à négliger ce type de soins pour acculer le malade à demander la sédation terminale?

5. Si l’euthanasie est actuellement présentée comme un choix, sommes-nous certains qu’elle ne se métamorphosera pas en devoir civique: le devoir du malade de désengorger le système pour épargner à la société les frais de son agonie?

6. Si jamais les mourants refusent d’accomplir leur «devoir», quelle garantie avons-nous que la Commission sur les soins de fin de vie (dont l’institution est prévue par la loi, mais dont le mandat est étrangement nébuleux) ne se donnera pas un jour le pouvoir de rendre l’euthanasie obligatoire au nom de l’intérêt collectif ?

7. Toujours au nom de l’intérêt collectif, n’y a-t-il pas un risque l’élargir l’euthanasie à ceux qui souffrent d’une maladie chronique? Puis à ceux qui vivent ou qui naissent avec un handicap? Aux trisomiques? Et finalement à tous ceux qui coûtent cher au système ?
La personne qui demande l’euthanasie ne veut pas mourir. Elle veut cesser de souffrir. Or, au lieu d’œuvrer pour tuer la souffrance, nos bienveillants politiciens veulent tuer la personne qui souffre. Quelle interprétation perverse du progrès, de la compassion et de l’humanisme !

Choisir le moment de sa mort, c’est être libre. En revanche, donner à l’État le pouvoir d’influencer nos choix, de limiter nos options et peut-être même de décider un jour à notre place, c’est l’antithèse de la liberté.

Pour «mourir dans la dignité», il faut être «soigné dans la dignité», jusqu’à la fin. Il faut glorifier la vie. Le projet de loi 52 valorise la mort. Sommes-nous tombés si bas ?

Source : fmradiosjuives.com

 

 

Professeur associé à Sciences Po Bordeaux, Robert Holcman analyse les conséquences d'une légalisation de l'euthanasie.

« Sud Ouest Dimanche: » Pourquoi avoir intitulé votre livre « Euthanasie, l'ultime l'injustice » (1), alors que semble se dégager un consensus de plus en plus fort sur une dépénalisation de cet acte ?

Robert Holcman. Ce que je démontre dans mon livre, c'est qu'une éventuelle légalisation de l'euthanasie frapperait prioritairement les plus pauvres et les plus vulnérables d'entre nous. Bénéficiant d'une espérance de vie moins longue, d'un temps plus court d'existence sans incapacité, ils se verraient mécaniquement davantage exposés à l'euthanasie, comme une ultime injustice au terme d'une existence déjà frappée par l'inégalité.
 
Mais cette loi fixerait des garde-fous, un encadrement ?
 
Qui va déterminer à quel moment la situation du demandeur est intenable ? Et qui va en juger ? Nous avons l'exemple des Pays-Bas. La région allemande frontalière voit arriver un flux de personnes âgées qui préfèrent terminer leurs jours dans une maison de retraite allemande. D'une façon plus générale, on peut se poser des questions sur la charité des familles.
 
La légalisation de l'euthanasie ne vous paraît donc pas être l'ultime conquête sociale ?
 
J'y vois plutôt la résurgence sous une forme moderne d'une pratique ancestrale caractéristique des économies de subsistance, qui incite au décès anticipé des moins productifs, comme chez les Inuits ou les Esquimaux. Ou comme ce que nous raconte le film japonais « La Ballade de Narayama » (2).
 
L'argument économique risque-t-il de concurrencer l'argument éthique ?
 
Avec la tarification T2A (NDLR : la tarification à l'activité), les soins palliatifs sont très rémunérateurs pour les hôpitaux. D'une façon générale, les soins aux personnes âgées sont un secteur prometteur. Mais la question centrale reste le caractère véritablement libre et éclairé de ces demandes de mort. L'euthanasie peut devenir une demande sociale, avec des justifications économiques. Je crains qu'à l'inégalité née des conditions socioprofessionnelles s'ajoute une inégalité due à l'imprégnation culturelle des demandes de mort. Les plus démunis seraient plus perméables à cette demande émanant de la société.
 
La loi Leonetti relative aux droits des patients en fin de vie, votée en 2005, a favorisé le développement des soins palliatifs. Comment expliquez-vous qu'un mouvement puissant continue de demander la légalisation de l'euthanasie ?
 
Je crois que c'est une posture de bien-portant, à l'image de celle des grands penseurs romantiques qui appelaient à un trépas glorieux mais sont pour la plupart morts de vieillesse dans leur lit. Les décisions de demande de mort sont de plus en plus influencées par un contexte qui valorise la mort réussie comme indicateur d'une vie exemplaire. La mort, donc, comme rédemption de la vie. Plus les vies seront ternes, plus grande sera l'aspiration à laisser derrière soi l'image d'une mort « avant-gardiste ».
 
Vous n'allez pas dire que c'est une question de mode ?
 
On en revient à un très ancien débat, fondateur de la sociologie : Durkheim ayant démontré que le suicide individuel est aussi un phénomène collectif, on ne voit pas en quoi il en serait différent pour les demandes d'euthanasie. L'argument fondamental que je souhaite défendre est que légaliser l'euthanasie serait contraire à l'intérêt général : ce n'est donc pas une question de volonté individuelle ou même collective, mais de préservation de notre organisation sociale.
 
(1) Éd. L'Harmattan, 225 pages, 22 euros
(2) Film de Shohei Imamura, Palme d'or 1983 à Cannes. Dans un village japonais du XIXe siècle, les anciens de 70 ans sont contraints à l'exil et vont mourir sur le mont Narayama.
 
Source : Ouest-France

 

L’acharnement euthanasiste, ça suffit !

par Pierre Le Vigan, écrivain et juriste, 20/02/2014

 
...Ainsi donc, Vincent Lambert va subir un énième examen d’« experts », c’est-à-dire de toubibs, ni plus ni moins faillibles que d’autres, pour savoir si son état est susceptible d’évolution positive ou non. Dans cette affaire, qui comme d’autres du même ordre est parfaitement douloureuse, on ne peut s’empêcher de ressentir un malaise.

Un des éléments de ce malaise consiste à vouloir faire en sorte que la loi règle un problème moral qui n’a – et n’aura – jamais de solution purement juridique. ...

Une loi ne remplacera jamais les vertus nécessaires dans ces cas de figure. Surtout, la légèreté des euthanasistes frénétiques fait frémir. Leurs arguments sont du genre : « Tartempion était plein de vie, il n’aurait certainement pas supporté de vivre dans un état végétatif. » À ce compte-là, il faudrait euthanasier tous les bavards qui ont une extinction de voix.

Les sondages eux-mêmes ne veulent pas dire grand-chose : ils concernent des gens questionnés dans la rue, qui expliquent benoîtement que, s’ils étaient contraints à vivre en fauteuil roulant, ils préféreraient en finir, ou « qu’on les laisse ou fasse partir », selon l’euphémisme à la mode. Qui peut douter que nombre d’entre eux changeraient d’avis s’ils étaient un jour dans une situation de ce type, invalides mais conscients, et même juste un peu conscients. Car cela veut tout de même dire cette chose énorme : vivant !

Le mensonge sur la notion de dignité couronne le tout. Un déporté de camp de concentration, épuisé, pesant 38 kg, avait-il moins de dignité que Göring, gros et gras ? Les invalides, semi-comateux, paralysés auraient-ils perdu leur dignité ? Parlons-en. Car justement, ce qu’essaient tous les geôliers des répressions nazies, communistes, occidentales, en Irak et ailleurs, c’est cela : « enlever leur dignité » aux prisonniers. Mais celui qui perd sa dignité n’est pas celui que l’on croit : c’est le tortionnaire. Que l’euthanasie soit un droit, j’en suis bien d’accord. Encore faut-il préciser de qui. De la personne concernée, pas de sa famille, pas de l’État, pas d’associations dont la légitimité est nulle. Pas des Verts-écolos qui veulent nous faire croire que c’est une avancée sociétale alors qu’ils n’ont jamais rien compris à ce qu’était une société.

Source : bvoltaire.fr

 

 

Qui veut (vraiment) mourir ? Euthanasie et consentement

par Stanislas Kowalski, Contrepoints, 10/02/2014

Si quelqu’un tient absolument à mourir, qu’il prenne la responsabilité de son suicide. S’il ne peut se prononcer lui-même sans contrainte ni ambiguïté, alors la prudence exige qu’on fasse le choix de la vie.

Faire le bonheur des gens malgré eux ? Le tenter, c’est le plus sûr moyen de faire leur malheur. Non pas qu’il faille se désintéresser du sort d’autrui. C’est un devoir de secourir, d’assister, de conseiller son frère qui est dans la détresse. Mais le risque est grand de se tromper.

C’est un devoir aussi de sauver un homme qui tente de se suicider. La volonté de se supprimer est rarement ferme, et on est généralement heureux, après coup, d’avoir évité la mort. D’ailleurs, si la volonté de mourir était si sûre, on choisirait des moyens ne laissant aucune chance. Les médicaments ne constituent pas une méthode performante. Il y a des poisons, parfaitement sûrs, disponibles dans le commerce ordinaire. La noyade est contrariée par des réflexes. On va rarement faire la tentative très loin d’une rive. L’accident de voiture est un suicide honteux. Il faudrait aller fort vite ou se jeter dans un précipice pour être certain de réussir. La défenestration depuis le premier ou le deuxième étage offre surtout une grande probabilité de recevoir des visites à l’hôpital — et de boiter toute sa vie. La position qui assure le suicide par arme à feu est bien connue. On raconte que Hitler se l’est fait expliquer dans son bunker. Pourtant elle est rarement utilisée. L’immense majorité des tentatives de suicide sont des échecs. En 2010, on n’a compté « que » 10 333 suicides réussis. C’est toujours trop, mais  c’est peu par rapport à près de 220 000 tentatives de suicide ayant donné lieu à un contact avec le système de soins. Ces chiffres en disent long sur la volonté de mourir. Si la possibilité de sauver le candidat au suicide existe, alors il faut le tenter, car il lui reste sûrement quelque part une lueur d’espoir. La prudence exige que l’on fasse cette hypothèse. Au demeurant, si par hasard on se trompait, le suicidaire aurait toujours la possibilité de réessayer, sans autre dommage qu’un peu de temps perdu.

On pourrait évidemment faire des remarques analogues à propos de l’euthanasie, joli mot pour une réalité atroce. Un homme mûr et capable ne devrait pas avoir besoin de recourir à un tiers pour mourir. Si vraiment il veut disparaître, a-t-il besoin que quelqu’un prenne la décision à sa place ? A-t-il besoin d’une caution morale pour le faire ?

Il y a des cas extrêmes, je veux bien l’admettre, où l’organisme est tellement affaibli, qu’il ne peut tenir une arme ou agir en aucune manière. Mais dans tous les cas, la demande d’euthanasie pose la question de la validité du consentement. Demander l’aide ou l’action d’autrui, c’est lui demander au fond qu’il décide à votre place. Que souhaite réellement celui qui demande ? Qu’on accède à sa demande ou qu’on la rejette ? S’agit-il d’obtenir l’autorisation de mourir ou est-ce une façon de solliciter un peu de compassion ? Je ne sais pas si la souffrance physique est véritablement intolérable ou si la question du malade est, en réalité, le test ultime de l’amour de ses proches. Combien de fois le mourant n’a-t-il pas menacé de partir, au temps de sa santé, simplement pour être retenu par sa femme ou ses amis ? Nous avons tous été, un jour ou l’autre, confrontés à une de ces situations, où il est impossible de savoir ce que l’autre veut véritablement.

On se retranche derrière l’incurabilité de la maladie. Nous savons que Papi est en fin de vie, que la médecine ne peut plus le guérir et qu’elle peut tout au plus atténuer ses souffrances. Mais la douleur n’interdit pas la joie, quand on est entouré des siens. Et le caractère inéluctable de la mort n’empêche pas de dire : “Encore cinq minutes, monsieur le bourreau.” La volonté de mourir a peu de rapports avec la souffrance physique ou la proximité de la mort, mais beaucoup avec l’amour de sa famille et le sentiment d’avoir quelque chose à offrir.

Il est naturel d’avoir des sentiments confus, lorsque l’on est au pied du mur. Je ne sais pas moi-même comment je réagirai lorsque l’heure sera venue. A priori, je ne suis pas favorable au suicide et à la désespérance qu’il porte en lui. Je prie d’avoir la force de vivre ma vie jusqu’au bout. Mais il serait bien présomptueux de ma part d’affirmer que je resterai toujours digne dans la souffrance. On peut tout aussi légitimement douter de la résolution inverse. Il est facile, à vingt ans, dans l’euphorie d’une soirée entre amis, de dire : “Je n’ai pas peur de la mort. Ce qui me fait peur, c’est la déchéance.”

Jusqu’au dernier moment, je peux renier mes rodomontades.

Le risque est grand d’influencer l’agonisant et de profiter de sa faiblesse. Ou de se tromper et de répondre à un désir qui n’existe plus. On n’admettrait pas qu’un homme signe un contrat dans une douleur extrême. On dénoncerait à juste titre un testament révisé durant une agonie. Et on envisage sans sourciller de mettre la mort dans la balance ! Qu’on débranche les appareils médicaux qui maintiennent le patient en vie artificiellement, cela ne me dérange pas, s’il en a fait la demande répétée. C’est une question d’humanité. Mais qu’on fournisse un kit de suicide, c’est déjà plus douteux : c’est une façon de lui dire qu’il est temps qu’il parte et laisse les autres tranquilles. L’informer de son “droit à mourir dignement”, c’est peut-être lui signifier qu’il doit faire place nette.

Si quelqu’un tient absolument à mourir, qu’il prenne la responsabilité de son suicide. Ce n’est ni à un médecin, ni à la famille de se prononcer. S’il ne peut se prononcer lui-même, et se prononcer sans contrainte ni ambiguïté, alors la prudence exige qu’on fasse le choix de la vie.

Source : contrepoints.org

 

 

Les trois mensonges de l’euthanasie

par l'Abbé H. Belmont, 26/01/2014

Dans notre monde pris de folie et de rage autodestructrice, les pays les uns après les autres votent des lois autorisant, promouvant et bientôt rendant obligatoire l’euthanasie. C’est ainsi qu’en Belgique, l’euthanasie des enfants est en passe d’être acceptée par un gouvernement en folie. Ce qui est étonnant, c’est que souvent les opposants à ces lois homicides ne savent comment argumenter pour faire barrage à ce courant proprement diabolique, ou s’en tiennent au registre sentimental ou subjectif. Il faut leur montrer que la propagande pour l’euthanasie n’est qu’un enchaînement de mensonges, et les en convaincre par des raisons vraies et permanentes.

1.  Mensonge sur le nom et la chose. Euthanasie signifie, selon son étymologie, bonne mort. En langage chrétien, la bonne mort, c’est la coïncidence entre l’état de grâce et la séparation de l’âme et du corps. Car de cette coïncidence dépendent l’éternité tout entière et donc la « réussite » de la vie terrestre. La loi du salut éternel est la même pour tous, depuis Abel jusqu’au dernier homme qui mourra dans la conflagration finale du monde : pour aller au Ciel, il faut mourir en possédant la vertu surnaturelle de charité (et donc nécessairement la foi théologale qui fait appartenir à l’Église catholique, et l’espérance qui en est la première œuvre).

L’euthanasie qu’on nous propose consiste à mourir par suicide (moyen le plus sûr pour aller en enfer, puisqu’il est non seulement un grave péché mais aussi la privation de la possibilité de faire un acte de contrition) ou par assassinat si l’on n’est pas consentant. Ce n’est même pas un assassinat en haine de la foi catholique (qui pourrait constituer un glorieux et salutaire martyre), ce n’est qu’un acte crapuleux perpétré pour des motifs de fausse compassion ou d’intérêts inavouables.

Pis encore, l’euthanasie est le vol de la mort, de cet instant précieux qui est le point d’orgue de la vie, son accomplissement. Soit qu’on vous tue sans votre consentement, soit qu’on vous persuade de vous laisser tuer, soit qu’on vous fasse sombrer dans une inconscience… inconsciente, c’est toujours la dépossession de la mort qu’on induit… elle est pourtant l’événement le plus certain et le plus décisif de la vie, celui par lequel elle prend son sens plénier.

L’honnête homme, celui qui, bien que privé de la lumière de la Révélation divine, veut vivre et mourir selon la droiture naturelle (le peut-on sans la grâce de Dieu ?), l’honnête homme sait que par la seule lumière de la raison il ignore beaucoup de choses de la mort. Mais il sait avec certitude que la mort n’est pas une fin, puisque son âme est spirituelle ; il sait qu’elle est l’accomplissement de la justice puisque sur cette terre la justice des hommes est infirme et partielle, voire partiale. Tout en lui refuse cet homicide programmé qu’on lui vante sous le nom d’euthanasie : il ne peut voir dans les médecins qui la pratiquent que de tueurs à gage, puisque ce sont des gens payés pour assassiner des innocents (et en cela l’euthanasie est comparable à l’avortement).

2.  Mensonge par confusion volontaire. Les partisans de l’euthanasie confondent (font semblant de confondre) laisser mourir selon la nature et provoquer la mort.

Pour conserver la santé et la vie, la (divine) loi naturelle nous oblige à employer les moyens ordinaires. Il y a dans cette notion de moyens ordinaires des éléments qui varient avec les époques et avec les pays ; elle comporte aussi une nécessaire proportion avec les résultats escomptés. C’est un jugement qui relève de la vertu de prudence, et qui requiert donc à son origine une ferme intention droite. Il peut y avoir dans cette notion de moyens ordinaires une zone de flou devant laquelle on reste indécis.

Il ne faut pas non plus négliger le fait que la vie humaine n’est pas un bien absolu : elle est ordonnée à la gloire de Dieu et au bien commun de la société : elle peut être consacrée, elle peut être sacrifiée, elle peut être « réquisitionnée ».

Mais le principe n’en demeure pas moins clair. Qui n’emploie pas les moyens ordinaires pour maintenir sa vie et sa santé se suicide ; qui prive autrui les moyens ordinaires de rester en vie n’est rien d’autre qu’un meurtrier.

Au contraire, personne n’est tenu, ni pour lui-même ni pour son prochain, d’utiliser des moyens extraordinaires : ceux qui sont trop coûteux, trop éloignés, dangereux, laissant des séquelles graves. Là aussi, il faut modifier le jugement selon les époques, les pays, les possibilités. C’est encore la vertu de prudence (et donc l’intention droite qu’elle requiert) qui en décidera.

Quand les moyens médicaux employés pour maintenir quelqu’un en vie deviennent très lourds ; qu’ils empêchent d’autres personnes de bénéficier des soins qu’ils monopolisent ; qu’ils sont une charge excessive et paralysante pour une famille ; qu’ils comportent des risques graves : il n’y a plus d’obligation de persévérer. On peut décider de « laisser faire la nature » sans la moindre faute morale. Et si la poursuite de la maintenance en vie devient vraiment déraisonnable, il peut y avoir nécessité morale de cesser.

La charité chrétienne réclame cependant qu’on laisse au mourant l’occasion de recevoir les derniers sacrements avant de laisser la nature faire son œuvre : c’est une réquisition de l’ordre divin des plus impérieuses.

Mais provoquer directement la mort, soit par un moyen « positif » comme une injection létale, soit par la cessation des moyens ordinaires de maintenir en vie, est un homicide volontaire, un crime qui crie vengeance devant Dieu. Et c’est ce crime que les « euthanasiens » camouflent derrière le refus de l’acharnement thérapeutique : ils le font en semant la confusion, en profitant de quelques cas limites qui se peuvent présenter et dans lesquels il est permis d’hésiter.

C’est une forme de mensonge particulièrement exécrable parce qu’elle séduit les ignorants, trouble les esprits faibles et même les autres (c’est le propre du sophisme), et annihile les clairs principes de la morale naturelle.

3.  Mensonge par insinuation calomnieuse. L’euthanasie est réclamée comme le moyen nécessaire d’exercer le « droit à mourir dans la dignité ». Mourir par suicide, mourir assassiné, mourir contre la loi de Dieu, contre la tendance la plus foncière de la nature humaine, mourir en méprisant le Jugement de Dieu… il y a une infamie de prétendre que c’est « mourir dans la dignité ». L’euthanasie est une mort indigne, criminelle, abjecte.

Cette réclamation est en outre l’insinuation que tous ceux qui se consacrent au soin et au soulagement des malades sans s’arroger le droit de vie et de mort sur eux, n’ont pas le souci de la dignité de ceux dont ils ont la charge ou n’y pourvoient pas. C’est renvoyer dans le néant le courage des malades, le dévouement du personnel médical, la sollicitude des familles. Il y a ainsi quelque chose de particulièrement répugnant dans la réclamation de légaliser l’eutha­nasie, une ingratitude fondamentale, le piétinement de toute vertu.

Une accusation contre la sainte Église catholique est souvent en filigrane dans les revendications du « droit à l’euthanasie ». Aurait-on oublié que l’Église a inventé les hôpitaux ; que l’Église a fourni des millions d’âmes consacrées qui se sont dévouées aux malades, aux mourants, aux infirmes, à tous les cas tragiques de la misère humaine (qui par ailleurs sont le fruit des péchés que l’Église est seule à combattre et à absoudre) ; aurait-on oublié que l’Église, en rappelant et en urgeant la loi divine qui interdit de tuer, a été le plus puissant stimulant aux progrès de la médecine. C’est un oubli volontaire, et la raison est que l’Église est la gardienne du droit naturel et le ministre de la charité divine, qui deux réalités que le monde a en horreur.

Pour connaître l’enseignement et la charité de l’Église – aussi incessante qu’ordonnée et délicate – il suffit de lire le discours de Pie XII [ici sur ce site] qui va suivre. Mais en attendant il faut conclure.

Le mensonge et l’homicide sont la marque distincte du diable : « Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n’est pas demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur, et père du mensonge » (Jo. VIII, 44).

L’industrie de la perte des âmes est l’œuvre propre du diable, dans sa haine de Dieu et des hommes.

La réduction en esclavage est la marque propre du démon et de ses œuvres. Or, chaque fois que les hommes usurpent un domaine qui n’appartient qu’à Dieu, c’est un esclavage plus sournois et plus fatal qu’ils nous préparent.

La propagande pour l’euthanasie trouve sa source dans des puissances qui ne sont pas de ce monde. Le combat à mener contre elle est, et doit être, un combat essentiellement surnaturel : prière, pénitence, confiance en Dieu, témoignage de la foi catholique. Sans déserter les moyens naturels légitimes, sans mépriser les arguments de raison, sans chasser Dieu de l’ordre naturel (c’est la terrible tentation de nombreux opposants : si on y cède, c’est un anéantissement des fondements de ladite loi et un blasphème), recourons à l’intercession de la sainte Vierge Marie, « forte comme une armée rangée en ordre de bataille ». C’est elle qui vaincra, tant pour la splendeur de l’Église catholique que pour la régénération de la chrétienté.

L’enseignement de Pie XII est tout entier sous-tendu par trois vérités indubitables :

–  la vraie vie n’est pas celle que nous connaissons ici-bas ; la vie véritable est la vie du Ciel, la vie de béatitude dans la gloire de Dieu, vie commencée ici-bas dans la grâce sanctifiante. Et donc la première chose dont on se doit préoccuper, c’est l’âme du malade du défunt qui doit se préparer au jugement de Dieu, en rentrant en grâce si cela est nécessaire, en se purifiant et en grandissant dans la charité ;

–  ni la souffrance ni la mort ne sont le mal absolu ; le mal absolu, celui qu’il faut fuir sans condition, c’est le péché. La souffrance et la mort peuvent (et doivent) être l’occasion d’un grand amour de Dieu, d’une efficace expiation des péchés, d’un total abandon à la sainte volonté de Dieu, et d’une particulière union à Jésus-Christ souffrant et mourant ;

–  La loi naturelle est une loi divine directrice et intangible, qui laisse une place notable à la compassion, à la prudence, à la conviction que tout le monde n’est pas capable d’héroïsme, ou que celui-ci prendra çà ou là des formes différentes.

Source : quicumque.com

 

 

Jean-Claude Martinez sur l’économie derrière l’euthanasie

 


Jean-Claude Martinez sur l'économie derrière l... par ERTV

 

 

par Bernard Antony, 18/12/2013

Pour faire passer l’euthanazie, l’instauration de la démo-panelocratie !

On n’arrête décidément pas le progrès dans les innovations de notre système de démocratie totalitaire. Et voici la dernière application de ce que les opaques mais véritables décideurs de la politique et des médias qui nous gouvernent ont récemment concocté, mieux que le suffrage universel, mieux que les sondages étudiés pour manœuvrer l’opinion et les élus : ils ont inventé la panelocratie !

Un système simple et peu coûteux d’élaboration des lois. Il suffit de prélever, comme ils disent dans leur jargon, un « panel » de citoyens pris au hasard, a priori sans compétence commune sur la question à étudier. Pour faire avancer la législation sur l’euthanasie, on en a pris dix-huit.

On ne sait si, par un miraculeux hasard statistique, quelques-uns auraient vraiment réfléchi sur la question. On avait déjà entendu en 1794, sous la Terreur, que la République (qui condamnait Lavoisier à la guillotine) « n’avait pas besoin de savants ». Depuis, on s’était quand même ravisé et on n’interdisait pas aux savants de participer le cas échéant à la chose publique ou tout au moins, en leurs domaines, de l’éclairer. Mais en cette fin d’année 2013, « François Hollande étant chef de l’État » :

- C’est la non-compétence qui est érigée en principe pour le choix de ceux censés pouvoir fournir au législateur les réflexions pour de nouvelles lois. C’est vraiment prendre la majorité des Français pour des imbéciles incapables de discerner que cette panelocratie n’est qu’une forme nouvelle de la manipulocratie.

- Et pour vendre cette monstruosité, sur la radio payée par les impôts de tous, l’inénarrable préposé du matin à la propagnade socialiste n’hésite pas à se couvrir de ridicule en affirmant que l’on retrouve ainsi les formes de la démocratie grecque (sic !). Mais lui aussi, conformément au principe d’incompétence, peut dire n’importe quoi.

Le principe du panel, a donc expliqué Thomas Legrand à l’appui de son ineptie, évite le danger du populisme. Où l’on voit que ce chroniqueur est en parfaite concordance avec le soviet dirigeant de l’épiscopat français pour traquer le populisme, cette abomination de la désolation civique.

Et c’est comme cela que, si monstrueux en soit le principe, c’est sur la panelocratie que s’appuient les forcenés qui nous gouvernent pour faire passer l’euthanazie.

Oui vraiment, l’heure est à la révolte, à la révolte de l’intelligence, du bon sens, du sens de la dignité humaine : contre la collusion du déni de l’intelligence, du mépris d’une véritable démocratie et de la culture de mort.

 

Source : lagrif.fr

 

 

TRIBUNE – Après l’avis favorable rendu lundi par la «conférence des citoyens» sur le sujet, Tugdual Derville s’interroge sur la méthode utilisée. Extraits

Une souris peut-elle accoucher d’une montagne ? Le microéchantillon de dix-huit Français missionnés pour traiter le sujet de la fin de vie s’est prononcé : il entend instaurer une sorte de droit opposable au suicide, pour toute personne « en fin de vie ou souffrant d’une pathologie irréversible », complété par la possibilité d’euthanasier à titre exceptionnel le patient quand il ne peut pas exprimer son consentement. C’est en substance ce que la « conférence de citoyens » a expliqué, lundi 16 décembre 2013. [...]

Peut-on imaginer que soit remise en cause toute la politique de prévention du suicide des personnes désespérées, notamment par la fatigue du grand âge, la dépendance ou l’isolement ? Faudrait-il laisser croire aux Français qu’il y aurait d’un côté des personnes suicidaires dont la vie mériterait d’être respectée et sauvée, et de l’autre des « sous-vies » qu’il faudrait encourager à l’effacement ? Devons-nous prendre au sérieux cette conclusion unanime d’un mini-panel réuni à la demande du président de la République par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) ? [...]

Il ne s’agit pas de les blâmer. Leur avis est rédigé avec de généreuses intentions. Il comporte même un plaidoyer pour « un développement massif de l’accès aux soins palliatifs ». Mais ces soins sont consensuels, et ils n’attendent que la mise en œuvre des promesses présidentielles. [...]

Sur l’euthanasie et le suicide, les points les plus cruciaux, le « devoir » du panel est truffé d’approximations et de confusions. [...] Comment le panel peut-il se dire unanime pour offrir aux patients le droit de se suicider, alors qu’il précise qu’il ne s’est pas entendu pour définir le mot suicide, douze personnes penchant pour une définition large, six pour une plus restrictive. Même impuissance à définir l’euthanasie, à douze contre cinq cette fois, avec une abstention.Chiffres dérisoires pour une question qui concerne 66 millions de Français. Et tout cela pour aboutir à promouvoir, d’une part, « un droit légitime (au suicide) du patient en fin de vie ou souffrant d’une pathologie irréversible » et, d’autre part, ce que la note nomme improprement une « exception d’euthanasie ». [...] La prétendue exception d’euthanasie inventée par le panel sème la confusion : décidée a priori avec l’aval d’une « commission ad hoc » qui « devra être mixte » (sic), elle serait administrée aux patients incapables d’exprimer leur consentement direct !

À l’issue des séances à huis clos, certains membres du panel se disent missionnés pour changer la donne sur la fin de vie. Mais c’est au nom d’une liberté compassionnelle qui conduit à une logique d’exclusion. C’est le moment de se mobiliser nombreux pour revenir aux fondements de la fraternité, celle qui protège les personnes les plus fragiles et les plus vulnérables, toujours dignes d’être soignées et aimées.

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L’intégral de l’article sur le site du Figaro: http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/12/17/10001-20131217ARTFIG00462-quelle-exception-d-euthanasie.php

Source : tugdualderville.fr

 

 

Les illusions barbares
Soin médical ou piqûre qui tue ?...

par Thérèse Nadeau-Lacour, professeure titulaire en Sciences humaines à l'UQTR et professeure associée, Université Laval Québec, 17/10/2013

Les projets de loi 52 et de charte des valeurs sont délicats et les enjeux fondamentaux, puisqu'il y est question de dignité de la personne, de liberté de croire, de vie et de mort des plus vulnérables, potentiellement de chacun de nous.

Les textes proposés devraient pour cela être clairs et sans détour. Or, ils s'avancent masqués. Le langage y agit comme un cosmétique lénifiant, séduisant: on parle de compassion alors qu'il s'agit de meurtre; on parle de soin médical alors qu'il s'agit de la dernière piqûre qui tue; sous les apparences du langage flatteur de l'identité nationale, sous le couvert d'avancée démocratique et de neutralité, la charte des valeurs ne parle même pas d'une saine laïcité mais de l'illusoire neutralité d'un laïcisme, religion d'État qui chercherait à s'imposer aux pratiques communes et aux consciences par le biais, par exemple, du système éducatif et de ses programmes.

Faut-il que notre bon sens soit anesthésié, au point de ne pas voir les évidentes contradictions dans lesquelles de telles lois enfonceraient notre société ? Que penser, par exemple, d'une société qui recherche avec raison les moyens les plus efficaces pour enrayer le suicide de ses membres, et propose de légaliser l'aide au suicide en fin de vie ? Comment ne pas voir une contradiction dans une société qui a milité contre la peine de mort, et qui permettrait à un de ses membres de la pratiquer sur ses concitoyens, fût-ce à leur demande ?

Comment peut-on, sans contradiction, affirmer respecter l'objection de conscience et exiger d'un médecin qui refuserait de pratiquer l'euthanasie, d'indiquer le nom d'un collègue prêt à effectuer l'acte ? Que dire du caractère aberrant de l'argument qui consisterait à légaliser l'euthanasie pour arrêter les souffrances : étrange manière de supprimer le problème, en éliminant la personne!

Plus grave: le tissu social requiert la confiance, lien essentiel sans lequel une société se déchire et s'effondre; en rendant légal le geste de mort pratiqué par un médecin sur les plus fragiles et vulnérables d'entre nous, on installerait nécessairement la méfiance chez celui pour qui la relation à son médecin est parfois l'ultime lien humain et humanisant.

Derrière ces projets de loi, se profile le spectre d'une «barbarie à visage humain» selon le mot de Bernard-Henri Lévy, lorsqu'il dénonçait des totalitarismes que nous avons d'ailleurs combattus. Et, maintenant, comme ces régimes aux moeurs barbares, nous légaliserions l'euthanasie, avec des procédés langagiers semblables: contre-vérités et illusions séductrices ?

Contre-vérité que d'appeler soin médical un acte de mort. Illusion d'appeler compassion la réponse à un cri de détresse par un geste de mort. Illusion encore de croire que le projet de loi protégerait contre d'éventuelles dérives: le modèle belge qui inspire nos législateurs, connaît aujourd'hui des dérapages spectaculaires ! Contre-vérité de dire que la dignité de la personne dépend de sa qualité de vie alors que la dignité est liée au seul fait d'être un être humain, quelles que soient les conditions de vie.

Contre-vérité de dire que l'aide au suicide des personnes en fin de vie n'a rien à voir avec le suicide des jeunes ou adultes. Contre-vérité de laisser croire que «légal» et «moral» sont synonymes. Illusion de croire qu'il suffit qu'une loi soit votée dans une démocratie, pour que son contenu et son application deviennent moralement bons.

L'histoire encore récente en témoigne. Les démocraties sont fragiles et demandent la vigilance de tous et de chacun pour ne pas dériver en dictature, fut-ce une dictature apparemment indolore. La raison et le coeur devraient conduire le gouvernement québécois à reconnaître que le projet de loi 52 ne correspond en rien à l'esprit de ce peuple du Québec, aux valeurs morales et spirituelles qui l'ont construit et qui lui ont permis de traverser des épreuves redoutables.

Ses qualités et ses ressources humaines, sa force économique et sa créativité encore présentes, pourraient à coup sûr permettre au Québec de relever ces défis et devenir leader et exemplaire dans des domaines tels que la mise en oeuvre de soins palliatifs d'excellence, la recherche de traitements contre la douleur, la formation intégrale des accompagnants et la protection des plus faibles, qui mesure le degré d'une civilisation.

Source : lapresse.ca

 

 

Soins de fin de vie - Les sophismes du projet de loi 52

L'expression «aide médicale à mourir» a été transmuée en oxymore, en alliant deux sens contradictoires puisqu'il s'agit cette fois de donner la mort et pas du tout d'aider le mourant

par Thomas De Koninck - Chaire «La philosophie dans le monde actuel», Université Laval Québec, 29/10/2013

Le sophisme « le plus naturel et le plus répandu est celui qui tire parti des mots », constatait déjà Aristote au début de ses Réfutations sophistiques. Mais il y a plus. Il y a ce que le poète québécois Paul Chamberland a su parfaitement résumer récemment en une phrase incisive : « L'altération totale du sens des mots permettra de fabriquer la version officielle de ce qui devra passer pour la réalité elle-même » (Le Devoir, 8 mai 2013, p. A 8). On ne saurait mieux énoncer la loi en vertu de laquelle, faute de pouvoir transformer la réalité, l'idéologie altère le sens des mots qui désignent cette réalité. Désormais, pour le dire d'un mot avec Orwell, « le noir est blanc », « la guerre est la paix » et ainsi de suite. Le principe est admirablement formulé, en effet, par George Orwell dans 1984: il s'agit de « disloquer le sens de la réalité ». Cela s'appelle « contrôle de la réalité », en langue ordinaire.

Le projet de loi 52 commence en beauté par l'énoncé suivant : « La présente loi a pour but d'assurer aux personnes en fin de vie des soins respectueux de leur dignité et de leur autonomie » (Titre I, 1). Il semble ainsi faire sien d'entrée de jeu ce qui a toujours été la raison d'être des soins, et de leur grandeur, à savoir la dignité de la personne humaine, invariablement présente au-delà des apparences, et qui s'impose tout spécialement à la conscience lorsque la personne est en état de dépendance et de faiblesse. Il s'agira notamment de soulager au maximum sa souffrance physique et morale.

Dignité humaine

Plus loin cependant, au titre II, chapitre 1, 3, on peut lire qu'« aux fins de la présente loi », par « soins de fin de vie » on entend « les soins palliatifs offerts aux personnes en fin de vie, y compris la sédation palliative terminale, de même que l'aide médicale à mourir ». Ce projet de loi tombe donc dans le même piège que la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, en conférant à la belle expression « aide médicale à mourir » un sens tout à fait contraire, celui de tuer. Ce dernier verbe fait pousser des cris d'orfraie, car il est dur, mais pas moins que ne l'est l'euthanasie elle-même, qui est une mort extrêmement violente, nullement une mort douce, malgré les masques qu'on lui donne. Dans le cas qui nous occupe, l'expression « aide médicale à mourir » a été transmuée en oxymore, en alliant deux sens contradictoires puisqu'il s'agit cette fois de donner la mort et pas du tout d'aider le mourant. Appeler cela, de surcroît, un « soin » est le comble du cynisme.

Le second sophisme qui grève ce projet de loi joue cette fois sur le mot « autonomie ». La dignité humaine a été de tout temps, sous des formules diverses, associée à notre nature raisonnable et à la liberté de la volonté qui s'ensuit. Il est aisé de voir pourquoi, et c'est donc à bon droit qu'on associe, dans ce projet de loi, dignité et autonomie. Mais justement, il s'agit alors d'une autonomie qui doit être préservée jusqu'à l'instant de la mort naturelle, pour cette raison même. Cet instant demeure indéterminé, ainsi que l'a excellemment relevé Vladimir Jankélévitch, n'y voyant rien de moins que « le fondement de la déontologie médicale » : « Mais si la prolongation de la vie [écrit-il] ne peut être indéfinie, la date de la mort, on l'a vu, reste indéterminée, et cette indétermination, qui autorise toutes les espérances, est le fondement de la déontologie médicale. Si tard que la mort intervienne, elle arrive toujours trop tôt [...]. En d'autres termes, pour faire mourir un mourant plus qu'aux trois quarts mort, pour faire mourir un mourant à peine vivant, et cependant bien vivant et même irrécupérable [...], une distance infinie reste à franchir. »

Afin d'y voir plus clair, force est de faire intervenir l'expérience ultime de la liberté dont nous jouissons en notre for intérieur. Nul ne peut me forcer à aimer ou à ne pas aimer qui ou quoi que ce soit en mon for intérieur, même sous la torture ou en quelque circonstance contraignante que ce soit. Qui plus est, l'expérience de penser et d'aimer révèle que l'éclair d'un instant suffit pour faire tout basculer en un nouveau sens. Je puis en un seul instant changer du tout au tout, intérieurement. Nous n'aurons, vous et moi, l'expérience de la mort que lorsque ce sera notre tour, comme tout le monde. Cependant nous avons tous l'expérience vivante de sa trace, à savoir l'expérience de l'instantané - tout à coup nous comprenons, tout à coup nous décidons, en un instant. Si le meurtre est gravissime, c'est qu'il supprime à jamais tous les possibles de sa victime avant l'instant ultime naturel. On se souviendra peut-être de Kirilov, ce fou des Démons de Dostoïevski qui rêvait d'affirmer sa liberté en la supprimant par le suicide. Tuer quelqu'un parce qu'il m'a demandé de le faire au nom de son « autonomie » à lui ou à elle, ne rend pas ce geste moins contraire à l'éthique la plus élémentaire et n'en est pas moins porter atteinte à son autonomie et à sa dignité à leur niveau le plus profond. Il s'agit bien d'éthique et non de religion, comme le prétendent trop facilement celles et ceux que la réflexion critique impatiente. Dès l'antiquité grecque, la philosophie - dont l'éthique est une partie - s'est définie comme meletê thanatou, « exercice à la mort ».

Grandeur des soins palliatifs

Un troisième sophisme colore malheureusement la majorité des débats actuels autour de ces graves questions, comme aussi bien ce projet de loi. On sépare artificiellement cette fin de vie du tout auquel elle appartient, qui est la vie entière de la personne mourante, comme si la mort d'un être humain pouvait se comparer à celle d'un insecte dénué de mémoire, ou à la mise au rancart d'un robot obsolète.

C'est commettre la « localisation fallacieuse du concret » (« fallacy of misplaced concreteness ») brillamment dénoncée par le grand philosophe anglo-américain A. N. Whitehead, en substituant l'abstrait, un moment isolé, au concret, qui est l'acte dernier de la vie humaine, la fin qui appartient à l'ensemble et détermine tout ce qui a précédé, à l'instar de la finale d'une symphonie ou du dénouement en bien ou en mal d'un drame. Les thuriféraires de l'euthanasie et de l'automeurtre (Shakespeare) assisté privilégient ainsi une vision abstraite de la fin de la vie humaine, chaque fois pourtant unique, sans prix et ineffable. Il n'est pas d'exception à ce caractère unique. De là vient la grandeur des soins palliatifs proprement dits.

Source : ledevoir.com

 

 

 

Les mêmes aspirations

 

par Martin Caouette, 26/08/2013. L'auteur est doctorant et chargé de cours en psychoéducation, à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Une mère d'Oshawa, en Ontario, a remis une lettre à une voisine l'intimant d'empêcher son petit-fils autiste de faire du bruit. En plus de discréditer son avenir - aucun employeur ne voudra l'embaucher, aucune femme ne pourra l'aimer, il sera à jamais un fardeau pour la société -, l'auteure de la lettre suggère que l'enfant déménage dans un milieu sans voisinage ou qu'il soit tout simplement euthanasié.

De tels propos doivent bien sûr être dénoncés pour des raisons de dignité humaine et de respect de la vie. Se limiter à cette action éluderait toutefois la question fondamentale derrière le geste de cette mère, soit celle de la place dans notre société des personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l'autisme.

Quotidiennement, des enfants, des adolescents et des adultes se retrouvent en situation de handicap parce qu'ils ont un fonctionnement intellectuel qui se situe en écart avec la norme. Parmi eux, certains sont incapables d'interagir ou de se nourrir seuls. D'autres peuvent être bruyants, voire agressifs. Certains doivent composer avec des malformations physiques tandis que d'autres sont plus vulnérables aux maladies.

Ils existent, mais ils sont pourtant absents de l'espace public. Pire encore, ils sont souvent perçus de façon unidimensionnelle, comme si leur existence se résumait à leurs limitations. Car vous savez, plusieurs d'entre eux adorent le hockey, la sensation du vent sur leur peau et le sucre à la crème de leur grand-mère.

La pitié ne peut cependant pas être une option pour contrer la haine de cette mère. S'imaginer que tous les parents d'enfants en situation de handicap n'ont jamais tort serait aussi faire fausse route.

Être d'accord avec le principe que ces personnes ont le droit d'exister est une chose. Accepter qu'elles dérangent notre confort quotidien en est une autre. Ce n'est pourtant qu'en entrant en relation avec elles que le regard que nous leur portons peut changer et qu'il devient possible de découvrir véritablement qui elles sont.

Dans quelques semaines, le film «Gabrielle» de Louise Archambault portant sur une jeune femme présentant une déficience intellectuelle prendra l'affiche. Gabrielle, nous t'attendons. Nous avons besoin de toi plus que jamais pour te connaître et transformer notre regard sur ceux que nous qualifions de différents. Pour découvrir que derrière ces différences apparentes, nous sommes tous habités de la même humanité et nous possédons les mêmes aspirations à la vie, à l'autodétermination et au bonheur. Et pour nous faire comprendre que de juger l'autre digne d'euthanasie, c'est se condamner soi-même à disparaître.

Source : lapresse.ca

 

 

 

"C'est ce mettre la tête dans le sable de dire qu'il n'y aura pas de dérapage. Regardez seulement ce qui est arrivé avec l'avortement. Au début c'était seulement pour les cas de viols et de problèmes graves. Aujourd'hui, c'est un peuple qui meurt! Près de 30,000 avortements au Québec seulement. Venez pas me dire que ce sont tous des cas d'exception! Ce n'est pas assez pour voir ce qui va arrivé avec l'euthanasie?

Et à cause des problèmes financier dans la santé au Québec, pensez-vous que nous pourrons nous payer les soins palliatifs? Ce sera beaucoup plus facile et surtout beaucoup moins cher de tuer les gens par euthanasie et ce, en faisant des médecins des tueurs. C'est vraiment plus facile de se mettre la tête dans le sable que de voir la réalité."

Source : CQV

 

 

Un mort "BIO" ?

par Marie-Elizabeth van Rijckevorsel

Un jour peut-être serai-je grabataire, mourant 'dignement' mais à mon rythme et celui de la nature, donnant le temps à la vie de s'écouler (une mort BIO quoi!).

Peut-être aussi que de lourds regards de reproche, des petites phrase glissées du genre "C'est lourd de courir à l'hôpital pour te voir avec les enfants à la maison et le boulot!" ou "Pfff! Les factures médicales s'accumulent!" m'inciteront à demander au médecin une mort qu'en rien je ne souhaite véritablement.

Avons-nous assez évoqué la pression familiale dans les débats sur l'euthanasie? Les euthanasies dictées par le sentiment de culpabilité sont certainement bien plus nombreuses que nous ne l'imaginons! Nombre de malades se retrouvent "coincés" par la légalisation de cet acte: on me fait sentir que je dérange et la loi me propose une autoroute pour m'en aller alors je me sens obligé d'y recourir. Dans le cas contraire, me voilà "coupable de vivre".

Source :www.euthanasiestop.be

 


Choisir pour l'autre ?

"La fureur de vivre vieux

Par Marcela Iacub

Comme certains de nos voisins européens, le gouvernement français s'apprête à légiférer sur l'euthanasie.

D'un point de vue politique, cette mesure semble cohérente avec les mutations, depuis quelques décennies, des rapports de l'Etat à la mort.

Jadis, c'est lui qui tuait en envoyant les populations à la guerre, ou en en faisant des gibiers de potence de la justice.

Désormais, il délègue aux particuliers la décision de tuer et de mourir.

L'avortement et l'euthanasie sont les deux exemples..."

Source : Libération, 7 juin 2013

 

 

Réponse à la Lettre ouverte

par Réginald de Coucy

« Sédation terminale » ou quand la médecine s'appuie sur une phraséologie totalement absconse pour le public afin de mieux faire passer des idées tordues et scélérates.

Dans un monde normal et civilisé, la médecine c'est fait pour soigner et, si possible, pour guérir (mais n'en demandons tout de même pas trop !).

Il y a pourtant eu des exemples historiques permettant de constater que des médecins se sont livrés à des expériences plus que suspectes sur des individus moins que consentants.

Dans les mêmes périodes on constate également que ce sont des médecins qui se sont prêtés sans scrupules à la purification d'une société en la débarrassant de ses idiots, de ses handicapés improductifs et même de bon nombre de handicapés légers qui faisaient tache dans le paysage idéal fantasmé par les dirigeants du moment...

Dans certains pays, comme la Belgique voisine, nombre de personnes âgées redoutent de devoir consulter tant elle ne font plus confiance à des médecins pour qui l'euthanasie fait désormais partie des hypothèses envisageables et des prescriptions possibles.

Finalement, pourquoi se casser la tête à chercher des traitements compliqués et coûteux quand il suffit d'une pression sur le piston de la seringue pour résoudre définitivement le malaise (et résorber les déficits du budget de la Santé...) ?

Source : France Catholique, février 2013

 

 

EUTHANASIE - Des membres d'une famille qui ne sont pas d'accord sur la fin de vie de leur proche. La justice saisie. Une loi critiquée...

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) a ordonné le rétablissement de l'alimentation de Vincent Lambert samedi 11 mai, tétraplégique en état minimal de conscience après la saisine des parents de l'homme, victime d'un grave accident en 2008. Derrière le conflit familial est relancé le débat sur la fin de vie, avec une proposition de loi attendue pour le mois de juin.

«L'épouse de Vincent est très perturbée par cette décision de justice», explique maître Francis Fossier, son avocat. «Il faut qu'elle digère. Pour elle, c'était la volonté de Vincent que de le laisser mourir», ajoute-t-il. «Depuis le début de l'année, Vincent a multiplié des comportements d'opposition aux soins faisant suspecter un refus de vivre», a expliqué à l'AFP Eric Kariger qui dirige le service de médecine palliative au CHU de Reims.

Difficile appréciation du choix du patient
Les parents, qui se sont opposés à cette décision médicale, affirment au contraire que quand ils sont venus voir le 26 avril Vincent, qui n'était déjà plus alimenté, celui-ci «pleurait», confie Jérôme Triomphe. L'avocat poursuit en évoquant la visite de David, le frère de Vincent, après la décision de justice de reprise de l'alimentation: «Quand David a demandé à son frère s'il était heureux de vivre, Vincent aurait fermé puis rouvert les yeux. Comme un signe».

Signes de joie de vivre pour les uns, souhait d'en finir pour les autres. Sur ce point, en l'absence de directive anticipée écrite et du choix d'une personne de confiance pour faire appliquer sa décision, la justice ne peut pas trancher. En revanche, le juge saisi en référé a estimé que la décision médicale d'arrêt des soins n'était pas conforme à la loi Leonetti de 2005 régissant le droit des patients en fin de vie puisque l'avis de tous les membres de la famille n'avait pas été recueilli comme le stipule la loi. Ce que les médecins admettent. Effectivement, ils se sont adressés à l'épouse, présente au quotidien auprès de son mari, et non aux parents qui vivent loin de Reims et de Vincent.

Une loi trop imprécise?
«La justice ne remet pas en cause le fond de la décision prise par l'équipe médicale pour ce patient, mais le fait qu'elle n'ait pas été discutée avec l'ensemble des membres de sa famille», juge l'Observatoire national de la fin de vie.

De son côté, l'avocat des parents estime que ce n'est pas une décision uniquement sur la forme qui a été prise mais une décision «devant l'opposition des parents». Et d'expliquer que cette opposition des familles est le seul «garde-fou» d'une loi qui, dans la pratique, permet l'euthanasie du fait de ses imprécisions.

Importance de la directive anticipée écrite
Aux détracteurs de la loi qu'il a fait voter, Jean Leonetti défend un texte qui appelle au «consensus» avant tout et qui ne peut pas répondre à chacun des cas individuels. «Certains parlent de vote de la famille, d'autres veulent établir une hiérarchie entre ses membres... je ne me vois pas dire à une personne que sa voix compte plus. Et comment établir qu'un lien affectif ou marital est plus ou moins fort qu'un lien du sang?», analyse-t-il. En juin, pourtant, une nouvelle loi devrait être présentée à l'Assemblée nationale, suite au rapport sur la fin de vie demandé par François Hollande à Didier Sicart, ancien président du Comité consultatif national d'éthique.

Si nouvelle loi il y a, Jean-Luc Roméro, président de l'association pour le droit de mourir dans la dignité insiste sur le fait que ce qui est primordial c'est la directive anticipée écrite et la désignation d'une personne de confiance pour faire appliquer son choix. C'est pourquoi il recommande qu'il y ait de vraies campagnes de sensibilisation sur cette question et la création d'un fichier national répertoriant ces directives. «Une généralisation des directives anticipées serait la garantie d'être protégé de situations comme celle d'aujourd'hui» conclut-il.

Source : 20minutes

 

 

La justice sauve un patient d'une euthanasie

Article rédigé par Pierre-Olivier Arduin

Par une ordonnance rendue le samedi 11 mai, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a enjoint le Centre hospitalier de Reims de rétablir l'alimentation et l'hydratation arbitrairement suspendues chez un patient pris en charge dans le service de soins palliatifs. Une victoire juridique qui met en lumière l'un des aspects les plus contestables de la loi du 22 avril 2005, dite loi Leonetti.

VINCENT LAMBERT – à ne pas confonde avec son presque homonyme Vincent Humbert dont l'euthanasie en 2003 avait suscité la mise en place d'une mission parlementaire à l'origine de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie – est le nom de ce jeune homme qui se retrouve au cœur d'une spectaculaire affaire dont le dénouement juridique a mis en pleine lumière les contradictions de la loi Leonetti.

Il faut ici rendre hommage à Jeanne Smits, spécialiste des questions bioéthiques, qui a révélé très tôt l'enjeu du combat qui se déroulait autour de Vincent Lambert. Il faut surtout saluer le courage de l'avocat des parents du jeune homme, Me Jérôme Triomphe, qui n'a pas craint de contester un point extrêmement controversé de la loi actuelle et d'avoir déposé dans les plus brefs délais une requête en référé-liberté qui a abouti à l'annulation de la décision des médecins de faire mourir par inanition leur patient. Vincent Lambert, après 31 jours sans alimentation, est aujourd'hui hors de danger.

Coup de force de l'équipe médicale

L'histoire clinique de Vincent Lambert est assez classique dans son déroulement depuis qu'il a été victime le 29 septembre 2008 à l'âge de 32 ans et demi d'un accident de voiture qui l'a laissé dans un état de coma végétatif pendant presque trois ans, puis de « coma pauci-relationnel » depuis août 2011. La formule médicale anglo-saxonne Minimally Conscious State [1] est plus explicite : on nomme ainsi cet état car il persiste chez la personne, contrairement à l'état végétatif strict, une certaine capacité de communication en réponse à des sollicitations des proches, comme des manifestations émotionnelles que l'on peut relier à des circonstances déterminées, des attitudes ou des gestes dont la signification est compréhensible par l'observateur, autant de signes qui manifestent chez ces patients une certaine capacité de relation [2]. En effet, Vincent Lambert réagit lorsqu'il entend des voix familières, pleure lorsque sa famille le visite...

La suite de l'affaire dont on connaît maintenant les détails et le calendrier s'apparente à un coup de force de l'équipe médicale. Le 5 avril dernier, alors que Viviane Lambert rend visite à Vincent, le chef de service lui propose de cesser toute alimentation et de se préparer à la mort de son fils. Elle lui oppose un refus catégorique et demande à ce qu'il la reçoive avec son mari, un rendez-vous officiel étant alors fixé au 15 mai. Or, le 26 avril, les parents de Vincent apprennent par deux autres de leurs enfants que l'alimentation a été totalement suspendue et que l'hydratation est passée de trois litres par jour à 500 ml quotidiens, et ce depuis le 10 avril. S'engage alors une course contre la montre pour tenter de sauver la vie de Vincent, les médecins responsables restant sourds aux différentes mises en demeure adressées par les parents, dont l'envoi d'un huissier de justice. Rien n'y fera avant que la famille ne porte l'affaire devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne.

Référé gagné

Leur avocat, Me Jérôme Triomphe, va ainsi lancer une requête en référé-liberté « contre la décision du CHU de Reims de provoquer la mort de Vincent Lambert par suppression de son alimentation depuis le 10 avril 2013 ». Cette procédure est prévue par le code de justice administrative, qui aux termes de l'article L. 521-2, indique que le juge des référés saisi d'une demande justifiée par l'urgence peut ordonner dans les 48 heures « toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public [...] aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale ».

Après une audience de plus de deux heures samedi 11 mai, le juge des référés, Mme Catherine Monbrun, ordonne que soient rétablies immédiatement l'alimentation et l'hydratation normales de Vincent Lambert. Cette décision totalement inédite en France soulève de nombreux enjeux liés à l'éthique et au droit, tant sur le fond que sur la forme, que nous allons essayer de mettre en lumière pour expliquer les dessous et les rebondissements de cette affaire.

Le retrait de l'alimentation artificielle équivaut à une euthanasie

Les patients qui se trouvent dans des situations de coma respirent spontanément, digèrent naturellement les aliments, disposent de toutes leurs fonctions métaboliques et se trouvent dans une situation stable. Ainsi Vincent Lambert n'a besoin d'aucun traitement médical particulier et ne souffre d'aucune pathologie. Comme l'avait exposé en 2008 le neurochirurgien Anne-Laure Boch lors des auditions conduites par la seconde mission parlementaire d'évaluation de la loi du 22 avril 2005, « ces patients, souvent jeunes et en bonne santé générale (du fait de l'épidémiologie, et aussi parce que, pour en arriver là et survivre à la phase initiale, il fallait être costaud) ne font en fait quasiment pas de complications impliquant le pronostic vital [3] ».

L'objectivité du tableau clinique permet de conclure que ces patients ne sont tout simplement pas en fin de vie contrairement à ce que l'on croit parfois. En raison du mauvais fonctionnement du réflexe de déglutition, ils ont juste besoin de bénéficier d'une assistance nutritionnelle au même titre qu'un nourrisson prématuré par exemple. Dans ce cas, l'alimentation et l'hydratation médicalement assistées ne cherchent pas à traiter une pathologie organique qui toucherait la fonction nutritive mais servent à pallier un problème simplement mécanique en répondant à un besoin de base de l'organisme.

Il s'agit ni plus ni moins d'éviter les fausses routes, c'est-à-dire le passage des aliments dans les voies respiratoires, qui ne manqueraient pas de se produire si l'on donnait à manger par la bouche à ces personnes. Le recours à ce geste permet donc de contourner un simple défaut de déglutition grâce à une simple sonde qui délivre les nutriments directement dans l'estomac. Il en résulte que le retrait de cette assistance ne peut qu'aboutir à la mort par inanition du patient, et ce à plus ou moins brève échéance. La suspension de l'alimentation ne peut donc être décidée que dans le but de faire mourir le patient. Y consentir revient à perpétrer une euthanasie caractérisée, celle-ci étant définie comme l'acte ou l'omission pratiquée par un tiers dans l'intention de tuer le malade.

Le problème est que la loi du 22 avril 2005 et ses décrets d'application ont légitimé plus ou moins indirectement ce type d'euthanasie par arrêt de l'alimentation et de l'hydratation. Il s'agit de l'un des points les plus contestables de cette loi dont plusieurs experts avaient pourtant mis en garde, lors des travaux de la première mission parlementaire en 2004, contre la transgression morale qu'il représentait et les conséquences funestes qui ne manqueraient pas de surgir dans son sillage. Pour valider cette pratique controversée, le législateur s'était abrité à l'époque derrière la distinction artificielle entre ce qui relève du soin, toujours dû, et ce qui relève du traitement médical, susceptible d'être stoppé.

La législation du 22 avril 2005 autorise en effet à certaines conditions la suspension de « tout traitement » ainsi que le précise le nouvel article L. 1111-4 du Code de la santé publique [4]. Or le législateur avait ajouté dans l'exposé des motifs de la loi que les limitations et arrêts de traitement « s'appliquent à tout traitement, quel qu'il soit, y compris l'alimentation artificielle ».

Cette interprétation, non seulement n'est pas partagée par les bioéthiciens et les spécialistes qui s'occupent des personnes cérébro-lésées (état végétatif et état pauci-relationnel) mais en outre est totalement incohérente avec l'économie générale de la loi qui prohibe l'euthanasie. Il s'agit en outre d'une lecture partiale, car à aucun endroit le droit n'identifie explicitement l'alimentation artificielle à un traitement médical comme nous le montrerons plus loin.

L'alimentation artificielle est un soin

Nombre de bioéthiciens contestent le fait de ranger l'alimentation et l'hydratation artificielles dans la catégorie des traitements. Le docteur François Tasseau, praticien dans un centre de rééducation post-réanimation, auditionné par la seconde mission parlementaire, précise ainsi :

« Ce qui justifie le recours à la nutrition "artificielle" chez ces patients n'est pas lié à une déficience de la fonction digestive à proprement parler. En effet, une fois introduits dans le tube digestif, les aliments sont digérés et assimilés de façon quasi normale [...]. Le terme de nutrition artificielle ne convient donc pas à cette situation car ce n'est pas la fonction de nutrition qui est déficitaire ; il faut plutôt parler de nutrition "administrée" artificiellement, afin de souligner que c'est l'introduction des aliments qui nécessite le recours à une technique particulière. »

Sur un plan strictement juridique, l'alimentation entérale répond à la définition des aliments diététiques destinés à des fins médicales, qui figure à l'article L. 5137 du Code de la santé publique. Celui-ci dispose que l'« on entend par aliments diététiques destinés à des fins médicales spéciales les aliments destinés à une alimentation particulière qui sont traités ou formulés pour répondre aux besoins nutritionnels des patients... ». Si la poche d'alimentation est un produit pharmaceutique dans la mesure où elle répond à la définition des aliments diététiques, il ne s'agit donc pas d'un médicament [5]. Ainsi la qualification de traitement médical ne fait aucun doute concernant le médicament, mais on ne peut pas affirmer qu'elle englobe la catégorie des éléments diététiques.

Si la procédure de l'alimentation par sonde relève en effet initialement de la technique médicale, son but est de répondre à un besoin élémentaire de nourriture qui permet en définitive la dispensation d'un soin de base. Une fois la sonde posée, l'alimentation devient de l'ordre de la gestuelle des soins. Plusieurs auteurs classent ainsi l'alimentation assistée dans une niche spécifique pour signifier qu'elle représente un acte technique sans pour autant être réductible à un traitement thérapeutique classique. Ils suggèrent de la renommer nutritionmédicale afin d'insister sur son caractère ordinaire pour la conservation de la vie.

De manière très intéressante, dans les considérants de l'ordonnance du 11 mai, le juge des référés rappelle que le droit n'a pas tranché explicitement la question :

« L'administration, par voie de sonde et de tubes, de substances chimiques équilibrées permettant l'alimentation et l'hydratation d'une personne en situation de coma et donc de totale dépendance, constitue un acte de soin au sens de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique et un traitement au sens de l'article L. 1111-4 » (considérant 7).

L'alimentation s'inscrit dans le concept de proportionnalité des soins

Nous avions d'ailleurs proposé en 2008 de sortir de cette distinction artificielle en insistant sur le caractère éminemment proportionné de l'administration assistée de nutriments et d'eau. Dans le cas de personnes dans le coma, celle-ci est en effet proportionnée pour atteindre son but : empêcher le patient de mourir d'inanition et de déshydratation. Elle n'est, ni n'entend être, une thérapie résolutive, mais constitue un soin ordinaire et proportionné pour la conservation de la vie. Quand bien même on qualifierait ce soin de « traitement », la loi du 22 avril 2005 n'autoriserait pas à le suspendre : seuls les traitements « inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie », c'est-à-dire relevant de « l'obstination déraisonnable », peuvent être interrompus.

Or on ne peut en aucun cas parler d'obstination déraisonnable ou de traitement disproportionné au sens de la loi puisque justement l'alimentation assistée peut être poursuivie longtemps sans effet secondaire majeur et avec une grande efficacité pour soutenir la vie du patient dans le coma. L'intention de laisser advenir une mort par inanition contre laquelle on pourrait lutter avec la perspective d'un succès durable au plan du maintien de la vie, et donc ne pas vouloir l'empêcher alors qu'on le pourrait, constitue une authentique euthanasie.

En définitive, la mort, qui est la conséquence directe d'une suspension dans l'administration des nutriments chez un patient qui ne peut s'alimenter seul, est souhaitée ici pour elle-même afin de supprimer une personne dont on juge finalement médiocre la « qualité de vie ». Le professeur d'éthique canadien, Hubert Doucet, l'affirme clairement :

« Cette position se fonde sur la reconnaissance que dans ce cas, la mort est meilleure que la vie. Elle porte en soi une dynamique de discrimination et d'euthanasie. Si la condition mentale et physique délabrée est à l'origine de la prise de décision, n'est-ce pas de la discrimination ? Si cette personne est privée de nourriture parce que sa mort apparaît moins misérable que sa vie, c'est une forme directe d'euthanasie. Les conséquences sociales d'une telle position sont extrêmement inquiétantes [...]. Dans ce cas, il n'y a pas de différence entre tuer et laisser mourir quelqu'un [6]. »

Il s'agit en définitive d'un jugement de valeur porté sur la vie d'une personne.

Le droit au respect de la vie est une liberté fondamentale

Ce qui est tout à fait remarquable dans les considérations émises par le juge des référés à l'appui de son ordonnance est le lien qu'il établit entre le droit à la vie et l'administration d'aliments au patient.

Mme Monbrun observe :

♦ 1/ « le droit à la vie, rappelé notamment par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, constitue une liberté fondamentale » (considérant 3) ;

♦ 2/ que la « privation d'alimentation et la limitation d'hydratation font apparaître un danger caractérisé et imminent pour la vie de M. Vincent Lambert et constituent une atteinte à son droit au respect de sa vie » (considérant 5) ;

♦ qu'en conséquence, « il existe une situation d'atteinte caractérisée à une liberté fondamentale » (ibid.).

La démonstration est imparable.

Instrumentalisation de la procédure collégiale

L'ordonnance du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne est d'autant moins contestable que sur la forme l'équipe médicale a bafoué la procédure collégiale telle qu'elle est prévue par le législateur. La loi du 22 avril 2005 dispose en effet que « le médecin ne peut décider de limiter ou d'arrêter les traitements dispensés sans avoir préalablement mis en œuvre une procédure collégiale » et que « la décision prend en compte les souhaits que le patient aurait antérieurement exprimés, en particulier dans des directives anticipées s'il en a rédigé, l'avis de la personne de confiance qu'il aurait désignée ainsi que celui de la famille ou, à défaut, celui d'un de ses proches » (décret du 6 février 2006).

En l'espèce, s'il est vrai que l'épouse de Vincent Lambert avait donné son accord à l'équipe médicale qui l'avait consultée pour faire retirer la sonde d'alimentation, l'avis des parents et de certains membres de la fratrie a été ignoré et la décision elle-même de mettre en œuvre une procédure collégiale ne leur a pas été explicitée. La procédure collégiale a donc été clairement méconnue, ce qui constitue un manque de respect de la loi proprement inadmissible de la part de professionnels de santé sensés l'appliquer rigoureusement.

Le juge des référés conclut sans ambages que « de tels manquements procéduraux caractérisent une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale » (considérant 9).

D'ailleurs, quand bien même la procédure collégiale aurait été suivie, la survenue d'un désaccord au sein de la famille (patent ici) et/ou de l'équipe médicale (ce qui semble être également le cas dans cette affaire, plusieurs soignants ayant fait part de leur réserve quant à la décision prise) aurait dû stopper immédiatement le protocole de retrait de l'alimentation. La procédure collégiale ne produit pas une décision selon un processus de type majoritaire. Il suffit qu'une des personnes impliquées ne juge pas le choix final comme moralement bon pour suspendre la procédure.

La seconde mission parlementaire sur la fin de vie qui a réexaminé ce dispositif de la loi a été très claire sur ce point dans son rapport final : « Un constat de désaccord doit conduire à poursuivre les orientations thérapeutiques suivies antérieurement [7]. »

D'ailleurs, suite au rapport rendu en 2008, le gouvernement de l'époque avait décidé de renforcer le rôle de la famille qui doit être non seulement partie prenante du choix effectué mais aussi peut désormais déclencher de son propre chef la procédure qui était auparavant laissée à l'initiative du seul corps médical (décret du 29 janvier 2010). Les professionnels de santé ne peuvent donc en aucun cas s'opposer à l'avis de la famille, surtout lorsque celui-ci vise à protéger la vie d'un de ses proches.

Interdit de provoquer délibérément la mort du malade

En conclusion, on peut dire que la portée de l'ordonnance rendue par le juge des référés est considérable :

„ ♦ elle rappelle que le droit au respect de sa vie protégé par la Convention européenne des droits de l'homme est une liberté fondamentale que ne saurait enfreindre un établissement hospitalier ;

„ ♦ que la privation d'aliments par suspension de la nutrition assistée porte atteinte au respect de la vie, et donc à une liberté fondamentale ;

„ ♦ elle reconnaît donc implicitement que le retrait de l'alimentation artificielle chez Vincent Lambert relève de l'euthanasie (puisqu'elle porte atteinte au respect de la vie) ;

„ ♦ elle affirme enfin que la procédure collégiale engagée par une équipe médicale ne saurait passer outre l'avis de la famille, laquelle doit obligatoirement être informée et consultée.

En ce qui concerne spécifiquement la problématique précise de la suspension de l'alimentation assistée chez un patient en état végétatif ou pauci-relationnel, l'ordonnance du 11 mai met ainsi la loi Leonetti face à ses incohérences.

La loi du 22 avril 2005 a fortement insisté sur l'interdit de tuer et spécifié notamment que l'arrêt d'un traitement chez une personne ne pouvant plus s'exprimer ne saurait être envisagé qu'en cas de situation d'obstination déraisonnable ou d'acharnement thérapeutique avérés. Elle a rappelé avec force que le médecin « n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort » (article R 4127-38 CSP). Or, du fait du tableau clinique des personnes dans le coma (état végétatif ou état pauci-relationnel), du fait de la nature du procédé de l'alimentation assistée (un soin ordonné et proportionné à l'état du patient), sa suppression ne peut avoir pour but que de provoquer directement la mort de la personne.

Tout le mérite de l'ordonnance du 11 mai rendue par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne est d'avoir mis en lumière les contradictions de la loi Leonetti sur ce point précis. Il est probable que ce jugement fasse du bruit dans les semaines à venir et relance le débat sur cet aspect controversé de la loi actuelle.

 

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[1] J.T. Giacino, S. Ashwal., N. Childs and al., The minimally conscious state : definition and diagnostic criteria, Neurology, 2002, 58 : 349-353.
[2] L'état de coma pauci-relationnel se définit selon la circulaire n° 2002-288 du 3 mai 2002 relative à la création d'unités de soins dédiées aux personnes en état végétatif chronique ou en état pauci-relationnel comme suit : « Il est rare qu'une personne en état végétatif soit totalement arelationnelle. La plupart du temps, il existe un degré minimal de réponse volontaire à quelques stimulations, réponse fluctuante selon les moments de la journée : cette situation clinique est qualifiée d'"état pauci-relationnel" (EPR). »
[3] Audition du docteur Anne-Laure Boch, procès-verbal de la séance du 1er juillet 2008 in Jean Leonetti, Mission d'évaluation de la loi du 22 avril 2005, Rapport d'information Solidaires devant la fin de vie, n. 1287, tome 2, Assemblée nationale, décembre 2008, p. 249-261.
[4] Article L. 1110-4 du CSP, Loi n. 2005-370 du 22 avril 2005, article 3, Journal officiel 23 avril 2005.
[5] L'article L. 5137-1 relatif à cette catégorie d'aliments diététiques figure au titre III du Livre I CSP intitulé « Autres produits et substances pharmaceutiques réglementés » et non au titres I ou II dudit Livre consacré au médicament.
[6] Hubert Doucet, Abstention et interruption de soutien nutritif, Mourir, approches bioéthiques, Desclée de Brouwer, Paris, 1988, chapitre 5, p. 97-116.
[7] Jean Leonetti, Mission d'évaluation de la loi du 22 avril 2005, Rapport d'information Solidaires devant la fin de vie, n. 1287, tome 1, Assemblée nationale, décembre 2008, p. 22.

Source : Liberté politique

 

 

 

16 mai, 2013

Euthanasie lente et droit de veto 

Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de Toulon-Fréjus, vient de publier une analyse approfondie et passionnante de l'ordonnance de référé du tribunal de Châlons-en-Champagne qui a fait rétablir la nourriture et l'hydratation – les soins ordinaires et normaux – de Vincent Lambert, condamné à mort par une « décision collégiale » pilotée par le chef de service des soins palliatifs du CHU Sébastopol de Reims.

Il y rejoint notre analyse publiée dans les heures qui avaient suivi cette décision, mais surtout il y soulève un élément de la plus haute importance non seulement pour Vincent, mais pour tous ceux qui un jour risquent de se trouver dans une situation semblable à la sienne, c'est-à-dire n'importe qui en France.

S'appuyant sur le rapport de la deuxième mission d'évaluation de la loi sur la fin de vie, publiée sous la signature de Jean Leonetti, Pierre-Olivier Arduin constate que, dans le cadre de la procédure collégiale qui doit obligatoirement précéder l'arrêt des traitements (auxquels la loi assimile à tort l'alimentation artificielle, ndlr) en cas d'« obstination déraisonnable» ou d'« acharnement thérapeutique », le constat d'un désaccord parmi les membres de la famille et proches du défunt doit stopper la procédure.

Autrement dit : l'avis de la famille est un droit de veto, l'équipe médicale doit en tenir compte, c'est-à-dire le respecter. Et une seule opposition suffit.

Voici ce que note Pierre-Olivier Arduin :

D'ailleurs, quand bien même la procédure collégiale aurait été suivie, la survenue d'un désaccord au sein de la famille (patent ici) et/ou de l'équipe médicale (ce qui semble être également le cas dans cette affaire, plusieurs soignants ayant fait part de leur réserve quant à la décision prise) aurait dû stopper immédiatement le protocole de retrait de l'alimentation. La procédure collégiale ne produit pas une décision selon un processus de type majoritaire. Il suffit qu'une des personnes impliquées ne juge pas le choix final comme moralement bon pour suspendre la procédure.

La seconde mission parlementaire sur la fin de vie qui a réexaminé ce dispositif de la loi a été très claire sur ce point dans son rapport final : « Un constat de désaccord doit conduire à poursuivre les orientations thérapeutiques suivies antérieurement. »

D'ailleurs, suite au rapport rendu en 2008, le gouvernement de l'époque avait décidé de renforcer le rôle de la famille qui doit être non seulement partie prenante du choix effectué mais aussi peut désormais déclencher de son propre chef la procédure qui était auparavant laissée à l'initiative du seul corps médical (décret du 29 janvier 2010). Les professionnels de santé ne peuvent donc en aucun cas s'opposer à l'avis de la famille, surtout lorsque celui-ci vise à protéger la vie d'un de ses proches.

Ce point de la loi étant ainsi clairement établi, on peut dire que Vincent Lambert est maintenant hors de danger.

Et ce malgré les fulminations du médecin responsable qui en rétablissant de mauvaise grâce l'alimentation du jeune homme clamait qu'il allait refaire la procédure collégiale, dans les formes cette fois, pour lui couper de nouveau les vivres.

Il y a donc des remparts contre la loi Leonetti dont il faut connaître l'existence et se servir : pour soi, faire des directives anticipées qui lient les équipes médicales, et pour un parent ou un proche, connaître cet aspect de la loi qui donne le dernier mot à ceux qui sont pour le maintien de la vie.

A contrario, il ne faut pas oublier que la loi Leonetti permet l'euthanasie lente par inanition, même quand le patient n'est pas en fin de vie, même si la demande initiale émane des proches, dès lors que la décision collégiale se prend dans les formes et que toutes les personnes consultées sont d'accord.

Source : leblogdejeannesmits

 

 

 

 

Pour les plus petits, en priorité

(extraits)

Jésus a enseigné à ses disciples l'amour des plus petits, la préférence pour ceux qui sont les plus faibles. Et c'est ce que les chrétiens, et l'Eglise tout entière, essaient de vivre. (...)

L'euthanasie ? On en parle à propos des personnes qui sont tellement diminuées qu'on a l'impression qu'elles ne sont plus qu'un poids pour leur entourage et même la société. Ces personnes sont justement celles que Jésus nous invite à entourer de la plus grande affection, même sans retour (l'amour le plus gratuit est celui qui donne, alors même que la personne qui en bénéficie ne pourra rien répondre en retour). (...)

Les personnes en fin de vie, pourquoi ne pas leur donner toute l'affection qu'il est possible (même par des moyens médicalisés), en se souvenant qu'ils en ont sans doute beaucoup donné eux aussi quand ils en étaient capables ? (...)

On peut en faire le pari : en aimant les plus petits (tous, sans trier), comme le Seigneur nous a appris à le faire, nous aiderons le monde à aller mieux !

Père Matthieu THOUVENOT, Curé de Gerland, Lyon

Source : L'Ange de Gerland

 

 

Considérant l'évolution dans l'application de la loi depuis 2001 aux Pays-Bas et depuis 2002 en Belgique, un auteur anglo-saxon (2) n'hésite pas à parler de "slippery slope", de pente glissante; l'euthanasie qui au départ devait être considérée comme une option ultime dans des situations spécifiques a vu avec le temps ses indications s'élargir, tout en restant dans les critères de la loi, et son application apparaître dans des situations non imaginées au moment du vote il y a douze ans.

La proposition d'extension de la loi aux mineurs recouvre deux volets différents : d'une part, l'extension de la loi aux enfants mineurs ayant "une capacité de discernement"; d'autre part, l'extension aux enfants prématurés de 24 à 26 semaines et aux bébés "n'ayant aucune chance de survie" à la naissance.

Le premier volet concerne des enfants atteints d'une maladie incurable, comme un cancer avancé ne répondant plus à un traitement curatif, et qui demandent que soit mis fin à leur vie. Dans notre expérience, grâce aux soins palliatifs prodigués à l'hôpital et à domicile avec l'aide d'équipes de liaison, aucune demande de fin de vie n'a été formulée ces dix dernières années par un mineur d'âge. Les moyens de soulager la douleur sont nombreux actuellement. Si celle-ci est bien contrôlée, l'enfant profite pleinement des derniers moments de vie qui lui sont octroyés, tout en étant bien conscient de l'échéance proche. Il peut ainsi souhaiter rencontrer une dernière fois ses amis, distribuer des objets qui lui sont chers ou réaliser un projet en famille. Les équipes de soins palliatifs doivent être soutenues et développées, permettant ainsi une approche multidisciplinaire de l'enfant et de sa famille. De très nombreuses souffrances peuvent ainsi être soulagées et la fin de vie peut être envisagée avec une certaine paix.

Le second volet concerne les enfants prématurés de 24 à 26 semaines et les bébés "n'ayant aucune chance de survie" à la naissance.

Le texte introductif à cette proposition de loi argue du fait "qu'en l'an 2000, sur 253 enfants morts juste après la naissance, les médecins ont décidé de recourir à l'euthanasie dans 63 % des cas. Dans la plupart des cas, il s'agissait d'interrompre un traitement ou de ne pas commencer de traitement, et dans 7 % des cas les médecins ont administré une substance active".

Cet extrait démontre la nécessité de clarifier la signification des termes employés. La majorité des situations rapportées concernent des cas de désescalade et d'abstention thérapeutiques, ou, comme le définissent nos collègues français, de limitation et d'arrêt des traitements actifs. La clarification de la terminologie est indispensable car elle reflète des approches très différentes lors des accompagnements de fin de vie. Le soulagement de la souffrance est, quelles que soient les circonstances, la priorité des équipes soignantes. Le respect de la fin de vie d'un enfant peut nécessiter une majoration des doses analgésiques et/ou de sédatifs.

Par ailleurs, le texte de proposition de loi, en son Article 2, alinea 2, stipule que "même si la durée de la grossesse excède ce délai (NDLA de 24 à 26 semaines de grossesse), l'équipe médicale peut être convoquée à la demande de chacune des parties en cas de complications graves".

Cette phrase intervient à la fin du texte, comme un ajout à la proposition concernant les prématurés de 24 à 26 semaines. L'expression "quand la durée de la grossesse excède ce délai" prête à confusion et sans autre précision, pourrait concerner tous les nouveau-nés, quel que soit leur âge gestationnel, et donc même des enfants nés à terme. D'autre part, l'expression "en cas de complications graves" peut conduire à des interprétations multiples. Une interprétation large pourrait ouvrir la porte à l'euthanasie d'enfants à terme présentant un handicap mais parfaitement viables. Les nouveau-nés présentant une trisomie 21 seraient un exemple. Cette éventualité n'est pas qu'une vue de l'esprit.

Aux yeux de certaines personnes (3), l'actuelle possibilité d'interrompre la grossesse jusqu'au terme en cas de diagnostic de trisomie 21 chez un fœtus devrait pouvoir logiquement conduire à une possible euthanasie après la naissance si les parents le demandent. Cette situation n'est pas évoquée explicitement dans la proposition de loi mais on est en droit de se poser des questions à la lecture du Bulletin de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité de septembre 2012 qui propose d'élargir la loi aux personnes "présentant un handicap mental profond".

La Belgique a ratifié en 2009 la Convention des Nations unies relative aux droits à l'inclusion des personnes handicapées et la Commission des Affaires institutionnelles du Sénat a adopté récemment une proposition de révision de la Constitution garantissant le droit des personnes handicapées à bénéficier des mesures qui leur assurent l'autonomie ainsi qu'une intégration culturelle, sociale et professionnelle.

Il serait dès lors paradoxal que le même Sénat vote en faveur d'une proposition de loi qui, par son manque de clarté et de repères stricts, puisse conduire à l'euthanasie de nouveau-nés présentant un handicap.

Source : Une opinion de Dr Guy Dembour, Pr Christiane Vermylen, Pr Stéphan Clément de Cléty, Pr Ch. Debauche

 

 

 

 

Voici quelques lignes pour illustrer à quel point demander à des médecins, ou à des institutions comportant des médecins, de tuer est une situation intenable.

Intenable pour le médecin qui fait profession de servir la vie, de sauver des vies, et à qui on demande d'interrompre la vie de manière définitive par un acte, par des prescriptions devenues ambivalentes. C'est une situation malsaine et, à terme, intenable. C'est ce que les psychiatres appellent une situation de double contrainte (ou double lien) qui conduit à un déséquilibre grave celui qui y est exposé : en l'occurrence le médecin. La double contrainte se résume en le fait de demander une chose et son contraire à une même personne, qui sera donc gravement culpabilisée quoi qu'elle fasse. Il s'agit d'une culpabilité psychologique (et non morale) qui ne peut pas être levée par un aveu ou par une absolution puisqu'elle est inhérente à l'inexistence du bon acte à choisir et donc à l'impossibilité de poser un choix bon.

Et c'est cela que vous voudriez imposer à vos médecins ?

Situation tout autant intenable à terme pour les patients potentiels ou réels : ils ne pourront plus faire confiance à leurs médecins ni à leurs infirmières. Ils ne pourront plus compter sur les soignants pour "être raisonnables" quand eux-mêmes craquent, pour espérer à leur place, pour les soutenir quand eux voudraient en finir sans vraiment le vouloir. Ils peuvent légitimement craindre d'être pris au mot, d'être "endormis" pour toujours. Je me souviens de ce dialogue maintes fois rapporté :

- vous allez dormir maintenant, monsieur, avec ce que je vous donne - dit la gentille infirmière au malade.
- oui mais... est-ce que je vais me réveiller ?

Déjà la peur s'installe : déjà commence et se poursuit l'exode des pays concernés par l'euthanasie. Déjà nos aînés préfèrent dépenser leur retraite ailleurs. Déjà ils quittent la Belgique et les Pays Bas pour s'installer en Allemagne où l'euthanasie n'est pas légale.

Christophore

 

genethique.org, 24/04/2013

Au vu de l'application de la loi de 2001 aux Pays-Bas et celle de 2002 en Belgique, un auteur anglo-saxon considère que l'on est sur une pente glissante. En effet, considérée comme une "option ultime dans des situations spécifiques", l'euthanasie "a vu avec le temps ses indications s'élargir [...] et son application apparaître dans des situations non imaginées au moment du vote il y a douze ans". Alors qu'une accélération des débats sur l'extension de l'euthanasie aux mineurs est demandée par certains sénateurs, d'autres estiment que cela empêcherait toutes les opinions de s'exprimer et le risque serait alors d'obtenir un "texte imprécis et ne posant pas les balises claires".(...)

(...) Dans le même temps, le Sénat débat d'une proposition de loi visant notamment à préciser le cadre de la clause de conscience. Actuellement, les médecins peuvent faire valoir une clause de conscience et de nombreux observateurs affirment que des institutions tels que les hôpitaux et les maisons de repos, "ont pour politique de l'intégrer dans leurs relations de travail avec le corps médical". (...)

Pour Sylvie Tack, chercheur postdoctorant à l'Université de Gand, on touche ici a deux limites: "celles du 'droit du patient' et sa liberté de choix, et celles des 'droits des collaborateurs' des institutions, dont les médecins, limités par les obligations liées au travail" notamment. Elle ajoute que "la clause de conscience prévue par la loi sur l'euthanasie se limitait au 'médecin' ou une autre 'personne' " et qu'il faudrait alors préciser dans la loi s'il s'agit d'une personne physique.

Source : genethique.org

 

 

Jean-Claude Martinez* : L'euthanasie, stade suprême du capitalisme

"Ses tenants ont beau la magnifier comme le bouquet final d'un feu d'artifice des mille libertés, l'euthanasie n'est que le produit d'une économie et d'une politique. C'est parce que l'Europe de la récession, aux 20 millions de pauvres, est devenue un océan de chômage du fond duquel ne monte plus aucune étoile nouvelle, que le gouvernement de la France, financièrement acculée, choisit en effet «la piqûre pour tous». Comme une seringue d'or facilitant les équilibres budgétaires, dans un bouillon de culture qui sent le ranci des vieilles idéologies, du malthusianisme, de l'obscurantisme et du nihilisme.

Mais les idiots utiles de droite se préparent à vendre la seringue pour se faire piquer, pendant que ceux de gauche travaillent déjà à se la faire rembourser, sans jamais comprendre que le mal de celui qui veut mourir vient de plus loin que la maladie qu'il affronte. Car s'il a pris la vie en haine, c'est qu'il n'a plus la flamme d'un bonheur et s'il veut mourir, c'est pour cesser de ne plus pouvoir croire.

La loi sur l'euthanasie, loin d'être l'extase de la République, dans la fraternité compassionnelle des injections, n'est donc que la fuite en avant d'une société qui ne voulant pas voir les détresses qu'elle crée, préfère éliminer tous ceux qui viennent les lui rappeler. En leur faisant croire au passage qu'ils le lui ont demandé.

C'est cette hypocrisie que ce livre débride, en disant les raisons de la colère à voir une loi pour faire mourir avec une longueur d'avance, juste au moment où le génie des hommes va faire gagner définitivement la vie."

* Jean-Claude Martinez, professeur agrégé de droit et de sciences politiques à l'université de Paris 2, ancien député européen et national, est le fondateur du REV, le Rassemblement Européen pour la Vie. »

Source : "L'euthanasie, stade suprême du capitalisme", Gérard Martinez, Ed. Via Romana, 4ème de couverture

 

 

par Béatrice Stella, Atlantico, 05/10/2012 (extraits)

Le dernier sondage d'opinion sur l'euthanasie que vient de présenter l'IFOP et le magazine Pèlerin a été l'occasion de voir titrer la presse : « Euthanasie, 86 % des Français favorables à une légalisation ».

Mais une aussi petite phrase ne suffit pas à donner suffisamment de renseignements au lecteur pour l'informer avec rigueur de toutes les données d'une question qui est tout, sauf simplifiable avec des raccourcis. La vérité est dans les détails ! Si l'on se penche sur les données précises du sondage, forts des informations que nous avons accumulées ces derniers mois au fil des débats, on lit une toute autre histoire.

Nous savons en effet que la connaissance de ce que permet ou non la Loi Leonetti en France est totalement insuffisante dans la population française. Autant dire que les réponses aux questions posées n'ont pas la pertinence qu'on veut bien leur donner.

Les réponses apportées à certaines questions confirment d'ailleurs cette sous-information de la population française, à tel point qu'il faut se demander s'il est tellement intéressant de continuer à jaser sur les résultats de sondages dont les résultats sont faussés et s'il ne serait pas utile d'enfin faire en sorte d'interroger des gens qui sont au courant des données du problème ! Sauf à vouloir absolument forcer les Français à approuver quelque-chose qu'ils ne veulent pas au fond... C'est un peu comme faire signer une personne qui ne sait pas lire ni écrire d'une croix en bas de la page d'un contrat en lui racontant ce qu'on veut sur son contenu. L'important, c'est qu'il signe. L'important, c'est que le Français signe pour l'euthanasie.

L'analyse précise des questions / réponses du sondage permet de constater que si 86 % des sondés déclarent être favorables (35 %) et plutôt favorables – notez l'hésitation - (51 %) à l'euthanasie, 40 % d'entre eux le sont parce qu'ils considèrent que cela permettra d'éviter les souffrances inutiles.

Ce chiffre est à rapprocher d'un autre. En effet, dans la même étude, on a commencé à demander aux sondés s'ils avaient déjà accompagné un proche qui était en fin de vie jusqu'à la mort. Parmi ceux qui avaient répondu oui, plus de la moitié déplorent que les souffrances n'ont pas été suffisamment soulagées ou encore pire, que ce proche ait subi des traitements qui l'ont fait souffrir inutilement !

Plus que la « dignité » ou que la « liberté de décider quand on part », la question de la souffrance est cruciale dans l'opinion des Français.

Nous savons aussi que les soins palliatifs, qui sont des unités de soins particulièrement efficaces pour accompagner la fin de vie des malades en éradiquant ou diminuant considérablement l'impact des douleurs du malade, ces unités sont dramatiquement rares en France : 5 régions concentrent les 2/3 de ces unités et 70 % des lits.

Ainsi, celui qui a répondu à l'enquête a statistiquement eu un proche en fin de vie qui n'a pas pu bénéficier de ces fameux soins palliatifs. Sa réponse en est forcément impactée.

D'autre part, une question est à nouveau révélatrice de l'ignorance des Français : à la question « Estimez-vous qu'en France, la loi actuelle sur la fin de vie permet d'éviter toute forme d'acharnement thérapeutique ? » 75 % répondent : non ou ne sait pas ! Alors que l'acharnement thérapeutique est illégal en France ! (...)

En France, le traitement de la souffrance est encore récent. Nombre de médecins actuellement encore en exercice font partie des générations qui ont été insuffisamment sensibilisées sur ce sujet pendant leur formation. Lorsque vous n'êtes pas dans les régions « en pointe », les fameuses cinq régions, vous avez peur que la souffrance soit considérée comme secondaire. Alors que c'est elle qui fait plus peur que tout.

(...) Heureusement, la souffrance vécue apprend aussi que la peur de la souffrance est pire encore que la souffrance elle-même. : elle se transforme en peur de la vie. Or supprimer ou diminuer très fortement la souffrance est toujours possible. La mort n'est pas la solution. Les services de soins palliatifs sont là pour ça, il faut juste la volonté politique pour en multiplier le nombre.

On nous annonce que des pistes sont maintenant explorées par la commission d'études sur l'euthanasie lancée par le gouvernement (une de ces nombreuses commissions d'études que notre gouvernement s'applique à lancer) : avec des fichiers de dernières volontés préventives, par exemple en cas de maladie d'Alzheimer, volontés valables 3 ans renouvelables (on se croirait chez Darty !) et tout un arsenal de dispositifs sensés cadrer une loi incontrôlable pourtant. Les dérives observées dans les rares pays d'Europe ayant franchi le pas de la légalisation n'ont pas l'air d'inquiéter beaucoup de monde dans les commissions qui réfléchissent. Il y a pourtant de quoi.

Les Français d'ailleurs sont plutôt moins naïfs : en effet, si parmi ceux qui sont plus ou moins favorables à l'euthanasie, 40 % le font bien logiquement parce que « en voulant maintenir en vie certaines personnes très gravement malades, on leur inflige parfois des souffrances inutiles », on observe que parmi les sondés qui s'opposent à l'euthanasie, 41 % le font « parce qu'ils redoutent « le risque de dérives qui est réel : pression des proches, tentation de faire des économies pour la sécurité sociale » !

Source : Atlantico

 

 

par Quentin DEPRETER, Etudiant, 12/04/2013

Depuis 2009, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Pourquoi ? La réponse est écrite sur chaque paquet de cigarettes : « Fumer tue ». Et l'euthanasie, elle, ne tue pas ?

Ah oui, c'est vrai, c'est différent : en pratiquant l'euthanasie, le médecin ne tue pas mais « donne la mort ». Des mineurs auxquels la loi ne reconnait pas la capacité de discernement pour acheter des cigarettes seront-ils considérés capables d'effectuer le choix bien plus radical de s'ôter la vie ? L'adolescent commence souvent à fumer sous influence (en général non consciente) de quelques amis. C'est bien connu, de l'enfance à la fin de l'adolescence, le jeune est assez influençable. Vous croyez qu'à l'heure de demander l'euthanasie, il sera libre de toute pression ? On rencontrera certainement quelques cas où les parents eux-mêmes vont poser ce choix pour leur enfant... Rien que pour ces cas-là, je suis fermement opposé à toute extension de la loi sur l'euthanasie. Une fois que le jeune commence à fumer, il peut toujours arrêter (même si c'est parfois dur). Au bout de quelques années, il peut regretter d'avoir commencé et ne plus continuer à fumer. Le jeune à qui on propose l'euthanasie et qui, peut-être par obéissance envers ses parents, l'accepte : pourra-t-il regretter son acte une fois mort ? Non. L'euthanasie, c'est « pour toujours ». On ne lui laisse pas la chance d'évoluer, de changer d'avis. Alors même qu'un mineur ne peut pas acheter un billet de la loterie nationale, il serait autorisé à jouer avec sa propre vie ? Sous prétexte que la fumée dérange, on met les fumeurs dehors. Sous prétexte que la souffrance dérange, on met la souffrance dehors... et le souffrant à la morgue. Jusqu'où nous mènera cette quête absolue du confort à tout prix ? Quand comprendrons-nous que la souffrance fait partie de la vie ? Qu'elle n'est pas le prélude à la mort mais l'occasion de mieux vivre : de vivre pour les autres ?

Source : chemindevie.be

 

 

 

par Paul Gosselin, anthropologue, auteur

Une note à mon député:
Mourir dans la « dignité »: de l'eugénisme nazi, à la québécoise?

Au bas de ce message, une note envoyée à mon député provinciale aujourd'hui touchant l'introduction de l'euthanasie au Québec.

Mais quel est le lien entre les nazis et nos élites postmodernes auquel fait allusion le titre de ce texte?

Eh bien il faut savoir que si le programme eugénique nazi a été connu surtout par l'Holocauste (où 6 millions de Juifs sont morts) tout ça a commencé par un programme presque oublié aujourd'hui qui avait le nom de code T4. Le programme T4 a visé justement les mêmes qui sont visés par le discours actuel de la « compassion » postmoderne, soit les handicapés physiques et mentaux, tous ceux que l'on estimait dépendants, faibles, marginaux, improductifs et « de trop ». La majorité de ces victimes furent tirées non pas des rangs des races "inférieures", mais étaient Allemands ordinaires. Les documents administratifs nazis indiquent que ce régime accorda la mort « par compassion » à 70 000 individus, mais d'autres estiment plutôt que 200 000 adultes et enfants mal formés, débiles ou incurables furent éliminés.

Et pour faire accepter ce programme du grand publique allemand, la propagande nazi a produit plusieurs films afin d'avancer la cause de l'euthanasie. Évidemment on n'en parle jamais dans nos cours d'histoire...

Parmi ces films nazis pro-euthanasie, on dénombre Was du erbst (Ce que l'on hérite) et Erb Krank (Le mal héréditaire). Des films, tels que Opfer der Vergangenheit (Victimes du passé) ainsi que Das Erbe (L'héritage), ont été présentés en Allemagne, sous les ordres de Hitler, dans 5 300 salles. En 1939, Dasein ohne Leben (Existence sans vie) a été produit par les responsables du programme d'euthanasie T4 afin de convaincre les individus impliqués dans ce programme que celui-ci constituait une procédure humaine et éthique. Le professeur de bioéthique Ben Mitchell poursuit en indiquant (1999) :

"Finalement, le film [proeuthanasie] réalisé selon les standards les plus élevés en cinématographie fut Ich klage an ! (J'accuse). Réalisé en 1941, ce film reprend un récit familier. Hanna Heyt, l'héroïne du film est atteinte de la sclérose en plaques. Elle affirme clairement qu'elle ne veut pas passer ces derniers jours dans un état végétatif. Thomas, son mari, en accord avec son médecin, lui administre une dose mortelle. Ceci est suivi d'une scène houleuse au tribunal. Thomas accuse la loi de ne pas avoir pu secourir sa femme dans ses souffrances. La défense conclut que la loi doit être modifiée afin de permettre le meurtre par compassion lorsque des motifs humanitaires le justifient. Le film prend fin en demandant au spectateur de rendre le verdict."*

Au sein de l'Occident postmoderne, plusieurs facteurs contribuent au développement d'attitudes et de pratiques tout à fait comparables dans leur justification à celles des nazis. Sans doute un examen plus approfondi des parallèles, dans la rhétorique et les présupposés, entre la propagande proeuthanasie produite par les nazis et les documentaires proeuthanasie de l'époque postmoderne serait fort instructif. Chose certaine, nos medias exploitent le même discours culpabilisant à l'égard de ceux qui s'opposent à l'euthanasie, alléguant qu'ils manquent de « compassion » pour ceux qui souffrent. Mais un jour comme en Allemagne nazi, lorsque la propagande aura fait son travail et que les masques seront tombés alors on verra exposé le visage d'un bourreau.

Ce qui semble de plus en plus clair c'est que la promotion du suicide assisté/euthanasie en Occident est le fruit, non pas d'un mouvement spontané, mais d'un projet coordonné, car on le rencontre dans presque tous les pays développés et poussé de manière synchronisée. Au Canada on a ciblé le Québec d'abord (comme ce fut le cas pour l'avortement autrefois) car on sait bien qu'ici nos élites politiques, juridiques et médiatiques sont acquises aux conceptions postmodernes (ce qui n'est pas toujours le cas ailleurs au Canada). En Europe, l'euthanasie est déjà une réalité aux Pays-Bas ainsi qu'en Belgique. Aux États-Unis, on a tenté d'introduire des lois proeuthanasie dans plusieurs états (Connecticut, Vermont, New Jersey, Hawaii, Kansas, New Hampshire, Massachusetts, Montana et le Nouveau Mexique). Une telle poussée de propagande ne peut être dûe au hasard. Non je n'ai pas de suggestion pour ce qui est du "qui" et "pourquoi". Que des journalistes courageux se lèvent pour fouiller la question...

Évidemment il se peut que certains lecteurs, qui ont lu les lignes qui précèdent, vont considérer que mes propos sont « inutilement alarmistes », mais je les inviterais à se poser la question suivante : À votre avis, combien d'Allemands qui ont voté pour Hitler en 1933 auraient pensé que les politiques nazis allaient un jour aboutir au programme T4 et à la « Solution Finale », l'Holocauste ? La conception naïve de nos élites postmodernes que nous, nous avons appris toutes ces leçons de l'histoire et que plus jamais ces atrocités ne pourront survenir à nouveau est violemment contredit par la Parole de Dieu qui nous affirme au sujet de l'homme que :

« Le coeur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant: Qui peut le connaître? » (Jér 17: 9)

PG

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M. Sam Hamad,

Je suis un citoyen de votre circonscription et je veux attirer votre attention sur le dépôt du rapport de la Commission Spéciale sur la question de Mourir dans la dignité le 22 mars 2012, qui recommande au gouvernement du Québec de prendre les dispositions légales pour permettre la pratique de l'euthanasie au Québec.

Je vous demanderais simplement de vous impliquer et voter contre toute initiative semblable au Québec.

Récemment j'ai reçu par la poste des paperasses gouvernementales pour le renouvellement de mon permis de conduire ainsi que ma carte d'assurance maladie. Joint à l'enveloppe se trouvait également un formulaire pour le don d'organes.

Lorsque je suis allé au kiosque pour effectuer le paiement des frais pour le renouvellement de mon permis de conduire, j'ai expliqué à la dame que dans le passé j'ai toujours rempli le formulaire pour le don d'organes afin que lors d'une mort accidentelle, mes organes puissent profiter à un autre. J'ai alors déchiré devant elle le formulaire pour le don d'organes et expliqué que je n'était pas du tout intéressé à attendre qu'un fonctionnaire ou un médecin décide qu'un autre avait besoin de mes organes et que...

La dame avait d'autres choses à faire et n'a pas voulu en discuter plus longuement, mais évidemment nos élites postmodernes ainsi que les promoteurs de l'euthanasie se feront immédiatement "rassurants" en affirmant que ce n'est pas du tout l'intention des lois proposées au Québec et que sans doute j'ai "mal compris" l'intention de ces projets de loi.

Mais il faut se poser la question: Nous mentent-ils?

La question se pose bien car il suffit de penser à tous les changements sociaux radicaux qui ont déjà eu lieu en Occident depuis la Deuxième guerre mondiale, particulièrement dans le domaine de la sexualité. Au sujet de l'avortement, avant sa légalisation on nous disait initialement que ce procédé serait utilisé pour les femmes violées ou pour sauver la vie d'une mère lors d'un accouchement dangereux. Mais une fois légalisé, on a oublié tout ça...

Alors peut-être que l'avenir nous dira si oui ou non les promoteurs de l'euthanasie nous mentent et ce tout à fait sciemment...

Pour vous "amuser", voyez la situation (réelle) en Belgique où ces choses ont déjà force de loi

Belgique : l'euthanasie au quotidien.

portez-vous bien

Paul Gosselin, anthropologue, auteur

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* = traduction de l'auteur

Références

- Anonyme (2007) Introduction To Nazi Euthanasia. Holocaust Education & Archive Research Team
- Anonyme (2013) Psychiatrie et nazisme...firent bon ménage.
- Anonyme (2007) Nazisme : les opérations « T4 » et « 14F3 » (2ième guerre mondiale 1939-1945) 4. L'euthanasie des enfants. Encyclopédie B&S Editions
- Burleigh, Michael (1994) Death and Deliverance: 'Euthanasia' in Germany 1900-1945 Cambridge UP (comporte chapitre complet sur les films de propagande nazi pro-euthanasie)
- Burleigh, Michael (1991) Selling Murder: The Killing Films of the Third Reich. Channel 4/Domino Films documentary
- Heim, Susanne (2005) De l'« euthanasie » à la « solution finale ». Le Monde diplomatique mai
- Kaelber, Lutz , (2012) Kinderfachabteilungen ("Special Children's Wards"): Sites of Nazi "Children's 'Euthanasia'" Crimes and Their Commemoration in Europe.
- Leidig, Michael (2002) Nazi 'euthanasia' children buried. BBC April, 2002
- Mitchell, C. Ben (1999) Of Euphemisms and Euthanasia: The Language Games of the Nazi Doctors and Some Implications for the Modern Euthanasia Movement. Omega: The Journal of Death and Dying vol. 40, no 1 / 1999-2000 pp. 255 – 265
- Ruby, Marcel (1995) L'extermination des malades mentaux et des handicapés : les premières chambres à gaz.Mémoire juive et éducation
- Wertham, Fredric (1977) The German Euthanasia Program. Hayes Publishing Company, Inc.
- La législation sur l'euthanasie est très variable en Europe. Le Figaro 25/01/2011
- Euthanasia in the United States (Wikipedia)

Source : samizdat.qc.ca

 

 

Un communiqué toujours d'actualité :

COMMUNIQUÉ DE LA FEAMC

La Fédération Européenne des Associations de Médecins Catholiques (FEAMC) proteste vivement contre le Rapport Marty qui vise à la légalisation de l'euthanasie dans les états membres du Conseil de l'Europe.

Ce rapport traduit une méconnaissance grave de la signification de la demande de mort par les patients, même si ceux-ci sont en fin de vie. Le respect de l'autonomie du patient ne doit pas être un alibi à l'euthanasie: faudrait-il s'abstenir de traiter les tentatives de suicide sous prétexte qu'il s'agit de la volonté du patient?

L'Euthanasie n'y est pas clairement définie:
- elle n'est pas distinguée des limitations et arrêt de traitements devenus inutiles ou refusés par le patient (qui relèvent d'une bonne pratique médicale)
- ni de certaines pratiques de soulagement des douleurs réfractaires ou des angoisses insupportables, qui peuvent éventuellement entraîner une mort non recherchée.

La notion de la "perte de la dignité" du patient y est contestable.

Les dérives graves déjà observées aux Pays-Bas - seul pays autorisant l'euthanasie (sous conditions) depuis plusieurs années - n'y sont pas mentionnées.

La FEAMC réaffirme son attachement:
- au refus de l'acharnement thérapeutique injustifié, et à la limitation et/ou l'arrêt des thérapeutiques actives lorsqu'il apparaît clairement que celles-ci sont devenues inutiles, préservant en cela la dignité du malade;
- à l'attitude profondément humaine des soins palliatifs, à leur développement, et à leur progrès;
- à l'accompagnement des malades en fin de vie, et à une prise en charge de la détresse profonde qui peut être exprimée par une demande de mort, vis-à-vis de laquelle l'euthanasie lui paraît un remède simpliste et inhumain.

La FEAMC
- s'inquiète des risques que pourraient faire courir aux patients - et à la confiance qu'ils témoignent à leurs médecins - une dépénalisation de l'euthanasie.

La FEAMC
- approuve les amendements au projet de résolution du rapport Marty proposés par Mr McNamara, ainsi que l'exposé des motifs correspondant
- s'inquiète des propositions restantes de ce projet de résolution, qui ne lui paraissent pas acceptables.
- maintient son attachement à la Recommandation 1418 du Conseil de l'Europe de juin 1999 sur la "Protection des droits de l'homme et de la dignité des malades incurables et des mourants".

Au nom du Bureau de la FEAMC
Pr. Dr. Josef Marek, Président de la FEAMC

19/01/2004

Source : FEAMC

 

 

Interview avec Kevin Mc Namara (Royaume-Uni, SOC), Rapporteur de la commission des questions juridiques et des droits de l´homme, Accompagnement des malades en fin de vie

Le Parlementaire britannique Kevin Mc Namara exprime, dans une interview effectuée à la veille du débat sur l'accompagnement des malades en fin des vie, ses craintes face aux « dérives » qu'entraînerait une libéralisation de l'euthanasie en Europe, et rappelle que celle-ci est contraire aux principes garantis par la Convention européenne des droits de l'homme.

COE, Strasbourg, 26/04/2005

Question : Les Pays-Bas et la Belgique autorisent l'euthanasie, le Danemark reconnaît l'euthanasie passive, la Suisse tolère le suicide assisté et la France, sans aller jusque là, admet désormais qu'un traitement inutile soit interrompu lorsque le patient souffre sans aucun espoir de guérison. Décelez-vous, dans ces exemples, une évolution des mentalités en Europe en faveur de l'euthanasie, un peu à l'image du rapport sur la fin de vie qui sera discuté par l'Assemblée mercredi ?

Kevin Mc Namara : On ne peut pas comparer la situation française, qui reconnaît l'arrêt des traitements inutiles, avec le fait de tuer délibérément une personne, comme en Belgique ou aux Pays-Bas. Pour moi, la loi doit être claire partout : aucun médecin ne doit avoir le droit de tuer un patient, ni même de prendre des mesures pour accélérer sa mort, par exemple en le privant de nourriture. Je ne sais pas s'il y a une vague en faveur de l'euthanasie en Europe, mais je sais qu'il faut absolument la contenir et l'endiguer, car elle ouvrira sans cela la porte à tous les abus. Si on libéralise l'euthanasie, ce sera un premier vers le « droit de tuer », et je ne sais pas où nous entraînera cette glissade.

Question : Mais, au-delà de votre vote sur la résolution de mercredi, de quels moyens disposez-vous pour vous opposer à l'euthanasie ?

Kevin Mc Namara : Le droit européen est parfaitement clair à ce sujet ! L'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme garantit le droit à la vie, le Protocole 6 interdit la peine de mort, et le protocole 13 précise que cette interdiction s'applique en toute circonstances. Ce sont d'ailleurs ces articles qui ont été invoqués devant la Cour pour donner raison au Royaume-Uni, lors de l'affaire Diane Pretty : celle-ci, très malade, avait demandé que son mari puisse mettre fin à ses jours sans être poursuivi, mais la justice britannique s'y était opposée. J'espère qu'un jour, les pays qui autorisent l'euthanasie seront condamnés par la Cour européenne des droits de l'homme en fonction de ces articles.

Question : Le refus d'arrêter un traitement ou d'abréger des douleurs peut entraîner des situations intolérables, lorsque les soins palliatifs sont insuffisants ou inexistants. Que répondez-vous aux familles ou aux malades qui réclament parfois désespérément l'arrêt de ces souffrances ?

Kevin Mc Namara : Si les soins palliatifs ne suffisent plus à garantir la dignité du malade et a supprimer sa douleur, il existe certains traitements plus puissants qui peuvent y parvenir, quitte à raccourcir la vie du patient. Dans ce cas, et même si le patient doit mourir plus tôt, ces traitements sont acceptables, dès lors que l'issue fatale est une conséquence du traitement, et non un objectif en soi.

Source : Conseil de l'Europe (COE)

 

Au Québec : mobilisation

Les médecins , les infirmières ou autres professionnels de la santé qui participeront à l'acte d'euthanasie proprement-dit , à l'intérieur de certains critères ne seront pas poursuivis pour crime par le procureur général du Québec. Cette façon de procéder va protéger bien sûr le médecin qui pose cet acte, mais il n'en sera pas ainsi du malade vulnérable qui pourra subir des pressions de son entourage pour qu'on lui administre ce mode de fin de vie brutal.

L'expérience de la Hollande ou de la Belgique où l'euthanasie existe depuis une dizaine d'année montre qu'il y a de nombreuses dérives et que les médecins ne déclarent pas tous les cas d'euthanasie, ce qui nous porte à penser que certains malades subissent l'euthanasie sans leur consentement explicite. De plus dans ces deux pays, aucun médecin n'a été condamné au criminel pour euthanasie alors qu'on sait qu'ils ne suivent pas tous les règles strictes édictées par la loi. C'est donc une menace à l'intégrité corporelle des Québécois telle que garantie par les Chartres des Droits et Libertés du Québec et du Canada. L'euthanasie n'est ni un droit garanti par les Chartes des Droits et Libertés Québécoise et Canadienne, ni un soin reconnu par l'organisation mondiale de la santé (OMS).

La solution

La solution au problème du soulagement de la douleur reliée à une maladie grave et irréversible réside donc dans le fait d'offrir à tous les Québécois des soins palliatifs de qualité, entièrement gratuits et personnalisés. Il faut rejeter massivement l'euthanasie qui menace notre intégrité physique et nos droits les plus fondamentaux.

Source : La Marche printanière

 

 

Une loi autorisant l'euthanasie est-elle souhaitable ?

par Blandine Proffit, L'est-éclair, 05/04/2013

D'ici à la fin du mois de mai, la ministre de la Santé proposera des mesures relatives à la prise en charge de la fin de vie. En attendant, nous avons ouvert le débat...

La loi Leonetti, relative aux droits des malades, est-elle de nature à répondre à toutes les problématiques relatives à la fin de vie ? Ou faut-il aller plus loin, et légaliser l'euthanasie ?

Dans les semaines qui viennent, lorsque le Comité consultatif national d'éthique aura rendu son avis, le Parlement aura à se prononcer sur une question que le candidat Hollande avait placée dans son programme. Dans sa proposition 21, celui-ci laissait entrevoir une ouverture en ce sens. Une position que le Président avait réitérée en décembre, après la remise du rapport de la commission de réflexion sur la fin de vie dirigée par le professeur Sicard.

En attendant que le sujet n'arrive sur les bancs de l'Assemblée, nous avons demandé l'avis des professionnels de santé et des représentants d'associations. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que sur cette question complexe, les avis sont partagés.

Des hommes « tuables »...

Il y a quelques années, le service des soins palliatifs du Comte-Henri s'est livré à une étude. Sur les 1 500 malades reçus par le service durant trois ans, trois seraient partis de manière « sereine », et trois auraient réclamé l'euthanasie. Or, pour Christian Gallopin, qui dirige ce service, la loi n'a pas vocation à régler les cas exceptionnels. « Il y a la jurisprudence, estime-t-il. Si on met en perspective l'ensemble des cas depuis la Seconde Guerre mondiale, aucune des personnes ayant pratiqué l'euthanasie dans des conditions exceptionnelles n'a été condamnée. »
Pour ce médecin, qui est également philosophe, la question est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Car derrière ce débat simpliste entre partisans et opposants se cachent des changements profonds dans l'organisation de notre société. Changements sur lesquels nous devrions plutôt nous interroger. « Légaliser l'euthanasie, c'est considérer qu'un certain nombre d'hommes sont ''tuables'' », observe Christian Gallopin.

Pour le philosophe, derrière cette conception binaire de l'homme tuable, par opposition à l'homme digne d'intérêt, il y a, sous-jacente, la question de la rentabilité, devenue la première - et peut-être la seule - « valeur » de notre société. « Dans cette nouvelle organisation, que faisons-nous des hommes non rentables ? Des malades ? des personnes âgées ? », s'interroge le médecin philosophe, lequel, dans une nouvelle*, entrevoyait un monde où des personnes, devenues trop âgées pour travailler, iraient se faire euthanasier de leur propre chef, à l'hôpital...

* Manifeste pour l'âge et la vie - Réenchanter la vieillesse. Michel Billé, Christian Gallopin, José Polard.

Source : lest-eclair.fr

 

 

L'extermination des malades mentaux et des handicapés : les premières chambres à gaz

Dans l'Allemagne de l'Entre-Deux-Guerres, des scientifiques racistes comme K. Binding et A. Hoche développent des idées qui conduisent à la destruction des « vies sans valeur », des « existences superflues », des « esprits morts», des « enveloppes humaines vides ». Cette conception, appelée « eugénisme » s'inspire de l'idée de Darwin de la « lutte pour la vie » et conduit à envisager l'élimination des « êtres inférieurs » : alcooliques, épileptiques, psychopathes, infirmes, faibles d'esprit, invalides et incurables.

Par la presse et la radio, les nazis habituent peu à peu les Allemands à concevoir et à admettre cette sorte d'euthanasie - d'autant plus justifiée selon eux qu'il s'agit de personnes inaptes au travail mais qui absorbent des ressources, ce qu'un pays en guerre ne peut admettre.


Voici, par exemple, un petit problème de maths qu'on fait faire aux enfants dans les écoles nazies :

«Un malade mental coûte quotidiennement environ 4 Reichsmarks, un infirme 5, 50 RM, un criminel 3,5 RM, un apprenti 2 RM.
1) Faites un graphique avec ces chiffres.
2) D'après de prudentes estimations, il y aurait en Allemagne 300.000 malades mentaux, épileptiques, etc... qui reçoivent des soins permanents. Calculez combien coûtent annuellement ces 300.000 malades mentaux et épileptiques. Combien de prêts non remboursable aux jeunes ménages à 1.000 RM pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ? »

Cité par H.J. Gamm, Der braune Kult, Hamburg, Rütten und Loening, 1962

La solution est simple pour les nazis : il faut se débarrasser des malades mentaux et des épileptiques !

Une circulaire du ministre de l'Intérieur du Reich datée du 18 août 1939 oblige les médecins et les sages-femmes à déclarer les enfants souffrant de difformités : ils sont aussitôt tués par des piqûres de morphine ou de scopolamine. Un Comité du Reich pour l'étude scientifique des maladies graves, héréditaires et congénitales est créé pour étudier les modalités d'application de l'« euthanasie». Et le 1er octobre 1939, une lettre d'A. Hitler (datée curieusement du 1er septembre 1939) donne l'autorisation aux médecins «d'accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ». L'opération d'élimination des pensionnaires des hôpitaux et asiles commence sans tarder en octobre 1939. Elle se dissimule sous l'appellation de code «T4 » (le siège de la centrale étant situé à Berlin au 4, Tiergartenstrasse).

L'opération comporte d'abord la sélection des victimes par une commission de contrôle (jugeant le plus souvent sur dossiers), le transfert vers l'un des six instituts d'euthanasie répartis sur tout le territoire, l'exécution par le monoxyde de carbone (les injections de morphine et de scopolamine s'étant montrées décevantes), l'incinération ; un avis de décès et des condoléances sont adressés aux familles.

La chambre à gaz du centre d'extermination de Brandenburg est décrite ainsi :

« La salle de mise à mort, lors de son installation, avait été camouflée en salle d'inhalation. Les murs étaient carrelés. Plus tard, on ajouta au camouflage des douches fixées au plafond, alimentées par des canalisations fictives. Le long du mur, à dix centimètres du sol, courait une canalisation reliée aux bouteilles à gaz. Ce tuyau était percé de nombreux petits orifices par lequel le gaz se répandait dans la salle. Les bouteilles de gaz se trouvaient dans une antichambre, dissimulées par un revêtement.»

Eugen Kogon, Hermann Langbein et Adalbert Rückerl, Les Chambres à gaz, secret d'Etat, Paris, Editions de Minuit, 1984

Bien que les opérations se déroulent dans la plus grande discrétion, en faisant appel à un langage codé, des rumeurs circulent. Des familles s'inquiètent. Les Églises protestante et catholique s'alarment. Le 3 avril 1941, Monseigneur von Galen, évêque de Munster, dénonce en chaire ces assassinats. Il sera imité par les évêques de Fulda et de Limbourg. Si bien qu'A. Hitler ordonne l'arrêt officiel du programme T4 le 24 août 1941. À cette date, le nombre des victimes est de 70 273 réparties comme suit: 9 839 à Grafeneck, 9772 à Brandenburg, 8 601 à Bemburg, 18 269 à Hartheim, 13 720 à Sonnenstein, 10 072 à Hadamar.

En réalité, l'élimination des malades mentaux et des incurables se poursuit discrètement jusqu'en 1945. Les centres d'euthanasie reçoivent également des convois de détenus des camps de concentration jugés inaptes au travail. Les documents signalent la mise à mort, par exemple, de 5 000 détenus provenant de Mauthausen et de 3 000 autres extraits de Dachau. Pour cette seconde phase de l'opération T4, le nombre des victimes est estimé à plus de 30 000.

Tous les pensionnaires juifs des établissements thérapeutiques ont été mis à mort de cette façon.

L'« euthanasie» a permis aux nazis d'assassiner plus de 100 000 victimes sans défense. C'est la première fois:

- qu'est réalisée la « liquidation biologique » en application du concept d'« hygiène raciale»;
- que sont expérimentées les chambres à gaz... qui seront bientôt utilisées dans les camps. L'euthanasie nazie constitue le prologue à l'extermination massive dans certains camps de concentration.

D'après Marcel Ruby, Le Livre de la Déportation, Robert Laffont,1995 et Francis Lachaise, Les péripéties du deshonneur allemand, Editions Lithurge, 1998

Source : d-d.natantson

 

 

par Catherine Lemesle, Ouest-France, 29/03/2013

Trois questions à...

Jacques Ricot, philosophe, auteur de « Éthique du soin ultime ».

La Loi Léonetti, qui interdit l'acharnement thérapeutique et encadre les soins palliatifs, a été corrigée. Pourquoi la remettre encore en question alors que se profile un débat national sur le suicide assisté ?

Médecins et grand public ne connaissent pas ou mal la loi Leonetti. Elle n'est donc pas appliquée correctement. C'est ridicule de la remettre en question alors que nos pays voisins la prennent comme modèle. Les biens portants ont la hantise de mal mourir et ils pensent parfois qu'en légalisant le suicide assisté ou l'euthanasie, ils contrôleront leur angoisse de mourir, mais c'est une illusion.

Quand on souffre terriblement, qu'on veut en finir, réclamer une aide active à mourir est tentant. Pourquoi êtes-vous contre ?

Aujourd'hui toutes les souffrances peuvent être apaisées. On peut même recourir à l'endormissement le plus souvent réversible. Mais jusqu'au dernier souffle, le patient doit être accompagné.
Au nom d'une compassion mal éclairée, on propose l'euthanasie.
L'euthanasie est une violence.
Le médecin qui fait mourir son patient rompt la relation de soin au lieu de la continuer. Cela dit, le respect de la parole du malade et de sa liberté est un impératif : nul ne peut recevoir des traitements sans y consentir. [ndlr : donc pas d'acharnement thérapeutique]

On en arrive à la question de la dignité et de mourir dans la dignité. Que dit le philosophe à ce sujet ?

L'être humain, dès lors qu'il est humain, est un être digne, quelle que soit l'idée qu'il peut se faire de lui-même.
Un patient malade qui dit que sa vie est inutile doit d'abord être entendu et non jugé.
Mais une société ne peut prendre la lourde responsabilité de le conforter dans son autodépréciation.
Consentir à la mort qui vient, sans obstination déraisonnable, ne pas abandonner celui qui s'en va, c'est cela permettre de mourir dans la dignité.

Source : Ouest-France

 

 

Le 3 janvier dernier, TenOfiv a publié un post au titre provocateur' 'Euthanasie et chocolat chaud" pour illustrer ce qui pourrait découler concrètement, au niveau hospitalier, d'une loi sur la 'mort choisie' en France :

"Dans ce débat qui anime notre société aujourd'hui, un élément n'est que peu évoqué et pourtant me semble essentiel à prendre en compte. Cet élément, c'est notre capacité d'adaptation. Notre capacité d'adaptation fait de nous de la pâte à modeler lorsqu'un traumatisme arrive. A la question posée à brûle pourpoint « que feriez vous si vous étiez atteint d'une maladie grave, incurable, génératrice de grosses souffrances? » et qu'une seule seconde est laissée pour répondre, tout le monde se projette en état de choc. Mourir paraît plus acceptable qu'imaginer tous les efforts à accomplir. Mais le temps est occulté de cette question, alors qu'il en est un élément fondamental".

"Que fait-on lorsque le chocolat que l'on boit est trop chaud et qu'on s'y est brûlé la langue? On s'y fait et on attend que le chocolat refroidisse. L'annonce d'une maladie grave relève du même mécanisme, toutes proportions gardées. Les hommes font le deuil d'une certaine vision d'eux-mêmes, et s'ajustent en fonction. Les capacités d'adaptation de l'être humain sont extraordinaires, tant qu'il lui est laissé le temps de les mobiliser, nous disposons de ressources insoupçonnées, alors faisons-nous confiance! Et elles ne concernent pas que les patients atteints, elles concernent aussi leur entourage".

"Alors évidemment, la pathologie grave fait peur. Évidemment, la perspective de perdre sa raison ou son autonomie dans les gestes de la vie quotidienne est une idée effroyable. Et la société a répondu à cette peur en laissant une illusion de choix, en laissant les gens penser qu'ils ont le contrôle de leur vie. Ce que je veux dire, c'est que personne ne décidera en état de choc."

"Allez projetons nous dans l'avenir, la loi pour l'exception d'euthanasie va être votée. Elle va susciter des débats, certes, mais devant l'écrasante majorité de l'opinion en sa faveur, les parlementaires vont pencher pour le oui. (...) Voilà, la majeure partie de la société est tranquillisée, et pense reprendre le contrôle de sa vie et de sa liberté, qu'elle imagine confisquées par le corps médical. Il a bon dos le corps médical, à la fois faiseur de miracles – on attend tout de lui dans toutes les sphères, pour toutes les expertises – et institution aveugle dont il faut se méfier comme si nous passions notre temps à comploter contre le commun des mortels.
(...)
"Ce qui est sûr c'est que le débat ne va pas s'arrêter, loin de là. De national, il va directement passer au niveau local et pratique. Parce que l'interdiction de l'euthanasie « protégeait » les structures de soins palliatifs, dans le sens où elle leur donnait du temps pour « prouver » aux patients le bénéfice des soins proposés (la majorité des gens imaginent toujours les unités de soins palliatifs comme des mouroirs déshumanisés). Mais, les choses vont changer, le débat va exploser et gagner toutes les structures en charge de patients, avec en première ligne les services de soins de suite pour pathologies invalidantes lourdes, et les unités de médecine palliative".

"Cette loi comporte une clause de conscience, personne n'est tenu de donner la mort, même dans le but de soulager une souffrance, alors elle oblige tous les services à se repositionner, à se réinterroger. (...) Je me souviens du témoignage de cette médecin belge, qui a procédé au transfert d'un patient de son unité qui ne pratiquait pas, à une autre qui la proposait. (...) Mais voilà, gros coup au moral, parce qu'elle était convaincue qu'elle pouvait encore donner à ce patient un temps de vie non négligeable. "

"Un même service peut-il proposer à la fois médecine palliative et euthanasie? Non. Ma réponse est lapidaire. Imaginez le tableau, deux patients atteints de la même pathologie, en chambres voisines, avec les mêmes symptômes, l'un des deux veut être euthanasié, l'autre non. Le grand écart est trop grand, la gymnastique à accomplir trop complexe. L'équipe ne pourra que bafouiller dans les deux prises en charge. Et mettons nous à la place du patient: intégrer une unité qui pratique l'euthanasie lorsqu'on ne la désire pas? La confiance, si difficile à gagner au début d'une prise en charge palliative terminale tant l'histoire est lourde, sera encore plus inatteignable. La tranquillisation des bien portants, car ce sont surtout eux qui demandent à disposer de ce choix en fin de vie, peut avoir comme conséquence de fragiliser ceux qui se trouvent en situation de se poser la question. La seule solution sera l'émergence de structures ou d'unités qui ne feront que ça (...). Et probablement que les structures de suicide assisté émergeront également, comme en Suisse. A moins que nous ne suivions l'exemple de l'Oregon, où tout se passe à domicile" [ndr, via la mise à disposition d'un cachet].

Source : Atlantico

 

 

par France, blog Sainte Famille, extraits

Les balises, c'est très important. C'est vrai.

D'ailleurs, c'est ce que de nombreuses personnes, depuis près de quarante ans, continuent à dire, à écrire, à crier, à pétitionner, à démontrer depuis la "décriminalisation" de l'avortement. Elles voudraient des "balises" sur l'avortement... Elles voudraient qu'il y ait une limite.

Mais il n'y en a toujours pas.

Près de quarante ans plus tard, on réfute la dérive concernant l'avortement. Au nom du droit des femmes. Au détriment du droit des enfants à naître.

À quel droit nous heurterons-nous, dans l'avenir, pour tous les euthanasiés qui n'auront pas eu la force et le soutien pour vivre jusqu'au bout.

Qu'est-ce qui nous fait croire que ce serait différent pour les vieilles personnes malades que ce ne l'est présentement pour les enfants conçus sans amour ?

Le manque d'amour entraîne toujours la mort.

Le (faux) débat sur l'euthanasie est "inévitable" pour une seule et bonne raison : Dieu n'est plus la référence dans notre vie. (...)

Je ne blâme pas ceux qui ne consultent plus Dieu. Je ne les juge pas non plus. Pourquoi ? Simplement par ce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils ont perdu tous leurs repères. Ils sont conduits par des aveugles. Pour cette raison, on ne peut pas parler de choix.

On ne peut que les exhorter. Exhorter le peuple québécois à reconsidérer Dieu et à le mettre au centre de nos vies. Lui. Pas moi. Lui.

Si non... Si non... il y a les dérives...

Et pour les humains très imparfaits que nous sommes... les dérives sont "inévitables".

Source : Sainte Famille

 

 

L'euthanasie dans tous ses états !

par M. Eric VERMEER, éthicien et infirmier, 18/03/2013

Après avoir travaillé une décennie dans un service d'onco-hématologie et dix autres années dans un service de soins palliatifs, je suis arrivé, en toute objectivité, à la conclusion que l'euthanasie ne constitue pas la réelle réponse qu'attendent les personnes malades en grande souffrance. Si le but de la médecine est de « servir la vie et de promouvoir la santé », il existe d'autres manières, plus citoyennes et plus responsables, d'y arriver que celle de supprimer la vie pour supprimer une souffrance psychique ou une douleur rebelle.

Je suis d'autant plus consterné aujourd'hui devant les propositions d'extension de dépénalisation de l'euthanasie, concernant les patients « déments » dans le cadre de la déclaration anticipée et les enfants souffrant d'une maladie incurable, étant dans une situation de souffrance inapaisable.

Je me pose plusieurs questions :

Quelle catégorie de personnes mettons-nous derrière le terme « démence » ?

Certaines littératures scientifiques évoquent trois types de démences : les démences acquises (accidents vasculaires cérébraux, complications de l'alcoolisme, certains cas d'épilepsie, de cancers et de maladies infectieuses, etc.), les démences à caractère génétique (maladies monogéniques telle la chorée de Huntington, etc.) et les démences multifactorielles (maladie d'Alzheimer, etc.).

D'autres distinguent les démences vasculaires, les démences dégénératives et les démences mixtes.

En fait, ce terme de « démence » recouvre tellement de réalités différentes qu'il risque d'être perçu, de manière très subjective, selon chacun, entraînant confusion et amalgame.

Je supervise, depuis 5 ans, des services de psychiatrie et j'y rencontre souvent des personnes démentes qui vivent dans « une autre réalité » que nous mais qui ne sont pas dans un état de souffrance intolérable ou d'angoisse face à la mort. Ces personnes, pour la grande majorité, sont en « demande de vie » et ont vraiment besoin qu'on leur montre, par un langage verbal et non-verbal, qu'elles restent des personnes dignes et respectables ; et même si nous ne sommes pas au même niveau rationnel, le message d'attention que nous leur apportons est bien compris et entendu au niveau émotionnel.

Finalement, quel regard la société porte-t-elle sur ces personnes dites démentes ?

A partir de quand estime-t-on qu'un patient atteint de démence pourra avoir recours à l'euthanasie ?

Comment estimer, de manière objective, l'évolutivité de la maladie ? En est-on au début, à la moitié ou à la fin ? Qui va l'évaluer et en fonction de quels critères ?

Ce projet d'extension ne risque-t-il pas d'ouvrir la porte à d'autres cas d'incapacité, proche de la démence, comme nous en connaissons en psychiatrie ?

Sachant que plus de la moitié des patients arrivent en unité psychiatrique, avec une perte d'élan vital, des idées suicidaires et de gros troubles de l'estime de soi, les risques de dérapages paraissent évidents, avec ou sans déclaration anticipée.

Est-on réellement convaincu que des pressions extérieures n'auront pas lieu ?

Même si nous savons que la définition légale, telle qu'elle est libellée, a permis, une fois pour toutes, d'éliminer de notre vocabulaire les expressions euthanasie « passive et active », ainsi que « volontaire et involontaire », le danger de pressions extérieures existe et je l'ai déjà rencontré. J'ai entendu des médecins, au cours de formations, affirmer qu'ils avaient augmenté les doses de morphine, dans l'intention de pratiquer une « euthanasie dite passive et involontaire », à la demande de la famille parce que celle-ci estimait que l'état cognitif du patient était trop altéré. Ce genre d'euthanasie n'est pas déclarée comme telle, bien sûr.

Une déclaration anticipée, sans limite dans le temps, n'est-elle pas inadéquate, empêchant une personne d'évoluer dans ses désirs profonds ?

Ce qu'une personne pense à 50 ans, n'est pas forcément ce qu'elle pensera à 70.

Mon questionnement est encore plus fondamental : comment permettre à une « personne qui n'a plus conscience de sa propre personne » de prendre une décision de mort programmée, même si, dix ans plus tôt, elle a rédigé une déclaration anticipée ? Cette déclaration est-elle toujours fiable ? La personne ne peut-elle pas avoir acquis, avec l'âge, une autre vision du monde, de la fragilité et de la maladie ? Peut-être n'est-elle pas aussi malheureuse qu'elle ne le craignait ?

Dès lors, est-ce une autre personne qui va valider cette déclaration anticipée ? Allons-nous donc réhabiliter cette expression très malsaine d' « euthanasie dite involontaire », qui n'est ressemblerait à s'y méprendre à un homicide volontaire ?

Quant aux enfants gravement malades et vivant de grandes détresses, la proposition est encore plus préoccupante. Nous n'avons plus à prouver que plus de 90% de toutes les douleurs peuvent être soulagées et que pour les 10% restants, nous pouvons induire une sédation ponctuelle ou intermittente pour soulager les patients, surtout les plus jeunes. Nous savons aussi combien l'entourage familial est nécessaire et indispensable à leur qualité de vie. Allons-nous demander aux parents l'autorisation de « tuer » leur enfant ou allons-nous le « tuer » indépendamment de leur volonté ?

Qu'entend-on par « enfant capable de discernement » ?

Cette expression, éminemment subjective, peut ouvrir la porte à toute demande, quel que soit l'âge. Il y a des enfants capables de discernement à 12 ans et d'autres qui en ont 50 et sont toujours dans une incapacité de discernement. Comment évaluer cette capacité de discernement, de manière rationnelle et objective ?

Doit-on informer l'enfant de la possibilité de se faire euthanasier ?

Comment l'enfant, du haut de ses 12 ou 15 ans, sait-il que l'euthanasie existe et qu'elle est dépénalisée sous certaines conditions ? Qui va lui en parler ? Les parents ? Les médecins ? Et comment ?

Serait-ce de cette manière : « Tu sais, mon garçon, si tu le désires, tu peux demander l'euthanasie... » ? Comment le dire autrement d'ailleurs ? Mais, outre le fait qu'une telle proposition est d'une grande violence, ne risque-t-on pas de cette façon d'induire une telle demande ?

Durant mes dix années d'onco-hématologie, nous recevions en consultation, une fois par semaine, des enfants de tous âges, souffrant de maladies plus ou moins graves. Jamais je n'ai lu, sur un seul de leurs visages, de la résignation et du fatalisme. Au contraire, j'ai toujours été très édifié par leur courage et leur joie de vivre...

Comment imaginer d'introduire le concept de l'euthanasie dans ce domaine où la vie est en bourgeon, même si elle est souffrante ?

Que fait-on des proches qui se sentent parfois complices de cette euthanasie ?

Je crois vraiment que nous parlerons bientôt du « syndrome du survivant » qui est déjà présent chez bon nombre d'adultes assumant très mal le décès d'un être cher par euthanasie.

Permettre à un enfant de demander l'euthanasie, tout en sachant que les parents auront à continuer à vivre avec ce constat de mort programmée, risque d'avoir de lourdes conséquences en termes de culpabilité et de responsabilité.

Enfin, j'entends très régulièrement, de la bouche de nos hommes politiques, que la santé coûte cher et je m'interroge... Qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que ce refrain si régulièrement entendu aurait une influence sur la manière de prendre en charge les patients les plus souffrants de notre société ?

Le Sénat qui représente normalement « la sagesse » du pays aura-t-il suffisamment de discernement éthique et citoyen pour prévenir les dérives et éviter l'irréversible ?

Source : Euthanasie STOP

 

 

Le Dr Claire Fourcade a raconté dans "1001 vies en soins palliatifs" ses douze ans d'expérience. Elle explique pourquoi une loi légalisant l'euthanasie serait une régression et plaide pour que la loi Leonetti, qui régit la fin de vie, soit mieux connue et mieux appliquée. Un entretien paru dans La Lettre des Semaines sociales de France n°68 d'octobre 2012. (extraits)

Par sa proposition 21, François Hollande a promis de légaliser « une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Ce qui reviendrait, même si le mot n'a jamais été prononcé, à autoriser l'euthanasie « sous certaines conditions ». Rouvrir ce débat vous paraît-il opportun et nécessaire ?

Pour le médecin que je suis, la réponse est non. Nous, soignants, n'avons pas besoin, dans notre pratique quotidienne, qui est de soulager et d'accompagner des personnes en fin de vie, d'une loi supplémentaire. La loi dite Leonetti, adoptée en 2005, fournit un cadre législatif amplement suffisant pour « régler » la très grande majorité des cas auxquels nous sommes confrontés. Cela répond-il, alors, à une demande des patients et de leurs familles ? Je ne le crois pas plus. Dans le service de soins palliatifs que je dirige, nous nous sommes occupés, en douze ans, de près de 5 000 patients. Beaucoup évoquent, un jour ou l'autre, avec le personnel médical, la possibilité d'abréger leur vie. Mais, les demandes soutenues, répétées d'euthanasie sont, au final, extrêmement rares. En fait, je n'ai eu à faire face qu'à deux cas en tout et pour tout. Ce n'est donc pas un débat médical, mais bien un débat de société. À titre personnel, par conviction de foi, je suis opposée à la légalisation de l'euthanasie et j'estime que l'Église et les chrétiens ont, sur cette question, une parole à défendre et à soutenir. Mais pour m'en tenir à des arguments professionnels, je pense qu'une loi légalisant l'euthanasie n'apporterait aucune amélioration, bien au contraire...

Pourtant, vous convenez vous-même que la loi Leonetti ne « règle » pas tous les cas ?

Mais parce que, dans ce domaine, aucune loi ne peut traiter toutes les situations ! Chaque histoire est unique et nécessite du « sur mesure » de la part des équipes médicales. La loi Leonetti permet, en théorie, beaucoup de choses. Elle interdit l'acharnement thérapeutique ; elle donne au patient la possibilité de refuser tout traitement qui n'aurait pour seul effet que de le maintenir en vie ; elle fait obligation au médecin de soulager la douleur, de respecter la dignité du malade, d'accompagner ses proches... Le problème, c'est que cette loi est encore mal connue et mal appliquée. À mon sens, le vrai progrès consisterait à développer cette culture des soins palliatifs en France.

Certains affirment qu'il se pratique en France des euthanasies sans le dire et qu'il est temps de sortir de cette hypocrisie. Que penser de cet argument ?

Que des euthanasies soient pratiquées dans le secret médical est sans doute exact, mais cela se pratique surtout dans des services où la technique médicale, extrêmement pointue, peut avoir pour corollaire une obstination déraisonnable de la part des médecins. Je pense, par exemple, à certains services de réanimation où les patients, inconscients qu'ils sont, ne peuvent exprimer leur volonté, et où les familles ne sont pas ou guère consultées. Du coup, rien ne vient obliger le corps médical à s'interroger pour sortir de la logique de la toute puissance. Ces pratiques ne sont pas satisfaisantes : il faut mettre de la parole dans les équipes, de la collégialité, de la réflexion critique et faire de la place au patient et à ses proches. J'ai débattu avec beaucoup de militants pro-euthanasie. Nombreux sont ceux qui ont été en souffrance avec la médecine, d'où leur volonté de s'opposer à ce pouvoir médical qu'ils jugent excessif.

Un autre argument souvent avancé par les partisans de l'euthanasie est celui de la dignité. Une vie diminuée par la maladie, le handicap ou la souffrance ne vaudrait plus d'être vécue, estiment-ils. Que répondez-vous ?

Pour ma part, je n'ai jamais pensé que tel patient pouvait être moins digne qu'un autre. Mais c'est une conviction personnelle. Je ne prétends l'imposer à personne et encore moins avoir réponse à tout. Là encore, je partirai de mon expérience de médecin. Oui, la maladie, la décrépitude qu'elle entraîne parfois, sont toujours une épreuve. Mais je constate aussi que, dans l'écrasante majorité des cas, le dernier qui s'arrête d'espérer est le patient. Reste la souffrance de la famille. Accompagner une personne qui n'est plus que l'ombre d'elle-même est douloureux pour les proches. Voilà pourquoi, nous, soignants, avons tout un travail à faire pour aider l'entourage à accepter que ce temps de la fin de vie ne soit pas du temps perdu. Et je vois mal en quoi une loi sur l'euthanasie pourrait les aider. Je pense même qu'elle ne ferait qu'augmenter leur souffrance...

Comment cela ?

Si une loi autorisant l'euthanasie était votée, elle poserait forcément des conditions qui risquent de rendre son application compliquée, voire impossible. En juin dernier, un sénateur socialiste a déposé un projet de loi sur l'euthanasie. Selon ce texte, la commission de trois médecins sollicitée pour une demande d'euthanasie aurait 8 jours pour rendre son avis. Ce qui est proprement infaisable. Ouvrir un droit qui ne peut être appliqué suscitera une frustration qui ne peut que rajouter à la colère et à la souffrance des familles alors que nous avons besoin de bâtir avec eux une relation de confiance.

Tous les sondages montrent qu'une grande majorité des Français est plutôt favorable à l'euthanasie. Sont-ils mal informés ? Auraient-ils perdu le sens des valeurs ?

Je ne pense pas qu'ils aient perdu tout sens moral. Je le constate chaque jour : les familles peuvent être en souffrance et démunies, mais elles cherchent comment faire pour être efficaces, utiles. Elles veulent apporter de l'aide à leur proche, sont animées par la volonté de bien faire. Je les trouve, en général, profondément humaines, belles et admirables. En revanche, que les Français soient mal informés est une évidence. Souvenez-vous de Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique, dont l'affaire a défrayé la chronique en 2003. Sa mort, provoquée, a entraîné la mise en place d'une commission parlementaire qui a permis de prendre conscience de la complexité des choses et qui a débouché sur la loi Leonetti, maintenant l'interdiction de l'euthanasie. Visiblement, nos compatriotes ont encore besoin d'être éclairés sur ces questions. (...)

Et si la loi était votée, que feriez-vous ?

Je pense que le législateur prévoira, dans ce cadre, une clause de conscience qui permette aux médecins qui le souhaitent de refuser de pratiquer l'euthanasie. En tout cas, moi, je ne m'imagine pas prendre ce pouvoir sur mes patients. Ce serait entièrement contraire à ma pratique et à ma philosophie de la vie.

Propos recueillis par Antoine d'Abbundo

Pour aller plus loin :
- 1001 vies en soins palliatifs, Bayard éditions (2012), 160 pages.
- Site des semaines sociales de France

Source : Diocèse de Paris

 


Euthanasie...Attention aux dérives.

par Veronique Auger, France 3, 17/03/2013

L'eurodéputé Philippe Juvin s'oppose à l'euthanasie sur le blog d'Avenue de l'Europe l'émission de France3 tous les samedi à 18h35.

C'est une longue interview que Philippe Juvin nous a accordé. Dans des conditions difficiles au moment où il assistait l'un de ses collègues député européen qui luttait contre la mort dans un hôpital strasbourgeois. Lui-même, député européen et médecin réanimateur, s'oppose à l'euthanasie, mais il sait les difficultés que rencontrent sur le terrain malades, parents et équipes médicales. La fin de vie n'est pas encore correctement assumée et gérée dans nos sociétés européennes et en France malgré la loi Léonetti.

 

 

Source : blog.france3.fr

 

Vivre dans la dignité, 13 mars 2013

Cette question devrait certainement rejoindre la réalité des québécois (tant celle des patients que des soignants), tel qu'entendu à la commission.

Peut-on jauger le sentiment des Français à l'égard de l'euthanasie à l'aide un sondage ?

Décryptage de sondage. Ce collectif de praticiens en cancérologie de l'Institut Curie profite du sondage pour mettre le doigt sur le malaise qui existe souvent entre eux et les patients quand la fin de vie approche. "Comment ne pas entendre une certaine perte de confiance envers nous, les soignants, et la crainte de ne pas être bien pris en charge, écoutés, entendus et soulagés jusqu'au bout de la vie ?"

Une réalité beaucoup plus complexe que le résultat d'un sondage

Le personnel médical qui s'exprime dans le journal quotidien Libération ("Fin de vie en cancérologie : un décalage entre les sondages et le quotidien des soignants") dit être confronté à une demande paradoxale. Les Français, par ce sondage, disent vouloir décider du moment de leur mort. Soit. Mais les signataires de cette tribune remarquent plutôt en général, une volonté farouche d'acharnement thérapeutique venant des patients en fin de vie, même quand les traitements sont devenus inutiles.

Il semblerait donc que l'on change d'avis selon que l'on soit bien portant, chez soi, répondant à un sondage téléphonique, ou alité, rongé par la maladie et les souffrances. Ce qui peut aisément se comprendre.

Les soignants remarquent également que les demandes d'euthanasie de la part des patients sont souvent transitoires et qu'elles correspondent à de mauvais passages, ce qui n'empêche pas, selon eux, de laisser le débat ouvert. Mais alors, poursuivent-ils, si l'euthanasie est un jour légalisée, "quel message sera alors reçu par les plus fragiles rendus « euthanasiables » : ai-je encore ma place dans la société ? Dois-je demander la mort pour soulager ma famille ?"

Ces cas de conscience montrent que la réalité est beaucoup plus complexe que le résultat d'un sondage. Gardons-nous des simplifications et des facilités trompeuses comme au sujet de la sédation. La sédation est souvent assimilée, à tort, par les familles, comme un moyen d'euthanasier. Or, la loi est claire. La sédation vise à soulager le patient et à respecter sa dignité même si, comme le reconnaissent les soignants, dans cette tribune, "les traitements provoquant une sédation (...) peuvent accélérer le décès". C'est l'intention qui fait toute la différence. Soulager oui. Donner la mort non.

Source : Vivre dans la dignité

 


par ten0fiv, 14/03/2013 (extraits)

Sur le plan symbolique, légaliser l'euthanasie enverrait deux messages aux patients français.

Le premier, le plus attendu, celui pour lequel ses partisans militent énonce l'idée suivante : chacun dispose de lui-même, comme il l'entend dans le contexte de sa fin de vie. Par cette loi, chacun aurait cette possibilité, avec l'aide d'un tiers, dans le cadre d'une maladie létale à court ou moyen terme, quel que soit son état symptomatique, de décider du moment de sa mort. Liberté individuelle majeure de patients autonomes, maîtres de leur destin, la légalisation est vue en cela comme un progrès puisqu'elle vise à donner un droit à un ensemble de citoyens vulnérables, même si ce droit vise à les priver de tous les autres.

Je ne vous cache rien, je n'ai pas abordé mes études en étant opposé à l'idée de procéder à l'euthanasie des patients demandeurs. L'idée que chacun puisse décider et exercer son autonomie dans le sens éthique du terme me paraissait – et me paraît toujours- être un point fondamental. Epargner aux patients en fin de vie leur soumission aux conséquences de leur maladie en ayant recours à cet arsenal thérapeutique volontairement létal relevait quasiment du devoir d'humanité. Et je cataloguais les « contre » comme les tenants d'une pensée religieuse dont le principal hobby consistait à l'ingérence permanente dans la vie privée des autres. Autant dire que j'avais la « subtile » position d'un athée pour lequel, sur cette question précise, il était insupportable d'être dépossédé de la décision, si jamais un jour, je devais me retrouver dans cette situation.

Sauf qu'avant de dire oui à une demande d'euthanasie, encore faut-il savoir quelle en est sa véritable définition. Aujourd'hui bon nombre d'entre nous ont émis un postulat, celui qu'elle n'existait pas vraiment en tant que telle. Qu'un patient qui la demande, ne demande pas forcément de mourir, mais plutôt qu'il exprime ainsi une douleur physique, morale ou totale (le fameux total pain syndrom), d'une solitude, d'une dépression, des milliers de chemins qui peuvent mener à ne plus vouloir continuer. Ce postulat n'est pas stérile, envisager cette demande comme le symptôme d'autre chose, un appel au secours jusqu'à preuve du contraire, permet beaucoup en pratique. Signe de gravité, d'alarme, d'urgence, elle enclenche une prise en charge aiguë. Sachant cela, gardons en tête encore une fois que neuf demandes d'euthanasie sur dix sont une demande de lien. Neuf fois sur dix, la demande cache autre chose.

Mais la dixième ?

Si après s'être penché sur la demande, il n'est plus possible de faire autrement que de l'authentifier en tant que telle, quel faire ?

C'est là qu'intervient le deuxième message. Il n'est pas direct,il s'inscrit plutôt en filigrane. Il constitue l'une des raisons pour lesquelles je ne suis pas favorable à la légalisation de l'euthanasie en France. Cette raison est critiquable, j'y trouve moi-même des tonnes de failles, mais elle a le mérite de faire réfléchir sur notre rapport aux autres. L'idée la voilà: l'euthanasie va modifier et déplacer le regard de la société sur l'ensemble des pathologies. Dès l'instant où, pour un patient donné sur une pathologie donnée, un comité aura décidé qu'une demande d'euthanasie est légitime, il tracera une limite dans l'histoire d'une maladie entre le moment où il est possible d'y recourir et le moment où il est ne l'est pas. En somme, chaque pathologie va se voir doter d'une nouvelle articulation, d'un pont, d'une rupture, entre le moment où la demande est refusée, et celui où elle peut être acceptée. Et cette articulation va se répercuter d'une façon ou d'une autre sur tous les patients atteints.

Prenons un exemple : les patients A et B sont atteints du même cancer avec métastases généralisées. Le patient A effectue une demande parce qu'il ne s'estime plus digne (j'emploie volontairement ce mot valise qui cristallise tout). La demande est authentifiée, c'est à dire qu'elle ne cache pas autre chose. Le « comité » en charge d'évaluer cette demande validera l'indication. Et bien par la validation de cette indication, ce comité va créer une « jurisprudence » dans ce cancer affirmant qu'à ce stade, la demande de mort est légitime et qu'effectivement, un patient dans cette situation ne s'estimant plus digne, a le droit de ne plus vivre. Le patient B, lui, ne fait aucune demande. Seulement, sans le savoir, il aura passé une barrière symbolique avec le patient A, se trouvant de fait dans la zone d'acceptabilité d'une demande d'euthanasie. Sa vie à lui est devenue un peu plus relative au regard de la société. Le comité lui a quelque part dit que sa situation pouvait être indigne.

Je le dis à nouveau, cette position est critiquable. Lorsque l'on prend en charge un patient, dans une relation étroite de confiance, s'il y a bien une chose qui n'a pas la priorité c'est bien l'avis de la société, et les conséquences de nos décisions sur les autres. Mais dans ce débat ouvert, on ne peut en faire l'économie. La nécessite de transparence exige qu'il y ait cet aller-retour permanent entre ces cas très particuliers où nos convictions font face au principe de réalité – la définition même de la tension éthique – et le cadre commun de la vie citoyenne. Le seul moyen, à mon sens, de découpler l'impact global généré par une demande d'euthanasie est de la laisser être ce qu'elle est aujourd'hui. Une transgression.

Discussion :
par docteur 16, 14/03/2013
la médicalisation de la mort va devenir intenable pour les médecine et les personnels soignants. Je m'explique : la tendance à la médicalisation à outrance de la vie est en train de se faire de façon insensible et les médecins sont en train de devenir des outils de cette médicalisation, des outils interchangeables à qui on ne demandera plus leur avis. Puisque le malade a décidé de mourir : faites les gestes médicaux pour exaucer son voeu. Puisque cet enfant est hyperalgique donnez lui de la ritaline. Puisque cet homme veut un dosage du PSA, prescrivez le. Puisque cet enfant est tombé du toboggan, envoyez une cellule d'action psychologique.
C'est le paradoxe d'une vie hyper médicalisée qui va se passer sans médecins.

Source : ten0fiv.wordpress.com

 

 

Titinga Frédéric Pacéré
Propos sur l'euthanasie
(Extraits)

L'homme n'est-il qu'un corps physique ? Pour l'auteur, c'est la question posée par l'euthanasie.

Propos recueillis par Arlette Badolo, Noël Pierre W. Scian, Alex Bimbiri

Sahel Sciences : L'euthanasie existe-t-elle dans le cadre africain, et particulièrement, a-t-on déjà connu des cas d'euthanasie au Burkina Faso ?

Me T.F.P. : Je n'ai pas connaissance de cas d'euthanasie dans toute l'histoire de l'Afrique, du moins de l'Afrique Noire, et particulièrement au Burkina Faso. (...) L'Africain a un devoir d'assistance vis-à-vis de son semblable, même gravement malade, souffrant et défiguré, physiquement ou moralement par la souffrance. On constatera par exemple que, dans notre milieu traditionnel, les fous et les personnes handicapées, quelle que soit leur déformation, sont protégés.(...)

S.S. : Maître, de nos jours, particulièrement pour le Burkina Faso, est-ce que le problème de l'euthanasie est posé dans la loi ou dans la pratique judiciaire ?

Me T.F.P. : Je ne crois pas qu'en Afrique, surtout au Burkina Faso, le problème de l'euthanasie se trouve posé, la vie étant trop sacrée pour ce continent pour qu'on puisse penser à l'abréger d'une manière ou d'une autre. Du point de vue de la législation, pour le Burkina Faso, je ne connais pas de dispositions expresses en la matière ; l'article 362 du code pénal, (Loi 43/96 ADP du 13 novembre 1996 portant code pénal), édicte, par exemple, que si des violences sont exercées ou des privations « sont pratiquées avec l'intention de provoquer la mort, les auteurs sont punis comme coupables d'assassinat », et l'assassinat est puni de la peine de mort. Ainsi, priver quelqu'un de subsistance, d'assistance, de soins, avec une intention de provoquer la mort est un crime puni par la peine de mort. Même en matière de suicide, aider quelqu'un à se suicider est une infraction. Face à cela, le code édicte en l'article 352 que « Est puni d'un emprisonnement, quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril, l'assistance que, sans risque pour lui ou pour le tiers, il pouvait lui porter, soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours ». Cela donc signifie qu'au Burkina Faso, loin d'aider quelqu'un à mourir, on est plutôt obligé à l'aider à survivre.

S.S. : Maître, que peut-on dire des religions et des croyances, face à l'euthanasie ?

Me T.F.P. : Il y a lieu tout d'abord de souligner, concernant les trois religions du Livre (islam, christianisme et judaïsme), que pour elles, la vie de l'homme provient de Dieu. En ce sens, l'homme n'a pas un libre arbitre pour disposer lui-même de sa vie. Pour les chrétiens et les juifs, l'homme est créé à l'image de Dieu, c'est-à-dire que sa vie est sacrée, mais surtout que cette vie ne peut diminuer ni s'altérer en matière de dignité ou même d'incapacité. Sur les religions révélées et concernant l'Islam, l'homme est la créature qui porte l'empreinte divine et représente cette puissance divine sur la terre ; l'euthanasie active, (acte volontaire commis par un tiers à la demande du malade), est donc interdite dans les principes du Coran (Shar'an). C'est un meurtre, même sur la demande du patient qui souffre. Le médecin ne peut pas mieux connaître et aimer l'homme qui souffre plus que Dieu et son œuvre divine. Au regard du bouddhisme, on constatera que certains maîtres ne s'opposent pas à l'euthanasie passive, mais le 14ème Dalaï Lama, (l'actuel), est formellement contre l'euthanasie active.

S.S. : Maître, pouvez-vous nous citer des dossiers dans lesquels ce drame de l'euthanasie s'est posé ?

Me T.F.P. : Le problème s'est beaucoup posé en Occident, en particulier en Europe, en raison des situations d'extrême complexité et de prises de positions publiques, ouvertes dans l'opinion. On notera que la Cour européenne des droits de l'homme est très réticente à l'égard de l'euthanasie. L'euthanasie pose une problématique, peut-être la plus grave de l'homme en regard de la vie et donc aussi, de la mort. L'homme, sans connaître l'origine dans toute sa maîtrise, la raison, le fondement exact de sa vie et de la vie tout court, sans connaître exactement la raison en ce sens de l'Architecte de cette vie et son implication de mort, de précarité en regard de cette vie, l'homme, dans ce contexte et ces contextes, peut-il mettre un terme à cette vie, souvent la sienne, souvent celle des autres qu'il n'a pas façonnée ? L'homme, souvent appelé pour soigner et donc, guérir, vis-à-vis des autres, peut-il être l'artisan de la suppression de la vie de ces autres ? C'est tout cela la problématique que pose l'euthanasie. Vouloir trancher dans l'affirmative, c'est vouloir ramener l'homme à son exclusif corps physique, dans le corps physique de l'univers, à le détacher de son origine quelque peu immanente qui le lie depuis la nuit des temps, à la mort, trame mystique qu'aucune science, de manière univoque et indiscutée à ce jour, n'a pu encore expliciter.

Titinga Frédéric Pacéré. «Propos sur l'euthanasie». Revue Quart Monde, N°220 - Le corps : source de honte ou chance de liberté ? Année 2011 Revue Quart Monde

Quelques mots à propos de Titinga Frédéric Pacéré : Avocat, bâtonnier de l'Ordre, avocat au Tribunal pénal international pour le Rwanda (Arusha), membre de l'Académie française des sciences d'outre-mer, membre titulaire de l'Académie Centrale Européenne, Maître Titinga Frédéric Pacere, auteur de nombreux ouvrages, est aussi membre du Comité international pour le 17 octobre, Journée internationale de lutte contre la misère.

Source : Revue Quart Monde

 

 

par P-O Arduin, 25/09/2009 (extrait)

Il existe enfin un dernier point extrêmement inquiétant qui était jusqu'ici parfaitement méconnu. On l'a dit, la loi semble être l'aboutissement d'une réflexion consensuelle de la société hollandaise dans son ensemble. Pourtant, ce consensus paraît s'effriter plus qu'on ne le pense. L'Ordre des médecins allemands fait état de l'installation croissante de personnes âgées néerlandaises en Allemagne, notamment dans le Land frontalier de Rhénanie du Nord-Westphalie. D'après la mission parlementaire française qui rapporte cette information de taille, s'y sont ouverts des établissements pour personnes âgées accueillant des Néerlandais. C'est le cas notamment à Bocholt. Ces personnes craignent en effet que leur entourage ne profite de leur vulnérabilité pour abréger leur vie. N'ayant plus totalement confiance dans les praticiens hollandais, soit elles s'adressent à des médecins allemands, soit elles s'installent en Allemagne. De telles réactions dont la presse allemande s'est fait l'écho démontrent que les pratiques médicales hollandaises sont mal vécues par une partie de la population.

Loin d'être le théâtre d'un tourisme de la mort, la dépénalisation de l'euthanasie conduit bien au contraire à un exil des personnes les plus fragiles. Faudra-t-il que les Nations-unies fassent rentrer dans la catégorie des réfugiés les personnes malades, handicapées ou âgées qui émigrent par crainte d'être euthanasiées ?

Dernière leçon à tirer de tout cela. Des parlementaires français, tous partis confondus, n'ont de cesse depuis plusieurs mois de vouloir enfoncer un coin dans la loi Leonetti. Dès qu'une niche législative le leur permet, ils ont la fâcheuse habitude de mordre en déposant des projets de loi qui ne sont souvent que de vulgaires copier-coller de la loi néerlandaise. La réalité que nous venons de décrire, qui vaut aux Pays-Bas d'être rappelés à l'ordre par le Comité des droits de l'homme des Nations-unies, suffit à discréditer sévèrement la démarche idéologique de ces députés.

Source : libertepolitique.com

 

 

genethique.org, 12/10/2011 (extrait)

(...) L'étude a été menée entre novembre 2010 et février 2011 et coordonnée par Edouard Ferrand, de l'unité mobile de soins palliatifs de l'hôpital Foch de Suresnes. Ce dernier souligne que l'on ne dispose aujourd'hui que de résultats partiels. Si ceux-ci semblent montrer que "les souhaits explicites de ne plus vivre" persistent, toutefois les patients ne réclament pas la légalisation de l'euthanasie, observent les auteurs de l'enquête.

En outre, ils notent un déficit quant à la prise en charge en amont des patients par les soins palliatifs. Edouard Ferrand estime que les demandes de mort diminueraient si la prise en charge palliative des patients, pourtant très malades, n'était pas si tardive : "S'ils avaient bénéficié de soins palliatifs plus tôt, il y aurait sans doute eu beaucoup moins de demandes de mort anticipée".

Parallèlement, le centre éthique de l'hôpital Cochin présente aussi les résultats de son enquête réalisée auprès de 186 personnes âgées au sujet des directives anticipées. Il en ressort que 83% des personnes interrogées affirment ne pas connaître la possibilité de rédiger des "directives anticipées", permise par la loi Leonetti sur la fin de vie. La majorité des personnes interrogées disent vouloir "vivre le mieux et le plus longtemps possible" et "ne veulent pas que les médecins baissent les bras trop tôt", rapporte Véronique Fournier, directrice du centre éthique clinique. Enfin, quant à la légalisation de l'euthanasie, 40% ne se sont pas prononcées et 40% disent être contre.

Contrairement aux sondages qui soutiennent que l'opinion publique serait favorable à 70% à l'euthanasie, du côté des premiers intéressés, les personnes âgées et/ou en soins palliatifs, les choses semblent être bien moins évidentes.

Source : La vie est belle

 

 

"La France néglige ses mourants"

Par Delphine Saubaber, L'Express, publié le 10/03/2012 (extraits)

Le recours aux soins palliatifs est trop rare et trop tardif : une étude dans un CHU parisien montre les failles de la prise en charge des malades incurables. Au détriment de leur fin de vie.

Faute de culture palliative en France, ces soins sont proposés beaucoup trop tardivement au malade: quelques jours avant le décès, en moyenne.

S'il fallait une étude pour se conforter définitivement dans l'idée que la politique de soins palliatifs est un désastre en France, la voici. Edouard Ferrand, chercheur en éthique médicale et responsable de l'unité mobile de soins palliatifs à l'hôpital Foch de Suresnes, a ausculté 1500 dossiers de patients décédés dans l'ensemble des services d'un CHU parisien en 2005, 2007 et 2009. Bilan: sept ans après la loi Leonetti sur la fin de vie, qui proscrit tout acharnement thérapeutique et ouvre l'accès aux soins palliatifs à tout patient incurable, les droits des malades ne sont toujours pas respectés.

Un constat bien connu, pour commencer: 74% des patients décédés dans ce CHU auraient dû relever de soins palliatifs. Or ceux-ci n'ont été décidés que dans 39% des cas, et appliqués dans 25%. Ce qu'on sait moins, c'est que la décision d'offrir des soins palliatifs à ces patients, tous affectés d'une maladie grave et évolutive, intervient en moyenne... deux jours avant le décès! "Le soin palliatif, qui devrait s'entendre comme la prise en charge anticipée médicale, psychique et sociale du malade dont le pronostic vital est engagé, se traduit, dans les faits, par une simple phase ante mortem, déplore le Dr Ferrand. Or démarrer tôt ce soin, c'est aussi impliquer et accompagner les proches, qui peuvent préférer à une chimio un dernier voyage avec leur parent..."
(...)

Quand celui-ci est par ailleurs inapte à dire sa volonté, la loi Leonetti, qui organise la limitation et l'arrêt des traitements, stipule que le médecin doit agir dans le cadre d'une procédure collégiale. Il doit consulter une personne de confiance du patient, son équipe médicale, et faire valider sa décision par un consultant extérieur -un autre médecin avec lequel il n'a aucun lien hiérarchique. De l'étude, il ressort que ce consultant n'a été sollicité que dans 6 % des cas. Il ressort aussi que les modalités de la décision de limiter ou d'arrêter le traitement ne sont reportées dans le dossier du patient que dans 25% des cas, alors que tout doit être "tracé". Autrement dit, si une famille, un mois après la mort de son parent proche, demande pourquoi et comment il a été décidé de le "laisser mourir", elle aura peu de chance d'être renseignée. (...)

Alors que la campagne présidentielle a relancé le débat sur l'euthanasie, toujours aussi politisé et passionnel en France, le médecin préfère, lui, le recadrer en ces termes: "Si on légifère sur les patients incurables, la question n'est pas d'opposer, comme toujours, euthanasie et soins palliatifs, mais de s'assurer que le malade qui demande la mort anticipée a pu, au préalable, bénéficier d'une démarche palliative." En août 2010, le New England Journal of Medicine publiait une étude menée auprès de patients atteints d'un cancer métastatique du poumon montrant que plus les soins palliatifs sont précoces, plus la qualité de vie est améliorée. Les malades souffrent moins de dépression. Et ils gagnent en espérance de vie -près de trois mois.

Source : L'Express

 

 

Euthanasie : Opération Chloroforme pour Jean-Marc Ayrault

Publié le 5 juin 2012 par Koz

A six jours du premier tour des législatives, notre nouveau Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, nous sert avec une maîtrise certaine, dans une interview à Radio Fidélité ce que l'on pressent être la stratégie du gouvernement pour le quinquennat potentiel à venir : la stratégie du chloroforme. Elle est simple, toute bercée de cet antisarkozysme qui devrait, à les voir agir depuis un mois, nous servir d'horizon ultime : avec eux, pas d'éclat, pas de brio non plus, pas de stigmatisation, pas de clarté non plus.

Désormais, on n'appellera pas un chat, un chat. Car cela pourrait stigmatiser les chats. Ou, surtout, éveiller l'attention de ceux qui se préoccupent des chats. Si vous voyez ce que je veux dire (c'est une métaphore, n'est-ce pas, pas vraiment un problème de chats).

Sur l'euthanasie, cela donne ceci.

Dès les premiers mots, le ton est donné : "ben, vous employez un mot que François Hollande n'a jamais employé. Il n'a jamais employé le mot euthanasie". Magnifique. Notez cette évolution politique : ainsi un responsable politique ne se contente plus de ne pas employer les mots qui qualifient la réalité mais, plus encore, il s'en glorifie. Dès la première phrase de Jean-Marc Ayrault, l'enjeu est placé : nous parlons de mots.

Alors, ces mots, on les changera, pour ne pas éveiller votre vigilance, ne pas réveiller votre conscience. Même ce mot d'"euthanasie", on ne l'emploiera plus. Il était pourtant initialement censé évoquer une "mort douce", ce qui reste à démontrer.

Plus cliniquement, l'euthanasie peut être définie ainsi :

"L'euthanasie consiste à provoquer intentionnellement la mort quel que soit le moyen utilisé : par un acte (injection, administration de substance...) ou par l'abstention délibérée d'un acte indispensable à la vie, en invoquant la souffrance."

Mais ce mot-là, on ne l'utilisera plus. L'urgence est de renommer le réel. Changer la langue.

Et cela fonctionne. On ne compte pas les sites qui se laissent berner, sur l'initiative de l'AFP, et qui titrent (voir Le Point, France 24, Le Nouvel Obs) : "Ayrault veut "perfectionner la loi Leonetti", pas légaliser l'euthanasie".

Ce n'est pourtant pas ce que dit Jean-Marc Ayrault... puisqu'il n'emploie pas le mot. Non, très significativement, Jean-Marc Ayrault ne dit pas qu'il ne s'agirait pas de légaliser l'euthanasie. Son souci premier, l'urgence véritable, est de dire que l'on utilise "un mot que François Hollande n'a jamais employé". La priorité, ce sont les mots. Pour ce que je m'en fous, moi, des mots que François Hollande utilise ou pas... La vérité me préoccupe davantage.

La vérité, elle, elle avance masquée, dans ce qui relève désormais de l'enfumage d'Etat, sous couvert de quelques truismes lénifiants à base de "c'est sujet extrêmement grave". Au bout du compte, dès la deuxième phrase de Jean-Marc Ayrault, on aura compris le sens du propos car, dans la loi Léonetti, "il y a déjà eu des pas de faits". On ne fait des "pas" que si l'on avance, dans une direction. Et si l'on n'a fait que des "pas", c'est que l'on n'est pas au bout du chemin.

Jean-Marc Ayrault sait que la loi Leonetti est bien perçue. Il n'a pas oublié qu'elle a été votée à l'unanimité. Alors plutôt que la réformer, il prétend la "perfectionner", en se gardant bien de donner quelques détails que ce soit. Celui qui sait entendre sait pourtant parfaitement quel est le chemin emprunté.

Trêve d'hypocrisie, Monsieur Ayrault, et un peu de respect pour ce "sujet extrêmement grave" !

Il n'y pas si longtemps, M. Ayrault le premier signataire d'une proposition de loi certes déjà hypocrite mais moins ambigüe. Son propos préliminaire était le suivant :

"Notre pays est prêt à autoriser que l'on accède à la demande des personnes dont les souffrances sont telles qu'elles souhaitent, de la part des personnes qui les soignent, une aide active pour mettre fin à leur vie."

Si la proposition de loi se complaisait dans les périphrases sournoises, elle s'achevait sans illusion sur cette obligation de formation des soignants :

« Ils assurent également, dans le cadre de la formation initiale et continue des professionnels de santé, une formation sur les conditions de réalisation d'une euthanasie. »

De même, le texte de la proposition n°21 de François Hollande que reprend Jean-Marc Ayrault est identique à la proposition de loi socialiste du 12 juillet 2010 qui a failli donner lieu à une légalisation de l'euthanasie (active) en janvier 2011. Cette proposition de loi ne s'embarrassait pas de faux-semblants lorsqu'elle proclamait :

"Aujourd'hui, notre législation permet donc de « laisser mourir », mais elle refuse toujours que l'on provoque délibérément la mort, même à la demande du malade."

Ainsi est-ce clair.

Assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité = euthanasie

Aide active à mourir = euthanasie

C'est une évidence pour quiconque est moyennement attentif à ces sujets. C'est si évident que, lorsqu'il entre un tant soit peu dans les détails, Jean-Marc Ayrault évoque l'existence d'"un collège de médecins et puis l'engagement de la personne concernée qui sera évidemment sa totale liberté et détermination". Pour décider de quoi ? De quoi de plus que ce que la loi Léonetti permet déjà ?

Jean-Marc Ayrault se réfère explicitement à la Belgique. La Belgique où l'on sait qu'un tiers des euthanasies sont pratiquées sans le consentement explicite des patients, où l'on sait que de très nombreuses euthanasies ne sont même pas déclarées (puisqu'elles ne remplissent même pas les conditions légales Belges). La Belgique qui s'interroge désormais sur l'euthanasie des "déments", sur celle des mineurs.

Alors, de grâce, M. Ayrault, un peu de courage, "employez les mots" qui décrivent la vérité.

Vous, citoyens, demandez-vous ce que craint un gouvernement qui camoufle ainsi ses intentions.

Ne vous laissez pas endormir.

Source : koztoujours.fr

 

 

Une analyse de Correspondance européenne du 19 février 2013 :

Le Conseil National de l'Ordre des Médecins de France s'est réuni de façon formelle afin de promouvoir et demander la complète légalisation de l'euthanasie en France. Bien évidemment, l'organisme des médecins invoque cette mesure seulement dans des « cas exceptionnels ». Mais des expériences récentes, faites aussi dans d'autres pays, montrent avec quelle rapidité les maillons se desserrent une fois que la licéité du principe est introduite...

Si bien que le gouvernement Hollande a pris la balle au bond pour commencer à « étudier » un possible projet de loi. Entre autre, avec la prise de position du Conseil National des Médecins, est apparu en concomitance une lettre ouverte adressée au Président Hollande dans laquelle près de 250 médecins réclament la clémence du Chef d'Etat pour un de leurs collègues, le Docteur Nicolas Bonnemaison, récemment condamné pour avoir pratiqué au moins sept fois l'euthanasie dans un hôpital de Bordeaux, ce qui risquerait de le faire expulser de l'Ordre et de lui faire perdre son travail. D'où cet appel en sa faveur avant que la sentence définitive soit prononcée.

C'est le quotidien espagnol en ligne "Abc" dans sa publication du 14 février qui a le premier fait retentir l'alarme en précisant comment l'euthanasie active était actuellement considérée en France : homicide prémédité, passible de réclusion à perpétuité ; l'euthanasie passive, en revanche, est considérée comme un crime de « non assistance à personne en péril ». Entre 1998 et 2005 cependant, le climat culturel a changé et on a commencé à parler de « fin digne » pour les patients « victimes d'acharnement thérapeutique » et les peines infligées ont été plus que jamais symboliques et légères.

La Loi Leonetti de 2005, qui est toujours en vigueur, a autorisé dans certains cas des traitements pouvant soulager la douleur et "abréger" la vie du patient, avec l'accord préalable de l'intéressé. Il y eut un moment de stagnation le 24 novembre 2009 lorsque l'Assemblée Nationale a rejeté, avec 326 votes contre et 202 votes pour, le projet de loi présenté par Manuel Valls qui proposait de « légaliser dans certains cas exceptionnels l'euthanasie active ». Mais aujourd'hui, Manuel Valls est Ministre de l'Intérieur. Et en juillet 2012 c'était le même Président Hollande qui demandait au Comité National de l'Ethique d'évaluer une « possible évolution » de la législation. Un "saut qualitatif" agressif au sein du débat politique, à ne pas sous-estimer. (M. F.)

Source : Correspondance européenne

 

 

2013-02-19 L'Osservatore Romano

« En disant non à l'euthanasie, l'Eglise n'ignore pas les difficultés de conscience du corps médical – qui sont parfois une croix –, mais elle affirme ainsi sa capacité d'humanité. Celle-ci est plus grande que ce que le corps médical imagine. Ce 'non' manifeste la ligne en-dessous de laquelle nous n'agissons pas conformément à notre dignité. Il est donc une aide bienveillante pour les médecins. Il exprime un grand respect de leur dignité et de celle de la personne en fin de vie. Il est un grand 'oui' à la vie ». (Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, responsable des questions de bioéthique au sein de la Conférence épiscopale française)
(...)

Gilles Bernheim, grand rabbin de France, s'est également exprimé sur cette affaire, et a publié sur son site une réflexion sur la relation avec la mort et avec les personnes mourantes. « De tout temps – écrit le grand rabbin – l'homme a été confronté au mystère de la mort. Jamais peut-être n'a-t-il été autant qu'aujourd'hui désorienté par cette donnée pourtant fondamentale de sa condition. De multiples progrès ont permis de prévenir ou de guérir des maladies autrefois fatales. Simultanément des changements socio-culturels et les impératifs d'une médecine technicisée ont fait que la mort a généralement cessé d'être un événement social, ritualisé, intégré dans la vie des familles et des communautés humaines. Cette perte de l'expérience de proximité, de familiarité même avec la mort est une des causes d'une banalisation de la vie qui perd en sérieux et en profondeur, et elle contribue à renforcer pour chacun l'angoisse de sa propre fin ».

Source : news.va

 

 

Chronique de Serge Guérin (extraits)

Taro Aso, le Vice-premier ministre du nouveau gouvernement japonais a proposé le 4 février dernier à ses concitoyens en fin de vie de ne pas « encombrer » les services de gériatrie... Ce ne sont que des « personnes avec des tubes » a-t-il ajouté. Celui qui est aussi ministre des Finances, a affirmé qu'il était impossible de « dormir tranquillement quand vous pensez que le maintien en vie de ces personnes est payé par l'État.». Pour lui la seule solution est de « laisser ces patients se dépêcher de mourir »...

Dans un pays qui a vu passer la proportion de plus de 65 ans de moins de 5% à plus de 25% en seulement un demi-siècle, l'appel à un hara-kiri générationnel de Taro Aso ne serait-il pas une manière de préparer les esprits à une sorte d'euthanasie d'État ?

Rappelons aussi que ce pays se distingue par la faiblesse record de son taux de fécondité par femme (à Tokyo il est même de 0,95...). D'un côté il faudrait donc supprimer les vieux ; de l'autre, il n'y a plus assez d'enfants pour assurer le renouvellement des générations. A ce rythme, et comme le rapport à l'immigration est assez tendue, le japon finira par être une ile déserte... Taro Aso ayant déjà 72 ans, il ne verra pas cette issue fatale.

Il y a toujours eu cette idée selon laquelle le faible coûte de l'argent. Ces idées simplistes qui banalisent le mal en expliquant par exemple, que ce sont les dernières années de vie qui coûtent le plus cher. Sous-entendu : si on supprimait les une ou deux dernières années de vie, le déficit de la Sécu ne serait pas aussi important... Poussons plus loin encore ce raisonnement grotesque : il faudrait aussi enlever la première année de vie car c'est celle qui coûte le plus cher. Donc si on supprime la première année de vie et les deux dernières, on atteint l'équilibre de la sécu. Par contre, il n'y aura plus personne pour profiter d'une sécurité sociale bénéficiaire !

Les vieux font du développement durable ! Le vieillissement des personnes exprime bien la réalité d'une société durable, car justement, ils vivent longtemps ! Mais notre société de consommation prise le renouvellement, le jetable et le court-terme... Bref, de ce point de vue, l'allongement de la vie est l'inverse de l'idéologie de la société d'obsolescence et de gâchis d'aujourd'hui. (...)

Il existe donc une contradiction frappante entre la valorisation du développement durable symbolisé par l'allongement de la vie humaine et le discours consumériste et jeuniste qui reste l'alpha et omega de ceux qui ne peuvent penser autrement que par le biais du mot croissance.

Ce ne sont d'ailleurs pas tant les jeunes qui sont aimés que la jeunesse... Nuance. La jeunesse est synonyme de modernité, et modernité veut dire acheter des nouveaux produits. Ce sont les produits qui durent qui sont mal vus sous le règne de l'obsolescence programmée. L'être humain, en se mettant à vivre de plus en plus longtemps, s'est en quelque sorte élevé contre l'obsolescence programmée.

Le vieillissement est un processus assez complexe. Vieillir, cela ne veut pas dire être vieux, et les personnes âgées ne sont pas des personnes malades. Ce sont des êtres humains qui continuent à avoir de multiples activités, qu'elles soient formelles ou informelles, qui produisent de l'utilité sociale. On parle toujours des retraités et des inactifs, mais il y a beaucoup d'inactifs qui sont bien plus actifs que certains actifs !

Il y a tous ceux qui travaillent dans les associations, et sans les retraités, le secteur associatif serait en mauvaise posture. Il y a les maires de nos communes -en particulier les petites communes- qui pour la plupart sont des retraités. Il y a aussi quatre millions d'aidants, dont l'âge moyen est de 64 ans, qui accompagnent au quotidien d'autres personnes, soit fragilisées par l'âge, soit qui souffrent de maladies chroniques. Ces personnes, s'il fallait les rétribuer –et si on comptait suffisamment d'aidants qualifiés- représenteraient un engagement annuel de plus de 80 milliards d'euros (à comparer avec les dépenses de santé totales qui sont de l'ordre de 240 milliards d'euros).

S'il fallait prendre en compte l'investissement de l'ensemble de 9-10 millions d'aidants informels, c'est même 164 milliards d'euros qu'il faudrait évoquer... (...)

Et c'est sans compter l'aide informelle, le vieux monsieur du troisième qui donne un coup de main en maths au gamin du 5ème, la vieille voisine qui n'a pas son pareil pour rédiger les lettres administratives pour tout le quartier... Tout cela n'apparaît dans aucune statistique, mais cela compte en termes de vivre ensemble, d'amélioration du quotidien et de liens sociaux bienveillants.

Il y a une réalité sociale nouvelle qui fait qu'aujourd'hui, une grande part de l'activité, quelle soit de production de biens ou de service, ne passe pas par le travail au sens traditionnel, mais se traduit sous d'autres formes : auto-fabrication, bricolage, troc, prêts, recyclage, co-utilisation de biens ou services...

Cette nouvelle économie de l'échange et de la non croissance, ce sont souvent les seniors et les retraités qui en sont les premiers vecteurs. Ils y contribuent largement parce qu'ils ont du temps libéré, de l'expérience et un pouvoir d'achat souvent de plus en plus restreint. Ils utilisent ce temps pour faire eux-mêmes, pour chiner, pour aller vers les autres. Ces vieux inventent une société durable plus fondée sur la coopération, le don et l'échange que sur la compétition, l'enrichissement et la consommation effrénée. Vieillir c'est bien aujourd'hui participer à l'écologie sociale !

Serge Guérin, professeur à l'ESG-Management School
Dernier ouvrage : « La nouvelle société des seniors », Michalon

Source : senioractu.com