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EXCLUSIF. Le Docteur Anne Pictet est philosophe et médecin. Elle a notamment travaillé sur la redécouverte d'une mort humaine et les questions y afférant : éthiques, sociales, médicales etc.
Nous avons choisi quelques extraits de ses recherches comme aide à la réflexion sur ce que nous voulons pour nous-mêmes, nos proches et, finalement, toute notre société.

 

Précieuse est la mort

 Docteur Anne Pictet

 

vers la redécouverte d’une mort humaine

 

La manière dont un être humain, un médecin, une civilisation, une société regardent la mort est un signe pathognomonique de leur humanité.

Bien des livres ont été écrits sur la mort : trop peu l’ont été par des médecins. Si cette question touche les philosophes, les sociologues, les ethnologues, les psychologues, elle ne saurait leur être réservée. Elle concerne de manière essentielle le médecin et, en tout premier lieu peut-être, le médecin généraliste, le médecin de famille.

Le médecin, à cette occasion plus qu’à aucune autre, se trouve confronté à la question : qui est au centre de ses soins ? Si au centre des intérêts du chercheur se trouve la maladie, au centre des préoccupations du médecin clinicien -soignant et décideur- est placé le malade, la personne humaine.

Or, si la maladie, elle, ne meurt pas, le malade, lui meurt et se trouve confronté au problème de la mort un jour ou l’autre, pour lui-même ou pour un proche.

Le médecin sait qu’il peut et doit lutter contre la maladie mais qu’il ne peut pas lutter contre la mort en tant que telle.

Il sait que la mort humaine, seule digne de la personne humaine, est la mort la plus naturelle qui soit. Il se doit de respecter la nature.

Refusant à la fois l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique, il se doit de ne pas voler la mort au malade.

C’est peut-être là que trouvera son plein épanouissement le contrat qui lie le malade à son médecin : une confiance qui rencontre une conscience.

N’est-ce pas au moment de la mort que le malade a le plus besoin de son médecin ? N’est-ce pas là, dans cette extrême fragilité, qu’il lui est le plus remis ; où sa confiance doit le plus rencontrer la conscience du médecin ? Et n’est-ce pas là que la personne humaine - et non seulement le malade - doit se trouver de la manière la plus intangible, au centre des préoccupations du médecin ?

Ce n’est pas en chercheur, face à la maladie, mais en médecin, face au malade qu’il est là, face à la personne humaine du malade.

Si les médecins d’aujourd’hui veulent s’en donner les moyens, les médecins de demain auront surmonté leur peur de la mort et sauront aller vers une médecine humaine incluant la redécouverte d’une mort humaine, inscrite au plus intime de la Charte des Droits de l’Homme : au même titre que le droit à une vie humaine, il existe un droit à une mort humaine.

(...)

 

La mort

 

Depuis la plus lointaine Antiquité, était l’un des problèmes centraux de l’homme.

Nous ne pouvons en donner une approche véritable qu'à partir d'une réflexion sur la vie.

Or, dans l'homme, cette vie est triple. Il y a certes sa vie végétative, biologique, sa vie affective, passionnelle dont peut s'occuper le psychologue, mais il y a aussi en lui une vie spirituelle finalisée par celle de l'intelligence et de la volonté dans la recherche de la Vérité et dans l'attraction du Bien, dans l'amour.

C'est cette vie spirituelle de l'homme qui fait toute la différence avec les autres vivants que nous expérimentons et en même temps qui suscite toutes les exigences à l'égard du médecin.

En effet, celui-ci, par sa vocation-même est appelé à être au coeur de la vie de ses semblables comme l'accompagnateur de cette vie jusqu'à sa fin.

C'est à cause de l'esprit que le problème d'une vie et -pour ce qui nous occupe ici- d'une mort véritablement humaine se pose.

En effet, nous avons en commun avec les animaux la vie végétative et la vie psychique, vie passionnelle. Et s'il n'y avait rien de plus, le problème de l'euthanasie ou de l'acharnement thérapeutique se poserait de tout autre manière.

Encore que déjà la vie passionnelle, la vie psychique exige une certaine solitude, une certaine préparation à la mort. Non seulement les oiseaux se cachent pour mourir, mais tout animal se prépare à la mort, se retire dans un coin où il ne sera pas dérangé et cesse de s'alimenter de plus en plus pour s'endormir dans la mort.

Si donc, déjà, chez l'animal, une certaine préparation, un certain lieu et mode de la mort existe, à cause même de sa vie passionnelle et affective donc psychique, la mort se pose, le mode de la mort, la manière de mourir se pose d'une manière aiguë lorsqu'il s'agit de la personne humaine à cause de son esprit.

C'est l'esprit, capable de découvrir sa Source et sa Fin, qui donne à la personne humaine, sa dignité. Et une mort humaine ne peut être qu'une mort qui respecte cette dignité de la personne humaine, dans toutes ses dimensions.

Mais la vie spirituelle peut être freinée dans son exercice par un conditionnement inadapté à ses exigences propres et ultimes surtout lorsque, déjà, le corps s'affaiblit. Quant au psychisme, pour garder sa structure, il a alors, plus que jamais, besoin d'un esprit finalisé.

 

En vue d'une mort plus humaine, il conviendrait de :

- faire entrer les sciences humaines tout particulièrement la philosophie, dans les études médicales car c'est la philosophie qui permet à l'esprit du médecin de garder son indépendance et son autonomie en face des différentes pressions sociales dont il peut être objet ;

- former les médecins généralistes, spécialistes de n'importe quelle spécialité et les gériatres, mais bien entendu surtout le médecin généraliste à l'accompagnement des mourants ;

- favoriser les centres et les unités de soins palliatifs et les centres anti-douleurs ;

- prévenir cette même douleur physique et psychique par la prise en compte des médecines naturelles acceptées par le Conseil de l'Ordre, telles par exemple l'homéopathie, la médecine manuelle, l'ostéopathie ou l'acupuncture, parce qu'elles nous apprennent à regarder l'homme dans sa globalité et attirent l'attention du médecin sur la proximité de l'homme par rapport à la nature ;

- favoriser les emplois de proximité pour maintenir les personnes âgées et dépendantes à domicile car la mort est plus humaine dans leur milieu de vie que s'ils sont dépaysés et dans l'anonymat d'une chambre d'hôpital ;

- tenir compte du bien que fera à la jeunesse esseulée et désoeuvrée -qu'il s'agisse des "banlieues chaudes" ou de la jeunesse qui s'ennuie de richesse- non seulement de travailler pour autrui mais aussi de créer des liens affectifs stables avec les personnes âgées et/ou handicapées, qui pourront non seulement les aider par leur expérience mais aussi leur transmettre une sagesse de vie et un poids d'amour que seules la souffrance, la dépendance, ou les années et le grand âge, peuvent apporter.

Et aussi afin que la jeunesse puisse rencontrer la personne âgée, le vieillard qu'elle sait qu'un jour elle deviendra selon l'ordre-même de la nature.

Car voir vieillir est une chose naturelle.

La convivialité des différentes générations ensemble est seule digne de l'être humain.

Les personnes âgées sont porteuses de telle générosité qu'elles revivraient de pouvoir "chouchouter leurs petits", car la solitude du grand âge affaibli, replié, et celle de la jeunesse ne sachant que faire et comment canaliser dignement ses forces vives, se complètent et s'aideraient pour le bien de tous.

Ceci autant pour accompagner la personne âgée vers une mort humaine, que pour permettre à la jeunesse "d'apprivoiser" en quelque sorte la mort et de se préparer, par toute une vie, par l'acquisition d'un poids d'amour et de sagesse tout au long de sa vie, se préparer ainsi à une mort humaine, comprenant que, de même que la seule vie humaine est une vie de don de soi, la seule mort humaine est une mort dans l'Amour.

 

Mourir dans la dignité ?

 

Comme dit le Professeur Lucien Israël : "Où veut-on situer la dignité ?

Si c'est dans le fonctionnement normal des émonctoires, il faut sacrifier tous ceux qui vivent durant des années avec des dialyses rénales, tous ceux qui ont accepté pour survivre la création d'un anus artificiel.

Si c'est dans la diminution de la mobilité, il faut se débarrasser des handicapés moteurs.

S'il s'agit du fonctionnement cérébral, il faut euthanasier les handicapés mentaux.

La douleur serait-elle le signe de l'indignité ? Comme je l'ai dit, la maîtrise des symptômes douloureux et de l'angoisse est aujourd'hui de règle. Les infirmières donnent les soins corporels et de propreté indispensables (et grâces leur soient rendues pour ces gestes difficiles dont elles sont les seules à s'acquitter). Il n'est pas jusqu'au râle respiratoire du semi-coma ou du coma qui ne puisse être aujourd'hui très atténué voire supprimé.

Pourquoi dès lors hâter activement la mort par un geste médical aux si redoutables connotations ? Où est l'urgence du point de vue de l'intéressé ?

La famille fait parfois pression pour qu' "on en finisse", en avançant des raisons pures derrière lesquelles se profilent l'angoisse, la fatigue, le deuil déjà accepté.

Les biens-portants parlent de "dignité de la personne humaine".

Le malade parfois, mystérieusement, sort de son coma, ouvre les yeux, les pose sur l'entourage puis se rendort ou même traduit par quelque mimique qu'il perçoit qu'on lui serre les mains et qu'on lui caresse le visage. Je sais que dans certains cas, du fond de son sommeil, il perçoit aussi qu'on l'abandonne au moment où probablement un être a le plus besoin d'être entouré.

Quant au médecin, il tente d'équilibrer ses prescriptions, en vue de soulager sans agresser, d'accompagner sans augmenter le tourment, dans le respect de cette vie qui s'éteint, de cette conscience encore présente dans le coma le plus profond et qui va nous quitter.

Je ne peux que récuser totalement l'accusation qui est faite aux médecins de ne pas sauvegarder la dignité des mourants. Ce qui est indigne c'est de les traiter comme s'ils étaient déjà morts, ou comme s'ils ne valaient guère mieux.

Ils gardent au contraire le droit à tous les égards dus aux vivants et davantage encore aux manifestations de compassion et de solidarité qu'ils perçoivent beaucoup plus longtemps que certains ne voudraient.

L'argument de la dignité a pour seul but – inconscient, je veux bien en donner acte - de protéger le confort des survivants."

 

précieuse est la mort

 

Quand le médecin a découvert l'existence de ce principe de vie qu'est l'âme, dans ses trois degrés, végétative, psychique et spirituelle, cette découverte de l'âme spirituelle, c'est-à-dire de l'esprit, lui permet une nouvelle vision sur l'ensemble des réalités que ses sens expérimentent.

Il découvrira les signes et les vestiges de l'esprit un peu partout tout au long de la vie.

C'est l'esprit qui distingue l'éducation des enfants humains de l'élevage, du dressage des bêtes, dépendance de petit oiseau ou des petits des animaux par rapport à leurs parents.

C'est l'esprit qui distingue l'affection maternelle des êtres humains, d'avec l'instinct, ... l'instinct nourricier des animaux. Face à la sélection naturelle qui pousse les animaux à ne nourrir que les petits qui sont forts et laisser mourir de faim, voire tuer les petits oisillons... les laisser mourir de faim (les fous bruns) ou bien tuer, étouffer (les cygnes) les oisillons chétifs.

C'est l'esprit qui pousse l'être humain à protéger, à surprotéger, à plus aimer, à plus entourer l'enfant le plus chétif et qui a le plus besoin de lui.

Alors que l'animal tue pour manger, c'est l'esprit qui fait poser à l'homme la question du respect de la vie qui l'entoure et peut le pousser à être végétarien, voire végétalien.

C'est l'esprit qui lui permet de rendre habitable l'univers, sans le détruire.

C'est l'esprit qui le pousse à l'inspiration artistique. (peinture, musique, sculpture...)

Mais c'est surtout l'esprit qui lui fait considérer comme précieuse la vie de tous les êtres qui vivent et tout particulièrement, la vie humaine, dès sa manifestation la plus chétive qui soit, et peut-être d'autant plus qu'elle est plus chétive.

C'est l'esprit qui pousse l'être humain à ensevelir et à entourer les morts, et à consoler les êtres endeuillés.

Enfin, c'est l'esprit qui lui permet d'adhérer à un idéal, d'avoir des convictions, jusqu'à mépriser sa propre vie ou à sacrifier sa propre vie, pour sauver la vie d'un autre ou pour rester fidèle à son idéal, à ses convictions.

C'est donc l'esprit qui pousse un médecin à assumer son travail malgré ses difficultés, que ce soit les contagions ou que ce soit la fatigue, les gardes, la guerre etc...

Oui, c'est l'esprit qui pousse l'être humain à rester fidèle, même au prix de sa vie, à certaines de ses convictions.

C'est bien pour cela que, contrairement aux animaux, l'être humain n'est pas dressable.

Tout ceci est inscrit dans la nature même de l'être humain, qui possède une âme spirituelle.

Et combien donc contrevient-on à la nature la plus profonde de l'être humain lorsqu'on le stimule à mépriser la vie dans sa fragilité, qu'il s'agisse de celle d'une enfant...(et alors même que la médecine fait tout pour la sauver !) qu'il s'agisse de la vie d'un prématuré, qu'il s'agisse de la vie d'un handicapé, qu'il s'agisse de la vie d'un grand malade, d'une personne âgée dépendante ou d'un mourant.

Ce n'est pas n'importe comment qu'un être humain doit mourir, et ce n'est pas n'importe comment qu'un médecin entoure ses malades.

Et combien, aussi, on contrevient à la nature plus profonde des êtres humains lorsque l'on pousse les jeunes générations à vivre selon la loi de la jungle : "La nourriture n'existe qu'en quantité limitée, je ne peux donc nourrir toutes les bouches, je nourris celui qui est le plus fort. Une fois qu'une personne est improductive, ou dépendante, c'est terminé, je ne m'en occupe plus !"

Cela, c'est propre aux animaux, mais ce n'est pas propre à l'être humain. Et quand, par une certaine pression, manipulation de foule, manipulation médiatique, on pousse l'être humain à privilégier le gagne-pain par rapport à ses convictions, on l'avilit, on le mutile, on le dégrade, on en fait un monstre car est monstre ce qui est contraire à sa propre nature.

Ce qui est normal chez un animal dont l'âme est végétative et sensible, n'est plus normal chez l'être humain, qui possède un troisième degré de vie spirituelle et qui doit agir selon ce qui le finalise : le BIEN et le VRAI.

Le médecin s'interrogeant sur la signification et la finalité de ces trois degrés de vie que nous avons découverts chez l'homme, constate que, si la vie végétative est finalisée par la conservation - de l'individu par l'assimilation et de l'espèce par la procréation - et si la vie spirituelle l'est par la contemplation et par l'amour, le deuxième degré de vie - psychique, passionnel - n'a pas de signification substantielle et n'a pas de finalité propre.

Végétaux (premier degré de vie) et animaux (premier et deuxième degrés de vie) sont donc tous deux finalisés par la seule finalité de la vie végétative (conservation).

Quant à l'homme, possédant aussi le troisième degré de vie, la finalité propre de celui-ci, assumant les deux autres, est celle de toute la personne humaine, permettant le dépassement, au nom de cette finalité suprême, et de l'instinct de conservation de l'individu, et de celui de l'espèce par l'ascèse.

C'est pourquoi une médecine générale doit mobiliser l'esprit du malade, son auxiliaire le plus précieux pour la guérison, surtout si celle-ci est désirée par le malade en vue d'un bien finalisant toute sa personne. (Nous connaissons tous des rémissions voire des guérisons inexpliquées de maladies graves, réputées incurables chez les patients qui se savent investis d'une mission en vue d'un bien, que ce soit l'éducation de leurs enfants ou une oeuvre noble à accomplir en vue d'un bien commun.

Il ne saurait donc être suffisant et pourrait même être dangereux de faire appel de manière prépondérante à la seule vie psychologique, passionnelle, comportementale, c'est-à-dire au seul psychisme pour mobiliser les forces vives du corps ou de l'esprit.

En effet, nous avons vu que la vie psychique, ce deuxième degré de vie, si elle peut être décryptée tant bien que mal à travers le "comportement", est celle qui précisément ne possède pas de finalité propre. Elle n'est que métaxu entre les deux autres degrés de vie que eux ont une signification substantielle et une finalité réelle.

Or s'il est vrai qu'un psychisme équilibré (si tant est que cela existe) puisse permettre une union plus "huilée" des deux autres degrés de vie, (de la vie végétative avec la vie spirituelle dans la personne humaine) et en est en même temps le signe, cette vie psychologique, de l'avis même de ses spécialistes, est d'une extrême complexité, variabilité incessante, véritable sable mouvant dans lequel on risque de s'enliser et sur lequel on ne peut construire.

En effet, ce n'est donc que par la finalité, et la finalité la plus haute de la personne humaine que toutes ses forces vives pourront s'épanouir pleinement et selon leur nature.

Il en est de même d'ailleurs pour son affectivité qui demande à être ordonnée à une fin (de la vie biologique chez l'animal et de la vie spirituelle chez l'homme.)

Si une vie finalisée se déroule selon sa nature la mort biologique de l'homme n'apparaît plus comme un scandale mais comme le terme de cette vie biologique et non point de la personne humaine.

Là encore, c'est par l'esprit que la personne humaine pourra surmonter la peur psychologique. En effet, ici plus qu'ailleurs le psychisme est comme ballotté, ne pouvant par lui-même bénéficier de la force d'attraction d'une fin propre qu'il n'a pas.

La vie biologique est en-deçà du scandale de la mort : lorsqu'elle a accompli sa propre fin par la conservation de l'espèce (par la procréation) il lui est naturel de s'éteindre.

La vie spirituelle, elle, est au-delà du scandale de la mort biologique qui n'atteint pas l'esprit comme tel, celui-ci étant finalisé précisément par des biens spirituels.

Mais le scandale atteint de plein fouet la vie psychologique qui ne pourrait le dépasser chez l'homme qu'assumée par la vie spirituelle finalisée.

Le scandale, douloureuse atteinte, est au psychisme ce que l'interrogation est à l'intelligence : un état d'alerte où l'on ne peut demeurer.

Le scandale et la peur de la mort s'originant donc dans la vie psychique, ne pourront chez l'homme être dépassés que par une découverte plus aiguë, plus pénétrante de sa finalité spirituelle et par une adhésion plus aimante donc plus libre à cette fin ultime de la personne humaine : la contemplation amoureuse de Celui qui Est Lumière, de Celui qui Est Amour.

C'est précisément en raison de l'enjeu de cette mort si précieuse et de la préparation spirituelle qu'elle requiert, qu'il est incompatible avec une éthique médicale, d'une médecine véritablement humaine d'intervenir pour abréger le temps prévu par la nature pour cette préparation dans sa phase ultime. En effet, dans ces trois degrés de vie, l'âme humaine est une, la personne humaine est une. Et la durée de l'agonie (préparation immédiate à la mort) dépend en grande partie de l'esprit.

Si la mort se prépare par toute une vie, par toute la vie, il n'en demeure pas moins que la connaissance même de la proximité, voire de l'imminence de la mort réclame une ultime préparation que le médecin n'a pas le droit de voler au malade.

Or, il la lui volerait de trois manières :

- 1) par l'euthanasie active.

- 2) en utilisant, soi-disant à visée analgésique, des psychotropes qui empêchent alors l'exercice, à travers le psychisme et en assumant celui-ci, de la connaissance de la vérité et de la liberté d'aimer.

- 3) en ne soulageant pas la souffrance -par des moyens appropriés à son intensité et par des analgésiques non psychotropes- lorsque l'acuité de celle-ci devient telle qu'elle tend à submerger l'exercice de la vie spirituelle.

Mais cette préparation peut être considérablement gênée par l'acharnement thérapeutique, n'excluant pas d'ailleurs l'abandon thérapeutique simultané, si nous comprenons que thérapeutique ne signifie pas seulement tuyaux et piqûres.

A fortiori la prolongation injustifiée et artificielle d'une douloureuse agonie est contraire à la nature lorsque celle-ci est déjà prête à l'envol de l'esprit vers sa Fin : son union au Bien Suprême, Source et Fin dernière, ultime de sa VIE.

Car seul peut dire précieuse est la mort celui pour qui précieuse est la vie.